Bourbaki

§ 4. Approximation des fonctions continues numériques

1. Approximation des fonctions continues par les fonctions d’un ensemble réticulé

Nous allons étudier, dans ce paragraphe, l’ensemble C=C(X;R)\mathscr{C} = \mathscr{C}(X; \mathbf{R}) des fonctions continues numériques¹ définies dans un espace compact X ; nous considérons toujours sur cet ensemble la topologie de la convergence uniforme ; on sait (X, p. 21) que cette topologie est définie par la norme ∥f∥=sup⁡x∈X∣f(x)∣\|f\| = \sup_{x \in X} |f(x)|, et que cette norme est compatible avec la structure d’algèbre de C\mathscr{C} sur le corps R\mathbf{R}; muni de cette structure d’algèbre et de cette norme, C\mathscr{C} est une algèbre normée complète sur le corps R\mathbf{R} (X, p. 9, cor. 1).

Étant donné un ensemble H⊂CH \subset \mathscr{C}, nous dirons qu’une fonction numérique f continue dans X peut être approchée uniformément par des fonctions de H si f est adhérente à H dans l’espace C\mathscr{C}, c’est-à-dire si, pour tout ε>0\varepsilon > 0, il existe une fonction g∈Hg \in H telle que ∣f(x)−g(x)∣≤ε|f(x) - g(x)| \leq \varepsilon pour tout x∈Xx \in X. Dire que toute fonction numérique continue dans X peut être approchée uniformément par des fonctions de H signifie donc que H est partout dense dans C\mathscr{C}.

Sur l’ensemble C\mathscr{C}, on sait que la relation f≤gf \leq g (équivalente à « quel que soit x∈X,f(x)≤g(x)x \in X, f(x) \leq g(x) ») est une relation d’ordre, pour laquelle C\mathscr{C} est un ensemble réticulé. On a évidemment ∥u∣−∣v∣∥≤∥u−v∥\|u| - |v|\| \leq \|u - v\|, donc u↦∣u∣u \mapsto |u| est une application uniformément continue de C\mathscr{C} dans lui-même ; on en déduit que

(u,v)↦sup⁡(u,v)=12(u+v+∣u−v∣) (u, v) \mapsto \sup(u, v) = \frac{1}{2}(u + v + |u - v|)

et

(u,v)↦inf⁡(u,v)=12(u+v−∣u−v∣) (u, v) \mapsto \inf(u, v) = \frac{1}{2}(u + v - |u - v|)

sont uniformément continues dans C×C\mathscr{C} \times \mathscr{C}.

Proposition 1

Soient X un espace compact, H un ensemble de fonctions continues numériques définies dans X. Soit f une fonction numérique continue dans X, et telle que,

¹ Les fonctions numériques dont il sera question dans ce paragraphe seront toujours supposées finies.

pour tout x∈Xx \in X, il existe une fonction ux∈Hu_x \in H telle que ux(x)>f(x)u_x(x) > f(x) (resp. ux(x)<f(x)u_x(x) < f(x)). Alors il existe un nombre fini de fonctions uxi=fi∈Hu_{x_i} = f_i \in H (1≤i≤n1 \leq i \leq n) telles que, si on pose v=sup⁡(f1,f2,…,fn)v = \sup(f_1, f_2, \ldots, f_n) (resp. w=inf⁡(f1,f2,…,fn)w = \inf(f_1, f_2, \ldots, f_n)) on ait v(x)>f(x)v(x) > f(x) (resp. w(x)<f(x)w(x) < f(x)) pour tout x∈Xx \in X.

En effet, pour tout x∈Xx \in X, soit GxG_x l’ensemble ouvert des z∈Xz \in X tels que ux(z)>f(z)u_x(z) > f(z) (resp. ux(z)<f(z)u_x(z) < f(z)); comme x∈Gxx \in G_x par hypothèse, XX est réunion des GxG_x lorsque xx parcourt XX. Comme XX est compact, il existe un nombre fini de points xix_i (1≤i≤n1 \leq i \leq n) tels que les GxiG_{x_i} forment un recouvrement de XX; il est clair que les fonctions fi=uxif_i = u_{x_i} répondent à la question.

