§ 6. Groupes topologiques à opérateurs; anneaux topologiques; corps topologiques
1. Groupes topologiques à opérateurs
Sur un ensemble G, on dit qu’une structure de groupe à opérateurs (A, I, p. 29) et une topologie sont compatibles si la topologie et la structure de groupe de G sont compatibles (III, p. 1) et si en outre les endomorphismes de G définis par les opérateurs (A, I, p. 30) sont continus. On dit alors que G, muni de la structure de groupe à opérateurs et de la topologie données, est un groupe topologique à opérateurs.
Si H est un sous-groupe stable d’un groupe topologique à opérateurs G, la topologie induite sur H par celle de G est compatible avec la structure de groupe à opérateurs de H. En outre:
Proposition 1
Si H est un sous-groupe stable d’un groupe topologique à opérateurs G, l’adhérence de H dans G est un sous-groupe stable de G.
On sait déjà que est un sous-groupe de G (III, p. 7, prop. 1); en outre, pour tout opérateur de G, l’image de H par l’application continue est contenue dans H, donc l’image de est contenue dans (I, p. 9, th. 1).
Soit H un sous-groupe stable distingué d’un groupe topologique à opérateurs; pour tout opérateur de G, l’application de G/H dans lui-même obtenue à partir de par passage aux quotients est continue (III, p. 17, Remarque 3); la structure de groupe à opérateurs de G/H est donc compatible avec la topologie quotient de celle de G par H.
Soit une famille de groupes topologiques à opérateurs, tous les étant supposés avoir le même ensemble d’opérateurs . Pour tout , l’application de dans lui-même est continue (I, p. 25, prop. 1); la structure de groupe à opérateurs de G est donc compatible avec la topologie produit des topologies des .
Si G est un groupe topologique à opérateurs séparé, admettant un complété (III, p. 24), tout endomorphisme de G, défini par un opérateur de G, se prolonge par continuité en un endomorphisme de (III, p. 22, prop. 5), donc est ainsi muni d’une structure de groupe topologique à opérateurs, ayant même ensemble d’opérateurs que G.
2. Somme directe topologique de sous-groupes stables
Comme l’étude des groupes commutatifs à opérateurs est équivalente à celle des modules (A, III, p. 21) nous nous permettrons d’utiliser à l’occasion la terminologie propre à ces derniers pour les groupes commutatifs à opérateurs quelconques; c’est ainsi que nous parlerons d’applications linéaires au lieu d’homomorphismes de groupes commutatifs à opérateurs, et que nous appellerons encore projecteur un endomorphisme idempotent d’un groupe commutatif à opérateurs (A, II, p. 18).
Lorsqu’un groupe topologique commutatif à opérateurs E (noté additive-ment) est somme directe d’une famille finie de sous-groupes stables, l’application canonique bijective du groupe produit sur E est continue, mais n’est pas nécessairement un homéomorphisme.
Définition 1
Soit E un groupe topologique commutatif à opérateurs et soit une famille finie de sous-groupes stables de E, telle que E soit somme directe des . On dit que E est somme directe topologique des si l’application canonique du groupe produit sur E est un homéomorphisme (et par suite un isomorphisme de groupes topologiques à opérateurs).
Proposition 2
Soit E un groupe topologique commutatif à opérateurs somme directe des sous-groupes stables (); soit la famille de projecteurs associée à la décomposition (A, II, p. 18, prop. 12). Pour que E soit somme directe topologique des , il faut et il suffit que les soient continus.
En effet, l’application est l’application réciproque de .
Comme (1_E désignant l’application identique de E), il suffit que des projecteurs soient continus pour que le n-ème le soit.
Lorsque E est somme directe topologique de deux sous-groupes stables M, N, on dit encore que N est un supplémentaire topologique de M dans E; pour qu’il en soit ainsi, il faut et il suffit que l’application canonique de E/M sur N (A, II, p. 20, prop. 13) soit un isomorphisme de groupes topologiques à opérateurs.
Corollaire
Soient E un groupe topologique commutatif à opérateurs, M un sous-groupe stable de E. Les conditions suivantes sont équivalentes: a) M admet dans E un supplémentaire topologique. b) Il existe un projecteur continu p de E dans E tel que p(E) = M. c) L’application identique de M peut être prolongée en une application linéaire continue de E dans M.
