§ 6. Espaces polonais ; espaces sousliniens ; ensembles boréliens
1. Espaces polonais
Définition 1
On dit qu’un espace topologique est polonais s’il est métrisable de type dénombrable (IX, p. 18), et s’il existe une distance compatible avec la topologie de , pour laquelle soit complet.
Proposition 1
a) Tout sous-espace fermé d’un espace polonais est polonais. b) Le produit d’une famille dénombrable d’espaces polonais est polonais. c) La somme d’une famille dénombrable d’espaces polonais est un espace polonais.
En effet, tout sous-espace d’un espace métrisable de type dénombrable est métrisable de type dénombrable, et tout sous-espace fermé d’un espace complet est complet (II, p. 16, prop. 8). Tout produit dénombrable d’espaces métrisables de type dénombrable est métrisable de type dénombrable (IX, p. 19), et tout produit dénombrable d’espaces métriques complets est un espace métrique complet pour une distance compatible avec sa topologie (II, p. 17, prop. 10 et IX, p. 15, cor. 2). Enfin, soit une suite d’espaces polonais non vides, et soit l’espace somme des ; on peut supposer la topologie de définie par une distance pour laquelle est complet et de type dénombrable (IX, p. 3); on définit alors la topologie de par la distance telle que si et appartiennent à un même , dans le cas contraire (IX, p. 16). On sait que est de type dénombrable (IX, p. 19, corollaire); il reste à prouver qu’il est complet pour . Or, si est une suite de Cauchy dans , il existe un tel que pour , on ait , donc tous les d’indice appartiennent à un même ; puisque est complet pour , la suite est convergente.
Proposition 2
Tout sous-espace ouvert d’un espace polonais est polonais.
Soient un espace polonais, une distance compatible avec la topologie de , une partie ouverte de distincte de . Soit la partie du produit formée des points tels que ; le sous-espace de est fermé (IX, p. 13, prop. 3), donc polonais (prop. 1). Comme la restriction à de la projection de sur est un homéomorphisme de sur (IX, p. 13, prop. 3), est un sous-espace polonais.
Corollaire
Tout espace localement compact, métrisable et dénombrable à l’infini, est polonais.
En effet, soit l’espace compact obtenu par adjonction à d’un point à l’infini; on sait que est métrisable et de type dénombrable (IX, p. 21, corollaire), et d’autre part est complet pour son unique structure uniforme (II, p. 27, th. 1); l’espace est donc polonais, et il en est de même de qui est un sous-espace ouvert de .
Proposition 3
Soit un espace topologique séparé; l’intersection d’une suite de sous-espaces polonais de est un sous-espace polonais.
Soit l’application diagonale de dans (E, II, p. 33; on rappelle que , où pour tout ); nous utiliserons le lemme suivant:
Lemme 1
Soit une suite de parties de l’espace topologique séparé ; la restriction au sous-espace de de l’application diagonale est un homéomorphisme de sur un sous-espace fermé de .
En effet, cette image est l’intersection de et de la diagonale qui est fermée dans puisque est séparé (I, p. 52, prop. 1), et d’autre part est un homéomorphisme de sur .
Sous les hypothèses de la prop. 3, est un espace polonais (IX, p. 57, prop. 1), donc est un sous-espace polonais d’après le lemme 1 et la prop. 1 (IX, p. 57).
Corollaire
L’espace des nombres irrationnels, muni de la topologie induite par celle de la droite numérique , est polonais.
En effet, il est l’intersection d’une famille dénombrable d’ensembles ouverts dans , à savoir les complémentaires des ensembles réduits à un point rationnel.
Théorème 1
Pour qu’un sous-espace d’un espace polonais soit polonais, il faut et il suffit que soit intersection d’une famille dénombrable d’ensembles ouverts dans .
Il résulte aussitôt des prop. 2 (IX, p. 57) et 3 que la condition est suffisante. Montrons qu’elle est nécessaire. Soit une distance compatible avec la topologie de , et pour laquelle soit complet. Soit l’adhérence de dans . Pour chaque entier , soit l’ensemble des qui possèdent un voisinage ouvert tel que le diamètre de (pour la distance ) soit . Il est clair que est ouvert dans et contient . Soit un point de l’intersection des ; est adhérent à et la trace sur du filtre des voisinages de dans est un filtre de Cauchy (pour la distance ); ce filtre converge donc vers un point de , et par suite ; autrement dit, on a . Pour tout , soit un ensemble ouvert dans tel que ; soit d’autre part une suite d’ensembles ouverts dans tels que (IX, p. 16, prop. 7); alors est l’intersection de la famille dénombrable d’ensembles ouverts .
Corollaire 1
Pour qu’un espace soit polonais, il faut et il suffit que soit homéomorphe à une intersection dénombrable d’ensembles ouverts du cube (où désigne l’intervalle de ).
La condition est évidemment suffisante; elle est nécessaire, parce que tout espace métrisable de type dénombrable est homéomorphe à un sous-espace de (IX, p. 18, prop. 12).
