§ 3. Espaces complets
1. Filtres de Cauchy
Lorsqu’on a muni un ensemble d’une structure uniforme, on peut définir ce qu’on entend par un sous-ensemble « petit » dans (relativement à cette structure): ce sera un ensemble dont tous les points sont « très voisins » deux à deux. De façon précise:
Définition 1
Étant donné un espace uniforme , et un entourage de , on dit qu’une partie de est un ensemble petit d’ordre lorsque deux quelconques des points de sont voisins d’ordre (ce qui revient à dire que ).
Proposition 1
Dans un espace uniforme , si deux ensembles et sont petits d’ordre et se rencontrent, leur réunion est un ensemble petit d’ordre .
Cité par 1
Cité par Théorème 3
En effet, soient deux points de , et un point de ; on a par hypothèse et , donc .
Définition 2
On dit qu’un filtre sur un espace uniforme est un filtre de Cauchy si, pour tout entourage de , il existe un ensemble petit d’ordre et appartenant à .
Ici encore, on peut rendre le langage plus imagé en utilisant les expressions « ensemble assez petit » et « ensemble aussi petit qu’on veut »; par exemple, la déf. 2 peut encore s’exprimer en disant qu’un filtre de Cauchy est un filtre qui contient des ensembles arbitrairement petits.
On dit qu’une suite infinie de points d’un espace uniforme est une suite de Cauchy si le filtre élémentaire associé à cette suite est un filtre de Cauchy. Il revient au même de dire que pour tout entourage de , il existe tel que, quels que soient et , on ait .
Proposition 2
Sur un espace uniforme , tout filtre convergent est un filtre de Cauchy.
Cité par 1
Cité par Exemple
En effet, pour tout , et tout entourage symétrique de , le voisinage de est petit d’ordre ; si est un filtre convergent vers , il existe un ensemble de contenu dans , donc petit d’ordre .
Il est clair que tout filtre plus fin qu’un filtre de Cauchy est un filtre de Cauchy.
Proposition 3
Soit une application uniformément continue. L’image par d’une base de filtre de Cauchy sur est une base de filtre de Cauchy sur .
Cité par 3
Cité par Proposition 4, Proposition 8, Théorème 3
Soit en effet ; si est un entourage de , est un entourage de , et l’image par d’un ensemble petit d’ordre est un ensemble petit d’ordre ; d’où la proposition.
Il en résulte en particulier que si on remplace la structure uniforme d’un espace uniforme par une structure uniforme moins fine, tout filtre de Cauchy pour la structure uniforme initialement donnée reste filtre de Cauchy pour la nouvelle structure uniforme.
On retiendra aisément ce fait sous la forme suivante: plus une structure uniforme est fine, moins il y a de filtres de Cauchy.
Proposition 4
Soient un ensemble, une famille d’espaces uniformes, et pour chaque , soit une application de dans . On munit de la structure uniforme la moins fine rendant uniformément continues les . Pour qu’une base de filtre sur soit une base de filtre de Cauchy, il faut et il suffit que, pour tout , soit une base de filtre de Cauchy sur .
Cite 2 · Cité par 5
Cite II § 2. Fonctions uniformément continues, Proposition 3
Cité par Proposition 5, AC III § 2, Proposition 10, Théorème 3, Proposition 6, II § 4, Définition 2, X § 1
La condition est nécessaire en vertu de la prop. 3. Inversement, supposons-la vérifiée, et soit un entourage de la structure uniforme (II, p. 8, formule (1)). Par hypothèse, pour tout indice , il existe un ensemble tel que soit petit d’ordre (); soit un ensemble de contenu dans pour ; pour tout couple de points, de , on a pour , donc ce qui démontre la proposition.
Corollaire 1
Si un filtre de Cauchy sur un espace uniforme induit un filtre sur une partie de , ce filtre est un filtre de Cauchy sur le sous-espace uniforme .
Corollaire 2
Pour qu’une base de filtre sur un produit d’espaces uniformes soit une base de filtre de Cauchy, il faut et il suffit que, pour tout , soit une base de filtre de Cauchy sur .
Cité par 1
Cité par Proposition 10
2. Filtres de Cauchy minimaux
Les éléments minimaux (pour la relation d’inclusion) de l’ensemble des filtres de Cauchy sur un espace uniforme sont appelés filtres de Cauchy minimaux sur .
Proposition 5
Soit un espace uniforme. Pour tout filtre de Cauchy sur , il existe un et un seul filtre de Cauchy minimal moins fin que ; si est une base de , un système fondamental d’entourages symétriques de , les ensembles () forment une base de .