Il résulte de la prop. 2 que a) entraîne b) et il est clair que b) entraîne c). Enfin, si p est une application linéaire continue de E dans M prolongeant l’application identique de M, p est un projecteur continu et les projecteurs p et sont associés à la décomposition en somme directe , où .
Remarque 1
Pour éviter toute confusion, on dit parfois qu’un sous-groupe stable de E supplémentaire de M (au sens de la structure de groupe à opérateurs sans topologie) est un supplémentaire algébrique de M.
Remarque 2
Lorsqu’un groupe topologique commutatif à opérateurs séparé E est somme directe topologique d’une famille de sous-groupes stables, chacun des sous-groupes est fermé dans E, car c’est l’ensemble des tels que (I, p. 53, prop. 2).
Proposition 3
Soient E, F deux groupes topologiques commutatifs à opérateurs, u une application linéaire continue de E dans F. Pour qu’il existe une application linéaire continue v de F dans E telle que soit l’application identique de F (auquel cas on dit que u est inversible à droite et que v est inverse à droite de u), il faut et il suffit que u soit un morphisme strict (III, p. 16) de E sur F et que admette un supplémentaire topologique dans E.
Les conditions sont nécessaires. En effet, on a alors et a fortiori ; en outre; si l’on pose , p est une application linéaire continue de E dans lui-même telle que ; par suite (III, p. 47, corollaire) admet dans E un supplémentaire topologique ; mais comme par hypothèse, on a . Enfin l’application bijective de sur F, associée à u, est composée de l’application bijective de sur , associée à p, et de la restriction de u à ; comme v est continue, ces deux applications sont des isomorphismes, donc u est un morphisme strict de E sur F.
Les conditions sont suffisantes. En effet, si est l’homomorphisme canonique de E sur , dire que admet un supplémentaire topologique M dans E signifie que la restriction de à est un isomorphisme de sur . Comme d’autre part , où est un isomorphisme de sur , on voit que la restriction de à est un isomorphisme de sur , et l’isomorphisme réciproque est donc tel que soit l’application identique de sur lui-même.
Proposition 4
Soient* deux groupes topologiques commutatifs à opérateurs, une application linéaire continue de dans . Pour qu’il existe une application linéaire continue de dans telle que soit l’application identique de sur lui-même (auquel cas on dit que est inversible à gauche et que est inverse à gauche de ), il faut et il suffit que soit un isomorphisme (topologique) de sur , et que admette un supplémentaire topologique dans .
Les conditions sont suffisantes, car si elles sont remplies, on obtient un inverse à gauche de en prenant le composé de l’isomorphisme de sur , réciproque de , et d’un projecteur continu de sur .
Les conditions sont nécessaires. En effet, la relation montre que est réduit à ; est donc une bijection de sur , et comme la restriction de à est continue, est un isomorphisme de sur . D’autre part, si l’on pose , est une application linéaire continue de sur telle que , ce qui prouve (III, p. 47, corollaire) que admet un supplémentaire topologique dans .
3. Anneaux topologiques
Définition 2
On appelle anneau topologique un ensemble* muni d’une structure d’anneau et d’une topologie satisfaisant aux axiomes suivants:
(AT). L’application de dans est continue. (AT). L’application de dans est continue. (AT). L’application de dans est continue.
Les deux premiers axiomes expriment que la topologie de est compatible avec sa structure de groupe additif (III, p. 1).
Une structure d’anneau et une topologie étant données sur un ensemble , on dit qu’elles sont compatibles si elles satisfont aux axiomes (AT), (AT) et (AT).
Exemple 1
Sur un anneau , la topologie discrète est compatible avec la structure d’anneau; un anneau topologique dont la topologie est discrète est dit anneau discret.
Exemple 2
On verra dans IV, p. 10 (resp. p. 11) que la topologie de la droite rationnelle (resp. de la droite numérique ) est compatible avec la structure d’anneau de (resp. ).
Dans un anneau topologique, toute homothétie à gauche (resp. toute homothétie à droite est continue (et est un homéomorphisme si est inversible).
Soit un anneau topologique, et soit le groupe des éléments inversibles de . Soit la topologie la moins fine sur rendant continues les applications et de dans (I, p. 12, prop. 4). Alors est compatible avec la structure de groupe de . En effet, il suffit de montrer que lorsque est muni de , les applications et de dans sont continues (loc. cit.); or, par exemple, l’application de dans est composée de l’application de dans et de l’application de dans , et ces applications sont toutes deux continues par définition; on raisonne de même pour l’application .
