Bourbaki

§ 4. Relations entre espaces uniformes et espaces compacts

1. Uniformité des espaces compacts

Définition 1

On dit qu’une structure uniforme sur un espace topologique XX est compatible avec la structure de XX si cette dernière est identique à la topologie déduite de la structure uniforme considérée.

On dit qu’un espace topologique est uniformisable et que sa topologie est uniformisable s’il existe une structure uniforme compatible avec sa topologie.

Il existe des espaces topologiques non uniformisables, par exemple (en vertu de II, p. 5, cor. 3) les espaces ne vérifiant par l’axiome (OIII)(O_{III}); le problème se pose donc de déterminer à quelle condition un espace topologique XX est uniformisable.

Ce n’est que dans IX, § 1, que nous donnerons une réponse complète à cette question. Dans ce paragraphe, nous n’examinerons qu’un cas particulier important, celui où XX est compact. On a alors le théorème suivant:

Théorème 1

Sur un espace compact XX, il existe une structure uniforme et une seule compatible avec la topologie de XX; l’ensemble des entourages de cette structure est identique à l’ensemble des voisinages de la diagonale Δ\Delta dans X×XX \times X; en outre, XX, muni de cette structure uniforme, est un espace uniforme complet.

La dernière partie du théorème est immédiate : tout filtre de Cauchy sur XX a en effet un point adhérent (axiome (C)), donc est convergent (II, p. 14, cor. 2 de la prop. 5).

Montrons en second lieu que, s’il existe une structure uniforme compatible avec la topologie de XX, l’ensemble U\mathfrak{U} des entourages de cette structure est identique à l’ensemble des voisinages de Δ\Delta. On sait déjà que tout entourage est un voisinage de Δ\Delta (II, p. 4, prop. 2); il suffit d’établir inversement que tout voisinage de Δ\Delta appartient à U\mathfrak{U}. Supposons qu’il existe un voisinage UU de Δ\Delta n’appartenant pas à U\mathfrak{U}; alors les ensembles V∩GUV \cap \mathfrak{G}U, où VV parcourt U\mathfrak{U}, formeraient une base d’un filtre G\mathfrak{G} sur l’espace compact X×XX \times X; G\mathfrak{G} aurait par suite un point adhérent (a,b)(a, b) n’appartenant pas à Δ\Delta; comme U\mathfrak{U} serait alors un filtre moins fin que G\mathfrak{G}, (a,b)(a, b) serait aussi adhérent à U\mathfrak{U}. Or, la structure uniforme définie par U\mathfrak{U} est séparée par hypothèse, donc l’intersection des adhérences des ensembles de U\mathfrak{U} est Δ\Delta (II, p. 5, cor. 2 et prop. 3); on aboutit ainsi à une contradiction.

Il reste à montrer que l’ensemble V\mathfrak{V} des voisinages de Δ\Delta dans X×XX \times X est l’ensemble des entourages d’une structure uniforme compatible avec la topologie de XX. Il suffira pour cela de voir que V\mathfrak{V} est l’ensemble des entourages d’une structure uniforme séparée sur XX; car s’il en est ainsi, la topologie déduite de cette structure sera une topologie moins fine que la topologie de XX (I, p. 11, prop. 3), donc nécessairement identique à cette dernière (I, p. 63, cor. 3).

Il est clair que V\mathfrak{V} vérifie les axiomes (FI)(F_I) et (FII)(F_{II}); montrons que les axiomes

