Bourbaki

§ 2. Ensembles équicontinus

1. Définition et critères généraux

Définition 1

Soient X un espace topologique, Y un espace uniforme. On dit qu’une partie H de F(X;Y)\mathscr{F}(X; Y) est équicontinue en un point x0∈Xx_0 \in X si, pour tout entourage V de Y, il existe un voisinage U de x0x_0 dans X tel que, pour tout x∈Ux \in U et toute fonction f∈Hf \in H, on ait (f(x0),f(x))∈V(f(x_0), f(x)) \in V. On dit que H est équicontinue si H est équicontinue en tout point de X.

Définition 2

Soient X et Y deux espaces uniformes. On dit qu’une partie H de F(X;Y)\mathscr{F}(X; Y) est uniformément équicontinue si, pour tout entourage V de Y, il existe un entourage U de X tel que les relations (x,x′)∈U(x, x') \in U et f∈Hf \in H entraînent (f(x),f(x′))∈V(f(x), f(x')) \in V.

On dit qu’une famille (fi)i∈I(f_i)_{i \in I} d’applications de X dans Y est équicontinue en un point x0x_0 (resp. équicontinue, uniformément équicontinue) si l’ensemble des fif_i est équicontinu en x0x_0 (resp. équicontinu, uniformément équicontinu).

Il est clair que si H⊂F(X;Y)H \subset \mathscr{F}(X; Y) est équicontinu en x0x_0, alors toute fonction f∈Hf \in H est continue en x0x_0; si H est équicontinu, les f∈Hf \in H sont donc continues dans X, autrement dit H⊂C(X;Y)H \subset C(X; Y). De même, si H est uniformément équicontinu (X étant un espace uniforme), toute fonction f∈Hf \in H est uniformément continue dans X. Il est clair que si H est uniformément équicontinu, il est équicontinu, mais un ensemble d’applications uniformément continues peut être équicontinu, sans être uniformément équicontinu (voir X, p. 43, exerc. 1, X, p. 12, cor. 2 et X, p. 15, prop. 4).

Exemple 1

Soient X un espace topologique (resp. un espace uniforme), Y un espace uniforme. Tout ensemble fini d’applications continues (resp. uniformément continues) de X dans Y est équicontinu (resp. uniformément équicontinu).

Exemple 2

Soient X, Y deux espaces métriques, dd (resp. d′d') la distance sur X (resp. Y), k et α\alpha deux nombres > 0. L’ensemble des applications ff de X dans Y telles que, pour tout couple (x,x′)(x, x') de points de X, on ait

d′(f(x),f(x′))≤k(d(x,x′))α d'(f(x), f(x')) \leq k(d(x, x'))^\alpha
est uniformément équicontinu. Par exemple, l’ensemble des isométries (IX, p. 12) de X sur une partie de Y est uniformément équicontinu.

Soit H un ensemble de fonctions numériques définies dans un intervalle I⊂RI \subset \mathbf{R}, dérivables dans I et telles que ∣f′(x)∣≤k|f'(x)| \leq k dans I pour tout x∈Ix \in I et toute f∈Hf \in H. Alors H est uniformément équicontinu, car pour tout couple de points x1,x2x_1, x_2 de I, on a

∣f(x1)−f(x2)∣≤k∣x1−x2∣ |f(x_1) - f(x_2)| \leq k|x_1 - x_2|
pour toute f∈Hf \in H, en vertu du th. des accroissements finis (FVR, I, § 2, n° 2, th. 1).

Exemple 3

Soient G un groupe topologique, Y un espace uniforme, ff une application uniformément continue de G dans Y, quand G est muni de sa structure uniforme gauche (III, p. 19). Pour tout s∈Gs \in G, soit fsf_s l’application x↦f(sx)x \mapsto f(sx) de G dans Y. L’ensemble des applications fsf_s (s∈Gs \in G) est uniformément équicontinu, puisque la relation x−1x′∈Vx^{-1}x' \in V équivaut à (sx)−1(sx′)∈V(sx)^{-1}(sx') \in V.