Corollaire 2
Soient et deux espaces polonais, une application continue de dans . Pour tout sous-espace polonais de , est un sous-espace polonais de
En effet, on a , où les sont ouverts dans , d’où , et les sont ouverts dans .
2. Espaces sousliniens
Définition 2
On dit qu’un espace topologique est un espace de Souslin, ou espace souslinien, s’il est séparé et s’il existe un espace polonais et une application continue de sur . On dit qu’une partie d’un espace topologique est un ensemble souslinien si le sous-espace est souslinien.
Remarque
Il est clair que tout espace polonais est souslinien, et que l’image d’un espace souslinien par une application continue de dans un espace séparé est un espace souslinien.
Nous verrons plus loin que tout espace souslinien est un espace de Lindelöf (IX, p. 76, corollaire).
Proposition 4
Dans tout espace souslinien , il existe un ensemble dénombrable dense.
En effet, soient un espace polonais, une application continue de sur ; l’image par d’une partie dénombrable dense dans est une partie dénombrable dense.
Proposition 5
Tout sous-espace fermé (resp. ouvert) d’un espace souslinien est souslinien.
En effet, si est une application continue d’un espace polonais sur , et une partie fermée (resp. ouverte) de , est un sous-espace fermé (resp. ouvert) de , donc un sous-espace polonais (IX, p. 57, prop. 1 et prop. 2), et la restriction de à est une application continue surjective de sur .
Proposition 6
Soient un espace souslinien, un espace séparé, une application continue de dans . L’image réciproque par d’un sous-espace souslinien de est un sous-espace souslinien de .
En effet, soient , des espaces polonais, une application continue de sur , une application continue de sur . Soit l’ensemble des points tels que ; est fermé dans , donc c’est un sous-espace polonais (IX, p. 57, prop. 1). Soit la restriction à de la projection ; le sous-espace de est alors l’image de par l’application continue , et est par suite souslinien.
Proposition 7
Le produit et la somme d’une famille dénombrable d’espaces sousliniens sont des espaces sousliniens.
En effet, soient, pour tout entier , un espace séparé, un espace polonais, une application continue de sur . L’espace produit (resp. somme) des est polonais (IX, p. 57, prop. 1), et l’image de cet espace par l’application produit des (resp. l’application qui coïncide avec dans chaque ) est l’espace produit (resp. somme) des ; comme ce dernier est séparé, c’est un espace souslinien.
Proposition 8
Soient un espace séparé, une suite de sous-espaces sousliniens de . Alors la réunion et l’intersection des sont des sous-espaces sousliniens.
En effet, ces sous-espaces sont séparés. L’existence de l’application canonique de l’espace somme des sur le sous-espace de montre que ce dernier est souslinien (IX, p. 60, prop. 7); d’autre part, est souslinien en vertu des prop. 5 et 7 (IX, p. 59 et 60) et du lemme 1 (IX, p. 58).
En général, même dans un espace polonais, le complémentaire d’un sous-espace souslinien n’est pas nécessairement souslinien (cf. IX, p. 120, exerc. 8); voir toutefois IX, p. 66, corollaire 1.
3. Ensembles boréliens
Définition 3
Soient un ensemble, un ensemble de parties de . On dit que est une tribu sur si les conditions suivantes sont satisfaites: a) le complémentaire de tout ensemble de appartient à ; b) toute intersection dénombrable d’ensembles de appartient à .
Pour que soit une tribu, il faut et il suffit que la condition a) soit satisfaite, ainsi que la suivante:
b') toute réunion dénombrable d’ensembles de appartient à .
L’ensemble de toutes les parties de est évidemment une tribu. Toute intersection de tribus sur est une tribu sur . Pour toute partie de , il existe donc une plus petite tribu contenant ; on l’appelle la tribu engendrée par .
Définition 4
On appelle tribu borélienne sur un espace topologique la tribu engendrée par l’ensemble des parties ouvertes de ; les ensembles de cette tribu sont appelés ensembles boréliens de .
Les parties fermées de sont donc des ensembles boréliens, engendrant la tribu borélienne. Si la topologie de admet une base dénombrable , les ensembles de engendrant la tribu borélienne.
Définition 5
Etant donnés deux espaces topologiques , on dit qu’une application est borélienne si, pour tout ensemble borélien de , est un ensemble borélien dans .
Il résulte aussitôt de cette définition que si et sont deux applications boréliennes, est borélienne.
Proposition 9
Soient deux espaces topologiques, une partie de engendrant la tribu borélienne de . Pour qu’une application soit borélienne, il faut et il suffit que soit contenu dans la tribu borélienne de .
La condition est évidemment nécessaire. Inversement, si elle est vérifiée, considérons l’ensemble des parties de telles que soit borélien dans . Il est immédiat que est une tribu et contient ; elle contient donc la tribu borélienne de , et par suite est borélienne.
Corollaire 1
Toute application continue est borélienne.
