Bourbaki

§ 3. Espaces complets

1. Filtres de Cauchy

Lorsqu’on a muni un ensemble XX d’une structure uniforme, on peut définir ce qu’on entend par un sous-ensemble « petit » dans XX (relativement à cette structure): ce sera un ensemble dont tous les points sont « très voisins » deux à deux. De façon précise:

Définition 1

Étant donné un espace uniforme XX, et un entourage VV de XX, on dit qu’une partie AA de XX est un ensemble petit d’ordre VV lorsque deux quelconques des points de AA sont voisins d’ordre VV (ce qui revient à dire que A×A⊂VA \times A \subset V).

Proposition 1

Dans un espace uniforme XX, si deux ensembles AA et BB sont petits d’ordre VV et se rencontrent, leur réunion A∪BA \cup B est un ensemble petit d’ordre V‾2\overline{V}^2.

Cité par 1

Cité par Théorème 3

En effet, soient x,yx, y deux points de A∪BA \cup B, et zz un point de A∩BA \cap B; on a par hypothèse (x,z)∈V(x, z) \in V et (z,y)∈V(z, y) \in V, donc (x,y)∈V‾2(x, y) \in \overline{V}^2.

Définition 2

On dit qu’un filtre F\mathfrak{F} sur un espace uniforme XX est un filtre de Cauchy si, pour tout entourage VV de XX, il existe un ensemble petit d’ordre VV et appartenant à F\mathfrak{F}.

Ici encore, on peut rendre le langage plus imagé en utilisant les expressions « ensemble assez petit » et « ensemble aussi petit qu’on veut »; par exemple, la déf. 2 peut encore s’exprimer en disant qu’un filtre de Cauchy est un filtre qui contient des ensembles arbitrairement petits.

On dit qu’une suite infinie (un)(u_n) de points d’un espace uniforme XX est une suite de Cauchy si le filtre élémentaire associé à cette suite est un filtre de Cauchy. Il revient au même de dire que pour tout entourage VV de XX, il existe n0n_0 tel que, quels que soient m≥n0m \geq n_0 et n≥n0n \geq n_0, on ait (um,un)∈V(u_m, u_n) \in V.

Proposition 2

Sur un espace uniforme XX, tout filtre convergent est un filtre de Cauchy.

Cité par 1

Cité par Exemple

En effet, pour tout x∈Xx \in X, et tout entourage symétrique VV de XX, le voisinage V(x)V(x) de xx est petit d’ordre V‾2\overline{V}^2; si F\mathfrak{F} est un filtre convergent vers xx, il existe un ensemble de F\mathfrak{F} contenu dans V(x)V(x), donc petit d’ordre V‾2\overline{V}^2.

Il est clair que tout filtre plus fin qu’un filtre de Cauchy est un filtre de Cauchy.

Proposition 3

Soit f:X→X′f : X \to X' une application uniformément continue. L’image par ff d’une base de filtre de Cauchy sur XX est une base de filtre de Cauchy sur X′X'.

Cité par 3

Cité par Proposition 4, Proposition 8, Théorème 3

Soit en effet g=f×fg = f \times f; si V′V' est un entourage de X′X', g−1(V′)‾\overline{g^{-1}(V')} est un entourage de XX, et l’image par ff d’un ensemble petit d’ordre g−1(V′)‾\overline{g^{-1}(V')} est un ensemble petit d’ordre V′V'; d’où la proposition.

Il en résulte en particulier que si on remplace la structure uniforme d’un espace uniforme XX par une structure uniforme moins fine, tout filtre de Cauchy pour la structure uniforme initialement donnée reste filtre de Cauchy pour la nouvelle structure uniforme.

On retiendra aisément ce fait sous la forme suivante: plus une structure uniforme est fine, moins il y a de filtres de Cauchy.

Proposition 4

Soient XX un ensemble, (Yι)ι∈I(Y_\iota)_{\iota \in I} une famille d’espaces uniformes, et pour chaque ι∈I\iota \in I, soit fιf_\iota une application de XX dans YιY_\iota. On munit XX de la structure uniforme U\mathfrak{U} la moins fine rendant uniformément continues les fιf_\iota. Pour qu’une base de filtre B\mathfrak{B} sur XX soit une base de filtre de Cauchy, il faut et il suffit que, pour tout ι∈I\iota \in I, fι(B)f_\iota(\mathfrak{B}) soit une base de filtre de Cauchy sur YιY_\iota.

Cite 2 · Cité par 5

Cite II § 2. Fonctions uniformément continues, Proposition 3

Cité par Proposition 5, AC III § 2, Proposition 10, Théorème 3, Proposition 6, II § 4, Définition 2, X § 1

La condition est nécessaire en vertu de la prop. 3. Inversement, supposons-la vérifiée, et soit U(Vι1,…,Vιn)U(V_{\iota_1}, \ldots, V_{\iota_n}) un entourage de la structure uniforme U\mathfrak{U} (II, p. 8, formule (1)). Par hypothèse, pour tout indice kk, il existe un ensemble Mk∈BM_k \in \mathfrak{B} tel que fιk(Mk)f_{\iota_k}(M_k) soit petit d’ordre VιkV_{\iota_k} (1≤k≤n1 \leq k \leq n); soit MM un ensemble de B\mathfrak{B} contenu dans MkM_{k} pour 1≤k≤n1 \leq k \leq n; pour tout couple de points, x,x′x, x' de MM, on a (ftk(x),ftk(x′))∈Vtk(f_{t_{k}}(x), f_{t_{k}}(x')) \in V_{t_{k}} pour 1≤k≤n1 \leq k \leq n, donc (x,x′)∈U(Vt1,…,Vtn)(x, x') \in U(V_{t_{1}}, \ldots, V_{t_{n}}) ce qui démontre la proposition.

Corollaire 1

Si un filtre de Cauchy sur un espace uniforme XX induit un filtre sur une partie AA de XX, ce filtre est un filtre de Cauchy sur le sous-espace uniforme AA.

Corollaire 2

Pour qu’une base de filtre B\mathfrak{B} sur un produit ∏i∈IXi\prod_{i \in I} X_{i} d’espaces uniformes soit une base de filtre de Cauchy, il faut et il suffit que, pour tout i∈Ii \in I, pri(B)\mathrm{pr}_{i}(\mathfrak{B}) soit une base de filtre de Cauchy sur XiX_{i}.

Cité par 1

Cité par Proposition 10

2. Filtres de Cauchy minimaux

Les éléments minimaux (pour la relation d’inclusion) de l’ensemble des filtres de Cauchy sur un espace uniforme XX sont appelés filtres de Cauchy minimaux sur XX.

Proposition 5

Soit XX un espace uniforme. Pour tout filtre de Cauchy F\mathfrak{F} sur XX, il existe un et un seul filtre de Cauchy minimal F0\mathfrak{F}_{0} moins fin que F\mathfrak{F}; si B\mathfrak{B} est une base de F\mathfrak{F}, G\mathfrak{G} un système fondamental d’entourages symétriques de XX, les ensembles V(M)V(M) (M∈B,V∈GM \in \mathfrak{B}, V \in \mathfrak{G}) forment une base de F0\mathfrak{F}_{0}.

Cité par 8

Cité par Corollaire 1, Corollaire 4, Proposition 8, Proposition 9, Théorème 3, Proposition 9, III § 5, Proposition 15, IX § 2, Corollaire 1, X § 1

Si M,M′M, M' sont dans B\mathfrak{B}, V,V′V, V' dans G\mathfrak{G}, il existe dans B\mathfrak{B} (resp. G\mathfrak{G}) un ensemble M′′M'' (resp. V′′V'') tel que M′′⊂M∩M′M'' \subset M \cap M' (resp. V′′⊂V∩V′V'' \subset V \cap V'), d’où

V′′(M′′)⊂V(M)∩V′(M′); V''(M'') \subset V(M) \cap V'(M');
les ensembles V(M)V(M) (pour M∈B,V∈GM \in \mathfrak{B}, V \in \mathfrak{G}) forment donc bien une base d’un filtre F0\mathfrak{F}_{0} sur XX. En outre, si MM est petit d’ordre VV, V(M)V(M) est petit d’ordre V3V^{3}, donc F0\mathfrak{F}_{0} est un filtre de Cauchy sur XX, évidemment moins fin que F\mathfrak{F}. Pour achever la démonstration, il suffit de prouver que si G\mathfrak{G} est un filtre de Cauchy moins fin que F\mathfrak{F}, G\mathfrak{G} est plus fin que F0\mathfrak{F}_{0}; en effet, pour tout M∈BM \in \mathfrak{B} et tout V∈GV \in \mathfrak{G}, il existe un ensemble N∈GN \in \mathfrak{G} petit d’ordre VV, et comme N∈FN \in \mathfrak{F}, NN rencontre MM, donc N⊂V(M)N \subset V(M) et V(M)∈GV(M) \in \mathfrak{G}.

