Bourbaki

§ 3. Espaces fonctionnels spéciaux

1. Espaces d’applications dans un espace métrique

Soient XX un ensemble, YY un espace uniforme, (fi)i∈I(f_i)_{i \in I} une famille d’écarts définissant la structure uniforme de YY (IX, p. 5), S\mathscr{S} un ensemble de parties de XX. Pour tout i∈Ii \in I et tout ensemble A∈SA \in \mathscr{S}, posons, pour tout couple (u,v)(u, v) d’applications de XX dans YY,

gi,A(u,v)=sup⁡x∈Afi(u(x),v(x)); g_{i,A}(u, v) = \sup_{x \in A} f_i(u(x), v(x));

il est immédiat que gi,Ag_{i,A} est un écart sur F(X;Y)\mathscr{F}(X; Y) et que, lorsque ii parcourt II et AA parcourt S\mathscr{S}, la famille d’écarts (gi,A)(g_{i,A}) définit la structure uniforme de la S\mathscr{S}-convergence sur F(X;Y)\mathscr{F}(X; Y). En particulier:

Proposition 1

Si YY est un espace uniforme métrisable, la structure uniforme de la convergence uniforme sur F(X;Y)\mathscr{F}(X; Y) est métrisable.

En effet, si dd est une distance sur YY compatible avec la structure uniforme de cet espace, la structure de la convergence uniforme sur F(X;Y)\mathscr{F}(X; Y) est définie par l’unique écart

δ(u,v)=sup⁡x∈Xd(u(x),v(x)); \delta(u, v) = \sup_{x \in X} d(u(x), v(x));

en général cet écart n’est pas fini, mais il est équivalent à un écart fini (IX, p. 3), et comme la structure uniforme de la convergence uniforme est séparé (X, p. 3, prop. 1), elle est métrisable.

Corollaire

Soient XX un espace topologique, YY un espace uniforme métrisable; on suppose qu’il existe une suite (Kn)(K_n) de parties compactes de XX telle que toute partie compacte de XX soit contenue dans l’un des KnK_n. Alors, sur F(X;Y)\mathscr{F}(X; Y), la structure uniforme de la convergence compacte est métrisable.

En effet, comme les KnK_n forment un recouvrement de XX, Fc(X;Y)\mathscr{F}_c(X; Y) est isomorphe à un sous-espace uniforme de ∏nFu(Kn;Y)\prod_n \mathscr{F}_u(K_n; Y) (X, p. 3, Remarque 3) et le corollaire résulte donc de la prop. 1 (IX, p. 15, cor. 2).

On notera que ce corollaire s’applique en particulier lorsque XX est un espace localement compact dénombrable à l’infini (I, p. 68, cor. 1).

Soit maintenant YY un espace métrique, et soit dd sa distance. Étant donnés un ensemble XX et un ensemble S\mathscr{S} de parties de XX, nous désignerons par BS(X;Y)\mathscr{B}_{\mathscr{S}}(X; Y) l’ensemble des applications u:X→Yu : X \to Y telles que u(A)u(A) soit borné pour tout A∈SA \in \mathscr{S}; sauf mention du contraire, nous munirons BS(X;Y)\mathscr{B}_{\mathscr{S}}(X; Y) de la structure uniforme de la S\mathscr{S}-convergence; cette dernière est définie par la famille d’écarts sur BS(X;Y)\mathscr{B}_{\mathscr{S}}(X; Y):

dA(u,v)=sup⁡x∈Ad(u(x),v(x))(A∈S) d_A(u, v) = \sup_{x \in A} d(u(x), v(x)) \qquad (A \in \mathscr{S})

qui sont finis par hypothèse. Lorsque S={X}\mathscr{S} = \{X\}, on écrit B(X;Y)\mathscr{B}(X; Y) au lieu de BS(X;Y)\mathscr{B}_{\mathscr{S}}(X; Y); on dit qu’une application u:X→Yu : X \to Y est bornée si elle appartient à B(X;Y)\mathscr{B}(X; Y), autrement dit si u(X)u(X) est une partie bornée de YY.

Proposition 2

Soient XX un ensemble, YY un espace métrique. Dans l’espace Fu(X;Y)\mathscr{F}_u(X; Y), l’ensemble B(X;Y)\mathscr{B}(X; Y) des applications bornées est à la fois ouvert et fermé.

En effet, si uu est bornée, toute application v:X→Yv : X \to Y telle que d(u(x),v(x))≤1d(u(x), v(x)) \leq 1 pour tout x∈Xx \in X est bornée, puisque

d(v(x),v(x0))≤d(u(x),u(x0))+2; d(v(x), v(x_0)) \leq d(u(x), u(x_0)) + 2;

donc B(X;Y)\mathscr{B}(X; Y) est ouvert. D’autre part, si uu est adhérent à B(X;Y)\mathscr{B}(X; Y) dans Fu(X;Y)\mathscr{F}_u(X; Y), il existe une application u0∈B(X;Y)u_0 \in \mathscr{B}(X; Y) telle que d(u(x),u0(x))≤1d(u(x), u_0(x)) \leq 1 pour tout x∈Xx \in X; donc uu est bornée.

Corollaire 1

Soient XX un ensemble, YY un espace métrique, S\mathfrak{S} un ensemble de parties de XX. Alors l’ensemble BS(X;Y)\mathscr{B}_{\mathfrak{S}}(X; Y) des applications de XX dans YY transformant tout A∈SA \in \mathfrak{S} en une partie bornée de YY est fermé dans FS(X;Y)\mathscr{F}_{\mathfrak{S}}(X; Y). En particulier, si YY est complet, BS(X;Y)\mathscr{B}_{\mathfrak{S}}(X; Y) est complet pour la structure uniforme de la S\mathfrak{S}-convergence.

En effet, BS(X;Y)\mathscr{B}_{\mathfrak{S}}(X; Y) est l’image réciproque de la partie ∏A∈SB(A;Y)\prod_{A \in \mathfrak{S}} \mathscr{B}(A; Y) du produit ∏A∈SFu(A;Y)\prod_{A \in \mathfrak{S}} \mathscr{F}_u(A; Y) par l’application canonique de FS(X;Y)\mathscr{F}_{\mathfrak{S}}(X; Y) dans ∏A∈SFu(X;Y)\prod_{A \in \mathfrak{S}} \mathscr{F}_u(X; Y); la première assertion résulte donc de la Remarque 3 de X, p. 3. La seconde s’en déduit, compte tenu de X, p. 7, th. 1.

Corollaire 2

Soient XX un espace topologique, YY un espace métrique. Alors l’espace des applications continues bornées de XX dans YY est à fois ouvert et fermé dans l’espace Cu(X;Y)\mathscr{C}_u(X; Y); il est complet si en outre YY est complet.

L’espace en question est en effet l’intersection

B(X;Y)∩Cu(X;Y); \mathscr{B}(X; Y) \cap \mathscr{C}_u(X; Y);

la première assertion résulte de la prop. 2, et la seconde s’en déduit, compte tenu de X, p. 9, cor. 1.

