Bourbaki

§ 2. Sous-groupes; groupes quotients; homomorphismes; espaces homogènes; groupes produits

1. Sous-groupes d’un groupe topologique

Soient GG un groupe topologique, HH un sous-groupe de GG. D’après (GT’), la topologie induite sur HH par celle de GG est compatible avec la structure de groupe de HH; la structure de groupe topologique ainsi définie sur HH est dite induite par celle de G. Sauf mention expresse du contraire, quand on considérera un sous-groupe H de G comme un groupe topologique, c’est toujours de cette structure induite qu’il s’agira.

Proposition 1

L’adhérence H‾\overline{H} d’un sous-groupe H d’un groupe topologique G est un sous-groupe de G. Si H est un sous-groupe distingué, H‾\overline{H} est aussi un sous-groupe distingué.

En effet, si a et b sont adhérents à H, ab−1ab^{-1} est adhérent à H, puisque l’application (x,y)↦xy−1(x, y) \mapsto xy^{-1} est continue dans G×GG \times G, et transforme H×HH \times H en H (I, p. 9, th. 1). De la même manière, en vertu de la continuité de l’application x↦axa−1x \mapsto axa^{-1}, on voit que si H est un sous-groupe distingué, il en est de même de H‾\overline{H}.

En particulier, l’adhérence N de l’ensemble {e}\{e\} réduit à l’élément neutre de G, est un sous-groupe distingué de G; pour qu’il se réduise à e, il faut et il suffit (III, p. 5, prop. 2) que G soit séparé.

Proposition 2

Dans un groupe séparé G, l’adhérence d’un sous-groupe commutatif H est un sous-groupe commutatif.

On peut se borner au cas où H est partout dense dans G, en vertu de la prop. 1; les fonctions continues xyxy et yxyx, étant égales dans H×HH \times H, le sont alors aussi dans G×GG \times G, en vertu du principe de prolongement des identités (I, p. 53, cor. 1).

Proposition 3

Dans un groupe séparé G, l’ensemble M’ des éléments permutables aux éléments d’une partie quelconque M de G est un sous-groupe fermé. En particulier, le centre de G est fermé dans G.

En effet, M’ est l’intersection des ensembles FmF_m des x∈Gx \in G tels que xm=mxxm = mx, lorsque m parcourt M; la proposition résulte de ce que les FmF_m sont fermés (I, p. 53, prop. 2).

Proposition 4

Dans un groupe topologique G, tout sous-groupe H localement fermé en un point (I, p. 20, déf. 2) est fermé.

Par translation, H est localement fermé en chacun de ses points, autrement dit H est localement fermé dans G. Soit V un voisinage ouvert symétrique de e dans G tel que V∩HV \cap H soit fermé dans V. Si x∈H‾x \in \overline{H}, on a xV∩H≠∅xV \cap H \neq \varnothing; si y∈xV∩Hy \in xV \cap H, on a x∈yVx \in yV, et y(V∩H)=(yV)∩Hy(V \cap H) = (yV) \cap H est fermé dans yVyV; comme x est adhérent à (yV)∩H(yV) \cap H, on a bien x∈Hx \in H.

Corollaire

Dans un groupe topologique, pour qu’un sous-groupe soit ouvert, il faut et il suffit qu’il ait un point intérieur. Tout sous-groupe ouvert est fermé.

La première partie est immédiate, car si un sous-groupe H a un point intérieur, on voit par translation que tous ses points sont intérieurs. La seconde assertion est un cas particulier de la prop. 4.

Proposition 5

Dans un groupe topologique G, pour qu’un sous-groupe H soit discret, il faut et il suffit qu’il ait un point isolé. Tout sous-groupe discret d’un groupe séparé est fermé.

Si H a un point isolé, on voit par translation que tous ses points sont isolés, donc H est discret. La seconde assertion est un cas particulier de la prop. 4, car si G est séparé, {e} est fermé dans G et a fortiori dans tout voisinage de e.

Remarque

Soit H un sous-groupe quelconque d’un groupe topologique G. Pour tout x∈H‾x \in \overline{H}, on a xH‾=x.H‾=H‾x\overline{H} = x.\overline{H} = \overline{H}, puisque les translations sont des homéomorphismes de G sur lui-même. Autrement dit, pour tout x∈H‾x \in \overline{H}, xHxH est dense dans H‾\overline{H}. On en conclut que si H n’est pas fermé, H‾∩GH\overline{H} \cap GH est dense dans H‾\overline{H}.

2. Composantes connexes d’un groupe topologique

Soit V un voisinage symétrique de e dans G; le sous-groupe engendré par V, qu’on note V∞V^\infty est formé, comme on sait, de tous les composés ∏i=1nxi\prod_{i=1}^n x_i de suites finies d’éléments de V; V∞V^\infty est ouvert, puisque e lui est intérieur; il est donc fermé d’après la prop. 4 de III, p. 7. On en conclut que: Proposition 6. — Tout groupe connexe est engendré par chacun des voisinages de l’élément neutre.

La réciproque de cette proposition est inexacte en général, comme nous le verrons dans IV, p. 8. Si un groupe topologique G est engendré par chacun des voisinages de l’élément neutre, on peut seulement dire qu’il ne contient aucun sous-groupe ouvert distinct de G.

Comme exemple de groupe G non connexe, contenant un sous-groupe ouvert distinct de G, citons le groupe multiplicatif R∗\mathbf{R}^* des nombres réels ≠0\neq 0, dans lequel le sous-groupe R+∗\mathbf{R}_+^* des nombres >0> 0 est à la fois ouvert et fermé (voir IV, p. 12).

Proposition 7

Soient G un groupe topologique, M une partie de G contenant l’élément neutre e, H le sous-groupe de G engendré par M. Si M est connexe, H est connexe.