Proposition 1

Soient T un ensemble, SS un ensemble de parties de T, Y un espace uniforme, X un espace topologique (resp. un espace uniforme), et ff une application de T×XT \times X dans Y. Pour tout A∈SA \in S, soit HA⊂F(X;Y)H_A \subset \mathscr{F}(X; Y) l’ensemble des applications de la forme x↦f(t,x)x \mapsto f(t, x) pour t∈At \in A. Pour que l’application x↦f(.,x)x \mapsto f(. , x) de X dans FS(T;Y)\mathscr{F}_S(T; Y) soit continue en un point x0∈Xx_0 \in X (resp. uniformément continue), il faut et il suffit que, pour tout A∈SA \in S, l’ensemble HAH_A soit équicontinu en x0x_0 (resp. uniformément équicontinu).

Considérons d’abord le cas particulier où S={T}S = \{T\}, autrement dit

FS(T;Y)=Fu(T;Y). \mathscr{F}_S(T; Y) = \mathscr{F}_u(T; Y).

Pour tout entourage V de Y, la condition (f(.,x),f(.,x′))∈W(V)(f(., x), f(., x')) \in W(V) signifie que, pour tout t∈Tt \in T, (f(t,x),f(t,x′))∈V(f(t, x), f(t, x')) \in V. Dire que x↦f(.,x)x \mapsto f(., x) est continue en x0x_0 (resp. uniformément continue) signifie donc que pour tout entourage V de Y, il existe un voisinage U de x0x_0 dans X (resp. un entourage M de X) tel que la relation x∈Ux \in U (resp. (x,x′)∈M(x, x') \in M) entraîne (f(t,x),f(t,x0))∈V(f(t, x), f(t, x_0)) \in V (resp. (f(t,x),f(t,x′))∈V(f(t, x), f(t, x')) \in V) pour tout t∈Tt \in T; la proposition résulte alors des déf. 1 et 2 (X, p. 2). Dans le cas général, il faut exprimer que pour tout A∈SA \in \mathfrak{S}, l’application x↦f(.,x)∣Ax \mapsto f(., x) | A de X dans Fu(A;Y)\mathscr{F}_u(A; Y) est continue au point x0x_0 (resp. uniformément continue) en vertu de X, p. 2; d’après ce qui précède, cela équivaut à la condition que pour tout A∈SA \in \mathfrak{S}, HAH_A est équicontinu en x0x_0 (resp. uniformément équicontinu).

La prop. 1 permet de donner des traductions parfois utiles des déf. 1 et 2 (X, p. 2), en l’appliquant au cas où T=HT = H et où ff est l’application (h,x)↦h(x)(h, x) \mapsto h(x) de H×XH \times X dans YY; comme f(.,x)f(., x) est l’application h↦h(x)h \mapsto h(x) de H dans Y, on voit que:

Corollaire 1

Soient X un espace topologique (resp. un espace uniforme), Y un espace uniforme, H une partie de F(X;Y)\mathscr{F}(X; Y). Pour tout x∈Xx \in X, désignons par x~\tilde{x} l’application h↦h(x)h \mapsto h(x) de H dans Y. Pour que H soit équicontinu en un point x0x_0 (resp. uniformément équicontinu), il faut et il suffit que l’application x↦x~x \mapsto \tilde{x} de X dans l’espace uniforme Fu(H;Y)\mathscr{F}_u(H; Y) soit continue en x0x_0 (resp. uniformément continue).

En particulier, si X est compact, toute application continue de X dans Fu(H;Y)\mathscr{F}_u(H; Y) est uniformément continue (II, p. 29, th. 2), donc:

Corollaire 2

Soient X un espace compact, Y un espace uniforme. Toute partie équicontinue de F(X;Y)\mathscr{F}(X; Y) est uniformément équicontinue.

Considérons maintenant un ensemble T, un espace topologique X, un espace uniforme Y, et une application f:T×X→Yf : T \times X \to Y. Désignons par f~\tilde{f} l’application x↦f(.,x)x \mapsto f(., x) de X dans Fu(T;Y)\mathscr{F}_u(T; Y), et considérons l’application canonique θ:(t,g)↦g(t)\theta : (t, g) \mapsto g(t) de T×Fu(T;Y)T \times \mathscr{F}_u(T; Y) dans Y; il est clair que le diagramme

T×X→fY↓ιT×f~↑θT×Fu(T;Y) \begin{array}{ccc} T \times X & \xrightarrow{f} & Y \\ \downarrow_{\iota_T \times \tilde{f}} & & \uparrow_{\theta} \\ T \times \mathscr{F}_u(T; Y) \end{array}