Corollaire 1

Pour tout x∈Xx \in X, le filtre B(x)\mathfrak{B}(x) des voisinages de xx dans XX est un filtre de Cauchy minimal.

Cite 1 · Cité par 1

Cite Proposition 5

Cité par Théorème 3

Il suffit, dans la prop. 5, de prendre pour F\mathfrak{F} le filtre de toutes les parties contenant xx, et pour B\mathfrak{B} l’ensemble de parties réduit à l’unique élément {x}\{x\}.

Corollaire 2

Tout point xx adhérent à un filtre de Cauchy F\mathfrak{F} est point limite de F\mathfrak{F}.

Cite 1 · Cité par 5

Cite Proposition 4, I § 7

Cité par Corollaire 3, Proposition 4, III § 3, Proposition 9, III § 5, Proposition 15, IX § 2, Corollaire 1, X § 1

En effet, il existe un filtre G\mathfrak{G} plus fin que F\mathfrak{F} et que B(x)\mathfrak{B}(x) (I, p. 47, prop. 4); comme F\mathfrak{F} est un filtre de Cauchy, il en est de même de G\mathfrak{G}. Si F0\mathfrak{F}_{0} est l’unique filtre de Cauchy minimal moins fin que F\mathfrak{F}, F0\mathfrak{F}_{0} et B(x)\mathfrak{B}(x) sont deux filtres de Cauchy minimaux moins fins que G\mathfrak{G}, donc F0=B(x)\mathfrak{F}_{0} = \mathfrak{B}(x), ce qui prouve que F\mathfrak{F} converge vers xx.

Corollaire 3

Toute filtre de Cauchy moins fin qu’un filtre convergent vers un point x converge aussi vers x.

Cite 1 · Cité par 2

Cite Corollaire 2

Cité par Proposition 8, Proposition 9

C’est un conséquence du cor 2.

Corollaire 4

Si F\mathfrak{F} est un filtre de Cauchy minimal, tout ensemble de F\mathfrak{F} a un intérieur non vide, qui appartient à F\mathfrak{F} (en d’autres termes il existe une base de F\mathfrak{F} formée d’ensembles ouverts).

Cite 2 · Cité par 2

Cite Corollaire 2, II § 1, Proposition 5

Cité par Proposition 9, Théorème 3

En effet, pour tout entourage V de X, il existe un entourage ouvert U ⊂\subset V (II, p. 5, cor. 2) et pour toute partie M de X, U(M) est alors ouvert et contenu dans V(M); d’où le corollaire, compte tenu de la prop. 5.

3. Espaces complets

Sur un espace uniforme X, un filtre de Cauchy n’a pas nécessairement de point limite.

Exemple 1

Considérons, sur la droite rationnelle Q\mathbf{Q}, la suite (un)(u_n) définie par

un=∑p=0n2−p(p+1)/2; si m>n, on a u_n = \sum_{p=0}^{n} 2^{-p(p+1)/2}; \text{ si } m > n, \text{ on a}
∣um−un∣≤2−n(n+3)/2 |u_m - u_n| \leq 2^{-n(n+3)/2}
donc (un)(u_n) est une suite de Cauchy. Mais cette suite n’a pas de limite dans Q\mathbf{Q}: en effet, si le nombre rationnel a/ba/b était limite de (un)(u_n), on aurait d’après (1), quel que soit nn
∣a/b−hn/2n(n+1)/2∣≤(12)n(n+3)/2 |a/b - h_n/2^{n(n+1)/2}| \leq (\frac{1}{2})^{n(n+3)/2}
où hnh_n est un entier (dépendant de nn); ou encore
∣a.2n(n+1)/2−bhn∣≤b.2−n |a.2^{n(n+1)/2} - b h_n| \leq b.2^{-n}
quel que soit nn; or, comme le premier membre de cette inégalité est un entier quel que soit nn, il serait nul pour tout entier nn supérieur à un entier n0n_0 tel que b<2n0b < 2^{n_0}; on aurait alors a/b=una/b = u_n quel que soit n>n0n > n_0, ce qui est absurde.

Exemple 2

Soit X un ensemble infini, et considérons sur X la structure uniforme des partitions finies (II, p. 7, Remarque 1); tout ultrafiltre F\mathfrak{F} sur X est un filtre de Cauchy pour cette structure. En effet, si (Ai)(A_i) est une partition finie de X, V=⋃i(Ai×Ai)V = \bigcup_i (A_i \times A_i) l’entourage correspondant, il existe un des AiA_i qui appartient à F\mathfrak{F} (I, p. 39, corollaire) et il est petit d’ordre V. Mais d’autre part, X est un espace discret infini, donc non compact, et par suite il existe des ultrafiltres sur X qui ne convergent pas.

Cite 2

Cite Remarque 1, II § 2, Corollaire, I § 6

Définition 3

On appelle espace complet un espace uniforme tel que tout filtre de Cauchy sur cet espace soit convergent.

Dans un espace complet, toute suite de Cauchy (II, p. 13, n° 1) est donc convergente.

Exemple

Sur un espace uniforme discret X, un filtre de Cauchy est un ultrafiltre trivial (I, p. 39), donc convergent, et par suite X est complet.

Des déf. 2 (II, p. 13) et 3 et de la prop. 2 de II, p. 13, on déduit aussitôt la proposition suivante, connue sous le nom de critère de Cauchy:

Cite 2

Cite I § 6. Filtres, Proposition 2

Proposition 6

Soit F\mathfrak{F} un filtre sur un ensemble X, et soit f une application de X dans un espace uniforme complet X'; pour que f admette une limite suivant F\mathfrak{F}, il faut et il suffit que l’image de F\mathfrak{F} par f soit une base de filtre de Cauchy.

Cite 1 · Cité par 1

Cite Exercice 2, § 3

Cité par Proposition 12

On voit par là l’intérêt que présentent les espaces complets dans toutes les questions où intervient la notion de limite; si une fonction prend ses valeurs dans espace complet, on pourra démontrer l’existence de sa limite, sans connaître au préalable la valeur de cette limite, ce qui serait impossible si on ne disposait, comme critère de convergence, que de la définition de la limite.

Une structure uniforme plus fine qu’une structure uniforme d’espace complet n’est pas nécessairement une structure uniforme d’espace complet (II, p. 36, exerc. 2 du § 3); mais on a la proposition suivante:

Proposition 7

Soient U1,U2\mathfrak{U}_1, \mathfrak{U}_2 deux structures uniformes sur un ensemble XX, T1,T2\mathscr{T}_1, \mathscr{T}_2 les topologies déduites respectivement de ces structures uniformes. On suppose que U1\mathfrak{U}_1 est plus fine que U2\mathfrak{U}_2, et en outre qu’il existe un système fondamental d’entourages pour U1\mathfrak{U}_1 qui sont fermés dans X×XX \times X pour la topologie produit de T2\mathscr{T}_2 par elle-même. Alors, pour qu’un filtre F\mathfrak{F} sur XX converge pour T1\mathscr{T}_1, il faut et il suffit qu’il soit un filtre de Cauchy pour U1\mathfrak{U}_1 et qu’il converge pour T2\mathscr{T}_2.

Cité par 2

Cité par Corollaire, Proposition 5, X § 1

Les conditions sont évidemment nécessaires, puisque T2\mathscr{T}_2 est moins fine que T1\mathscr{T}_1; prouvons qu’elles sont suffisantes. Soit xx un point limite de F\mathfrak{F} pour T2\mathscr{T}_2; montrons que xx est limite de F\mathfrak{F} pour T1\mathscr{T}_1. En effet, soit VV un entourage symétrique de U1\mathfrak{U}_1, fermé pour la topologie produit de T2\mathscr{T}_2 par elle-même. Par hypothèse, F\mathfrak{F} contient un ensemble MM petit d’ordre VV; si x′∈Mx' \in M, on a donc M⊂V(x′)M \subset V(x'). Mais V(x′)V(x') est fermé pour T2\mathscr{T}_2, donc xx, qui est adhérent à MM pour T2\mathscr{T}_2, appartient à V(x′)V(x'); on en conclut que M⊂V‾(x)M \subset \overline{V}(x), ce qui démontre la proposition.

