Bourbaki

§ 6. Espaces polonais ; espaces sousliniens ; ensembles boréliens

1. Espaces polonais

Définition 1

On dit qu’un espace topologique XX est polonais s’il est métrisable de type dénombrable (IX, p. 18), et s’il existe une distance compatible avec la topologie de XX, pour laquelle XX soit complet.

Proposition 1

a) Tout sous-espace fermé d’un espace polonais est polonais. b) Le produit d’une famille dénombrable d’espaces polonais est polonais. c) La somme d’une famille dénombrable d’espaces polonais est un espace polonais.

En effet, tout sous-espace d’un espace métrisable de type dénombrable est métrisable de type dénombrable, et tout sous-espace fermé d’un espace complet est complet (II, p. 16, prop. 8). Tout produit dénombrable d’espaces métrisables de type dénombrable est métrisable de type dénombrable (IX, p. 19), et tout produit dénombrable d’espaces métriques complets est un espace métrique complet pour une distance compatible avec sa topologie (II, p. 17, prop. 10 et IX, p. 15, cor. 2). Enfin, soit (Xn)(X_n) une suite d’espaces polonais non vides, et soit XX l’espace somme des XnX_n; on peut supposer la topologie de XnX_n définie par une distance dn≤1d_n \leq 1 pour laquelle XnX_n est complet et de type dénombrable (IX, p. 3); on définit alors la topologie de XX par la distance dd telle que d(x,y)=dn(x,y)d(x, y) = d_n(x, y) si xx et yy appartiennent à un même XnX_n, d(x,y)=1d(x, y) = 1 dans le cas contraire (IX, p. 16). On sait que XX est de type dénombrable (IX, p. 19, corollaire); il reste à prouver qu’il est complet pour dd. Or, si (xm)(x_m) est une suite de Cauchy dans XX, il existe un m0m_0 tel que pour p≥m0,q≥m0p \geq m_0, q \geq m_0, on ait d(xp,xq)<1d(x_p, x_q) < 1, donc tous les xmx_m d’indice m≥m0m \geq m_0 appartiennent à un même XnX_n; puisque XnX_n est complet pour dnd_n, la suite (xm)(x_m) est convergente.

Proposition 2

Tout sous-espace ouvert d’un espace polonais est polonais.

Soient XX un espace polonais, dd une distance compatible avec la topologie de XX, UU une partie ouverte de XX distincte de XX. Soit VV la partie du produit R×X\mathbf{R} \times X formée des points (t,x)(t, x) tels que t⋅d(x,X−U)=1t \cdot d(x, X - U) = 1; le sous-espace VV de R×X\mathbf{R} \times X est fermé (IX, p. 13, prop. 3), donc polonais (prop. 1). Comme la restriction à VV de la projection pr2\mathrm{pr}_2 de R×X\mathbf{R} \times X sur XX est un homéomorphisme de VV sur UU (IX, p. 13, prop. 3), UU est un sous-espace polonais.

Corollaire

Tout espace XX localement compact, métrisable et dénombrable à l’infini, est polonais.

En effet, soit X′X' l’espace compact obtenu par adjonction à XX d’un point à l’infini; on sait que X′X' est métrisable et de type dénombrable (IX, p. 21, corollaire), et d’autre part X′X' est complet pour son unique structure uniforme (II, p. 27, th. 1); l’espace X′X' est donc polonais, et il en est de même de XX qui est un sous-espace ouvert de X′X'.

Proposition 3

Soit XX un espace topologique séparé; l’intersection d’une suite (An)(A_n) de sous-espaces polonais de XX est un sous-espace polonais.

Soit ff l’application diagonale de XX dans XNX^\mathbf{N} (E, II, p. 33; on rappelle que f(x)=(yn)f(x) = (y_n), où yn=xy_n = x pour tout nn); nous utiliserons le lemme suivant:

Lemme 1

Soit (An)(A_n) une suite de parties de l’espace topologique séparé XX; la restriction au sous-espace ⋂nAn\bigcap_n A_n de XX de l’application diagonale f:X→XNf : X \to X^\mathbf{N} est un homéomorphisme de ⋂nAn\bigcap_n A_n sur un sous-espace fermé de ∏nAn\prod_n A_n.

En effet, cette image est l’intersection de ∏nAn\prod_n A_n et de la diagonale Δ=f(X)\Delta = f(X) qui est fermée dans XNX^\mathbf{N} puisque XX est séparé (I, p. 52, prop. 1), et d’autre part ff est un homéomorphisme de XX sur Δ\Delta.

Sous les hypothèses de la prop. 3, ∏nAn\prod_n A_n est un espace polonais (IX, p. 57, prop. 1), donc ⋂nAn\bigcap_n A_n est un sous-espace polonais d’après le lemme 1 et la prop. 1 (IX, p. 57).

Corollaire

L’espace des nombres irrationnels, muni de la topologie induite par celle de la droite numérique R\mathbf{R}, est polonais.

En effet, il est l’intersection d’une famille dénombrable d’ensembles ouverts dans R\mathbf{R}, à savoir les complémentaires des ensembles réduits à un point rationnel.

Théorème 1

Pour qu’un sous-espace YY d’un espace polonais XX soit polonais, il faut et il suffit que YY soit intersection d’une famille dénombrable d’ensembles ouverts dans XX.

Il résulte aussitôt des prop. 2 (IX, p. 57) et 3 que la condition est suffisante. Montrons qu’elle est nécessaire. Soit dd une distance compatible avec la topologie de YY, et pour laquelle YY soit complet. Soit Y‾\overline{Y} l’adhérence de YY dans XX. Pour chaque entier nn, soit YnY_n l’ensemble des x∈Y‾x \in \overline{Y} qui possèdent un voisinage ouvert UU tel que le diamètre de U∩YU \cap Y (pour la distance dd) soit ⩽1/n\leqslant 1/n. Il est clair que YnY_n est ouvert dans Y‾\overline{Y} et contient YY. Soit xx un point de l’intersection des YnY_n; xx est adhérent à YY et la trace sur YY du filtre des voisinages de xx dans XX est un filtre de Cauchy (pour la distance dd); ce filtre converge donc vers un point de YY, et par suite x∈Yx \in Y; autrement dit, on a Y=⋂nYnY = \bigcap_n Y_n. Pour tout nn, soit HnH_n un ensemble ouvert dans XX tel que Hn∩Y‾=YnH_n \cap \overline{Y} = Y_n; soit d’autre part (Um)(U_m) une suite d’ensembles ouverts dans XX tels que Y‾=⋂mUm\overline{Y} = \bigcap_m U_m (IX, p. 16, prop. 7); alors YY est l’intersection de la famille dénombrable d’ensembles ouverts (Hn∩Um)(H_n \cap U_m).

Corollaire 1

Pour qu’un espace XX soit polonais, il faut et il suffit que XX soit homéomorphe à une intersection dénombrable d’ensembles ouverts du cube IN\mathbf{I}^\mathbf{N} (où II désigne l’intervalle [0,1][0, 1] de R\mathbf{R}).

La condition est évidemment suffisante; elle est nécessaire, parce que tout espace métrisable de type dénombrable est homéomorphe à un sous-espace de IN\mathbf{I}^{\mathbf{N}} (IX, p. 18, prop. 12).

Corollaire 2

Soient XX et YY deux espaces polonais, ff une application continue de XX dans YY. Pour tout sous-espace polonais ZZ de YY, f−1(Z)f^{-1}(Z) est un sous-espace polonais de XX

En effet, on a Z=⋂nZnZ = \bigcap_n Z_n, où les ZnZ_n sont ouverts dans YY, d’où f−1(Z)=⋂nf−1(Zn)f^{-1}(Z) = \bigcap_n f^{-1}(Z_n), et les f(Zn)f(Z_n) sont ouverts dans XX.

2. Espaces sousliniens

Définition 2

On dit qu’un espace topologique XX est un espace de Souslin, ou espace souslinien, s’il est séparé et s’il existe un espace polonais PP et une application continue de PP sur XX. On dit qu’une partie AA d’un espace topologique XX est un ensemble souslinien si le sous-espace AA est souslinien.

Remarque

Il est clair que tout espace polonais est souslinien, et que l’image d’un espace souslinien XX par une application continue de XX dans un espace séparé YY est un espace souslinien.

Nous verrons plus loin que tout espace souslinien est un espace de Lindelöf (IX, p. 76, corollaire).

Proposition 4

Dans tout espace souslinien XX, il existe un ensemble dénombrable dense.