2. Espaces d’applications dans un espace normé

Considérons plus particulièrement le cas où YY est un espace vectoriel normé sur un corps valué non discret KK (IX, p. 32), ∥y∥\|y\| désignant la norme d’un élément y∈Yy \in Y; l’ensemble F(X;Y)=YX\mathscr{F}(X; Y) = Y^X est alors muni canoniquement d’une structure d’espace vectoriel sur KK. Pour qu’une application u:X→Yu : X \to Y soit bornée, il faut et il suffit que la fonction numérique x↦∥u(x)∥x \mapsto \|u(x)\| soit bornée dans XX; si u,vu, v sont deux applications bornées de XX dans YY, il est clair que u+vu + v et λu\lambda u (λ∈K\lambda \in K) sont encore bornées; autrement dit, B(X;Y)\mathscr{B}(X; Y) est un sous-espace vectoriel de F(X;Y)\mathscr{F}(X; Y). En outre, ∥u∥=sup⁡x∈X∥u(x)∥\|u\| = \sup_{x \in X} \|u(x)\| est une norme sur B(X;Y)\mathscr{B}(X; Y), car cette fonction satisfait à l’inégalité du triangle et ∥u∥=0\|u\| = 0 entraîne u=0u = 0; enfin, on a, pour tout λ∈K\lambda \in K,

∥λu∥=sup⁡x∈X∥λu(x)∥=sup⁡x∈X∣λ∣⋅∥u(x)∥=∣λ∣⋅sup⁡x∈X∥u(x)∥=∣λ∣⋅∥u∥, \|\lambda u\| = \sup_{x \in X} \|\lambda u(x)\| = \sup_{x \in X} |\lambda| \cdot \|u(x)\| = |\lambda| \cdot \sup_{x \in X} \|u(x)\| = |\lambda| \cdot \|u\|,
notre assertion. Il est immédiat que la structure uniforme sur B(X;Y)\mathscr{B}(X; Y) définie par cette norme est la structure de la convergence uniforme. Sauf mention expresse du contraire, lorsque B(X;Y)\mathscr{B}(X; Y) sera considéré comme un espace normé, il s’agira toujours de la norme précédente.

Proposition 3

Si l’espace normé YY est complet, toute série (un)(u_n) d’applications bornées de XX dans YY, qui est absolument convergente dans l’espace normé B(X;Y)\mathscr{B}(X; Y) (c’est-à-dire telle que ∑n=0∞∥un∥<+∞\sum_{n=0}^{\infty} \|u_n\| < + \infty; cf. IX, p. 36 et 37) est uniformément convergente dans XX.

En effet, comme B(X;Y)\mathscr{B}(X; Y) est complet (XX, p. 21, cor. 1), cela résulte de IX, p. 36, prop. 12 et de la définition d’une série uniformément convergente.

Remarque 1

Si ∑n=0∞∥un∥<+∞\sum_{n=0}^{\infty} \|u_n\| < +\infty, on a pour tout x∈Xx \in X,

∑n=0∞∥un(x)∥≤∑n=0∞∥un∥<+∞; \sum_{n=0}^{\infty} \|u_n(x)\| \leq \sum_{n=0}^{\infty} \|u_n\| < +\infty;
autrement dit, chacune des séries de terme général un(x)u_n(x) (x∈Xx \in X) est absolument convergente dans l’espace YY; la réciproque est inexacte. Pour éviter toute confusion, on exprime parfois que la série de terme général ∥un∥\|u_n\| est convergente, en disant que la série de terme général unu_n est normalement convergente. Une série peut être uniformément convergente dans XX sans être normalement convergente; il en est ainsi, par exemple, de la série (un)(u_n) dans l’espace B(R;R)\mathscr{B}(\mathbf{R}; \mathbf{R}) définie de la façon suivante: un(x)=(1/n)sin⁡xu_n(x) = (1/n) \sin x dans l’intervalle [nπ,(n+1)π][n\pi, (n+1)\pi], un(x)=0u_n(x) = 0 en dehors de cet intervalle.

Lorsque YY est une algèbre normée (IX, p. 37) sur un corps valué commutatif non discret KK, B(X;Y)\mathscr{B}(X; Y) est une algèbre sur KK; en outre, la norme ∥u∥\|u\| est alors compatible avec cette structure d’algèbre, car on a

∥uv∥=sup⁡x∈X∣u(x)v(x)∣≤sup⁡x∈X∥u(x)∥⋅∥v(x)∥≤sup⁡x∈X∥u(x)∥⋅sup⁡x∈X∥v(x)∥=∥u∥⋅∥v∥. \|uv\| = \sup_{x \in X} |u(x)v(x)| \leq \sup_{x \in X} \|u(x)\| \cdot \|v(x)\| \leq \sup_{x \in X} \|u(x)\| \cdot \sup_{x \in X} \|v(x)\| = \|u\| \cdot \|v\|.
Autrement dit, B(X;Y)\mathscr{B}(X; Y) est alors une algèbre normée sur le corps KK.

Proposition 4

Soient* XiX_i (1≤i≤n1 \leq i \leq n) et YY des espaces vectoriels normés sur un corps valué non discret KK, et soit X=∏i=1nXiX = \prod_{i=1}^{n} X_i. L’ensemble de toutes les applications multilinéaires de XX dans YY est fermé dans l’espace Fs(X;Y)\mathscr{F}_s(X; Y).

En effet cet ensemble est formé des u∈F(X;Y)u \in \mathscr{F}(X; Y) vérifiant toutes les relations

{u(x1,…,xi′+xi′′,…,xn)=u(x1,…,xi′,…,xn)+u(x1,…,xi′′,…,xn)u(x1,…,λxi,…,xn)=λu(x1,…,xi,…,xn) \begin{cases} u(x_1, \ldots, x_i' + x_i'', \ldots, x_n) = u(x_1, \ldots, x_i', \ldots, x_n) + u(x_1, \ldots, x_i'', \ldots, x_n) \\ u(x_1, \ldots, \lambda x_i, \ldots, x_n) = \lambda u(x_1, \ldots, x_i, \ldots, x_n) \end{cases}
(1≤i≤n,xi,xi′,xi′′(1 \leq i \leq n, x_i, x_i', x_i'' arbitraires dans Xi,λX_i, \lambda arbitraire dans KK); comme les deux membres des relations (1) sont fonctions continues de uu dans Fs(X;Y)\mathscr{F}_s(X; Y) (XX, p. 4, Remarque 6), la proposition en résulte (I, p. 53, prop. 2).

Proposition 5

Sous les hypothèses de la prop.* 4, l’ensemble L(X1,…,Xn;Y)\mathscr{L}(X_1, \ldots, X_n; Y) des applications multilinéaires continues de XX dans YY est fermé dans F(X;Y)\mathscr{F}(X; Y) muni de la topologie de la convergence bornée; il est complet pour la structure uniforme de la convergence bornée lorsque YY est complet.

En effet, si S\mathscr{S} est l’ensemble des parties bornées de XX, L(X1,…,Xn;Y)\mathscr{L}(X_1, \ldots, X_n; Y) est l’intersection de l’ensemble de toutes les applications multilinéaires de XX dans YY et de l’ensemble BS(X;Y)\mathscr{B}_{\mathscr{S}}(X; Y) (IX, p. 35, th. 1); la proposition résulte donc de la prop. 4 et de XX, p. 21, cor 1.

Dans toute la fin de ce n°, nous supposerons que K désigne un corps valué non discret commutatif.

Alors L(X1,…,Xn;Y)\mathscr{L}(X_1, \ldots, X_n; Y) est un sous-espace vectoriel de F(X;Y)\mathscr{F}(X; Y). Soit B la boule unité de X, ensemble des (xi)1≤i≤n(\mathbf{x}_i)_{1 \leq i \leq n} tels que sup⁡1≤i≤n∥xi∥≤1\sup_{1 \leq i \leq n} \| \mathbf{x}_i \| \leq 1; l’application u↦u∣Bu \mapsto u|B de L(X1,…,Xn;Y)\mathscr{L}(X_1, \ldots, X_n; Y) dans B(B;Y)\mathscr{B}(B; Y) est injective; en outre l’image réciproque par cette application de la structure uniforme de la convergence uniforme sur B(B;Y)\mathscr{B}(B; Y) est la structure uniforme de la convergence bornée sur L(X1,…,Xn;Y)\mathscr{L}(X_1, \ldots, X_n; Y). En effet, toute partie bornée de X est contenue dans un ensemble de la forme μB\mu B (avec μ∈K∗\mu \in K^*), et dire que, pour un élément u∈L(X1,…,Xn;Y)u \in \mathscr{L}(X_1, \ldots, X_n; Y), on a ∥u(z)∥≤a\|u(\mathbf{z})\| \leq a pour tout z∈μB\mathbf{z} \in \mu B, équivaut à dire que ∥u(z)∥≤a/∣μ∣n\|u(\mathbf{z})\| \leq a/|\mu|^n pour tout z∈B\mathbf{z} \in B. On vérifie aussitôt que le nombre ∥u∥=sup⁡z≠0∥u(z)∥/∥z∥\|u\| = \sup_{\mathbf{z} \neq 0} \|u(\mathbf{z})\|/\|\mathbf{z}\| est une norme sur L(X1,…,Xn;Y)\mathscr{L}(X_1, \ldots, X_n; Y), définissant sur cet espace la structure uniforme de la convergence bornée, et l’on a évidemment

(2)

∥u(x1,…,xn)∥≤∥u∥⋅∥x1∥⋯∥xn∥. \|u(x_1, \ldots, x_n)\| \leq \|u\| \cdot \|x_1\| \cdots \|x_n\|.

