Bourbaki

§ 3. Structures uniformes de groupes

1. Structures uniformes droite et gauche sur un groupe topologique

Dans un groupe topologique CC, on aperçoit la possibilité de définir une notion de « points assez voisins », et par suite une structure uniforme, en opérant de la manière suivante: xx et yy étant deux points quelconques de GG, on effectue sur ces deux points la même translation amenant l’un d’eux, par exemple xx, sur l’élément neutre ee; la « proximité » de xx et yy est alors évaluée, en quelque sorte, par le voisinage VV de ee dans lequel se trouve ramené yy. Cette translation, qui revient à composer x−1x^{-1} avec xx et yy respectivement, peut d’ailleurs se faire à droite ou à gauche; nous allons voir que, dans chacun des deux cas, on obtient effectivement une structure uniforme sur GG compatible avec la topologie de GG. Prenons le cas où la translation se fait à droite; à tout voisinage VV de ee, on fait correspondre l’ensemble VdV_d des couples (x,y)∈G×G(x, y) \in G \times G tels que yx−1∈Vyx^{-1} \in V. Soit Gd\mathfrak{G}_d la famille des ensembles VdV_d, lorsque VV parcourt le filtre V\mathfrak{V} des voisinages de ee; Gd\mathfrak{G}_d est un système fondamental d’entourages (II, p. 2). En effet, comme e∈Ve \in V, la diagonale Δ\Delta de G×GG \times G est contenue dans VdV_d quel que soit V∈VV \in \mathfrak{V}, donc Gd\mathfrak{G}_d est une base de filtre et satisfait à (U1′)(\mathbf{U}_1') (II, p. 2); comme les relations yx−1∈Vyx^{-1} \in V et xy−1∈V−1xy^{-1} \in V^{-1} sont équivalentes, on a V‾d1=(V−1)d\overline{V}_d^1 = (V^{-1})_d, donc, d’après (GVII)(\mathrm{GV}_{\mathrm{II}}), V‾d1∈Gd\overline{V}_d^1 \in \mathfrak{G}_d, d’où (UII′)(\mathbf{U}_{\mathrm{II}}') (II, p. 2); enfin, les relations zx−1∈Vzx^{-1} \in V et yz−1∈Vyz^{-1} \in V entraînent yx−1∈V.Vyx^{-1} \in V.V, donc Vd∘Vd⊂(V.V)dV_d \circ V_d \subset (V.V)_d, et (GV1)(\mathrm{GV}_1) montre que Gd\mathfrak{G}_d satisfait à (UIII′)(\mathbf{U}_{\mathrm{III}}') (II, p. 2).

La structure uniforme définie par Gd\mathfrak{G}_d est compatible avec la topologie de GG, car les relations y∈Vd(x)y \in V_d(x) et y∈V.xy \in V.x sont équivalentes par définition, autrement dit Vd(x)=V.xV_d(x) = V.x.

On raisonne de manière analogue lorsque la translation se fait à gauche, et on peut poser la définition suivante:

Définition 1

On appelle structure uniforme droite (resp. gauche) sur un groupe topologique GG, la structure uniforme dont un système fondamental d’entourages est obtenu en faisant correspondre à tout voisinage VV de l’élément neutre ee, l’ensemble VdV_d (resp. VsV_s) des couples (x,y)(x, y) tels que yx−1∈Vyx^{-1} \in V (resp. x−1y∈Vx^{-1}y \in V).

Lorsque VV parcourt un système fondamental de voisinages de ee, les ensembles VdV_d (resp. VsV_s) forment un système fondamental d’entourages de la structure uniforme droite (resp. gauche).

A toute proposition sur la topologie d’un espace uniforme correspond une proposition sur la topologie d’un groupe, la traduction se faisant à l’aide de la déf. 1 et des formules Vd(x)=V.x,Vd(A)=V.A,Vs(x)=x.V,Vs(A)=A.VV_d(x) = V.x, V_d(A) = V.A, V_s(x) = x.V, V_s(A) = A.V qui en découlent immédiatement. Par exemple, on a, pour toute partie non vide AA de GG (II, p. 5, cor. 1),

A‾=⋂V∈VV.A=⋂V∈VA.V. \overline{A} = \bigcap_{V \in \mathfrak{V}} V.A = \bigcap_{V \in \mathfrak{V}} A.V.