En effet, soient PP un espace polonais, ff une application continue de PP sur XX; l’image par ff d’une partie dénombrable dense dans PP est une partie dénombrable dense.

Proposition 5

Tout sous-espace fermé (resp. ouvert) d’un espace souslinien XX est souslinien.

En effet, si ff est une application continue d’un espace polonais PP sur XX, et AA une partie fermée (resp. ouverte) de XX, f−1(A)f^{-1}(A) est un sous-espace fermé (resp. ouvert) de PP, donc un sous-espace polonais (IX, p. 57, prop. 1 et prop. 2), et la restriction de ff à f−1(A)f^{-1}(A) est une application continue surjective de f−1(A)f^{-1}(A) sur AA.

Proposition 6

Soient XX un espace souslinien, YY un espace séparé, ff une application continue de XX dans YY. L’image réciproque par ff d’un sous-espace souslinien AA de YY est un sous-espace souslinien de XX.

En effet, soient PP, QQ des espaces polonais, gg une application continue de PP sur XX, hh une application continue de QQ sur AA. Soit RR l’ensemble des points (x,y)∈P×Q(x, y) \in P \times Q tels que f(g(x))=h(y)f(g(x)) = h(y); RR est fermé dans P×QP \times Q, donc c’est un sous-espace polonais (IX, p. 57, prop. 1). Soit φ\varphi la restriction à R\mathbf{R} de la projection pr1\mathrm{pr}_1; le sous-espace f−1(A)f^{-1}(A) de XX est alors l’image de R\mathbf{R} par l’application continue g∘φg \circ \varphi, et est par suite souslinien.

Proposition 7

Le produit et la somme d’une famille dénombrable d’espaces sousliniens sont des espaces sousliniens.

En effet, soient, pour tout entier nn, XnX_n un espace séparé, PnP_n un espace polonais, fnf_n une application continue de PnP_n sur XnX_n. L’espace produit (resp. somme) des PnP_n est polonais (IX, p. 57, prop. 1), et l’image de cet espace par l’application produit des fnf_n (resp. l’application qui coïncide avec fnf_n dans chaque PnP_n) est l’espace produit (resp. somme) des XnX_n; comme ce dernier est séparé, c’est un espace souslinien.

Proposition 8

Soient XX un espace séparé, (An)(A_n) une suite de sous-espaces sousliniens de XX. Alors la réunion et l’intersection des AnA_n sont des sous-espaces sousliniens.

En effet, ces sous-espaces sont séparés. L’existence de l’application canonique de l’espace somme des AnA_n sur le sous-espace ⋃nAn\bigcup_n A_n de XX montre que ce dernier est souslinien (IX, p. 60, prop. 7); d’autre part, ⋂nAn\bigcap_n A_n est souslinien en vertu des prop. 5 et 7 (IX, p. 59 et 60) et du lemme 1 (IX, p. 58).

En général, même dans un espace polonais, le complémentaire d’un sous-espace souslinien n’est pas nécessairement souslinien (cf. IX, p. 120, exerc. 8); voir toutefois IX, p. 66, corollaire 1.

3. Ensembles boréliens

Définition 3

Soient AA un ensemble, Σ\Sigma un ensemble de parties de AA. On dit que Σ\Sigma est une tribu sur AA si les conditions suivantes sont satisfaites: a) le complémentaire de tout ensemble de Σ\Sigma appartient à Σ\Sigma; b) toute intersection dénombrable d’ensembles de Σ\Sigma appartient à Σ\Sigma.

Pour que Σ\Sigma soit une tribu, il faut et il suffit que la condition a) soit satisfaite, ainsi que la suivante:

b') toute réunion dénombrable d’ensembles de Σ\Sigma appartient à Σ\Sigma.

L’ensemble P(A)\mathscr{P}(A) de toutes les parties de AA est évidemment une tribu. Toute intersection de tribus sur AA est une tribu sur AA. Pour toute partie F\mathscr{F} de P(A)\mathscr{P}(A), il existe donc une plus petite tribu contenant F\mathscr{F}; on l’appelle la tribu engendrée par F\mathscr{F}.

Définition 4

On appelle tribu borélienne sur un espace topologique XX la tribu engendrée par l’ensemble des parties ouvertes de XX; les ensembles de cette tribu sont appelés ensembles boréliens de XX.

Les parties fermées de XX sont donc des ensembles boréliens, engendrant la tribu borélienne. Si la topologie de XX admet une base dénombrable B\mathscr{B}, les ensembles de B\mathscr{B} engendrant la tribu borélienne.

Définition 5

Etant donnés deux espaces topologiques X,YX, Y, on dit qu’une application f:X→Yf : X \to Y est borélienne si, pour tout ensemble borélien BB de YY, f−1(B)f^{-1}(B) est un ensemble borélien dans XX.

Il résulte aussitôt de cette définition que si f:X→Yf : X \to Y et g:Y→Zg : Y \to Z sont deux applications boréliennes, g∘f:X→Zg \circ f : X \to Z est borélienne.

Proposition 9

Soient X,YX, Y deux espaces topologiques, F\mathscr{F} une partie de P(Y)\mathfrak{P}(Y) engendrant la tribu borélienne de YY. Pour qu’une application f:X→Yf : X \to Y soit borélienne, il faut et il suffit que f−1(F)f^{-1}(\mathscr{F}) soit contenu dans la tribu borélienne de XX.

La condition est évidemment nécessaire. Inversement, si elle est vérifiée, considérons l’ensemble L\mathscr{L} des parties BB de YY telles que f−1(B)f^{-1}(B) soit borélien dans XX. Il est immédiat que L\mathscr{L} est une tribu et contient F\mathscr{F}; elle contient donc la tribu borélienne de YY, et par suite ff est borélienne.

Corollaire 1

Toute application continue est borélienne.

Il suffit d’appliquer la prop. 9 au cas où F\mathscr{F} est l’ensemble des parties ouvertes de YY.

Corollaire 2

Soient (Xn)(X_n) une suite d’espaces topologiques, X=∏nXnX = \prod_n X_n leur produit. Si, pour chaque nn, AnA_n est une partie borélienne de XnX_n, alors ∏nAn\prod_n A_n est une partie borélienne de XX.

En effet, on a ∏nAn=⋂npr‾n−1(An)\prod_n A_n = \bigcap_n \overline{\mathrm{pr}}_n^{-1}(A_n) et comme prn\mathrm{pr}_n est continue, pr‾n−1(An)\overline{\mathrm{pr}}_n^{-1}(A_n) est borélienne dans XX en vertu du cor. 1.

Remarque

Soint YY un espace topologique, XX un sous-espace de YY; alors la tribu borélienne de XX est l’ensemble des parties de la forme B∩XB \cap X, où BB parcourt la tribu borélienne de YY. En effet, ces ensembles forment une tribu L\mathscr{L}, à laquelle appartiennent les ouverts de XX, donc L\mathscr{L} contient la tribu borélienne de XX. Inversement, comme l’injection canonique j:X→Yj : X \to Y est continue, pour tout ensemble borélien BB de YY, j−1(B)=B∩Xj^{-1}(B) = B \cap X est un ensemble borélien dans XX (cor. 1 de la prop. 9), donc L\mathscr{L} est la tribu borélienne de XX.

Proposition 10

Dans un espace souslinien XX, tout ensemble borélien est souslinien.

En effet, soit L\mathscr{L} l’ensemble des parties AA de XX telles que AA et ∁A\complement A soient sousliniens; la prop. 8 (IX, p. 60) montre que L\mathscr{L} est une tribu. Toute partie fermée FF de XX appartient à L\mathscr{L}, car FF et ∁F\complement F sont sousliniens (IX, p. 59, prop. 5); donc L\mathscr{L} contient tous les ensembles boréliens de XX (cf. IX, p. 66, corollaire 1).

Corollaire

Soit ff une application continue d’un espace souslinien XX dans un espace séparé YY. Pour tout sous-ensemble borélien BB de XX, f(B)f(B) est souslinien.

En effet, BB est souslinien, donc f(B)f(B) est souslinien, d’après la Remarque de IX, p. 59.

Remarque. --- 2) Même lorsque X et Y sont polonais, il n’est pas vrai, en général, que l’image d’un ensemble borélien de X par une application continue de X dans Y soit un ensemble borélien de Y (cf. IX, p. 120, exerc. 8, et IX, p. 68, prop. 14).