Sauf mention expresse du contraire, lorsque L(X1,…,Xn;Y)\mathscr{L}(X_1, \ldots, X_n; Y) sera considéré comme un espace normé, il s’agira toujours de la norme précédente. On peut encore dire que ∥u∥\|u\| est le plus petit nombre ≥0\geq 0 vérifiant (2) pour toutes les valeurs des xix_i.

Proposition 6

L’application multilinéaire*

(u,x1,…,xn)→u(x1,…,xn) (u, x_1, \ldots, x_n) \to u(x_1, \ldots, x_n)
*de l’espace normé L(X1,…,Xn;Y)×X1×⋯×Xn\mathscr{L}(X_1, \ldots, X_n; Y) \times X_1 \times \cdots \times X_n dans Y est continue.

C’est une conséquence immédiate de l’inégalité (2) (IX, p. 35, th. 1).

Proposition 7

Soient X, Y, Z trois espaces normés sur K. L’application canonique de l’espace normé L(X,Y;Z)\mathscr{L}(X, Y; Z) dans l’espace des applications linéaires de X dans L(Y;Z)\mathscr{L}(Y; Z) qui, à tout u∈L(X,Y;Z)u \in \mathscr{L}(X, Y; Z), fait correspondre l’application x↦u(x,.)x \mapsto u(x, .), est une isométrie de L(X,Y;Z)\mathscr{L}(X, Y; Z) sur L(X;L(Y;Z))\mathscr{L}(X; \mathscr{L}(Y; Z)).

Cela résulte aussitôt des définitions et de la relation

sup⁡∥x∥≤b(sup⁡∥y∥≤c∥u(x,y)∥)=sup⁡∥x∥≤b,∥y∥≤c∥u(x,y)∥. \sup_{\|x\| \leq b} (\sup_{\|y\| \leq c} \|u(x, y)\|) = \sup_{\|x\| \leq b, \|y\| \leq c} \|u(x, y)\|.

Proposition 8

Soient X, Y, Z trois espaces normés sur K. L’application bilinéaire (u,v)↦v∘u(u, v) \mapsto v \circ u de L(X;Y)×L(Y;Z)\mathscr{L}(X; Y) \times \mathscr{L}(Y; Z) dans L(X;Z)\mathscr{L}(X; Z) est continue.

En effet, si u∈L(X;Y)u \in \mathscr{L}(X; Y), v∈L(Y;Z)v \in \mathscr{L}(Y; Z), on a, de façon précise, (3)

∥v∘u∥≤∥u∥⋅∥v∥ \|v \circ u\| \leq \|u\| \cdot \|v\|
car pour tout x∈Xx \in X, ∥v(u(x))∥≤∥v∥⋅∥u(x)∥≤∥v∥⋅∥u∥⋅∥x∥\|v(u(x))\| \leq \|v\| \cdot \|u(x)\| \leq \|v\| \cdot \|u\| \cdot \|x\| en vertu de (2).

En particulier, sur l’ensemble L(X)\mathscr{L}(X) des endomorphismes continus d’un espace normé XX sur KK, la norme ∥u∥\|u\| est compatible avec la structure d’*algèbre* de L(X)\mathscr{L}(X) sur KK.

Remarque 2

L’ensemble L(Rm;Rn)\mathscr{L}(\mathbf{R}^m; \mathbf{R}^n) des applications linéaires (nécessairement continues) de Rm\mathbf{R}^m dans Rn\mathbf{R}^n peut être identifié à l’ensemble Mn,m(R)M_{n,m}(\mathbf{R}) des matrices à nn lignes et mm colonnes sur R\mathbf{R}, donc à Rmn\mathbf{R}^{mn}; sur L(Rm;Rn)\mathscr{L}(\mathbf{R}^m; \mathbf{R}^n), la structure uniforme de la convergence bornée (pour la distance euclidienne sur Rm\mathbf{R}^m), de la convergence compacte et de la convergence simple sont alors identifiées à la structure uniforme additive de Rmn\mathbf{R}^{mn}. En effet, prenons sur Rn\mathbf{R}^n la norme ∥x∥=sup⁡i∣xi∣\|x\| = \sup_i |x_i| pour x=(xi)x = (x_i) et soit (ej)(\mathbf{e}_j) la base canonique de Rm\mathbf{R}^m; si uu et vv sont deux applications linéaires de Rm\mathbf{R}^m dans Rn\mathbf{R}^n telles que ∥u(ej)−v(ej)∥≤ε\|u(\mathbf{e}_j) - v(\mathbf{e}_j)\| \leq \varepsilon pour 1≤j≤m1 \leq j \leq m, on a, pour les matrices U=(αij)U = (\alpha_{ij}), V=(βij)V = (\beta_{ij}) de ces applications, ∣αij−βij∣≤ε|\alpha_{ij} - \beta_{ij}| \leq \varepsilon pour tout couple (i,j)(i, j); et inversement, si ces inégalités sont satisfaites, on a, pour tout point xx d’un cube de centre 0 et de côté aa dans Rm\mathbf{R}^m, ∥u(x)−v(x)∥≤maε\|u(x) - v(x)\| \leq ma\varepsilon.

3. Propriétés de dénombrabilité des espaces de fonctions continues

Théorème 1

Soit XX un espace compact.

a) Si XX est métrisable, alors, pour tout espace uniforme métrisable YY de type dénombrable (IX, p. 18), l’espace métrisable Cu(X;Y)C_u(X; Y) des applications continues de XX dans YY, muni de la topologie de la convergence uniforme, est de type dénombrable.

b) Réciproquement, si l’espace métrisable Cu(X;R)C_u(X; \mathbf{R}) est de type dénombrable, XX est métrisable.

