§ 3. Espaces fonctionnels spéciaux
1. Espaces d’applications dans un espace métrique
Soient un ensemble, un espace uniforme, une famille d’écarts définissant la structure uniforme de (IX, p. 5), un ensemble de parties de . Pour tout et tout ensemble , posons, pour tout couple d’applications de dans ,
il est immédiat que est un écart sur et que, lorsque parcourt et parcourt , la famille d’écarts définit la structure uniforme de la -convergence sur . En particulier:
Proposition 1
Si est un espace uniforme métrisable, la structure uniforme de la convergence uniforme sur est métrisable.
En effet, si est une distance sur compatible avec la structure uniforme de cet espace, la structure de la convergence uniforme sur est définie par l’unique écart
en général cet écart n’est pas fini, mais il est équivalent à un écart fini (IX, p. 3), et comme la structure uniforme de la convergence uniforme est séparé (X, p. 3, prop. 1), elle est métrisable.
Corollaire
Soient un espace topologique, un espace uniforme métrisable; on suppose qu’il existe une suite de parties compactes de telle que toute partie compacte de soit contenue dans l’un des . Alors, sur , la structure uniforme de la convergence compacte est métrisable.
En effet, comme les forment un recouvrement de , est isomorphe à un sous-espace uniforme de (X, p. 3, Remarque 3) et le corollaire résulte donc de la prop. 1 (IX, p. 15, cor. 2).
On notera que ce corollaire s’applique en particulier lorsque est un espace localement compact dénombrable à l’infini (I, p. 68, cor. 1).
Soit maintenant un espace métrique, et soit sa distance. Étant donnés un ensemble et un ensemble de parties de , nous désignerons par l’ensemble des applications telles que soit borné pour tout ; sauf mention du contraire, nous munirons de la structure uniforme de la -convergence; cette dernière est définie par la famille d’écarts sur :
qui sont finis par hypothèse. Lorsque , on écrit au lieu de ; on dit qu’une application est bornée si elle appartient à , autrement dit si est une partie bornée de .
Proposition 2
Soient un ensemble, un espace métrique. Dans l’espace , l’ensemble des applications bornées est à la fois ouvert et fermé.
En effet, si est bornée, toute application telle que pour tout est bornée, puisque
donc est ouvert. D’autre part, si est adhérent à dans , il existe une application telle que pour tout ; donc est bornée.
Corollaire 1
Soient un ensemble, un espace métrique, un ensemble de parties de . Alors l’ensemble des applications de dans transformant tout en une partie bornée de est fermé dans . En particulier, si est complet, est complet pour la structure uniforme de la -convergence.
En effet, est l’image réciproque de la partie du produit par l’application canonique de dans ; la première assertion résulte donc de la Remarque 3 de X, p. 3. La seconde s’en déduit, compte tenu de X, p. 7, th. 1.
Corollaire 2
Soient un espace topologique, un espace métrique. Alors l’espace des applications continues bornées de dans est à fois ouvert et fermé dans l’espace ; il est complet si en outre est complet.
L’espace en question est en effet l’intersection
la première assertion résulte de la prop. 2, et la seconde s’en déduit, compte tenu de X, p. 9, cor. 1.
2. Espaces d’applications dans un espace normé
Considérons plus particulièrement le cas où est un espace vectoriel normé sur un corps valué non discret (IX, p. 32), désignant la norme d’un élément ; l’ensemble est alors muni canoniquement d’une structure d’espace vectoriel sur . Pour qu’une application soit bornée, il faut et il suffit que la fonction numérique soit bornée dans ; si sont deux applications bornées de dans , il est clair que et () sont encore bornées; autrement dit, est un sous-espace vectoriel de . En outre, est une norme sur , car cette fonction satisfait à l’inégalité du triangle et entraîne ; enfin, on a, pour tout ,
Proposition 3
Si l’espace normé est complet, toute série d’applications bornées de dans , qui est absolument convergente dans l’espace normé (c’est-à-dire telle que ; cf. IX, p. 36 et 37) est uniformément convergente dans .