4. Espaces éparpillés et espaces lusiniens

Définition 6

On dit qu’un espace topologique est éparpillé s’il est séparé et si tout point possède un système fondamental de voisinages à la fois ouverts et fermés.

Tout espace éparpillé est totalement discontinu : car la composante connexe d’un point x est contenue dans tous les ensembles à la fois ouverts et fermés contenant x (I, p. 83), et l’intersection de ces ensembles se réduit à x si E est éparpillé.

Inversement, un espace localement compact totalement discontinu est éparpillé (II, p. 32, corollaire) ; mais il y a des espaces métrisables totalement discontinus qui ne sont pas éparpillés (IX, p. 119, exerc. 5 b).

Tout sous-espace d’un espace éparpillé est éparpillé ; tout produit (resp. toute somme) d’espaces éparpillés est un espace éparpillé.

Définition 7

On dit qu’un espace topologique X est un espace de Lusin, ou un espace lusinien, s’il est séparé et s’il existe un espace polonais éparpillé P et une application continue bijective de P sur E.

Il est clair que tout espace lusinien est souslinien.

Proposition 11

Pour qu’un espace soit lusinien, il faut et il suffit qu’il existe un espace polonais P et une bijection continue de P sur X.

La condition étant évidemment nécessaire, tout revient à prouver qu’elle est suffisante. Si f est une application continue bijective d’une espace lusinien X sur un espace séparé Y, il résulte de la déf. 7 que Y est lusinien. Tout revient donc à prouver qu’un espace polonais est lusinien.

Notons en premier lieu que si X est un espace lusinien, tout sous-espace fermé (resp. ouvert) A de X est lusinien (cf. IX, p. 66, th. 3) ; en effet, si f est une application continue bijective d’un espace polonais éparpillé P sur X, f(A) est fermé (resp. ouvert) dans P, donc est un sous-espace polonais (IX, p. 57, prop. 1 et 2) et éparpillé, ce qui établit notre assertion.

Tout produit dénombrable d’espaces lusiniens est lusinien : cela résulte de la prop. 1 de IX, p. 57 et du fait que tout produit d’espaces éparpillés est éparpillé. Toute intersection dénombrable de sous-espaces lusiniens d’un espace topologique séparé est un sous-espace lusinien : cela résulte aussitôt des remarques précédentes et du lemme 1 de IX, p. 58. En outre :

Lemme 2

Si un espace séparé X est tel qu’il existe une partition dénombrable (A_n) de X formée de sous-espaces lusiniens, alors X est lusinien.

En effet, soient, pour tout entier n, P_n un espace polonais éparpillé et f_n une bijection continue de P_n sur A_n ; si P est l’espace somme des P_n, P est polonais

(IX, p. 57, prop. 1) et éparpillé, et l’application ff de PP dans XX qui coïncide avec fnf_n dans chaque PnP_n est une bijection continue de PP sur XX, d’où le lemme.

Cela étant, montrons tout d’abord que l’intervalle I=[0,1]I = [0, 1] de R‾\overline{\mathbf{R}} est lusinien. Considérons en effet l’application surjective f:{0,1}N→If : \{0, 1\}^\mathbf{N} \to I qui, à tout point (εn)n≥0(\varepsilon_n)_{n \geq 0} avec εn=0\varepsilon_n = 0 ou εn=1\varepsilon_n = 1, fait correspondre le nombre ∑n=0∞εn2−n\sum_{n=0}^\infty \varepsilon_n 2^{-n} ayant (εn)(\varepsilon_n) pour développement dyadique (IV, p. 43). Soit DD l’ensemble dénombrable dans {0,1}N\{0, 1\}^\mathbf{N} formé des suites autre que la suite 0, n’ayant qu’un nombre fini de termes ≠0\neq 0; P={0,1}N−DP = \{0, 1\}^\mathbf{N} - D est un espace polonais éparpillé (IX, p. 58, th. 1), et la restriction de ff à PP est une bijection continue de PP sur II (IV, p. 42).

Soit enfin PP un espace polonais quelconque; d’après le cor. 1 de IX, p. 58, PP est homéomorphe à un sous-espace du cube INI^\mathbf{N}, intersection dénombrable d’ensembles ouverts de INI^\mathbf{N}; la proposition résulte donc du fait que II est lusinien et des remarques faites au début de la démonstration.

Corollaire

Toute limite projective dénombrable* (I, p. 28) d’espaces lusiniens est un espace lusinien.

En effet, une limite projective dénombrable d’espaces séparés est un sous-espace fermé du produit (dénombrable) de ces espaces; le corollaire résulte donc de ce qui a été prouvé au cours de la démonstration de la prop. 11.

On peut montrer que les espaces de distributions D′(Ω)\mathscr{D}'(\Omega), E′(Ω)\mathscr{E}'(\Omega), etc. sur un ouvert Ω\Omega de Rn\mathbf{R}^n, munis de la topologie forte, sont des espaces lusiniens.

5. Cribles

Définition 8

On appelle crible une suite* C=(Cn,pn)n≥0C = (C_n, p_n)_{n \geq 0} telle que, pour tout nn, CnC_n soit un ensemble dénombrable et pnp_n une surjection de Cn+1C_{n+1} sur CnC_n.

Pour tout couple d’entiers tels que 0≤m≤n0 \leq m \leq n, désignons par pmnp_{mn} l’application identique de CmC_m sur lui-même si m=nm = n, et la surjection pm∘pm+1∘⋯∘pn−1p_m \circ p_{m+1} \circ \cdots \circ p_{n-1} de CnC_n sur CmC_m si m<nm < n. Il est clair que pour m≤n≤qm \leq n \leq q, on a pmq=pmn∘pnqp_{mq} = p_{mn} \circ p_{nq}, et on peut donc considérer l’ensemble L(C)L(C) limite projective de la famille (Cn)(C_n) pour la famille d’applications (pmn)(p_{mn}) (E, III, p. 52); nous munirons cet ensemble. de la topologie limite projective des topologies discrètes sur les CnC_n (I, p. 28). Il est clair que L(C)L(C) est fermé dans l’espace produit ∏nCn\prod_n C_n; il en résulte aussitôt que L(C)L(C) est un espace polonais éparpillé (IX, p. 62); nous dirons que L(C)L(C) est l’espace topologique associé au crible CC.

On appelle criblage d’un espace métrique XX la donnée d’un crible C=(Cn,pn)C = (C_n, p_n) et, pour chaque entier n≥0n \geq 0, d’une application φn\varphi_n de CnC_n dans l’ensemble des parties ouvertes non vides de XX de diamètre ≤2−n\leq 2^{-n}, de manière que:

a) XX soit la réunion des φ0(c)\varphi_0(c), lorsque cc parcourt C0C_0; b) pour tout nn et tout c∈Cnc \in C_n, φn(c)\varphi_n(c) soit la réunion des φn+1(c′)\varphi_{n+1}(c'), où c′c' parcourt pn−1(c)p_n^{-1}(c), et contienne les adhérences φn+1(c′)‾\overline{\varphi_{n+1}(c')} de ces ensembles dans XX.

On dit qu’un criblage est strict si en outre, pour tout n, les ensembles φn(c)\varphi_n(c) où c parcourt CnC_n, sont deux à deux disjoints. Ces ensembles sont alors à la fois ouverts et fermés dans X.

Lemme 3

Tout espace métrique de type dénombrable X possède un criblage. Si de plus X est éparpillé, X possède un criblage strict.

Observons d’abord que si U est un ensemble ouvert dans un espace métrique X de type dénombrable, et ε\varepsilon un nombre > 0, il existe un recouvrement dénombrable de U par des ensembles ouverts de diamètre ≤ε\leq \varepsilon, dont les adhérences dans X sont contenues dans U : il suffit en effet, pour tout x∈Ux \in U, de considérer une boule ouverte BxB_x de centre x et de rayon ≤ε/2\leq \varepsilon/2, dont l’adhérence dans X soit contenue dans U, puis d’appliquer la prop. 13 de IX, p. 19 au recouvrement formé par les BxB_x. Si de plus X est éparpillé, il existe un tel recouvrement (VnV_n) formé d’ensembles à la fois ouverts et fermés dans X ; en désignant par WnW_n l’intersection de VnV_n et des X−VkX - V_k pour k<nk < n, on voit que les WnW_n sont à la fois ouverts et fermés dans X, de diamètre ≤ε\leq \varepsilon, deux à deux disjoints et recouvrent U.

