§ 1. Anneaux principaux
1. Définition d’un anneau principal
Rappelons (I, p. 99) qu’un idéal d’un anneau commutatif est dit principal s’il est de la forme , avec .
Définition 1
Un anneau principal est un anneau commutatif, intègre* (I, p. 110) dont tout idéal est principal.
Cite 1
Cite I § 9. Corps
Exemple
L’anneau des entiers rationnels est principal (I, p. 47). Si est un corps commutatif, l’anneau des polynômes à une indéterminée sur est un anneau principal (IV, p. 11, prop. 11); il en est de même de l’anneau de séries formelles , car tout idéal de cet anneau est de la forme (IV, p. 36, prop. 12). L’anneau des entiers d’un corps -adique est principal. \
Si désigne le corps obtenu à partir du corps des nombres rationnels par adjonction d’une racine du polynôme irréductible , les éléments de , où et sont des entiers rationnels, forment un sous-anneau de , appelé « anneau des entiers de Gauss », qui est principal (VII, p. 49, exerc. 7). Par contre, dans le corps , où est une racine de , le sous-anneau composé des éléments ( et entiers rationnels) n’est pas un anneau principal (VII, p. 51, exerc. 12).
L’anneau des polynômes à deux indéterminées sur un corps n’est pas principal : en effet seules les constantes non nulles divisent à la fois et , et aucune n’engendre l’idéal engendré par et .
Cite 2
2. Divisibilité dans les anneaux principaux
Soient un anneau principal, et son corps des fractions (I, p. 110); nous allons voir que le groupe ordonné des idéaux principaux fractionnaires (VI, p. 6) de est réticulé ; de façon plus précise :
Proposition 1
Soient le corps des fractions d’un anneau principal , et une famille d’éléments de admettant un dénominateur commun (c’est-à-dire que pour tout ). Alors :
Cité par 4
Cité par Proposition 10, AC V § 1, Corollaire, Remarque, Théorème 1 (« identité de Bezout »)
a) La famille admet un pgcd dans .
b) Tout pgcd de se met sous la forme où les sont des éléments de , nuls à l’exception d’un nombre fini d’entre eux.
En effet l’idéal de est principal, donc de la forme . Posons (). De la relation , on tire , où , donc tout diviseur commun des divise . D’autre part, comme est un diviseur commun des par construction, est un diviseur commun des .
Remarque
La prop. 1 s’applique sans restriction à une famille quelconque d’éléments de (il suffit de prendre ), et aussi à une famille finie d’éléments de (en effet, si , avec et , il suffit de prendre pour le produit des ).
Cite 1
Cite Proposition 1
Corollaire
Soit une famille quelconque d’éléments d’un sous-anneau principal d’un anneau intègre , et soit un pgcd de la famille dans . Alors la famille admet des pgcd dans , et est l’un de ces pgcd.
Cite 1
Cite Proposition 1
En effet est un diviseur commun des dans . D’autre part la relation () montre que tout diviseur commun des dans divise .
Un cas important d’application de ce corollaire est celui où , , étant un corps et une extension de (IV, p. 12, cor. 1).
La première assertion de la prop. 1 montre que le groupe ordonné est réticulé (VI, p. 10). En particulier toute famille finie d’éléments de admet un ppcm. Nous pouvons donc appliquer à un anneau principal les résultats notés (DIV) de VI, p. 10 à 17.
Comme conséquence de la seconde assertion de la prop. 1, on a le résultat suivant :
Théorème 1 (« identité de Bezout »)
Pour que les éléments () d’un anneau principal soient étrangers dans leur ensemble, il faut et il suffit qu’il existe des éléments () de , nuls sauf un nombre fini d’entre eux, et tels que .
C’est nécessaire d’après la prop. 1. Réciproquement, si , tout diviseur commun des dans divise 1, donc 1 est un pgcd des .
Proposition 2
Soient et des éléments du corps des fractions d’un anneau principal . a) « est un pgcd de et » équivaut à « ». b) « est un ppcm de et » équivaut à « ». c) « est élément extrémal de » équivaut à « est un idéal maximal non nul de » et à « est un idéal premier non nul de ».