De même (II, p. 5, cor. 3), tout groupe séparé est régulier.

La structure uniforme droite et la structure uniforme gauche sur un groupe topologique sont en général distinctes (voir III, p. 73, exerc. 4). Elles sont évidemment confondues si le groupe est commutatif, car alors Vd=VsV_d = V_s; elles sont aussi confondues si le groupe est compact (II, p. 27, th. 1).

En général, on désignera par GsG_s (resp. GdG_d) l’espace uniforme obtenu en munissant l’ensemble GG de sa structure uniforme gauche (resp. droite).

Proposition 1

Les translations à droite et à gauche sont des isomorphismes de la structure uniforme droite sur elle-même.

Pour les translations à droite, c’est immédiat, car la relation yx−1∈Vyx^{-1} \in V est équivalente à (ya)(xa)−1∈V(ya)(xa)^{-1} \in V (en d’autres termes, l’application (x,y)↦(xa,ya)(x, y) \mapsto (xa, ya) laisse VdV_d invariant). Pour les translations à gauche, cela résulte de (GVIII)(\mathrm{GV}_{\mathrm{III}}); en effet, la relation yx−1∈Vyx^{-1} \in V est équivalente à (ay)(ax)−1∈aVa−1(ay)(ax)^{-1} \in aV_a^{-1}, donc x↦axx \mapsto ax est uniformément continue dans GdG_d.

On voit de même que les translations à droite et à gauche sont des isomorphismes de la structure uniforme gauche sur elle-même.

Tout automorphisme intérieur x↦axa−1x \mapsto axa^{-1} de G est donc à la fois un automorphisme de la structure de groupe, de la topologie, et de chacune des deux structures uniformes de G.

Proposition 2

La symétrie* x↦x−1x \mapsto x^{-1} est un isomorphisme de la structure uniforme droite sur la structure uniforme gauche.

C’est une conséquence immédiate de la déf. 1 (III, p. 19).

Il faut se garder de croire que l’application (x,y)↦xy(x, y) \mapsto xy de l’espace uniforme Gd×GdG_d \times G_d dans l’espace uniforme GdG_d soit en général uniformément continue. De même, la symétrie x↦x−1x \mapsto x^{-1}, considérée comme application de GdG_d sur GdG_d, n’est pas en général uniformément continue (voir III, p. 73, exerc. 3 et 4).

Proposition 3

Tout homomorphisme continu f d’un groupe topologique G dans un groupe topologique G' est uniformément continu lorsqu’on le considère comme une application de G_d dans G'_d* (ou de G_s dans G'_s).

En effet, si V' est un voisinage de l’élément neutre dans G', et V=f−1(V′)V = f^{-1}(V'), la relation yx−1∈Vyx^{-1} \in V entraîne f(y)(f(x))−1=f(yx−1)∈V′f(y)(f(x))^{-1} = f(yx^{-1}) \in V'.

2. Structures uniformes des sous-groupes, groupes quotients et groupes produits

Si H est un sous-groupe d’un groupe topologique G, la structure uniforme induite sur H par la structure uniforme droite de G, n’est autre que la structure uniforme droite du groupe topologique H.

Si H est un sous-groupe distingué de G, et φ\varphi l’application canonique de G sur G/HG/H, on obtient un système fondamental d’entourages de la structure uniforme droite du groupe quotient G/HG/H en associant à tout voisinage V de l’élément neutre dans G, l’ensemble des couples (x˙,y˙)(\dot{x}, \dot{y}) de points de G/HG/H tels que y˙x˙−1∈φ(V)\dot{y}\dot{x}^{-1} \in \varphi(V) (III, p. 13, prop. 17); cette condition signifie qu’il existe au moins un point x∈x˙x \in \dot{x}, et au moins un point y∈y˙y \in \dot{y}, tels que yx−1∈Vyx^{-1} \in V (ce qui s’écrit aussi (x,y)∈Vd(x, y) \in V_d). En particulier, si N est l’adhérence de l’élément neutre dans G, la structure uniforme droite sur G/NG/N est isomorphe à la structure uniforme séparée associée à la structure uniforme droite sur G (cf. II, p. 24).

Enfin, sur un produit d’une famille (Gt)(G_t) de groupes topologiques, la structure uniforme droite est la structure produit des structures uniformes droites des GtG_t (cf. II, p. 10).