Soit alors X un espace métrique de type dénombrable. Soit C0C_0 l’ensemble des indices d’un recouvrement dénombrable de X formé d’ensembles ouverts non vides de diamètre ≤1\leq 1, deux à deux disjoints si X est éparpillé ; φ0\varphi_0 sera l’application qui, à chaque indice c∈C0c \in C_0, associe l’ensemble correspondant du recouvrement. Supposons déjà définis les CiC_i et les φi\varphi_i, ainsi que les surjections pi:Ci+1→Cip_i : C_{i+1} \to C_i pour i≤ni \leq n, de façon que la condition b) soit satisfaite pour ces indices. Si c∈Cnc \in C_n, φn(c)\varphi_n(c) est ouvert dans X, donc possède un recouvrement dénombrable par des ensembles ouverts non vides de diamètre ≤2−n−1\leq 2^{-n-1}, dont les adhérences dans X sont contenues dans φn(c)\varphi_n(c), et qui sont deux à deux disjoints lorsque X (donc φn(c)\varphi_n(c)) est éparpillé ; si I(c)I(c) est l’ensemble des indices de ce recouvrement, on prend pour Cn+1C_{n+1} l’ensemble somme des I(c)I(c) lorsque cc parcourt CnC_n ; pour tout c′∈Cn+1c' \in C_{n+1}, on désigne par pn(c′)p_n(c') l’unique élément c∈Cnc \in C_n tel que c′∈I(c)c' \in I(c), et par φn+1(c′)\varphi_{n+1}(c') l’ensemble d’indice c′c' du recouvrement considéré de φn(c)\varphi_n(c). Il est clair que l’on a ainsi défini par récurrence un criblage de X, et que ce criblage est strict si X est éparpillé, d’où le lemme.

Supposons maintenant que X soit un espace métrique complet de type dénombrable, et considérons un criblage de X par un crible C et des applications φn\varphi_n. Si γ=(cn)\gamma = (c_n) est un point de l’espace L(C)L(C) associé à C, la suite (φn(cn))(\varphi_n(c_n)) est une suite décroissante d’ensembles ouverts dans X, dont chacun contient l’adhérence du suivant dans X, et dont le diamètre tend vers 0 ; l’intersection de cette suite d’ensembles est donc réduite à un point (II, p. 15), qu’on notera f(γ)f(\gamma). On a ainsi défini une application ff de L(C)L(C) dans X ; si deux points γ,γ′\gamma, \gamma' de L(C)L(C) ont mêmes coordonnées d’indice i pour i≤ni \leq n, il est clair que la distance de f(γ)f(\gamma) et de f(γ′)f(\gamma') est ≤2−n\leq 2^{-n}, donc ff est continue en vertu de la définition de la topologie de L(C)L(C). Pour tout x∈Xx \in X, il résulte de la définition d’un criblage qu’on peut définir par récurrence sur nn une suite γ=(cn)\gamma = (c_n) telle que x∈φn(cn)x \in \varphi_n(c_n) pour tout n≥0n \geq 0 et cn=pn(cn+1)c_n = p_n(c_{n+1}); on a par suite x=f(γ)x = f(\gamma), autrement dit ff est surjective. En outre, si le criblage est strict, la suite γ=(cn)\gamma = (c_n) telle que x=f(γ)x = f(\gamma) est unique, donc ff est bijective. On dira que ff est l’application déduite du criblage considéré.

Proposition 12

Pour tout espace lusinien (resp. souslinien) XX, il existe un crible CC et une bijection (resp. surjection) continue de L(C)L(C) sur XX.

Compte tenu de la définition d’un espace lusinien (IX, p. 62, déf. 7) (resp. souslinien (IX, p. 59, déf. 2)), on se ramène au cas où EE est polonais et éparpillé (resp. polonais) et le raisonnement qui précède démontre alors la prop. 12.

6. Séparation des ensembles sousliniens

Théorème 2

Soit XX un espace séparé. Étant donnée une suite (Xn)(X_n) de sous-espaces sousliniens de XX, deux à deux disjoints, il existe une suite (Bn)(B_n) d’ensembles boréliens de XX, deux à deux disjoints, tels que Xn⊂BnX_n \subset B_n pour tout nn.

Nous établirons d’abord deux lemmes:

Lemme 4

Soient (An),(Am′)(A_n), (A'_m) deux suites de parties d’un espace topologique XX. Supposons que, pour tout couple (An,Am′)(A_n, A'_m), il existe un ensemble borélien BnmB_{nm} de XX tel que Bnm⊃AnB_{nm} \supset A_n et Bnm∩Am′=∅B_{nm} \cap A'_m = \emptyset. Alors il existe un ensemble borélien BB de XX, qui contient ⋃nAn\bigcup_n A_n et ne rencontre pas ⋃mAm′\bigcup_m A'_m.

En effet, l’ensemble B=⋃n(⋂mBnm)B = \bigcup_n \left( \bigcap_m B_{nm} \right) répond à la question.

Lemme 5

Soient XX un espace séparé, A,A′A, A' deux sous-espaces sousliniens de XX sans point commun. Il existe alors un ensemble borélien BB de XX tel que B⊃AB \supset A et B∩A′=∅B \cap A' = \emptyset.

En effet, d’après IX, p. 65, prop. 12, il existe deux cribles C,C′C, C', une application continue ff de L(C)L(C) sur AA et une application continue f′f' de L(C′)L(C') sur A′A', définies suivant le procédé décrit dans IX, p. 64. Pour tout n≥0n \geq 0 et tout c∈Cnc \in C_n, notons qn(c)q_n(c) le sous-espace de L(C)L(C) formé des suites (ck)k≥0(c_k)_{k \geq 0} telles que cn=cc_n = c; c’est un sous-espace fermé de L(C)L(C). Pour tout γ=(cn)∈L(C)\gamma = (c_n) \in L(C), la suite des ensembles fermés qn(cn)q_n(c_n) est décroissante et constitue une base de filtre ayant pour limite γ\gamma. En outre, pour tout c∈Cnc \in C_n, les ensembles qn+i(d)q_{n+i}(d), où dd parcourt l’ensemble pn−1(c)p_n^{-1}(c) dans Cn+iC_{n+i}, forment une partition de qn(c)q_n(c). Notations analogues pour le crible C′C'.

Cela étant, on va raisonner par l’absurde, en supposant que tout ensemble borélien contenant AA rencontre A′A'. En premier lieu, il résulte du lemme 4 (IX, p. 65) et de la définition d’un criblage qu’il existe c0∈C0c_0 \in C_0 et c0′∈C0′c'_0 \in C'_0 tels que tout ensemble borélien contenant f(q0(c0))f(q_0(c_0)) rencontre f′(q0′(c0′))f'(q'_0(c'_0)). On va alors définir par récurrence sur nn deux éléments γ=(cn)∈L(C),γ′=(cn′)∈L(C′)\gamma = (c_n) \in L(C), \gamma' = (c'_n) \in L(C') de la façon suivante: supposons déjà définis les cic_i et ci′c'_i pour i<ni < n, de manière que, pour chaque indice i<ni < n, tout ensemble borélien contenant f(qi(ci))f(q_i(c_i)) rencontre f′(qi′(ci′))f'(q'_i(c'_i)); en appliquant le lemme 4 et la définition d’un criblage aux ensembles f(qn−i(cn−i))f(q_{n-i}(c_{n-i})) et f′(qn−i′(cn−i′))f'(q'_{n-i}(c'_{n-i})), on voit qu’il existe cn∈Cnc_n \in C_n et cn′∈Cn′c'_n \in C'_n tels que pn−i(cn)=cn−ip_{n-i}(c_n) = c_{n-i}, pn−i′(cn′)=cn−i′p'_{n-i}(c'_n) = c'_{n-i} et que tout ensemble borélien contenant f(qn(cn))f(q_n(c_n)) rencontre f′(qn′(cn′))f'(q'_n(c'_n)). Or, la suite des f(qn(cn))f(q_n(c_n)) converge vers un point a=f(γ)∈Aa = f(\gamma) \in A, et la base de filtre des f′(qn′(cn′))f'(q'_n(c'_n)) converge vers un point a′=f′(γ′)∈A′a' = f'(\gamma') \in A'. Comme A∩A′=∅A \cap A' = \varnothing et que XX est séparé, il existe un voisinage fermé VV de aa ne contenant pas a′a'; pour nn assez grand, VV contient f(qn(cn))f(q_n(c_n)) et ne rencontre pas f′(qn′(cn′))f'(q'_n(c'_n)), d’où contradiction puisque VV est borélien.

