§ 2. Ensembles équicontinus
1. Définition et critères généraux
Définition 1
Soient X un espace topologique, Y un espace uniforme. On dit qu’une partie H de est équicontinue en un point si, pour tout entourage V de Y, il existe un voisinage U de dans X tel que, pour tout et toute fonction , on ait . On dit que H est équicontinue si H est équicontinue en tout point de X.
Définition 2
Soient X et Y deux espaces uniformes. On dit qu’une partie H de est uniformément équicontinue si, pour tout entourage V de Y, il existe un entourage U de X tel que les relations et entraînent .
On dit qu’une famille d’applications de X dans Y est équicontinue en un point (resp. équicontinue, uniformément équicontinue) si l’ensemble des est équicontinu en (resp. équicontinu, uniformément équicontinu).
Il est clair que si est équicontinu en , alors toute fonction est continue en ; si H est équicontinu, les sont donc continues dans X, autrement dit . De même, si H est uniformément équicontinu (X étant un espace uniforme), toute fonction est uniformément continue dans X. Il est clair que si H est uniformément équicontinu, il est équicontinu, mais un ensemble d’applications uniformément continues peut être équicontinu, sans être uniformément équicontinu (voir X, p. 43, exerc. 1, X, p. 12, cor. 2 et X, p. 15, prop. 4).
Exemple 1
Soient X un espace topologique (resp. un espace uniforme), Y un espace uniforme. Tout ensemble fini d’applications continues (resp. uniformément continues) de X dans Y est équicontinu (resp. uniformément équicontinu).
Exemple 2
Soient X, Y deux espaces métriques, (resp. ) la distance sur X (resp. Y), k et deux nombres > 0. L’ensemble des applications de X dans Y telles que, pour tout couple de points de X, on ait
Soit H un ensemble de fonctions numériques définies dans un intervalle , dérivables dans I et telles que dans I pour tout et toute . Alors H est uniformément équicontinu, car pour tout couple de points de I, on a
Exemple 3
Soient G un groupe topologique, Y un espace uniforme, une application uniformément continue de G dans Y, quand G est muni de sa structure uniforme gauche (III, p. 19). Pour tout , soit l’application de G dans Y. L’ensemble des applications () est uniformément équicontinu, puisque la relation équivaut à .
Proposition 1
Soient T un ensemble, un ensemble de parties de T, Y un espace uniforme, X un espace topologique (resp. un espace uniforme), et une application de dans Y. Pour tout , soit l’ensemble des applications de la forme pour . Pour que l’application de X dans soit continue en un point (resp. uniformément continue), il faut et il suffit que, pour tout , l’ensemble soit équicontinu en (resp. uniformément équicontinu).
Considérons d’abord le cas particulier où , autrement dit
Pour tout entourage V de Y, la condition signifie que, pour tout , . Dire que est continue en (resp. uniformément continue) signifie donc que pour tout entourage V de Y, il existe un voisinage U de dans X (resp. un entourage M de X) tel que la relation (resp. ) entraîne (resp. ) pour tout ; la proposition résulte alors des déf. 1 et 2 (X, p. 2). Dans le cas général, il faut exprimer que pour tout , l’application de X dans est continue au point (resp. uniformément continue) en vertu de X, p. 2; d’après ce qui précède, cela équivaut à la condition que pour tout , est équicontinu en (resp. uniformément équicontinu).
La prop. 1 permet de donner des traductions parfois utiles des déf. 1 et 2 (X, p. 2), en l’appliquant au cas où et où est l’application de dans ; comme est l’application de H dans Y, on voit que:
Corollaire 1
Soient X un espace topologique (resp. un espace uniforme), Y un espace uniforme, H une partie de . Pour tout , désignons par l’application de H dans Y. Pour que H soit équicontinu en un point (resp. uniformément équicontinu), il faut et il suffit que l’application de X dans l’espace uniforme soit continue en (resp. uniformément continue).
En particulier, si X est compact, toute application continue de X dans est uniformément continue (II, p. 29, th. 2), donc:
Corollaire 2
Soient X un espace compact, Y un espace uniforme. Toute partie équicontinue de est uniformément équicontinue.
