Bourbaki

§ 4. Groupes opérant proprement dans un espace topologique. Compacité dans les groupes topologiques et les espaces à opérateurs

1. Groupes opérant proprement dans un espace topologique

Définition 1

Soit GG un groupe topologique opérant continûment dans un espace topologique EE. On dit que GG opère proprement dans EE si l’application θ:(s,x)↦(x,s.x)\theta : (s, x) \mapsto (x, s.x) de G×EG \times E dans E×EE \times E est propre (I, p. 72, déf. 1).

Soit Γ⊂G×E×E\Gamma \subset G \times E \times E le graphe de l’application ρ:(s,x)↦s.x\rho : (s, x) \mapsto s.x; puisque ρ\rho est continue, l’application σ:(s,x)↦(s,x,s.x)\sigma : (s, x) \mapsto (s, x, s.x) est un homéomorphisme de G×EG \times E sur Γ\Gamma; l’application composée G×E→σΓ→pr23E×EG \times E \xrightarrow{\sigma} \Gamma \xrightarrow{\mathrm{pr}_{23}} E \times E n’est autre que θ\theta. La déf. 1 revient donc à dire que la restriction de pr23\mathrm{pr}_{23} à Γ\Gamma est une application propre de Γ\Gamma dans E×EE \times E.

Le th. 1 de I, p. 75, montre que GG opère proprement dans EE si et seulement si la condition suivante est vérifiée:

Pour tout ensemble AA filtré par un ultrafiltre F\mathfrak{F} et toute application α↦(sα,xα)\alpha \mapsto (s_\alpha, x_\alpha) de AA dans G×EG \times E, si l’application α↦(sα.xα,xα)\alpha \mapsto (s_\alpha.x_\alpha, x_\alpha) a une limite (b,a)(b, a) suivant F\mathfrak{F}, alors α↦sα\alpha \mapsto s_\alpha a une limite t∈Gt \in G suivant F\mathfrak{F}, telle que t.a=bt.a = b.

Exemple 1

Soit HH un sous-groupe fermé d’un groupe topologique GG. Si GG opère proprement dans EE, il en est de même de HH, puisque H×EH \times E est fermé dans G×EG \times E (I, p. 74, cor. 1). Si l’on prend par exemple E=GE = G, GG opérant dans lui-même par translation à gauche, l’application θ:G×E→E×E\theta : G \times E \to E \times E est un homéomorphisme, donc est propre, et l’on voit donc que HH opère proprement dans GG par translation à gauche.

Exemple 2

Si GG opère proprement dans EE, il opère proprement dans tout sous-espace E′E' de EE réunion d’orbites de points de EE (autrement dit, saturé pour la relation d’équivalence définie par GG). En effet, l’image réciproque de E′×E′E' \times E' dans G×EG \times E est G×E′G \times E', et il suffit d’appliquer la prop. 3 de I, p. 72.

Proposition 1

Soient G un groupe topologique opérant continûment dans un espace topologique E, K une partie quasi-compacte de G. L’application ρ:(s,x)↦s.x\rho : (s, x) \mapsto s.x de K×EK \times E dans E est propre.

En effet, ρ\rho se factorise en K×E→αK×E→pr2EK \times E \xrightarrow{\alpha} K \times E \xrightarrow{\mathrm{pr}_2} E, où α(s,x)=(s,s.x)\alpha(s, x) = (s, s.x). L’application α\alpha est un homéomorphisme, car α−1(s,y)=(s,s−1.y)\alpha^{-1}(s, y) = (s, s^{-1}.y) est continue; puisque K est quasi-compact, pr2\mathrm{pr}_2 est propre (I, p. 77, cor. 5); donc ρ\rho est propre (I, p. 73, prop. 5).

Corollaire 1

Si A est une partie fermée (resp. compacte) de E, alors K.A est fermé dans E (resp. compact si E est séparé). En particulier, si F est une partie fermée et K une partie quasi-compacte de G, KF est fermé dans G.

L’assertion relative aux parties fermées résulte de la prop. 1 et de ce qu’une application propre est fermée (I, p. 72, prop. 1); l’assertion relative aux parties compactes est triviale.

On notera que si L est une partie compacte de E, F une partie fermée de G, F.L n’est pas nécessairement fermé dans E (III, p. 72, exerc. 29; cf. III, p. 35, corollaire).