Ces lemmes étant démontrés, pour tout entier nn, désignons par FnF_n la réunion des ensembles XiX_i tels que i≠ni \neq n; FnF_n est un sous-espace souslinien (IX, p. 60, prop. 8). Pour chaque indice nn, il existe, en vertu du lemme 5, un ensemble borélien Bn′B'_n qui contient XnX_n et ne rencontre pas FnF_n. Soit BnB_n l’intersection de Bn′B'_n et de ⋂i<n(X−B′)\bigcap_{i < n} (X - B'). Les BnB_n sont boréliens, deux à deux disjoints, et l’on a Bn⊃XnB_n \supset X_n pour tout nn, ce qui achève la démonstration du th. 2.

Corollaire 1

Si une partition dénombrable d’un espace séparé est formée d’ensembles sousliniens, ces ensembles sont boréliens. En particulier, dans un espace séparé, tout ensemble souslinien dont le complémentaire est souslinien est un ensemble borélien.

Corollaire 2

Soient EE et FF deux espaces sousliniens et f:E→Ff : E \to F une application continue surjective. Pour qu’un sous-ensemble BB de FF soit borélien, il faut et il suffit que f−1(B)f^{-1}(B) soit borélien dans EE.

Le cor. 1 de la prop. 9 montre que la condition est nécessaire. D’autre part, si f−1(B)f^{-1}(B) est borélien, B=f(f−1(B))B = f(f^{-1}(B)) et F−B=f(E−f−1(B))F - B = f(E - f^{-1}(B)) sont sousliniens (cor. de la prop. 10), donc boréliens (cor. 1).

7. Espaces lusiniens et ensembles boréliens

Théorème 3

Soit XX un espace lusinien régulier. Pour qu’un sous-espace de XX soit lusinien, il faut et il suffit qu’il soit borélien dans XX.

Cela va résulter des deux lemmes suivants:

Lemme 6

Dans un espace lusinien XX, tout ensemble borélien est un sous-espace lusinien de XX.

(En d’autres termes, pour toute partie borélienne BB de XX, il existe un espace polonais éparpillé PP et une application continue injective f:P→Ef : P \to E telle que f(P)=Bf(P) = B).

Soit S\mathfrak{S} l’ensemble des parties AA de XX telles que les sous-espaces AA et ∁A\complement A soient lusiniens. Tout ensemble fermé et tout ensemble ouvert dans XX étant un sous-espace lusinien (IX, p. 62), S\mathfrak{S} contient tous les ensembles fermés de XX. Le lemme sera donc établi si on prouve que L\mathfrak{L} est une tribu. Il suffit pour cela de montrer que si (An)(A_n) est une suite d’ensembles de L\mathfrak{L}, les sous-espaces ⋂nAn\bigcap_n A_n et ⋃nAn\bigcup_n A_n sont lusiniens. Or, on a vu (IX, p. 62) que toute intersection dénombrable de sous-espaces lusiniens est un sous-espace lusinien. D’autre part, si BnB_n est l’intersection de AnA_n et de ⋂i<nCAi\bigcap_{i < n} CA_i, il résulte de l’hypothèse et de la remarque précédente que BnB_n est un sous-espace lusinien; comme on a ⋃nAn=⋃nBn\bigcup_n A_n = \bigcup_n B_n, le sous-espace ⋃nAn\bigcup_n A_n est lusinien en vertu du lemme 2 (IX, p. 62).

Lemme 7

Tout sous-espace lusinien AA d’un espace régulier XX est un ensemble borélien dans XX.

D’après la prop. 12 (IX, p. 65), il existe un crible CC et une bijection continue ff de L(C)L(C) sur AA. Avec les notations du lemme 5 (IX, p. 65), pour tout entier nn et tout c∈Cnc \in C_n, notons gn(c)g_n(c) le sous-espace f(qn(c))f(q_n(c)) de XX; c’est un sous-espace lusinien de XX, donc un sous-espace souslinien. Lorsque cc parcourt CnC_n, les ensembles gn(c)g_n(c) sont deux à deux disjoints, puisque ff est bijective; en vertu du th. 2 (IX, p. 65), il existe donc une famille c↦gn′(c)c \mapsto g'_n(c) (c∈Cnc \in C_n) d’ensembles boréliens dans XX, deux à deux disjoints et tels que gn′(c)⊇gn(c)g'_n(c) \supseteq g_n(c) pour tout c∈Cnc \in C_n. Quitte à remplacer gn′(c)g'_n(c) par son intersection avec l’adhérence gn(c)‾\overline{g_n(c)} de gn(c)g_n(c) dans XX, on peut supposer que gn′(c)⊂gn(c)‾g'_n(c) \subset \overline{g_n(c)}. Désignons par cn−i,cn−2,…,c0c_{n-i}, c_{n-2}, \ldots, c_0 les images de cc dans Cn−i,Cn−2,…C0C_{n-i}, C_{n-2}, \ldots C_0 par les surjections

pn−i,n=pn−i, pn−2,n=pn−2∘pn−i, …, p0n=p0∘pi∘⋯∘pn−i p_{n-i,n} = p_{n-i},\ p_{n-2,n} = p_{n-2} \circ p_{n-i},\ \ldots,\ p_{0n} = p_0 \circ p_i \circ \cdots \circ p_{n-i}

respectivement; notons hn(c)h_n(c) l’intersection des ensembles

gn′(c), gn−i′(cn−i), …, g0′(c0). g'_n(c),\ g'_{n-i}(c_{n-i}),\ \ldots,\ g'_0(c_0).

Comme qi(ci)⊃qn(c)q_i(c_i) \supset q_n(c) pour 0≤i≤n−10 \leq i \leq n-1, hn(c)h_n(c) contient gn(c)g_n(c); il est clair en outre que hn(c)h_n(c) est borélien et contenu dans gn(c)‾\overline{g_n(c)}, et que lorsque cc parcourt CnC_n, les hn(c)h_n(c) sont deux à deux disjoints; enfin, par construction, pour tout c′∈Cn+ic' \in C_{n+i}, on a hn+i(c′)⊂hn(pn(c′))h_{n+i}(c') \subset h_n(p_n(c')). Soit alors BnB_n la réunion des hn(c)h_n(c) pour c∈Cnc \in C_n; BnB_n est borélien, et Bn+i⊂BnB_{n+i} \subset B_n; de plus, BnB_n contient la réunion des gn(c)g_n(c) (où c∈Cnc \in C_n), réunion qui n’est autre que AA. Soit BB l’intersection de la suite décroissante des BnB_n; l’ensemble BB est borélien et contient AA. On va montrer que B=AB = A, ce qui achèvera la démonstration.

Soit xx un point de BB; pour chaque entier nn, il existe un c∈Cnc \in C_n et un seul tel que x∈hn(c)x \in h_n(c): notons-le cn(x)c_n(x); alors la suite (cn(x))n≥0(c_n(x))_{n \geq 0} appartient à L(C)L(C). La suite décroissante (gn(cn(x)))(g_n(c_n(x))) converge par définition vers un point a∈Aa \in A; la suite des adhérences de ces ensembles converge aussi vers aa dans XX, puisque XX est régulier, et il en est de même a fortiori de la suite (hn(cn(x)))(h_n(c_n(x))). Or, xx appartient à tous les ensembles hn(cn(x))h_n(c_n(x)), donc x=a∈Ax = a \in A et le théorème est démontré.

Corollaire

Soit (An)(A_n) une suite de sous-espaces lusiniens d’un espace topologique séparé E. La réunion des AnA_n est un sous-espace lusinien de E.

Pour i<ni < n, posons An,i=An∩AiA_{n,i} = A_n \cap A_i; c’est un sous-espace lusinien, donc borélien, de AnA_n. Par suite, l’intersection BnB_n des An−An,iA_n - A_{n,i} (i<ni < n) est un sous-ensemble borélien de AnA_n, donc lusinien. Comme les BnB_n sont deux à deux disjoints, et que leur réunion est égale à celle des AnA_n, cette dernière est un espace lusinien d’après le lemme 2 de IX, p. 62.

Proposition 13

Soit (Xn)n∈N(X_n)_{n \in \mathbf{N}} une suite d’espaces lusiniens réguliers, X=∏nXnX = \prod_n X_n leur produit. Alors la tribu borélienne sur XX est engendrée par les ensembles de la forme ∏nAn\prod_n A_n, où AnA_n est borélien dans XnX_n pour tout nn.