Soit M′M' l’ensemble M∪M−1M \cup M^{-1}; il est connexe, puisque M−1M^{-1}, image de M par l’application continue x↦x−1x \mapsto x^{-1}, est connexe (I, p. 82, prop. 4); comme M et M−1M^{-1} contiennent e, M′M' est connexe (I, p. 81, prop. 2). Les groupe H est alors réunion des ensembles M′n{M'}^n pour les entiers n⩾1n \geqslant 1 (A, I, p. 32, prop. 2 et p. 7, prop. 2); or M′n{M'}^n est l’image de la partie M′×M′×⋯×M′M' \times M' \times \cdots \times M' (n fois) de G×G×⋯×GG \times G \times \cdots \times G par l’application continue (x1,x2,…,xn)↦x1x2…xn(x_1, x_2, \ldots, x_n) \mapsto x_1 x_2 \ldots x_n; donc M′n{M'}^n est connexe (I, p. 83, prop. 8, et p. 82, prop. 4); comme e appartient à tous les M′n{M'}^n, H est connexe (I, p. 81, prop. 2).

Corollaire

Le groupe des commutateurs d’un groupe topologique connexe est connexe.

En effet, l’ensemble C des commutateurs est l’image de G×GG \times G par l’application continue (x,y)↦xyx−1y−1(x, y) \mapsto xyx^{-1}y^{-1}, donc est connexe (I, p. 83, prop. 8 et p. 82, prop. 4); comme C contient évidemment e et engendre le groupe des commutateurs, cela prouve le corollaire.

Proposition 8

Dans un groupe topologique G, la composante connexe K de l’élément neutre ee est un sous-groupe distingué fermé; la composante connexe d’un point xx est la classe x.K=K.xx.K = K.x.

En effet, si a∈Ka \in K, a−1Ka^{-1}K est connexe et contient ee; donc on a K−1K⊂KK^{-1}K \subset K, ce qui prouve que KK est un sous-groupe de GG; ce sous-groupe est invariant par tout automorphisme de GG, en particulier par tout automorphisme intérieur, donc KK est distingué; on sait en outre que KK est fermé (I, p. 84, prop. 9). Enfin, la translation à gauche y↦xyy \mapsto xy étant un homéomorphisme de GG qui transforme ee en xx, la composante connexe de xx est x.Kx.K.

On dit que la composante connexe de l’élément neutre ee de GG est la composante neutre de GG.

3. Sous-groupes partout denses

La proposition suivante généralise la prop. 1 de III, p. 7 et la prop. 6 de III, p. 8:

Proposition 9

(i) *Soit HH un sous-groupe partout dense d’un groupe topologique GG; si KK est un sous-groupe distingué de HH, l’adhérence K‾\overline{K} de KK dans GG est un sous-groupe distingué de GG.

(ii) Soit HH un sous-groupe partout dense d’un groupe topologique GG; si HH est engendré par chacun des voisinages de l’élément neutre dans HH, GG est engendré par chacun des voisinages de l’élément neutre dans GG.

(i) L’application (z,x)↦zxz−1(z, x) \mapsto zxz^{-1} est continue dans G×GG \times G, et applique H×KH \times K dans KK; donc (I, p. 9, th. 1), elle applique G×K‾=H‾×K‾G \times \overline{K} = \overline{H} \times \overline{K} dans K‾\overline{K}.

(ii) Soit VV un voisinage symétrique quelconque de ee dans GG; V∩HV \cap H est un voisinage de l’élément neutre dans HH, donc engendre HH; par suite, VV engendre un sous-groupe H′H' contenant HH; mais H′H' est ouvert et fermé (III, p. 7, corollaire), donc contient H‾=G\overline{H} = G.

4. Espaces à opérateurs

Soient EE un espace topologique, GG un groupe topologique. On dit que GG opère continûment dans EE si les conditions suivantes sont vérifiées: 1° GG opère sur EE, autrement dit (A, I, p. 50) EE est muni d’une loi de composition externe (s,x)↦s.x(s, x) \mapsto s.x dont GG est l’ensemble d’opérateurs, et qui est telle que s.(t.x)=(st).xs.(t.x) = (st).x et e.x=xe.x = x pour s,ts, t dans GG et x∈Ex \in E. 2° L’application (s,x)↦s.x(s, x) \mapsto s.x de G×EG \times E dans EE est continue.

Lemme 1

Si un groupe topologique GG opère continûment dans un espace topologique EE, alors, pour tout s∈Gs \in G, l’application x↦s.xx \mapsto s.x est un homéomorphisme de EE sur lui-même.

En effet, cette application est une bijection continue dont la bijection réciproque x↦s−1.xx \mapsto s^{-1}.x est aussi continue.

Rappelons (A, I, p. 54) que, pour tout x∈Ex \in E, l’ensemble G.xG.x des transformés s.xs.x de xx par les éléments s∈Gs \in G est appelé l’orbite de xx (pour le groupe d’opérateurs GG) ; l’ensemble des s∈Gs \in G tels que s.x=xs.x = x est un sous-groupe de GG, appelé stabilisateur de xx (A, I, p. 52). La relation R{x,y}:«yR \{x, y\} : « y appartient à l’orbite de xx » est une relation d’équivalence dans EE, dite définie par GG; les classes d’équivalence pour cette relation sont les orbites des points de EE. L’espace topologique E/RE/R est appelé l’espace des orbites du groupe GG dans EE, ou encore l’espace quotient de EE par le groupe GG, et on le note E/GE/G; on dit aussi que la topologie de E/GE/G est la topologie quotient de celle de EE par GG.

Lemme 2

Si un groupe topologique GG opère continûment dans un espace topologique EE, la relation d’équivalence RR définie par GG est ouverte.