Théorème 1 (Dini)

Soient XX un espace compact, HH un ensemble filtrant pour la relation ≤\leq (resp. ≥\geq) de fonctions numériques continues dans XX. Si l’enveloppe supérieure (resp. inférieure) ff de HH est finie et continue dans XX, ff peut être approchée uniformément par des fonctions de HH (ou, ce qui revient au même, le filtre des sections de HH converge uniformément vers ff dans XX).

En effet, étant donné ε>0\varepsilon > 0 arbitraire, pour tout x∈Xx \in X il existe une fonction ux∈Hu_x \in H telle que ux(x)>f(x)−εu_x(x) > f(x) - \varepsilon. D’après la prop. 1 et comme HH est filtrant pour la relation ≤\leq, il existe g∈Hg \in H telle que g(x)>f(x)−εg(x) > f(x) - \varepsilon pour tout x∈Xx \in X; comme, d’autre part, on a g(x)≤f(x)g(x) \leq f(x) par définition, le théorème est démontré.

Corollaire

Soit (un)(u_n) une suite croissante (resp. décroissante) de fonctions numériques continues dans XX. Si l’enveloppe supérieure (resp. inférieure) ff de la suite (un)(u_n) est finie et continue dans XX, la suite (un)(u_n) converge uniformément vers ff dans XX.

Il est immédiat que la conclusion du th. 1 n’est plus nécessairement exacte si on ne suppose plus XX compact, comme le montre l’exemple de la suite décroissante des fonctions x/(n+x)x/(n + x) dans R+\mathbf{R}_+.

Proposition 2

Soient XX un espace compact, HH un ensemble de fonctions continues numériques définies dans XX, tel que, pour deux fonctions quelconques u∈H,v∈Hu \in H, v \in H, les fonctions sup⁡(u,v)\sup(u, v) et inf⁡(u,v)\inf(u, v) appartiennent à HH. Pour qu’une fonction numérique ff continue dans XX puisse être approchée uniformément par des fonctions de HH, il faut et il suffit que, pour tout ε>0\varepsilon > 0, et tout couple (x,y)(x, y) de points de XX, il existe une fonction ux,y∈Hu_{x,y} \in H telle que ∣f(x)−ux,y(x)∣<ε|f(x) - u_{x,y}(x)| < \varepsilon et ∣f(y)−ux,y(y)∣<ε|f(y) - u_{x,y}(y)| < \varepsilon.

La condition est évidemment nécessaire; montrons qu’elle est suffisante. Pour tout ε>0\varepsilon > 0, nous allons montrer qu’il existe une fonction g∈Hg \in H telle que ∣f(z)−g(z)∣<ε|f(z) - g(z)| < \varepsilon pour tout z∈Xz \in X. Soit xx un point quelconque de XX, et HxH_x l’ensemble des fonctions u∈Hu \in H telles que u(x)<f(x)+εu(x) < f(x) + \varepsilon. Par hypothèse, pour tout y∈Xy \in X, la fonction ux,yu_{x,y} appartient à HxH_x et on a ux,y(y)>f(y)−εu_{x,y}(y) > f(y) - \varepsilon; d’après la prop. 1 (X, p. 33), il existe donc un nombre fini de fonctions de HxH_x dont l’enveloppe supérieure vxv_x est telle que vx(z)>f(z)−εv_x(z) > f(z) - \varepsilon pour tout z∈Xz \in X; d’autre part, on a, par définition de HxH_x, vx(x)<f(x)+εv_x(x) < f(x) + \varepsilon; enfin, vxv_x appartient à HH d’après l’hypothèse. La prop. 1 montre donc qu’il existe un nombre fini de fonctions vxiv_{x_i} dont l’enveloppe inférieure gg est telle que g(z)<f(z)+εg(z) < f(z) + \varepsilon pour tout z∈Xz \in X; d’autre part, comme on a vxi(z)>f(z)−εv_{x_i}(z) > f(z) - \varepsilon pour tout z∈Xz \in X et pour chaque indice ii, on a aussi g(z)>f(z)−εg(z) > f(z) - \varepsilon pour tout z∈Xz \in X; comme g∈Hg \in H d’après l’hypothèse, la proposition est démontrée.