Considérons maintenant un ensemble T, un espace topologique X, un espace uniforme Y, et une application . Désignons par l’application de X dans , et considérons l’application canonique de dans Y; il est clair que le diagramme
(où est l’application identique) est commutatif. Supposons maintenant que T soit muni d’une topologie et que pour tout , l’application soit continue; on peut alors, dans le diagramme précédent, remplacer par . Mais on sait que est continue (X, p. 10, prop. 9); si donc l’application est continue, il en est de même de . Comme la continuité de s’exprime à l’aide de la prop. 1 (X, p. 11), on a le résultat suivant:
Corollaire 3
Soient T et X des espaces topologiques, Y un espace uniforme, f une application de T × X dans Y. Pour que f soit continue, il suffit que les conditions suivantes soient remplies:
1° pour tout x ∈ X, l’application partielle t ↦ f(t, x) est continue; 2° lorsque t parcourt T, les applications partielles x ↦ f(t, x) forment une partie équicontinue de .
Prenons en particulier pour T une partie H de et pour f l’application canonique de H × X dans Y; la condition 1° du cor. 3 signifie que H est muni d’une topologie plus fine que celle de la convergence simple, et la condition 2° que H est équicontinue; donc:
Corollaire 4
Soient X un espace topologique, Y un espace uniforme, H un ensemble équicontinu d’applications de X dans Y. Si H est muni de la topologie de la convergence simple, l’application de H × X dans Y est continue.
De façon imagée, cela exprime que si converge simplement vers et si converge vers , alors converge vers .
Corollaire 5
Soient X un espace topologique, Y, Z deux espaces uniformes, H un ensemble équicontinu d’applications de Y dans Z. Si on munit H, et de la topologie de la convergence simple, l’application de H × dans est continue.
En effet, il faut prouver que pour tout , l’application de H × dans Z continue. Or, est continue dans H (X, p. 14, Remarque 6), et il résulte du cor. 4 que est une application continue de H × Y dans Z; comme est composée de et de , la proposition est démontrée.
La proposition suivante et son corollaire sont les analogues des cor. 3 et 4 de la prop. 1 pour les applications uniformément continues:
Proposition 2
Soient T, X, Y des espaces uniformes, f une application de T × X dans Y. Pour que f soit uniformément continue, il faut et il suffit que les deux conditions suivantes soient remplies:
1° les applications forment (pour ) une partie uniformément équicontinue de ; 2° les applications forment (pour ) une partie uniformément équicontinue de .
Il est immédiat que les conditions sont nécessaires. Inversement, supposons-les vérifiées et soit W un entourage de Y; il existe alors un entourage U de T et un entourage V de X tels que:
1° entraîne que pour tout ,
entraîne que pour tout ,
Prenons en particulier pour une partie de muni de la structure uniforme de la convergence uniforme, et pour l’application canonique
Corollaire
Soient* , deux espaces uniformes, une partie de . Pour que soit uniformément équicontinue, il faut et il suffit que l’application de dans soit uniformément continue, H étant muni de la structure uniforme de la convergence uniforme.
2. Critères spéciaux d’équicontinuité
Il est clair que toute partie d’un ensemble équicontinu (resp. uniformément équicontinu) est équicontinue (resp. uniformément équicontinue). De même, si est un espace topologique (resp. uniforme) et un espace uniforme, toute réunion finie de parties équicontinues (resp. uniformément équicontinues) de est équicontinue (resp. uniformément équicontinue.)
Soient , deux espaces topologiques (resp. uniformes), , deux espaces uniformes, une application continue (resp. uniformément continue), une application uniformément continue. Il résulte aussitôt des définitions que l’application de dans transforme les parties équicontinues (resp. uniformément équicontinues) en parties équicontinues (resp. uniformément équicontinues).
Proposition 3
Soient* un espace topologique (resp. uniforme), une famille d’espaces uniformes, un ensemble, et pour chaque , soit une application de dans . On munit de la structure uniforme la moins fine rendant uniformément continues les . Pour qu’une partie de soit équicontinue (resp. uniformément équicontinue), il faut et il suffit que pour tout , l’image de par l’application soit une partie équicontinue (resp. uniformément équicontinue) de .
Cela résulte aussitôt des déf. 1 et 2 (X, p. 2) et de la définition des entourages de Y.
Proposition 4
Soient X, Y deux espaces uniformes, H un ensemble d’applications uniformément continues de X dans Y. Soient et les séparés complétés respectifs de X et Y, et désignons par l’ensemble des applications , où u parcourt H (II, p. 24, prop. 15). Pour que H soit uniformément équicontinu, il faut et il suffit que le soit.