Comme on peut écrire identiquement
On en déduit un système de conditions nécessaires et suffisantes que doit vérifier le filtre des voisinages de 0 dans un anneau pour définir sur une topologie compatible avec sa structure d’anneau: doit satisfaire aux axiomes (GA) et (GA) de III, p. 4, et en outre aux deux axiomes suivants: (AV) Quels que soient et , il existe tel que et . (AV) Quel que soit , il existe tel que .
Remarque
On rencontre assez souvent en Analyse des anneaux vérifiant les axiomes (AT), (AT) et (AT), mais non (AT). Un exemple est l’anneau des mesures sur un groupe compact, où la loi multiplicative est la convolution, et la topologie est la topologie vague (INT, VIII)..
Exemple 3).* — Soit une base de filtre sur un anneau , formée d’*idéaux bilatères*; est un système fondamental de voisinages de 0 pour une topologie compatible avec la structure de groupe additif de ; il résulte aussitôt de (AV) et (AV) que cette topologie est compatible avec la structure d’*anneau* de .
Soient un espace topologique, et deux applications de dans un anneau topologique ; si et sont continues en un point , , et sont aussi continues en ce point. Il en résulte que les applications continues de dans forment un sous-anneau de l’anneau des applications de dans . On voit aussi que, si est commutatif, tout polynôme en n variables, à coefficients dans , et défini dans , est continu dans . De même, soient et deux applications d’un ensemble filtré par un filtre , dans un anneau topologique séparé ; si et existent, il en est de même de , et , et on a (I, p. 50, cor. 1 et I, p. 52, prop. 1)
4. Sous-anneaux. Idéaux. Anneaux quotients. Produits d’anneaux
Si H est un sous-anneau d’un anneau topologique A, la topologie induite sur H par celle de A est compatible avec la structure d’anneau de H; la structure d’anneau topologique ainsi définie sur H est dite induite par celle de A.
Proposition 5
Soit H un sous-anneau partout dense d’un anneau topologique A, et K un sous-anneau (resp. idéal à gauche, idéal à droite, idéal bilatère) de H. L’adhérence de K dans A est un sous-anneau (resp. idéal à gauche, idéal à droite, idéal bilatère) de A.
Le raisonnement est le même que pour la prop. 9 de III, p. 9: si par exemple K est idéal à gauche dans H, l’application est continue dans , et applique dans K; elle applique donc dans .
Soit H un idéal bilatère dans un anneau topologique A; par le même raisonnement que pour les groupes quotients (III, p. 13, prop. 16), on voit que la topologie quotient de celle de A par la relation est compatible avec la structure d’anneau de A/H. En particulier, l’adhérence N de 0 dans A est un idéal bilatère fermé, d’après la prop. 5; l’anneau quotient A/N, qui est séparé (III, p. 12, prop. 13), est dit l’anneau séparé associé à A.
Soit une famille d’anneaux topologiques. Sur l’ensemble produit , la topologie produit des topologies des est compatible avec la structure d’anneau, produit des structures d’anneau des (même démonstration que pour les groupes produits); l’anneau topologique A ainsi défini est dit le produit des anneaux topologiques .
5. Complétion d’un anneau topologique
Quand on parle de la structure uniforme d’un anneau topologique A, il s’agit toujours, sauf mention expresse du contraire, de la structure uniforme de son groupe additif; en particulier, on dit que A est un anneau complet si son groupe additif est complet.
Soit A un anneau topologique séparé: muni de sa structure de groupe additif, il peut être considéré comme sous-groupe partout dense d’un groupe commutatif séparé et complet , déterminé à une isomorphie près (III, p. 26, th. 2). Pour qu’on puisse considérer A comme un sous-anneau d’un anneau complet, il faut qu’on puisse prolonger par continuité la fonction à l’espace . La possibilité de ce prolongement va résulter du théorème plus général suivant:
Théorème 1
Soient E, F, G trois groupes commutatifs séparés et complets, A un sous-groupe partout dense de E, B un sous-groupe partout dense de F. Si f est une application
Z-bilinéaire continue de dans , peut être prolongée par continuité en une application Z-bilinéaire continu de dans .