Cité par 2
Cité par § 1. Anneaux principaux, Proposition 4
Nous avons déjà démontré (prop. 1). Comme les multiples communs de et sont les éléments de , et que est, par hypothèse, un idéal principal , est un ppcm de et , ce qui démontre . Enfin dire que est élément extrémal de veut dire, par définition (VI, p. 16), que est un élément maximal de la famille ordonnée par inclusion des idéaux principaux de ; comme n’a d’autres idéaux que les idéaux principaux, ceci veut dire que est idéal maximal de , d’où ), compte tenu de la remarque de VI, p. 17.
Dans un anneau principal , on dit encore que la somme (resp. l’intersection) d’un nombre fini d’idéaux de est le pgcd (resp. ppcm) de ces idéaux.
Proposition 3
Soient des éléments du corps des fractions d’un anneau principal , et soit un pgcd de et ; pour que la congruence (mod. ) admette une solution , il faut et il suffit que divise ; dans ce cas les éléments solutions de (mod. ) sont les mêmes que ceux qui satisfont à (mod. ).
Si (mod. ) avec , il existe tel que , donc divise . Réciproquement, si divise , on a , où et appartiennent à (prop. 1), donc (mod. ); en outre, la relation (mod. ) est alors équivalente à (mod. ); en posant et , ceci s’écrit (mod. ). Mais cette dernière relation équivaut (pour ) à (mod. ), puisque et sont des éléments étrangers (VI, p. 14, prop. 10 (DIV) et VI, p. 15, cor. 2 de la prop. 11 (DIV)).
Proposition 4
Soit une famille finie d’éléments deux à deux étrangers d’un anneau principal . Alors l’homomorphisme canonique (I, p. 104) de dans le produit est un isomorphisme de -algèbres.
Cite 4 · Cité par 1
Cite I § 8. Anneaux, Proposition 9, I § 8, Proposition 2, Proposition 9, VII § 4
Cité par Exercice 28, § 1
Cela résulte de I, p. 104, prop. 9 et de la prop. 2, a).
La conclusion de la prop. 4 n’est plus valable si on ne suppose pas que les sont deux à deux étrangers (cf. VII, p. 24, prop. 9).
3. Décomposition en facteurs extrémaux dans les anneaux principaux
Nous allons maintenant appliquer aux anneaux principaux les résultats de VI, p. 17, relatifs à la décomposition en éléments extrémaux. D’après la prop. 2, pour qu’un élément d’un anneau principal soit extrémal, il faut et il suffit que l’anneau soit un corps (I, p. 109, cor. 1), c’est-à-dire que la congruence (mod. ) admette une solution dans quels que soient et non multiple de .
Définition 2
Soit un anneau intègre. On appelle système représentatif d’éléments extrémaux de une famille d’éléments extrémaux de telle que tout élément extrémal de soit associé à un et à un seul.
Cité par 1
Cité par Proposition 4, AC V § 3
Théorème 2
Soient un anneau principal et un système représentatif d’éléments extrémaux de . Alors tout élément non nul du corps des fractions de s’écrit, et d’une seule manière, sous la forme
Cité par 3
Cité par AC VI § 3. Valuations, Proposition 9, AC VI § 3, Remarque
où u est un élément inversible de A, et où les sont des entiers rationnels nuls sauf un nombre fini d’entre eux. Pour que x appartienne à A, il faut et il suffit que tous les soient positifs.
Nous allons utiliser le théorème de décomposition en somme d’éléments extrémaux (VI, p. 17, th. 2), dont l’énoncé ci-dessus n’est qu’une traduction. Comme est un groupe réticulé, il nous suffira, pour constater que nous sommes bien dans les conditions d’application de ce théorème, de montrer que tout ensemble non vide d’idéaux principaux de A contient un élément maximal ; or c’est ce qui résulte du lemme suivant :
Lemme 1
Soit A un anneau tel que tout idéal à gauche de A soit de type fini. Alors tout ensemble non vide d’idéaux à gauche de A, ordonné par inclusion, possède un élément maximal.
Cite 1
En vertu du th. de Zorn (E, III, p. 20, th. 2), il nous suffit de prouver que est inductif. Or, si est une famille totalement ordonnée d’éléments de , la réunion des idéaux est un idéal à gauche de A, et admet donc un système fini de générateurs . Comme chacun des appartient à un idéal , et que la famille est totalement ordonnée, les () appartiennent tous au plus grand des idéaux , soit . Alors appartient à , qui est donc bien un ensemble inductif.