Corollaire 2

Si K est un sous-groupe quasi-compact d’un groupe topologique G, la relation d’équivalence x−1y∈Kx^{-1}y \in K est fermée, et l’application canonique φ:G→G/K\varphi : G \to G/K est propre.

La première assertion résulte du cor. 1; la seconde résulte alors du I, p. 75, th. 1.

Corollaire 3

Soient K un sous-groupe distingué quasi-compact d’un groupe topologique G, φ\varphi l’application canonique G→G/KG \to G/K. Pour tout sous-groupe fermé A de G, la bijection canonique de A/(A∩K)A/(A \cap K) sur φ(A)\varphi(A) est un isomorphisme de groupes topologiques.

En effet, comme x−1y∈Kx^{-1}y \in K est une relation d’équivalence fermée (cor. 2), le corollaire résulte de I, p. 32, prop. 4.

Proposition 2

Soit K un groupe compact opérant continûment dans un espace séparé E. Alors:

a) K opère proprement dans E. b) L’application (s,x)↦s.x(s, x) \mapsto s.x de K×EK \times E dans E est propre. c) L’application canonique de E sur E/KE/K est propre.

En effet, b) résulte de la prop. 1. D’autre part, comme K est compact, pr2:(s,x)↦x\mathrm{pr}_2 : (s, x) \mapsto x est propre (I, p. 77, cor. 5); donc, comme E est séparé, (s,x)↦(x,s.x)(s, x) \mapsto (x, s.x) est propre (I, p. 74, cor. 3), ce qui prouve a). En vertu du cor. 1 de la prop. 1, l’application canonique φ:E→E/K\varphi : E \to E/K est fermée; pour tout espace topologique Z, si on fait opérer trivialement K dans Z, K opère continûment dans E×ZE \times Z, donc l’application canonique E×Z→(E×Z)/KE \times Z \to (E \times Z)/K est fermée d’après ce qui précède; mais (E×Z)/K(E \times Z)/K s’identifie canoniquement à (E/K)×Z(E/K) \times Z (III, p. 10, lemme 2 et I, p. 34, cor. de la prop. 8). Donc l’application canonique E×Z→(E×Z)/KE \times Z \to (E \times Z)/K s’identifie à φ×IdZ\varphi \times \mathrm{Id}_Z, et dire qu’elle est fermée pour tout Z signifie que φ\varphi est propre.

Corollaire 1

Les hypothèses étant celles de la prop. 2, pour que E soit compact (resp. localement compact), il faut et il suffit que E/K le soit. Cela résulte de ce que l’application canonique E → E/K est propre, compte tenu de I, p. 79, corollaire.

Corollaire 2

Soient G un groupe topologique séparé, K un sous-groupe compact de G. Pour que G soit compact (resp. localement compact) il faut et il suffit que G/K soit compact (resp. localement compact). En effet, il suffit d’appliquer le cor. 1 à K opérant dans G par translation à droite.

2. Propriétés des groupes opérant proprement

Proposition 3

Si un groupe topologique G opère proprement dans un espace topologique E, l’espace des orbites E/G est séparé. Si de plus G est séparé, alors E est séparé. Soit C ⊂ E × E le graphe de la relation d’équivalence R définie par G dans E; c’est l’image de G × E par l’application θ: (s, x) ↦ (x, s.x). Comme θ est propre, C est fermé dans E × E (I, p. 72, prop. 1). Comme la relation R est ouverte (III, p. 10, lemme 2), on en conclut que E/G est séparé (I, p. 55, prop. 8). Supposons maintenant G séparé; l’application x ↦ (e, x) de E dans G × E est un homéomorphisme sur une partie fermée de G × E, donc est propre (I, p. 72, prop. 2); si on compose avec cette application l’application (s, x) ↦ (x, s.x) de G × E dans E × E, qui est propre par hypothèse, on obtient une application propre de E dans E × E (I, p. 73, prop. 5) qui n’est autre que l’application diagonale x ↦ (x, x); donc la diagonale de E × E est fermée (I, p. 72, prop. 1), ce qui démontre que E est séparé (I, p. 52, prop. 1).