Soient un point quelconque de , et les traces sur et respectivement, des filtres de voisinages de et ( et sont des filtres par hypothèse); pour montrer que peut être prolongée par continuité, il suffit de voir que est une base de filtre de Cauchy dans (II, p. 20, prop. 11). Partons de l’identité:
Nous allons voir qu’en prenant et dans un ensemble assez petit de , et en choisissant convenablement et , on peut rendre très petit chacun des termes du second membre. Soit un voisinage quelconque de 0 dans ; étant continue au point de , il existe un ensemble et un ensemble tels que, pour , on ait . Prenons un point , et un point ; quels que soient dans , et dans , on aura donc
D’autre part, l’application partielle est continue dans ; il existe donc un ensemble , appartenant à , et tel que, pour et , on ait . De même, il existe et appartenant à tel que, pour et , on ait . Par suite, si et sont deux points quelconques de , on a
ce qui démontre l’existence du prolongement de . Le fait que est Z-bilinéaire est une conséquence immédiate du principe de prolongement des identités (I, p. 53, cor. 1).
C.Q.F.D.
Dans l’application de ce théorème à un anneau topologique séparé , on a , et est l’application Z-bilinéaire , continue par hypothèse. On désignera encore par la valeur de la fonction prolongée dans ; cette fonction est une loi de composition dans , et dire qu’elle est Z-bilinéaire signifie qu’elle est distributive à droite et à gauche par rapport à l’addition; elle est d’autre part associative d’après le principe de prolongement des identités. Enfin, pour la même raison, l’élément unité de est aussi élément unité de . Par suite:
Proposition 6
Un anneau topologique séparé est isomorphe à un sous-anneau partout
On rappelle (A, II, p. 50) que est dite Z-bilinéaire si, quels que soient les éléments de , et de , on a
dense d’un anneau séparé et complet , déterminé à une isomorphie près (et appelé l’anneau complété de A).
Si A est commutatif il en est de même de (principe de prolongement des identités).
Soient A un anneau topologique non nécessairement séparé, N l’adhérence de 0 dans A, l’anneau séparé associé à A ; l’anneau complété de A’ s’appelle l’anneau séparé complété de A et se note aussi . On démontre comme dans III, p. 25, prop. 8 que tout homomorphisme continu de A dans un anneau topologique séparé et complet C se factorise de façon unique en , où est un homomorphisme continu de dans C et l’application canonique de A dans . Si A, B sont deux anneaux topologiques, un homomorphisme continu, il existe donc un homomorphisme continu et un seul tel que le diagramme
soit commutatif ( et étant les applications canoniques) : il suffit en effet d’appliquer à le résultat précédent.
6. Modules topologiques
Définition 3
Étant donné un anneau topologique A, on appelle module topologique à gauche sur A un ensemble E, muni :
1° d’une structure de A-module à gauche ; 2° d’une topologie compatible avec la structure de groupe additif de E et satisfaisant en outre à l’axiome suivant : (MT) L’application de dans E est continue.
On définit de la même manière la notion de module topologique à droite sur un anneau topologique A ; comme tout module à droite sur A peut être considéré comme module à gauche sur l’anneau opposé , et que la topologie de A est compatible avec la structure d’anneau de , il n’y a pas lieu de distinguer les modules topologiques à droite sur A des modules topologiques à gauche sur .
Exemple 1
Un espace vectoriel topologique sur (resp. ) est un module topologique sur (resp. ) (cf. EVT, I, §1, n° 1).
Exemple 2
Soient A un anneau, une base de filtre sur A formée d’idéaux bilatères de A, E un A-module à gauche. Si on munit A de la topologie (compatible avec sa structure d’anneau) pour laquelle est un système fondamental de voisinages de 0 (III, p. 49, Exemple 3), et E de la topologie (compatible avec sa structure de groupe additif) dont les , où parcourt , forment un système fondamental de voisinages de 0 (III, p. 5, Exemple), on vérifie aussitôt que E est un module topologique sur A.
Remarque
Étant donné un anneau topologique A, considérons sur un A-module à gauche E une topologie compatible avec la structure de groupe additif de E. En vertu de l’identité
l’axiome (MT) est équivalent au système des trois axiomes suivants:
(MT) Quel que soit , l’application est continue au point . (MT) Quel que soit , l’application est continue au point . (MT) L’application est continue au point .