Nous étudierons plus tard, sous le nom d’anneaux noethériens, les anneaux B tels que tout ensemble non vide d’idéaux à gauche de B possède un élément maximal.
Remarque
La famille est appelée la décomposition de x en facteurs extrémaux ; par abus de langage, on dit aussi que la formule (1) est la décomposition de x en facteurs extrémaux. Si et sont les décompositions de x et y en facteurs extrémaux, une condition nécessaire et suffisante pour que x divise y est que l’on ait pour tout ; de ceci on déduit les formules
(2)
(3)
La propriété exprimée par le th. 2 est vraie pour des anneaux plus généraux que les anneaux principaux ; nous les étudierons plus tard sous le nom d’anneaux factoriels ; et nous verrons que les anneaux de polynômes et de séries formelles à un nombre quelconque d’indéterminées sur un corps sont des anneaux factoriels (AC, VII, § 3).
Cite 1
Cite Théorème 2
4. Divisibilité des entiers rationnels
Comme il a été dit au n° 1, l’anneau des entiers rationnels est un anneau principal ; son corps des fractions est . Le groupe multiplicatif U des éléments inversibles de a deux éléments 1 et . Le groupe des nombres rationnels contient un élément et un seul de chaque classe d’éléments associés de ; il est donc isomorphe au groupe multiplicatif des idéaux principaux fractionnaires de , auquel on l’identifiera le plus souvent. En particulier, chaque fois qu’il sera question de pgcd ou de ppcm dans le corps (relativement à l’anneau ), il sera sous-entendu que ce sont des éléments ; grâce à cette convention on pourra parler sans ambiguïté du pgcd et du ppcm d’une famille de nombres rationnels.
Les entiers extrémaux de ne sont autres que ceux que nous avons appelés nombres premiers (I, p. 48) (on les appelle parfois nombres premiers rationnels) ; tout élément extrémal de est donc de la forme ou , où est un nombre premier, et l’ensemble des nombres premiers est un système représentatif d’éléments extrémaux de .
En effet, étant donnée une famille finie quelconque () de nombres premiers distincts, un diviseur premier du nombre (qui est ) est distinct de tous les , sinon il diviserait 1.
5. Divisibilité des polynômes à une indéterminée sur un corps
L’anneau des polynômes à une indéterminée sur un corps commutatif est un anneau principal (IV, p. 11, prop. 11). Son corps des fractions est le corps des fractions rationnelles en à coefficients dans . L’anneau contient le sous-anneau des polynômes de degré 0, c’est-à-dire le corps des constantes, qu’on identifie à ; les éléments de sont inversibles dans , donc dans ; et réciproquement la formule montre que tout polynôme inversible de est de degré 0 ; le groupe des éléments inversibles de est donc identique à . Ainsi deux polynômes associés ne diffèrent que par un facteur constant non nul ; en particulier toute classe de polynômes associés contient un polynôme unitaire et un seul. Le sous-groupe du groupe multiplicatif engendré par les polynômes unitaires contient donc un élément et un seul de chaque classe de fractions rationnelles associées, et est par conséquent isomorphe au groupe
des idéaux principaux fractionnaires de . En particulier, chaque fois qu’il sera question de pgcd ou de ppcm dans le corps (relativement à l’anneau ), il sera le plus souvent sous-entendu que ce sont des quotients de polynômes unitaires (ou 0) ; grâce à cette convention on pourra parler du pgcd et du ppcm d’une famille de fractions rationnelles.
Les éléments extrémaux de ne sont autres que les polynômes irréductibles (IV, p. 13, déf. 2), et l’ensemble des polynômes unitaires irréductibles est un système représentatif d’éléments extrémaux de .
Un polynôme du premier degré est toujours irréductible. Si est un corps algébriquement clos la réciproque est vraie (V, p. 19, prop. 1) ; donc, dans ce cas, tout polynôme p(X) de degré n de K[X] s’écrit, d’une façon et d’une seule (à l’ordre près des facteurs)
où c et les sont des éléments de K.
Proposition 6
Pour tout corps K, l’ensemble des polynômes unitaires irréductibles de K[X] est infini.
En effet, étant donnée une famille finie non vide quelconque () de polynômes unitaires irréductibles distincts, le polynôme n’est pas inversible, et un facteur unitaire irréductible de ce polynôme est nécessairement distinct de tous les , sinon il diviserait 1.
Exercices
See the exercises for § 1.