a) Soit dd (resp. d′d') une distance compatible avec la topologie de XX (resp. la structure uniforme de YY); on sait que δ(f,g)=sup⁡x∈Xd′(f(x),g(x))\delta(f, g) = \sup_{x \in X} d'(f(x), g(x)) est une distance définissant la structure de la convergence uniforme sur C(X;Y)C(X; Y), les fonctions de C(X;Y)C(X; Y) étant bornées puisque XX est compact (X, p. 20). Pour tout couple d’entiers m>0,n>0m > 0, n > 0, soit GmnG_{mn} l’ensemble des fonctions f∈C(X;Y)f \in C(X; Y) telles que la relation d(x,x′)≤1/md(x, x') \leq 1/m entraîne d′(f(x),f(x′))≤1/nd'(f(x), f(x')) \leq 1/n; toute fonction f∈C(X;Y)f \in C(X; Y) est uniformément continue (II, p. 29, th. 2), donc, pour tout n>0n > 0, C(X;Y)C(X; Y) est réunion des GmnG_{mn} (m>0m > 0). Soit {a1,…,ap(m)}\{a_1, \ldots, a_{p(m)}\} une partie finie de XX telle que les boules ouvertes de centre aia_i et de rayon 1/m1/m forment un recouvrement de XX pour 1≤i≤p(m)1 \leq i \leq p(m); soit d’autre part (br)r∈N(b_r)_{r \in \mathbf{N}} une suite dénombrable dense dans YY. Pour toute application φ\varphi de {1,p(m)}\{1, p(m)\} dans N\mathbf{N}, soit HφH_\varphi l’ensemble des f∈Gmnf \in G_{mn} telles que d′(f(ak),bφ(k))≤1/nd'(f(a_k), b_{\varphi(k)}) \leq 1/n pour 1≤k≤p(m)1 \leq k \leq p(m). Par définition de brb_r, GmnG_{mn} est réunion des HφH_\varphi pour φ∈Np(m)\varphi \in \mathbf{N}^{p(m)}; soit CmnC_{mn} l’ensemble des φ∈Np(m)\varphi \in \mathbf{N}^{p(m)} tels que Hφ≠∅H_\varphi \neq \varnothing, et pour chaque φ∈Cmn\varphi \in C_{mn}, soit gφg_\varphi un élément de HφH_\varphi; enfin, désignons par LmnL_{mn} l’ensemble dénombrable des gφg_\varphi pour φ∈Cmn\varphi \in C_{mn}. Soit f∈Gmnf \in G_{mn}, et soit φ\varphi un élément de CmnC_{mn} tel que f∈Hφf \in H_\varphi; il résulte aussitôt des définitions que l’on a d′(f(x),gφ(x))≤4/nd'(f(x), g_\varphi(x)) \leq 4/n pour tout x∈Xx \in X, autrement dit, δ(f,gφ)≤4/n\delta(f, g_\varphi) \leq 4/n. On en conclut que la réunion des LmnL_{mn} est partout dense dans Cu(X;Y)C_u(X; Y): en effet, pour tout entier n>0n > 0 et tout f∈C(X;Y)f \in C(X; Y), il existe mm tel que f∈Gmnf \in G_{mn}, et on vient de voir que la distance de ff à LmnL_{mn} est ≤4/n\leq 4/n.

b) Soit I={0,1}I = \{0, 1\}; comme Cu(X;I)\mathscr{C}_u(X; I) est un sous-espace uniforme de Cu(X;R)\mathscr{C}_u(X; \mathbf{R}), il est de type dénombrable; soit (fn)(f_n) une suite partout dense dans cet espace. Considérons l’espace produit K=INK = I^\mathbf{N}, et l’application ψ:x↦(fn(x))\psi : x \mapsto (f_n(x)) de XX dans KK qui est évidemment continue. L’application ψ\psi est injective: en effet, par définition de la suite (fn)(f_n), la relation fn(x)=fn(x′)f_n(x) = f_n(x') pour tout nn entraîne, par passage à la limite, f(x)=f(x′)f(x) = f(x') pour toute fonction f∈C(X;I)f \in \mathscr{C}(X; I); mais cela est impossible si x≠x′x \neq x', en vertu de l’axiome (OIV)(\mathrm{O}_{\mathrm{IV}}) appliqué au point xx et à voisinage VV de xx ne contenant pas x′x' (IX, p. 7, th. 2). On en conclut que l’espace compact XX est homéomorphe au sous-espace ψ(X)\psi(X) de KK (I, p. 63, cor. 2); comme KK est métrisable et de type dénombrable, il en est de même de ψ(X)\psi(X), donc de XX.

C.Q.F.D.

Corollaire

Soient XX un espace localement compact dont la topologie admet une base dénombrable, YY un espace uniforme métrisable de type dénombrable.

a) L’espace L\mathscr{L} des applications continues de XX dans YY, ayant une limite à l’infini, muni de la topologie de la convergence uniforme dans XX, est un espace métrisable de type dénombrable.

b) L’espace Cc(X;Y)\mathscr{C}_c(X; Y) des applications continues de XX dans YY, muni de la topologie de la convergence compacte, est un espace métrisable de type dénombrable.

*a) Soit X′X' l’espace compact obtenu en adjoignant à XX un point à l’infini (I, p. 67, th. 4); par définition, toute fonction ff de L\mathscr{L} se prolonge de façon unique en une application continue f~\tilde{f} de X′X' dans YY, et f↦f~f \mapsto \tilde{f} est donc une bijection de L\mathscr{L} sur C(X′;Y)\mathscr{C}(X'; Y); en outre cette bijection est un homéomorphisme de l’espace L\mathscr{L} sur Cu(X′;Y)\mathscr{C}_u(X'; Y), en vertu de XX, p. 7, prop. 6. Il suffit alors d’appliquer à X′X' et YY le th. 1, en observant que X′X' est métrisable (IX, p. 21, corollaire).

*b) Soit (Un)(U_n) un recouvrement de XX par des ensembles ouverts relativement compacts tel que toute partie compacte de XX soit contenue dans un UnU_n (I, p. 68, cor. 1). Si S\mathfrak{S} est l’ensemble des U‾n\overline{U}_n, la topologie de la convergence compacte sur C(X;Y)\mathscr{C}(X; Y) est identique à la topologie de la S\mathfrak{S}-convergence. Par suite (X, p. 3, Remarque 3) l’espace Cc(X;Y)\mathscr{C}_c(X; Y) est homéomorphe à un sous-espace du produit ∏nCu(U‾n;Y)\prod_n \mathscr{C}_u(\overline{U}_n; Y); comme chacun des espaces compacts U‾n\overline{U}_n admet une base dénombrable, il est métrisable (IX, p. 21, prop. 16); chacun des Cu(U‾n;Y)\mathscr{C}_u(\overline{U}_n; Y) est donc métrisable et de type dénombrable en vertu du th. 1 (X, p. 24) et par suite, il en est de même de Cc(X;Y)\mathscr{C}_c(X; Y).

On notera que l’espace des fonctions numériques continues bornées dans R\mathbf{R}, muni de la topologie de la convergence uniforme, n’est pas de type dénombrable (X, p. 48, exerc. 4).

4. La topologie de la convergence compacte

Théorème 2

Soient XX un espace topologique, YY un espace uniforme. Pour tout couple (K,U)(K, U) formé d’une partie compacte KK de XX et d’une partie ouverte UU de YY, soit T(K,U)T(K, U)* l’ensemble des applications continues u:X→Yu : X \to Y telles que u(K)⊂Uu(K) \subset U. Alors les ensembles de la forme T(K,U)T(K, U) engendrent (I, p. 13) la topologie de la convergence compacte sur C(X;Y)C(X; Y).

Soient Y′Y' l’espace uniforme séparé associé à YY (II, p. 24), i:Y→Y′i : Y \to Y' l’application canonique de YY sur Y′Y'. La topologie de la convergence compacte est la topologie la moins fine rendant continues les applications u↦(i∘u)∣Ku \mapsto (i \circ u) \mid K de C(X;Y)C(X; Y) dans Cu(K;Y′)C_u(K; Y'), KK parcourant l’ensemble des parties compactes de XX (X, p. 5, prop. 4). On obtient donc un système générateur de la topologie de Cc(X;Y)C_c(X; Y) en prenant, pour chaque partie compacte KK de XX, un système générateur de la topologie de Cu(K;Y′)C_u(K; Y') et son image réciproque dans C(X;Y)C(X; Y), et en considérant la réunion dans P(C(X;Y))\mathscr{P}(C(X; Y)) de tous les ensembles de parties ainsi obtenus.

D’autre part, toute partie ouverte de YY est de la forme i−1(U′)i^{-1}(U'), où U′U' est ouvert dans Y′Y' (II, p. 23, prop. 12); donc, pour toute partie compacte K′⊃KK' \supset K, T(K,i−1(U′))T(K, i^{-1}(U')) est l’image réciproque de T(K,U′)T(K, U') par l’application C(X;Y)→Cu(K′;Y′)C(X; Y) \to C_u(K'; Y'), et on est ainsi ramené à démontrer le théorème lorsque XX est compact et YY séparé, ce que nous supposerons désormais.