(où ιT\iota_T est l’application identique) est commutatif. Supposons maintenant que T soit muni d’une topologie et que pour tout x∈Xx \in X, l’application f(.,x):t↦f(t,x)f(., x) : t \mapsto f(t, x) soit continue; on peut alors, dans le diagramme précédent, remplacer Fu(T;Y)\mathscr{F}_u(T; Y) par Cu(T;Y)\mathscr{C}_u(T; Y). Mais on sait que θ\theta est continue (X, p. 10, prop. 9); si donc l’application f~\tilde{f} est continue, il en est de même de ff. Comme la continuité de f~\tilde{f} s’exprime à l’aide de la prop. 1 (X, p. 11), on a le résultat suivant:

Corollaire 3

Soient T et X des espaces topologiques, Y un espace uniforme, f une application de T × X dans Y. Pour que f soit continue, il suffit que les conditions suivantes soient remplies:

1° pour tout x ∈ X, l’application partielle t ↦ f(t, x) est continue; 2° lorsque t parcourt T, les applications partielles x ↦ f(t, x) forment une partie équicontinue de F(X;Y)\mathscr{F}(X; Y).

Prenons en particulier pour T une partie H de F(X;Y)\mathscr{F}(X; Y) et pour f l’application canonique (h,x)↦h(x)(h, x) \mapsto h(x) de H × X dans Y; la condition 1° du cor. 3 signifie que H est muni d’une topologie plus fine que celle de la convergence simple, et la condition 2° que H est équicontinue; donc:

Corollaire 4

Soient X un espace topologique, Y un espace uniforme, H un ensemble équicontinu d’applications de X dans Y. Si H est muni de la topologie de la convergence simple, l’application (h,x)↦h(x)(h, x) \mapsto h(x) de H × X dans Y est continue.

De façon imagée, cela exprime que si h∈Hh \in H converge simplement vers h0∈Hh_0 \in H et si x∈Xx \in X converge vers x0x_0, alors h(x)h(x) converge vers h0(x0)h_0(x_0).

Corollaire 5

Soient X un espace topologique, Y, Z deux espaces uniformes, H un ensemble équicontinu d’applications de Y dans Z. Si on munit H, C(X;Y)C(X; Y) et C(X;Z)C(X; Z) de la topologie de la convergence simple, l’application (u,v)↦u∘v(u, v) \mapsto u \circ v de H × C(X;Y)C(X; Y) dans C(X;Z)C(X; Z) est continue.

En effet, il faut prouver que pour tout x∈Xx \in X, l’application (u,v)↦u(v(x))(u, v) \mapsto u(v(x)) de H × C(X;Y)C(X; Y) dans Z continue. Or, v↦v(x)v \mapsto v(x) est continue dans H (X, p. 14, Remarque 6), et il résulte du cor. 4 que (u,y)↦u(y)(u, y) \mapsto u(y) est une application continue de H × Y dans Z; comme (u,v)↦u(v(x))(u, v) \mapsto u(v(x)) est composée de (u,y)↦u(y)(u, y) \mapsto u(y) et de (u,v)↦(u,v(x))(u, v) \mapsto (u, v(x)), la proposition est démontrée.

La proposition suivante et son corollaire sont les analogues des cor. 3 et 4 de la prop. 1 pour les applications uniformément continues:

Proposition 2

Soient T, X, Y des espaces uniformes, f une application de T × X dans Y. Pour que f soit uniformément continue, il faut et il suffit que les deux conditions suivantes soient remplies:

1° les applications x↦f(t,x)x \mapsto f(t, x) forment (pour t∈Tt \in T) une partie uniformément équicontinue de F(X;Y)F(X; Y); 2° les applications t↦f(t,x)t \mapsto f(t, x) forment (pour x∈Xx \in X) une partie uniformément équicontinue de F(T;Y)F(T; Y).

Il est immédiat que les conditions sont nécessaires. Inversement, supposons-les vérifiées et soit W un entourage de Y; il existe alors un entourage U de T et un entourage V de X tels que:

1° (t′,t′′)∈U(t', t'') \in U entraîne que pour tout x∈Xx \in X,

(f(t′,x),f(t′′,x))∈W;(f(t', x), f(t'', x)) \in W;

2∘ (x′,x′′)∈V2^\circ\ (x', x'') \in V entraîne que pour tout t∈Tt \in T,

(f(t,x′),f(t,x′′))∈W. (f(t, x'), f(t, x'')) \in W.
Il est clair alors que la relation « (t′,t′′)∈U(t', t'') \in U et (x′,x′′)∈V(x', x'') \in V » entraîne
(f(t′,x′),f(t′′,x′′))∈W2, (f(t', x'), f(t'', x'')) \in \overset{2}{W},
d’où la proposition.