Remarque

Lorsque l’ensemble HH satisfait aux conditions de l’énoncé, il est réticulé pour la relation d’ordre f≤gf \leq g. Mais on notera qu’un sous-ensemble HH de CC peut être réticulé pour cette relation d’ordre sans que la borne supérieure (resp. inférieure) dans HH de deux fonctions u,vu, v de HH coïncide avec leur borne supérieure (resp. inférieure) dans CC, c’est-à-dire avec la fonction

x↦sup⁡(u(x),v(x))(resp. x↦inf⁡(u(x),v(x))). x \mapsto \sup(u(x), v(x)) \quad (\text{resp. } x \mapsto \inf(u(x), v(x))).
\* Un exemple en est fourni par les applications convexes d’un intervalle compact de R\mathbf{R} dans R\mathbf{R} (cf. FVR, I, § 4, exerc. 20).

Corollaire

On suppose que HH soit tel que, pour deux fonctions quelconques u∈Hu \in H, v∈Hv \in H, les fonctions sup⁡(u,v)\sup(u, v) et inf⁡(u,v)\inf(u, v) appartiennent à HH, et en outre que, pour tout couple de points distincts x,yx, y de XX et tout couple de nombres réels α,β\alpha, \beta, il existe une fonction g∈Hg \in H telle que g(x)=αg(x) = \alpha et g(y)=βg(y) = \beta. Alors toute fonction numérique continue dans XX peut être approchée uniformément par des fonctions de HH.

Théorème 2 (Stone)

Soient XX un espace compact, HH un sous-espace vectoriel de C(X,R)C(X, \mathbf{R}) tel que: 1° les fonctions constantes appartiennent à HH; 2° la relation u∈Hu \in H entraîne ∣u∣∈H|u| \in H; 3° HH sépare les points de XX (IX, p. 9, déf. 5). Dans ces conditions, toute fonction numérique continue dans XX peut être approchée uniformément par des fonctions de HH.

Il suffit de montrer que HH satisfait aux conditions du cor. de la prop. 2. D’après l’hypothèse, si u∈Hu \in H et v∈Hv \in H,

sup⁡(u,v)=12(u+v+∣u−v∣)etinf⁡(u,v)=12(u+v−∣u−v∣) \sup(u, v) = \frac{1}{2}(u + v + |u - v|) \quad \text{et} \quad \inf(u, v) = \frac{1}{2}(u + v - |u - v|)
appartiennent à HH. D’autre part, soient x,yx, y deux points distincts quelconques de XX, α\alpha et β\beta deux nombres réels quelconques; par hypothèse, il existe une fonction h∈Hh \in H telle que h(x)≠h(y)h(x) \neq h(y); posons h(x)=γ,h(y)=δh(x) = \gamma, h(y) = \delta; comme les constantes appartiennent à HH, la fonction g(z)=α+(β−α)h(z)−γδ−γg(z) = \alpha + (\beta - \alpha) \frac{h(z) - \gamma}{\delta - \gamma} appartient à HH, et est telle que g(x)=αg(x) = \alpha et g(y)=βg(y) = \beta.

2. Approximation des fonctions continues par les polynômes

Étant donné un ensemble HH de fonctions numériques définies dans un ensemble XX, nous dirons qu’une fonction numérique définie dans XX est un polynôme (resp. un polynôme sans terme constant) à coefficients réels par rapport aux fonctions de HH si elle est de la forme

x↦g(f1(x),f2(x),…,fn(x)) x \mapsto g(f_1(x), f_2(x), \ldots, f_n(x))

où gg est un polynôme (resp. un polynôme sans terme constant) à coefficients réels par rapport à nn indéterminées (nn quelconque) et où les fif_i (1≤i≤n1 \leq i \leq n) appartiennent à H\mathbf{H}.