Cité par 8
Cité par Corollaire 1, Corollaire 4, Proposition 8, Proposition 9, Théorème 3, Proposition 9, III § 5, Proposition 15, IX § 2, Corollaire 1, X § 1
Si sont dans , dans , il existe dans (resp. ) un ensemble (resp. ) tel que (resp. ), d’où
Corollaire 1
Pour tout , le filtre des voisinages de dans est un filtre de Cauchy minimal.
Il suffit, dans la prop. 5, de prendre pour le filtre de toutes les parties contenant , et pour l’ensemble de parties réduit à l’unique élément .
Corollaire 2
Tout point adhérent à un filtre de Cauchy est point limite de .
Cite 1 · Cité par 5
Cite Proposition 4, I § 7
Cité par Corollaire 3, Proposition 4, III § 3, Proposition 9, III § 5, Proposition 15, IX § 2, Corollaire 1, X § 1
En effet, il existe un filtre plus fin que et que (I, p. 47, prop. 4); comme est un filtre de Cauchy, il en est de même de . Si est l’unique filtre de Cauchy minimal moins fin que , et sont deux filtres de Cauchy minimaux moins fins que , donc , ce qui prouve que converge vers .
Corollaire 3
Toute filtre de Cauchy moins fin qu’un filtre convergent vers un point x converge aussi vers x.
C’est un conséquence du cor 2.
Corollaire 4
Si est un filtre de Cauchy minimal, tout ensemble de a un intérieur non vide, qui appartient à (en d’autres termes il existe une base de formée d’ensembles ouverts).
En effet, pour tout entourage V de X, il existe un entourage ouvert U V (II, p. 5, cor. 2) et pour toute partie M de X, U(M) est alors ouvert et contenu dans V(M); d’où le corollaire, compte tenu de la prop. 5.
3. Espaces complets
Sur un espace uniforme X, un filtre de Cauchy n’a pas nécessairement de point limite.
Exemple 1
Considérons, sur la droite rationnelle , la suite définie par
Exemple 2
Soit X un ensemble infini, et considérons sur X la structure uniforme des partitions finies (II, p. 7, Remarque 1); tout ultrafiltre sur X est un filtre de Cauchy pour cette structure. En effet, si est une partition finie de X, l’entourage correspondant, il existe un des qui appartient à (I, p. 39, corollaire) et il est petit d’ordre V. Mais d’autre part, X est un espace discret infini, donc non compact, et par suite il existe des ultrafiltres sur X qui ne convergent pas.
Cite 2
Définition 3
On appelle espace complet un espace uniforme tel que tout filtre de Cauchy sur cet espace soit convergent.
Dans un espace complet, toute suite de Cauchy (II, p. 13, n° 1) est donc convergente.
Exemple
Sur un espace uniforme discret X, un filtre de Cauchy est un ultrafiltre trivial (I, p. 39), donc convergent, et par suite X est complet.
Des déf. 2 (II, p. 13) et 3 et de la prop. 2 de II, p. 13, on déduit aussitôt la proposition suivante, connue sous le nom de critère de Cauchy:
Cite 2
Cite I § 6. Filtres, Proposition 2
Proposition 6
Soit un filtre sur un ensemble X, et soit f une application de X dans un espace uniforme complet X'; pour que f admette une limite suivant , il faut et il suffit que l’image de par f soit une base de filtre de Cauchy.
On voit par là l’intérêt que présentent les espaces complets dans toutes les questions où intervient la notion de limite; si une fonction prend ses valeurs dans espace complet, on pourra démontrer l’existence de sa limite, sans connaître au préalable la valeur de cette limite, ce qui serait impossible si on ne disposait, comme critère de convergence, que de la définition de la limite.
Une structure uniforme plus fine qu’une structure uniforme d’espace complet n’est pas nécessairement une structure uniforme d’espace complet (II, p. 36, exerc. 2 du § 3); mais on a la proposition suivante:
Proposition 7
Soient deux structures uniformes sur un ensemble , les topologies déduites respectivement de ces structures uniformes. On suppose que est plus fine que , et en outre qu’il existe un système fondamental d’entourages pour qui sont fermés dans pour la topologie produit de par elle-même. Alors, pour qu’un filtre sur converge pour , il faut et il suffit qu’il soit un filtre de Cauchy pour et qu’il converge pour .