En effet, le saturé pour RR d’une partie ouverte UU de EE est l’ensemble ⋃s∈Gs.U\bigcup_{s \in G} s.U, et chacun des s.Us.U est ouvert (lemme 1).

Exemple 1

Soit HH un sous-groupe d’un groupe topologique GG; HH opère continûment dans GG par la loi externe (s,x)↦sx(s, x) \mapsto sx. Il opère aussi continûment dans GG par la loi externe (s,x)↦sxs−1(s, x) \mapsto sxs^{-1}.

Exemple 2

Si KK est un corps topologique (III, p. 54), le groupe multiplicatif K∗K^* opère continûment dans KK par la loi externe (s,x)↦sx.∗(s, x) \mapsto sx.*

Exemple 3

Soient GG un groupe topologique, EE un espace topologique; l’application (s,x)↦x(s, x) \mapsto x de G×EG \times E dans EE est une loi externe sur EE et GG opère continûment dans EE pour cette loi; on dit alors que GG opère trivialement dans EE.

Remarque

Au lieu de dire qu’un groupe topologique GG opère continûment dans un espace topologique EE, on dit aussi parfois que GG opère continûment à gauche dans EE. Lorsque le groupe topologique G0G^0 opposé à GG opère continûment dans EE, on dit que GG opère continûment à droite dans EE; il revient au même de dire que EE est muni d’une loi de composition externe continue (s,x)↦s.x(s, x) \mapsto s.x ayant GG comme ensemble d’opérateurs et telle que s.(t.x)=(ts).xs.(t.x) = (ts).x et e.x=xe.x = x. On note souvent une telle loi à droite: (s,x)↦x.s(s, x) \mapsto x.s (d’où la terminologie), et on a alors (x.t).s=x.(ts)(x.t).s = x.(ts). Lorsque GG opère continûment à droite dans EE par la loi (s,x)↦x.s(s, x) \mapsto x.s, il opère aussi continûment à gauche dans EE par la nouvelle loi externe (s,x)↦x.s−1(s, x) \mapsto x.s^{-1} en vertu de l’axiome (GTII).

Soient EE (resp. E′E') un ensemble dans lequel opère un groupe GG (resp. G′G'), ff un homomorphisme de GG dans G′G', gg une application de EE dans E′E'. On dit que ff et gg sont compatibles si l’on a g(s.x)=f(s).g(x)g(s.x) = f(s).g(x) pour tout s∈Gs \in G et tout x∈Ex \in E. Si E′′E'' est un troisième ensemble où opère un groupe G′′G'', f′f' un homomorphisme de G′G' dans G′′G'', g′g' une application de E′E' dans E′′E'', et si f′f' et g′g' sont compatibles, alors f′∘ff' \circ f et g′∘gg' \circ g sont compatibles. Lorsque E,E′E, E' sont des espaces topologiques, G,G′G, G' des groupes topologiques opérant continûment dans E,E′E, E' respectivement, on dit que (f,g)(f, g) est un morphisme de l’espace à opérateurs EE dans l’espace à opérateurs E′E' lorsque ff et gg sont continues et compatibles. Par passage aux quotients, gg définit alors une application continue de E/GE/G dans E′/G′E'/G' (I, p. 21, corollaire).

Soient G un groupe topologique opérant continûment dans un espace topologique E, φ l’application canonique de E sur l’espace des orbites E/G. Soient A une partie quelconque de E, A’ le sous-espace de E saturé pour la relation d’équivalence R définie par G (réunion des orbites des points de A; on dit aussi que A’ est le saturé de A par G); G opère continûment dans A’ par la restriction de (s, x) ↦ s.x à G × A’. En outre, comme R est ouverte (lemme 2) et A’ saturé, la prop. 4 de I, p. 32, et la relation φ(A) = φ(A’), entraînent:

Proposition 10

La bijection canonique du sous-espace φ(A) de E/G sur l’espace des orbites A’/G est un homéomorphisme.

Soit maintenant S une relation d’équivalence dans E telle que, pour tout s ∈ G, l’application x ↦ s.x soit compatible avec S (autrement dit, telle que la relation x ≡ y (mod. S) entraîne s.x ≡ s.y (mod. S)); nous dirons pour abréger que la relation S est compatible avec le groupe G. Si ψ est l’application canonique de E sur E/S, et si on désigne par s.ψ(x) la classe mod. S de s.x, le groupe G opère dans l’espace E/S par (s, ψ(x)) ↦ s.ψ(x) = ψ(s.x). En outre:

Proposition 11

Si la relation d’équivalence S dans E est ouverte et compatible avec G, G opère continûment dans E/S.

Comme la relation d’égalité (resp. la relation S) est ouverte dans G (resp. dans E), tout revient à démontrer que l’application (s, x) ↦ s.ψ(x) = ψ(s.x) de G × E dans E/S est continue (I, p. 34, cor. de la prop. 8); or cela résulte du fait que ψ et (s, x) ↦ s.x sont continues.

Remarque

Soit G’ un second groupe topologique opérant continûment dans E, et supposons que l’on ait s.(s’.x) = s’.(s.x) quels que soient s ∈ G, s’ ∈ G’, x ∈ E; alors la relation d’équivalence S définie par G’ est compatible avec G, et comme elle est ouverte (III, p. 10, lemme 2), on voit que G opère continûment dans E/G’; de même, G’ opère alors continûment dans E/G. On dit dans ce cas que les deux groupes G, G’ opèrent dans E de manières permutables.