Corollaire

On suppose vérifiées les hypothèses de la prop. 7. Si en outre U2\mathfrak{U}_2 est une structure uniforme d’espace complet, il en est de même de U1\mathfrak{U}_1.

Cite 2

Cite Proposition 7, Corollaire 2, II § 1

En effet, tout filtre de Cauchy pour U1\mathfrak{U}_1 est alors filtre de Cauchy pour U2\mathfrak{U}_2, donc converge pour T2\mathscr{T}_2 par hypothèse.

On notera que les hypothèses du cor. de la prop. 7 sont remplies lorsque T1=T2\mathscr{T}_1 = \mathscr{T}_2 (II, p. 5, cor. 2).

4. Sous-espaces des espaces complets

Proposition 8

Tout sous-espace fermé d’un espace complet est complet; tout sous-espace complet d’un espace uniforme séparé (complet ou non) est fermé.

Cite 3 · Cité par 6

Cite Proposition 3, Proposition 5, Corollaire 3

Cité par Example 1, AC III § 2, Corollaire, Proposition 18, Définition 2, III § 3, Proposition 1, IX § 6, Corollary 1, X § 2

En effet, soient XX un espace complet, AA un sous-espace fermé de XX. Si F\mathfrak{F} est un filtre de Cauchy sur AA, c’est une base de filtre de Cauchy sur XX (II, p. 13, prop. 3), qui converge donc vers un point x∈Xx \in X; mais comme AA est fermé, on a x∈Ax \in A, ce qui prouve que dans le sous-espace AA, F\mathfrak{F} est convergent.

Soient maintenant AA un ensemble non fermé dans un espace uniforme séparé XX, et soit b∈A‾−Ab \in \overline{A} - A; la trace VA\mathfrak{V}_A sur AA du filtre V\mathfrak{V} des voisinages de bb dans XX est un filtre de Cauchy sur AA; il ne peut converger vers un point c∈Ac \in A, car alors cc serait point limite de V\mathfrak{V} (II, p. 15, cor. 3) ce qui est absurde puisque b≠cb \neq c et que XX est séparé.

Proposition 9

Soient XX un espace uniforme, AA une partie partout dense de XX telle que toute base de filtre de Cauchy sur AA soit convergente dans XX; dans ces conditions, XX est complet.

Cite 3 · Cité par 2

Cite Proposition 5, Corollaire 3, Corollaire 4

Cité par Exercice 7, § 3, Théorème 3

Il suffit de montrer qu’un filtre de Cauchy minimal F\mathfrak{F} sur XX est convergent. Comme AA est partout dense et que tout ensemble de F\mathfrak{F} a un intérieur non vide (II, p. 15, cor. 4), la trace FA\mathfrak{F}_A de F\mathfrak{F} sur AA est un filtre de Cauchy sur AA, donc converge vers un point x0∈Xx_0 \in X; comme F\mathfrak{F} est moins fin que le filtre sur XX engendré par FA\mathfrak{F}_A, on en conclut que F\mathfrak{F} converge vers x0x_0 (II, p. 15, cor. 3).

5. Produits et limites projectives d’espaces complets

Proposition 10

Tout produit d’espaces uniformes complets est complet. Réciproquement, si un produit d’espaces uniformes non vides est complet, chacun des espaces uniformes facteurs est complet.

Cite 4 · Cité par 5

Cite Corollaire 1, I § 7, Proposition 4, Corollaire 2, I § 6. Filtres

Cité par Corollaire, Proposition 18, Définition 2, III § 3, Proposition 1, IX § 6, Corollary 1, X § 2

La première assertion résulte de la caractérisation des filtres de Cauchy et des filtres convergents sur un espace produit (II, p. 14, cor. 2 de la prop. 4 et I, p. 51, cor. 1). Inversement, supposons X=∏ι∈IXιX = \prod_{\iota \in I} X_\iota complet (les XιX_\iota étant non vides) et soit Fk\mathfrak{F}_k un filtre de Cauchy sur XkX_k; pour tout ι≠k\iota \neq k, soit Fι\mathfrak{F}_\iota un filtre de Cauchy sur XιX_\iota, et considérons le filtre produit (I, p. 42) F=∏ι∈IFι\mathfrak{F} = \prod_{\iota \in I} \mathfrak{F}_\iota sur XX; F\mathfrak{F} est un filtre de Cauchy (II, p. 14, cor. 2 de la prop. 4), donc est convergent, et il en est par suite de même de pr⁡kF=Fk\operatorname{pr}_k \mathfrak{F} = \mathfrak{F}_k (I, p. 51, cor. 1).

Corollaire

Soit (Xα,fαβ)(X_\alpha, f_{\alpha\beta}) un système projectif d’espaces uniformes. Si les XαX_\alpha sont séparés et complets, il en est de même de X=lim⁡←XαX = \lim_{\leftarrow} X_\alpha.

Cite 3 · Cité par 2

Cite Corollaire 2, I § 8, Proposition 10, Proposition 8

Cité par Proposition 14, AC III § 2, III § 7. Limites projectives de groupes et d’anneaux topologiques

On sait en effet que XX est séparé et s’identifie à un sous-espace fermé de ∏αXα\prod_\alpha X_\alpha (I, p. 55, cor. 2); le corollaire résulte donc de la prop. 10 et de la prop. 8 (II, p. 16).

Une limite projective d’espaces uniformes séparés et complets XαX_\alpha peut être vide, même si les XαX_\alpha sont non vides et les fαβf_{\alpha\beta} surjectifs, comme le montre le cas des espaces discrets (E, III, p. 94, exerc. 4). Mais on a le théorème suivant:

Théorème 1 (Mittag-Leffler). — Soit (Xα,fαβ)(X_\alpha, f_{\alpha\beta}) un système projectif d’espaces uniformes séparés et complets, relatif à un ensemble d’indices préordonné filtrant II qui admet un sous-ensemble cofinal dénombrable; on suppose en outre que, pour tout α∈I\alpha \in I, XαX_\alpha possède un système fondamental dénombrable d’entourages.\footnote{Cette condition signifie que l’espace uniforme séparé XαX_\alpha est métrisable; cf. IX, § 2, n°4, th. 1.} Enfin, on suppose que pour tout α∈I\alpha \in I, il existe un β≥α\beta \geq \alpha vérifiant la condition suivante:

(ML_{\alpha,\beta}) Pour tout γ≥β\gamma \geq \beta, fαγ(Xγ)f_{\alpha\gamma}(X_\gamma) est dense dans fαβ(Xβ)f_{\alpha\beta}(X_\beta).

Soient alors X=lim⁡←XαX = \lim_{\leftarrow} X_\alpha, fαf_\alpha l’application canonique X→XαX \to X_\alpha; pour tout α∈I\alpha \in I et tout β≥α\beta \geq \alpha vérifiant (ML_{\alpha,\beta}), fα(X)f_\alpha(X) est dense dans fαβ(Xβ)f_{\alpha\beta}(X_\beta) (et par suite XX est non vide si les XαX_\alpha sont tous non vides).

Soit (λn)(\lambda_n) une suite d’indices cofinale à I. Partons d’un α0∈I\alpha_0 \in I, et définissons par récurrence une suite croissante (αn)(\alpha_n) telle que αn≥λn\alpha_n \geq \lambda_n et que (ML_{\alpha_n,\alpha_{n+1}}) soit vérifiée; il est clair que la suite (αn)(\alpha_n) est cofinale à I. Nous écrirons fmnf_{mn} au lieu de fαmαnf_{\alpha_m\alpha_n} pour m≤nm \leq n, et nous poserons fn,n+1(Xαn+1)=Ynf_{n,n+1}(X_{\alpha_{n+1}}) = Y_n. Alors, pour m≤nm \leq n, fmn(Yn)f_{mn}(Y_n) est dense dans YmY_m: en effet, par définition, fm,n+1(Xαn+1)f_{m,n+1}(X_{\alpha_{n+1}}) est dense dans fm,m+1(Xαm+1)=Ymf_{m,m+1}(X_{\alpha_{m+1}}) = Y_m, et comme fm,n+1(Xαn+1)=fmn(fn,n+1(Xαn+1))=fmn(Yn)f_{m,n+1}(X_{\alpha_{n+1}}) = f_{mn}(f_{n,n+1}(X_{\alpha_{n+1}})) = f_{mn}(Y_n), cela établit notre assertion.