Cité par 2
Cité par Corollaire, Proposition 5, X § 1
Les conditions sont évidemment nécessaires, puisque est moins fine que ; prouvons qu’elles sont suffisantes. Soit un point limite de pour ; montrons que est limite de pour . En effet, soit un entourage symétrique de , fermé pour la topologie produit de par elle-même. Par hypothèse, contient un ensemble petit d’ordre ; si , on a donc . Mais est fermé pour , donc , qui est adhérent à pour , appartient à ; on en conclut que , ce qui démontre la proposition.
Corollaire
On suppose vérifiées les hypothèses de la prop. 7. Si en outre est une structure uniforme d’espace complet, il en est de même de .
Cite 2
En effet, tout filtre de Cauchy pour est alors filtre de Cauchy pour , donc converge pour par hypothèse.
On notera que les hypothèses du cor. de la prop. 7 sont remplies lorsque (II, p. 5, cor. 2).
4. Sous-espaces des espaces complets
Proposition 8
Tout sous-espace fermé d’un espace complet est complet; tout sous-espace complet d’un espace uniforme séparé (complet ou non) est fermé.
Cite 3 · Cité par 6
Cite Proposition 3, Proposition 5, Corollaire 3
Cité par Example 1, AC III § 2, Corollaire, Proposition 18, Définition 2, III § 3, Proposition 1, IX § 6, Corollary 1, X § 2
En effet, soient un espace complet, un sous-espace fermé de . Si est un filtre de Cauchy sur , c’est une base de filtre de Cauchy sur (II, p. 13, prop. 3), qui converge donc vers un point ; mais comme est fermé, on a , ce qui prouve que dans le sous-espace , est convergent.
Soient maintenant un ensemble non fermé dans un espace uniforme séparé , et soit ; la trace sur du filtre des voisinages de dans est un filtre de Cauchy sur ; il ne peut converger vers un point , car alors serait point limite de (II, p. 15, cor. 3) ce qui est absurde puisque et que est séparé.
Proposition 9
Soient un espace uniforme, une partie partout dense de telle que toute base de filtre de Cauchy sur soit convergente dans ; dans ces conditions, est complet.
Cite 3 · Cité par 2
Cite Proposition 5, Corollaire 3, Corollaire 4
Cité par Exercice 7, § 3, Théorème 3
Il suffit de montrer qu’un filtre de Cauchy minimal sur est convergent. Comme est partout dense et que tout ensemble de a un intérieur non vide (II, p. 15, cor. 4), la trace de sur est un filtre de Cauchy sur , donc converge vers un point ; comme est moins fin que le filtre sur engendré par , on en conclut que converge vers (II, p. 15, cor. 3).
5. Produits et limites projectives d’espaces complets
Proposition 10
Tout produit d’espaces uniformes complets est complet. Réciproquement, si un produit d’espaces uniformes non vides est complet, chacun des espaces uniformes facteurs est complet.
Cite 4 · Cité par 5
Cite Corollaire 1, I § 7, Proposition 4, Corollaire 2, I § 6. Filtres
Cité par Corollaire, Proposition 18, Définition 2, III § 3, Proposition 1, IX § 6, Corollary 1, X § 2
La première assertion résulte de la caractérisation des filtres de Cauchy et des filtres convergents sur un espace produit (II, p. 14, cor. 2 de la prop. 4 et I, p. 51, cor. 1). Inversement, supposons complet (les étant non vides) et soit un filtre de Cauchy sur ; pour tout , soit un filtre de Cauchy sur , et considérons le filtre produit (I, p. 42) sur ; est un filtre de Cauchy (II, p. 14, cor. 2 de la prop. 4), donc est convergent, et il en est par suite de même de (I, p. 51, cor. 1).
Corollaire
Soit un système projectif d’espaces uniformes. Si les sont séparés et complets, il en est de même de .
Cite 3 · Cité par 2
Cite Corollaire 2, I § 8, Proposition 10, Proposition 8
Cité par Proposition 14, AC III § 2, III § 7. Limites projectives de groupes et d’anneaux topologiques
On sait en effet que est séparé et s’identifie à un sous-espace fermé de (I, p. 55, cor. 2); le corollaire résulte donc de la prop. 10 et de la prop. 8 (II, p. 16).
Une limite projective d’espaces uniformes séparés et complets peut être vide, même si les sont non vides et les surjectifs, comme le montre le cas des espaces discrets (E, III, p. 94, exerc. 4). Mais on a le théorème suivant:
Théorème 1 (Mittag-Leffler). — Soit un système projectif d’espaces uniformes séparés et complets, relatif à un ensemble d’indices préordonné filtrant qui admet un sous-ensemble cofinal dénombrable; on suppose en outre que, pour tout , possède un système fondamental dénombrable d’entourages.\footnote{Cette condition signifie que l’espace uniforme séparé est métrisable; cf. IX, § 2, n°4, th. 1.} Enfin, on suppose que pour tout , il existe un vérifiant la condition suivante:
(ML_{\alpha,\beta}) Pour tout , est dense dans .