Prenons en particulier pour TT une partie de F(X;Y)\mathscr{F}(X; Y) muni de la structure uniforme de la convergence uniforme, et pour ff l’application canonique

(h,x)↦h(x); (h, x) \mapsto h(x);
la condition 2∘2^\circ de la prop. 2 est automatiquement remplie, car pour tout entourage WW de YY, l’ensemble des couples (h′,h′′)(h', h'') tels que (h′(x),h′′(x))∈W(h'(x), h''(x)) \in W pour tout x∈Xx \in X est un entourage de la structure uniforme de HH par définition. Il suffit donc d’exprimer la condition 1∘1^\circ; autrement dit:

Corollaire

Soient* XX, YY deux espaces uniformes, HH une partie de F(X;Y)\mathscr{F}(X; Y). Pour que HH soit uniformément équicontinue, il faut et il suffit que l’application (h,x)↦h(x)(h, x) \mapsto h(x) de H×XH \times X dans YY soit uniformément continue, H étant muni de la structure uniforme de la convergence uniforme.

2. Critères spéciaux d’équicontinuité

Il est clair que toute partie d’un ensemble équicontinu (resp. uniformément équicontinu) est équicontinue (resp. uniformément équicontinue). De même, si XX est un espace topologique (resp. uniforme) et YY un espace uniforme, toute réunion finie de parties équicontinues (resp. uniformément équicontinues) de F(X;Y)\mathscr{F}(X; Y) est équicontinue (resp. uniformément équicontinue.)

Soient XX, X′X' deux espaces topologiques (resp. uniformes), YY, Y′Y' deux espaces uniformes, f:X′→Xf : X' \to X une application continue (resp. uniformément continue), g:Y→Y′g : Y \to Y' une application uniformément continue. Il résulte aussitôt des définitions que l’application u↦g∘u∘fu \mapsto g \circ u \circ f de F(X;Y)\mathscr{F}(X; Y) dans F(X′;Y′)\mathscr{F}(X'; Y') transforme les parties équicontinues (resp. uniformément équicontinues) en parties équicontinues (resp. uniformément équicontinues).

Proposition 3

Soient* XX un espace topologique (resp. uniforme), (Yi)i∈I(Y_i)_{i \in I} une famille d’espaces uniformes, YY un ensemble, et pour chaque i∈Ii \in I, soit fif_i une application de YY dans YiY_i. On munit YY de la structure uniforme la moins fine rendant uniformément continues les fif_i. Pour qu’une partie HH de F(X;Y)\mathscr{F}(X; Y) soit équicontinue (resp. uniformément équicontinue), il faut et il suffit que pour tout i∈Ii \in I, l’image de HH par l’application u↦fi∘uu \mapsto f_i \circ u soit une partie équicontinue (resp. uniformément équicontinue) de F(X;Yi)\mathscr{F}(X; Y_i).

Cela résulte aussitôt des déf. 1 et 2 (X, p. 2) et de la définition des entourages de Y.

Proposition 4

Soient X, Y deux espaces uniformes, H un ensemble d’applications uniformément continues de X dans Y. Soient X^\hat{X} et Y^\hat{Y} les séparés complétés respectifs de X et Y, et désignons par H~\tilde{H} l’ensemble des applications u^:X^→Y^\hat{u}: \hat{X} \to \hat{Y}, où u parcourt H (II, p. 24, prop. 15). Pour que H soit uniformément équicontinu, il faut et il suffit que H~\tilde{H} le soit.