On a des énoncés analogues pour la structure uniforme gauche.

Pour que les structures uniformes droite et gauche sur le groupe produit ∏tGt\prod_t G_t soient identiques, il faut et il suffit que les structures uniformes droite et gauche de chacun des groupes facteurs GtG_t soient identiques. Il en est toujours ainsi lorsque certains des GtG_t sont commutatifs, et les autres compacts.

3. Groupes complets

Définition 2

On dit qu’un groupe topologique est complet si sa structure uniforme droite et sa structure uniforme gauche sont des structures d’espace complet.

D’après la prop. 2 de III, p. 21, il suffit, pour qu’un groupe soit complet, que l’une de ses deux structures uniformes soit une structure d’espace complet. Pour que G soit complet, il faut et il suffit que le groupe séparé G/N associé à G (III, p. 13) le soit (II, p. 25).

Tout sous-groupe fermé d’un groupe complet est complet (II, p. 16, prop. 8). Tout produit de groupes complets est complet (II, p. 17, prop. 10).

Par contre, si G est un groupe complet et H un sous-groupe distingué fermé de G, le groupe quotient G/H n’est pas nécessairement complet (voir cependant IX, § 3, prop. 4).

Proposition 4

Si, dans un groupe topologique G, il existe un voisinage V de e qui est complet pour la structure uniforme droite ou la structure uniforme gauche, G est complet.

Supposons par exemple V complet pour la structure uniforme droite et soit F un filtre de Cauchy sur G_d ; F contient un ensemble M petit d’ordre V_d, et si x_1 ∈ M, on a donc M ⊂ Vx_1 ; la trace de F sur le sous-space complet Vx_1 de G_d est donc un filtre de Cauchy qui converge vers un point x_0 ; comme x_0 est adhérent à F, il est point limite de F (II, p. 14, cor. 2 de la prop. 5).

Corollaire 1

Un groupe localement compact est complet.

En effet, tout espace compact est complet pour son unique structure uniforme (II, p. 27, th. 1).

Corollaire 2

Tout sous-groupe localement compact d’un groupe topologique séparé G est fermé dans G.

En effet, tout sous-espace complet d’un espace uniforme séparé est fermé (II, p. 16, prop. 8).

Proposition 5

Soient G_1 un groupe topologique, G_2 un groupe topologique séparé et complet, H_1 (resp. H_2) un sous-groupe partout dense de G_1 (resp. G_2). Tout homomorphisme continu u de H_1 dans H_2 se prolonge d’une seule manière en un homomorphisme continu ū de G_1 dans G_2. En outre, si G_1 est séparé et complet, et si u est un isomorphisme de H_1 sur H_2, ū est un isomorphisme de G_1 sur G_2.

En effet, u est uniformément continu pour les structures uniformes droites de H_1 et H_2 (III, p. 21, prop. 3), donc se prolonge d’une seule manière en une application ū de G_1 dans G_2, uniformément continue pour les structures uniformes droites de ces groupes (II, p. 20, th. 2). En outre, en vertu du principe de prolongement des identités (I, p. 53, cor. 1), ū est un homomorphisme de G_1 dans G_2, d’où la première assertion. Pour démontrer la seconde, il suffit de considérer l’isomorphisme v de H_2 sur H_1 réciproque de u, et son prolongement ū en un homomorphisme continu de G_2 dans G_1 ; en vertu de l’unicité du prolongement, vˉ∘uˉ\bar{v} \circ \bar{u} et uˉ∘vˉ\bar{u} \circ \bar{v} sont respectivement l’identité dans G1G_1 et dans G2G_2, donc (E, II, p. 18) uˉ\bar{u} est bijective.

Remarque

Lorsque l’homomorphisme continu uu est bijectif, il n’en résulte pas en général que uˉ\bar{u} soit injectif ni surjectif (cf. III, p. 73, exerc. 12); voir toutefois III, p. 26, prop. 10.