Il suffit d’appliquer la prop. 9 au cas où est l’ensemble des parties ouvertes de .
Corollaire 2
Soient une suite d’espaces topologiques, leur produit. Si, pour chaque , est une partie borélienne de , alors est une partie borélienne de .
En effet, on a et comme est continue, est borélienne dans en vertu du cor. 1.
Remarque
Soint un espace topologique, un sous-espace de ; alors la tribu borélienne de est l’ensemble des parties de la forme , où parcourt la tribu borélienne de . En effet, ces ensembles forment une tribu , à laquelle appartiennent les ouverts de , donc contient la tribu borélienne de . Inversement, comme l’injection canonique est continue, pour tout ensemble borélien de , est un ensemble borélien dans (cor. 1 de la prop. 9), donc est la tribu borélienne de .
Proposition 10
Dans un espace souslinien , tout ensemble borélien est souslinien.
En effet, soit l’ensemble des parties de telles que et soient sousliniens; la prop. 8 (IX, p. 60) montre que est une tribu. Toute partie fermée de appartient à , car et sont sousliniens (IX, p. 59, prop. 5); donc contient tous les ensembles boréliens de (cf. IX, p. 66, corollaire 1).
Corollaire
Soit une application continue d’un espace souslinien dans un espace séparé . Pour tout sous-ensemble borélien de , est souslinien.
En effet, est souslinien, donc est souslinien, d’après la Remarque de IX, p. 59.
Remarque. --- 2) Même lorsque X et Y sont polonais, il n’est pas vrai, en général, que l’image d’un ensemble borélien de X par une application continue de X dans Y soit un ensemble borélien de Y (cf. IX, p. 120, exerc. 8, et IX, p. 68, prop. 14).
4. Espaces éparpillés et espaces lusiniens
Définition 6
On dit qu’un espace topologique est éparpillé s’il est séparé et si tout point possède un système fondamental de voisinages à la fois ouverts et fermés.
Tout espace éparpillé est totalement discontinu : car la composante connexe d’un point x est contenue dans tous les ensembles à la fois ouverts et fermés contenant x (I, p. 83), et l’intersection de ces ensembles se réduit à x si E est éparpillé.
Inversement, un espace localement compact totalement discontinu est éparpillé (II, p. 32, corollaire) ; mais il y a des espaces métrisables totalement discontinus qui ne sont pas éparpillés (IX, p. 119, exerc. 5 b).
Tout sous-espace d’un espace éparpillé est éparpillé ; tout produit (resp. toute somme) d’espaces éparpillés est un espace éparpillé.
Définition 7
On dit qu’un espace topologique X est un espace de Lusin, ou un espace lusinien, s’il est séparé et s’il existe un espace polonais éparpillé P et une application continue bijective de P sur E.
Il est clair que tout espace lusinien est souslinien.
Proposition 11
Pour qu’un espace soit lusinien, il faut et il suffit qu’il existe un espace polonais P et une bijection continue de P sur X.
La condition étant évidemment nécessaire, tout revient à prouver qu’elle est suffisante. Si f est une application continue bijective d’une espace lusinien X sur un espace séparé Y, il résulte de la déf. 7 que Y est lusinien. Tout revient donc à prouver qu’un espace polonais est lusinien.
Notons en premier lieu que si X est un espace lusinien, tout sous-espace fermé (resp. ouvert) A de X est lusinien (cf. IX, p. 66, th. 3) ; en effet, si f est une application continue bijective d’un espace polonais éparpillé P sur X, f(A) est fermé (resp. ouvert) dans P, donc est un sous-espace polonais (IX, p. 57, prop. 1 et 2) et éparpillé, ce qui établit notre assertion.
Tout produit dénombrable d’espaces lusiniens est lusinien : cela résulte de la prop. 1 de IX, p. 57 et du fait que tout produit d’espaces éparpillés est éparpillé. Toute intersection dénombrable de sous-espaces lusiniens d’un espace topologique séparé est un sous-espace lusinien : cela résulte aussitôt des remarques précédentes et du lemme 1 de IX, p. 58. En outre :
Lemme 2
Si un espace séparé X est tel qu’il existe une partition dénombrable (A_n) de X formée de sous-espaces lusiniens, alors X est lusinien.
En effet, soient, pour tout entier n, P_n un espace polonais éparpillé et f_n une bijection continue de P_n sur A_n ; si P est l’espace somme des P_n, P est polonais
(IX, p. 57, prop. 1) et éparpillé, et l’application de dans qui coïncide avec dans chaque est une bijection continue de sur , d’où le lemme.
Cela étant, montrons tout d’abord que l’intervalle de est lusinien. Considérons en effet l’application surjective qui, à tout point avec ou , fait correspondre le nombre ayant pour développement dyadique (IV, p. 43). Soit l’ensemble dénombrable dans formé des suites autre que la suite 0, n’ayant qu’un nombre fini de termes ; est un espace polonais éparpillé (IX, p. 58, th. 1), et la restriction de à est une bijection continue de sur (IV, p. 42).