Rappelons que l’on a le diagramme commutatif

X→uYi↓j↓X^→u^Y^ \begin{array}{ccc} X & \xrightarrow{u} & Y \\ i \downarrow & & j \downarrow \\ \hat{X} & \xrightarrow{\hat{u}} & \hat{Y} \end{array}

où i et j sont les applications canoniques; en outre la structure uniforme de X (resp. Y) est l’image réciproque par i (resp. j) de celle de X^\hat{X} (resp. Y^\hat{Y}). Pour que H soit uniformément équicontinu, il faut et il suffit donc que son image par l’application u↦j∘uu \mapsto j \circ u le soit (prop. 3), et on peut déjà se limiter au cas où Y est séparé et complet; de plus, si H~\tilde{H} est uniformément équicontinu, il en est de même de H, qui est son image par l’application u^↦u^∘i\hat{u} \mapsto \hat{u} \circ i; tout revient donc à établir la réciproque lorsque Y^=Y\hat{Y} = Y. Soit alors V un entourage fermé de Y; il y a par hypothèse un entourage U de X tel que les relations (x,x′)∈U,u∈H(x, x') \in U, u \in H entraînent (u(x),u(x′))∈V(u(x), u(x')) \in V. Or, si U' est l’image de U par i×ii \times i, l’adhérence U′‾\overline{U'} de U' dans X^×X^\hat{X} \times \hat{X} est un entourage de X^\hat{X} (II, p. 23, prop. 12); l’hypothèse entraîne que, pour (z,z′)∈U′(z, z') \in U' et u∈Hu \in H, on a (u^(z),u^(z′))∈V(\hat{u}(z), \hat{u}(z')) \in V; comme V est fermé et u^\hat{u} continue, on a donc aussi, pour tout couple (t,t′)∈U′‾(t, t') \in \overline{U'} et tout u∈Hu \in H, (u^(t),u^(t′))∈V(\hat{u}(t), \hat{u}(t')) \in V, ce qui achève la démonstration.

Proposition 5

Soient G, G' deux groupes topologiques, munis de leur structure uniforme gauche, et soit H un ensemble d’homomorphismes de G dans G'. Les conditions suivantes sont équivalentes:

a) H est équicontinu en l’élément neutre e de G; b) H est équicontinu; c) H est uniformément équicontinu.

Il suffit de prouver que a) entraîne c). Soit V' un voisinage de l’élément neutre e′e' de G'; par hypothèse, il existe un voisinage V de e dans G tel que l’on ait u(V)⊂V′u(V) \subset V' pour tout u∈Hu \in H; comme les éléments de H sont des homomorphismes, la relation x−1y∈Vx^{-1}y \in V entraîne (u(x))−1u(y)=u(x−1y)∈V′(u(x))^{-1}u(y) = u(x^{-1}y) \in V'. D’où la conclusion, compte tenu de la définition des entourages des structures uniformes gauches de G et G' (III, p. 20).

3. Adhérence d’un ensemble équicontinu

Proposition 6

Soient X un espace topologique (resp. uniforme), Y un espace uniforme, H une partie de F(X;Y)\mathscr{F}(X; Y). Pour que H soit équicontinue en un point x0∈Xx_0 \in X (resp.

uniformément équicontinue), il faut et il suffit que l’adhérence H‾\overline{H} de HH dans l’espace Fs(X;Y)\mathscr{F}_s(X; Y) soit équicontinue en x0x_0 (resp. uniformément équicontinue).

La condition est trivialement suffisante. Pour prouver qu’elle est nécessaire, considérons un entourage VV de YY, fermé dans Y×YY \times Y; par hypothèse, il existe un voisinage UU de x0x_0 dans XX (resp. un entourage MM de XX) tel que la relation x∈Ux \in U (resp. (x′,x′′)∈M(x', x'') \in M) entraîne (h(x0),h(x))∈V(h(x_0), h(x)) \in V (resp. (h(x′),h(x′′))∈V(h(x'), h(x'')) \in V) pour tout h∈Hh \in H. Comme VV est fermé, les h∈F(X;Y)h \in \mathscr{F}(X; Y) qui vérifient la relation

(h(x0),h(x))∈V (h(x_0), h(x)) \in V
pour tout x∈Ux \in U (resp. la relation (h(x′),h(x′′))∈V(h(x'), h(x'')) \in V pour tout couple (x′,x′′)∈M(x', x'') \in M) forment une partie fermée de Fs(X;Y)\mathscr{F}_s(X; Y) (XX, p. 4, Remarque 6); comme cette partie fermée contient HH, elle contient H‾\overline{H}, d’où la proposition, puisque les entourages de YY fermés dans Y×YY \times Y forment un système fondamental d’entourages (II, p. 5, cor. 2).

4. Convergence simple et convergence compacte sur les ensembles équicontinus

Théorème 1

Soient XX un espace topologique (resp. uniforme), YY un espace uniforme, HH une partie équicontinue (resp. uniformément équicontinue) de C(X;Y)\mathscr{C}(X; Y). Alors, sur HH, les structures uniformes de la convergence compacte (resp. précompacte), de la convergence simple, et de la convergence simple dans une partie partout dense DD de XX, sont identiques.