Théorème 3 (Weierstrass-Stone)

Soient XX un espace compact, H\mathbf{H} un ensemble de fonctions numériques continues dans XX, séparant les points de XX. Alors toute fonction numérique continue dans XX peut être approchée uniformément par des polynômes (à coefficients réels) par rapport aux fonctions de H\mathbf{H}.

Il revient au même de dire qu’une sous-algèbre de C(X;R)\mathscr{C}(X; \mathbf{R}) qui contient les fonctions constantes et sépare les points de XX est dense dans C(X;R)\mathscr{C}(X; \mathbf{R}).

Soit H0\mathbf{H}_0 l’ensemble des polynômes par rapport aux fonctions de H\mathbf{H} et H‾0\overline{\mathbf{H}}_0 son adhérence dans C\mathscr{C}; pour tout polynôme gg à nn variables, à coefficients réels, (u1,u2,…,un)↦g(u1,u2,…,un)(u_1, u_2, \ldots, u_n) \mapsto g(u_1, u_2, \ldots, u_n) est une application continue de Cn\mathscr{C}^n dans C\mathscr{C}, qui applique H0n\mathbf{H}_0^n dans H0\mathbf{H}_0; elle applique donc H‾0n\overline{\mathbf{H}}_0^n dans H‾0\overline{\mathbf{H}}_0 (I, p. 9, th. 1). En particulier, H‾0\overline{\mathbf{H}}_0 est un sous-espace vectoriel de C\mathscr{C}, et satisfait évidemment à la première et à la troisième condition du th. 2 (X, p. 35); nous allons voir qu’il satisfait aussi à la seconde, d’où résultera que H‾0=C\overline{\mathbf{H}}_0 = \mathscr{C}. Comme toute fonction u∈H‾0u \in \overline{\mathbf{H}}_0 est bornée dans XX, il suffira de démontrer le lemme suivant:

Lemme 1

Pour tout nombre ε>0\varepsilon > 0 et tout intervalle compact I⊂RI \subset \mathbf{R}, il existe un polynôme p(t)p(t) sans terme constant tel que ∣p(t)−∣t∣∣≤ε|p(t) - |t|| \leq \varepsilon dans II.

Il suffit d’établir le lemme dans un intervalle de la forme I=(−a,+a)I = (-a, +a), et par suite, en remplaçant tt par atat, dans l’intervalle (−1,+1)(-1, +1). Comme on peut écrire ∣t∣=t2|t| = \sqrt{t^2}, le lemme 1 sera donc la conséquence du résultat suivant:

Lemme 2

Soit (pn)(p_n) la suite des polynômes sans terme constant définie par récurrence sur nn par les conditions p0(t)=0p_0(t) = 0, et

pn+1(t)=pn(t)+12(t−(pn(t))2) p_{n+1}(t) = p_n(t) + \frac{1}{2}(t - (p_n(t))^2)
pour n≥0n \geq 0; dans l’intervalle (0,1)(0, 1), la suite (pn)(p_n) est croissante et converge uniformément vers t\sqrt{t}.

Il suffit de prouver que, pour tout t∈(0,1)t \in (0, 1), on a

0≤t−pn(t)≤2t2+nt 0 \leq \sqrt{t} - p_n(t) \leq \frac{2\sqrt{t}}{2 + n\sqrt{t}}
car (2) entraîne 0≤t−pn(t)≤2/n0 \leq \sqrt{t} - p_n(t) \leq 2/n.