Soient alors , l’application canonique ; pour tout et tout vérifiant (ML_{\alpha,\beta}), est dense dans (et par suite est non vide si les sont tous non vides).
Soit une suite d’indices cofinale à I. Partons d’un , et définissons par récurrence une suite croissante telle que et que (ML_{\alpha_n,\alpha_{n+1}}) soit vérifiée; il est clair que la suite est cofinale à I. Nous écrirons au lieu de pour , et nous poserons . Alors, pour , est dense dans : en effet, par définition, est dense dans , et comme , cela établit notre assertion.
Par récurrence sur et , on peut, pour chaque , définir un système fondamental d’entourages symétriques fermés de tel que
(2)
(3)
Soit en effet un système fondamental d’entourages de . Si on suppose les définis pour un donné et pour tout , on peut, puisque est uniformément continue, définir par récurrence sur l’entourage de sorte que (3) soit vérifié et que l’on ait en outre
d’où notre assertion.
Cela étant, soit . Nous allons prouver que, pour tout entier , il existe tel que , ce qui démontrera le théorème. Comme est dense dans , on peut définir par récurrence une suite de points tels que
(4)
En vertu de (3), on en déduit que, pour tout ,
(5)
On conclut de là que, pour fixe, la suite est une suite de Cauchy dans , et converge par suite vers un point ; en effet, par récurrence, on déduit de (5) que pour tout couple d’entiers , on a
(6)
et en vertu de (2), il est immédiat que le second membre de (6) est contenu dans ; faisant croître indéfiniment, on en tire en particulier, pour , que , puisque est fermé. D’autre part, des relations z_m = \lim_{n \to \infty} f_{mn}(x_n) et de la continuité de , on déduit que pour tout . Pour tout , il y a au moins un entier tel que ; si on pose , on vérifie aussitôt que ne dépend pas de la valeur de telle que , et que la famille ainsi définie est un point de ; comme , cela termine la démonstration.
Corollaire 1
Soit* un système projectif d’ensembles tel que soit filtrant et admette un sous-ensemble cofinal dénombrable, et que les soient surjectives; si , l’application canonique est surjective pour tout .
Il suffit en effet de munir les de la structure uniforme discrète.
Corollaire 2
Soit* un ensemble préordonné filtrant ayant un ensemble cofinal dénombrable. Soient deux systèmes projectifs d’ensembles relatifs à , et pour tout , soit une application telle que les forment un système projectif d’applications; posons . Soit un élément de vérifiant la condition suivante: pour tout , il existe tel que, pour tout , on ait ; alors il existe tel que .
Il suffit d’appliquer le th. 1 au système projectif des ensembles , munis de la structure uniforme discrète (cf. E, III, p. 58, prop. 5).
Exemple
Supposons donnés, dans : 1° une suite de points distincts tels que la suite soit croissante et tende vers ; 2° pour chaque , une fonction rationnelle définie dans et ayant un pôle au point ; 3° une suite strictement croissante de boules ouvertes de centre 0, de réunion , telle qu’aucun des ne soit sur la frontière d’une des boules . Pour chaque , désignons par l’intersection de et du complémentaire dans de l’ensemble des ; soit l’ensemble des applications de dans , où est la restriction à d’une fonction continue dans et holomorphe dans . On définit une distance dans en posant . On vérifie aisément que pour cette distance, est complet. Enfin, pour , on définit une application en faisant correspondre à sa restriction à ; il est clair que les sont uniformément continues et que est un système projectif d’espaces uniformes. Cela étant, il est clair qu’un élément de la limite projective s’identifie canoniquement à une fonction méromorphe dans , dont les seuls pôles sont les points , et qui est telle que pour tout , est holomorphe au point . Le théorème classique de Mittag–Leffler affirme que n’est pas vide; en vertu du th. 1, il suffit pour le démontrer de vérifier la condition pour tout . Or, soit un élément de , où est continue dans et holomorphe dans ; pour tout , soit la restriction à de ; cette dernière somme est une fonction holomorphe dans un voisinage de , donc (par le développement de Taylor), pour tout , il y a un polynôme tel que dans ; si est la restriction à de on a et dans , ce qui achève la démonstration.