Proposition 4

Soit G un groupe topologique opérant proprement dans un espace topologique E, et soit x un point de E. Désignons par G.x l’orbite de x, par K_x le stabilisateur de x. Alors: a) L’application s ↦ s.x est une application propre de G dans E. b) K_x est quasi-compact. c) L’application canonique de G/K_x sur G.x est un homéomorphisme. d) L’orbite G.x est fermée dans E. L’image réciproque par θ: (s, x) ↦ (x, s.x) de {x} × E est G × {x}; la prop. 3 de I, p. 72, montre que la restriction de θ à G × {x} est une application propre de G × {x} dans {x} × E, d’où a). Comme K_x est l’image réciproque de x par s ↦ s.x, b) résulte de I, p. 75, th. 1. Le fait que l’application canonique G/K_x ↦ G.x soit un homéomorphisme et le fait que G.x soit fermé dans E sont conséquences de a) (I, p. 72, prop. 2 et p. 73, prop. 5 b)).

Proposition 5

Soit G (resp. G’) un groupe topologique opérant continûment dans un espace topologique E (resp. E'). Soient φ\varphi un homomorphisme continu de G dans G', ψ\psi une application continue de E dans E' telles que φ\varphi et ψ\psi soient compatibles (III, p. 10).

(i) Si φ\varphi est surjectif, ψ\psi surjective et propre, et si G opère proprement dans E, alors G' opère proprement dans E'.

(ii) Si φ\varphi est propre, si G' opère proprement dans E' et si E est séparé, alors le groupe G opère proprement dans E.

Pour démontrer (i), on considère le diagramme commutatif

G×E→θE×Eα↓↓βG′×E′→θ′E′×E′ \begin{array}{ccc} G \times E & \xrightarrow{\theta} & E \times E \\ \alpha \downarrow & & \downarrow \beta \\ G' \times E' & \xrightarrow{\theta'} & E' \times E' \end{array}

où α=φ×ψ,β=ψ×ψ\alpha = \varphi \times \psi, \beta = \psi \times \psi. Par hypothèse, θ\theta est propre et il en est de même de β\beta (I, p. 73, prop. 4 a)); donc β∘θ=θ′∘α\beta \circ \theta = \theta' \circ \alpha est propre (I, p. 73, prop. 5 a)); comme α\alpha est surjective, on en déduit que θ′\theta' est propre (I, p. 73, prop. 5 b)).

Pour démontrer (ii), considérons un ultrafiltre U\mathfrak{U} sur G×EG \times E, tel que (s,x)↦s.x(s, x) \mapsto s.x et (s,x)↦x(s, x) \mapsto x convergent suivant U\mathfrak{U} vers y0y_0 et x0x_0 respectivement. On en conclut que (s,x)↦φ(s).ψ(x)(s, x) \mapsto \varphi(s).\psi(x) et (s,x)↦ψ(x)(s, x) \mapsto \psi(x) convergent suivant U\mathfrak{U}. Puisque G' opère proprement dans E', cela entraîne (III, p. 27) que (s,x)↦φ(s)(s, x) \mapsto \varphi(s) converge suivant U\mathfrak{U} vers un point s0′∈G′s'_0 \in G'; comme φ\varphi est propre, on en conclut (I, p. 75, th. 1) que (s,x)↦s(s, x) \mapsto s converge suivant U\mathfrak{U} vers un point s0∈Gs_0 \in G. L’unicité de la limite dans E montre alors que y0=s0.x0y_0 = s_0.x_0, ce qui montre que G opère proprement dans E (I, p. 75, th. 1).

Corollaire

Soient G un groupe topologique, K un sous-groupe de G. Pour que G opère proprement dans G/KG/K, il faut et il suffit que K soit quasi-compact.

La nécessité de la condition résulte de la prop. 4 b) de III, p. 29. Pour montrer que la condition est suffisante, observons d’abord que G opère proprement dans lui-même par translation à gauche (III, p. 27, Exemple 1) et d’autre part l’application canonique ψ:G→G/K\psi : G \to G/K est propre (III, p. 28, cor. 2). Il suffit alors d’appliquer la prop. 5, (i) en y faisant G,φ=IdG,E=G,E′=G/K,ψG, \varphi = \mathrm{Id}_G, E = G, E' = G/K, \psi étant l’application canonique.

3. Groupes opérant librement dans un espace topologique

Rappelons la définition suivante (A, I, p. 54):

Définition 2

Soit G un groupe opérant dans un ensemble E. On dit que G opère librement dans E si le stabilisateur de tout point de E est réduit à e, autrement dit si les relations s.x=x,x∈E,s∈Gs.x = x, x \in E, s \in G entraînent s=es = e.