(U_{II}) et (U_{III}) sont aussi vérifiés et que Δ est l’intersection des ensembles de V\mathfrak{V}. Ce dernier point est immédiat, car tout ensemble réduit à un point (x,y)(x, y) de X×XX \times X est fermé, puisque XX est séparé; donc, si x≠yx \neq y dans XX, le complémentaire de (x,y)(x, y) dans X×XX \times X est un voisinage de Δ\Delta. Comme la symétrie (x,y)↦(y,x)(x, y) \mapsto (y, x) est un homéomorphisme de X×XX \times X sur lui-même, pour tout V∈VV \in \mathfrak{V}, on a aussi V‾1∈V\overline{V}^1 \in \mathfrak{V}, d’où (UII)(U_{II}). Supposons enfin que V\mathfrak{V} ne vérifie pas (UIII)(U_{III}); il existerait alors un ensemble V∈VV \in \mathfrak{V} tel que, pour tout W∈VW \in \mathfrak{V}, l’ensemble W‾2∩CV\overline{W}^2 \cap \mathscr{C}V soit non vide; les ensembles W‾2∩CV\overline{W}^2 \cap \mathscr{C}V (où WW parcourt V\mathfrak{V}) formeraient donc une base de filtre sur X×XX \times X, et cette dernière aurait par suite un point adhérent (x,y)(x, y) n’appartenant pas à Δ\Delta. Or, comme XX est régulier (I, p. 61, corollaire, il existerait un voisinage ouvert U1U_1 de xx et un voisinage ouvert U2U_2 de yy sans point commun, puis des voisinages fermés V1⊂U1,V2⊂U2V_1 \subset U_1, V_2 \subset U_2 de xx et yy respectivement. Posons U3=C(V1∪V2)U_3 = \mathscr{C}(V_1 \cup V_2), et considérons dans X×XX \times X le voisinage

W=⋃i=1,2,3(Ui×Ui) W = \bigcup_{i=1,2,3} (U_i \times U_i)

de Δ\Delta. Il résulte aussitôt de ces définitions que si (u,v)∈W(u, v) \in W et u∈V1u \in V_1 (resp. u∈U1u \in U_1), on a nécessairement v∈U1v \in U_1 (resp. v∈U1∪U3=CV2v \in U_1 \cup U_3 = \mathscr{C}V_2); par suite, le voisinage V1×V2V_1 \times V_2 de (x,y)(x, y) dans X×XX \times X ne rencontre pas W‾\overline{W}; nous avons ainsi obtenu une contradiction, ce qui achève la démonstration.

Remarque 1

Pour tout recouvrement ouvert fini R=(Ui)1≤i≤n\mathfrak{R} = (U_i)_{1 \leq i \leq n} de XX, VR=⋃i=1n(Ui×Ui)V_{\mathfrak{R}} = \bigcup_{i=1}^n (U_i \times U_i) est un voisinage de Δ\Delta dans X×XX \times X; ces ensembles forment un système fondamental de voisinages de Δ\Delta (et par suite un système fondamental d’entourages de l’unique structure uniforme de XX): en effet, soit WW un voisinage quelconque de Δ\Delta dans X×XX \times X; pour tout x∈Xx \in X il y a un voisinage ouvert UxU_x de xx dans XX tel que Ux×Ux⊂WU_x \times U_x \subset W. Comme les UxU_x (x∈Xx \in X) forment un recouvrement ouvert de XX, il existe un nombre fini de points xix_i (1≤i≤n1 \leq i \leq n) tels que les UxiU_{x_i} (1≤i≤n1 \leq i \leq n) forment un recouvrement R\mathfrak{R} de XX; on a alors VR⊂WV_{\mathfrak{R}} \subset W, d’où notre assertion.

En raison de ce résultat, on dit souvent que l’unique structure uniforme de XX est la structure uniforme des recouvrements ouverts finis (cf. IX, § 4, exerc. 23).

Corollaire 1

Tout sous-espace d’un espace compact est uniformisable.

Corollaire 2

Tout espace localement compact est uniformisable.

Il suffit de remarquer qu’en vertu du th. d’Alexandroff (I, p. 67, th. 4), un espace localement compact est homéomorphe à un sous-espace d’un espace compact.

Remarque 2

On notera qu’il peut exister plusieurs structures uniformes distinctes compatibles avec la topologie d’un espace localement compact.

Par exemple, nous avons vu que sur un espace discret infini, il y a plusieurs structures uniformes distinctes compatibles avec la topologie discrète (II, p. 7, Remarque 1).