On en déduit un système de conditions nécessaires et suffisantes que doit vérifier le filtre des voisinages de 0 dans un A-module E, pour définir sur E une topologie compatible avec sa structure de module; doit satisfaire aux axiomes (GA) et (GA) de III, p. 4, et en outre aux trois axiomes suivants:
(MV) Quels que soient et , il existe un voisinage S de 0 dans A tel que S.. (MV) Quels que soient et , il existe tel que . (MV) Quel que soit , il existe et un voisinage T de 0 dans A tels que T..
Toute groupe topologique commutatif est un -module topologique lorsque l’anneau est muni de la topologie discrète.
Si M est un sous-module d’un module topologique E sur A, il est clair que la topologie induite sur M par celle de E est compatible avec la structure de module de M. En outre, sur le A-module quotient E/M, la topologie quotient de celle de E par M est compatible avec la structure de A-module. Il suffit en effet pour le voir de montrer que l’application de dans est continue (en désignant par l’application canonique de E sur E/M). Or, comme on peut identifier les groupes topologiques additifs et (III, p. 18, corollaire), il suffit de montrer que l’application de dans est continue, ce qui est immédiat, cette application étant composée de et de .
Soit une famille quelconque de modules topologiques sur A, et soit le A-module produit des . Sur E la topologie produit est compatible avec la structure de A-module: il suffit de voir que l’application
de dans E est continue, ou encore (I, p. 25, prop. 1) que, pour tout indice , est une application continue de dans ; or, cette application est composée des applications continues et .
Soient A un anneau topologique séparé, E un A-module topologique séparé. Soit le groupe additif complété du groupe topologique commutatif E (III, p. 26, th. 2). L’application -bilinéaire du produit des groupes additifs A, E dans le groupe additif E se prolonge par continuité en une application -bilinéaire de dans (III, p. 50, th. 1), que nous désignerons encore par . En vertu du principe de prolongement des identités, on a encore pour et pour (en désignant par 1 l’élément unité de ) ; la loi externe définit donc sur une structure de -module compatible avec la topologie de . Nous dirons que le module topologique sur ainsi défini est le complété du module topologique sur .
Soit un module topologique sur un anneau topologique , et n’étant pas nécessairement séparés. Soit (resp. ) l’adhérence de dans (resp. ) ; est un idéal bilatère de (III, p. 50, prop. 5) et un sous-A-module de (III, p. 45, prop. 1) ; en outre, on a par continuité lorsque ou . On en déduit aussitôt, par passage aux quotients, une application de dans , et on vérifie (grâce à III, p. 18, corollaire) que cette application est continue, et définit donc sur une structure de module topologique sur l’anneau topologique . Si l’on pose , on dit que le -module est le module séparé associé à ; son complété est un module topologique sur le séparé complété (égal par définition à ) de (III, p. 52), qu’on appelle le module séparé complété de et que l’on note . On voit comme dans III, p. 25, prop. 8 que tout homomorphisme continu de dans un -module séparé et complet se factorise de façon unique en où est un homomorphisme continu de dans et l’application canonique de dans . On en conclut que si sont deux -modules topologiques, un homomorphisme continu, il existe un homomorphisme continu et un seul tel que le diagramme
soit commutatif, et étant les applications canoniques.
7. Corps topologiques
Dans ce qui suit, et dans les chapitres IV et V, lorsqu’on considérera un corps , on désignera par le groupe multiplicatif des éléments de .
Définition 4
On appelle corps topologique un ensemble muni d’une structure de corps et d’une topologie compatible avec la structure d’anneau de , et satisfaisant en outre à l’axiome suivant:
(KT) L’application de dans est continue.
Une structure de corps et une topologie sur un ensemble sont dites compatibles, si la structure d’anneau correspondante et la topologie sont compatibles, et si en outre (KT) est vérifié.
Exemple 1
Sur un corps K, la topologie discrète est compatible avec la structure de corps; un corps topologique dont la topologie est discrète est dit corps discret.
Exemple 2
La topologie de la droite rationnelle (resp. de la droite numérique ) est compatible avec la structure de corps de (resp. ; voir IV, p. 10, resp. p. 11).
La déf. 4 montre que, si K est un corps topologique, la topologie induite par celle de K sur le groupe multiplicatif est compatible avec la structure de ce groupe (cf. III, p. 49).