Exemple

Soit G un groupe et soit H un sous-groupe de G. Le groupe H opère librement par translations (à droite ou à gauche) dans G.

Soient G un groupe opérant librement dans un ensemble E, R la relation d’équivalence dans E définie par G, C ⊂ E × E le graphe de R. Si (x, y) ∈ C, il existe un s ∈ G tel que s.x = y ; de plus cet élément est unique, car si s.x = s'.x, on a s'⁻¹s.x = x, d’où s'⁻¹s = e, puisque G opère librement. Si l’on fait correspondre au couple (x, y) ∈ C l’unique élément s ∈ G tel que s.x = y, on définit une application φ : C → G, que nous appellerons l’application canonique de C dans G. Avec ces notations :

Proposition 6

Soit G un groupe topologique opérant continûment dans un espace topologique E. On suppose que G opère librement dans E. Alors, pour que G opère proprement, il faut et il suffit que l’on ait : (FP) Le graphe C de la relation d’équivalence définie par G est fermé dans E × E, et l’application canonique φ : C → G est continue.

L’ensemble C est l’image de l’application θ : (s, x) ↦ (x, s.x) de G × E dans E × E. On sait (I, p. 72, prop. 2) que pour que θ soit propre, il faut et il suffit que C soit fermé dans E × E et que si on désigne par θ' l’application θ considérée comme application de G × E dans C, θ' soit un homéomorphisme. Or l’hypothèse entraîne que θ' est bijective et que son application réciproque est (x, y) ↦ (φ(x, y), x); pour que θ' soit un homéomorphisme, il faut et il suffit donc que φ soit continue.

4. Groupes localement compacts opérant proprement

Proposition 7

Soit G un groupe localement compact opérant continûment dans un espace séparé E. Pour que G opère proprement, il faut et il suffit que, pour tout couple de points x, y de E, il existe un voisinage V_x de x et un voisinage V_y de y tels que l’ensemble K des s ∈ G pour lesquels s.V_x ∩ V_y ≠ ∅ soit relativement compact dans G.

Soit F l’espace compact obtenu en adjoignant à G un point à l’infini ω et soit Γ le graphe de ρ : (s, x) ↦ s.x considéré comme partie de F × E × E; montrons que si la restriction à Γ de pr_{23} est propre, Γ est fermé dans F × E × E. En effet, l’hypothèse entraîne que l’application u : (t, s, x, y) ↦ (t, x, y) de F × Γ dans F × E × E est fermée. Si Γ' est l’ensemble des points (s, s) dans F × G pour s ∈ G, Γ' est fermé dans F × G, étant le graphe de l’injection canonique G → F (I, p. 53, cor. 2); l’intersection (Γ' × E × E) ∩ (F × Γ) est donc une partie fermée de F × Γ, et il est immédiat que son image par u est l’ensemble Γ considéré comme partie de F × E × E, d’où notre assertion. Or, on a ((ω) × E × E) ∩ Γ = ∅. Par définition de F, pour tout (x, y) ∈ E × E, il existe donc un voisinage W de (x, y) dans E × E et une partie compacte K de G tels que ((G − K) × W) ∩ Γ = ∅ ; comme on peut prendre pour W un voisinage de la forme V_x × V_y, où V_x et V_y sont des voisinages de x et y respectivement, la relation ((G − K) × W) ∩ Γ = ∅ se traduit par « s ∉ K entraîne s.V_x ∩ V_y = ∅ », et nous avons démontré la nécessité de la condition de l’énoncé. Inversement, supposons cette condition vérifiée; soit AA un ensemble filtré par un ultrafiltre F\mathfrak{F} et soit α↦(sα,xα)\alpha \mapsto (s_\alpha, x_\alpha) une application de AA dans G×EG \times E telle que lim⁡Fxα=x\lim_{\mathfrak{F}} x_\alpha = x, lim⁡Fsα⋅xα=y\lim_{\mathfrak{F}} s_\alpha \cdot x_\alpha = y. Supposons que K,VxK, V_x et VyV_y vérifient la condition de l’énoncé. Par hypothèse, il existe un ensemble M∈FM \in \mathfrak{F} tel que pour α∈M\alpha \in M, on ait xα∈Vxx_\alpha \in V_x et sα⋅xα∈Vys_\alpha \cdot x_\alpha \in V_y, donc sα∈Ks_\alpha \in K, ce qui prouve que α↦sα\alpha \mapsto s_\alpha converge suivant F\mathfrak{F} et achève la démonstration.