Il ne faudrait pas croire cependant que l’unicité de la structure uniforme compatible avec la topologie d’un espace uniformisable soit une propriété caractérisant les espaces compacts; il y a des espaces localement compacts non compacts qui la possèdent également (II, p. 37, exerc. 4).

Théorème 2

Toute application continue ff d’un espace compact XX dans un espace uniforme X′X' est uniformément continue.

En effet, soit g=f×fg = f \times f, qui est continue dans X×XX \times X (I, p. 25, cor. 1); pour tout entourage ouvert V′V' de X′X', g(V′)g(V') est donc un ensemble ouvert dans X×XX \times X, qui contient évidemment la diagonale; le théorème résulte donc du th. 1 (II, p. 27), puisque les entourages ouverts de X′X' forment un système fondamental d’entourages (II, p. 5, cor. 2).

Sous les hypothèses du th. 2, la restriction de ff à tout sous-espace AA de XX est uniformément continue; donc (II, p. 20, th. 2):

Corollaire

Soient AA un sous-espace partout dense d’un espace compact XX, ff une application de AA dans un espace uniforme séparé et complet X′X'; pour que ff puisse être prolongée par continuité à XX tout entier, il faut et il suffit que ff soit uniformément continue.

2. Compacité des espaces uniformes

Définition 2

On dit qu’un espace uniforme XX est précompact si son séparé complété X^\hat{X} est compact. On dit qu’une partie AA d’un espace uniforme XX est un ensemble précompact si le sous-espace uniforme AA de XX est précompact.

Pour qu’une partie AA d’un espace uniforme XX soit précompacte, il faut et il suffit donc que, si i:X→X^i : X \to \hat{X} est l’application canonique, l’adhérence dans X^\hat{X} de i(A)i(A) soit un ensemble compact (II, p. 26, cor. 1).

Exemple

Dans tout espace uniforme XX, l’ensemble des points d’une suite de Cauchy (xn)(x_n) est précompact: en effet, comme les images des xnx_n dans X^\hat{X} forment encore une suite de Cauchy, on peut se borner au cas où XX est séparé. L’adhérence dans X^\hat{X} de l’ensemble des xnx_n est alors formée des xnx_n et de lim⁡n→∞xn\lim_{n \to \infty} x_n, donc est compacte (I, p. 61, Exemple 2).

Théorème 3

Pour qu’un espace uniforme XX soit précompact, il faut et il suffit que, pour tout entourage VV de XX, il existe un recouvrement fini de XX dont tous les ensembles sont petits d’ordre VV.

D’une manière plus imagée, on peut exprimer cette condition en disant qu’il existe des recouvrements finis de XX dont les ensembles sont aussi petits qu’on veut.

Soit ii l’application canonique de XX dans X^\hat{X}; les entourages de XX sont les images réciproques par i×ii \times i des entourages de X^\hat{X} (II, p. 23, prop. 12). Pour montrer que la condition de l’énoncé est nécessaire, considérons un entourage arbitraire UU de X^\hat{X}, et un entourage symétrique U′U' de X^\hat{X} tel que U′‾⊂U\overline{U'} \subset U; comme X^\hat{X} est compact, il existe un nombre fini de points xj∈X^x_j \in \hat{X} tels que les U′(xj)U'(x_j) (qui sont petits d’ordre UU) forment un recouvrement de X^\hat{X}; si VV est l’image réciproque de UU par i×ii \times i, les ensembles i(U′(xj))‾\overline{i(U'(x_j))} forment donc un recouvrement de XX par des ensembles petits d’ordre VV. Pour voir que la condition est suffisante, il suffit d’établir qu’elle entraîne que tout ultrafiltre F\mathfrak{F} sur X^\hat{X} est convergent; comme X^\hat{X} est complet, il suffit de vérifier que F\mathfrak{F} est un filtre de Cauchy, ou encore, que pour tout entourage fermé UU de X^\hat{X}, il existe dans F\mathfrak{F} un ensemble petit d’ordre UU (II, p. 5, cor. 2). Soit VV l’image réciproque de UU par i×ii \times i, et soit (Bj)(B_j) un recouvrement fini de XX par des ensembles petits d’ordre VV; les ensembles Cj=i(Bj)C_j = i(B_j) forment un recouvrement de i(X)i(X) par des ensembles petits d’ordre UU, donc on a X^=⋃jCj‾\hat{X} = \bigcup_j \overline{C_j}; d’autre part, comme Cj×Cj⊂UC_j \times C_j \subset U et que UU est fermé dans X^×X^\hat{X} \times \hat{X}, on a aussi Cj‾×Cj‾⊂U\overline{C_j} \times \overline{C_j} \subset U, autrement dit les Cj‾\overline{C_j} sont aussi petits d’ordre UU. Puisque F\mathfrak{F} est un ultrafiltre, un des Cj‾\overline{C_j} appartient à F\mathfrak{F} (I, p. 39, corollaire).