L’inégalité (2) est vraie pour n=0n = 0; démontrons-la par récurrence; il résulte de l’hypothèse de récurrence (2) que l’on a 0≤t−pn(t)≤t0 \leq \sqrt{t} - p_n(t) \leq \sqrt{t}, donc 0≤pn(t)≤t0 \leq p_n(t) \leq \sqrt{t}. On déduit alors de (1) que

t−pn+1(t)=(t−pn(t))(1−12(t+pn(t))) \sqrt{t} - p_{n+1}(t) = (\sqrt{t} - p_n(t))(1 - \frac{1}{2}(\sqrt{t} + p_n(t)))

d’où t−pn+1(t)⩾0\sqrt{t} - p_{n+1}(t) \geqslant 0, et, en vertu de (2)

t−pn+1(t)⩽2t2+nt(1−t2)⩽2t2+nt(1−t2+(n+1)t)=2t2+(n+1)t \begin{align*} \sqrt{t} - p_{n+1}(t) &\leqslant \frac{2\sqrt{t}}{2 + n\sqrt{t}} \left( 1 - \frac{\sqrt{t}}{2} \right) \\ &\leqslant \frac{2\sqrt{t}}{2 + n\sqrt{t}} \left( 1 - \frac{\sqrt{t}}{2 + (n+1)\sqrt{t}} \right) = \frac{2\sqrt{t}}{2 + (n+1)\sqrt{t}} \end{align*}

C.Q.F.D.

Lorsqu’on ne suppose plus X compact, la conclusion du th. 3 n’est plus nécessairement exacte. Par exemple, une fonction numérique continue, bornée et non constante dans R\mathbf{R}, ne peut être approchée uniformément dans R\mathbf{R} par des polynômes (cf. X, p. 55, exerc. 6).

Proposition 3

Soient* (Ki)i∈I(\mathbf{K}_i)_{i \in I} une famille d’intervalles compacts de R\mathbf{R}, K=∏i∈IKi\mathbf{K} = \prod_{i \in I} \mathbf{K}_i l’espace produit de ces intervalles, X un sous-espace compact de K. Toute fonction numérique continue dans X peut être uniformément par des polynômes par rapport aux coordonnées xi=prixx_i = \mathrm{pr}_i x.

En effet, si x=(xi)x = (x_i) et y=(yi)y = (y_i) sont deux points distincts de X, il existe un indice ii tel que xi≠yix_i \neq y_i, ce qui montre que la famille des fonctions continues pr_i satisfait aux conditions du th. 3.

Proposition 4

Soient* X un espace compact, A une partie fermée de X, H un ensemble de fonctions numériques continues dans X, séparant les points de CA\mathbf{C} A, et tel que A soit l’intersection des ensembles u−1(0)u^{-1}(0), où u parcourt H. Dans ces conditions, toute fonction numérique continue dans X et nulle dans A peut être approchée uniformément par des polynômes sans terme constant par rapport aux fonctions de H.

Considérons d’abord le cas particulier où A est réduit à un point x0x_0. L’hypothèse entraîne alors que H sépare les points de X, car si x≠x0x \neq x_0, il existe par hypothèse une fonction u∈Hu \in H telle que u(x)≠0=u(x0)u(x) \neq 0 = u(x_0); pour tout ε>0\varepsilon > 0 et toute fonction numérique ff continue dans X et telle que f(x0)=0f(x_0) = 0, il existe donc (X, p. 36, th. 3) un polynôme gg par rapport aux fonctions de H, tel que ∣f(x)−g(x)∣⩽ε|f(x) - g(x)| \leqslant \varepsilon pour tout x∈Xx \in X; on en déduit en particulier ∣g(x0)∣⩽ε|g(x_0)| \leqslant \varepsilon, d’où ∣f(x)−(g(x)−g(x0))∣⩽2ε|f(x) - (g(x) - g(x_0))| \leqslant 2\varepsilon pour tout x∈Xx \in X, et comme g(x)−g(x0)g(x) - g(x_0) est un polynôme sans terme constant par rapport aux fonctions de H, la proposition est démontrée dans ce cas.