Soit enfin un espace polonais quelconque; d’après le cor. 1 de IX, p. 58, est homéomorphe à un sous-espace du cube , intersection dénombrable d’ensembles ouverts de ; la proposition résulte donc du fait que est lusinien et des remarques faites au début de la démonstration.
Corollaire
Toute limite projective dénombrable* (I, p. 28) d’espaces lusiniens est un espace lusinien.
En effet, une limite projective dénombrable d’espaces séparés est un sous-espace fermé du produit (dénombrable) de ces espaces; le corollaire résulte donc de ce qui a été prouvé au cours de la démonstration de la prop. 11.
On peut montrer que les espaces de distributions , , etc. sur un ouvert de , munis de la topologie forte, sont des espaces lusiniens.
5. Cribles
Définition 8
On appelle crible une suite* telle que, pour tout , soit un ensemble dénombrable et une surjection de sur .
Pour tout couple d’entiers tels que , désignons par l’application identique de sur lui-même si , et la surjection de sur si . Il est clair que pour , on a , et on peut donc considérer l’ensemble limite projective de la famille pour la famille d’applications (E, III, p. 52); nous munirons cet ensemble. de la topologie limite projective des topologies discrètes sur les (I, p. 28). Il est clair que est fermé dans l’espace produit ; il en résulte aussitôt que est un espace polonais éparpillé (IX, p. 62); nous dirons que est l’espace topologique associé au crible .
On appelle criblage d’un espace métrique la donnée d’un crible et, pour chaque entier , d’une application de dans l’ensemble des parties ouvertes non vides de de diamètre , de manière que:
a) soit la réunion des , lorsque parcourt ; b) pour tout et tout , soit la réunion des , où parcourt , et contienne les adhérences de ces ensembles dans .
On dit qu’un criblage est strict si en outre, pour tout n, les ensembles où c parcourt , sont deux à deux disjoints. Ces ensembles sont alors à la fois ouverts et fermés dans X.
Lemme 3
Tout espace métrique de type dénombrable X possède un criblage. Si de plus X est éparpillé, X possède un criblage strict.
Observons d’abord que si U est un ensemble ouvert dans un espace métrique X de type dénombrable, et un nombre > 0, il existe un recouvrement dénombrable de U par des ensembles ouverts de diamètre , dont les adhérences dans X sont contenues dans U : il suffit en effet, pour tout , de considérer une boule ouverte de centre x et de rayon , dont l’adhérence dans X soit contenue dans U, puis d’appliquer la prop. 13 de IX, p. 19 au recouvrement formé par les . Si de plus X est éparpillé, il existe un tel recouvrement () formé d’ensembles à la fois ouverts et fermés dans X ; en désignant par l’intersection de et des pour , on voit que les sont à la fois ouverts et fermés dans X, de diamètre , deux à deux disjoints et recouvrent U.
Soit alors X un espace métrique de type dénombrable. Soit l’ensemble des indices d’un recouvrement dénombrable de X formé d’ensembles ouverts non vides de diamètre , deux à deux disjoints si X est éparpillé ; sera l’application qui, à chaque indice , associe l’ensemble correspondant du recouvrement. Supposons déjà définis les et les , ainsi que les surjections pour , de façon que la condition b) soit satisfaite pour ces indices. Si , est ouvert dans X, donc possède un recouvrement dénombrable par des ensembles ouverts non vides de diamètre , dont les adhérences dans X sont contenues dans , et qui sont deux à deux disjoints lorsque X (donc ) est éparpillé ; si est l’ensemble des indices de ce recouvrement, on prend pour l’ensemble somme des lorsque parcourt ; pour tout , on désigne par l’unique élément tel que , et par l’ensemble d’indice du recouvrement considéré de . Il est clair que l’on a ainsi défini par récurrence un criblage de X, et que ce criblage est strict si X est éparpillé, d’où le lemme.
Supposons maintenant que X soit un espace métrique complet de type dénombrable, et considérons un criblage de X par un crible C et des applications . Si est un point de l’espace associé à C, la suite est une suite décroissante d’ensembles ouverts dans X, dont chacun contient l’adhérence du suivant dans X, et dont le diamètre tend vers 0 ; l’intersection de cette suite d’ensembles est donc réduite à un point (II, p. 15), qu’on notera . On a ainsi défini une application de dans X ; si deux points de ont mêmes coordonnées d’indice i pour , il est clair que la distance de et de est , donc est continue en vertu de la définition de la topologie de . Pour tout , il résulte de la définition d’un criblage qu’on peut définir par récurrence sur une suite telle que pour tout et ; on a par suite , autrement dit est surjective. En outre, si le criblage est strict, la suite telle que est unique, donc est bijective. On dira que est l’application déduite du criblage considéré.
Proposition 12
Pour tout espace lusinien (resp. souslinien) , il existe un crible et une bijection (resp. surjection) continue de sur .
