Bourbaki

§ 2. Fonctions uniformément continues

1. Fonctions uniformément continues

Définition 1

On dit qu’une application ff d’un espace uniforme X dans un espace uniforme X′X' est uniformément continue si, pour tout entourage V′V' de X′X', il existe un entourage VV de X tel que la relation (x,y)∈V(x, y) \in V entraîne (f(x),f(y))∈V′(f(x), f(y)) \in V'.

D’une manière plus imagée, on peut dire que ff est uniformément continue si f(x)f(x) et f(y)f(y) sont aussi voisins qu’on veut dès que xx et yy sont assez voisins.

Si on pose g=f×fg = f \times f, la déf. 1 signifie encore que pour tout entourage V′V' de X′X', g−1(V′)g^{-1}(V') est un entourage de X.

Exemple 1

L’application identique d’un espace uniforme sur lui-même est uniformément continue.

Exemple 2

Une application constante d’un espace uniforme dans un espace uniforme est uniformément continue.

Exemple 3

Toute application d’un espace uniforme discret dans un espace uniforme est uniformément continue.

Proposition 1

Toute application uniformément continue est continue.

C’est une conséquence immédiate des définitions.

Par contre, une application continue d’un espace uniforme X dans un espace uniforme X′X' n’est pas nécessairement uniformément continue, comme le montre l’exemple x↦x3x \mapsto x^3, homéomorphisme de R\mathbf{R} sur lui-même, qui n’est pas uniformément continue pour la structure uniforme additive. (Voir II, p. 29, th. 2.)

Proposition 2

1° Si f:X→X′f : X \to X' et g:X′→X′′g : X' \to X'' sont deux applications uniformément continues, alors g∘f:X→X′′g \circ f : X \to X'' est uniformément continue. 2° Pour qu’une bijection ff d’un espace uniforme X sur un espace uniforme X′X' soit un isomorphisme, il faut et il suffit que ff et la bijection réciproque gg de ff soient uniformément continues.

Cela résulte immédiatement de l’interprétation de la déf. 1 en termes de l’application produit f×ff \times f.

2. Comparaison des structures uniformes

La prop. 2 montre que l’on peut prendre pour morphismes des structures uniformes les applications uniformément continues (E, IV, p. 11); nous supposerons toujours par la suite que l’on a fait ce choix de morphismes. Conformément aux définitions générales (E, IV, p. 13), cela permet de définir une relation d’ordre dans l’ensemble des structures uniformes sur un même ensemble X:

Définition 2

Étant données deux structures uniformes U1,U2\mathfrak{U}_1, \mathfrak{U}_2 sur un même ensemble X, on dit que U1\mathfrak{U}_1 est plus fine que U2\mathfrak{U}_2 (et que U2\mathfrak{U}_2 est moins fine que U1\mathfrak{U}_1) si, en désignant par XiX_i l’ensemble X muni de la structure uniforme Ui\mathfrak{U}_i (i=1,2i = 1, 2) l’application identique X1→X2X_1 \to X_2 est uniformément continue.

Si U1\mathfrak{U}_1 est plus fine que U2\mathfrak{U}_2 et distincte de U2\mathfrak{U}_2, on dit que U1\mathfrak{U}_1 est strictement plus fine que U2\mathfrak{U}_2 (et que U2\mathfrak{U}_2 est strictement moins fine que U1\mathfrak{U}_1).

Deux structures uniformes dont l’une est plus fine que l’autre sont dites comparables.

Exemple

Dans l’ensemble ordonné des structures uniformes sur un ensemble X, la structure uniforme discrète est la structure uniforme la plus fine, et la structure uniforme la moins fine est celle dont l’ensemble des entourages est formé du seul élément X×XX \times X.

La déf. 1 de II, p. 6 entraîne aussitôt la proposition suivante: Proposition 3. — Étant données deux structures uniformes U1,U2\mathfrak{U}_1, \mathfrak{U}_2 sur un ensemble X, pour que U1\mathfrak{U}_1 soit plus fine que U2\mathfrak{U}_2, il faut et il suffit que tout entourage de U2\mathfrak{U}_2 soit un entourage de U1\mathfrak{U}_1.