Dans le cas général, considérons dans X la relation d’équivalence R dont les classes sont formées de l’ensemble A et des ensembles {x}\{x\}, où xx parcourt CA\mathbf{C} A; l’espace quotient X′=X/RX' = X/R est séparé (I, p. 58, prop. 15), et par suite compact. Soit φ\varphi l’application canonique de X sur X/R; toute fonction numérique continue sur X et s’annulant dans A peut s’écrire f=f1∘φf = f_1 \circ \varphi, où f1f_1 est une fonction numérique définie et continue dans X′X', et s’annulant au point x0′=φ(A)x'_0 = \varphi(A); en appliquant la proposition à l’espace X′X' et au point x0′x'_0, on obtient le résultat final.

3. Application: approximation des fonctions numériques continues définies dans un produit d’espaces compacts

Théorème 4

Soient (Xi)i∈I(X_i)_{i \in I} une famille d’espaces compacts, X=∏i∈IXiX = \prod_{i \in I} X_i leur produit. Toute fonction numérique continue dans XX peut être approchée uniformément par des sommes d’un nombre fini de fonctions de la forme (xi)↦∏α∈Juα(xα)(x_i) \mapsto \prod_{\alpha \in J} u_\alpha(x_\alpha), où JJ est une partie finie (quelconque) de II et où, pour chaque α∈J\alpha \in J, uαu_\alpha est une fonction numérique continue dans XαX_\alpha.

En effet, considérons l’ensemble HH des « fonctions d’une variable » (xi)↦uα(xα)(x_i) \mapsto u_\alpha(x_\alpha) (α\alpha quelconque dans II) continues dans XX; cet ensemble sépare les points de XX, car si x=(xi)x = (x_i) et y=(yi)y = (y_i) sont deux points distincts de XX, il existe α∈I\alpha \in I tel que xα≠yαx_\alpha \neq y_\alpha, et une fonction numérique hαh_\alpha continue dans XαX_\alpha telle que hα(xα)≠hα(yα)h_\alpha(x_\alpha) \neq h_\alpha(y_\alpha); la fonction x↦hα(prαx)x \mapsto h_\alpha(\mathrm{pr}_\alpha x) appartient à HH et prend des valeurs distinctes aux points xx et yy. Comme tout polynôme par rapport aux fonctions de HH est de la forme décrite dans l’énoncé, le théorème résulte du th. 3 (X, p. 36).

Lorsqu’on ne suppose plus tous les espaces XiX_i compacts, la conclusion du th. 4 n’est plus nécessairement exacte (cf. X, p. 56, exerc. 9).

4. Approximation des applications continues d’un espace compact dans un espace normé

Soient XX un espace compact, YY un espace vectoriel normé sur le corps R\mathbf{R} (IX, p. 32); l’espace C(X;Y)C(X; Y) sera toujours supposé muni de la topologie de la convergence uniforme, définie par la norme ∥u∥=sup⁡x∈X∥u(x)∥\|u\| = \sup_{x \in X} \|u(x)\| (X, p. 21).

Étant donné un ensemble HH de fonctions numériques continues, définies dans XX, une famille finie (ui)1≤i≤n(u_i)_{1 \leq i \leq n} de fonctions appartenant à HH, et une famille finie (ai)1≤i≤n(a_i)_{1 \leq i \leq n} de points de YY, l’application x↦∑i=1naiui(x)x \mapsto \sum_{i=1}^n a_i u_i(x) de XX dans YY est continue; nous la désignerons par ∑i=1naiui\sum_{i=1}^n a_i u_i, et nous dirons que c’est une combinaison linéaire de fonctions de HH, à coefficients dans YY. Nous dirons encore qu’une application continue ff de XX dans YY peut être approchée uniformément par des combinaisons linéaires (à coefficients dans YY) de fonctions de HH, si ff est adhérente au sous-espace vectoriel de C(X;Y)C(X; Y) formé par l’ensemble de ces combinaisons.