En effet, comme est complet (, p. 21, cor. 1), cela résulte de IX, p. 36, prop. 12 et de la définition d’une série uniformément convergente.
Remarque 1
Si , on a pour tout ,
Lorsque est une algèbre normée (IX, p. 37) sur un corps valué commutatif non discret , est une algèbre sur ; en outre, la norme est alors compatible avec cette structure d’algèbre, car on a
Proposition 4
Soient* () et des espaces vectoriels normés sur un corps valué non discret , et soit . L’ensemble de toutes les applications multilinéaires de dans est fermé dans l’espace .
En effet cet ensemble est formé des vérifiant toutes les relations
Proposition 5
Sous les hypothèses de la prop.* 4, l’ensemble des applications multilinéaires continues de dans est fermé dans muni de la topologie de la convergence bornée; il est complet pour la structure uniforme de la convergence bornée lorsque est complet.
En effet, si est l’ensemble des parties bornées de , est l’intersection de l’ensemble de toutes les applications multilinéaires de dans et de l’ensemble (IX, p. 35, th. 1); la proposition résulte donc de la prop. 4 et de , p. 21, cor 1.
Dans toute la fin de ce n°, nous supposerons que K désigne un corps valué non discret commutatif.
Alors est un sous-espace vectoriel de . Soit B la boule unité de X, ensemble des tels que ; l’application de dans est injective; en outre l’image réciproque par cette application de la structure uniforme de la convergence uniforme sur est la structure uniforme de la convergence bornée sur . En effet, toute partie bornée de X est contenue dans un ensemble de la forme (avec ), et dire que, pour un élément , on a pour tout , équivaut à dire que pour tout . On vérifie aussitôt que le nombre est une norme sur , définissant sur cet espace la structure uniforme de la convergence bornée, et l’on a évidemment
(2)
Sauf mention expresse du contraire, lorsque sera considéré comme un espace normé, il s’agira toujours de la norme précédente. On peut encore dire que est le plus petit nombre vérifiant (2) pour toutes les valeurs des .
Proposition 6
L’application multilinéaire*
C’est une conséquence immédiate de l’inégalité (2) (IX, p. 35, th. 1).
Proposition 7
Soient X, Y, Z trois espaces normés sur K. L’application canonique de l’espace normé dans l’espace des applications linéaires de X dans qui, à tout , fait correspondre l’application , est une isométrie de sur .
Cela résulte aussitôt des définitions et de la relation
Proposition 8
Soient X, Y, Z trois espaces normés sur K. L’application bilinéaire de dans est continue.
En effet, si , , on a, de façon précise, (3)
En particulier, sur l’ensemble des endomorphismes continus d’un espace normé sur , la norme est compatible avec la structure d’*algèbre* de sur .
Remarque 2
L’ensemble des applications linéaires (nécessairement continues) de dans peut être identifié à l’ensemble des matrices à lignes et colonnes sur , donc à ; sur , la structure uniforme de la convergence bornée (pour la distance euclidienne sur ), de la convergence compacte et de la convergence simple sont alors identifiées à la structure uniforme additive de . En effet, prenons sur la norme pour et soit la base canonique de ; si et sont deux applications linéaires de dans telles que pour , on a, pour les matrices , de ces applications, pour tout couple ; et inversement, si ces inégalités sont satisfaites, on a, pour tout point d’un cube de centre 0 et de côté dans , .