Lorsque GG est compact, la condition de l’énoncé de la prop. 7 est trivialement vérifiée, et on retrouve ainsi la prop. 2 a) de III, p. 28.

La prop. 7 montre en particulier qu’un groupe discret GG opérant continûment dans un espace séparé EE opère proprement dans EE si et seulement si, pour tout couple (x,y)(x, y) de points de EE, il existe un voisinage VxV_x de xx et un voisinage VyV_y de yy tels que l’ensemble des s∈Gs \in G pour lesquels s⋅Vx∩Vy≠∅s \cdot V_x \cap V_y \neq \varnothing soit fini.

Proposition 8

Soit GG un groupe discret opérant proprement dans un espace séparé EE. Soit xx un point de EE et soit KxK_x le stabilisateur de xx.

a) Le sous-groupe KxK_x est fini.

b) Il existe un voisinage ouvert UU de xx dans EE possédant les propriétés suivantes: (i) UU est stable par KxK_x; (ii) la relation d’équivalence induite dans UU par la relation définie par GG est la relation définie par KxK_x; (iii) pour tout s∈G−Kxs \in G - K_x, on a U∩s⋅U=∅U \cap s \cdot U = \varnothing.

c) L’application canonique U/Kx→E/GU/K_x \to E/G est un homéomorphisme de U/KxU/K_x sur un voisinage ouvert de la classe de xx dans E/GE/G.

En vertu de la prop. 7, KxK_x est fini. Pour construire un ensemble ouvert UU vérifiant les conditions requises, notons d’abord qu’il existe, d’après la prop. 7, un ensemble ouvert U0U_0 contenant xx et tel que l’ensemble KK des s∈Gs \in G pour lesquels s⋅U0∩U0≠∅s \cdot U_0 \cap U_0 \neq \varnothing soit fini. On a évidemment Kx⊂KK_x \subset K; soient s1,…,sns_1, \ldots, s_n les éléments de K−KxK - K_x. Si l’on pose xi=si⋅xx_i = s_i \cdot x (1≤i≤n1 \leq i \leq n), on a xi≠xx_i \neq x pour tout ii; puisque EE est séparé, il existe pour chaque indice ii un voisinage ouvert ViV_i de xx et un voisinage ouvert Vi′V'_i de si⋅xs_i \cdot x tels que Vi∩Vi′=∅V_i \cap V'_i = \varnothing; posons Ui=Vi∩si−1⋅Vi′U_i = V_i \cap s_i^{-1} \cdot V'_i. Il est clair que UiU_i est ouvert et contient xx, et l’on a Ui∩si⋅Ui⊂Vi∩Vi′=∅U_i \cap s_i \cdot U_i \subset V_i \cap V'_i = \varnothing. Soit U′=U0∩U1∩⋯∩UnU' = U_0 \cap U_1 \cap \cdots \cap U_n; U′U' est ouvert, contient xx et est tel que U′∩s⋅U′=∅U' \cap s \cdot U' = \varnothing pour s∉Kxs \notin K_x; en posant U=⋂t∈Kxt⋅U′U = \bigcap_{t \in K_x} t \cdot U' on obtient un ensemble ouvert stable pour KxK_x, contenant xx et tel que U∩s⋅U=∅U \cap s \cdot U = \varnothing pour s∉Kxs \notin K_x; c’est l’ensemble ouvert cherché.

Le fait que l’application canonique U/Kx→E/GU/K_x \to E/G soit un homéomorphisme de U/KxU/K_x sur un ensemble ouvert dans E/GE/G résulte de I, p. 32, prop. 4, puisque UU est ouvert et la relation d’équivalence définie par GG ouverte (III, p. 10, lemme 2).

Corollaire

Si l’on suppose en outre que Kx={e}K_x = \{ e \}, le point xx possède un voisinage ouvert UU tel que U∩s⋅U=∅U \cap s \cdot U = \varnothing pour tout s≠es \neq e dans GG, et que la restriction à UU de l’application canonique E→E/GE \to E/G soit un homéomorphisme de UU sur une partie ouverte de E/GE/G.