Cite 1
6. Prolongement des fonctions uniformément continues
Il est possible d’apporter d’importants compléments au théorème de prolongement par continuité (I, p. 57, th. 1) lorsqu’il s’agit de fonctions prenant leurs valeurs dans un espace uniforme séparé et complet.
Proposition 11
Soient une partie partout dense d’un espace topologique , et une application de dans un espace uniforme séparé et complet . Pour que puisse être prolongée par continuité dans , il faut et il suffit que, pour tout , l’image par de la trace sur du filtre des voisinages de dans soit une base de filtre de Cauchy sur .
Cite 1 · Cité par 3
Cité par III § 3. Structures uniformes de groupes, Proposition 6, III § 3, Théorème 1, III § 6
Cela résulte du th. de prolongement par continuité (loc. cit.), puisque est régulier (II, p. 5, prop. 3) et qu’il y a identité entre filtres convergents et filtres de Cauchy sur .
Lorsque est lui-même un espace uniforme, on a de plus le théorème suivant:
Théorème 2
Soit une fonction définie dans un sous-espace partout dense d’un espace uniforme , prenant ses valeurs dans un espace uniforme séparé et complet , et uniformément continue dans . Alors peut être prolongée par continuité à tout entier, et la fonction prolongée est uniformément continue.
Cite 3 · Cité par 7
Cite Théorème 1, I § 2, Proposition 1, I § 4, Proposition 6, II § 2
Cité par Corollaire, Proposition 13, Théorème 3, Théorème 2, II § 4, III § 3. Structures uniformes de groupes, Proposition 5, III § 3, Proposition 1, IX § 1
L’existence de est une conséquence immédiate des prop. 3 (II, p. 13) et 11. Montrons que est uniformément continue. Soit un entourage symétrique fermé de , et soit un entourage de tel que, lorsque sont dans et voisins d’ordre , et soient voisins d’ordre . On peut supposer que est l’adhérence dans d’un entourage de (II, p. 10, prop. 6). On a pour ; comme est continue dans (I, p. 25, prop. 1), on a aussi pour puisque est fermé (I, p. 9, th. 1).
C.Q.F.D.
Corollaire
Soient deux espaces uniformes séparés et complets, des sous-espaces partout denses de respectivement. Tout isomorphisme de sur se prolonge en un isomorphisme de sur .
En effet, est uniformément continue dans , donc (th. 2) se prolonge en une application uniformément continue ; de même l’application réciproque de se prolonge en une application uniformément continue . La fonction est alors une application continue de dans lui-même qui coïncide dans avec l’application identique; en vertu du principe de prolongement des identités (I, p. 53, cor. 1), est donc l’application identique de ; de même est l’application identique de . Par suite (E, II, p. 18, corollaire) et sont deux bijections réciproques l’une de l’autre; comme elles sont uniformément continues, ce sont des isomorphismes (II, p. 6, prop. 2).
On notera que si est une application uniformément continue bijective de sur , son prolongement par continuité n’est pas nécessairement injectif ni surjectif (II, p. 36, exerc. 3).
7. La complétion d’un espace uniforme
Théorème 3
Soit X un espace uniforme. Il existe un espace uniforme séparé et complet , et une application uniformément continue , ayant la propriété suivante:
Cite 11 · Cité par 6
Cite Proposition 1, II § 2. Fonctions uniformément continues, Proposition 5, Corollaire 1, Corollaire 4, Proposition 3, Proposition 4, Proposition 9, Proposition 2, I § 8, Corollaire 1 (Principe de prolongement des identités), I § 8, Théorème 2
Cité par Définition 4, Définition 5, Remarque, Proposition 12, Proposition 15, Proposition 16
(P) Pour toute application uniformément continue de X dans un espace uniforme séparé et complet Y, il existe une application uniformément continue et une seule telle que .
Si est un second couple formé d’un espace uniforme séparé et complet et d’une application uniformément continue , possédant la propriété (P), alors il existe un isomorphisme et un seul tel que .
La première assertion de l’énoncé signifie encore que le couple est solution du problème d’application universelle (E, IV, p. 23) dans lequel on prend pour -ensembles les espaces uniformes séparés et complets, pour -morphismes les applications uniformément continues et pour -applications les applications uniformément continues de X dans un espace uniforme séparé et complet. L’unicité du couple à un isomorphisme unique près résulte donc des propriétés générales des solutions de problèmes d’application universelle (loc. cit.). Reste à prouver l’existence du couple .