4. Complétion d’un groupe topologique

Soit G un groupe topologique séparé. L’espace uniforme GdG_d peut être considéré comme sous-espace partout dense de son complété G^d\hat{G}_d. Nous allons chercher si on peut considérer G comme sous-groupe partout dense d’un groupe séparé et complet G′G'. S’il en est ainsi, l’espace uniforme Gd′G'_d est nécessairement isomorphe à G^d\hat{G}_d (II, p. 20, corollaire); on doit donc pouvoir définir sur G^d\hat{G}_d une structure de groupe topologique qui induise sur G la structure de groupe topologique donnée. Il nous faut par suite examiner : 1° si on peut prolonger par continuité les fonctions xyxy et x−1x^{-1} à G^d×G^d\hat{G}_d \times \hat{G}_d et à G^d\hat{G}_d respectivement; 2° si les fonctions ainsi prolongées définissent bien sur G^d\hat{G}_d une structure de groupe (elles définiront alors nécessairement une structure de groupe topologique induisant sur G la structure donnée). Nous devrons ensuite établir que : 3° lorsque les opérations précédentes sont possibles, le groupe topologique qu’elles définissent est complet. Enfin, nous verrons que : 4° s’il existe un groupe complet répondant à la question, il est unique à une isomorphe près.

1) Prolongement par continuité de xyxy et x−1x^{-1}. — Les fonctions xyxy et x−1x^{-1} n’étant pas uniformément continues en général, on ne peut appliquer le théorème de prolongement des fonctions uniformément continues (II, p. 20, th. 2). Néanmoins, on peut prolonger xyxy, grâce à la prop. 11 de II, p. 20 et à la proposition suivante:

Proposition 6

Soient F\mathfrak{F} et G\mathfrak{G} deux filtres-de Cauchy sur GdG_d; l’image, par l’application (x,y)↦xy(x, y) \mapsto xy, du filtre F×G\mathfrak{F} \times \mathfrak{G}, est une base de filtre de Cauchy sur GdG_d.

Évaluons la « proximité » de xyxy et x′y′x'y' dans GdG_d, autrement dit, formons le produit (x′y′)(xy)−1=x′y′y−1x−1(x'y')(xy)^{-1} = x'y'y^{-1}x^{-1}; pour tout a∈Ga \in G, on peut encore écrire (x′y′)(xy)−1=(x′a−1)(ay′y−1a−1)(ax−1)(x'y')(xy)^{-1} = (x'a^{-1})(ay'y^{-1}a^{-1})(ax^{-1}); nous allons voir qu’en choisissant convenablement aa, chacun des trois facteurs de ce produit est très petit dès que les couples (x,y)(x, y) et (x′,y′)(x', y') appartiennent tous deux à un même ensemble assez petit de F×G\mathfrak{F} \times \mathfrak{G}. En effet, voit V un voisinage quelconque de ee dans G; il existe un ensemble A∈FA \in \mathfrak{F}, petit d’ordre VdV_d; prenons pour aa un point de A; si xx et x′x' sont deux points quelconques de A, on a x′a−1∈Vx'a^{-1} \in V et ax−1∈Vax^{-1} \in V. D’autre part, la relation ay′y−1a−1∈Vay'y^{-1}a^{-1} \in V équivaut à y′y−1∈a−1Va=Wy'y^{-1} \in a^{-1}Va = W; comme W est un voisinage de ee, il existe un ensemble B∈GB \in \mathfrak{G}, petit d’ordre WdW_d; donc, quels que soient (x,y)(x, y) et (x′,y′)(x', y') dans A×BA \times B, on a (x′y′)(xy)−1∈V3(x'y')(xy)^{-1} \in V^3, ce qui démontre la proposition.

Pour qu’on puisse prolonger x−1x^{-1} par continuité à G^d\hat{G}_d, il faut et il suffit que l’image, par la symétrie x↦x−1x \mapsto x^{-1}, d’un filtre de Cauchy sur GdG_d soit un filtre de Cauchy sur

G_d (II, p. 20, prop. 11). On peut donner des exemples de groupes topologiques G pour lesquels cette condition n’est pas vérifiée (cf. X, § 3, exerc. 16); nous supposerons qu’elle est vérifiée dans la suite de ce raisonnement.

2) Les fonctions xy et x^{-1} prolongées, définissent une structure de groupe sur G^d\hat{G}_d. — En effet, si on applique le principe de prolongement des identités (I, p. 53, cor. 1) aux fonctions x(yz) et (xy)z définies dans G^d×G^d×G^d\hat{G}_d \times \hat{G}_d \times \hat{G}_d, et égales dans le sous-espace partout dense Gd×Gd×GdG_d \times G_d \times G_d, on voit que la loi de composition (x,y)↦xy(x, y) \mapsto xy est associative dans G^d\hat{G}_d. Pour la même raison, les fonctions x,ex,xex, ex, xe sont identiques dans G^d\hat{G}_d, et les fonctions e,xx−1,x−1xe, xx^{-1}, x^{-1}x sont identiques dans G^d\hat{G}_d.