5. Groupes opérant continûment dans un espace localement compact

Proposition 9

Soit GG un groupe topologique opérant continûment dans un espace localement compact EE. Si E/GE/G est séparé, il est localement compact.

En effet, comme la relation d’équivalence dans EE définie par GG est ouverte (III, p. 10, lemme 2), la proposition résulte de I, p. 80, prop. 10.

Proposition 10

Soit GG un groupe topologique opérant continûment dans un espace localement compact EE, et supposons E/GE/G séparé; soit φ\varphi l’application canonique de EE sur E/GE/G. Pour toute partie compacte K′K' de E/GE/G, il existe une partie compacte KK de EE telle que φ(K)=K′\varphi(K) = K'.

Comme la relation d’équivalence définie par GG est ouverte (III, p. 10, lemme 2), la proposition est un cas particulier de la prop. 10 de I, p. 80.

Proposition 11

Soit GG un groupe topologique séparé opérant proprement dans un espace non vide EE. Si EE est compact (resp. localement compact), il en est de même de GG et de E/GE/G.

Par hypothèse, l’application θ:(s,x)↦(x,s.x)\theta : (s, x) \mapsto (x, s.x) de G×EG \times E dans E×EE \times E est propre; si E×EE \times E est compact (resp. localement compact) le corollaire de I, p. 79 montre qu’il en est de même de G×EG \times E, donc de GG puisque E≠∅E \neq \emptyset. Comme E/GE/G est séparé (III, p. 29, prop. 3) on sait que si EE est compact (resp. localement compact), E/GE/G est compact (I, p. 78, prop. 8) (resp. localement compact (prop. 9)) (voir III, p. 72, exerc. 29).

Nous allons maintenant donner des critères permettant d’affirmer qu’un groupe topologique séparé GG opère proprement dans un espace localement compact EE. Pour tout couple de parties K,LK, L de EE, nous noterons P(K,L)P(K, L) l’ensemble des s∈Gs \in G tels que s.K∩L≠∅s.K \cap L \neq \emptyset.

Théorème 1

Soit GG un groupe topologique séparé, opérant continûment dans un espace topologique EE. Soient KK une partie compacte de EE, LL une partie fermée de EE. Alors: a) L’ensemble P(K,L)P(K, L) est fermé dans GG. b) Si GG opère proprement dans EE, et si LL est compact, P(K,L)P(K, L) est compact. c) Réciproquement, si EE est localement compact, et si, pour tout couple de parties compactes K,LK, L de EE, P(K,L)P(K, L) est relativement compact dans GG (donc compact d’après a)), alors GG opère proprement dans EE (et si EE est non vide, GG est localement compact d’après la prop. 11).

L’application (s,x)↦s.x(s, x) \mapsto s.x de G×KG \times K dans EE est continue; l’image réciproque L′L' de LL par cette application est donc fermée. Comme KK est compact, la projection pr1:G×K→G\mathrm{pr}_1 : G \times K \to G est propre (I, p. 77, cor. 5) et l’image de L′L' par pr1\mathrm{pr}_1 est fermée (I, p. 72, prop. 1). Comme cette image est P(K,L)P(K, L), ceci démontre a).

Démontrons b). Notons que E est séparé (III, p. 29, prop. 3). Par hypothèse l’application θ:(s,x)↦(x,s.x)\theta : (s, x) \mapsto (x, s.x) de G×EG \times E dans E×EE \times E est propre; comme K×LK \times L est compact, θ‾(K×L)\overline{\theta}(K \times L) est compact, E étant séparé (I, p. 77, prop. 6); la projection P(K,L)P(K, L) de θ‾(K×L)\overline{\theta}(K \times L) dans GG est donc un ensemble compact.

Démontrons c). Comme K×LK \times L est fermé dans E×EE \times E, θ‾(K×L)\overline{\theta}(K \times L) est une partie fermée de P(K,L)×KP(K, L) \times K, donc est un ensemble compact sous les hypothèses de c). Comme toute partie compacte de E×EE \times E est contenue dans un ensemble compact de la forme K×LK \times L, on en conclut que l’image réciproque par θ\theta d’une partie compacte quelconque de E×EE \times E est compacte, et puisque E×EE \times E est localement compact, ceci prouve que θ\theta est propre (I, p. 77, prop. 7) (voir IV, p. 46, exerc. 4 c)).