Compte tenu de la définition d’un espace lusinien (IX, p. 62, déf. 7) (resp. souslinien (IX, p. 59, déf. 2)), on se ramène au cas où est polonais et éparpillé (resp. polonais) et le raisonnement qui précède démontre alors la prop. 12.
6. Séparation des ensembles sousliniens
Théorème 2
Soit un espace séparé. Étant donnée une suite de sous-espaces sousliniens de , deux à deux disjoints, il existe une suite d’ensembles boréliens de , deux à deux disjoints, tels que pour tout .
Nous établirons d’abord deux lemmes:
Lemme 4
Soient deux suites de parties d’un espace topologique . Supposons que, pour tout couple , il existe un ensemble borélien de tel que et . Alors il existe un ensemble borélien de , qui contient et ne rencontre pas .
En effet, l’ensemble répond à la question.
Lemme 5
Soient un espace séparé, deux sous-espaces sousliniens de sans point commun. Il existe alors un ensemble borélien de tel que et .
En effet, d’après IX, p. 65, prop. 12, il existe deux cribles , une application continue de sur et une application continue de sur , définies suivant le procédé décrit dans IX, p. 64. Pour tout et tout , notons le sous-espace de formé des suites telles que ; c’est un sous-espace fermé de . Pour tout , la suite des ensembles fermés est décroissante et constitue une base de filtre ayant pour limite . En outre, pour tout , les ensembles , où parcourt l’ensemble dans , forment une partition de . Notations analogues pour le crible .
Cela étant, on va raisonner par l’absurde, en supposant que tout ensemble borélien contenant rencontre . En premier lieu, il résulte du lemme 4 (IX, p. 65) et de la définition d’un criblage qu’il existe et tels que tout ensemble borélien contenant rencontre . On va alors définir par récurrence sur deux éléments de la façon suivante: supposons déjà définis les et pour , de manière que, pour chaque indice , tout ensemble borélien contenant rencontre ; en appliquant le lemme 4 et la définition d’un criblage aux ensembles et , on voit qu’il existe et tels que , et que tout ensemble borélien contenant rencontre . Or, la suite des converge vers un point , et la base de filtre des converge vers un point . Comme et que est séparé, il existe un voisinage fermé de ne contenant pas ; pour assez grand, contient et ne rencontre pas , d’où contradiction puisque est borélien.
Ces lemmes étant démontrés, pour tout entier , désignons par la réunion des ensembles tels que ; est un sous-espace souslinien (IX, p. 60, prop. 8). Pour chaque indice , il existe, en vertu du lemme 5, un ensemble borélien qui contient et ne rencontre pas . Soit l’intersection de et de . Les sont boréliens, deux à deux disjoints, et l’on a pour tout , ce qui achève la démonstration du th. 2.
Corollaire 1
Si une partition dénombrable d’un espace séparé est formée d’ensembles sousliniens, ces ensembles sont boréliens. En particulier, dans un espace séparé, tout ensemble souslinien dont le complémentaire est souslinien est un ensemble borélien.
Corollaire 2
Soient et deux espaces sousliniens et une application continue surjective. Pour qu’un sous-ensemble de soit borélien, il faut et il suffit que soit borélien dans .
Le cor. 1 de la prop. 9 montre que la condition est nécessaire. D’autre part, si est borélien, et sont sousliniens (cor. de la prop. 10), donc boréliens (cor. 1).
7. Espaces lusiniens et ensembles boréliens
Théorème 3
Soit un espace lusinien régulier. Pour qu’un sous-espace de soit lusinien, il faut et il suffit qu’il soit borélien dans .
Cela va résulter des deux lemmes suivants:
Lemme 6
Dans un espace lusinien , tout ensemble borélien est un sous-espace lusinien de .
(En d’autres termes, pour toute partie borélienne de , il existe un espace polonais éparpillé et une application continue injective telle que ).
Soit l’ensemble des parties de telles que les sous-espaces et soient lusiniens. Tout ensemble fermé et tout ensemble ouvert dans étant un sous-espace lusinien (IX, p. 62), contient tous les ensembles fermés de . Le lemme sera donc établi si on prouve que est une tribu. Il suffit pour cela de montrer que si est une suite d’ensembles de , les sous-espaces et sont lusiniens. Or, on a vu (IX, p. 62) que toute intersection dénombrable de sous-espaces lusiniens est un sous-espace lusinien. D’autre part, si est l’intersection de et de , il résulte de l’hypothèse et de la remarque précédente que est un sous-espace lusinien; comme on a , le sous-espace est lusinien en vertu du lemme 2 (IX, p. 62).
Lemme 7
Tout sous-espace lusinien d’un espace régulier est un ensemble borélien dans .