On sait déjà que les ensembles ∏nAn\prod_n A_n sont boréliens (IX, p. 61, cor. 2); il suffit de voir que la tribu S\mathfrak{S} engendrée par ces ensembles contient tout ensemble ouvert U de X. Or, pour tout nn, soient PnP_n un espace polonais, fn:Pn→Xnf_n : P_n \to X_n une bijection continue de PnP_n sur XnX_n, f=(fn):∏nPn→Xf = (f_n) : \prod_n P_n \to X la bijection correspondante de ∏nPn\prod_n P_n sur X. Chaque PnP_n admet une base dénombrable d’ouverts Bn\mathfrak{B}_n et P admet donc comme base dénombrable d’ouverts B\mathfrak{B} les ensembles élémentaires ∏nBn\prod_n B_n, où Bn=XnB_n = X_n sauf pour un nombre fini d’indices, et Bn∈BnB_n \in \mathfrak{B}_n pour chacun de ces derniers. Comme f−1(U)f^{-1}(U) est ouvert, il est borélien et on en conclut que U appartient à la tribu engendrée par les images

f(∏nBn)=∏nfn(Bn) f\left(\prod_n B_n\right) = \prod_n f_n(B_n)

des ensembles de B\mathfrak{B}. Mais comme tout Bn∈BnB_n \in \mathfrak{B}_n est un espace polonais (IX, p. 57, prop. 2), fn(Bn)f_n(B_n) est lusinien (IX, p. 62, prop. 11), donc borélien en vertu du th. 3 (IX, p. 66), ce qui achève la démonstration.

Corollaire

Soient Y un espace topologique, (Xn)n∈N(X_n)_{n \in \mathbf{N}} une suite d’espaces lusiniens réguliers, et pour tout nn, soit fn:Y→Xnf_n : Y \to X_n une application borélienne. Alors l’application f=(fn):Y→∏nXnf = (f_n) : Y \to \prod_n X_n est borélienne.

Avec les notations de la prop. 13, il suffit de montrer que pour toute famille (An)(A_n), où AnA_n est borélien dans XnX_n, f−1(∏nAn)=⋂nfn−1(An)f^{-1}\left(\prod_n A_n\right) = \bigcap_n f_n^{-1}(A_n) est borélien dans Y, ce qui résulte de l’hypothèse.

Proposition 14

Soient X, Y des espaces lusiniens, Y étant de plus supposé régulier. Si f est une application borélienne injective de X dans Y, alors, pour tout ensemble borélien A dans X, f(A)f(A) est un ensemble borélien dans Y.

Le sous-espace A de X est lusinien (IX, p. 66, lemme 6); d’autre part, l’injection canonique j:A→Xj : A \to X est continue, donc borélienne et par suite, f∘jf \circ j est borélienne; on peut donc se borner au cas où A=XA = X. Soit g=f×idY:X×Y→Y×Yg = f \times id_Y : X \times Y \to Y \times Y; d’après le cor. de la prop. 13, gg est borélienne. Comme la diagonale Δ\Delta de Y×YY \times Y est fermée (I, p. 52, prop. 1), le graphe Γf\Gamma_f de ff, égal à −1g(Δ)-1_g(\Delta), est borélien dans X×YX \times Y, donc un sous-espace lusinien de X×YX \times Y (IX, p. 66, lemme 6). La restriction hh de pr2pr_2 à Γf\Gamma_f est par hypothèse une bijection continue de Γf\Gamma_f sur le sous-espace f(X)f(X) de YY; comme il existe une bijection continue uu d’un espace polonais éparpillé PP sur Γf\Gamma_f, h∘uh \circ u est une bijection continue de PP sur f(X)f(X) qui est par suite un sous-espace lusinien de YY. Mais comme YY est lusinien et régulier, le th. 3 (IX, p. 66) prouve que f(X)f(X) est borélien dans YY.

8. Le théorème du graphe souslinien

Théorème 4

Soient G et H deux groupes topologiques séparés et u un homomorphisme de groupes de G dans H. On suppose que G est un espace de Baire et que le graphe Γ\Gamma de u est un sous-espace souslinien de G×HG \times H. Alors u est continu.

Nous démontrerons d’abord deux lemmes. Disons qu’une partie X d’un espace topologique E est approchable s’il existe un ouvert U de E tel U∩CXU \cap \mathscr{C}X et X∩CUX \cap \mathscr{C}U soient maigres dans E (cf. IX, p. 112, exerc. 6).

Lemme 8

Toute partie borélienne d’un espace topologique E est approchable.

Il suffit de montrer que l’ensemble E\mathfrak{E} des parties approchables de E est une tribu. Si (Xn)(X_n) et (Yn)(Y_n) sont deux suites de parties de E, on a

(⋃Xn)∩C(⋃Yn)⊂⋃(Xn∩CYn) (\bigcup X_n) \cap \mathscr{C} (\bigcup Y_n) \subset \bigcup (X_n \cap \mathscr{C} Y_n)
ce qui entraîne aussitôt que toute réunion dénombrable d’ensembles de E\mathfrak{E} appartient à E\mathfrak{E}. Soit d’autre part X∈EX \in \mathfrak{E} et soit U un ouvert tel que X∩CUX \cap \mathscr{C}U et U∩CXU \cap \mathscr{C}X soient maigres. Soit V l’intérieur de CU\mathscr{C}U; alors CU∩CV\mathscr{C}U \cap \mathscr{C}V est fermé d’intérieur vide, donc maigre. De plus. V∩X⊂CU∩XV \cap X \subset \mathscr{C}U \cap X et
CX∩CV⊂(CX∩U)∪(CU∩CV) \mathscr{C}X \cap \mathscr{C}V \subset (\mathscr{C}X \cap U) \cup (\mathscr{C}U \cap \mathscr{C}V)
sont maigres. Par suite, CX∈E\mathscr{C}X \in \mathfrak{E} et E\mathfrak{E} est bien une tribu.

Remarque

On peut montrer que toute partie souslinienne d’un espace séparé E est approchable (exerc. 14).

Lemme 9

Soit G un groupe topologique et soit B une partie borélienne non maigre de G. Si G est un espace de Baire, BB−1BB^{-1} est un voisinage de e.

Soit U un ouvert de G tel que U∩CBU \cap \mathscr{C}B et B∩CUB \cap \mathscr{C}U soient maigres (lemme 8). Alors U n’est pas maigre, donc est non vide. Par suite, il suffit de montrer que

UU^{-1} \subset BB^{-1}. Soit x \in UU^{-1}; l’ouvert U \cap xU n’est pas vide, donc est non maigre puisque G est un espace de Baire. Posons:

Z=(U∩xU)∩(C(B∩xB)) Z = (U \cap xU) \cap (\mathbf{C} (B \cap xB))

On a Z⊂(U∩CB)∪x(U∩CB)Z \subset (U \cap \mathbf{C} B) \cup x(U \cap \mathbf{C} B), et Z est maigre. Par suite, U∩xUU \cap xU n’est pas contenu dans Z, et l’on a B∩xB≠∅B \cap xB \neq \varnothing, i.e. x∈BB−1x \in BB^{-1}, ce qui montre bien que BB−1BB^{-1} est un voisinage de e.

Démontrons maintenant le th. 4. Comme u(G)=pr2(Γ)u(G) = pr_2(\Gamma) et que H est séparé, u(G)u(G) est souslinien, donc possède une partie dénombrable dense D (IX, p. 59, prop. 4). Soit W un voisinage de e dans H. Montrons que uˉ1(W)\bar{u}^1(W) n’est pas maigre. En effet, si uˉ1(W)\bar{u}^1(W) était maigre, il en serait de même de chacun de ses translatés. Mais on a u(G)⊂⋃x∈DxWu(G) \subset \bigcup_{x \in D} xW et G est donc réunion d’une famille dénombrable de translatés de uˉ1(W)\bar{u}^1(W), ce qui contredit le fait que G est un espace de Baire.

Soit maintenant V un voisinage de e dans H, et soit W un voisinage ouvert de e tel que WW^{-1} \subset V. L’intersection prˉ21(W)∩Γ\bar{pr}_2^1(W) \cap \Gamma est ouverte dans Γ\Gamma. Comme la restriction de pr1pr_1 à Γ\Gamma est une application continue bijective de Γ\Gamma sur G, il résulte du cor. 2 du th. 2 de IX, p. 66 que uˉ1(W)=pr1(prˉ21(W)∩Γ)\bar{u}^1(W) = pr_1(\bar{pr}_2^1(W) \cap \Gamma) est un sous-ensemble borélien de G. Le lemme 9 montre alors que uˉ1(V)\bar{u}^1(V), qui contient uˉ1(W).uˉ1(W)−1\bar{u}^1(W) . \bar{u}^1(W)^{-1}, est un voisinage de e, ce qui entraîne que uu est continue.