5. Espaces homogènes

Soient G un groupe topologique, H un sous-groupe de G. Le groupe H opère continûment à droite dans G par la loi externe (t, x) ↦ xt, l’orbite d’un point x ∈ G étant la classe à gauche xH suivant H. L’ensemble des orbites est donc ce que nous avons appelé en algèbre (A, I, p. 56) l’ensemble homogène G/H. Quand nous parlerons de G/H comme d’un espace topologique, il s’agira toujours, sauf mention expresse du contraire, de l’espace des orbites de G (pour H), autrement dit de l’espace quotient de G par la relation d’équivalence x^{-1}y ∈ H. Conformément aux définitions générales, nous dirons que la topologie de cet espace est la topologie quotient de celle de G par H et G/H, muni de sa topologie, sera appelé espace homogène des classes à gauche suivant H.

Proposition 12

Le groupe G opère continûment dans tout espace homogène G/H.

Comme la relation d’équivalence x−1y∈Hx^{-1}y \in H est ouverte (III, p. 10, lemme 2), cet énoncé est un cas particulier de la prop. 11 de III, p. 11.

Proposition 13

Soient G un groupe topologique, H un sous-groupe de G. Pour que l’espace homogène G/H soit séparé, il faut et il suffit que H soit fermé dans G.

La condition est nécessaire, H étant une classe d’équivalence suivant la relation x−1y∈Hx^{-1}y \in H; inversement, si H est fermé, le graphe de cette relation est fermé dans G×GG \times G, étant l’image réciproque de H par l’application continue (x,y)↦x−1y(x, y) \mapsto x^{-1}y. Comme la relation d’équivalence x−1y∈Hx^{-1}y \in H est ouverte, G/H est séparé (I, p. 55, prop. 8).

Proposition 14

Soient G un groupe topologique, H un sous-groupe de G. Pour que l’espace homogène G/H soit discret, il faut et il suffit que H soit ouvert dans G.

En effet, les images réciproques dans G des points de G/H par l’application canonique sont les classes xHxH (x∈Gx \in G); pour que ces ensembles soient ouverts dans G, il faut et il suffit que H soit ouvert dans G.

Soit E un espace topologique non vide dans lequel un groupe topologique G opère continûment et transitivement; E est alors (au sens algébrique) un G-ensemble homogène (A, I, p. 56). Soient xx un point de E, HxH_x son stabilisateur. La surjection continue s↦s.xs \mapsto s.x de G sur E se factorise canoniquement en

G→fxG/Hx→gxE G \xrightarrow{f_x} G/H_x \xrightarrow{g_x} E

où fxf_x est l’application canonique de G sur l’espace homogène G/HxG/H_x, et gxg_x la bijection s.Hx↦s.xs.H_x \mapsto s.x de G/HxG/H_x sur E; on sait en outre (I, p. 21, prop. 6) que gxg_x est une application continue. Mais gxg_x n’est pas nécessairement un homéomorphisme de G/HxG/H_x sur E (III, p. 72, exerc. 29). Lorsque, pour tout x∈Ex \in E, gxg_x est un homéomorphisme, on dit que E est un espace homogène topologique (correspondant au groupe topologique G); pour cela, il est nécessaire et suffisant que, pour tout x∈Ex \in E, l’application s↦s.xs \mapsto s.x de G dans E soit ouverte.

Proposition 15

Pour qu’un espace topologique E, dans lequel un groupe topologique G opère continûment et transitivement, soit un espace homogène topologique (relativement à G), il suffit que, pour un point x0∈Ex_0 \in E, l’application s↦s.x0s \mapsto s.x_0 transforme tout voisinage de e dans G en un voisinage de x0x_0 dans E.

En effet, tout x∈Ex \in E s’écrit x=t.x0x = t.x_0 pour un t∈Gt \in G; si V est un voisinage de e, V.x=(Vt).x0V.x = (Vt).x_0 est un voisinage de xx, car on peut écrire (Vt).x0=t.((t−1Vt).x0)(Vt).x_0 = t.((t^{-1}Vt).x_0) et la conclusion résulte de ce que t−1Vtt^{-1}Vt est un voisinage de e dans G, et y↦t.yy \mapsto t.y un homéomorphisme de E sur lui-même (III, p. 9, lemme 1). On en déduit que pour tout ensemble ouvert U dans G, et tout x∈Ex \in E, U.xU.x est ouvert dans E; en effet, pour tout t∈Ut \in U, t−1Ut^{-1}U est un voisinage de e, donc (t−1U).x(t^{-1}U).x est un voisinage de xx, et t.((t−1U).x)=U.xt.((t^{-1}U).x) = U.x est un voisinage de t.xt.x, d’où notre assertion, qui achève de démontrer la proposition.

6. Groupes quotients

Proposition 16

Soient GG un groupe topologique, HH un sous-groupe distingué de GG. La topologie quotient de celle de GG par HH est compatible avec la structure de groupe de G/HG/H.

Si x↦x˙x \mapsto \dot{x} est l’application canonique de GG sur G/HG/H, il faut prouver que (x˙,y˙)↦x˙y˙−1(\dot{x}, \dot{y}) \mapsto \dot{x}\dot{y}^{-1} est une application continue de (G/H)×(G/H)(G/H) \times (G/H) dans G/HG/H. Comme la relation d’équivalence x−1y∈Hx^{-1}y \in H est ouverte (III, p. 10, lemme 2), il suffit de montrer que (x,y)↦x˙y˙−1(x, y) \mapsto \dot{x}\dot{y}^{-1} est une application continue de G×GG \times G dans G/HG/H (I, p. 34, cor. de la prop. 8 et I, p. 21, prop. 6). Mais cela résulte de ce que cette application est composée des applications continues x↦x˙x \mapsto \dot{x} et (x,y)↦xy−1(x, y) \mapsto xy^{-1}.

Lorsque nous parlerons désormais d’un groupe quotient G/HG/H d’un groupe topologique GG comme d’un groupe topologique, il faudra toujours entendre, sauf mention expresse du contraire, que sa topologie est la topologie quotient de celle de GG par HH.