Proposition 5

Soient XX un espace compact, YY un espace normé sur R\mathbf{R}, HH une partie de C(X;R)C(X; \mathbf{R}). Si toute fonction numérique continue dans XX peut être approchée uniformément par des fonctions de H\mathbf{H}, toute application continue f\mathbf{f} de XX dans YY peut être approchée uniformément par des combinaisons linéaires (à coefficients dans YY) de fonctions de H\mathbf{H}.

Étant donné arbitrairement ε>0\varepsilon > 0, pour tout x∈Xx \in X, il existe un voisinage ouvert de xx dans lequel l’oscillation de f\mathbf{f} est ≤ε\leq \varepsilon. Il existe donc un recouvrement ouvert fini (Ai)1≤i≤n(A_i)_{1 \leq i \leq n} de XX tel que l’oscillation de f\mathbf{f} dans chacun des AiA_i soit ≤ε\leq \varepsilon. Soit ai\mathbf{a}_i une valeur de f\mathbf{f} dans AiA_i (1≤i≤n1 \leq i \leq n), et soit (ui)1≤i≤n(u_i)_{1 \leq i \leq n} une partition continue de l’unité subordonnée au recouvrement (Ai)(A_i) (IX, p. 47, th. 3). Soit xx un point quelconque de XX; pour tout indice ii tel que x∉Aix \notin A_i, on a ui(x)=0u_i(x) = 0, et pour tout indice ii tel que x∈Aix \in A_i, on a ∥f(x)−ai∥≤ε\| \mathbf{f}(x) - \mathbf{a}_i \| \leq \varepsilon; on en déduit que

∥f(x)−∑i=1naiui(x)∥=∥∑i=1n(f(x)−ai)ui(x)∥≤ε∑i=1nui(x)=ε. \| \mathbf{f}(x) - \sum_{i=1}^n \mathbf{a}_i u_i(x) \| = \| \sum_{i=1}^n (\mathbf{f}(x) - \mathbf{a}_i) u_i(x) \| \leq \varepsilon \sum_{i=1}^n u_i(x) = \varepsilon.

D’autre part, il existe par hypothèse une fonction vi∈Hv_i \in \mathbf{H} telle que

∣ui(x)−vi(x)∣≤ε/(∑j=1n∥aj∥) |u_i(x) - v_i(x)| \leq \varepsilon / (\sum_{j=1}^n \| \mathbf{a}_j \|)

pour tout x∈Xx \in X (1≤i≤n1 \leq i \leq n); on a donc ∥f(x)−∑i=1naivi(x)∥≤2ε\| \mathbf{f}(x) - \sum_{i=1}^n \mathbf{a}_i v_i(x) \| \leq 2\varepsilon pour tout x∈Xx \in X, ce qui démontre la proposition.

A chacune des propositions démontrées ci-dessus, où on établit qu’une certaine partie H\mathbf{H} de C(X;R)\mathscr{C}(X; \mathbf{R}) est partout dense, correspond donc, par la prop. 5, une proposition analogue pour les applications continues de XX dans un espace normé quelconque YY. Nous nous bornerons à expliciter la proposition qui correspond ainsi au th. 3 (X, p. 36). Étant donné un ensemble H\mathbf{H} de fonctions numériques définies dans XX, appelons polynôme par rapport aux fonctions de H\mathbf{H}, à coefficients dans YY, toute combinaison linéaire, à coefficients dans YY, de produits d’une famille finie (éventuellement vide) de fonctions de H\mathbf{H}. Alors:

Proposition 6

Soient XX un espace compact, H\mathbf{H} un ensemble de fonctions numériques continues dans XX, séparant les points de XX. Dans ces conditions, toute application continue de XX dans un espace normé YY sur R\mathbf{R} peut être approchée uniformément par des polynômes par rapport aux fonctions de H\mathbf{H}, à coefficients dans YY.

la prop. 6 à l’ensemble formé des parties réelles et des parties imaginaires de fonctions f∈Hf \in \mathbf{H}, en remarquant que

ℜf=12(f+fˉ)etℑf=12i(f−fˉ). \Re f = \frac{1}{2} (f + \bar{f}) \quad \text{et} \quad \Im f = \frac{1}{2i} (f - \bar{f}).