9. Sections boréliennes

Théorème 5

Soient X un espace polonais, R une relation d’équivalence dans X; supposons que les classes d’équivalence suivant R soient fermées dans X, et que le saturé pour R de tout ensemble ouvert soit borélien. Alors il existe un ensemble borélien dans X qui rencontre chaque classe d’équivalence suivant R en un point et un seul.

Considérons sur X une distance compatible avec la topologie et pour laquelle X soit complet. D’après le lemme 3 (IX, p. 64), il existe un criblage de X, défini par un crible C = (C_n, p_n) et une suite d’applications (φn\varphi_n). Pour chaque c∈Cnc \in C_n, soit gn(c)g_n(c) le saturé pour R de l’ensemble ouvert φn(c)\varphi_n(c); par hypothèse, gn(c)g_n(c) est borélien dans E.

Puisque chaque ensemble C_n est dénombrable, nous pouvons munir C_n, d’une relation d’ordre total pour laquelle l’ensemble des éléments plus petits qu’un élément donné soit fini. Par récurrence sur n, définissons, pour tout c∈Cnc \in C_n, un ensemble hn(c)h_n(c) de la façon suivante. En premier lieu, pour c∈C0c \in C_0, h0(c)h_0(c) est l’intersection de φ0(c)\varphi_0(c) et des ensembles X−g0(c′)X - g_0(c'), où c′∈C0c' \in C_0 et c′<cc' < c. Pour c∈Cn+1c \in C_{n+1}, hn+1(c)h_{n+1}(c) est l’intersection de φn+1(c)\varphi_{n+1}(c), de hn(pn(c))h_n(p_n(c)) et des ensembles X−gn+1(c′)X - g_{n+1}(c') pour c′∈Cn+1c' \in C_{n+1}, pn(c′)=pn(c)p_n(c') = p_n(c) et c′<cc' < c. Il est clair que les hn(c)h_n(c) sont des ensembles boréliens.

Nous allons démontrer l’assertion suivante: pour tout entier n⩾0n \geqslant 0 et toute classe d’équivalence HH suivant RR, il existe un élément et un seul c∈Cnc \in C_n tel que hn(c)h_n(c) rencontre HH, et l’on a

hn(c)∩H=φn(c)∩H. h_n(c) \cap H = \varphi_n(c) \cap H.

Pour n=0n = 0, considérons le plus petit élément c∈C0c \in C_0 tel que φ0(c)\varphi_0(c) rencontre HH; alors φ0(c)∩H\varphi_0(c) \cap H ne rencontre aucun des g0(c′)g_0(c') relatifs aux éléments c′∈C0c' \in C_0 tels que c′<cc' < c, donc est contenu dans h0(c)∩Hh_0(c) \cap H, et par suite égal à cet ensemble; de plus, on a H⊂g0(c)H \subset g_0(c) et par suite, pour c′∈C0c' \in C_0 et c′>cc' > c, h0(c′)∩Hh_0(c') \cap H est vide, et l’assertion est démontrée pour n=0n = 0. Raisonnons par récurrence sur nn; s’il existe c∈Cn+1c \in C_{n+1} tel que hn+1(c)h_{n+1}(c) rencontre HH, il résulte de la relation hn+1(c)⊂hn(pn(c))h_{n+1}(c) \subset h_n(p_n(c)) et de l’hypothèse de récurrence que pn(c)p_n(c) est l’unique élément d∈Cnd \in C_n tel que hn(d)h_n(d) rencontre HH. Observons que hn(d)h_n(d), qui est contenu dans φn(d)\varphi_n(d), est contenu dans la réunion des φn+1(c)\varphi_{n+1}(c) relatifs aux éléments c∈pn−1(d)c \in p_n^{-1}(d), par définition d’un criblage; il y a donc un plus petit élément c∈pn−1(d)c \in p_n^{-1}(d) tel que φn+1(c)\varphi_{n+1}(c) rencontre HH. On a alors

φn+1(c)∩H⊂φn(d)∩H=hn(d)∩H \varphi_{n+1}(c) \cap H \subset \varphi_n(d) \cap H = h_n(d) \cap H

en vertu de l’hypothèse de récurrence. Donc

φn+1(c)∩H⊂φn+1(c)∩hn(d), \varphi_{n+1}(c) \cap H \subset \varphi_{n+1}(c) \cap h_n(d),

et comme par définition φn+1(c)∩H\varphi_{n+1}(c) \cap H ne rencontre aucun des ensembles gn+1(c′)g_{n+1}(c') relatifs aux c′∈pn−1(d)c' \in p_n^{-1}(d) tels que c′<cc' < c, il s’ensuit par définition de hn+1(c)h_{n+1}(c) que φn+1(c)∩H=hn+1(c)∩H\varphi_{n+1}(c) \cap H = h_{n+1}(c) \cap H. De plus, on a H⊂gn+1(c)H \subset g_{n+1}(c) et par suite, si c′∈pn−1(d)c' \in p_n^{-1}(d) et tel que c′>cc' > c, hn+1(c′)∩Hh_{n+1}(c') \cap H est vide. Ainsi notre assertion est démontrée pour tout nn.

Pour tout entier nn, soit alors SnS_n la réunion des ensembles hn(c)h_n(c), où cc parcourt CnC_n; l’ensemble SnS_n est borélien, et on a Sn+1⊂SnS_{n+1} \subset S_n. Soit SS l’intersection des SnS_n, qui est un ensemble borélien dans XX; on va voir que SS rencontre en un point et un seul toute classe d’équivalence HH suivant RR. En effet, pour tout nn, soit cn(H)c_n(H) l’unique élément c∈Cnc \in C_n tel que hn(c)h_n(c) rencontre HH; alors Sn∩H=φn(cn(H))∩HS_n \cap H = \varphi_n(c_n(H)) \cap H, et S∩HS \cap H est l’intersection des φn(cn(H))∩H\varphi_n(c_n(H)) \cap H. Comme la suite (cn(H))(c_n(H)) appartient à L(C)L(C), chacun des ensembles φn(cn(H))\varphi_n(c_n(H)) contient l’adhérence dans XX de φn+1(cn+1(H))\varphi_{n+1}(c_{n+1}(H)) et le diamètre de φn(cn(H))\varphi_n(c_n(H)) tend vers 0, donc chacun des ensembles φn(cn(H))∩H\varphi_n(c_n(H)) \cap H contient l’adhérence dans HH de φn+1(cn+1(H))∩H\varphi_{n+1}(c_{n+1}(H)) \cap H, et son diamètre tend vers 0; comme HH est fermé dans l’espace complet XX, l’intersection des φn(cn(H))∩H\varphi_n(c_n(H)) \cap H est réduite à un point, ce qui achève de prouver le théorème.

Corollaire 1

La conclusion du th. 5 est encore valable lorsque le saturé pour R de tout ensemble fermé est borélien.

En effet, comme un ensemble ouvert U de X est réunion dénombrable d’ensembles fermés F_n (IX, p. 16, prop. 7), le saturé de U est réunion des saturés des F_n, donc est borélien, et on peut appliquer le th. 5.

Corollaire 2

Soit G un groupe topologique dont l’espace sous-jacent est polonais. Pour tout sous-groupe fermé H de G, il existe un ensemble borélien dans G qui rencontre toute classe à gauche xH dans G en un point et un seul.

En effet, la relation d’équivalence x−1y∈Hx^{-1}y \in H est ouverte et séparée dans G (III, p. 10 et 12).

Remarque 1

Dans l’énoncé du th. 5, on peut remplacer la tribu borélienne par une tribu quelconque contenant les ensembles ouverts de X; la démonstration est inchangée.

Remarque 2

Lorsque X est un espace compact métrisable, le cor. 1 du th. 5 s’applique à toute relation d’équivalence séparée R dans X, puisqu’on sait qu’une telle relation est fermée (I, p. 63, corollaire 2).

10. Capacitabilité des ensembles sousliniens

Définition 9

Soit X un espace topologique séparé. On appelle capacité sur X une application f de l’ensemble des parties P(X)\mathfrak{P}(X) dans la droite numérique achevée R‾\overline{\mathbf{R}}, qui satisfait aux conditions suivantes:

(CA_I) La relation A⊂BA \subset B entraîne f(A)≤f(B)f(A) \leq f(B).