Rappelons que l’on a le diagramme commutatif
où i et j sont les applications canoniques; en outre la structure uniforme de X (resp. Y) est l’image réciproque par i (resp. j) de celle de (resp. ). Pour que H soit uniformément équicontinu, il faut et il suffit donc que son image par l’application le soit (prop. 3), et on peut déjà se limiter au cas où Y est séparé et complet; de plus, si est uniformément équicontinu, il en est de même de H, qui est son image par l’application ; tout revient donc à établir la réciproque lorsque . Soit alors V un entourage fermé de Y; il y a par hypothèse un entourage U de X tel que les relations entraînent . Or, si U' est l’image de U par , l’adhérence de U' dans est un entourage de (II, p. 23, prop. 12); l’hypothèse entraîne que, pour et , on a ; comme V est fermé et continue, on a donc aussi, pour tout couple et tout , , ce qui achève la démonstration.
Proposition 5
Soient G, G' deux groupes topologiques, munis de leur structure uniforme gauche, et soit H un ensemble d’homomorphismes de G dans G'. Les conditions suivantes sont équivalentes:
a) H est équicontinu en l’élément neutre e de G; b) H est équicontinu; c) H est uniformément équicontinu.
Il suffit de prouver que a) entraîne c). Soit V' un voisinage de l’élément neutre de G'; par hypothèse, il existe un voisinage V de e dans G tel que l’on ait pour tout ; comme les éléments de H sont des homomorphismes, la relation entraîne . D’où la conclusion, compte tenu de la définition des entourages des structures uniformes gauches de G et G' (III, p. 20).
3. Adhérence d’un ensemble équicontinu
Proposition 6
Soient X un espace topologique (resp. uniforme), Y un espace uniforme, H une partie de . Pour que H soit équicontinue en un point (resp.
uniformément équicontinue), il faut et il suffit que l’adhérence de dans l’espace soit équicontinue en (resp. uniformément équicontinue).
La condition est trivialement suffisante. Pour prouver qu’elle est nécessaire, considérons un entourage de , fermé dans ; par hypothèse, il existe un voisinage de dans (resp. un entourage de ) tel que la relation (resp. ) entraîne (resp. ) pour tout . Comme est fermé, les qui vérifient la relation
4. Convergence simple et convergence compacte sur les ensembles équicontinus
Théorème 1
Soient un espace topologique (resp. uniforme), un espace uniforme, une partie équicontinue (resp. uniformément équicontinue) de . Alors, sur , les structures uniformes de la convergence compacte (resp. précompacte), de la convergence simple, et de la convergence simple dans une partie partout dense de , sont identiques.
Il suffit de montrer que sur la dernière structure uniforme est plus fine que la première; autrement dit, il faut prouver qu’étant donnés un entourage de et une partie compacte (resp. précompacte) de , il existe un entourage de et une partie finie de tels que la relation
Supposons d’abord compact et équicontinu. Étant donné un entourage symétrique de , tout point possède un voisinage tel que la relation entraîne pour tout . On peut donc recouvrir l’ensemble compact par un nombre fini d’ensembles ouverts tels que pour tout couple de points appartenant à un même ensemble , on ait
Si est précompact et uniformément équicontinu, utilisons la prop. 4 (, p. 15) : il suffit d’observer que est compact dans , dense dans , et que les entourages de sont les images réciproques par de ceux de .
Corollaire
Sous les hypothèses du th. 1, l’adhérence de dans l’espace muni de la topologie de la convergence simple est identique à l’adhérence de dans muni de la topologie de la convergence compacte* (resp. précompacte).
En effet, l’ensemble est équicontinu (resp. uniformément équicontinu) en vertu de , p. 15, prop. 6, donc contenu dans ; le corollaire résulte aussitôt du fait que, sur , les deux topologies considérées coïncident en vertu du th. 1.
5. Ensembles compacts d’applications continues
Théorème 2 (Ascoli). — *Soient un espace topologique (resp. uniforme), un recouvrement de , un espace uniforme, un ensemble d’applications de dans ; on suppose que pour tout , la restriction à de toute application soit continue (resp. uniformément continue). Pour que soit précompact pour la structure uniforme de la -convergence, il est nécessaire dans tous les cas et suffisant lorsque les ensembles sont compacts (resp. précompacts), que les conditions suivantes soient vérifiées :
a) Pour tout , l’ensemble des restrictions à des fonctions est équicontinu (resp. uniformément équicontinu).
b) Pour tout , l’ensemble des pour est précompact.