Proposition 17

Soit φ\varphi l’application canonique d’un groupe topologique GG sur un groupe quotient G/HG/H. Si V\mathfrak{V} est un système fondamental de voisinages de ee dans GG, φ(V)\varphi(\mathfrak{V}) est un système fondamental de voisinages de l’élément neutre φ(e)\varphi(e) de G/HG/H.

C’est un cas particulier de la prop. 5 de I, p. 33.

Les prop. 13 et 14 (III, p. 12) donnent en particulier, pour les groupes quotients:

Proposition 18

Soient GG un groupe topologique, HH un sous-groupe distingué de GG. a) Pour que le groupe quotient G/HG/H soit séparé, il faut et il suffit que HH soit fermé dans GG. b) Pour que le groupe quotient G/HG/H soit discret, il faut et il suffit que HH soit ouvert dans GG.

Si GG est un groupe topologique, et NN l’adhérence de {e}\{e\} dans GG, NN est un sous-groupe distingué fermé de GG (III, p. 7, prop. 1), donc G/NG/N est séparé; on dit que G/NG/N est le groupe séparé associé à GG.

Proposition 19

Si HH est un sous-groupe distingué discret d’un groupe topologique GG, G/HG/H est localement isomorphe (III, p. 6) à GG.

En effet, soit VV un voisinage de ee dans GG, ne contenant aucun point de HH autre que ee, et soit WW un voisinage ouvert symétrique de ee dans GG tel que W2⊂VW^2 \subset V. La restriction à WW de l’application canonique φ\varphi de GG sur G/HG/H est injective: en effet, la relation φ(x)=φ(y)\varphi(x) = \varphi(y) signifie que x−1y∈Hx^{-1}y \in H, et si x∈W,y∈Wx \in W, y \in W, on a x−1y∈W2⊂Vx^{-1}y \in W^2 \subset V, d’où x=yx = y. D’après la prop. 17, la restriction de φ\varphi à WW est donc un homéomorphisme de WW sur φ(W)\varphi(W); comme en outre φ(xy)=φ(x)φ(y)\varphi(xy) = \varphi(x)\varphi(y) quels que soient x,yx, y dans WW, GG et G/HG/H sont localement isomorphes (III, p. 6, prop. 3).

7. Sous-groupes et groupes quotients d’un groupe quotient

Soient G un groupe topologique, H un sous-groupe distingué de G, φ l’application canonique de G sur G/H. On sait (A, I, p. 37) que si A′ est un sous-groupe de G/H, φ(A′) est un sous-groupe de G contenant H. Réciproquement, si A est un sous-groupe de G, φ(A) est un sous-groupe de G/H; en outre, il existe une bijection canonique du groupe quotient A/(A ∩ H) sur le sous-groupe φ(A) de G/H et une bijection canonique de φ(A) sur le groupe quotient AH/H, et ces bijections sont des isomorphismes pour les structures de groupe.

Proposition 20

Soient A un sous-groupe d’un groupe topologique G, H un sous-groupe distingué de G, φ l’application canonique de G sur G/H. La bijection canonique de φ(A) sur AH/H est un isomorphisme de groupes topologiques.

Cela résulte des remarques qui précèdent, et de la prop. 10 de III, p. 11.

La bijection canonique de A/(A ∩ H) sur φ(A) est un homomorphisme continu, puisqu’elle provient par passage au quotient de la restriction de φ à A, mais en général les groupes topologiques A/(A ∩ H) et AH/H ne sont pas isomorphes (cf. III, p. 27, cor. 3).

Par exemple, prenons pour G le groupe additif \mathbf{R} des nombres réels, pour H le groupe \mathbf{Z} des entiers, pour A le groupe θ\mathbf{Z} des multiples entiers d’un nombre irrationnel θ; on a A ∩ H = {0}, donc A/(A ∩ H) est un groupe discret, isomorphe à \mathbf{Z}; au contraire, A + H est partout dense dans \mathbf{R} (comme on le verra dans V, §1, prop. 1), donc (A + H)/H, qui est localement isomorphe à A + H (III, p. 13, prop. 19), n’est pas un groupe discret, et par suite n’est pas isomorphe à A/(A ∩ H).

On a toutefois la proposition suivante:

Proposition 21

Soient G un groupe topologique, G_0 un sous-groupe partout dense, H_0 un sous-groupe distingué fermé de G_0, H son adhérence dans G, φ l’application canonique G → G/H; la bijection canonique G_0/H_0 → φ(G_0) est un isomorphisme du groupe topologique G_0/H_0 sur un sous-groupe partout dense de G/H.

Comme H_0 = H ∩ G_0, tout revient à prouver que si U_0 est un ensemble ouvert dans G_0, saturé pour la relation x^{-1}y ∈ H_0, il est la trace sur G_0 d’un ensemble ouvert dans G, saturé pour la relation x^{-1}y ∈ H (I, p. 23, prop. 10). Soit U un ensemble ouvert dans G tel que U_0 = U ∩ G_0; comme U_0 = U_0H_0, on vérifie aussitôt que l’on a U_0 = UH_0 ∩ G_0; comme UH_0 est ouvert dans G, on peut donc supposer que U = UH_0. Cela étant, l’ensemble UH est ouvert dans G et saturé pour la relation x^{-1}y ∈ H; montrons que UH ∩ G_0 = U_0, ce qui achèvera la démonstration. Or, si u ∈ U, h ∈ H sont tels que uh ∈ G_0, il y a un voisinage symétrique V de e dans G tel que uV ⊂ U; comme Vh est un voisinage de h dans G, il existe z ∈ V tel que zh ∈ H_0; mais alors uz^{-1} ∈ U et on a uh = (uz^{-1})(zh). On peut donc supposer que h ∈ H_0, et comme UH_0 = U, on a uh ∈ U_0.