Remarque

On a évidemment P(K,L)⊂P(K∪L,K∪L)P(K, L) \subset P(K \cup L, K \cup L); donc, pour que G opère proprement dans un espace localement compact E, il suffit que pour toute partie compacte K de E, l’ensemble P(K,K)P(K, K) soit relativement compact dans G. En particulier, pour qu’un groupe discret G opère proprement dans un espace localement compact E, il faut et il suffit que, pour toute partie compacte K de E, l’ensemble des s∈Gs \in G tels que s.K∩K≠∅s.K \cap K \neq \varnothing soit fini.

Exemple

Soit X une variété analytique complexe, analytiquement isomorphe à une partie ouverte bornée de Cn\mathbf{C}^n, et soit G le groupe des automorphismes analytiques de X; la topologie de la convergence compacte est compatible avec la structure de groupe de G, et on peut montrer que G opère proprement dans X. En particulier, tout sous-groupe discret de G opère proprement dans X.

Prenons par exemple pour X le demi-plan J(z)>0\mathscr{J}(z) > 0, analytiquement isomorphe à un disque ouvert dans C\mathbf{C}; le groupe G est le groupe des transformations z↦(az+b)/(cz+d)z \mapsto (az + b)/(cz + d), avec a,b,c,da, b, c, d réels et ad−bc≠0ad - bc \neq 0. Le sous-groupe H de G formé des transformations pour lesquelles a,b,c,da, b, c, d sont entiers et ad−bc=1ad - bc = 1, est un sous-groupe discret de G, appelé groupe modulaire. En vertu de ce qui précède, il opère proprement dans le demi-plan J(z)>0\mathscr{J}(z) > 0.

Proposition 12

Soit G un groupe topologique séparé opérant continûment dans un espace topologique E. Soit K une partie compacte de E, et soit ρK\rho_K l’application (s,x)↦s.x(s, x) \mapsto s.x de G×KG \times K dans E. Alors: a) Si G opère proprement dans E, ρK\rho_K est une application propre. b) Si E est localement compact, et si ρK\rho_K est propre pour toute partie compacte K de E, G opère proprement dans E.

L’application ρK\rho_K se factorise en G×K→θKK×E→pr2EG \times K \xrightarrow{\theta_K} K \times E \xrightarrow{\mathrm{pr}_2} E, où θK\theta_K est la restriction à G×KG \times K de l’application θ:(s,x)↦(x,s.x)\theta : (s, x) \mapsto (x, s.x) de G×EG \times E dans E×EE \times E. Comme θ‾(K×E)=G×K\overline{\theta}(K \times E) = G \times K, θK\theta_K est propre si θ\theta l’est (I, p. 72, prop. 3). D’autre part, comme K est compact, la projection pr2\mathrm{pr}_2 de K×EK \times E sur E est propre (I, p. 77, cor. 5) donc ρK\rho_K est propre (I, p. 73, prop. 5).

Supposons inversement que pour toute partie compacte K de E, ρK\rho_K soit propre; si L est une partie compacte de E, ρK‾(L)\overline{\rho_K}(L) est une partie compacte de

G × K, dont la projection dans G est P(K, L); donc P(K, L) est compact, et si E est localement compact, on en conclut que G opère proprement dans G, en vertu du th. 1 de III, p. 33.

Corollaire

Soit G un groupe topologique séparé opérant proprement dans un espace topologique E. Pour toute partie compacte K de E et toute partie fermée F de G, F.K est une partie fermée de E. Cela résulte de la prop. 12 et de I, p. 72, prop. 1.

6. Espaces homogènes localement compacts

Proposition 13

Soient G un groupe localement compact, H un sous-groupe fermé de G. L’espace homogène G/H est localement compact et paracompact. Comme G/H est séparé (III, p. 12, prop. 13), il est localement compact en vertu de III, p. 33, prop. 9, appliquée à H opérant à droite dans G. Reste donc à montrer que G/H est paracompact. Soit V un voisinage compact symétrique de e dans G, et soit G_0 = V^\infty le sous-groupe de G engendré par V, qui est ouvert (III, p. 7, corollaire). Le groupe G_0 opère continûment dans G/H (III, p. 12, prop. 12); montrons que chacune des orbites G_0 . z (pour z ∈ G/H) est une partie ouverte de G/H, réunion dénombrable d’ensembles compacts; il en résultera que G/H est somme topologique des orbites distinctes G_0 . z, et par suite est paracompact (I, p. 70, th. 5). Le fait que G_0 . z soit ouvert dans G/H résulte de ce que G_0 est ouvert dans G, et la relation d’équivalence x^{-1}y ∈ H ouverte dans G (III, p. 10, lemme 2). D’autre part, G_0 . z est réunion des V^n . z (n ≥ 1), et comme V^n est compact dans G et G/H séparé, V^n . z est compact, ce qui achève la démonstration.