Par récurrence sur nn et kk, on peut, pour chaque nn, définir un système fondamental (Vkn)k∈N(V_{kn})_{k \in \mathbf{N}} d’entourages symétriques fermés de XαnX_{\alpha_n} tel que

(2)

V‾k+1,n⊂Vkn \overline{V}_{k+1,n} \subset V_{kn}

(3)

(fn,n+1×fn,n+1)(Vk,n+1)⊂Vkn. (f_{n,n+1} \times f_{n,n+1})(V_{k,n+1}) \subset V_{kn}.

Soit en effet (Ukn)k∈N(U_{kn})_{k \in \mathbf{N}} un système fondamental d’entourages de XαnX_{\alpha_n}. Si on suppose les VknV_{kn} définis pour un nn donné et pour tout k∈Nk \in \mathbf{N}, on peut, puisque fn,n+1f_{n,n+1} est uniformément continue, définir par récurrence sur kk l’entourage Vk,n+1V_{k,n+1} de sorte que (3) soit vérifié et que l’on ait en outre

V‾k+1,n+1⊂Vk,n+1∩Uk+1,n+1, \overline{V}_{k+1,n+1} \subset V_{k,n+1} \cap U_{k+1,n+1},

d’où notre assertion.

Cela étant, soit x0∈Y0x_0 \in Y_0. Nous allons prouver que, pour tout entier k>0k > 0, il existe z∈Xz \in X tel que (x0,fα0(z))∈Vk−1,0(x_0, f_{\alpha_0}(z)) \in V_{k-1,0}, ce qui démontrera le théorème. Comme fn,n+1(Yn+1)f_{n,n+1}(Y_{n+1}) est dense dans YnY_n, on peut définir par récurrence une suite de points xn∈Ynx_n \in Y_n tels que

(4)

(xn,fn,n+1(xn+1))∈Vk+n,n. (x_n, f_{n,n+1}(x_{n+1})) \in V_{k+n,n}.

En vertu de (3), on en déduit que, pour tout m≤nm \leq n,

(5)

(fmn(xn),fm,n+1(xn+1))∈Vk+n,m. (f_{mn}(x_n), f_{m,n+1}(x_{n+1})) \in V_{k+n,m}.

On conclut de là que, pour mm fixe, la suite (fmn(xn))n≥m(f_{mn}(x_n))_{n \geq m} est une suite de Cauchy dans XαmX_{\alpha_m}, et converge par suite vers un point zmz_m; en effet, par récurrence, on déduit de (5) que pour tout couple d’entiers p≥m,q>0p \geq m, q > 0, on a

(6)

(fmp(xp),fm,p+q(xp+q))∈Vk+p+q−1,m∘Vk+p+q−2,m∘⋯∘Vk+p,m (f_{mp}(x_p), f_{m,p+q}(x_{p+q})) \in V_{k+p+q-1,m} \circ V_{k+p+q-2,m} \circ \cdots \circ V_{k+p,m}

et en vertu de (2), il est immédiat que le second membre de (6) est contenu dans Vk+p−1,mV_{k+p-1,m}; faisant croître qq indéfiniment, on en tire en particulier, pour m=p=0m = p = 0, que (x0,z0)∈Vk−1,0(x_0, z_0) \in V_{k-1,0}, puisque Vk−1,0V_{k-1,0} est fermé. D’autre part, des relations z_m = \lim_{n \to \infty} f_{mn}(x_n) et de la continuité de fm,m+1f_{m,m+1}, on déduit que fm,m+1(zm+1)=zmf_{m,m+1}(z_{m+1}) = z_m pour tout m⩾0m \geqslant 0. Pour tout γ∈I\gamma \in I, il y a au moins un entier nn tel que αn⩾γ\alpha_n \geqslant \gamma; si on pose zγ=fγ,αn(zn)z_\gamma = f_{\gamma,\alpha_n}(z_n), on vérifie aussitôt que zγz_\gamma ne dépend pas de la valeur de nn telle que αn⩾γ\alpha_n \geqslant \gamma, et que la famille (zα)α∈I(z_\alpha)_{\alpha \in I} ainsi définie est un point zz de X=lim⁡←XαX = \lim_{\leftarrow} X_\alpha; comme fα0(z)=z0f_{\alpha_0}(z) = z_0, cela termine la démonstration.

Corollaire 1

Soit* (Xα,fαβ)(X_\alpha, f_{\alpha\beta}) un système projectif d’ensembles tel que II soit filtrant et admette un sous-ensemble cofinal dénombrable, et que les fαβf_{\alpha\beta} soient surjectives; si X=lim⁡←XαX = \lim_{\leftarrow} X_\alpha, l’application canonique fα:X→Xαf_\alpha : X \to X_\alpha est surjective pour tout α∈I\alpha \in I.

Il suffit en effet de munir les XαX_\alpha de la structure uniforme discrète.

Corollaire 2

Soit* II un ensemble préordonné filtrant ayant un ensemble cofinal dénombrable. Soient (Xα,fαβ),(Xα′,fαβ′)(X_\alpha, f_{\alpha\beta}), (X'_\alpha, f'_{\alpha\beta}) deux systèmes projectifs d’ensembles relatifs à II, et pour tout α∈I\alpha \in I, soit uα:Xα→Xα′u_\alpha : X_\alpha \to X'_\alpha une application telle que les uαu_\alpha forment un système projectif d’applications; posons u=lim⁡←uαu = \lim_{\leftarrow} u_\alpha. Soit x′=(xα′)x' = (x'_\alpha) un élément de X′=lim⁡←Xα′X' = \lim_{\leftarrow} X'_\alpha vérifiant la condition suivante: pour tout α∈I\alpha \in I, il existe β⩾α\beta \geqslant \alpha tel que, pour tout γ⩾β\gamma \geqslant \beta, on ait fαγ(u‾γ(xγ′))=fαβ(u‾β(xβ′))f_{\alpha\gamma}(\overline{u}_\gamma(x'_\gamma)) = f_{\alpha\beta}(\overline{u}_\beta(x'_\beta)); alors il existe x∈X=lim⁡←Xαx \in X = \lim_{\leftarrow} X_\alpha tel que u(x)=x′u(x) = x'.

Il suffit d’appliquer le th. 1 au système projectif des ensembles u‾α−1(xα′)\overline{u}_\alpha^{-1}(x'_\alpha), munis de la structure uniforme discrète (cf. E, III, p. 58, prop. 5).

Exemple

Supposons donnés, dans C\mathbf{C}: 1° une suite (an)(a_n) de points distincts tels que la suite (∣an∣)(|a_n|) soit croissante et tende vers +∞+\infty; 2° pour chaque nn, une fonction rationnelle z↦Rn(z)z \mapsto R_n(z) définie dans C−{an}\mathbf{C} - \{a_n\} et ayant un pôle au point ana_n; 3° une suite strictement croissante (Bn)(B_n) de boules ouvertes de centre 0, de réunion C\mathbf{C}, telle qu’aucun des aka_k ne soit sur la frontière d’une des boules BnB_n. Pour chaque nn, désignons par Bn′B'_n l’intersection de B‾n\overline{B}_n et du complémentaire dans C\mathbf{C} de l’ensemble des ama_m; soit XnX_n l’ensemble des applications z↦S(z)=P(z)+∑ak∈Bn′Rk(z)z \mapsto S(z) = P(z) + \sum_{a_k \in B'_n} R_k(z) de Bn′B'_n dans C\mathbf{C}, où PP est la restriction à Bn′B'_n d’une fonction continue dans B‾n\overline{B}_n et holomorphe dans BnB_n. On définit une distance dans XnX_n en posant dn(S1,S2)=sup⁡z∈Bn′∣S1(z)−S2(z)∣d_n(S_1, S_2) = \sup_{z \in B'_n} |S_1(z) - S_2(z)|. On vérifie aisément que pour cette distance, XnX_n est complet. Enfin, pour n⩽mn \leqslant m, on définit une application fnm:Xm→Xnf_{nm} : X_m \to X_n en faisant correspondre à S∈XmS \in X_m sa restriction à Bn′B'_n; il est clair que les fnmf_{nm} sont uniformément continues et que (Xn,fnm)(X_n, f_{nm}) est un système projectif d’espaces uniformes. Cela étant, il est clair qu’un élément de la limite projective X=lim⁡←XnX = \lim_{\leftarrow} X_n s’identifie canoniquement à une fonction méromorphe FF dans C\mathbf{C}, dont les seuls pôles sont les points ana_n, et qui est telle que pour tout nn, F(z)−Rn(z)F(z) - R_n(z) est holomorphe au point ana_n. Le théorème classique de Mittag–Leffler affirme que XX n’est pas vide; en vertu du th. 1, il suffit pour le démontrer de vérifier la condition (MLn,n+1)(\mathrm{ML}_{n,n+1}) pour tout nn. Or, soit Sn+1=Pn+1+∑ak∈Bn+1RkS_{n+1} = P_{n+1} + \sum_{a_k \in B_{n+1}} R_k un élément de Xn+1X_{n+1}, où Pn+1P_{n+1} est continue dans B‾n+1\overline{B}_{n+1} et holomorphe dans Bn+1B_{n+1}; pour tout m⩾n+1m \geqslant n+1, soit QmnQ_{mn} la restriction à Bm′B'_m de ∑ah∈Bm−Bn+1Rh\sum_{a_h \in B_m - B_{n+1}} R_h; cette dernière somme est une fonction holomorphe dans un voisinage de B‾n\overline{B}_n, donc (par le développement de Taylor), pour tout ε>0\varepsilon > 0, il y a un polynôme PmnP_{mn} tel que ∣Pn+1(z)−Qmn(z)−Pmn(z)∣⩽ε|P_{n+1}(z) - Q_{mn}(z) - P_{mn}(z)| \leqslant \varepsilon dans BnB_n; si SmS_m est la restriction à Bm′B'_m de Pmn+∑ah∈BmRhP_{mn} + \sum_{a_h \in B_m} R_h on a Sm∈XmS_m \in X_m et ∣Sm(z)−Sn+1(z)∣⩽ε|S_m(z) - S_{n+1}(z)| \leqslant \varepsilon dans Bn′B'_n, ce qui achève la démonstration.