Soit G un groupe topologique opérant continûment dans un espace topologique E, et soit K un sous-groupe distingué de G, contenu dans le stabilisateur de chacun des points de E. Pour tout x ∈ E, la relation s ≡ t (mod. K) entraîne donc s.x = t.x, et par passage au quotient on en déduit une application s ↦ s.x de G/K dans E; on vérifie immédiatement que pour la loi externe ainsi définie (s, x) ↦ s.x, G/K opère dans E. En outre, G/K opère continûment dans E pour cette loi: en effet, comme la relation d’égalité dans E et la relation s ≡ t (mod. K) dans G sont ouvertes, cela résulte de la continuité de l’application (s, x) ↦ s.x = s.x de G × E dans E (I, p. 34, cor. de la prop. 8 et I, p. 21, prop. 6).

Soient maintenant G un groupe topologique opérant continûment dans un espace topologique E, H un sous-groupe quelconque de G. Le groupe H opère continûment dans E; soit S la relation d’équivalence dans E définie par H, qui est ouverte (III, p. 10, lemme 2). La relation S est compatible avec le groupe G (III, p. 11); en effet, si y ≡ x (mod. S), il existe t ∈ H tel que y = t.x, d’où, pour tout s ∈ G, s.y = (sts^{-1}).(s.x), et comme H est distingué, sts^{-1} ∈ H, d’où notre assertion. Si ψ est l’application canonique de E sur E/S, le groupe G opère donc continûment dans E/S pour la loi externe (s, ψ(x)) ↦ ψ(s.x) (III, p. 11, prop. 11). En outre, le groupe H est contenu dans le stabilisateur de chacun des points de E/S; comme on l’a vu ci-dessus, G/H opère continûment dans E/S = E/H, pour la loi externe (s, ψ(x)) ↦ ψ(s.x). Si on désigne par R la relation d’équivalence dans E définie par G, la relation S entraîne R, et la relation d’équivalence R/S dans E/S est la relation définie par le groupe G/H. Par suite (I, p. 21, prop. 7):

Proposition 22

Soient G un groupe topologique opérant continûment dans un espace topologique E, H un sous-groupe distingué de G. La bijection canonique de E/G sur (E/H)/(G/H) est un homéomorphisme.

Corollaire

Soient G un groupe topologique, H un sous-groupe distingué de G, K un sous-groupe distingué de G contenant H; la bijection canonique de G/K sur (G/H)/(K/H) est un isomorphisme de groupes topologiques.

On sait déjà (A, I, p. 39) que cette bijection est un isomorphisme de groupes, et la prop. 22 (appliquée au groupe K opérant à droite dans G) achève d’établir le corollaire.

8. Homomorphismes continus et morphismes stricts

Proposition 23

Pour qu’un homomorphisme f d’un groupe topologique G dans un groupe topologique G' soit continu dans G, il faut et il suffit qu’il soit continu en un point.

La condition est évidemment nécessaire. Réciproquement, si f est continu au point a ∈ G et si V' est un voisinage de f(a), f^{-1}(V') = V est un voisinage de a; pour tout x ∈ G, on a f(xa^{-1}V) = f(x)(f(a))^{-1}f(V) ⊂ f(x)(f(a))^{-1}V', ce qui établit la continuité de f au point x.

Un homomorphisme continu d’un groupe topologique G dans un groupe topologique G' est encore appelé un morphisme de G dans G' pour les structures de groupe topologique (cf. E, IV, p. 11).

Soit f un homomorphisme continu d’un groupe topologique G dans un groupe topologique G'; l’image réciproque H = f‾(e′)\overline{f}(e') de l’élément neutre e' de G' est un sous-groupe distingué de G et f(G)f(G) est un sous-groupe de G'. Considérons la factorisation canonique f=ψ∘f˙∘φf = \psi \circ \dot{f} \circ \varphi, où φ\varphi est l’application canonique G→G/HG \to G/H, ψ\psi l’injection canonique f(G)→G′f(G) \to G', et enfin f˙\dot{f} un homomorphisme continu bijectif du groupe quotient G/H sur le sous-groupe f(G)f(G) (I, p. 22); on dira que f˙\dot{f} est l’homomorphisme bijectif associé à f. En général, f˙\dot{f} n’est pas un isomorphisme de groupes topologiques.

Par exemple, soient G' un groupe topologique non discret, G le groupe topologique obtenu en munissant G' de la topologie discrète; l’application identique de G dans G' est un homomorphisme bijectif continu, mais non bicontinu.

Définition 1

On dit qu’un homomorphisme continu f d’un groupe topologique G dans un groupe topologique G' est un morphisme strict de G dans G', si l’homomorphisme bijectif f˙\dot{f} de G/f‾(e′)G/\overline{f}(e') sur f(G)f(G), associé à f, est un isomorphisme de groupes topologiques (autrement dit, si f˙\dot{f} est bicontinu).

Un isomorphisme d’un groupe topologique G sur un groupe topologique G' est donc un morphisme strict bijectif de G dans G'.

Proposition 24

Soit f un homomorphisme continu d’un groupe topologique G dans un groupe topologique G'; les trois propositions suivantes sont équivalentes: a) f est un morphisme strict; b) l’image par f de tout ensemble ouvert dans G est un ensemble ouvert dans b(G); c) l’image par f de tout voisinage de l’élément neutre dans G est un voisinage de l’élément neutre dans f(G)f(G).

Compte tenu du lemme 2 de III, p. 10, l’équivalence de a) et b) résulte aussitôt des définitions (I, p. 33, prop. 5). L’équivalence de b) et c) est un cas particulier de la prop. 15 de III, p. 12, si l’on observe que G opère continûment dans f(G)f(G) par la loi externe (s,f(t))↦f(st)(s, f(t)) \mapsto f(st).