Montrons d’abord que T(K,U)T(K, U) est ouvert dans Cc(X;Y)C_c(X; Y). Soit u0u_0 un point de cet ensemble; comme u0(K)u_0(K) est compact (I, p. 63, cor. 1) et contenu dans l’ensemble ouvert UU, il existe un entourage symétrique VV de YY tel que V(u0(K))⊂UV(u_0(K)) \subset U (II, p. 31, corollaire). Soit WW le voisinage de u0u_0 dans Cc(X;Y)C_c(X; Y) formé des applications continues u:X→Yu : X \to Y telles que (u(x),u0(x))∈V(u(x), u_0(x)) \in V pour tout x∈Kx \in K. Pour ces applications, on a évidemment u(K)⊂V(u0(K))⊂Uu(K) \subset V(u_0(K)) \subset U, donc u∈T(K,U)u \in T(K, U) et par suite W⊂T(K,U)W \subset T(K, U), ce qui prouve notre assertion.

Inversement, si WW est un voisinage d’un point u0∈C0(X;Y)u_0 \in C_0(X; Y), montrons que WW contient l’intersection d’un nombre fini de voisinages de u0u_0 de la forme T(K,U)T(K, U). On peut supposer que WW est l’ensemble des u∈C(X;Y)u \in C(X; Y) tels que (u(x),u0(x))∈V(u(x), u_0(x)) \in V pour tout x∈Xx \in X, VV étant un entourage donné de YY. Comme u0u_0 est continue dans XX, elle est uniformément continue (II, p. 29, th. 2); soit V1V_1 un entourage symétrique de YY, ouvert dans Y×YY \times Y, tel que V‾1⊂V\overline{V}_1 \subset V. Il existe un recouvrement de XX par un nombre fini d’ensembles compacts KiK_i (1≤i≤n1 \leq i \leq n) tels que u0(Ki)u_0(K_i) soit petit d’ordre V1V_1 pour 1≤i≤n1 \leq i \leq n. Soit UiU_i l’ensemble ouvert V1(u0(Ki))V_1(u_0(K_i)), et soit uu une application continue de XX dans YY appartenant à l’intersection des nn ensembles T(Ki,Ui)T(K_i, U_i) (qui sont des voisinages de u0u_0). Alors, pour tout x∈Kix \in K_i, u(x)u(x) appartient à UiU_i, donc u0(x)u_0(x) et u(x)u(x) sont voisins d’ordre V‾1\overline{V}_1, donc voisins d’ordre VV. Puisque tout x∈Xx \in X appartient à un des KiK_i au moins, on a bien u∈Wu \in W, ce qui achève la démonstration.

Ce résultat conduit à poser la définition suivante:

Définition 1

Soient* X,YX, Y deux espaces topologiques (non nécessairement uniformisables). Pour tout couple (K,U)(K, U) formé d’une partie compacte KK de XX *et d’une partie ouverte

U de Y, soit T(K,U)T(K, U) l’ensemble des u∈C(X;Y)u \in C(X; Y) telles que u(K)⊂Uu(K) \subset U. On appelle topologie de la convergence compacte sur C(X;Y)C(X; Y) la topologie engendrée par l’ensemble des parties de la forme T(K,U)T(K, U); on désigne par Cc(X;Y)C_c(X; Y) l’espace topologique obtenu en munissant C(X;Y)C(X; Y) de cette topologie.

Lorsque Y est un espace uniforme, il résulte du th. 2 (X, p. 25) que cette définition coïncide avec celle qui a été donnée dans X, p. 4.

Si H est une partie de C(X;Y)C(X; Y), nous dirons encore que la topologie induite sur H par celle de Cc(X;Y)C_c(X; Y) est la topologie de la convergence compacte.

Exemple

Soit I l’intervalle [0,1][0, 1] dans R\mathbf{R}; pour tout espace topologique Y, l’espace Cc(I;Y)C_c(I; Y) est appelé l’espace des chemins dans Y; pour tout y∈Yy \in Y, le sous-espace Ωy(Y)\Omega_y(Y) de Cc(I;Y)C_c(I; Y) formé des chemins uu tels que u(0)=u(1)=yu(0) = u(1) = y est appelé l’espace des lacets (dans H) au point y.

Remarque 1

On dit de même que la topologie induite sur C(X;Y)C(X; Y) par la topologie produit sur YX=F(X;Y)Y^X = F(X; Y) est la topologie de la convergence simple (Y n’étant pas nécessairement uniformisable); elle est engendrée par les ensembles de la forme T({x},U)T(\{x\}, U) pour x∈Xx \in X, U ouvert dans Y et est par suite moins fine que la topologie de la convergence compacte. On en déduit que si Y est séparé, l’espace Cc(X;Y)C_c(X; Y) est séparé (I, p. 54, corollaire).

Remarque 2

Soient S\mathfrak{S} un système générateur de la topologie de Y, R\mathfrak{R} un ensemble de parties compactes de X ayant la propriété suivante: (R) Pour toute partie compacte L de X et tout voisinage V de L, il existe un nombre fini d’ensembles Ki∈RK_i \in \mathfrak{R} tels que L⊂⋃iKi⊂VL \subset \bigcup_i K_i \subset V.

Alors les ensembles T(K,U)T(K, U) où K∈RK \in \mathfrak{R} et U∈SU \in \mathfrak{S} forment un système générateur de la topologie de la convergence compacte sur C(X;Y)C(X; Y). En effet, il faut prouver que pour toute partie compacte L de X, toute partie ouverte V de Y, et tout u∈T(L,V)u \in T(L, V), il existe un nombre fini de couples (Ki,Ui)(K_i, U_i) tels que Ki∈RK_i \in \mathfrak{R}, Ui∈SU_i \in \mathfrak{S} et u∈⋂iT(Ki,Ui)⊂T(L,V)u \in \bigcap_i T(K_i, U_i) \subset T(L, V). Notons d’abord que pour toute suite finie (Sk)(S_k) d’ensembles de S\mathfrak{S} et toute partie compacte M de X, on a

T(M,⋂kSk)=⋂kT(M,Sk) T(M, \bigcap_k S_k) = \bigcap_k T(M, S_k)

par définition. On peut donc remplacer tout d’abord S\mathfrak{S} par l’ensemble des intersections finies d’ensembles de S\mathfrak{S}, autrement dit supposer que S\mathfrak{S} est une base de la topologie de Y. Par hypothèse, u(L)u(L) est quasi-compact et contenu dans V, donc il existe un nombre fini d’ensembles Ui∈SU_i \in \mathfrak{S} contenus dans V et formant un recouvrement de u(L)u(L). Les ensembles u−1(Ui)u^{-1}(U_i) sont ouverts dans X et forment un recouvrement de L. Pour tout x∈Lx \in L, il y a donc un voisinage compact NxN_x de xx dans L, contenu dans un des u−1(Ui)u^{-1}(U_i); on peut recouvrir L par un nombre fini de ces ensembles Nxj=LjN_{x_j} = L_j; pour tout j, nous désignerons par i(j)i(j) un des indices i tels que Lj⊂u−1(Ut)L_j \subset u^{-1}(U_t). Cela étant, pour chaque indice jj, il existe d’après (R) un nombre fini d’ensembles Kj,k⊂u−1(Ut(j))K_{j,k} \subset u^{-1}(U_{t(j)}) appartenant à K\mathscr{K} et formant un recouvrement de LjL_j. Pour tout v∈⋂j,kT(Kj,k,Ut(j))v \in \bigcap_{j,k} T(K_{j,k}, U_{t(j)}), on a ⋃kv(Kj,k)⊂Ut(j)\bigcup_k v(K_{j,k}) \subset U_{t(j)}, donc v(Lj)⊂Ut(j)v(L_j) \subset U_{t(j)}, et v(L)=⋃jv(Lj)⊂⋃jUt(j)⊂Vv(L) = \bigcup_j v(L_j) \subset \bigcup_j U_{t(j)} \subset V, ce qui achève de prouver notre assertion.