1) Définition de . Soit l’ensemble des filtres de Cauchy minimaux (II, p. 14) sur X. Nous allons définir sur une structure uniforme. Pour cela, pour tout entourage symétrique V de X, désignons par l’ensemble des couples de filtres de Cauchy minimaux ayant en commun un ensemble petit d’ordre V : montrons que les ensembles forment un système fondamental d’entourages d’une structure uniforme sur . En effet:
1° Comme tout est un filtre de Cauchy, on a par définition pour tout entourage symétrique V de X, donc est vérifié.
2° Si V, V’ sont deux entourages symétriques de X, est un entourage symétrique, et tout ensemble petit d’ordre W est petit d’ordre V et d’ordre V’ ; donc on a , ce qui prouve .
3° Les ensembles sont symétriques par définition, donc est vérifié.
4° Étant donné un entourage symétrique V de X, soit W un entourage symétrique tel que . Considérons trois filtres de Cauchy minimaux tels que et ; il existe donc deux ensembles M, N, petits d’ordre W et tels que . Comme M et N appartiennent à , n’est pas vide, donc (II, p. 12, prop. 1), est petit d’ordre ; comme appartient à et à , on a ; d’où .
Montrons en outre que l’espace uniforme est séparé. En effet, soient deux filtres de Cauchy minimaux sur X tels que pour tout entourage symétrique V de X. Il est immédiat que les ensembles , où forment la base d’un filtre moins fin que et que . Or, est un filtre de Cauchy, car pour tout entourage symétrique V de X, il y a par hypothèse un ensemble P petit d’ordre V et appartenant à la fois à et à , donc . Par définition des filtres de Cauchy minimaux, on a , et cela achève de montrer que est séparé.
2) Définition de i ; la structure uniforme de X est image réciproque de celle de par i. On sait que, pour tout , le filtre des voisinages de dans est un filtre de Cauchy minimal (II, p. 14, cor. 1 de la prop. 5); nous prendrons . Soit ; nous allons montrer que pour tout entourage symétrique de , on a , ce qui prouvera notre assertion (II, p. 9). Or, si , il y a un ensemble petit d’ordre et qui est à la fois voisinage de et de , donc . Inversement, si , il est immédiat que l’ensemble est petit d’ordre et est à la fois voisinage de et de .
3) est complet et dense dans . Cherchons la trace sur d’un voisinage d’un point ; c’est l’ensemble des tels que . Cette relation signifie qu’il existe un voisinage de dans , petit d’ordre et appartenant à , ou encore que est intérieur à un ensemble de petit d’ordre . Soit la réunion dans des intérieurs des ensembles de qui sont petits d’ordre ; appartient à (II, p. 15, cor. 4) et ce qui précède montre que ; on en conclut que: 1° n’est pas vide, donc est dense dans ; 2° La trace sur de appartient à la base de filtre sur , donc cette base de filtre converge dans vers le point .
Soit alors un filtre de Cauchy sur ; d’après ce qu’on a vu dans 2) et la prop. 4 de II, p. 13, est une base d’un filtre de Cauchy sur ; soit un filtre de Cauchy minimal moins fin que (II, p. 14, prop. 5); est alors une base d’un filtre de Cauchy sur (II, p. 13, prop. 3) et est plus fin que le filtre de base . Comme ce dernier converge dans , il en est de même de , et la prop. 9 de II, p. 17 montre alors que est complet.
4) Vérification de la propriété (P). Soit une application uniformément continue de dans un espace uniforme séparé et complet . Montrons d’abord qu’il existe une application uniformément continue et une seule telle que . En effet, comme est continue, on a nécessairement , donc si on pose , on a bien ; tout revient à voir que est uniformément continue dans . Or, soit un entourage de et soit un entourage symétrique de tel que la relation entraîne ; on a vu dans 2) que la relation entraîne , donc aussi , ce qui établit notre assertion.
Cela étant, soit le prolongement par continuité de à (II, p. 20, th. 2); on peut aussi écrire , et il est clair que est l’unique application continue de dans vérifiant la relation précédente puisque est dense dans (I, p. 53, cor. 1).
C.Q.F.D.
Définition 4
On dit que l’espace uniforme séparé et complet défini dans la démonstration du th. 3 est l’espace séparé complété de et que l’application est l’application canonique de dans son séparé complété.
Cite 1
Cite Théorème 3
Notons en outre les propriétés suivantes:
Proposition 12
1° Le sous-espace est dense dans . 2° Le graphe de la relation d’équivalence est l’intersection des entourages de . 3° La structure uniforme de est l’image réciproque par de celle de (ou de celle du sous-espace ). 4° Les entourages de sont les images par des entourages de , et les adhérences dans des entourages de forment un système fondamental d’entourages de .