Cite 1

Cite Theorem 1 (Mittag-Leffler), II § 3

6. Prolongement des fonctions uniformément continues

Il est possible d’apporter d’importants compléments au théorème de prolongement par continuité (I, p. 57, th. 1) lorsqu’il s’agit de fonctions prenant leurs valeurs dans un espace uniforme séparé et complet.

Proposition 11

Soient AA une partie partout dense d’un espace topologique XX, et ff une application de AA dans un espace uniforme séparé et complet X′X'. Pour que ff puisse être prolongée par continuité dans XX, il faut et il suffit que, pour tout x∈Xx \in X, l’image par ff de la trace sur AA du filtre des voisinages de xx dans XX soit une base de filtre de Cauchy sur X′X'.

Cite 1 · Cité par 3

Cite Proposition 3, II § 1

Cité par III § 3. Structures uniformes de groupes, Proposition 6, III § 3, Théorème 1, III § 6

Cela résulte du th. de prolongement par continuité (loc. cit.), puisque X′X' est régulier (II, p. 5, prop. 3) et qu’il y a identité entre filtres convergents et filtres de Cauchy sur X′X'.

Lorsque XX est lui-même un espace uniforme, on a de plus le théorème suivant:

Théorème 2

Soit ff une fonction définie dans un sous-espace partout dense AA d’un espace uniforme XX, prenant ses valeurs dans un espace uniforme séparé et complet X′X', et uniformément continue dans AA. Alors ff peut être prolongée par continuité à XX tout entier, et la fonction prolongée fˉ\bar{f} est uniformément continue.

Cite 3 · Cité par 7

Cite Théorème 1, I § 2, Proposition 1, I § 4, Proposition 6, II § 2

Cité par Corollaire, Proposition 13, Théorème 3, Théorème 2, II § 4, III § 3. Structures uniformes de groupes, Proposition 5, III § 3, Proposition 1, IX § 1

L’existence de fˉ\bar{f} est une conséquence immédiate des prop. 3 (II, p. 13) et 11. Montrons que fˉ\bar{f} est uniformément continue. Soit V′V' un entourage symétrique fermé de X′X', et soit VV un entourage de XX tel que, lorsque x,yx, y sont dans AA et voisins d’ordre VV, f(x)f(x) et f(y)f(y) soient voisins d’ordre V′V'. On peut supposer que VV est l’adhérence dans X×XX \times X d’un entourage WW de AA (II, p. 10, prop. 6). On a (fˉ(x),fˉ(y))∈V′(\bar{f}(x), \bar{f}(y)) \in V' pour (x,y)∈W(x, y) \in W; comme fˉ×fˉ\bar{f} \times \bar{f} est continue dans X×XX \times X (I, p. 25, prop. 1), on a aussi (fˉ(x),fˉ(y))∈V′(\bar{f}(x), \bar{f}(y)) \in V' pour (x,y)∈V=W‾(x, y) \in V = \overline{W} puisque V′V' est fermé (I, p. 9, th. 1).

C.Q.F.D.

Corollaire

Soient X1,X2X_1, X_2 deux espaces uniformes séparés et complets, Y1,Y2Y_1, Y_2 des sous-espaces partout denses de X1,X2X_1, X_2 respectivement. Tout isomorphisme ff de Y1Y_1 sur Y2Y_2 se prolonge en un isomorphisme de X1X_1 sur X2X_2.

Cite 5 · Cité par 3

Cite Corollaire 1 (Principe de prolongement des identités), I § 8, II § 2. Fonctions uniformément continues, Proposition 2, II § 2, Théorème 2, Exercice 3, § 3

Cité par Proposition 14, III § 3. Structures uniformes de groupes, Proposition 6, III § 3

En effet, ff est uniformément continue dans Y1Y_1, donc (th. 2) se prolonge en une application uniformément continue fˉ:X1→X2\bar{f}: X_1 \to X_2; de même l’application réciproque gg de ff se prolonge en une application uniformément continue gˉ:X1→X2\bar{g}: X_1 \to X_2. La fonction gˉ∘fˉ\bar{g} \circ \bar{f} est alors une application continue de X1X_1 dans lui-même qui coïncide dans Y1Y_1 avec l’application identique; en vertu du principe de prolongement des identités (I, p. 53, cor. 1), gˉ∘fˉ\bar{g} \circ \bar{f} est donc l’application identique de X1X_1; de même fˉ∘gˉ\bar{f} \circ \bar{g} est l’application identique de X2X_2. Par suite (E, II, p. 18, corollaire) fˉ\bar{f} et gˉ\bar{g} sont deux bijections réciproques l’une de l’autre; comme elles sont uniformément continues, ce sont des isomorphismes (II, p. 6, prop. 2).

On notera que si ff est une application uniformément continue bijective de Y1Y_1 sur Y2Y_2, son prolongement par continuité fˉ\bar{f} n’est pas nécessairement injectif ni surjectif (II, p. 36, exerc. 3).

7. La complétion d’un espace uniforme

Théorème 3

Soit X un espace uniforme. Il existe un espace uniforme séparé et complet X^\hat{X}, et une application uniformément continue i:X→X^i : X \to \hat{X}, ayant la propriété suivante:

Cite 11 · Cité par 6

Cite Proposition 1, II § 2. Fonctions uniformément continues, Proposition 5, Corollaire 1, Corollaire 4, Proposition 3, Proposition 4, Proposition 9, Proposition 2, I § 8, Corollaire 1 (Principe de prolongement des identités), I § 8, Théorème 2

Cité par Définition 4, Définition 5, Remarque, Proposition 12, Proposition 15, Proposition 16

(P) Pour toute application uniformément continue ff de X dans un espace uniforme séparé et complet Y, il existe une application uniformément continue g:X^→Yg : \hat{X} \to Y et une seule telle que f=g∘if = g \circ i.

Si (i1,X1)(i_1, X_1) est un second couple formé d’un espace uniforme séparé et complet X1X_1 et d’une application uniformément continue i1:X→X1i_1 : X \to X_1, possédant la propriété (P), alors il existe un isomorphisme φ:X^→X1\varphi : \hat{X} \to X_1 et un seul tel que i1=φ∘ii_1 = \varphi \circ i.

La première assertion de l’énoncé signifie encore que le couple (i,X^)(i, \hat{X}) est solution du problème d’application universelle (E, IV, p. 23) dans lequel on prend pour Σ\Sigma-ensembles les espaces uniformes séparés et complets, pour σ\sigma-morphismes les applications uniformément continues et pour α\alpha-applications les applications uniformément continues de X dans un espace uniforme séparé et complet. L’unicité du couple (i,X^)(i, \hat{X}) à un isomorphisme unique près résulte donc des propriétés générales des solutions de problèmes d’application universelle (loc. cit.). Reste à prouver l’existence du couple (i,X^)(i, \hat{X}).