3. Propriétés de dénombrabilité des espaces de fonctions continues
Théorème 1
Soit un espace compact.
a) Si est métrisable, alors, pour tout espace uniforme métrisable de type dénombrable (IX, p. 18), l’espace métrisable des applications continues de dans , muni de la topologie de la convergence uniforme, est de type dénombrable.
b) Réciproquement, si l’espace métrisable est de type dénombrable, est métrisable.
a) Soit (resp. ) une distance compatible avec la topologie de (resp. la structure uniforme de ); on sait que est une distance définissant la structure de la convergence uniforme sur , les fonctions de étant bornées puisque est compact (X, p. 20). Pour tout couple d’entiers , soit l’ensemble des fonctions telles que la relation entraîne ; toute fonction est uniformément continue (II, p. 29, th. 2), donc, pour tout , est réunion des (). Soit une partie finie de telle que les boules ouvertes de centre et de rayon forment un recouvrement de pour ; soit d’autre part une suite dénombrable dense dans . Pour toute application de dans , soit l’ensemble des telles que pour . Par définition de , est réunion des pour ; soit l’ensemble des tels que , et pour chaque , soit un élément de ; enfin, désignons par l’ensemble dénombrable des pour . Soit , et soit un élément de tel que ; il résulte aussitôt des définitions que l’on a pour tout , autrement dit, . On en conclut que la réunion des est partout dense dans : en effet, pour tout entier et tout , il existe tel que , et on vient de voir que la distance de à est .
b) Soit ; comme est un sous-espace uniforme de , il est de type dénombrable; soit une suite partout dense dans cet espace. Considérons l’espace produit , et l’application de dans qui est évidemment continue. L’application est injective: en effet, par définition de la suite , la relation pour tout entraîne, par passage à la limite, pour toute fonction ; mais cela est impossible si , en vertu de l’axiome appliqué au point et à voisinage de ne contenant pas (IX, p. 7, th. 2). On en conclut que l’espace compact est homéomorphe au sous-espace de (I, p. 63, cor. 2); comme est métrisable et de type dénombrable, il en est de même de , donc de .
C.Q.F.D.
Corollaire
Soient un espace localement compact dont la topologie admet une base dénombrable, un espace uniforme métrisable de type dénombrable.
a) L’espace des applications continues de dans , ayant une limite à l’infini, muni de la topologie de la convergence uniforme dans , est un espace métrisable de type dénombrable.
b) L’espace des applications continues de dans , muni de la topologie de la convergence compacte, est un espace métrisable de type dénombrable.
*a) Soit l’espace compact obtenu en adjoignant à un point à l’infini (I, p. 67, th. 4); par définition, toute fonction de se prolonge de façon unique en une application continue de dans , et est donc une bijection de sur ; en outre cette bijection est un homéomorphisme de l’espace sur , en vertu de , p. 7, prop. 6. Il suffit alors d’appliquer à et le th. 1, en observant que est métrisable (IX, p. 21, corollaire).
*b) Soit un recouvrement de par des ensembles ouverts relativement compacts tel que toute partie compacte de soit contenue dans un (I, p. 68, cor. 1). Si est l’ensemble des , la topologie de la convergence compacte sur est identique à la topologie de la -convergence. Par suite (X, p. 3, Remarque 3) l’espace est homéomorphe à un sous-espace du produit ; comme chacun des espaces compacts admet une base dénombrable, il est métrisable (IX, p. 21, prop. 16); chacun des est donc métrisable et de type dénombrable en vertu du th. 1 (X, p. 24) et par suite, il en est de même de .
On notera que l’espace des fonctions numériques continues bornées dans , muni de la topologie de la convergence uniforme, n’est pas de type dénombrable (X, p. 48, exerc. 4).
4. La topologie de la convergence compacte
Théorème 2
Soient un espace topologique, un espace uniforme. Pour tout couple formé d’une partie compacte de et d’une partie ouverte de , soit * l’ensemble des applications continues telles que . Alors les ensembles de la forme engendrent (I, p. 13) la topologie de la convergence compacte sur .
Soient l’espace uniforme séparé associé à (II, p. 24), l’application canonique de sur . La topologie de la convergence compacte est la topologie la moins fine rendant continues les applications de dans , parcourant l’ensemble des parties compactes de (X, p. 5, prop. 4). On obtient donc un système générateur de la topologie de en prenant, pour chaque partie compacte de , un système générateur de la topologie de et son image réciproque dans , et en considérant la réunion dans de tous les ensembles de parties ainsi obtenus.