C.Q.F.D.

Corollaire

Pour qu’un espace uniforme XX soit compact, il faut et il suffit qu’il soit séparé et complet, et que pour tout entourage VV de XX, il existe un recouvrement fini de XX par des ensembles petits d’ordre VV.

Cela résulte du th. 3 de II, p. 27, th. 1.

Remarque 1

Un espace quasi-compact non séparé n’est pas nécessairement uniformisable, puisqu’il ne vérifie pas nécessairement l’axiome (OIII)(\mathrm{O}_{\mathrm{III}}) (cf. I, p. 61); par exemple la plupart des espaces quasi-compacts non séparés qui interviennent en Géométrie algébrique ne satisfont pas à (OIII)(\mathrm{O}_{\mathrm{III}}) (cf. II, p. 36, exerc. 2 du § 4).

Proposition 1

Dans un espace uniforme, toute partie d’un ensemble précompact, toute réunion finie d’ensembles précompacts, toute adhérence d’ensemble précompact, est un ensemble précompact.

Les deux premières assertions découlent aussitôt du th. 3. D’autre part, soient XX un espace uniforme, AA un ensemble précompact dans XX, ii l’application canonique de XX dans son séparé complété X^\hat{X}; i(A‾)i(\overline{A}) est contenu dans l’adhérence de i(A)i(A) dans X^\hat{X} (I, p. 9, th. 1), donc l’adhérence de i(A‾)i(\overline{A}) dans X^\hat{X} est contenue par hypothèse dans un ensemble compact, et par suite est compacte.

Remarque 2

Dans un espace uniforme XX, un ensemble relativement compact AA est précompact, puisque AA est contenu dans un ensemble compact. Par contre, même si XX est séparé, un ensemble précompact n’est pas nécessairement relativement compact dans XX, comme le montre le cas où XX lui-même est précompact, mais non compact.

Proposition 2

Soit f:X→Yf : X \to Y une application uniformément continue. Pour toute partie précompacte AA de XX, f(A)f(A) est une partie précompacte de YY.

En effet, si i:X→X^,j:Y→Y^i : X \to \hat{X}, j : Y \to \hat{Y} sont les applications canoniques, on a j(f(A))=f^(i(A))j(f(A)) = \hat{f}(i(A)) (II, p. 24, prop. 15), donc j(f(A))j(f(A)) est relativement compact dans Y^\hat{Y} (I, p. 63, cor. 1).

Proposition 3

Soient XX un ensemble, (Yλ)λ∈L(Y_\lambda)_{\lambda \in L} une famille d’espaces uniformes, et pour chaque λ∈L\lambda \in L, soit fλf_\lambda une application de XX dans YλY_\lambda; on munit XX de la structure uniforme la moins fine rendant uniformément continues les fλf_\lambda. Pour qu’une partie AA de XX soit précompacte, il faut et il suffit que, pour tout λ∈L\lambda \in L, fλ(A)f_\lambda(A) soit une partie précompacte de YλY_\lambda.

La condition est nécessaire en vertu de la prop. 2; vu la caractérisation du séparé complété de XX (II, p. 26, prop. 18) elle est suffisante en vertu du th. de Tychonoff (I, p. 64, corollaire).