Montrons d’abord la nécessité des conditions a) et b). On sait (, p. 4, Remarque 6) que l’application de dans est uniformément continue ; si est précompact, il en est donc de même de (II, p. 30, prop. 2), ce qui démontre b). Pour prouver a), considérons un ensemble , un point et un entourage de ; puisque est précompact, il peut être recouvert par un nombre fini d’ensembles petits d’ordre ; autrement dit, il y a une suite finie d’éléments de tels que pour tout , il existe au moins un indice pour lequel on ait
Cela étant, comme chacune des est continue au point (resp. uniformément continue), il y a un voisinage de dans (resp. un entourage de ) tel que
Soit (resp. ) l’intersection des (resp. des ) qui est encore un voisinage de dans (resp. un entourage de ). Pour toute , il y a un indice tel que (4) ait lieu; écrivant la condition (4) pour et pour (resp. pour et ) et tenant compte de (5) (resp. (6)), on voit aussitôt que la relation (resp. ) entraîne (resp. ) pour toute , ce qui établit la propriété .
2° Montrons maintenant que les conditions a) et b) sont suffisantes lorsque les sont compacts (resp. précompacts). En effet la condition b) entraîne que est précompact pour la structure uniforme de la convergence simple (II, p. 31, prop. 3). Mais il résulte de la condition a) et du th. 1 (X, p. 16) que sur , la structure uniforme de la convergence simple dans coïncide avec la structure de la convergence uniforme dans , donc est précompact dans , ce qui entraîne que est précompact pour la structure uniforme de la -convergence (X, p. 3).
On notera que la condition b) du th. 2 est toujours vérifiée lorsque est un espace précompact.
Corollaire 1
Soient un espace topologique (resp. uniforme), un espace uniforme séparé, une partie équicontinue (resp. uniformément équicontinue) de . Supposons relativement compact dans pour tout . Alors est relativement compact dans muni de la topologie de la convergence compacte (resp. précompacte).
Soit l’adhérence dans , qui est encore un ensemble équicontinu (resp. uniformément équicontinu) (X, p. 15, prop. 6). En outre, on a (X, p. 3, Remarque 6), donc est encore relativement compact; le th. 2 (X, p. 17) montre donc que est précompact pour la -convergence, en désignant par l’ensemble des parties compactes (resp. précompactes) de . En outre, comme est compact, donc complet, est complet pour la structure uniforme de la convergence simple (II, p. 17, prop. 10 et II, p. 16, prop. 8), donc aussi pour la structure uniforme de la -convergence (X, p. 7, cor. 2); est donc compact, puisqu’il est précompact, complet et séparé (X, p. 3, prop. 1).
Corollaire 2
Soient un espace topologique (resp. uniforme), un espace uniforme séparé et complet, une partie équicontinue (resp. uniformément équicontinue) de . On suppose que est relativement compact dans pour tout point appartenant à une partie partout dense de . Alors est relativement compact dans muni de la topologie de la convergence compacte (resp. précompacte).
Tout revient à prouver que pour tout , est relativement compact, car alors on peut appliquer le cor. 1. Comme est complet, il suffit de voir que est précompact pour tout . Or, pour tout entourage symétrique de , il existe un voisinage de tel que, pour tout et tout , on ait . Par hypothèse, il existe , et comme est relativement compact dans , il existe un nombre fini de points tels que soit contenu dans la réunion des ensembles ; alors est contenu dans la réunion des ensembles , ce qui achève la démonstration.
Corollaire 3
Soient un espace localement compact, un espace uniforme séparé, une partie de . Pour que soit relativement compact dans , il faut et il suffit que soit équicontinu et que, pour tout , soit relativement compact dans .
Compte tenu du cor. 1, il suffit de montrer que si est relativement compact dans , alors est équicontinu; or tout point admet un voisinage compact , et il résulte du th. 2 (X, p. 17) que est équicontinu, ce qui entraîne que est équicontinu au point ; d’où la conclusion.
Remarque
Soient un espace topologique, un espace uniforme, un ensemble de parties de . Alors sur toute partie précompacte de , la structure uniforme de la -convergence est la même que la structure uniforme de la convergence simple dans . On peut se ramener au cas où et où est séparé et complet: en effet, si est l’injection canonique et l’application canonique , la structure uniforme de la -convergence sur est l’image réciproque de la structure uniforme de la -convergence sur par l’application (X, p. 5, prop. 4), et pour que soit précompact, il faut et il suffit que le soit (II, p. 31, prop. 3). Cela étant, si et si est séparé et complet, est séparé et complet (X, p. 3, prop. 1 et X, p. 7, th. 1), donc l’adhérence de dans cet espace est compacte. Sur , la topologie de la convergence simple est séparée (X, p. 3, prop. 1) et moins fine que celle de la -convergence, donc les deux topologies sont identiques (I, p. 63, cor. 3), et il en est par suite de même des structures uniformes de la -convergence et de la convergence simple (II, p. 27, th. 1).
Exercices
See the exercises for § 2.