Théorème 3

Soient X, Y, Z trois espaces topologiques, f une application de X×YX \times Y dans Z. Si f est continue, f~:x↦f(x,.)\tilde{f}: x \mapsto f(x,.) est une application continue de X dans Cc(Y;Z)\mathscr{C}_c(Y; Z). La réciproque est vraie si Y est localement compact.

Supposons ff continue et montrons que f~\tilde{f} l’est : il faut prouver que pour toute partie compacte K de Y et toute partie ouverte U de Z, l’image réciproque V de T(K,U)T(K, U) par f~\tilde{f} est ouverte dans X. Soit donc x0∈Vx_0 \in V. Pour tout y∈Ky \in K, on a f(x0,y)∈Uf(x_0, y) \in U et, comme ff est continue, il y a un voisinage VyV_y de x0x_0 dans X et un voisinage WyW_y de yy dans Y tels que f(Vy×Wy)⊂Uf(V_y \times W_y) \subset U. Comme K est compact, il existe un nombre fini de points yi∈Ky_i \in K tels que les ensembles WyiW_{y_i} recouvrent K (1≤i≤n1 \leq i \leq n). Soit V′V' l’intersection des voisinages VyiV_{y_i} de x0x_0, qui est un voisinage de x0x_0; pour x∈V′,y∈Kx \in V', y \in K, on a f(x,y)∈Uf(x, y) \in U puisque yy est contenu dans l’un des WyiW_{y_i} et que x∈Vyix \in V_{y_i} pour tout ii; on a donc bien V′⊂VV' \subset V, et comme V est un voisinage de chacun de ses points, il est ouvert dans X.

Réciproquement, supposons f~\tilde{f} continue et Y localement compact, et montrons que ff est continue. Soient x0∈X,y0∈Y,Ux_0 \in X, y_0 \in Y, U un voisinage ouvert de f(x0,y0)f(x_0, y_0) dans Z ; prouvons qu’il existe un voisinage V de x0x_0 dans X et un voisinage W de y0y_0 dans Y tels que f(V×W)⊂Uf(V \times W) \subset U. Comme y↦f(x0,y)y \mapsto f(x_0, y) est continue, il existe un voisinage compact W de y0y_0 tel que f({x0}×W)⊂Uf(\{x_0\} \times W) \subset U. D’autre part, puisque f~\tilde{f} est continue, l’ensemble V des x∈Xx \in X tels que f(x,.)∈T(W,U)f(x,.) \in T(W, U) (c’est-à-dire tels que f(x,y)∈Uf(x, y) \in U pour tout y∈Wy \in W) est une partie ouverte de X, donc un voisinage de x0x_0. On a bien alors f(V×W)⊂Uf(V \times W) \subset U.

C.Q.F.D.

Corollaire 1

Soient X un espace localement compact, Y un espace topologique, H une partie de C(X;Y)\mathscr{C}(X; Y). Alors, sur H, la topologie de la convergence compacte est la moins fine pour laquelle l’application (u,x)↦u(x)(u, x) \mapsto u(x) de H×XH \times X dans Y est continue.

En effet, en vertu du th. 3, dire que cette application est continue signifie que l’injection canonique H→Cc(X;Y)H \to \mathscr{C}_c(X; Y) est continue.

Remarque 3

Soient X un espace localement compact, Y un espace topologique séparé. Si T\mathscr{T} est une topologie sur une partie H de C(X;Y)\mathscr{C}(X; Y) telle que l’application (u,x)↦u(x)(u, x) \mapsto u(x) soit continue dans H×XH \times X et si en outre H est compact pour cette topologie, alors T\mathscr{T} est identique à la topologie de la convergence compacte : elle est en effet plus fine que cette dernière en vertu du cor. 1, et comme la topologie de la convergence compacte est séparée, ces deux topologies sont identiques. On notera que si en outre Y est complètement régulier, H est équicontinu pour toute structure uniforme compatible avec la topologie de Y (X, p. 19, cor. 3), et pour toute partie compacte K de X, l’ensemble H(K)=⋃x∈KH(x)H(K) = \bigcup_{x \in K} H(x) est compact, étant l’image de H×KH \times K par l’application continue (u,x)↦u(x)(u, x) \mapsto u(x).

Corollaire 2

Soient X, Y, Z trois espaces topologiques, X étant supposé séparé et Y localement compact. Alors, la restriction à C(X×Y;Z)C(X \times Y; Z) de la bijection canonique F(X×Y;Z)→F(X;F(Y;Z))F(X \times Y; Z) \to F(X; F(Y; Z)) (E, II, p. 31) est un homéomorphisme de Cc(X×Y;Z)C_c(X \times Y; Z) sur Cc(X;Cc(Y;Z))C_c(X; C_c(Y; Z)).

Cette restriction est bien une bijection

ρ:C(X×Y;Z)→C(X;Cc(Y;Z)) \rho : C(X \times Y; Z) \to C(X; C_c(Y; Z))

en vertu du th. 3 (X, p. 28); reste à voir que la topologie de la convergence compacte sur C(X×Y;Z)C(X \times Y; Z) est bien l’image réciproque par ρ\rho de la topologie de la convergence compacte sur C(X;Cc(Y;Z))C(X; C_c(Y; Z)). Comme un système générateur de la topologie de Cc(Y;Z)C_c(Y; Z) est formé par les T(K,U)T(K, U), où K est une partie compacte de Y et U une partie ouverte de Z, il résulte de la Remarque 2 (X, p. 27) que la topologie de Cc(X;Cc(Y;Z))C_c(X; C_c(Y; Z)) est engendrée par les ensembles de la forme T(J,T(K,U))T(J, T(K, U)), K et U étant comme ci-dessus et J une partie compacte de X.

Or, l’image de T(J,T(K,U))T(J, T(K, U)) par ρ−1\rho^{-1} n’est autre que T(J×K,U)T(J \times K, U), donc est un ensemble ouvert, et cela montre déjà que ρ\rho est continue. Inversement, remarquons que les ensembles de la forme J×KJ \times K dans X×YX \times Y (J partie compacte de X, K partie compacte de Y) vérifient la condition (R) de la Remarque 2 (X, p. 27): en effet, si L est une partie compacte de X×YX \times Y et V un voisinage de L dans X×YX \times Y, les projections M=pr1(L)M = pr_1(L), N=pr2(L)N = pr_2(L) sont compactes, X et Y étant séparés, et V∩(M×N)V \cap (M \times N) est un voisinage de L dans l’espace compact M×NM \times N; donc tout point de L admet dans M×NM \times N un voisinage de la forme J×K⊂VJ \times K \subset V, où J⊂MJ \subset M et K⊂NK \subset N sont compacts; comme on peut recouvrir L par un nombre fini de ces voisinages, notre assertion en résulte. Les ensembles de la forme T(J×K;U)T(J \times K; U) (U ouvert dans Z, J (resp. K) compact dans X (resp. Y)) engendrent donc la topologie de Cc(X×Y;Z)C_c(X \times Y; Z); comme nous avons vu que l’image de T(J×K,U)T(J \times K, U) par ρ\rho est l’ensemble ouvert T(J,T(K,U))T(J, T(K, U)) dans Cc(X;Cc(Y;Z))C_c(X; C_c(Y; Z)), cela achève de prouver que ρ\rho est un homéomorphisme.

On notera que lorsque Z est en outre supposé uniformisable, le cor. 2 est une conséquence triviale de X, p. 5, prop. 2.