1) Définition de X^\hat{X}. Soit X^\hat{X} l’ensemble des filtres de Cauchy minimaux (II, p. 14) sur X. Nous allons définir sur X^\hat{X} une structure uniforme. Pour cela, pour tout entourage symétrique V de X, désignons par V~\tilde{V} l’ensemble des couples (X,Y)(\mathfrak{X}, \mathfrak{Y}) de filtres de Cauchy minimaux ayant en commun un ensemble petit d’ordre V : montrons que les ensembles V~\tilde{V} forment un système fondamental d’entourages d’une structure uniforme sur X^\hat{X}. En effet:

1° Comme tout X∈X^\mathfrak{X} \in \hat{X} est un filtre de Cauchy, on a par définition (X,X)∈V~(\mathfrak{X}, \mathfrak{X}) \in \tilde{V} pour tout entourage symétrique V de X, donc (UI′)(U'_I) est vérifié.

2° Si V, V’ sont deux entourages symétriques de X, W=V∩V′W = V \cap V' est un entourage symétrique, et tout ensemble petit d’ordre W est petit d’ordre V et d’ordre V’ ; donc on a W~⊂V~∩V~′\tilde{W} \subset \tilde{V} \cap \tilde{V}', ce qui prouve (BI)(B_I).

3° Les ensembles V~\tilde{V} sont symétriques par définition, donc (UII′′)(U''_{II}) est vérifié.

4° Étant donné un entourage symétrique V de X, soit W un entourage symétrique tel que W~⊂V\tilde{W} \subset V. Considérons trois filtres de Cauchy minimaux X,Y,Z\mathfrak{X}, \mathfrak{Y}, \mathscr{Z} tels que (X,Y)∈W~(\mathfrak{X}, \mathfrak{Y}) \in \tilde{W} et (Y,Z)∈W~(\mathfrak{Y}, \mathscr{Z}) \in \tilde{W}; il existe donc deux ensembles M, N, petits d’ordre W et tels que M∈X∩Y,N∈Y∩ZM \in \mathfrak{X} \cap \mathfrak{Y}, N \in \mathfrak{Y} \cap \mathscr{Z}. Comme M et N appartiennent à Y\mathfrak{Y}, M∩NM \cap N n’est pas vide, donc (II, p. 12, prop. 1), M∪NM \cup N est petit d’ordre W~⊂V\tilde{W} \subset V; comme M∪NM \cup N appartient à X\mathfrak{X} et à Z\mathscr{Z}, on a W~⊂V~\tilde{W} \subset \tilde{V}; d’où (UIII′′′)(U'''_{III}).

Montrons en outre que l’espace uniforme X^\hat{X} est séparé. En effet, soient X,Y\mathfrak{X}, \mathfrak{Y} deux filtres de Cauchy minimaux sur X tels que (X,Y)∈V~(\mathfrak{X}, \mathfrak{Y}) \in \tilde{V} pour tout entourage symétrique V de X. Il est immédiat que les ensembles M∪NM \cup N, où M∈X,N∈YM \in \mathfrak{X}, N \in \mathfrak{Y} forment la base d’un filtre Z\mathscr{Z} moins fin que X\mathfrak{X} et que Y\mathfrak{Y}. Or, Z\mathscr{Z} est un filtre de Cauchy, car pour tout entourage symétrique V de X, il y a par hypothèse un ensemble P petit d’ordre V et appartenant à la fois à X\mathfrak{X} et à Y\mathfrak{Y}, donc P∈SP \in \mathscr{S}. Par définition des filtres de Cauchy minimaux, on a X=S=Y\mathfrak{X} = \mathscr{S} = \mathfrak{Y}, et cela achève de montrer que X^\hat{X} est séparé.

2) Définition de i ; la structure uniforme de X est image réciproque de celle de X^\hat{X} par i. On sait que, pour tout x∈Xx \in X, le filtre des voisinages V(x)\mathfrak{V}(x) de xx dans XX est un filtre de Cauchy minimal (II, p. 14, cor. 1 de la prop. 5); nous prendrons i(x)=V(x)i(x) = \mathfrak{V}(x). Soit j=i×ij = i \times i; nous allons montrer que pour tout entourage symétrique VV de XX, on a j−1(V~)⊂V⊂j−1(V~)3j^{-1}(\tilde{V}) \subset V \subset j^{-1}(\tilde{V})^3, ce qui prouvera notre assertion (II, p. 9). Or, si (i(x),i(y))∈V~(i(x), i(y)) \in \tilde{V}, il y a un ensemble MM petit d’ordre VV et qui est à la fois voisinage de xx et de yy, donc (x,y)∈V(x, y) \in V. Inversement, si (x,y)∈V(x, y) \in V, il est immédiat que l’ensemble V(x)∪V(y)V(x) \cup V(y) est petit d’ordre V~\tilde{V} et est à la fois voisinage de xx et de yy.

3) X^\hat{X} est complet et i(X)i(X) dense dans X^\hat{X}. Cherchons la trace sur i(X)i(X) d’un voisinage V~(X)\tilde{V}(\mathfrak{X}) d’un point X∈X^\mathfrak{X} \in \hat{X}; c’est l’ensemble des i(x)i(x) tels que (X,i(x))∈V~(\mathfrak{X}, i(x)) \in \tilde{V}. Cette relation signifie qu’il existe un voisinage de xx dans XX, petit d’ordre VV et appartenant à X\mathfrak{X}, ou encore que xx est intérieur à un ensemble de X\mathfrak{X} petit d’ordre VV. Soit MM la réunion dans XX des intérieurs des ensembles de X\mathfrak{X} qui sont petits d’ordre VV; MM appartient à X\mathfrak{X} (II, p. 15, cor. 4) et ce qui précède montre que V~(X)∩i(X)=i(M)\tilde{V}(\mathfrak{X}) \cap i(X) = i(M); on en conclut que: 1° V~(X)∩i(X)\tilde{V}(\mathfrak{X}) \cap i(X) n’est pas vide, donc i(X)i(X) est dense dans X^\hat{X}; 2° La trace sur i(X)i(X) de V~(X)\tilde{V}(\mathfrak{X}) appartient à la base de filtre i(X)i(\mathfrak{X}) sur X^\hat{X}, donc cette base de filtre converge dans X^\hat{X} vers le point X\mathfrak{X}.

Soit alors F\mathfrak{F} un filtre de Cauchy sur i(X)i(X); d’après ce qu’on a vu dans 2) et la prop. 4 de II, p. 13, i−1(F)i^{-1}(\mathfrak{F}) est une base d’un filtre de Cauchy G\mathfrak{G} sur XX; soit X\mathfrak{X} un filtre de Cauchy minimal moins fin que G\mathfrak{G} (II, p. 14, prop. 5); i(X)i(\mathfrak{X}) est alors une base d’un filtre de Cauchy sur i(X)i(X) (II, p. 13, prop. 3) et F=i−1(i(F))\mathfrak{F} = i^{-1}(i(\mathfrak{F})) est plus fin que le filtre de base i(X)i(\mathfrak{X}). Comme ce dernier converge dans X^\hat{X}, il en est de même de F\mathfrak{F}, et la prop. 9 de II, p. 17 montre alors que X^\hat{X} est complet.

4) Vérification de la propriété (P). Soit ff une application uniformément continue de XX dans un espace uniforme séparé et complet YY. Montrons d’abord qu’il existe une application uniformément continue g0:i(X)→Yg_0 : i(X) \to Y et une seule telle que f=g0∘if = g_0 \circ i. En effet, comme ff est continue, on a nécessairement f(x)=lim⁡f(V(x))f(x) = \lim f(\mathfrak{V}(x)), donc si on pose g0(i(x))=lim⁡f(V(x))g_0(i(x)) = \lim f(\mathfrak{V}(x)), on a bien f=g0∘if = g_0 \circ i; tout revient à voir que g0g_0 est uniformément continue dans i(X)i(X). Or, soit UU un entourage de YY et soit VV un entourage symétrique de XX tel que la relation (x,x′)∈V(x, x') \in V entraîne (f(x),f(x′))∈U(f(x), f(x')) \in U; on a vu dans 2) que la relation (i(x),i(x′))∈V~(i(x), i(x')) \in \tilde{V} entraîne (x,x′)∈V(x, x') \in V, donc aussi (g0(i(x)),g0(i(x′))))∈U(g_0(i(x)), g_0(i(x')))) \in U, ce qui établit notre assertion.