Proposition 14

Dans un groupe localement compact G, la composante neutre C est l’intersection des sous-groupes ouverts de G. Comme C est un sous-groupe distingué fermé de G (III, p. 8, prop. 8), G/C est un groupe localement compact (prop. 13) qui est totalement discontinu (I, p. 84, prop. 9). Comme l’image réciproque, par l’application canonique de G sur G/C, d’un sous-groupe ouvert de G/C, est un sous-groupe ouvert de G contenant C, on voit qu’on peut se borner à démontrer la proposition pour le groupe G/C; autrement dit, on est ramené au cas où G est totalement discontinu. On sait alors (II, p. 32, corollaire) que tout voisinage compact V de e contient un voisinage U de e, à la fois ouvert et fermé. Comme U est compact, et B = CU fermé, il existe un voisinage ouvert symétrique W de e tel que W ⊂ U et UW ∩ BW = ∅ (III, p. 20 et II, p. 31, prop. 4), et a fortiori UW ⊂ U. Par récurrence sur n, on en déduit W^n ⊂ U pour tout entier n > 0; le sous-groupe W^\infty = \bigcup_{n > 0} W^n de G engendré par W, qui est ouvert (III, p. 7, corollaire), est donc contenu dans U, ce qui démontre la proposition.

Nous avons en outre prouvé:

Corollaire 1

Si G est un groupe localement compact totalement discontinu, tout voisinage de e dans G contient un sous-groupe ouvert de G.

Corollaire 2

Un groupe localement compact qui est engendré par chacun des voisinages de l’élément neutre est connexe.

Corollaire 3

Soient G un groupe localement compact, H un sous-groupe fermé de G, φ l’application canonique de G sur G/H. Les composantes connexes de G/H sont les adhérences des images par φ des composantes connexes de G.

Soit C la composante neutre de G. Les composantes connexes de G sont les ensembles sC, où s ∈ G (III, p. 8, prop. 8); il est clair que φ(sC) est connexe, donc aussi φ(sC)‾\overline{\varphi(sC)} (I, p. 81, prop. 1). Mais φ(sC)=φ(sCH)\varphi(sC) = \varphi(sCH) et comme sCH est saturé pour la relation d’équivalence définie par H, et que cette relation est ouverte (III, p. 10, lemme 2), on a φ(sCH)‾=φ(sCH‾)=φ(s.CH‾)\overline{\varphi(sCH)} = \varphi(\overline{sCH}) = \varphi(s.\overline{CH}) (I, p. 33, prop. 7).

Posons L = CH‾\overline{CH}; L est un sous-groupe fermé de G contenant C et H; pour prouver que les ensembles φ(s.L)=s.φ(L)\varphi(s.L) = s.\varphi(L) sont les composantes connexes de G/H, il suffit de montrer que l’espace quotient de G/H par la relation d’équivalence dont les ensembles s.φ(L) sont les classes est totalement discontinu. Or, cet espace quotient est homéomorphe à l’espace homogène G/L (I, p. 21, prop. 7); on est ainsi ramené à prouver que lorsque C ⊂ H, G/H est totalement discontinu. Comme G/H s’identifie alors à (G/C)/(H/C) (III, p. 15, prop. 22), on peut supposer que G est lui-même totalement discontinu. Tout voisinage de φ(e) dans G/H contient un voisinage de la forme φ(V), où V est un voisinage de e dans G, et par suite (cor. 1) il contient un voisinage de la forme φ(K), où K est un sous-groupe ouvert et compact de G; φ(K) est alors ouvert et fermé dans G/H, ce qui montre que la composante connexe de φ(e) dans G/H est réduite à ce point; par translation, il en est de même de la composante connexe de tout point de G/H, ce qui achève de démontrer le corollaire.

Exercices

See the exercises for § 4.

Transcribed from the printed volume. Not translated.