Cite 3 · Cité par 5
Cite II § 2. Fonctions uniformément continues, Proposition 6, Théorème 3
Cité par Remarque, Proposition 17, Théorème 3, II § 4, Proposition 4, X § 2, Théorème 2, X § 3
En effet, 1° et 3° ont été prouvées au cours de la démonstration du th. 3; 4° est conséquence de 1° et 3° en vertu de propriétés générale vues antérieurement (II, p. 9, Remarque et II, p. 10, prop. 6). Enfin, la relation signifie par définition que les filtres de voisinages de et de sont les mêmes. Mais cela entraîne par définition que pour tout entourage de , et la réciproque est évidente.
Corollaire
Si est un espace uniforme séparé, l’application canonique est un isomorphisme de sur un sous-espace partout dense de .
Cité par 2
Cité par Remarque, Proposition 16
Lorsque est séparé, on dit que est l’espace complété (ou plus brièvement le complété) de , et on identifie le plus souvent à un sous-espace partout dense de au moyen de .
Remarque
Lorsqu’on fait cette identification, les filtres de Cauchy minimaux de ne sont autres que les traces sur des filtres de voisinages des points de , comme il résulte de la démonstration du th. 3 (II, p. 21).
Le cor. de la prop. 12 caractérise le complété d’un espace uniforme séparé:
Cite 2
Cite Théorème 3, Corollaire
Proposition 13
Si est un espace séparé et complet, un sous-espace partout dense de , l’injection canonique se prolonge en un isomorphisme de sur .
Cite 1
Cite Théorème 2
En effet, toute application uniformément continue de dans un espace uniforme séparé et complet se prolonge d’une seule manière en une application uniformément continue de dans en vertu de II, p. 20, th. 2.
Proposition 14
Soient un espace uniforme séparé et complet, sa structure uniforme, un sous-espace partout dense dans . Si est une structure uniforme sur , moins fine que et induisant sur la même structure uniforme que , on a .
Désignons par l’ensemble muni de la structure uniforme ; la composée de l’application canonique et de l’application identique , qui est uniformément continue, peut être considérée comme une application uniformément continue ; comme est séparé pour la structure uniforme induite par , la restriction de à est par hypothèse un isomorphisme de sur le sous-espace partout dense de ; il en résulte (II, p. 20, corollaire) que lui-même est un isomorphisme de sur , donc et .
Proposition 15
Soient deux espaces uniformes; pour toute application uniformément continue , il existe une application uniformément continue et une seule rendant commutatif¹ le diagramme
Cite 1 · Cité par 5
Cite Théorème 3
Cité par Proposition 5, AC III § 2, Corollaire, Proposition 18, Proposition 2, II § 4, Proposition 4, X § 2
où et sont les applications canoniques.
Il suffit d’appliquer le th. 3 (II, p. 21) à la fonction .
Corollaire
Soient et deux applications uniformément continues; si , on a .* Cela résulte aussitôt de la propriété d’unicité de la prop. 15.
Cite 1
Cite Proposition 15
8. Espace uniforme séparé associé à un espace uniforme
Proposition 16
Soient un espace uniforme, i l’application canonique de dans son séparé complété . Pour toute application uniformément continue de dans un espace uniforme séparé , il existe une application uniformément continue et une seule telle que .
Cite 3 · Cité par 2
Cite Corollaire, Théorème 3, E IV § 3. Applications universelles
Cité par Corollaire, Proposition 17
En effet (II, p. 23, corollaire) on peut identifier à un sous-espace de son complété , et peut alors être considérée comme une application uniformément continue de dans . En vertu du th. 3 (II, p. 21), elle s’écrit donc , où est une application uniformément continue de dans ; si est la restriction de à , on a évidemment , et applique dans ; l’unicité de est triviale.
Le couple est donc solution du problème d’application universelle (E, IV, p. 23) où cette fois on prend comme -ensembles les espaces uniformes séparés, pour -morphismes (resp. -applications) les applications uniformément continues (resp. les applications uniformément continues de dans un espace uniforme séparé).
Définition 5
On dit que l’espace uniforme séparé défini dans la démonstration du th. 3 (II, p. 21) est l’espace uniforme séparé associé à .
Cite 1
Cite Théorème 3
¹ Autrement dit .
Par suite, le séparé complété de X n’est autre que le complété de l’espace séparé associé à X. Si X est complet, il résulte de la définition de (II, p. 21, th. 3) que l’application est surjective, donc l’espace séparé associé à X est égal à l’espace séparé complété de X réciproquement, s’il en est ainsi, X est complet (II, p. 23, prop. 12 et II, p. 15, déf. 3).