Il suffit de montrer que sur HH la dernière structure uniforme est plus fine que la première; autrement dit, il faut prouver qu’étant donnés un entourage VV de YY et une partie compacte (resp. précompacte) AA de XX, il existe un entourage WW de YY et une partie finie FF de DD tels que la relation

u∈H, v∈H et (u(x),v(x))∈W pour tout x∈F u \in H,\ v \in H\ \text{et}\ (u(x), v(x)) \in W\ \text{pour tout}\ x \in F
implique
(u(x),v(x))∈V pour tout x∈A (u(x), v(x)) \in V\ \text{pour tout}\ x \in A

Supposons d’abord AA compact et HH équicontinu. Étant donné un entourage symétrique WW de YY, tout point x∈Xx \in X possède un voisinage U(x)U(x) tel que la relation x′∈U(x)x' \in U(x) entraîne (u(x),u(x′))∈W(u(x), u(x')) \in W pour tout u∈Hu \in H. On peut donc recouvrir l’ensemble compact AA par un nombre fini d’ensembles ouverts UiU_i tels que pour tout couple de points x′,x′′x', x'' appartenant à un même ensemble UiU_i, on ait

(u(x′),u(x′′))∈W2 (u(x'), u(x'')) \in \overset{2}{W}
pour tout u∈Hu \in H. Soit aia_i un point de D∩UiD \cap U_i, et soit FF l’ensemble des aia_i; supposons alors (2) vérifiée; pour tout x∈Ax \in A il existe un indice ii tel que aia_i et xx appartiennent au même ensemble UiU_i, donc on a (u(x),u(ai))∈W2(u(x), u(a_i)) \in \overset{2}{W} et (v(ai),v(x))∈W2(v(a_i), v(x)) \in \overset{2}{W}, d’où résulte que (2) implique (3) pourvu que WW ait été pris de sorte que W5⊂V\overset{5}{W} \subset V.

Si AA est précompact et HH uniformément équicontinu, utilisons la prop. 4 (XX, p. 15) : il suffit d’observer que i(A‾)i(\overline{A}) est compact dans X^\hat{X}, i(D)i(D) dense dans X^\hat{X}, et que les entourages de YY sont les images réciproques par j×jj \times j de ceux de Y^\hat{Y}.

Corollaire

Sous les hypothèses du th. 1, l’adhérence H‾\overline{H} de HH dans l’espace F(X;Y)\mathscr{F}(X; Y) muni de la topologie de la convergence simple est identique à l’adhérence de HH dans C(X;Y)\mathscr{C}(X; Y) muni de la topologie de la convergence compacte* (resp. précompacte).

En effet, l’ensemble H‾\overline{H} est équicontinu (resp. uniformément équicontinu) en vertu de XX, p. 15, prop. 6, donc contenu dans C(X;Y)\mathscr{C}(X; Y); le corollaire résulte aussitôt du fait que, sur H‾\overline{H}, les deux topologies considérées coïncident en vertu du th. 1.

5. Ensembles compacts d’applications continues

Théorème 2 (Ascoli). — *Soient XX un espace topologique (resp. uniforme), S\mathfrak{S} un recouvrement de XX, YY un espace uniforme, HH un ensemble d’applications de XX dans YY; on suppose que pour tout A∈SA \in \mathfrak{S}, la restriction à AA de toute application u∈Hu \in H soit continue (resp. uniformément continue). Pour que HH soit précompact pour la structure uniforme de la S\mathfrak{S}-convergence, il est nécessaire dans tous les cas et suffisant lorsque les ensembles A∈SA \in \mathfrak{S} sont compacts (resp. précompacts), que les conditions suivantes soient vérifiées :

a) Pour tout A∈SA \in \mathfrak{S}, l’ensemble H∣A⊂F(A;Y)H \mid A \subset \mathscr{F}(A; Y) des restrictions à AA des fonctions u∈Hu \in H est équicontinu (resp. uniformément équicontinu).

b) Pour tout x∈Xx \in X, l’ensemble H(x)⊂YH(x) \subset Y des u(x)u(x) pour u∈Hu \in H est précompact.