Remarque 1

D’après la condition b) de la prop. 24, tout homomorphisme continu d’un groupe topologique dans un groupe discret est un morphisme strict.

Si le groupe G est compact et f(G)f(G) séparé, l’homomorphisme bijectif f˙\dot{f} associé à f est bicontinu (I, p. 76, cor 2, et I, p. 74, cor. 4); donc, tout homomorphisme continu d’un groupe compact dans un groupe séparé est un morphisme strict.

Remarque 2

Soient f un morphisme strict de G dans G', g un morphisme strict de G' dans G"; si f est surjectif, ou si g est injectif, il résulte aussitôt de la prop. 24 que g∘fg \circ f est un morphisme strict de G dans G". Par contre, cette conclusion n’est plus nécessairement valable si aucune des deux hypothèses précédentes n’est satisfaite, même si f est injectif et g surjectif (III, p. 70, exerc. 19).

Remarque 3

Soit ff un homomorphisme continu d’un groupe topologique GG dans un groupe topologique G′G', et soit HH un sous-groupe distingué de GG; par passage aux quotients, on déduit de ff un homomorphisme gg du groupe G/HG/H sur le groupe quotient f(G)/f(H)f(G)/f(H). Cet homomorphisme est continu (I, p. 21, corollaire). En outre, si ff est un morphisme strict de GG dans G′G', gg est un morphisme strict de G/HG/H sur f(G)/f(H)f(G)/f(H): en effet, si UU est ouvert dans G/HG/H, et si on désigne par φ\varphi (resp. φ′\varphi') l’application canonique de GG sur G/HG/H (resp. de f(G)f(G) sur f(G)/f(H)f(G)/f(H)), on a g(U)=φ′(f(φ−1(U)))g(U) = \varphi'(f(\varphi^{-1}(U))), et comme φ−1(U)\varphi^{-1}(U) est ouvert dans GG, g(U)g(U) est ouvert dans f(G)/f(H)f(G)/f(H), d’où notre assertion.

9. Produit de groupes topologiques

Soit (Gi)i∈I(G_i)_{i \in I} une famille de groupes topologiques. On sait (A, I, p. 43) qu’on définit sur l’ensemble produit G=∏i∈IGiG = \prod_{i \in I} G_i une structure de groupe (dite produit des structures de groupes des GiG_i) en posant (xi).(yi)=(xiyi)(x_i).(y_i) = (x_i y_i); si eie_i est l’élément neutre de GiG_i, e=(ei)e = (e_i) est l’élément neutre de GG, et on a (xi)−1=(xi−1)(x_i)^{-1} = (x_i^{-1}). La topologie produit (I, p. 14) des topologies des GiG_i est compatible avec la structure de groupe précédente. En effet, l’application ((xi),(yi))↦(xiyi−1)((x_i), (y_i)) \mapsto (x_i y_i^{-1}) de G×GG \times G dans GG est composée de l’application ((xi,yi))↦(xiyi−1)((x_i, y_i)) \mapsto (x_i y_i^{-1}) de ∏i∈I(Gi×Gi)\prod_{i \in I} (G_i \times G_i) dans GG, et de l’application canonique ((xi),(yi))↦((xi,yi))((x_i), (y_i)) \mapsto ((x_i, y_i)) de G×GG \times G sur ∏i∈I(Gi×Gi)\prod_{i \in I} (G_i \times G_i); et ces applications sont continues (I, p. 25, cor. 1 et prop. 2).

Définition 2

On dit que le groupe topologique obtenu en munissant l’ensemble produit G=∏i∈IGiG = \prod_{i \in I} G_i de la structure de groupe produit des structures de groupe des GiG_i, et de la topologie produit des topologies des GiG_i, est le produit des groupes topologiques GiG_i.*.

Si (Jk)k∈K(J_k)_{k \in K} est une partition de II, GG est isomorphe au produit des groupes topologiques ∏i∈JkGi\prod_{i \in J_k} G_i (associativité du produit).

Si HiH_i est un sous-groupe de GiG_i, le produit des groupes topologiques HiH_i est isomorphe au sous-groupe ∏iHi\prod_i H_i de ∏iGi\prod_i G_i. En particulier, soit JJ une partie quelconque de II, et J′=∁JJ' = \complement J; le groupe topologique ∏i∈JGi\prod_{i \in J} G_i est isomorphe au sous-groupe distingué GJ′=(∏i∈JGi)×(∏i∈J′{ei})G'_J = (\prod_{i \in J} G_i) \times (\prod_{i \in J'} \{e_i\}) de GG. Comme la projection de tout ensemble ouvert est un ensemble ouvert, la projection prJ\mathrm{pr}_J de GG sur ∏i∈JGi\prod_{i \in J} G_i est un morphisme strict; par suite, le groupe quotient G/GJ′G/G'_J est isomorphe à GJ′′G'_{J'}: GG est isomorphe au produit GJ′×(G/GJ′)G'_J \times (G/G'_J).

Proposition 25

Soit (Gi)i∈I(G_i)_{i \in I} une famille de groupes topologiques, et soit HH le sous-* groupe distingué de G=∏i∈IGiG = \prod_{i \in I} G_i formé des x=(xi)x = (x_i) tels que les xix_i soient égaux à l’élément neutre eie_i de GiG_i sauf pour un nombre fini d’indices. Le sous-groupe HH est partout dense dans GG.

C’est un cas particulier de I, p. 28, prop. 8.