(CA_{II}) Pour toute suite croissante (An)(A_n) de parties de X, on a f(⋃nAn)=lim⁡n→∞f(An)f\left( \bigcup_n A_n \right) = \lim_{n \to \infty} f(A_n).

On dit qu’une capacité f est continue à droite si elle vérifie la condition: (CA_{III}) Pour toute partie compacte K de X et tout nombre a>f(K)a > f(K), il existe un ensemble ouvert U contenant K et tel que f(U)<af(U) < a.

Exemple

Soit μ\mu une mesure positive sur un espace séparé X; la mesure extérieure μ∗\mu^* et la mesure extérieure essentielle μ∗\mu^* sont alors des capacités continues à droite sur X (voir INT, IX, § 1, n° 2 et n° 9, prop. 12, 13). On démontre que dans un espace Rn(n≥3)\mathbf{R}^n (n \geq 3), la « capacité extérieure newtonienne » est une capacité continue à droite au sens de la déf. 9.*¹

Remarque

Soit f une capacité continue à droite sur X, et soit (Kn)(K_n) une suite décroissante de parties compactes de X; si K=⋂nKnK = \bigcap_n K_n, tout ouvert U contenant K contient les KnK_n à partir d’un certain rang (I, p. 60, th. 1 appliqué à l’espace K1K_1). Il résulte alors aussitôt de (CA_I) et (CA_{III}) que l’on a

f(K)=inf⁡nf(Kn). f(K) = \inf_n f(K_n).

¹ Voir M. Brelot, Éléments de la théorie classique du potentiel, Centre de Documentation Universitaire, Paris, 1969, 4e édition.

Définition 10

Soit ff une capacité sur XX; on dit qu’une partie AA de XX est capacitable (pour ff) si f(A)=sup⁡Kf(K)f(A) = \sup_K f(K), où KK parcourt l’ensemble des parties compactes de AA.

Par exemple, si μ\mu est une mesure sur XX, et si ff est la mesure extérieure essentielle μ∗\mu^*, tout ensemble μ\mu-mesurable est capacitable (INT, IX, § 1).

Théorème 6

Soient XX un espace séparé, ff une capacité continue à droite sur XX. Tout sous-espace souslinien YY de XX est alors capacitable pour ff.

Considérons un espace polonais PP et une application continue pp de PP dans XX telle que p(P)=Yp(P) = Y. En vertu de IX, p. 58, cor. 1, on peut supposer que PP est l’intersection d’une suite (Gn)(G_n) d’ensembles ouverts dans un espace compact métrisable MM, telle que G0=MG_0 = M. Chaque ensemble GnG_n est alors réunion d’une suite croissante (Knm)m≥1(K_{nm})_{m \geq 1} d’ensembles compacts dans MM (IX, p. 16, prop. 7).

Il est clair que YY est capacitable si f(Y)=−∞f(Y) = -\infty. Supposons donc f(Y)>−∞f(Y) > -\infty, et soit aa un nombre réel tel que f(Y)>af(Y) > a. Tout revient à prouver qu’il existe un ensemble compact K⊂YK \subset Y tel que f(K)>af(K) > a. À cet effet, nous allons construire par récurrence une suite décroissante (Tn)(T_n) de parties compactes de MM, telles que l’on ait

(1) Tn⊂GnT_n \subset G_n et f(p(P∩Tn))>af(p(P \cap T_n)) > a pour tout nn.

Nous prendrons T0=MT_0 = M. Supposons faite la construction de TnT_n; les ensembles compacts Kn+1,mK_{n+1,m} (pour m≥1m \geq 1) forment un recouvrement de Gn+1G_{n+1}, donc aussi de P∩TnP \cap T_n; l’ensemble P∩TnP \cap T_n est donc réunion croissante des

P∩Tn∩Kn+1,m(m≥1); P \cap T_n \cap K_{n+1,m} (m \geq 1);

en vertu de (CAΠ_{\Pi}) et de (1), il existe un entier kk tel que

f(p(P∩Tn∩Kn+1,k))>a; f(p(P \cap T_n \cap K_{n+1,k})) > a;

il suffit alors de poser Tn+1=Tn∩Kn+1,kT_{n+1} = T_n \cap K_{n+1,k} pour satisfaire à (1) où nn est remplacé par n+1n + 1, et la récurrence peut se poursuivre.

Posons T=⋂nTnT = \bigcap_n T_n; l’ensemble compact TT est contenu dans ⋂nGn=P\bigcap_n G_n = P, et K=p(T)K = p(T) est donc un ensemble compact contenu dans YY. Soit UU un ensemble ouvert dans XX et contenant KK; l’ensemble V=p−1(U)V = p^{-1}(U) est ouvert dans PP et contient TT, et il existe un ensemble V′V' ouvert dans MM et tel que P∩V′=VP \cap V' = V. Comme V′V' contient TT, il existe n0n_0 tel que Tn⊂V′T_n \subset V' pour n≥n0n \geq n_0 (I, p. 60, th. 1 appliqué à T1T_1), donc VV contient P∩TnP \cap T_n et UU contient alors p(P∩Tn)p(P \cap T_n). Il en résulte en particulier que f(U)>af(U) > a; comme UU est un ouvert quelconque contenant KK, la condition (CAIII_{\mathrm{III}}) entraîne f(K)≥af(K) \geq a.

C.Q.F.D.

Proposition 15

Soient XX un espace séparé, ff une capacité sur XX (non nécessairement continue à droite), YY un sous-espace souslinien de XX. Alors YY est capacitable pour ff lorsque l’une des hypothèses suivantes est vérifiée:

(i) Pour toute suite décroissante (Hn)(H_n) de parties fermées de XX, on a

f(⋂nHn)=inf⁡nf(Hn). f\left(\bigcap_n H_n\right) = \inf_n f(H_n).
(ii) Pour toute suite décroissante (Kn)(K_n) de parties compactes de XX, on a
f(⋂nKn)=inf⁡nf(Kn), f\left(\bigcap_n K_n\right) = \inf_n f(K_n),
et YY est contenu dans une réunion dénombrable de parties compactes de XX.

Plaçons-nous d’abord dans l’hypothèse (i), et reprenons les notations de la démonstration du th. 6. Soit xx un point de XX n’appartenant pas à l’ensemble compact K=p(T)K = p(T). Comme XX est séparé, l’intersection des voisinages fermés de xx dans XX est réduite à xx (I, p. 52, prop. 1), donc les traces de ces voisinages sur KK forment une base de filtre dont l’intersection est vide; l’un d’eux est donc vide (I, p. 59, axiome (C′′)(C'')), autrement dit il existe un ensemble ouvert UU contenant KK et tel que x∉Ux \notin U. Or, on a vu dans la démonstration du th. 6 que UU contient p(P∩Tn)p(P \cap T_n) dès que nn est assez grand. On a donc x∉p(P∩Tn)‾x \notin \overline{p(P \cap T_n)}. Autrement dit, les ensembles p(P∩Tn)‾\overline{p(P \cap T_n)} forment une suite décroissante d’ensembles fermés dont l’intersection est KK; on en conclut par l’hypothèse (i) que

f(K)=inf⁡nf(p(P∩Tn)‾)≥a, f(K) = \inf_n f(\overline{p(P \cap T_n)}) \geq a,
ce qu’il fallait démontrer.

Plaçons-nous maintenant dans l’hypothèse (ii); soit (Lm)(L_m) une suite croissante d’ensembles compacts telle que Y⊂⋃mLmY \subset \bigcup_m L_m, et posons Ym=Y∩LmY_m = Y \cap L_m. Soit a<f(Y)a < f(Y); d’après (CAII)(CA_{II}), on a f(Ym)>af(Y_m) > a dès que mm est assez grand. L’entier mm étant fixé de cette façon, on définit sur l’espace compact LmL_m une capacité gg en posant g(A)=f(A)g(A) = f(A) pour A∈P(Lm)A \in \mathscr{P}(L_m); les axiomes (CAI)(CA_I) et (CAII)(CA_{II}) sont en effet trivialement vérifiés. En outre, cette capacité vérifie cette fois l’hypothèse (i), en raison de l’hypothèse (ii) sur ff; il existe par suite un ensemble compact K⊂YmK \subset Y_m tel que g(K)=f(K)≥ag(K) = f(K) \geq a, ce qui achève de démontrer la proposition.

Exercices

See the exercises for § 6.

Transcribed from the printed volume. Not translated.