3) Le groupe topologique G^d\hat{G}_d est complet. — En effet, soit Ud\mathfrak{U}_d sa structure uniforme droite, et soit U\mathfrak{U} la structure uniforme obtenue sur G^d\hat{G}_d par complétion de la structure uniforme droite de G. Les structures U\mathfrak{U} et Ud\mathfrak{U}_d induisent la même structure uniforme sur G; toute base de filtre de Cauchy B\mathfrak{B} sur G pour la structure Ud\mathfrak{U}_d est donc une base de filtre de Cauchy pour la structure U\mathfrak{U}. Or, B\mathfrak{B} converge dans G^d\hat{G}_d, puisque U\mathfrak{U} est une structure d’espace complet; comme les topologies sur G^d\hat{G}_d déduites de U\mathfrak{U} et Ud\mathfrak{U}_d sont identiques (la topologie déduite de U\mathfrak{U} étant compatible avec la structure de groupe de G^d\hat{G}_d en vertu de 2)), on voit (II, p. 17, prop. 9) que Ud\mathfrak{U}_d est une structure d’espace complet. Cette conclusion montre d’ailleurs que U\mathfrak{U} et Ud\mathfrak{U}_d sont identiques (II, p. 20, corollaire).

4) Unicité. — Elle résulte de la prop. 5 de III, p. 22.

En résumé, nous avons démontré le théorème suivant: Théorème 1. — Pour qu’un groupe topologique séparé G soit isomorphe à un sous-groupe partout dense d’un groupe complet G^\hat{G}, il faut et il suffit que l’image, par la symétrie x↦x−1x \mapsto x^{-1}, d’un filtre de Cauchy pour la structure uniforme droite de G soit encore un filtre de Cauchy pour cette structure. Le groupe complet G^\hat{G} (qu’on appelle le groupe complété de G) est alors unique (à un isomorphisme près).

Proposition 7

Soit G un groupe topologique séparé admettant un groupe complété G^\hat{G}. Les adhérences, dans G^\hat{G}, des voisinages de l’élément neutre dans G, forment un système fondamental de voisinages de l’élément neutre dans G^\hat{G}.

En effet, G^\hat{G} étant régulier, tout voisinage de l’élément neutre dans G^\hat{G} contient l’adhérence V d’un voisinage ouvert U de ee dans G^\hat{G} et V est aussi l’adhérence de la trace de U sur G.

Soit G un groupe non nécessairement séparé; soient N = {e}‾\overline{\{e\}}, G' = G/N le groupe séparé associé à G (III, p. 13). Si G' admet un groupe complété G^′\hat{G}', on dit que ce dernier est le groupe séparé complété de G et on le note G^\hat{G}; G^d′\hat{G}'_d (resp. G^s′\hat{G}'_s) est alors l’espace uniforme séparé complété (II, p. 23) de GdG_d (resp. GsG_s).

Proposition 8

Soient G un groupe admettant un groupe séparé complété G^′\hat{G}'. Tout homomorphisme continu u de G dans un groupe séparé complet H se factorise d’une seule manière en u=v∘φu = v \circ \varphi, où v est un homomorphisme continu de G^=G^′\hat{G} = \hat{G}' dans H et φ\varphi l’application canonique de G dans G^\hat{G} (composée de l’injection canonique de G′G' dans G^\hat{G} et de l’homomorphisme canonique ψ\psi de G sur G/N=G′G/N = G').

Comme le noyau de u est fermé et contient e, il contient N, donc u s’écrit u=w∘ψu = w \circ \psi, où w est un homomorphisme continu de G′G' dans H; il suffit alors d’appliquer à w la prop. 5 de III, p. 22.