3. Ensembles compacts dans un espace uniforme

La proposition suivante précise, dans un espace uniforme quelconque, la prop. 3 de I, p. 61 relative aux espaces compacts.

Proposition 4

Dans un espace uniforme XX, soient AA un ensemble compact, BB un ensemble fermé tels que A∩B=∅A \cap B = \varnothing. Il existe alors un entourage VV de XX tel que V(A)∩V(B)=∅V(A) \cap V(B) = \varnothing.

S’il n’en était pas ainsi, aucun des ensembles A∩V‾(B)A \cap \overline{V}(B), où VV parcourt l’ensemble des entourages symétriques de XX, ne serait vide; ces ensembles formeraient donc une base de filtre sur AA, qui aurait un point adhérent x0∈Ax_0 \in A. Pour tout entourage symétrique VV de XX, V‾(x0)\overline{V}(x_0) rencontrerait donc BB, et par suite, comme BB est fermé, on aurait x0∈Bx_0 \in B, contrairement à l’hypothèse.

Corollaire

Soit AA un ensemble compact dans un espace uniforme XX; lorsque VV parcourt l’ensemble des entourages de XX, les ensembles V(A)V(A) forment un système fondamental de voisinages de AA.

En effet, soit UU un voisinage ouvert quelconque de AA; l’ensemble B=∁UB = \complement U est fermé et ne rencontre pas AA; d’après la prop. 4, il existe un entourage VV tel que V(A)∩V(B)=∅V(A) \cap V(B) = \varnothing; a fortiori, on a V(A)⊂UV(A) \subset U, ce qui démontre le corollaire.

4. Ensembles connexes dans un espace compact

Définition 3

Dans un espace uniforme XX, soit VV un entourage symétrique; on dit qu’une suite finie (xi)0≤i≤n(x_i)_{0 \leq i \leq n} de points de XX est une VV-chaîne si, pour tout indice ii tel que 0≤i<n0 \leq i < n, xix_i et xi+1x_{i+1} sont voisins d’ordre VV; les points x0x_0 et xnx_n sont appelés les extrémités de la VV-chaîne, et on dit qu’ils sont joints par la VV-chaîne.

Étant donné un entourage symétrique VV, la relation « il existe une VV-chaîne joignant xx et yy » est une relation d’équivalence entre xx et yy dans XX, comme on le vérifie aussitôt; soit Ax,VA_{x,V} la classe d’équivalence de xx suivant cette relation, c’est-à-dire l’ensemble des points y∈Xy \in X pouvant être joints à xx par une VV-chaîne. Il est immédiat que si y∈Ax,vy \in A_{x,v} on a V(y)⊂Ax,vV(y) \subset A_{x,v}, donc Ax,vA_{x,v} est ouvert; mais son complémentaire, qui est réunion de classes d’équivalence, est aussi ouvert. Donc:

Proposition 5

Dans un espace uniforme XX, l’ensemble Ax,vA_{x,v} des points qui peuvent être joints à un point donné xx par une VV-chaîne, est à la fois ouvert et fermé.

Pour tout x∈Xx \in X, désignons par AxA_x l’intersection des ensembles Ax,vA_{x,v} lorsque VV parcourt l’ensemble des entourages symétriques de XX; c’est la classe d’équivalence de xx suivant la relation d’équivalence: « quel que soit l’entourage symétrique VV, il existe une VV-chaîne joignant xx et yy ».

Proposition 6

Dans un espace compact XX, la composante connexe d’un point xx, l’ensemble AxA_x et l’intersection des voisinages de xx à la fois ouverts et fermés sont identiques.

Il suffit de montrer que AxA_x est connexe; en effet, dans tout espace uniforme XX, la composante connexe de xx est contenue dans l’intersection des voisinages à la fois ouverts et fermés de XX, et cette intersection est elle-même contenue dans AxA_x en vertu de la prop. 5.