D’après la prop. 12 (IX, p. 65), il existe un crible et une bijection continue de sur . Avec les notations du lemme 5 (IX, p. 65), pour tout entier et tout , notons le sous-espace de ; c’est un sous-espace lusinien de , donc un sous-espace souslinien. Lorsque parcourt , les ensembles sont deux à deux disjoints, puisque est bijective; en vertu du th. 2 (IX, p. 65), il existe donc une famille () d’ensembles boréliens dans , deux à deux disjoints et tels que pour tout . Quitte à remplacer par son intersection avec l’adhérence de dans , on peut supposer que . Désignons par les images de dans par les surjections
respectivement; notons l’intersection des ensembles
Comme pour , contient ; il est clair en outre que est borélien et contenu dans , et que lorsque parcourt , les sont deux à deux disjoints; enfin, par construction, pour tout , on a . Soit alors la réunion des pour ; est borélien, et ; de plus, contient la réunion des (où ), réunion qui n’est autre que . Soit l’intersection de la suite décroissante des ; l’ensemble est borélien et contient . On va montrer que , ce qui achèvera la démonstration.
Soit un point de ; pour chaque entier , il existe un et un seul tel que : notons-le ; alors la suite appartient à . La suite décroissante converge par définition vers un point ; la suite des adhérences de ces ensembles converge aussi vers dans , puisque est régulier, et il en est de même a fortiori de la suite . Or, appartient à tous les ensembles , donc et le théorème est démontré.
Corollaire
Soit une suite de sous-espaces lusiniens d’un espace topologique séparé E. La réunion des est un sous-espace lusinien de E.
Pour , posons ; c’est un sous-espace lusinien, donc borélien, de . Par suite, l’intersection des () est un sous-ensemble borélien de , donc lusinien. Comme les sont deux à deux disjoints, et que leur réunion est égale à celle des , cette dernière est un espace lusinien d’après le lemme 2 de IX, p. 62.
Proposition 13
Soit une suite d’espaces lusiniens réguliers, leur produit. Alors la tribu borélienne sur est engendrée par les ensembles de la forme , où est borélien dans pour tout .
On sait déjà que les ensembles sont boréliens (IX, p. 61, cor. 2); il suffit de voir que la tribu engendrée par ces ensembles contient tout ensemble ouvert U de X. Or, pour tout , soient un espace polonais, une bijection continue de sur , la bijection correspondante de sur X. Chaque admet une base dénombrable d’ouverts et P admet donc comme base dénombrable d’ouverts les ensembles élémentaires , où sauf pour un nombre fini d’indices, et pour chacun de ces derniers. Comme est ouvert, il est borélien et on en conclut que U appartient à la tribu engendrée par les images
des ensembles de . Mais comme tout est un espace polonais (IX, p. 57, prop. 2), est lusinien (IX, p. 62, prop. 11), donc borélien en vertu du th. 3 (IX, p. 66), ce qui achève la démonstration.
Corollaire
Soient Y un espace topologique, une suite d’espaces lusiniens réguliers, et pour tout , soit une application borélienne. Alors l’application est borélienne.
Avec les notations de la prop. 13, il suffit de montrer que pour toute famille , où est borélien dans , est borélien dans Y, ce qui résulte de l’hypothèse.
Proposition 14
Soient X, Y des espaces lusiniens, Y étant de plus supposé régulier. Si f est une application borélienne injective de X dans Y, alors, pour tout ensemble borélien A dans X, est un ensemble borélien dans Y.
Le sous-espace A de X est lusinien (IX, p. 66, lemme 6); d’autre part, l’injection canonique est continue, donc borélienne et par suite, est borélienne; on peut donc se borner au cas où . Soit ; d’après le cor. de la prop. 13, est borélienne. Comme la diagonale de est fermée (I, p. 52, prop. 1), le graphe de , égal à , est borélien dans , donc un sous-espace lusinien de (IX, p. 66, lemme 6). La restriction de à est par hypothèse une bijection continue de sur le sous-espace de ; comme il existe une bijection continue d’un espace polonais éparpillé sur , est une bijection continue de sur qui est par suite un sous-espace lusinien de . Mais comme est lusinien et régulier, le th. 3 (IX, p. 66) prouve que est borélien dans .
8. Le théorème du graphe souslinien
Théorème 4
Soient G et H deux groupes topologiques séparés et u un homomorphisme de groupes de G dans H. On suppose que G est un espace de Baire et que le graphe de u est un sous-espace souslinien de . Alors u est continu.
Nous démontrerons d’abord deux lemmes. Disons qu’une partie X d’un espace topologique E est approchable s’il existe un ouvert U de E tel et soient maigres dans E (cf. IX, p. 112, exerc. 6).
Lemme 8
Toute partie borélienne d’un espace topologique E est approchable.
Il suffit de montrer que l’ensemble des parties approchables de E est une tribu. Si et sont deux suites de parties de E, on a
Remarque
On peut montrer que toute partie souslinienne d’un espace séparé E est approchable (exerc. 14).
Lemme 9
Soit G un groupe topologique et soit B une partie borélienne non maigre de G. Si G est un espace de Baire, est un voisinage de e.