1∘1^\circ Montrons d’abord la nécessité des conditions a) et b). On sait (XX, p. 4, Remarque 6) que l’application u↦u(x)u \mapsto u(x) de FS(X;Y)\mathscr{F}_{\mathfrak{S}}(X; Y) dans YY est uniformément continue ; si HH est précompact, il en est donc de même de H(x)H(x) (II, p. 30, prop. 2), ce qui démontre b). Pour prouver a), considérons un ensemble A∈SA \in \mathfrak{S}, un point x0∈Ax_0 \in A et un entourage VV de YY; puisque HH est précompact, il peut être recouvert par un nombre fini d’ensembles petits d’ordre W(A,V)W(A, V); autrement dit, il y a une suite finie (ui)(u_i) d’éléments de HH tels que pour tout u∈Hu \in H, il existe au moins un indice ii pour lequel on ait

(u(x),ui(x))∈Vpour tout x∈A. (u(x), u_i(x)) \in V \quad \text{pour tout } x \in A.

Cela étant, comme chacune des ui∣Au_i \mid A est continue au point x0x_0 (resp. uniformément continue), il y a un voisinage UiU_i de x0x_0 dans AA (resp. un entourage MiM_i de AA) tel que

x∈Uientraıˆne(ui(x),ui(x0))∈V x \in U_i \quad \text{entraîne} \quad (u_i(x), u_i(x_0)) \in V
(resp. que

(x′,x′′)∈Mientraıˆne(ui(x′),ui(x′′))∈V). (x', x'') \in M_i \quad \text{entraîne} \quad (u_i(x'), u_i(x'')) \in V).

Soit UU (resp. MM) l’intersection des UiU_i (resp. des MiM_i) qui est encore un voisinage de x0x_0 dans AA (resp. un entourage de AA). Pour toute u∈Hu \in H, il y a un indice ii tel que (4) ait lieu; écrivant la condition (4) pour x0x_0 et pour xx (resp. pour x′x' et x′′x'') et tenant compte de (5) (resp. (6)), on voit aussitôt que la relation x∈Ux \in U (resp. (x′,x′′)∈M(x', x'') \in M) entraîne (u(x),u(x0))∈V‾3(u(x), u(x_0)) \in \overline{V}^3 (resp. (u(x′),u(x′′))∈V‾3(u(x'), u(x'')) \in \overline{V}^3) pour toute u∈Hu \in H, ce qui établit la propriété aa.

2° Montrons maintenant que les conditions a) et b) sont suffisantes lorsque les A∈SA \in \mathfrak{S} sont compacts (resp. précompacts). En effet la condition b) entraîne que HH est précompact pour la structure uniforme de la convergence simple (II, p. 31, prop. 3). Mais il résulte de la condition a) et du th. 1 (X, p. 16) que sur H∣AH \mid A, la structure uniforme de la convergence simple dans AA coïncide avec la structure de la convergence uniforme dans AA, donc H∣AH \mid A est précompact dans Fu(A;Y)\mathscr{F}_u(A; Y), ce qui entraîne que HH est précompact pour la structure uniforme de la S\mathfrak{S}-convergence (X, p. 3).

On notera que la condition b) du th. 2 est toujours vérifiée lorsque YY est un espace précompact.

Corollaire 1

Soient XX un espace topologique (resp. uniforme), YY un espace uniforme séparé, HH une partie équicontinue (resp. uniformément équicontinue) de C(X;Y)C(X; Y). Supposons H(x)H(x) relativement compact dans YY pour tout x∈Xx \in X. Alors HH est relativement compact dans C(X;Y)C(X; Y) muni de la topologie de la convergence compacte (resp. précompacte).

Soit H‾\overline{H} l’adhérence HH dans Fs(X;Y)\mathscr{F}_s(X; Y), qui est encore un ensemble équicontinu (resp. uniformément équicontinu) (X, p. 15, prop. 6). En outre, on a H‾(x)⊂H(x)‾\overline{H}(x) \subset \overline{H(x)} (X, p. 3, Remarque 6), donc H‾(x)\overline{H}(x) est encore relativement compact; le th. 2 (X, p. 17) montre donc que H‾\overline{H} est précompact pour la S\mathfrak{S}-convergence, en désignant par S\mathfrak{S} l’ensemble des parties compactes (resp. précompactes) de XX. En outre, comme H(x)‾\overline{H(x)} est compact, donc complet, H‾\overline{H} est complet pour la structure uniforme de la convergence simple (II, p. 17, prop. 10 et II, p. 16, prop. 8), donc aussi pour la structure uniforme de la S\mathfrak{S}-convergence (X, p. 7, cor. 2); H‾\overline{H} est donc compact, puisqu’il est précompact, complet et séparé (X, p. 3, prop. 1).