Cela étant, soit gg le prolongement par continuité de g0g_0 à X^\hat{X} (II, p. 20, th. 2); on peut aussi écrire f=g∘if = g \circ i, et il est clair que gg est l’unique application continue de X^\hat{X} dans YY vérifiant la relation précédente puisque i(X)i(X) est dense dans X^\hat{X} (I, p. 53, cor. 1).

C.Q.F.D.

Définition 4

On dit que l’espace uniforme séparé et complet X^\hat{X} défini dans la démonstration du th. 3 est l’espace séparé complété de XX et que l’application i:X→X^i : X \to \hat{X} est l’application canonique de XX dans son séparé complété.

Cite 1

Cite Théorème 3

Notons en outre les propriétés suivantes:

Proposition 12

1° Le sous-espace i(X)i(X) est dense dans X^\hat{X}. 2° Le graphe de la relation d’équivalence i(x)=i(x′)i(x) = i(x') est l’intersection des entourages de XX. 3° La structure uniforme de XX est l’image réciproque par ii de celle de X^\hat{X} (ou de celle du sous-espace i(X)i(X)). 4° Les entourages de i(X)i(X) sont les images par i×ii \times i des entourages de XX, et les adhérences dans X^×X^\hat{X} \times \hat{X} des entourages de i(X)i(X) forment un système fondamental d’entourages de X^\hat{X}.

Cite 3 · Cité par 5

Cite II § 2. Fonctions uniformément continues, Proposition 6, Théorème 3

Cité par Remarque, Proposition 17, Théorème 3, II § 4, Proposition 4, X § 2, Théorème 2, X § 3

En effet, 1° et 3° ont été prouvées au cours de la démonstration du th. 3; 4° est conséquence de 1° et 3° en vertu de propriétés générale vues antérieurement (II, p. 9, Remarque et II, p. 10, prop. 6). Enfin, la relation i(x)=i(x′)i(x) = i(x') signifie par définition que les filtres de voisinages de xx et de x′x' sont les mêmes. Mais cela entraîne par définition que (x,x′)∈V(x, x') \in V pour tout entourage VV de XX, et la réciproque est évidente.

Corollaire

Si XX est un espace uniforme séparé, l’application canonique i:X→X^i : X \to \hat{X} est un isomorphisme de XX sur un sous-espace partout dense de X^\hat{X}.

Cité par 2

Cité par Remarque, Proposition 16

Lorsque XX est séparé, on dit que XX est l’espace complété (ou plus brièvement le complété) de XX, et on identifie le plus souvent XX à un sous-espace partout dense de X^\hat{X} au moyen de ii.

Remarque

Lorsqu’on fait cette identification, les filtres de Cauchy minimaux de XX ne sont autres que les traces sur XX des filtres de voisinages des points de X^\hat{X}, comme il résulte de la démonstration du th. 3 (II, p. 21).

Le cor. de la prop. 12 caractérise le complété d’un espace uniforme séparé:

Cite 2

Cite Théorème 3, Corollaire

Proposition 13

Si YY est un espace séparé et complet, XX un sous-espace partout dense de YY, l’injection canonique X→YX \to Y se prolonge en un isomorphisme de X^\hat{X} sur YY.

Cite 1

Cite Théorème 2

En effet, toute application uniformément continue de XX dans un espace uniforme séparé et complet ZZ se prolonge d’une seule manière en une application uniformément continue de YY dans ZZ en vertu de II, p. 20, th. 2.

Proposition 14

Soient XX un espace uniforme séparé et complet, U\mathfrak{U} sa structure uniforme, ZZ un sous-espace partout dense dans XX. Si U′\mathfrak{U}' est une structure uniforme sur XX, moins fine que U\mathfrak{U} et induisant sur ZZ la même structure uniforme que U\mathfrak{U}, on a U′=U\mathfrak{U}' = \mathfrak{U}.

Cite 1 · Cité par 1

Cite Corollaire

Cité par Proposition 1, IX § 1

Désignons par X′X' l’ensemble XX muni de la structure uniforme U′\mathfrak{U}'; la composée de l’application canonique X′→X^′X' \to \hat{X}' et de l’application identique X→X′X \to X', qui est uniformément continue, peut être considérée comme une application uniformément continue φ:X→X^′\varphi : X \to \hat{X}'; comme ZZ est séparé pour la structure uniforme induite par U′\mathfrak{U}', la restriction de φ\varphi à ZZ est par hypothèse un isomorphisme de ZZ sur le sous-espace partout dense φ(Z)\varphi(Z) de X^′\hat{X}'; il en résulte (II, p. 20, corollaire) que φ\varphi lui-même est un isomorphisme de XX sur X^′\hat{X}', donc X′=X^′X' = \hat{X}' et U′=U\mathfrak{U}' = \mathfrak{U}.

Proposition 15

Soient X,X′X, X' deux espaces uniformes; pour toute application uniformément continue f:X→X′f : X \to X', il existe une application uniformément continue et une seule f^:X^→X^′\hat{f} : \hat{X} \to \hat{X}' rendant commutatif¹ le diagramme

Cite 1 · Cité par 5

Cite Théorème 3

Cité par Proposition 5, AC III § 2, Corollaire, Proposition 18, Proposition 2, II § 4, Proposition 4, X § 2

X→fX′i↓i′↓X^→f^X^′ \begin{array}{ccc} X & \xrightarrow{f} & X' \\ i \downarrow & & i' \downarrow \\ \hat{X} & \xrightarrow{\hat{f}} & \hat{X}' \end{array}

où i:X→X^i : X \to \hat{X} et i′:X′→X^′i' : X' \to \hat{X}' sont les applications canoniques.

Il suffit d’appliquer le th. 3 (II, p. 21) à la fonction i′∘f:X→X^′i' \circ f : X \to \hat{X}'.

Corollaire

Soient f:X→X′f : X \to X' et g:X′→X′′g : X' \to X'' deux applications uniformément continues; si h=g∘fh = g \circ f, on a h^=g^∘f^\hat{h} = \hat{g} \circ \hat{f}.* Cela résulte aussitôt de la propriété d’unicité de la prop. 15.

Cite 1

Cite Proposition 15

8. Espace uniforme séparé associé à un espace uniforme

Proposition 16

Soient XX un espace uniforme, i l’application canonique de XX dans son séparé complété X^\hat{X}. Pour toute application uniformément continue ff de XX dans un espace uniforme séparé YY, il existe une application uniformément continue et une seule h:i(X)→Yh : i(X) \to Y telle que f=h∘if = h \circ i.

Cite 3 · Cité par 2

Cite Corollaire, Théorème 3, E IV § 3. Applications universelles

Cité par Corollaire, Proposition 17

En effet (II, p. 23, corollaire) on peut identifier YY à un sous-espace de son complété Y^\hat{Y}, et ff peut alors être considérée comme une application uniformément continue de XX dans Y^\hat{Y}. En vertu du th. 3 (II, p. 21), elle s’écrit donc f=g∘if = g \circ i, où gg est une application uniformément continue de X^\hat{X} dans Y^\hat{Y}; si hh est la restriction de gg à i(X)i(X), on a évidemment f=h∘if = h \circ i, et hh applique i(X)i(X) dans YY; l’unicité de hh est triviale.

Le couple (i,i(X))(i, i(X)) est donc solution du problème d’application universelle (E, IV, p. 23) où cette fois on prend comme Σ\Sigma-ensembles les espaces uniformes séparés, pour σ\sigma-morphismes (resp. α\alpha-applications) les applications uniformément continues (resp. les applications uniformément continues de XX dans un espace uniforme séparé).

Définition 5

On dit que l’espace uniforme séparé i(X)i(X) défini dans la démonstration du th. 3 (II, p. 21) est l’espace uniforme séparé associé à XX.

Cite 1

Cite Théorème 3

¹ Autrement dit i′∘f=f^∘ii' \circ f = \hat{f} \circ i.

Par suite, le séparé complété de X n’est autre que le complété de l’espace séparé associé à X. Si X est complet, il résulte de la définition de X^\hat{X} (II, p. 21, th. 3) que l’application i:X→X^i : X \to \hat{X} est surjective, donc l’espace séparé associé à X est égal à l’espace séparé complété de X réciproquement, s’il en est ainsi, X est complet (II, p. 23, prop. 12 et II, p. 15, déf. 3).