D’autre part, toute partie ouverte de est de la forme , où est ouvert dans (II, p. 23, prop. 12); donc, pour toute partie compacte , est l’image réciproque de par l’application , et on est ainsi ramené à démontrer le théorème lorsque est compact et séparé, ce que nous supposerons désormais.
Montrons d’abord que est ouvert dans . Soit un point de cet ensemble; comme est compact (I, p. 63, cor. 1) et contenu dans l’ensemble ouvert , il existe un entourage symétrique de tel que (II, p. 31, corollaire). Soit le voisinage de dans formé des applications continues telles que pour tout . Pour ces applications, on a évidemment , donc et par suite , ce qui prouve notre assertion.
Inversement, si est un voisinage d’un point , montrons que contient l’intersection d’un nombre fini de voisinages de de la forme . On peut supposer que est l’ensemble des tels que pour tout , étant un entourage donné de . Comme est continue dans , elle est uniformément continue (II, p. 29, th. 2); soit un entourage symétrique de , ouvert dans , tel que . Il existe un recouvrement de par un nombre fini d’ensembles compacts () tels que soit petit d’ordre pour . Soit l’ensemble ouvert , et soit une application continue de dans appartenant à l’intersection des ensembles (qui sont des voisinages de ). Alors, pour tout , appartient à , donc et sont voisins d’ordre , donc voisins d’ordre . Puisque tout appartient à un des au moins, on a bien , ce qui achève la démonstration.
Ce résultat conduit à poser la définition suivante:
Définition 1
Soient* deux espaces topologiques (non nécessairement uniformisables). Pour tout couple formé d’une partie compacte de *et d’une partie ouverte
U de Y, soit l’ensemble des telles que . On appelle topologie de la convergence compacte sur la topologie engendrée par l’ensemble des parties de la forme ; on désigne par l’espace topologique obtenu en munissant de cette topologie.
Lorsque Y est un espace uniforme, il résulte du th. 2 (X, p. 25) que cette définition coïncide avec celle qui a été donnée dans X, p. 4.
Si H est une partie de , nous dirons encore que la topologie induite sur H par celle de est la topologie de la convergence compacte.
Exemple
Soit I l’intervalle dans ; pour tout espace topologique Y, l’espace est appelé l’espace des chemins dans Y; pour tout , le sous-espace de formé des chemins tels que est appelé l’espace des lacets (dans H) au point y.
Remarque 1
On dit de même que la topologie induite sur par la topologie produit sur est la topologie de la convergence simple (Y n’étant pas nécessairement uniformisable); elle est engendrée par les ensembles de la forme pour , U ouvert dans Y et est par suite moins fine que la topologie de la convergence compacte. On en déduit que si Y est séparé, l’espace est séparé (I, p. 54, corollaire).
Remarque 2
Soient un système générateur de la topologie de Y, un ensemble de parties compactes de X ayant la propriété suivante: (R) Pour toute partie compacte L de X et tout voisinage V de L, il existe un nombre fini d’ensembles tels que .
Alors les ensembles où et forment un système générateur de la topologie de la convergence compacte sur . En effet, il faut prouver que pour toute partie compacte L de X, toute partie ouverte V de Y, et tout , il existe un nombre fini de couples tels que , et . Notons d’abord que pour toute suite finie d’ensembles de et toute partie compacte M de X, on a
par définition. On peut donc remplacer tout d’abord par l’ensemble des intersections finies d’ensembles de , autrement dit supposer que est une base de la topologie de Y. Par hypothèse, est quasi-compact et contenu dans V, donc il existe un nombre fini d’ensembles contenus dans V et formant un recouvrement de . Les ensembles sont ouverts dans X et forment un recouvrement de L. Pour tout , il y a donc un voisinage compact de dans L, contenu dans un des ; on peut recouvrir L par un nombre fini de ces ensembles ; pour tout j, nous désignerons par un des indices i tels que . Cela étant, pour chaque indice , il existe d’après (R) un nombre fini d’ensembles appartenant à et formant un recouvrement de . Pour tout , on a , donc , et , ce qui achève de prouver notre assertion.