Supposons que AxA_x ne soit pas connexe; comme c’est un ensemble fermé, il existerait deux ensembles fermés non vides et sans point commun, BB et CC, tels que B∪C=AxB \cup C = A_x. D’après la prop. 4 (II, p. 31) il existerait alors un entourage UU de XX tel que U(B)∩U(C)=∅U(B) \cap U(C) = \varnothing; soit WW un entourage ouvert tel que W2⊂UW^2 \subset U, et désignons par HH l’ensemble fermé complémentaire dans XX de l’ensemble W(B)∪W(C)W(B) \cup W(C). Supposons par exemple que x∈Bx \in B, et considérons un point y∈Cy \in C; pour tout entourage symétrique V⊂WV \subset W, on voit aussitôt, par récurrence sur ii, que toute VV-chaîne (xi)0≤i≤n(x_i)_{0 \leq i \leq n} joignant xx et yy dans XX a nécessairement un point dans HH, en vertu du choix de WW. Comme par hypothèse xx et yy peuvent être joints par une VV-chaîne pour tout entourage symétrique VV, on voit que, pour V⊂WV \subset W, l’ensemble H∩Ax,vH \cap A_{x,v} n’est pas vide. D’autre part, si V′⊂VV' \subset V, on a évidemment Ax,v′⊂Ax,vA_{x,v'} \subset A_{x,v}; il en résulte que lorsque VV parcourt l’ensemble des entourages symétriques de XX, les ensembles H∩Ax,vH \cap A_{x,v} formeraient une base de filtre composée d’ensembles fermés dans l’espace compact HH. Il existerait donc un point commun à tous ces ensembles, autrement dit un point commun à HH et AxA_x; comme cela est contraire à la définition de HH, la proposition est démontrée.

Corollaire

Soient XX un espace localement compact, KK une composante connexe compacte de XX. Alors les voisinages à la fois ouverts et fermés de KK forment un système fondamental de voisinages de KK*.

En effet, soit VV un voisinage ouvert relativement compact de KK dans XX (I, p. 65, prop. 10), et soit FF sa frontière. Soit U⊂V‾U \subset \overline{V} un ensemble à la fois ouvert et fermé par rapport à V‾\overline{V}; alors UU est fermé dans XX, et si en outre UU ne rencontre pas FF, UU est ouvert dans XX, car cela entraîne U⊂VU \subset V et UU est ouvert par rapport à VV. Tout revient donc à montrer qu’il existe dans V‾\overline{V} un ensemble contenant KK, à la fois ouvert et fermé par rapport à V‾\overline{V}, et qui ne rencontre pas FF.

Raisonnons par l’absurde: les intersections avec FF des ensembles contenant

K et à la fois ouverts et fermés par rapport à V‾\overline{V} formeraient une base de filtre composée d’ensembles fermés dans F; comme F est compact, ces ensembles auraient un point commun y∈Fy \in F; mais cela est absurde, car V‾\overline{V} est un espace compact, K est une composante connexe de cet espace, et en vertu de la prop. 6, l’intersection des ensembles contenant K et à la fois ouverts et fermés dans V‾\overline{V} se réduit à K. Le corollaire est donc démontré.

Proposition 7

Soient X un espace compact, R la relation d’équivalence dans X dont les classes sont les composantes connexes de X. L’espace quotient X/R est compact et totalement discontinu.

On sait déjà (I, p. 84, prop. 9) que X/R est totalement discontinu; tout revient à voir que X/R est séparé (I, p. 78, prop. 8). Soient A et B deux composantes connexes distinctes de X; en vertu de la prop. 6 (II, p. 32), il existe un entourage symétrique U de X tel qu’un point quelconque de A et un point quelconque de B ne puissent être joints par une U-chaîne. Or, l’ensemble V (resp. W) des points de X qui peuvent être joints à un point x∈Ax \in A (resp. y∈By \in B) par une U-chaîne est à la fois ouvert et fermé dans X (II, p. 32, prop. 5) et contient A (resp. B); ces ensembles sont donc des voisinages ouverts de A et B respectivement, saturés pour R et ne se rencontrant pas, ce qui démontre la proposition.

Exercises

Exercices

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Transcribed from the printed volume. Not translated.