Corollaire
Soient X, Y deux espaces uniformes, les espaces séparés associés; pour toute application uniformément continue , il existe une application uniformément continue et une seule rendant commutatif le diagramme
où i et sont les applications canoniques.
On applique la prop. 16 à .
L’espace séparé associé à un espace uniforme peut encore se caractériser par la propriété suivante:
Proposition 17
Soient X un espace uniforme, son espace séparé associé, f une application de X sur un espace uniforme séparé , telle que la structure uniforme de X soit l’image réciproque par f de celle de . Alors l’application telle que est un isomorphisme.
On sait que g est uniformément continue (II, p. 24, prop. 16); g est évidemment surjective, et elle est aussi injective puisque la relation entraîne par définition que appartient à tous les entourages de X, donc que (II, p. 23, prop. 12). Enfin, les entourages de sont les images par des entourages de X (II, p. 9, Remarque), donc aussi les images par des entourages de (II, p. 23, prop. 12), d’où la proposition.
Remarque
Soit R la relation d’équivalence dans X; on a vu (II, p. 23, prop. 12) que son graphe C est l’intersection des entourages de X. Il est clair que tout ensemble ouvert (et par suite aussi tout ensemble fermé) dans X est saturé pour R; compte tenu de la définition de l’image réciproque d’une topologie, on en conclut que la bijection canonique de l’espace topologique quotient sur déduite de i est un homéomorphisme; l’espace séparé associé à X peut donc s’identifier en tant qu’espace topologique à . L’application canonique est ouverte et fermée, et même propre (I, p. 77, Exemple).
Soient un second espace uniforme, l’intersection des entourages de , la relation d’équivalence de graphe . Soit une application continue: comme l’image réciproque par f de tout voisinage de est un voisinage de x, l’image réciproque par f de contient , donc f est compatible avec R et , et donne par passage aux quotients une application continue (I, p. 21, corollaire); ceci généralise le cor. de la prop. 16.
Cite 2
Cite Proposition 12, Corollaire
9. Complétion des sous-espaces et des espaces produits
Proposition 18
Soient un ensemble, une famille d’espaces uniformes, et pour chaque , soit une application de dans ; on munit de la structure uniforme la moins fine rendant uniformément continues les . Alors la structure uniforme de l’espace séparé complété de est la moins fine rendant uniformément continues les applications () (II, p. 24, prop. 15). En outre, si est l’application canonique de dans , et si , s’identifie à l’adhérence dans de l’image de par l’application .
Cite 7 · Cité par 2
Cite Proposition 15, Proposition 5, II § 2, Proposition 17, Proposition 7, I § 4, Proposition 8, II § 2, Proposition 10, Proposition 8
Cité par Définition 2, II § 4, Proposition 3, II § 4
Soit (resp. ) l’espace uniforme séparé associé à (resp. ), et soit l’application uniformément continue rendant commutatif le diagramme
où est l’application canonique.
La transitivité des structures uniformes initiales (II, p. 8, prop. 5) montre d’une part que est la structure uniforme la moins fine rendant uniformément continues les applications , et d’autre part que est aussi l’image réciproque par de la structure uniforme la moins fine sur l’ensemble rendant uniformément continues les . Or est séparée, car si sont deux points de tels que pour tout , appartient à tous les entourages de , et par suite . La prop. 17 (II, p. 25) montre donc que est la structure uniforme de l’espace séparé associé à .
Cela étant, s’identifie par la bijection à un sous-espace uniforme de l’espace uniforme produit (II, p. 11, prop. 8). Comme les sont séparés, on peut identifier chacun des à un sous-espace partout dense de son complété , donc à un sous-espace partout dense de (I, p. 27, prop. 7). Mais est séparé et complet (II, p. 17, prop. 10); l’adhérence de dans est donc un sous-espace séparé et complet (II, p. 16, prop. 8), qui s’identifie par suite au séparé complété de , les applications s’identifiant aux projections sur les ; d’où la proposition.
Corollaire 1
Soient un espace uniforme, l’application canonique de dans son séparé complété ; si est un sous-espace de , l’injection canonique, alors est un isomorphisme de sur l’adhérence de dans .
Corollaire 2
Soit une famille d’espaces uniformes. Le séparé complété de l’espace produit est canoniquement isomorphe au produit .
Cité par 1
Cité par Proposition 16, AC III § 2
Exercices
See the exercises for § 3.