Soit (Ei)i∈I(E_i)_{i \in I} une famille d’espaces topologiques, et pour chaque i∈Ii \in I, soit GiG_i un groupe topologique opérant continûment dans EiE_i. Il est clair que le groupe produit G=∏i∈IGiG = \prod_{i \in I} G_i opère continûment dans l’espace produit E=∏i∈IEiE = \prod_{i \in I} E_i pour la loi externe ((si),(xi))↦(si⋅xi)((s_i), (x_i)) \mapsto (s_i \cdot x_i) (I, p. 25, cor. 1 et prop. 2); en outre l’orbite pour GG d’un point x=(xi)x = (x_i) de EE est le produit des orbites des xix_i (pour les GiG_i). Soit φi\varphi_i l’application canonique de EiE_i sur Ei/GiE_i / G_i, et soit φ=(φi)\varphi = (\varphi_i) l’application produit de EE sur ∏i∈I(Ei/Gi)\prod_{i \in I} (E_i / G_i); la remarque précédente montre que la bijection canoniquement associée à φ\varphi applique l’espace des orbites E/GE/G sur ∏i∈I(Ei/Gi)\prod_{i \in I} (E_i / G_i). En outre:

Proposition 26

La bijection de E/GE/G sur ∏i∈I(Ei/Gi)\prod_{i \in I} (E_i / G_i) canoniquement associée à (φi)(\varphi_i) est un homéomorphisme.

En effet, comme les φi\varphi_i sont surjectives et ouvertes, φ=(φi)\varphi = (\varphi_i) est ouverte (I, p. 34, cor. de la prop. 8).

Corollaire

Soit (Gi)i∈I(G_i)_{i \in I} une famille de groupes topologiques, et pour chaque i∈Ii \in I, soit HiH_i un sous-groupe distingué de GiG_i; on désigne par φi\varphi_i l’application canonique de GiG_i sur Gi/HiG_i / H_i. Posons G=∏i∈IGiG = \prod_{i \in I} G_i, H=∏i∈IHiH = \prod_{i \in I} H_i. L’homomorphisme bijectif de G/HG/H sur ∏i∈I(Gi/Hi)\prod_{i \in I} (G_i / H_i) associé à l’homomorphisme continu (xi)↦(φi(xi))(x_i) \mapsto (\varphi_i(x_i)) est un isomorphisme de groupes topologiques.

En effet, cet homomorphisme est un isomorphisme pour les structures de groupe.

Remarque

Si GG est un groupe topologique commutatif noté additivement, l’application (x,y)↦x+y(x, y) \mapsto x + y de G×GG \times G sur GG est un morphisme strict; c’est en effet un homomorphisme de G×GG \times G sur GG, puisque (x+x′)+(y+y′)=(x+y)+(x′+y′)(x + x') + (y + y') = (x + y) + (x' + y'); il est continu, et enfin l’image du voisinage V×VV \times V de l’origine dans G×GG \times G, par cet homomorphisme, est le voisinage V+VV + V de l’origine dans GG.

10. Produits semi-directs de groupes topologiques

Proposition 27

Soient L,NL, N deux groupes topologiques, y↦σyy \mapsto \sigma_y un homomorphisme de LL dans le groupe des automorphismes Γ\Gamma de la structure de groupe (non topologique) de NN. On suppose que l’application (x,y)↦σy(x)(x, y) \mapsto \sigma_y(x) de N×LN \times L dans NN est continue. Alors: 1° Sur le produit semi-direct externe SS de NN et de LL, relatif à σ\sigma (A, I, p. 64, déf. 2), la topologie produit de celles de NN et de LL est compatible avec la structure de groupe; les injections canoniques j1:N→S,j2:L→Sj_1 : N \to S, j_2 : L \to S sont des isomorphismes respectifs des groupes* topologiques NN et LL sur les sous-groupes j1(N)j_1(N) et j2(L)j_2(L) du groupe topologique SS, et pr2pr_2 est un morphisme strict de SS sur LL.

2∘2^\circ Soient f:N→G, g:L→Gf : N \to G,\ g : L \to G deux homomorphismes continus dans un groupe topologique GG, vérifiant la relation f(σy(x))=g(y)f(x)g(y−1)f(\sigma_y(x)) = g(y)f(x)g(y^{-1}); alors l’homomorphisme associé : (x,y)↦f(x)g(y)(x, y) \mapsto f(x)g(y) de SS dans GG est continue.

La proposition résulte aussitôt des définitions et des propriétés de la topologie produit.

On dit que le groupe topologique SS ainsi défini est le produit semi-direct topologique externe de NN et de LL (relatif à σ\sigma); on observera que la condition imposée à σ\sigma implique que LL opère continûment à gauche dans NN pour la loi externe (x,y)↦σy(x)(x, y) \mapsto \sigma_y(x) (III, p. 10).

Soient maintenant GG un groupe topologique, N,LN, L deux sous-groupes de GG tels que GG soit, en tant que groupe non muni d’une topologie, le produit semi-direct de NN et de LL (A, I, p. 65); il est clair alors que l’application (x,y)↦σy(x)(x, y) \mapsto \sigma_y(x) est continue dans N×LN \times L, et l’homomorphisme canonique bijectif h:(x,y)↦xyh : (x, y) \mapsto xy de SS dans GG continu. Mais ce dernier homomorphisme n’est pas nécessairement bicontinu; lorsqu’il est bicontinu, on dit que GG est produit semi-direct topologique de NN et de LL. Pour qu’il en soit ainsi, il faut et il suffit que, si p:G→N, q:G→Lp : G \to N,\ q : G \to L sont les applications faisant correspondre à z∈Gz \in G les éléments uniques p(z)∈N, q(z)∈Lp(z) \in N,\ q(z) \in L tels que z=p(z)q(z)z = p(z)q(z), l’une des applications p, qp,\ q soit continue (auquel cas toutes deux le sont). Il revient au même de dire que la restriction à LL de l’application canonique G→G/NG \to G/N est un isomorphisme du groupe topologique LL sur le groupe topologique G/NG/N.

Exercices

See the exercises for § 2.

Transcribed from the printed volume. Not translated.