Proposition 9

Soient X, Y, Z trois espaces topologiques, Y étant localement compact. Alors l’application (u,v)↦v∘u(u, v) \mapsto v \circ u de Cc(X;Y)×Cc(Y;Z)C_c(X; Y) \times C_c(Y; Z) dans Cc(X;Z)C_c(X; Z) est continue.

Il faut prouver que pour toute partie compacte K de X et toute partie ouverte U de Z, l’ensemble R des couples (u,v)(u, v) tels que v(u(K))⊂Uv(u(K)) \subset U est ouvert dans Cc(X;Y)×Cc(Y;Z)C_c(X; Y) \times C_c(Y; Z). Soit (u0,v0)(u_0, v_0) un élément de R. Alors u0(K)u_0(K) est une partie compacte de l’espace localement compact Y, contenue dans l’ensemble ouvert v0−1(U)v_0^{-1}(U), donc il existe un voisinage compact L de u0(K)u_0(K) contenu dans v0−1(U)v_0^{-1}(U) (I, p. 65, prop. 10). L’ensemble V des u∈Cc(X;Y)u \in C_c(X; Y) tels que u(K)⊂L^u(K) \subset \hat{L} est un voisinage de u0u_0, et l’ensemble W des v∈Cc(Y;Z)v \in C_c(Y; Z) tels que v(L)⊂Uv(L) \subset U est un voisinage de v0v_0; en outre, la relation (u,v)∈V×W(u, v) \in V \times W implique v(u(K))⊂Uv(u(K)) \subset U, d’où la proposition.

5. Topologies sur les groupes d’homéomorphismes

Proposition 10

Soient X un espace uniforme, H un ensemble équicontinu d’homéomorphismes de X sur lui-même. Si on munit H et H−1H^{-1} de la topologie de la convergence simple dans X, l’application u↦u−1u \mapsto u^{-1} de H−1H^{-1} sur H est continue.

Il suffit de prouver que, pour tout x0∈Xx_0 \in X, l’application u↦u−1(x0)u \mapsto u^{-1}(x_0) de H−1H^{-1} dans X est continue en tout point u0∈H−1u_0 \in H^{-1}. Soit V un entourage symétrique de X, et posons y0=u0−1(x0)y_0 = u_0^{-1}(x_0). Par hypothèse, il existe un entourage symétrique U de X tel que la relation (x,x0)∈U(x, x_0) \in U implique (u−1(x),u−1(x0))∈V(u^{-1}(x), u^{-1}(x_0)) \in V pour tout u∈H−1u \in H^{-1}. Prenons u∈H−1u \in H^{-1} voisin d’ordre W({y0},U)W(\{y_0\}, U) de u0u_0; on a donc

(u(y0),u0(y0))∈U,(u(y_0), u_0(y_0)) \in U,

c’est-à-dire (u(y0),x0)∈U(u(y_0), x_0) \in U. On en déduit (y0,u−1(x0))∈V(y_0, u^{-1}(x_0)) \in V, c’est-à-dire (u0−1(x0),u−1(x0))∈V(u_0^{-1}(x_0), u^{-1}(x_0)) \in V, ce qui achève la démonstration.

Corollaire

Soient X un espace uniforme, H un groupe équicontinu d’homéomorphismes de X sur lui-même. Alors la topologie de la convergence simple dans X est compatible (III, p. 1) avec la structure de groupe de H.

Cela résulte de la prop. 10, ainsi que de X, p. 13, cor. 5.

Proposition 11

Soient X un espace compact, Γ le groupe de tous les homéomorphismes de X sur lui-même. Alors la topologie de la convergence uniforme dans X est compatible (III, p. 1) avec la structure de groupe de Γ.

On sait déjà (X, p. 29, prop. 9) que l’application (u,v)↦v∘u(u, v) \mapsto v \circ u de Γ×Γ\Gamma \times \Gamma dans Γ est continue pour cette topologie, et tout revient donc à prouver que u↦u−1u \mapsto u^{-1} est continue en tout point u0∈Γu_0 \in \Gamma. Comme u0−1u_0^{-1} est uniformément continue dans X, pour tout entourage symétrique V de X il existe un entourage W de X tel que la relation (x,x′)∈W(x, x') \in W entraîne (u0−1(x),u0−1(x′))∈V(u_0^{-1}(x), u_0^{-1}(x')) \in V. Cela étant, si u∈Γu \in \Gamma est tel que (u0(x),u(x))∈W(u_0(x), u(x)) \in W pour tout x∈Xx \in X, on en conclut d’après ce qui précède (x,u0−1(u(x)))∈V(x, u_0^{-1}(u(x))) \in V pour tout x∈Xx \in X, d’où, puisque uu est bijective, (u−1(x),u0−1(x))∈V(u^{-1}(x), u_0^{-1}(x)) \in V pour tout x∈Xx \in X, ce qui achève la démonstration.

Soit maintenant X un espace localement compact et soit Γ le groupe des homéomorphismes de X sur lui-même; la topologie de la convergence compacte dans X n’est pas nécessairement compatible avec la structure de groupe de Γ (X, p. 51, exerc. 17). Désignons par X’ l’espace compact obtenu par adjonction à X d’un point à l’infini ω\omega; tout homéomorphisme uu de XX sur lui-même se prolonge d’une seule manière en un homéomorphisme u′u' de X′X' sur lui-même tel que u′(ω)=ωu'(\omega) = \omega (I, p. 67, th. 4), de sorte que Γ\Gamma s’identifie au sous-groupe du groupe Γ′\Gamma' de tous les homéomorphismes de X′X', formé des homéomorphismes laissant ω\omega invariant. Sur Γ\Gamma, la topologie induite par celle de Cu(X′;X′)C_u(X'; X') est donc compatible avec la structure de groupe (prop. 11), et Γ\Gamma est fermé dans Γ′\Gamma' (pour la topologie induite par celle de Cu(X′;X′)C_u(X'; X')) puisqu’il est défini par l’équation u′(ω)=ωu'(\omega) = \omega (X, p. 4, Remarque 6). Nous noterons Tβ\mathscr{T}_\beta la topologie de groupe ainsi définie sur Γ\Gamma; elle est plus fine que la topologie de la convergence compacte, et peut aussi (en vertu de X, p. 7, prop. 6) être définie comme la topologie de la convergence uniforme dans XX, quand on munit XX de la structure uniforme induite par l’unique structure uniforme de X′X'.

La topologie Tβ\mathscr{T}_\beta peut être caractérisée de la façon suivante:

Proposition 12

Sur le groupe Γ\Gamma des homéomorphismes d’un espace localement compact XX, la topologie Tβ\mathscr{T}_\beta est la moins fine rendant continues les deux applications u↦uu \mapsto u et u↦u−1u \mapsto u^{-1} de Γ\Gamma dans l’espace Cc(X;X)C_c(X; X).