Théorème 3
Soient X, Y, Z trois espaces topologiques, f une application de dans Z. Si f est continue, est une application continue de X dans . La réciproque est vraie si Y est localement compact.
Supposons continue et montrons que l’est : il faut prouver que pour toute partie compacte K de Y et toute partie ouverte U de Z, l’image réciproque V de par est ouverte dans X. Soit donc . Pour tout , on a et, comme est continue, il y a un voisinage de dans X et un voisinage de dans Y tels que . Comme K est compact, il existe un nombre fini de points tels que les ensembles recouvrent K (). Soit l’intersection des voisinages de , qui est un voisinage de ; pour , on a puisque est contenu dans l’un des et que pour tout ; on a donc bien , et comme V est un voisinage de chacun de ses points, il est ouvert dans X.
Réciproquement, supposons continue et Y localement compact, et montrons que est continue. Soient un voisinage ouvert de dans Z ; prouvons qu’il existe un voisinage V de dans X et un voisinage W de dans Y tels que . Comme est continue, il existe un voisinage compact W de tel que . D’autre part, puisque est continue, l’ensemble V des tels que (c’est-à-dire tels que pour tout ) est une partie ouverte de X, donc un voisinage de . On a bien alors .
C.Q.F.D.
Corollaire 1
Soient X un espace localement compact, Y un espace topologique, H une partie de . Alors, sur H, la topologie de la convergence compacte est la moins fine pour laquelle l’application de dans Y est continue.
En effet, en vertu du th. 3, dire que cette application est continue signifie que l’injection canonique est continue.
Remarque 3
Soient X un espace localement compact, Y un espace topologique séparé. Si est une topologie sur une partie H de telle que l’application soit continue dans et si en outre H est compact pour cette topologie, alors est identique à la topologie de la convergence compacte : elle est en effet plus fine que cette dernière en vertu du cor. 1, et comme la topologie de la convergence compacte est séparée, ces deux topologies sont identiques. On notera que si en outre Y est complètement régulier, H est équicontinu pour toute structure uniforme compatible avec la topologie de Y (X, p. 19, cor. 3), et pour toute partie compacte K de X, l’ensemble est compact, étant l’image de par l’application continue .
Corollaire 2
Soient X, Y, Z trois espaces topologiques, X étant supposé séparé et Y localement compact. Alors, la restriction à de la bijection canonique (E, II, p. 31) est un homéomorphisme de sur .
Cette restriction est bien une bijection
en vertu du th. 3 (X, p. 28); reste à voir que la topologie de la convergence compacte sur est bien l’image réciproque par de la topologie de la convergence compacte sur . Comme un système générateur de la topologie de est formé par les , où K est une partie compacte de Y et U une partie ouverte de Z, il résulte de la Remarque 2 (X, p. 27) que la topologie de est engendrée par les ensembles de la forme , K et U étant comme ci-dessus et J une partie compacte de X.
Or, l’image de par n’est autre que , donc est un ensemble ouvert, et cela montre déjà que est continue. Inversement, remarquons que les ensembles de la forme dans (J partie compacte de X, K partie compacte de Y) vérifient la condition (R) de la Remarque 2 (X, p. 27): en effet, si L est une partie compacte de et V un voisinage de L dans , les projections , sont compactes, X et Y étant séparés, et est un voisinage de L dans l’espace compact ; donc tout point de L admet dans un voisinage de la forme , où et sont compacts; comme on peut recouvrir L par un nombre fini de ces voisinages, notre assertion en résulte. Les ensembles de la forme (U ouvert dans Z, J (resp. K) compact dans X (resp. Y)) engendrent donc la topologie de ; comme nous avons vu que l’image de par est l’ensemble ouvert dans , cela achève de prouver que est un homéomorphisme.