Corollaire 2

Soient XX un espace topologique (resp. uniforme), YY un espace uniforme séparé et complet, HH une partie équicontinue (resp. uniformément équicontinue) de C(X;Y)C(X; Y). On suppose que H(x)H(x) est relativement compact dans YY pour tout point xx appartenant à une partie partout dense DD de XX. Alors HH est relativement compact dans C(X;Y)C(X; Y) muni de la topologie de la convergence compacte (resp. précompacte).

Tout revient à prouver que pour tout x∈Xx \in X, H(x)H(x) est relativement compact, car alors on peut appliquer le cor. 1. Comme YY est complet, il suffit de voir que H(x)H(x) est précompact pour tout x∈Xx \in X. Or, pour tout entourage symétrique VV de YY, il existe un voisinage UU de xx tel que, pour tout x′∈Ux' \in U et tout u∈Hu \in H, on ait (u(x),u(x′))∈V(u(x), u(x')) \in V. Par hypothèse, il existe x′∈U∩Dx' \in U \cap D, et comme H(x′)H(x') est relativement compact dans YY, il existe un nombre fini de points yk∈Yy_k \in Y tels que H(x′)H(x') soit contenu dans la réunion des ensembles V(yk)V(y_k); alors H(x)H(x) est contenu dans la réunion des ensembles V‾(yk)\overline{V}(y_k), ce qui achève la démonstration.

Corollaire 3

Soient XX un espace localement compact, YY un espace uniforme séparé, HH une partie de C(X;Y)C(X; Y). Pour que HH soit relativement compact dans Cc(X;Y)C_c(X; Y), il faut et il suffit que HH soit équicontinu et que, pour tout x∈Xx \in X, H(x)H(x) soit relativement compact dans YY.

Compte tenu du cor. 1, il suffit de montrer que si HH est relativement compact dans Cc(X;Y)C_c(X; Y), alors HH est équicontinu; or tout point x∈Xx \in X admet un voisinage compact AA, et il résulte du th. 2 (X, p. 17) que H∣AH|A est équicontinu, ce qui entraîne que HH est équicontinu au point xx; d’où la conclusion.

Remarque

Soient XX un espace topologique, YY un espace uniforme, S\mathscr{S} un ensemble de parties de XX. Alors sur toute partie précompacte HH de FS(X;Y)\mathscr{F}_{\mathscr{S}}(X; Y), la structure uniforme de la S\mathscr{S}-convergence est la même que la structure uniforme de la convergence simple dans B=⋃A∈SAB = \bigcup_{A \in \mathscr{S}} A. On peut se ramener au cas où B=XB = X et où YY est séparé et complet: en effet, si jj est l’injection canonique B→XB \to X et ii l’application canonique Y→Y^Y \to \hat{Y}, la structure uniforme de la S\mathscr{S}-convergence sur F(X;Y)\mathscr{F}(X; Y) est l’image réciproque de la structure uniforme de la S\mathscr{S}-convergence sur F(B;Y^)\mathscr{F}(B; \hat{Y}) par l’application θ:u↦i∘u∘j\theta : u \mapsto i \circ u \circ j (X, p. 5, prop. 4), et pour que HH soit précompact, il faut et il suffit que θ(H)\theta(H) le soit (II, p. 31, prop. 3). Cela étant, si B=XB = X et si YY est séparé et complet, FS(X;Y)\mathscr{F}_{\mathscr{S}}(X; Y) est séparé et complet (X, p. 3, prop. 1 et X, p. 7, th. 1), donc l’adhérence H‾\overline{H} de HH dans cet espace est compacte. Sur H‾\overline{H}, la topologie de la convergence simple est séparée (X, p. 3, prop. 1) et moins fine que celle de la S\mathscr{S}-convergence, donc les deux topologies sont identiques (I, p. 63, cor. 3), et il en est par suite de même des structures uniformes de la S\mathscr{S}-convergence et de la convergence simple (II, p. 27, th. 1).

Exercices

See the exercises for § 2.

Transcribed from the printed volume. Not translated.