Soit U un ouvert de G tel que et soient maigres (lemme 8). Alors U n’est pas maigre, donc est non vide. Par suite, il suffit de montrer que
UU^{-1} \subset BB^{-1}. Soit x \in UU^{-1}; l’ouvert U \cap xU n’est pas vide, donc est non maigre puisque G est un espace de Baire. Posons:
On a , et Z est maigre. Par suite, n’est pas contenu dans Z, et l’on a , i.e. , ce qui montre bien que est un voisinage de e.
Démontrons maintenant le th. 4. Comme et que H est séparé, est souslinien, donc possède une partie dénombrable dense D (IX, p. 59, prop. 4). Soit W un voisinage de e dans H. Montrons que n’est pas maigre. En effet, si était maigre, il en serait de même de chacun de ses translatés. Mais on a et G est donc réunion d’une famille dénombrable de translatés de , ce qui contredit le fait que G est un espace de Baire.
Soit maintenant V un voisinage de e dans H, et soit W un voisinage ouvert de e tel que WW^{-1} \subset V. L’intersection est ouverte dans . Comme la restriction de à est une application continue bijective de sur G, il résulte du cor. 2 du th. 2 de IX, p. 66 que est un sous-ensemble borélien de G. Le lemme 9 montre alors que , qui contient , est un voisinage de e, ce qui entraîne que est continue.
9. Sections boréliennes
Théorème 5
Soient X un espace polonais, R une relation d’équivalence dans X; supposons que les classes d’équivalence suivant R soient fermées dans X, et que le saturé pour R de tout ensemble ouvert soit borélien. Alors il existe un ensemble borélien dans X qui rencontre chaque classe d’équivalence suivant R en un point et un seul.
Considérons sur X une distance compatible avec la topologie et pour laquelle X soit complet. D’après le lemme 3 (IX, p. 64), il existe un criblage de X, défini par un crible C = (C_n, p_n) et une suite d’applications (). Pour chaque , soit le saturé pour R de l’ensemble ouvert ; par hypothèse, est borélien dans E.
Puisque chaque ensemble C_n est dénombrable, nous pouvons munir C_n, d’une relation d’ordre total pour laquelle l’ensemble des éléments plus petits qu’un élément donné soit fini. Par récurrence sur n, définissons, pour tout , un ensemble de la façon suivante. En premier lieu, pour , est l’intersection de et des ensembles , où et . Pour , est l’intersection de , de et des ensembles pour , et . Il est clair que les sont des ensembles boréliens.
Nous allons démontrer l’assertion suivante: pour tout entier et toute classe d’équivalence suivant , il existe un élément et un seul tel que rencontre , et l’on a
Pour , considérons le plus petit élément tel que rencontre ; alors ne rencontre aucun des relatifs aux éléments tels que , donc est contenu dans , et par suite égal à cet ensemble; de plus, on a et par suite, pour et , est vide, et l’assertion est démontrée pour . Raisonnons par récurrence sur ; s’il existe tel que rencontre , il résulte de la relation et de l’hypothèse de récurrence que est l’unique élément tel que rencontre . Observons que , qui est contenu dans , est contenu dans la réunion des relatifs aux éléments , par définition d’un criblage; il y a donc un plus petit élément tel que rencontre . On a alors
en vertu de l’hypothèse de récurrence. Donc
et comme par définition ne rencontre aucun des ensembles relatifs aux tels que , il s’ensuit par définition de que . De plus, on a et par suite, si et tel que , est vide. Ainsi notre assertion est démontrée pour tout .
Pour tout entier , soit alors la réunion des ensembles , où parcourt ; l’ensemble est borélien, et on a . Soit l’intersection des , qui est un ensemble borélien dans ; on va voir que rencontre en un point et un seul toute classe d’équivalence suivant . En effet, pour tout , soit l’unique élément tel que rencontre ; alors , et est l’intersection des . Comme la suite appartient à , chacun des ensembles contient l’adhérence dans de et le diamètre de tend vers 0, donc chacun des ensembles contient l’adhérence dans de , et son diamètre tend vers 0; comme est fermé dans l’espace complet , l’intersection des est réduite à un point, ce qui achève de prouver le théorème.
Corollaire 1
La conclusion du th. 5 est encore valable lorsque le saturé pour R de tout ensemble fermé est borélien.
En effet, comme un ensemble ouvert U de X est réunion dénombrable d’ensembles fermés F_n (IX, p. 16, prop. 7), le saturé de U est réunion des saturés des F_n, donc est borélien, et on peut appliquer le th. 5.
Corollaire 2
Soit G un groupe topologique dont l’espace sous-jacent est polonais. Pour tout sous-groupe fermé H de G, il existe un ensemble borélien dans G qui rencontre toute classe à gauche xH dans G en un point et un seul.
En effet, la relation d’équivalence est ouverte et séparée dans G (III, p. 10 et 12).
Remarque 1
Dans l’énoncé du th. 5, on peut remplacer la tribu borélienne par une tribu quelconque contenant les ensembles ouverts de X; la démonstration est inchangée.