Corollaire 1

Si XX est une partie compacte de l’espace Cn\mathbf{C}^n, toute application continue (z1,z2,…,zn)↦f(z1,z2,…,zn)(z_1, z_2, \ldots, z_n) \mapsto f(z_1, z_2, \ldots, z_n) de XX dans un espace normé YY sur le corps C\mathbf{C} peut être approchée uniformément par des polynômes à coefficients dans YY par rapport aux zkz_k et aux z‾k\overline{z}_k.

Nous verrons plus tard qu’en général il n’est pas possible d’approcher uniformément ff par des polynômes (à coefficients dans YY) par rapport aux seules variables zkz_k même si Y=CY = \mathbf{C}.

Corollaire 2

Soient XX un espace localement compact, C0(X)\mathscr{C}_0(X) l’algèbre normée sur C\mathbf{C} des applications continues de XX dans C\mathbf{C}, tendant vers 00 à l’infini. Soit AA une sous-algèbre de C0(X)\mathscr{C}_0(X), séparant les points de XX, telle que pour tout x∈Xx \in X, il existe f∈Af \in A pour laquelle f(x)≠0f(x) \neq 0, et telle que la relation f∈Af \in A entraîne fˉ∈A\bar{f} \in A. Alors AA est dense dans C0(X)\mathscr{C}_0(X).

Si X′X' est l’espace compact obtenu par adjonction à XX d’un point à l’infini ω\omega, C0(X)\mathscr{C}_0(X) s’identifie au sous-espace de C(X′;C)\mathscr{C}(X'; \mathbf{C}) formé des applications continues nulles au point ω\omega, la norme sur C0(X)\mathscr{C}_0(X) étant définie par

∥f∥=sup⁡x∈X∣f(x)∣=sup⁡x∈X′∣f(x)∣. \|f\| = \sup_{x \in X} |f(x)| = \sup_{x \in X'} |f(x)|.
En vertu de la prop. 7 (X, p. 39), toute fonction f∈C0(X)f \in \mathscr{C}_0(X) peut être approchée uniformément par des polynômes à coefficients complexes, par rapport à des fonctions appartenant à AA; en outre, comme f(ω)=0f(\omega) = 0, le raisonnement de X, p. 37, prop. 4 montre qu’on peut supposer ces polynômes sans terme constant et alors ils appartiennent à AA.

Comme autre exemple d’application de la prop. 7, citons le résultat suivant:

Proposition 8

Soit PP l’ensemble des applications continues périodiques de Rm\mathbf{R}^m dans C\mathbf{C} dont le groupe des périodes contient Zm\mathbf{Z}^m. Toute fonction appartenant à PP peut être approchée uniformément, dans Rm\mathbf{R}^m, par des combinaisons linéaires à coefficients complexes des fonctions de la forme*

(x1,x2,…,xm)↦e(h1x1+h2x2+⋯+hmxm) (x_1, x_2, \ldots, x_m) \mapsto \mathbf{e}(h_1 x_1 + h_2 x_2 + \cdots + h_m x_m)
où les hih_i sont des entiers (ces combinaisons sont appelées polynômes trigonométriques à m variables).

Il suffit de remarquer que PP (muni de la topologie de la convergence uniforme) est canoniquement isomorphe à l’espace des applications continues de l’espace compact TmT^m dans C\mathbf{C} (VII, p. 11), et d’appliquer la prop. 7 à l’ensemble des applications de TmT^m dans C\mathbf{C} qui correspondent aux mm applications

(x1,x2,…,xm)↦e(xi)(1≤i≤m) (x_1, x_2, \ldots, x_m) \mapsto \mathbf{e}(x_i) \quad (1 \leq i \leq m)
de Rm\mathbf{R}^m dans C\mathbf{C}.

Exercises

Exercices

See the exercises for § 4.

Transcribed from the printed volume. Not translated.