Corollaire

Sur un ensemble X, soit U1\mathfrak{U}_1 une structure uniforme plus fine qu’une structure uniforme U2\mathfrak{U}_2; alors la topologie déduite de U1\mathfrak{U}_1 est plus fine que la topologie déduite de U2\mathfrak{U}_2.

Cela résulte aussitôt de la comparaison des topologies à l’aide des voisinages (I, p. 11, prop. 3).

Remarque 1

Il peut se faire qu’une structure uniforme U1\mathfrak{U}_1 soit strictement plus fine qu’une structure uniforme U2\mathfrak{U}_2, mais que les topologies déduites de ces deux structures uniformes soient identiques. C’est ce que montre l’exemple suivant: Soit X un ensemble non vide; pour toute partition finie ϖ=(Ai)1≤i≤n\varpi = (A_i)_{1 \leq i \leq n} de X, posons Vϖ=⋃i(Ai×Ai)V_{\varpi} = \bigcup_i (A_i \times A_i); les ensembles VϖV_{\varpi} constituent un système fondamental d’entourages d’une structure uniforme U\mathfrak{U} sur X; en effet pour toute partition finie ϖ\varpi, on a Δ⊂Vϖ\Delta \subset V_{\varpi} et Vϖ∘Vϖ=V‾ϖ=VϖV_{\varpi} \circ V_{\varpi} = \overline{V}_{\varpi} = V_{\varpi} (II, p. 3, Exemple 2); d’autre part, si ϖ′=(Bj)\varpi' = (B_j) et ϖ′′=(Ck)\varpi'' = (C_k) sont deux partitions finies de X, ceux des ensembles Bj∩CkB_j \cap C_k qui sont non vides forment une partition ϖ\varpi de X, et l’on a Vϖ⊂Vϖ′∩Vϖ′′V_{\varpi} \subset V_{\varpi'} \cap V_{\varpi''}. On dit que U\mathfrak{U} est la structure uniforme des partitions finies sur X. La topologie déduite de U\mathfrak{U} est la topologie discrète, car pour tout x∈Xx \in X les ensembles {x}\{x\} et C{x}\mathscr{C}\{x\} forment une partition finie de X. Cependant, si X est infini, il est clair que U\mathfrak{U} est strictement moins fine que la structure uniforme discrète.

Remarque 2

Si f:X→X′f : X \to X' est une application uniformément continue, elle reste uniformément continue lorsqu’on remplace la structure uniforme de X par une structure uniforme plus fine et celle de X′X' par une structure uniforme moins fine (II, p. 6, prop. 2). Autrement dit, il y a d’autant plus d’applications uniformément continues de X dans X' que la structure uniforme de X est plus fine et celle de X' moins fine.

3. Structures uniformes initiales

Proposition 4

Soient X un ensemble, (Yi)i∈I(Y_i)_{i \in I} une famille d’espaces uniformes, et pour chaque i∈Ii \in I, soit fif_i une application de X dans YiY_i; pour tout i∈Ii \in I, on pose gi=fi×fig_i = f_i \times f_i.

Soit GG l’ensemble des parties de X×XX \times X de la forme gi−1(Vi)g_i^{-1}(V_i) (i∈Ii \in I, ViV_i entourage de YiY_i), et soit BB l’ensemble des intersections finies

U(Vi1,…,Vin)=gi1−1(Vi1)∩⋯∩gin−1(Vin) U(V_{i_1}, \ldots, V_{i_n}) = g_{i_1}^{-1}(V_{i_1}) \cap \cdots \cap g_{i_n}^{-1}(V_{i_n})

d’ensembles de GG. Alors BB est un système fondamental d’entourages d’une structure uniforme UU sur X qui est la structure uniforme initiale sur X pour la famille (fi)(f_i) (E, IV, p. 14) et en particulier est la moins fine sur X rendant uniformément continues les applications fif_i. En d’autres termes, soit h une application d’un espace uniforme Z dans X. Pour que h soit uniformément continue (lorsque X est muni de la structure uniforme U), il faut et il suffit que chacune des fonctions fi∘hf_i \circ h soit uniformément continue.