Si , les homothéties et sont des homéomorphismes de K sur lui-même; il en est de même de l’application quel que soit . On notera que les homothéties et sont des automorphismes du groupe additif (topologique) de K lorsque . Si V est un voisinage quelconque de 0 dans K, et sont donc des voisinages de 0 quel que soit .
Soient E un espace topologique, et une application de E dans un corps topologique K; si, en un point est continue et est continue en . En particulier, si K est commutatif, toute fonction rationnelle de n variables, à coefficients dans K, est continue en tout point de où son dénominateur n’est pas nul.
De même, si est une application d’un ensemble E filtré par un filtre , dans un corps topologique séparé K, et si existe et est , existe, et on a
Si H est un sous-corps d’un corps topologique K, la topologie induite sur H par celle de K est compatible avec la structure de corps de H: la structure de corps topologique ainsi définie sur H est dite induite par celle de K. En outre, est aussi un sous-corps de K (démonstration analogue à celle de III, p. 50, prop. 5).
Dans un corps topologique K, l’adhérence de l’ensemble réduit à 0 est un idéal bilatère, d’après III, p. 50, prop. 5, donc est nécessairement {0} ou K; autrement dit, si la topologie de K n’est pas la topologie la moins fine (I, p. 11), elle est séparée (III, p. 5, prop. 2).
8. Structures uniformes d’un corps topologique
Dans un corps topologique K, il faut distinguer: 1° La structure uniforme du groupe additif de K, définie sur K et dite structure uniforme additive de K. 2° Les structures uniformes droite et gauche du groupe multiplicatif , définies sur et dites (par abus de langage) structures uniformes multiplicatives de K. La structure induite sur par la structure uniforme additive de K est en général distincte des structures uniformes multiplicatives de K (voir III, p. 82, exerc. 17). D’après la prop. 6 de III, p. 51, un corps topologique séparé K peut être considéré comme sous-anneau partout dense d’un anneau séparé et complet . Pour que soit un corps topologique, il faut qu’on puisse prolonger par continuité l’application à ; et cette condition nécessaire est aussi suffisante, car alors les fonctions et 1 sont égales dans d’après le principe de prolongement des identités, ce qui prouve que la valeur, pour tout , de la fonction prolongée est bien l’inverse de dans . Autrement dit (cf. II, p. 20, prop. 11):
Proposition 7
Pour que l’anneau complété d’un corps topologique séparé soit un corps topologique, il faut et il suffit que l’image, par l’application , de tout filtre de Cauchy (pour la structure additive), auquel 0 n’est pas adhérent, soit encore un filtre de Cauchy (pour la structure additive).
Il y a des corps topologiques où cette condition n’est pas vérifiée, et où l’anneau admet des diviseurs de 0 (voir III, p. 85, exerc. 26). En outre, lorsque l’anneau complété est un corps topologique, rien n’assure a priori que les structures multiplicatives de soient des structures d’espace complet. Toutefois, il en sera ainsi pour les corps tels que soit localement compact (voir I, p. 66, prop. 13, et III, p. 22, prop. 4), ou commutatif; en effet, pour ces derniers, on a la proposition suivante:
Proposition 8
Si la structure uniforme additive d’un corps topologique commutatif est une structure d’espace séparé et complet, la structure multiplicative sur est une structure d’espace complet.
Nous allons montrer que si est un filtre de Cauchy pour la structure multiplicative sur est une base de filtre de Cauchy pour la structure additive sur , et ne converge pas vers 0, ce qui établira la proposition. Soit un voisinage quelconque de 0 dans , un voisinage fermé de 0 tel que (III, p. 49, axiome (AV)) et ; il existe par hypothèse un ensemble tel que, quels que soient . Soit un point de ; on a , et est un ensemble fermé ne contenant pas 0, donc 0 n’est pas adhérent à , ni par suite à . Soit un voisinage de 0 tel que (III, p. 49, axiome (AV)); il existe par hypothèse un ensemble tel que et que, quels que soient , on ait , d’où ; comme est commutatif, , donc , ce qui démontre la proposition.
La même démonstration prouve que la prop. 8 s’étend au cas où tout filtre de Cauchy pour l’une des structures multiplicatives de est aussi un filtre de Cauchy pour l’autre structure multiplicative.
Exercices
See the exercises for § 6.