Corollaire

Soient G1,G2G_1, G_2 deux groupes topologiques admettant des groupes séparés complétés G^1,G^2\hat{G}_1, \hat{G}_2 respectivement. Pour tout homomorphisme continu f:G1→G2f : G_1 \to G_2, il existe un homomorphisme continu f^:G^1→G^2\hat{f} : \hat{G}_1 \to \hat{G}_2 et un seul rendant commutatif le diagramme

G1→fG2φ1↓φ2↓G^1→f^G^2 \begin{array}{ccc} G_1 & \xrightarrow{f} & G_2 \\ \varphi_1 \downarrow & & \varphi_2 \downarrow \\ \hat{G}_1 & \xrightarrow{\hat{f}} & \hat{G}_2 \end{array}

où φ1\varphi_1 et φ2\varphi_2 sont les homomorphismes canoniques.

Il suffit d’appliquer la prop. 8 à l’homomorphisme φ2∘f:G1→G^2\varphi_2 \circ f : G_1 \to \hat{G}_2.

Proposition 9

Soit G un groupe topologique séparé. S’il existe un voisinage V0V_0 de l’élément neutre tel que l’application x↦x−1x \mapsto x^{-1} de V0V_0 dans G soit uniformément continue pour la structure uniforme droite, alors G admet un groupe complété.

Montrons que le critère du th. 1 est vérifié. Soit donc F\mathfrak{F} un filtre de Cauchy pour la structure uniforme droite de G; il existe par suite un ensemble A∈FA \in \mathfrak{F} petit d’ordre (V0)d(V_0)_d pour cette structure; autrement dit, si a∈Aa \in A, on a xa−1∈V0xa^{-1} \in V_0 pour tout x∈Ax \in A, ou encore A⊂V0aA \subset V_0a. Montrons que pour tout voisinage W de e, il existe un ensemble B⊂AB \subset A appartenant à F\mathfrak{F} et tel que B−1B^{-1} soit petit d’ordre WdW_d: cela signifie que, pour x,yx, y dans B, on doit avoir y−1x∈Wy^{-1}x \in W. Or, on peut écrire x=sax = sa et y=tay = ta, avec s,ts, t dans V0V_0, et on a alors yx−1=ts−1yx^{-1} = ts^{-1} et y−1x=a−1t−1say^{-1}x = a^{-1}t^{-1}sa. Par hypothèse, il existe un voisinage W′W' de e tel que les relations s∈V0,t∈V0s \in V_0, t \in V_0 et ts−1∈W′ts^{-1} \in W' entraînent t−1s∈aWa−1t^{-1}s \in aWa^{-1}; si B⊂AB \subset A est un ensemble de F\mathfrak{F} petit d’ordre Wd′W'_d, on aura donc bien y−1x∈Wy^{-1}x \in W quels que soient x,yx, y dans B, ce qui prouve la proposition.

5. Structure uniforme et complétion d’un groupe commutatif

Nous avons déjà remarqué que, dans un groupe topologique commutatif G, les structures uniformes droite et gauche sont identiques; lorsqu’on parle de la structure uniforme de G, c’est toujours de cette unique structure qu’il est question.

Théorème 2

Soit G un groupe topologique commutatif; les fonctions x−1x^{-1} et xyxy sont uniformément continues dans G et G×GG \times G respectivement; en outre G admet un groupe séparé complété G^\hat{G}, qui est commutatif.

La continuité uniforme de x−1x^{-1} résulte de la prop. 2 de III, p. 21 ; celle de xyxy, de la prop. 3 de III, p. 21, puisque (x,y)↦xy(x, y) \mapsto xy est un homomorphisme continu de G×GG \times G dans G. Si G est séparé, il satisfait à la condition du th. 1 de III, p. 24 (comme tout groupe séparé dont les structures uniformes droite et gauche sont identiques); en outre, les fonctions xyxy et yxyx sont égales dans G^×G^\hat{G} \times \hat{G}, d’après le principe de prolongement des identités. D’où la seconde assertion, en considérant dans le cas général le groupe séparé associé à G.

On déduit en particulier de ce théorème que, si ff et gg sont deux applications uniformément continues d’un espace uniforme E dans un groupe commutatif G, noté additivement, les fonctions −f-f et f+gf + g sont uniformément continues.