Il est immédiat que B vérifie les axiomes (B_I) et (U'_I); si Wi=gi−1(Vi)W_i = g_i^{-1}(V_i), on a Wi−1=gi−1(Vi)W_i^{-1} = g_i^{-1}(V_i) et Wi2⊂gi−1(Vi)2W_i^2 \subset g_i^{-1}(V_i)^2, donc B vérifie aussi (U''_II) et (U'''_III) et est par suite un système fondamental d’entourages d’une structure uniforme U sur X. En outre, il résulte aussitôt de la définition de U et de la déf. 1 de II, p. 6 que fif_i est uniformément continue pour tout i∈Ii \in I; donc (II, p. 6, prop. 2) fi∘hf_i \circ h est uniformément continue pour tout i∈Ii \in I si h l’est. Inversement, supposons que pour tout i∈Ii \in I, fi∘hf_i \circ h soit uniformément continue et considérons un ensemble U(Vi1,…,Vin)U(V_{i_1}, \ldots, V_{i_n}); par hypothèse, pour 1≤k≤n1 \leq k \leq n, il existe un entourage WkW_k de Z tel que la relation (z,z′)∈Wk(z, z') \in W_k entraîne (fik(h(z)),fik(h(z′))))∈Vk(f_{i_k}(h(z)), f_{i_k}(h(z')))) \in V_k; si W=⋂kWkW = \bigcap_k W_k, les n relations précédentes sont simultanément vérifiées lorsque z et z′z' sont voisins d’ordre W, ce qui prouve qu’on a alors

(h(z),h(z′))∈U(Vi1,…,Vin),(h(z), h(z')) \in U(V_{i_1}, \ldots, V_{i_n}),

et achève la démonstration.

Corollaire

La topologie sur X déduite de la structure uniforme la moins fine rendant uniformément continues les fif_i est la topologie la moins fine rendant continues les fif_i.

Cela résulte aussitôt de la définition des voisinages d’un point pour cette dernière topologie (I, p. 12, prop. 4).

Les propriétés générales des structures initiales (E, IV, p. 14, critère CST 10) entraînent en particulier la propriété suivante de transitivité:

Proposition 5

Soient X un ensemble, (Zi)i∈I(Z_i)_{i \in I} une famille d’espaces uniformes, (Jλ)λ∈L(J_\lambda)_{\lambda \in L} une partition de I et (Yλ)λ∈L(Y_\lambda)_{\lambda \in L} une famille d’ensembles ayant L pour ensemble d’indices. Enfin, pour tout λ∈L\lambda \in L, soit hλh_\lambda une application de XX dans YλY_\lambda; pour tout λ∈L\lambda \in L et tout i∈Jλi \in J_\lambda, soit giλg_{i\lambda} une application de YλY_\lambda dans ZiZ_i; on pose alors fi=giλ∘hλf_i = g_{i\lambda} \circ h_\lambda. On munit chacun des YλY_\lambda da la structure uniforme la moins fine rendant uniformément continues les giλg_{i\lambda} (i∈Jλi \in J_\lambda); alors, sur XX, la structure uniforme la moins fine rendant uniformément continues les fif_i est identique à la structure uniforme la moins fine rendant uniformément continues les hλh_\lambda.

4. Image réciproque d’une structure uniforme. Sous-espaces uniformes

Soient XX un ensemble, YY un espace uniforme, ff une application de XX dans YY; la structure uniforme la moins fine U\mathfrak{U} sur XX rendant uniformément continue ff est appelée l’image réciproque par ff de la structure uniforme de YY. Il résulte de la prop. 4 de II, p. 8 et des formules donnant l’image réciproque d’une intersection que les images réciproques par g=f×fg = f \times f des entourages de YY forment déjà un système fondamental d’entourages pour U\mathfrak{U}. La topologie déduite de U\mathfrak{U} est alors l’image réciproque par ff de la topologie de YY (II, p. 8, corollaire).