Désignons pour un moment par T′\mathscr{T}' cette dernière topologie. Comme u↦u−1u \mapsto u^{-1} est continue pour Tβ\mathscr{T}_\beta et que Tβ\mathscr{T}_\beta est plus fine que la topologie de la convergence compacte, il est clair que Tβ\mathscr{T}_\beta est plus fine que T′\mathscr{T}'. Pour démontrer la réciproque, munissons X′X' de son unique structure uniforme; soit u0∈Γu_0 \in \Gamma et soit VV un entourage de X′X'; il faut prouver qu’il existe une partie compacte KK de XX et un entourage symétrique WW de X′X' tels que les relations

u∈Γ, (u0(x),u(x))∈W et (u0−1(x),u−1(x))∈W pour tout x∈K u \in \Gamma,\ (u_0(x), u(x)) \in W \text{ et } (u_0^{-1}(x), u^{-1}(x)) \in W \text{ pour tout } x \in K

entraînent (u0(x),u(x))∈V(u_0(x), u(x)) \in V pour tout x∈Xx \in X. Soit V1V_1 un entourage symétrique ouvert de X′X' tel que V12⊂VV_1^2 \subset V; alors K1=X′−V1(ω)K_1 = X' - V_1(\omega) est une partie compacte de XX. Prenons l’entourage ouvert symétrique WW de X′X' tel que W⊂VW \subset V et que l’on ait W(ω)∩W(u0−1(K1))=∅W(\omega) \cap W(u_0^{-1}(K_1)) = \varnothing, ce qui est possible en vertu de II, p. 31, prop. 4; soit K2=X′−W(ω)K_2 = X' - W(\omega), qui est une partie compacte de XX; nous allons voir que WW et l’ensemble compact K=K1∪K2K = K_1 \cup K_2 répondent à la question. Puisque W⊂VW \subset V, il suffit en effet de prouver que la relation (u0−1(x),u−1(x))∈W(u_0^{-1}(x), u^{-1}(x)) \in W pour tout x∈K1x \in K_1 (avec u∈Γu \in \Gamma) implique que, pour tout y∈W(ω)y \in W(\omega), on a (u(y),ω)∈V1(u(y), \omega) \in V_1; on aura alors aussi (u0(y),ω)∈V1(u_0(y), \omega) \in V_1, donc (u0(y),u(y))∈V12⊂V(u_0(y), u(y)) \in V_1^2 \subset V pour tout y∈W(ω)=X′−K2y \in W(\omega) = X' - K_2. Or, si on avait y∈W(ω)y \in W(\omega) et u(y)∈X′−V1(ω)=K1u(y) \in X' - V_1(\omega) = K_1, on en conclurait y∈u−1(K1)⊂W(u0−1(K1))y \in u^{-1}(K_1) \subset W(u_0^{-1}(K_1)), contrairement au choix de WW, ce qui termine la démonstration.

En général, le groupe Γ\Gamma, muni de Tβ\mathscr{T}_\beta, n’est pas localement compact (X, p. 50, exerc. 16 b)); mais on a le critère suivant:

Théorème 4

Soit G un sous-groupe du groupe Γ des homéomorphismes d’un espace localement compact X. Supposons qu’il existe, dans l’espace Cc(X;X)C_c(X; X), un voisinage V de l’application identique e tel que V∩G=HV \cap G = H soit symétrique dans G et relativement compact dans Cc(X;X)C_c(X; X). Alors l’adhérence G‾\overline{G} de G dans Γ pour la topologie Tβ\mathscr{T}_\beta est un groupe localement compact pour la topologie induite par Tβ\mathscr{T}_\beta; cette topologie induite sur G‾\overline{G} est d’ailleurs identique à la topologie de la convergence compacte, et l’adhérence H‾\overline{H} de H dans Cc(X;X)C_c(X; X) est un voisinage de e dans G‾\overline{G} pour cette topologie.

Montrons d’abord que H‾\overline{H} est contenu dans Γ et que sur H‾\overline{H}, la topologie induite par Tβ\mathscr{T}_\beta est identique à la topologie de la convergence compacte. Soit u0∈H‾u_0 \in \overline{H}, qui est donc limite, dans Cc(X;X)C_c(X; X), d’un ultrafiltre Φ\Phi sur H; comme Φ−1\Phi^{-1} (image de Φ\Phi par u↦u−1u \mapsto u^{-1}) est une base d’ultrafiltre sur H⊂H‾H \subset \overline{H}, il converge dans le sous-espace compact H‾\overline{H} de Cc(X;X)C_c(X; X) vers un élément v0v_0. L’application (u,v)↦uv(u, v) \mapsto uv converge vers u0v0u_0v_0 suivant Φ×Φ−1\Phi \times \Phi^{-1} (X, p. 29, prop. 9); a fortiori, u↦uu−1=eu \mapsto uu^{-1} = e converge vers u0v0u_0v_0 suivant Φ\Phi, donc u0v0=eu_0v_0 = e puisque Cc(X;X)C_c(X; X) est séparé; on voit de même que v0u0=ev_0u_0 = e, ce qui prouve que u0u_0 et v0v_0 sont des bijections réciproques de X, d’où la première assertion. En outre, ce raisonnement montre que H‾−1=H‾\overline{H}^{-1} = \overline{H} et que pour tout ultrafiltre Φ\Phi sur H‾\overline{H} qui converge vers u0u_0, Φ−1\Phi^{-1} converge dans Cc(X;X)C_c(X; X) vers u0−1u_0^{-1}; donc l’application u↦u−1u \mapsto u^{-1} de H‾\overline{H} dans Cc(X;X)C_c(X; X) est continue lorsque H‾\overline{H} est muni de la topologie de la convergence compacte (I, p. 50, cor. 1). La prop. 12 (X, p. 31) prouve alors que sur H‾\overline{H}, la topologie de la convergence compacte est identique à la topologie induite par Tβ\mathscr{T}_\beta.

En outre, comme sur Γ la topologie Tβ\mathscr{T}_\beta est plus fine que la topologie de la convergence compacte, H‾\overline{H} est aussi l’adhérence de H pour Tβ\mathscr{T}_\beta; or, H est un voisinage de e dans G pour la topologie de la convergence compacte, et a fortiori pour la topologie induite par Tβ\mathscr{T}_\beta; on en déduit (I, p. 18, prop. 2) que H‾\overline{H} est un voisinage de e dans G‾\overline{G} pour la topologie induite par Tβ\mathscr{T}_\beta, ce qui prouve que G‾\overline{G} est localement compact pour cette topologie. En outre, si W est l’intérieur de V pour la topologie de la convergence compacte, W∩ΓW \cap \Gamma est ouvert pour Tβ\mathscr{T}_\beta, donc W∩G‾W \cap \overline{G} est contenu dans l’adhérence de H=V∩GH = V \cap G pour Tβ\mathscr{T}_\beta (I, p. 7, prop. 5), ce qui prouve que H‾\overline{H} est aussi un voisinage de e dans G‾\overline{G} pour la topologie de la convergence compacte. Enfin, pour tout u0∈Γu_0 \in \Gamma, les bijections réciproques v↦u0∘vv \mapsto u_0 \circ v et v↦u0−1∘vv \mapsto u_0^{-1} \circ v de Cc(X;X)C_c(X; X) sur lui-même sont continues (X, p. 29, prop. 9), donc, pour u0∈G‾u_0 \in \overline{G}, u0H‾u_0 \overline{H} est un voisinage de u0u_0 dans G‾\overline{G} pour la topologie de la convergence compacte, ce qui achève la démonstration.

Corollaire

Soit G un groupe d’homéomorphismes d’un espace localement compact X. Si l’adhérence G‾\overline{G} de G dans Cc(X;X)C_c(X; X) est compacte, G‾\overline{G} est un groupe d’homéomorphismes de X, et la topologie de la convergence compacte est compatible avec la structure de groupe de G‾\overline{G}, qui est donc un groupe compact.

Un groupe d’homéomorphismes d’un espace localement compact X qui est localement compact (non compact) pour la topologie de la convergence compacte, est localement fermé dans Cc(X;X)C_c(X; X) en vertu de I, p. 66, prop. 12, mais n’est pas nécessairement fermé.

Par exemple dans l’anneau L(Rn)\mathscr{L}(\mathbf{R}^n) des endomorphismes de Rn\mathbf{R}^n, identifié à l’anneau Mn(R)\mathbf{M}_n(\mathbf{R}) des matrices carrées d’ordre n sur R\mathbf{R}, et muni de la topologie de la convergence compacte, le groupe GL(n,R)\mathbf{GL}(n, \mathbf{R}), identifié au groupe des matrices inversibles, est localement compact, mais partout dense (VI, p. 6, prop. 6).

Exercices

See the exercises for § 3.

Transcribed from the printed volume. Not translated.