Proposition 10

Soient G un groupe commutatif, T1,T2\mathscr{T}_1, \mathscr{T}_2 deux topologies séparées compatibles avec la structure de groupe de G; on suppose que T1\mathscr{T}_1 est plus fine que T2\mathscr{T}_2 et qu’il existe un système fondamental de voisinages de 0 pour T1\mathscr{T}_1 qui soient fermés pour T2\mathscr{T}_2. Soient G1,G2G_1, G_2 les groupes complétés de G pour T1\mathscr{T}_1 et T2\mathscr{T}_2 respectivement, et soit f:G1→G2f : G_1 \to G_2 l’homomorphisme continu qui prolonge l’application identique de G (III, p. 22, prop. 5); alors ff est injectif.

Supposons G noté additivement. Soit U1\mathfrak{U}_1 la structure uniforme sur G correspondant (III, p. 20) à la topologie T1\mathscr{T}_1; il suffira de montrer que si F\mathfrak{F} et F′\mathfrak{F}' sont deux filtres de Cauchy minimaux (II, p. 14) pour U1\mathfrak{U}_1, qui convergent dans G2G_2 vers le même point a, alors F=F′\mathfrak{F} = \mathfrak{F}' (II, p. 21). Pour cela, il suffit de montrer que F∩F′\mathfrak{F} \cap \mathfrak{F}' est un filtre de Cauchy pour U1\mathfrak{U}_1. Soit V un voisinage de 0 dans G pour T1\mathscr{T}_1, fermé pour T2\mathscr{T}_2; soit W un voisinage symétrique de 0 dans G pour T1\mathscr{T}_1, tel que W+W⊂VW + W \subset V. Par hypothèse, il existe dans F\mathfrak{F} (resp. F′\mathfrak{F}') un ensemble M (resp. M′M') petit d’ordre WdW_d; pour x∈M,y∈Mx \in M, y \in M, on a donc y−x∈Wy - x \in W, ou encore y∈x+Wy \in x + W; si W‾\overline{W} et V‾\overline{V} sont les adhérences de W et V dans G2G_2, on déduit de ce qui précède que y∈x+W‾y \in x + \overline{W}, donc, puisque a est adhérent à M, a∈x+W‾a \in x + \overline{W} pour tout x∈Mx \in M. De même, on a a∈x′+W‾a \in x' + \overline{W} pour tout x′∈M′x' \in M', d’où l’on tire x−x′∈W‾+W‾x - x' \in \overline{W} + \overline{W}; mais comme (x,y)↦x+y(x, y) \mapsto x + y est une application continue de G2×G2G_2 \times G_2 dans G2G_2, on a W‾+W‾⊂W‾+W‾⊂V‾\overline{W} + \overline{W} \subset \overline{W} + \overline{W} \subset \overline{V}. On en conclut que pour x∈M,x′∈M′x \in M, x' \in M', on a x−x′∈V‾∩G=Vx - x' \in \overline{V} \cap G = V, puisque V est fermé pour T2\mathscr{T}_2; ceci achève donc la démonstration.

Corollaire 1

Sous les hypothèses de la prop. 10, si A est une partie de G qui est un sous-espace complet pour la structure uniforme U2\mathfrak{U}_2 correspondant à T2\mathscr{T}_2, A est aussi un sous-espace complet pour la structure uniforme U1\mathfrak{U}_1 correspondant à T1\mathscr{T}_1.

En effet, si A1A_1 est l’adhérence de AA dans G1G_1, f(A1)f(A_1) est contenu dans l’adhérence de AA dans G2G_2, égale à AA par hypothèse. Comme f(A)=Af(A) = A par définition et que ff est injective, on a A1=AA_1 = A.

Corollaire 2

Soient GG un groupe commutatif, T1,T2\mathscr{T}_1, \mathscr{T}_2 deux topologies séparées compatibles avec la structure de groupe de GG. On suppose que T1\mathscr{T}_1 est plus fine que T2\mathscr{T}_2 et qu’il existe un système fondamental V\mathfrak{V} de voisinages de 00 pour T1\mathscr{T}_1 qui soient complets pour la structure uniforme U2\mathfrak{U}_2 correspondant à T2\mathscr{T}_2. Alors GG est complet pour la structure uniforme U1\mathfrak{U}_1 correspondant à T1\mathscr{T}_1.

En effet, les ensembles de V\mathfrak{V} sont fermés pour T2\mathscr{T}_2, donc complets pour U1\mathfrak{U}_1 en vertu du cor. 1 ; la proposition résulte alors de la prop. 4 de III, p. 22.

Exercices

See the exercises for § 3.

Transcribed from the printed volume. Not translated.