Remarque

Si f:X→Yf : X \to Y est surjective, les entourages de YY sont alors les images directes par gg des entourages de XX.

Pour qu’une application ff d’un espace uniforme XX dans un espace uniforme X′X' soit uniformément continue, il faut et il suffit que l’image réciproque par ff de la structure uniforme de X′X' soit moins fine que la structure uniforme de XX.

Soit AA une partie d’un espace uniforme XX; la structure uniforme induite sur AA par la structure uniforme de XX est l’image réciproque de cette dernière par l’injection canonique A→XA \to X; il revient au même (II, p. 8, prop. 4) de poser la définition suivante:

Définition 3

Soit AA une partie d’un espace uniforme XX. On appelle structure uniforme induite sur AA par la structure uniforme de XX la structure uniforme dont l’ensemble des entourages est la trace sur A×AA \times A de l’ensemble des entourages de XX.

La topologie déduite de la structure uniforme induite sur AA est la topologie induite sur AA par celle de XX; AA, muni de la structure uniforme et de la topologie induites par celles de XX, est appelé sous-espace uniforme de XX.

Si AA est une partie d’un espace uniforme XX, f:X→X′f : X \to X' une application uniformément continue, la restriction f∣Af|A est une application uniformément continue de AA dans X′X'. Si A′⊂X′A' \subset X' est tel que f(X)⊂A′f(X) \subset A', l’application de XX dans le sous-espace uniforme A′A' de X′X' ayant même graphe que ff, est encore uniformément continue (II, p. 8, prop. 4).

Si B⊂A⊂XB \subset A \subset X, le sous-espace uniforme BB de XX est identique au sous-espace uniforme BB du sous-espace uniforme AA de XX (transitivité des structures uniformes induites; II, p. 8, prop. 5).

Proposition 6

Soit AA une partie partout dense d’un espace uniforme XX; les adhérences, dans X×XX \times X, des entourages du sous-espace uniforme AA, forment un système fondamental d’entourages de XX.

En effet, A×AA \times A est dense dans X×XX \times X (I, p. 27, prop. 7). Soit VV un entourage ouvert de AA, trace sur A×AA \times A d’un entourage ouvert UU de XX; on a U⊂V‾U \subset \overline{V} (I, p. 7, prop. 5), relation qui, jointe à V‾⊂U‾\overline{V} \subset \overline{U}, établit la proposition, compte tenu de II, p. 5, cor. 2.

5. Borne supérieure d’un ensemble de structures uniformes

Toute famille (Ui)i∈I(\mathfrak{U}_i)_{i \in I} de structures uniformes sur un ensemble XX admet une borne supérieure U\mathfrak{U} dans l’ensemble ordonné des structures uniformes sur XX: il suffit en effet d’appliquer la prop. 4 de II, p. 8 en désignant par YiY_i l’ensemble XX muni de la structure uniforme Ui\mathfrak{U}_i, et par fif_i l’application identique X→YiX \to Y_i; la topologie déduite de U\mathfrak{U} n’est autre alors que la borne supérieure des topologies déduites des Ui\mathfrak{U}_i. Il résulte en outre de la prop. 4 de II, p. 8 que si X≠∅X \neq \varnothing et si Ui\mathfrak{U}_i est le filtre des entourages de Ui\mathfrak{U}_i, le filtre des entourages de U\mathfrak{U} est la borne supérieure des filtres Ui\mathfrak{U}_i (I, p. 37).

Exemple

Pour toute partition finie ϖ=(Ai)1≤i≤n\varpi = (A_i)_{1 \leq i \leq n} d’un ensemble non vide XX, l’ensemble Vϖ=⋃i(Ai×Ai)V_\varpi = \bigcup_i (A_i \times A_i) constitue à lui seul un système fondamental d’entourages d’une structure uniforme Uϖ\mathfrak{U}_\varpi sur XX (II, p. 3, Exemple 2); la structure uniforme des partitions finies sur XX (II, p. 7, Remarque 1) est la borne supérieure des structures uniformes Uϖ\mathfrak{U}_\varpi.