Corollaire

Soient X, Y deux espaces uniformes, X′,Y′X', Y' les espaces séparés associés; pour toute application uniformément continue f:X→Yf : X \to Y, il existe une application uniformément continue et une seule f′:X′→Y′f' : X' \to Y' rendant commutatif le diagramme

X→fYi↓↓i′X′→f′Y′ \begin{array}{ccc} X & \xrightarrow{f} & Y \\ i \downarrow & & \downarrow i' \\ X' & \xrightarrow{f'} & Y' \end{array}

où i et i′i' sont les applications canoniques.

Cite 1 · Cité par 1

Cite Proposition 16

Cité par Remarque

On applique la prop. 16 à i′∘f:X→Y′i' \circ f : X \to Y'.

L’espace séparé associé à un espace uniforme peut encore se caractériser par la propriété suivante:

Proposition 17

Soient X un espace uniforme, i(X)i(X) son espace séparé associé, f une application de X sur un espace uniforme séparé X′X', telle que la structure uniforme de X soit l’image réciproque par f de celle de X′X'. Alors l’application g:i(X)→X′g : i(X) \to X' telle que f=g∘if = g \circ i est un isomorphisme.

Cite 2 · Cité par 1

Cite Proposition 12, Proposition 16

Cité par Proposition 18

On sait que g est uniformément continue (II, p. 24, prop. 16); g est évidemment surjective, et elle est aussi injective puisque la relation f(x)=f(y)f(x) = f(y) entraîne par définition que (x,y)(x, y) appartient à tous les entourages de X, donc que i(x)=i(y)i(x) = i(y) (II, p. 23, prop. 12). Enfin, les entourages de X′X' sont les images par f×ff \times f des entourages de X (II, p. 9, Remarque), donc aussi les images par g×gg \times g des entourages de i(X)i(X) (II, p. 23, prop. 12), d’où la proposition.

Remarque

Soit R la relation d’équivalence i(x)=i(x′)i(x) = i(x') dans X; on a vu (II, p. 23, prop. 12) que son graphe C est l’intersection des entourages de X. Il est clair que tout ensemble ouvert (et par suite aussi tout ensemble fermé) dans X est saturé pour R; compte tenu de la définition de l’image réciproque d’une topologie, on en conclut que la bijection canonique de l’espace topologique quotient X/RX/R sur i(X)i(X) déduite de i est un homéomorphisme; l’espace séparé associé à X peut donc s’identifier en tant qu’espace topologique à X/RX/R. L’application canonique i:X→i(X)i : X \to i(X) est ouverte et fermée, et même propre (I, p. 77, Exemple).

Soient X′X' un second espace uniforme, C′C' l’intersection des entourages de X′X', R′R' la relation d’équivalence de graphe C′C'. Soit f:X→X′f : X \to X' une application continue: comme l’image réciproque par f de tout voisinage de f(x)f(x) est un voisinage de x, l’image réciproque par f de C′(f(x))C'(f(x)) contient C(x)C(x), donc f est compatible avec R et R′R', et donne par passage aux quotients une application continue X/R→X′/R′X/R \to X'/R' (I, p. 21, corollaire); ceci généralise le cor. de la prop. 16.

Cite 2

Cite Proposition 12, Corollaire

9. Complétion des sous-espaces et des espaces produits

Proposition 18

Soient XX un ensemble, (Yλ)λ∈L(Y_\lambda)_{\lambda \in L} une famille d’espaces uniformes, et pour chaque λ∈L\lambda \in L, soit fλf_\lambda une application de XX dans YλY_\lambda; on munit XX de la structure uniforme la moins fine U\mathfrak{U} rendant uniformément continues les fλf_\lambda. Alors la structure uniforme de l’espace séparé complété X^\hat{X} de XX est la moins fine rendant uniformément continues les applications fλ:X^→Y^λf_\lambda : \hat{X} \to \hat{Y}_\lambda (λ∈L\lambda \in L) (II, p. 24, prop. 15). En outre, si jλj_\lambda est l’application canonique de YλY_\lambda dans Y^λ\hat{Y}_\lambda, et si gλ=jλ∘fλg_\lambda = j_\lambda \circ f_\lambda, X^\hat{X} s’identifie à l’adhérence dans ∏λ∈LY^λ\prod_{\lambda \in L} \hat{Y}_\lambda de l’image de XX par l’application x↦(gλ(x))x \mapsto (g_\lambda(x)).

Cite 7 · Cité par 2

Cite Proposition 15, Proposition 5, II § 2, Proposition 17, Proposition 7, I § 4, Proposition 8, II § 2, Proposition 10, Proposition 8

Cité par Définition 2, II § 4, Proposition 3, II § 4

Soit X′X' (resp. Yλ′Y'_\lambda) l’espace uniforme séparé associé à XX (resp. YλY_\lambda), et soit fλ′:X′→Yλ′f'_\lambda : X' \to Y'_\lambda l’application uniformément continue rendant commutatif le diagramme

X→fλYλ↓↓jλX′→fλ′Yλ′ \begin{array}{ccc} X & \xrightarrow{f_\lambda} & Y_\lambda \\ \downarrow & & \downarrow j_\lambda \\ X' & \xrightarrow{f'_\lambda} & Y'_\lambda \end{array}

où ii est l’application canonique.

La transitivité des structures uniformes initiales (II, p. 8, prop. 5) montre d’une part que U\mathfrak{U} est la structure uniforme la moins fine rendant uniformément continues les applications jλ∘fλ:X→Yλ′j_\lambda \circ f_\lambda : X \to Y'_\lambda, et d’autre part que U\mathfrak{U} est aussi l’image réciproque par ii de la structure uniforme U′\mathfrak{U}' la moins fine sur l’ensemble X′X' rendant uniformément continues les fλ′f'_\lambda. Or U′\mathfrak{U}' est séparée, car si x1,x2x_1, x_2 sont deux points de XX tels que jλ(fλ(x1))=jλ(fλ(x2))j_\lambda(f_\lambda(x_1)) = j_\lambda(f_\lambda(x_2)) pour tout λ∈L\lambda \in L, (x1,x2)(x_1, x_2) appartient à tous les entourages de U\mathfrak{U}, et par suite i(x1)=i(x2)i(x_1) = i(x_2). La prop. 17 (II, p. 25) montre donc que U′\mathfrak{U}' est la structure uniforme de l’espace séparé X′X' associé à XX.

Cela étant, X′X' s’identifie par la bijection x′↦(fλ′(x′))x' \mapsto (f'_\lambda(x')) à un sous-espace uniforme de l’espace uniforme produit ∏λYλ′\prod_\lambda Y'_\lambda (II, p. 11, prop. 8). Comme les Yλ′Y'_\lambda sont séparés, on peut identifier chacun des Yλ′Y'_\lambda à un sous-espace partout dense de son complété Y^λ\hat{Y}_\lambda, donc ∏λYλ′\prod_\lambda Y'_\lambda à un sous-espace partout dense de ∏λY^λ\prod_\lambda \hat{Y}_\lambda (I, p. 27, prop. 7). Mais ∏λY^λ\prod_\lambda \hat{Y}_\lambda est séparé et complet (II, p. 17, prop. 10); l’adhérence X′‾\overline{X'} de X′X' dans ∏λY^λ\prod_\lambda \hat{Y}_\lambda est donc un sous-espace séparé et complet (II, p. 16, prop. 8), qui s’identifie par suite au séparé complété X^\hat{X} de XX, les applications fλ′f'_\lambda s’identifiant aux projections sur les X^λ\hat{X}_\lambda; d’où la proposition.

Corollaire 1

Soient XX un espace uniforme, ii l’application canonique de XX dans son séparé complété X^\hat{X}; si AA est un sous-espace de XX, j:A→Xj : A \to X l’injection canonique, alors j^:A^→X^\hat{j} : \hat{A} \to \hat{X} est un isomorphisme de A^\hat{A} sur l’adhérence de i(A)i(A) dans X^\hat{X}.

Cité par 3

Cité par AC III § 2. Généralités sur les anneaux et modules filtrés, Proposition 11, AC III § 3, Définition 2, II § 4

Corollaire 2

Soit (Yλ)λ∈L(Y_\lambda)_{\lambda \in L} une famille d’espaces uniformes. Le séparé complété de l’espace produit ∏λ∈LYλ\prod_{\lambda \in L} Y_\lambda est canoniquement isomorphe au produit ∏λ∈LY^λ\prod_{\lambda \in L} \hat{Y}_\lambda.

Cité par 1

Cité par Proposition 16, AC III § 2

Exercices

See the exercises for § 3.

Transcrit du volume imprimé. Non traduit.