On notera que lorsque Z est en outre supposé uniformisable, le cor. 2 est une conséquence triviale de X, p. 5, prop. 2.
Proposition 9
Soient X, Y, Z trois espaces topologiques, Y étant localement compact. Alors l’application de dans est continue.
Il faut prouver que pour toute partie compacte K de X et toute partie ouverte U de Z, l’ensemble R des couples tels que est ouvert dans . Soit un élément de R. Alors est une partie compacte de l’espace localement compact Y, contenue dans l’ensemble ouvert , donc il existe un voisinage compact L de contenu dans (I, p. 65, prop. 10). L’ensemble V des tels que est un voisinage de , et l’ensemble W des tels que est un voisinage de ; en outre, la relation implique , d’où la proposition.
5. Topologies sur les groupes d’homéomorphismes
Proposition 10
Soient X un espace uniforme, H un ensemble équicontinu d’homéomorphismes de X sur lui-même. Si on munit H et de la topologie de la convergence simple dans X, l’application de sur H est continue.
Il suffit de prouver que, pour tout , l’application de dans X est continue en tout point . Soit V un entourage symétrique de X, et posons . Par hypothèse, il existe un entourage symétrique U de X tel que la relation implique pour tout . Prenons voisin d’ordre de ; on a donc
c’est-à-dire . On en déduit , c’est-à-dire , ce qui achève la démonstration.
Corollaire
Soient X un espace uniforme, H un groupe équicontinu d’homéomorphismes de X sur lui-même. Alors la topologie de la convergence simple dans X est compatible (III, p. 1) avec la structure de groupe de H.
Cela résulte de la prop. 10, ainsi que de X, p. 13, cor. 5.
Proposition 11
Soient X un espace compact, Γ le groupe de tous les homéomorphismes de X sur lui-même. Alors la topologie de la convergence uniforme dans X est compatible (III, p. 1) avec la structure de groupe de Γ.
On sait déjà (X, p. 29, prop. 9) que l’application de dans Γ est continue pour cette topologie, et tout revient donc à prouver que est continue en tout point . Comme est uniformément continue dans X, pour tout entourage symétrique V de X il existe un entourage W de X tel que la relation entraîne . Cela étant, si est tel que pour tout , on en conclut d’après ce qui précède pour tout , d’où, puisque est bijective, pour tout , ce qui achève la démonstration.
Soit maintenant X un espace localement compact et soit Γ le groupe des homéomorphismes de X sur lui-même; la topologie de la convergence compacte dans X n’est pas nécessairement compatible avec la structure de groupe de Γ (X, p. 51, exerc. 17). Désignons par X’ l’espace compact obtenu par adjonction à X d’un point à l’infini ; tout homéomorphisme de sur lui-même se prolonge d’une seule manière en un homéomorphisme de sur lui-même tel que (I, p. 67, th. 4), de sorte que s’identifie au sous-groupe du groupe de tous les homéomorphismes de , formé des homéomorphismes laissant invariant. Sur , la topologie induite par celle de est donc compatible avec la structure de groupe (prop. 11), et est fermé dans (pour la topologie induite par celle de ) puisqu’il est défini par l’équation (X, p. 4, Remarque 6). Nous noterons la topologie de groupe ainsi définie sur ; elle est plus fine que la topologie de la convergence compacte, et peut aussi (en vertu de X, p. 7, prop. 6) être définie comme la topologie de la convergence uniforme dans , quand on munit de la structure uniforme induite par l’unique structure uniforme de .
La topologie peut être caractérisée de la façon suivante:
Proposition 12
Sur le groupe des homéomorphismes d’un espace localement compact , la topologie est la moins fine rendant continues les deux applications et de dans l’espace .