Remarque

Une famille (Ui)(\mathfrak{U}_i) de structures uniformes sur XX admet aussi une borne inférieure dans l’ensemble de toutes les structures uniformes sur XX, savoir la borne supérieure des structures uniformes moins fines que toutes les Ui\mathfrak{U}_i (il y en a, puisque l’ensemble de toutes les structures uniformes sur XX a un plus petit élément). Mais (en supposant X≠∅X \neq \varnothing) le filtre des entourages de cette structure uniforme n’est pas nécessairement le filtre intersection des filtres d’entourages des Ui\mathfrak{U}_i, car ce dernier ne vérifie pas nécessairement l’axiome (UIII)(\mathbf{U}_{III}) (II, p. 35, exerc. 4).

6. Produit d’espaces uniformes

Définition 4

Étant donnée une famille (Xi)i∈I(X_i)_{i \in I} d’espaces uniformes, on appelle espace uniforme produit de cette famille l’ensemble produit X=∏i∈IXiX = \prod_{i \in I} X_i muni de la structure uniforme la moins fine rendant uniformément continues les projections pri:X→Xi\mathrm{pr}_i : X \to X_i. Cette structure est appelée produit des structures uniformes des XiX_i, et on dit que les espaces uniformes XiX_i sont les espaces facteurs de XX.

La topologie déduite de la structure uniforme produit sur XX est identique à la topologie produit des topologies des XiX_i (II, p. 8, corollaire).

Proposition 7

Soit f=(fi)f = (f_i) une application d’un espace uniforme YY dans un espace uniforme produit X=∏i∈IXiX = \prod_{i \in I} X_i. Pour que ff soit uniformément continue, il faut et il suffit que, pour tout i∈Ii \in I, fif_i soit uniformément continue.

Comme fi=pri∘ff_i = \mathrm{pr}_i \circ f, c’est un cas particulier de la prop. 4 de II, p. 8.

Corollaire

Soient (Xi)i∈I(X_i)_{i \in I}, (Yi)i∈I(Y_i)_{i \in I} deux familles d’espaces uniformes ayant même ensemble d’indices. Pour tout i∈Ii \in I, soit fif_i une application de XiX_i dans YiY_i. Si chacune des fif_i est uniformément continue, l’application produit f:(xi)↦(fi(xi))f : (x_i) \mapsto (f_i(x_i)) est uniformément continue. Réciproquement, si les XiX_i sont non vides et si ff est uniformément continue, chacune des fif_i est uniformément continue.

En effet, ff s’écrit x↦(fi(prix))x \mapsto (f_i(\mathrm{pr}_i x)), et la première assertion résulte de la prop. 7. La seconde se démontre en considérant un point a=(ai)a = (a_i) de ∏i∈IXi\prod_{i \in I} X_i et en reprenant le raisonnement de I, p. 25, cor. 1, où on remplace « continue au point aa (resp. aka_k) » par « uniformément continue ».

Le critère général de transitivité des structures uniformes initiales (II, p. 8, prop. 5) montre, comme pour le produit d’espaces topologiques (I, p. 25) que le produit d’espaces uniformes est associatif, et que l’on a la propriété suivante:

Proposition 8

Soient XX un ensemble, (Yi)i∈I(Y_i)_{i \in I} une famille d’espaces uniformes, et pour chaque i∈Ii \in I, soit fif_i une application de XX dans YiY_i. Soit ff l’application x↦(fi(x))x \mapsto (f_i(x)) de XX dans Y=∏i∈IYiY = \prod_{i \in I} Y_i, et soit U\mathfrak{U} la structure uniforme la moins fine sur XX rendant uniformément continues les fif_i. Alors U\mathfrak{U} est l’image réciproque par ff de la structure uniforme induite sur f(X)f(X) par la structure uniforme produit sur YY.