Remarque 2
Lorsque X est un espace compact métrisable, le cor. 1 du th. 5 s’applique à toute relation d’équivalence séparée R dans X, puisqu’on sait qu’une telle relation est fermée (I, p. 63, corollaire 2).
10. Capacitabilité des ensembles sousliniens
Définition 9
Soit X un espace topologique séparé. On appelle capacité sur X une application f de l’ensemble des parties dans la droite numérique achevée , qui satisfait aux conditions suivantes:
(CA_I) La relation entraîne .
(CA_{II}) Pour toute suite croissante de parties de X, on a .
On dit qu’une capacité f est continue à droite si elle vérifie la condition: (CA_{III}) Pour toute partie compacte K de X et tout nombre , il existe un ensemble ouvert U contenant K et tel que .
Exemple
Soit une mesure positive sur un espace séparé X; la mesure extérieure et la mesure extérieure essentielle sont alors des capacités continues à droite sur X (voir INT, IX, § 1, n° 2 et n° 9, prop. 12, 13). On démontre que dans un espace , la « capacité extérieure newtonienne » est une capacité continue à droite au sens de la déf. 9.*¹
Remarque
Soit f une capacité continue à droite sur X, et soit une suite décroissante de parties compactes de X; si , tout ouvert U contenant K contient les à partir d’un certain rang (I, p. 60, th. 1 appliqué à l’espace ). Il résulte alors aussitôt de (CA_I) et (CA_{III}) que l’on a
¹ Voir M. Brelot, Éléments de la théorie classique du potentiel, Centre de Documentation Universitaire, Paris, 1969, 4e édition.
Définition 10
Soit une capacité sur ; on dit qu’une partie de est capacitable (pour ) si , où parcourt l’ensemble des parties compactes de .
Par exemple, si est une mesure sur , et si est la mesure extérieure essentielle , tout ensemble -mesurable est capacitable (INT, IX, § 1).
Théorème 6
Soient un espace séparé, une capacité continue à droite sur . Tout sous-espace souslinien de est alors capacitable pour .
Considérons un espace polonais et une application continue de dans telle que . En vertu de IX, p. 58, cor. 1, on peut supposer que est l’intersection d’une suite d’ensembles ouverts dans un espace compact métrisable , telle que . Chaque ensemble est alors réunion d’une suite croissante d’ensembles compacts dans (IX, p. 16, prop. 7).
Il est clair que est capacitable si . Supposons donc , et soit un nombre réel tel que . Tout revient à prouver qu’il existe un ensemble compact tel que . À cet effet, nous allons construire par récurrence une suite décroissante de parties compactes de , telles que l’on ait
(1) et pour tout .
Nous prendrons . Supposons faite la construction de ; les ensembles compacts (pour ) forment un recouvrement de , donc aussi de ; l’ensemble est donc réunion croissante des
en vertu de (CA) et de (1), il existe un entier tel que
il suffit alors de poser pour satisfaire à (1) où est remplacé par , et la récurrence peut se poursuivre.
Posons ; l’ensemble compact est contenu dans , et est donc un ensemble compact contenu dans . Soit un ensemble ouvert dans et contenant ; l’ensemble est ouvert dans et contient , et il existe un ensemble ouvert dans et tel que . Comme contient , il existe tel que pour (I, p. 60, th. 1 appliqué à ), donc contient et contient alors . Il en résulte en particulier que ; comme est un ouvert quelconque contenant , la condition (CA) entraîne .
C.Q.F.D.
Proposition 15
Soient un espace séparé, une capacité sur (non nécessairement continue à droite), un sous-espace souslinien de . Alors est capacitable pour lorsque l’une des hypothèses suivantes est vérifiée:
(i) Pour toute suite décroissante de parties fermées de , on a
Plaçons-nous d’abord dans l’hypothèse (i), et reprenons les notations de la démonstration du th. 6. Soit un point de n’appartenant pas à l’ensemble compact . Comme est séparé, l’intersection des voisinages fermés de dans est réduite à (I, p. 52, prop. 1), donc les traces de ces voisinages sur forment une base de filtre dont l’intersection est vide; l’un d’eux est donc vide (I, p. 59, axiome ), autrement dit il existe un ensemble ouvert contenant et tel que . Or, on a vu dans la démonstration du th. 6 que contient dès que est assez grand. On a donc . Autrement dit, les ensembles forment une suite décroissante d’ensembles fermés dont l’intersection est ; on en conclut par l’hypothèse (i) que
Plaçons-nous maintenant dans l’hypothèse (ii); soit une suite croissante d’ensembles compacts telle que , et posons . Soit ; d’après , on a dès que est assez grand. L’entier étant fixé de cette façon, on définit sur l’espace compact une capacité en posant pour ; les axiomes et sont en effet trivialement vérifiés. En outre, cette capacité vérifie cette fois l’hypothèse (i), en raison de l’hypothèse (ii) sur ; il existe par suite un ensemble compact tel que , ce qui achève de démontrer la proposition.
Exercices
See the exercises for § 6.