Désignons pour un moment par cette dernière topologie. Comme est continue pour et que est plus fine que la topologie de la convergence compacte, il est clair que est plus fine que . Pour démontrer la réciproque, munissons de son unique structure uniforme; soit et soit un entourage de ; il faut prouver qu’il existe une partie compacte de et un entourage symétrique de tels que les relations
entraînent pour tout . Soit un entourage symétrique ouvert de tel que ; alors est une partie compacte de . Prenons l’entourage ouvert symétrique de tel que et que l’on ait , ce qui est possible en vertu de II, p. 31, prop. 4; soit , qui est une partie compacte de ; nous allons voir que et l’ensemble compact répondent à la question. Puisque , il suffit en effet de prouver que la relation pour tout (avec ) implique que, pour tout , on a ; on aura alors aussi , donc pour tout . Or, si on avait et , on en conclurait , contrairement au choix de , ce qui termine la démonstration.
En général, le groupe , muni de , n’est pas localement compact (X, p. 50, exerc. 16 b)); mais on a le critère suivant:
Théorème 4
Soit G un sous-groupe du groupe Γ des homéomorphismes d’un espace localement compact X. Supposons qu’il existe, dans l’espace , un voisinage V de l’application identique e tel que soit symétrique dans G et relativement compact dans . Alors l’adhérence de G dans Γ pour la topologie est un groupe localement compact pour la topologie induite par ; cette topologie induite sur est d’ailleurs identique à la topologie de la convergence compacte, et l’adhérence de H dans est un voisinage de e dans pour cette topologie.
Montrons d’abord que est contenu dans Γ et que sur , la topologie induite par est identique à la topologie de la convergence compacte. Soit , qui est donc limite, dans , d’un ultrafiltre sur H; comme (image de par ) est une base d’ultrafiltre sur , il converge dans le sous-espace compact de vers un élément . L’application converge vers suivant (X, p. 29, prop. 9); a fortiori, converge vers suivant , donc puisque est séparé; on voit de même que , ce qui prouve que et sont des bijections réciproques de X, d’où la première assertion. En outre, ce raisonnement montre que et que pour tout ultrafiltre sur qui converge vers , converge dans vers ; donc l’application de dans est continue lorsque est muni de la topologie de la convergence compacte (I, p. 50, cor. 1). La prop. 12 (X, p. 31) prouve alors que sur , la topologie de la convergence compacte est identique à la topologie induite par .
En outre, comme sur Γ la topologie est plus fine que la topologie de la convergence compacte, est aussi l’adhérence de H pour ; or, H est un voisinage de e dans G pour la topologie de la convergence compacte, et a fortiori pour la topologie induite par ; on en déduit (I, p. 18, prop. 2) que est un voisinage de e dans pour la topologie induite par , ce qui prouve que est localement compact pour cette topologie. En outre, si W est l’intérieur de V pour la topologie de la convergence compacte, est ouvert pour , donc est contenu dans l’adhérence de pour (I, p. 7, prop. 5), ce qui prouve que est aussi un voisinage de e dans pour la topologie de la convergence compacte. Enfin, pour tout , les bijections réciproques et de sur lui-même sont continues (X, p. 29, prop. 9), donc, pour , est un voisinage de dans pour la topologie de la convergence compacte, ce qui achève la démonstration.
Corollaire
Soit G un groupe d’homéomorphismes d’un espace localement compact X. Si l’adhérence de G dans est compacte, est un groupe d’homéomorphismes de X, et la topologie de la convergence compacte est compatible avec la structure de groupe de , qui est donc un groupe compact.
Un groupe d’homéomorphismes d’un espace localement compact X qui est localement compact (non compact) pour la topologie de la convergence compacte, est localement fermé dans en vertu de I, p. 66, prop. 12, mais n’est pas nécessairement fermé.
Par exemple dans l’anneau des endomorphismes de , identifié à l’anneau des matrices carrées d’ordre n sur , et muni de la topologie de la convergence compacte, le groupe , identifié au groupe des matrices inversibles, est localement compact, mais partout dense (VI, p. 6, prop. 6).
Exercices
See the exercises for § 3.