Corollaire

Pour tout i∈Ii \in I, soit AiA_i un sous-espace de YiY_i. La structure uniforme induite sur A=∏i∈IAiA = \prod_{i \in I} A_i par la structure uniforme produit sur ∏i∈IYi\prod_{i \in I} Y_i est la structure uniforme produit des structures uniformes des sous-espaces AiA_i.

En outre, on voit aussitôt que si X1,X2X_1, X_2 sont deux espaces uniformes et a1a_1 un point quelconque de X1X_1, l’application x2↦(a1,x2)x_2 \mapsto (a_1, x_2) est un isomorphisme de X2X_2 sur le sous-espace {a1}×X2\{a_1\} \times X_2 de X1×X2X_1 \times X_2; par suite:

Proposition 9

Soit ff une application uniformément continue d’un espace uniforme produit X1×X2X_1 \times X_2 dans un espace uniforme YY; toute application partielle x2↦f(x1,x2)x_2 \mapsto f(x_1, x_2) de X2X_2 dans YY est alors uniformément continue.

On exprime encore cette proposition en disant qu’une fonction uniformément continue de deux arguments est uniformément continue par rapport à chacun d’eux.

L’exemple donné dans I, p. 27, Remarque 2, montre que la réciproque de cette proposition est inexacte.

7. Limites projectives d’espaces uniformes

Soient I un ensemble préordonné, la relation de préordre dans I étant notée α≤β\alpha \leq \beta. Pour tout α∈I\alpha \in I, soit XαX_\alpha un espace uniforme, et pour α≤β\alpha \leq \beta, soit fαβf_{\alpha \beta} une application de XβX_\beta dans XαX_\alpha. Nous dirons que (Xα,fαβ)(X_\alpha, f_{\alpha \beta}) est un système projectif d’espaces uniformes si: 1° (Xα,fαβ)(X_\alpha, f_{\alpha \beta}) est un système projectif d’ensembles (cf. E, III, p. 52); 2° pour α≤β\alpha \leq \beta, fαβf_{\alpha \beta} est une application uniformément continue. Sur X=lim⁡←XαX = \lim_{\leftarrow} X_\alpha, la structure uniforme la moins fine rendant uniformément continues les applications canoniques fα:X→Xαf_\alpha : X \to X_\alpha est appelée la limite projective (pour les fαβf_{\alpha \beta}) des structures uniformes des XαX_\alpha, et l’ensemble XX, muni de cette structure uniforme, est appelé la limite projective du système projectif d’espaces uniformes (Xα,fαβ)(X_\alpha, f_{\alpha \beta}). Toutes les propriétés des limites projectives d’espaces topologiques établies dans I, pp. 28–29 (à l’exception de la prop. 9) restent valables en remplaçant « topologie » par « structure uniforme » et « application continue » par « application uniformément continue »; en outre:

Proposition 10

Soient I un ensemble préordonné filtrant, (Xα,fαβ)(X_\alpha, f_{\alpha \beta}) un système projectif d’espaces uniformes ayant I pour ensemble d’indices, J une partie cofinale de I. Pour tout α∈I\alpha \in I, soit fαf_\alpha l’application canonique de X=lim⁡←XαX = \lim_{\leftarrow} X_\alpha dans XαX_\alpha, et soit gα=fα×fαg_\alpha = f_\alpha \times f_\alpha. La famille des ensembles gα1‾(Vα)\overline{g_\alpha^1}(V_\alpha), où α\alpha parcourt J, et où, pour chaque α∈J\alpha \in J, VαV_\alpha parcourt un système fondamental d’entourages de XαX_\alpha, est un système fondamental d’entourages de XX.

Nous laissons au lecteur la démonstration, qui est une adaptation immédiate de celle de la prop. 9 de I, p. 29.

Enfin, la topologie sur X=lim⁡←XαX = \lim_{\leftarrow} X_\alpha déduite de la structure uniforme limite projective des structures uniformes des XαX_\alpha est la limite projective des topologies des XαX_\alpha.

Exercices

See the exercises for § 2.

Transcribed from the printed volume. Not translated.