Bourbaki

§ 1. Diagrammes et suites exactes

1. Diagrammes.

Soient par exemple A, B, C, D, E cinq ensembles, et soient ff une application de A dans B, gg une application de B dans C, hh une application de D dans E, uu une application de B dans D et vv une application de C dans E. Pour résumer une situation de ce genre, on fait souvent usage de diagrammes ; par exemple, on résumera la situation précédente par le diagramme suivant (Ens., chap. II, § 3, n° 4) :

A→fB→gCu↓↓vD→hE \begin{array}{ccc} A & \xrightarrow{f} & B \xrightarrow{g} C \\ u \downarrow & & \downarrow v \\ D & \xrightarrow{h} & E \end{array}

Dans un tel diagramme, le groupe de signes A→fBA \xrightarrow{f} B schématise le fait que ff est une application de A dans B. Lorsqu’il ne peut y avoir d’ambiguïté sur ff, on supprime la lettre ff, et on écrit simplement A→BA \to B.

Lorsque A, B, C, D, E sont des groupes (resp. des groupes commutatifs) et f,g,h,u,vf, g, h, u, v des homomorphismes de groupes, on dit pour abréger que le diagramme (1) est un diagramme de groupes (resp. de groupes commutatifs).

En principe, un diagramme n’est pas un objet mathématique, mais seulement une figure, destinée à faciliter la lecture d’un raisonnement. En pratique, on se sert souvent des diagrammes comme de symboles abréviateurs, qui évitent de nommer tous les ensembles et toutes les applications que l’on veut considérer ; on dit ainsi « considérons le diagramme (1) » au lieu de dire : « soient A, B, C, D, E cinq ensembles... et vv une application de C dans E » ; voir par exemple l’énoncé de la prop. 2 du n° 4.

2. Diagrammes commutatifs.

Considérons par exemple le diagramme suivant :

A→fB→gC→hDa↓b↓c↓d↓A′→f′B′→g′C′→h′D′ \begin{array}{ccccccc} A & \xrightarrow{f} & B & \xrightarrow{g} & C & \xrightarrow{h} & D \\ a \downarrow & & b \downarrow & & c \downarrow & & d \downarrow \\ A' & \xrightarrow{f'} & B' & \xrightarrow{g'} & C' & \xrightarrow{h'} & D' \end{array}

A tout chemin composé d’un certain nombre de segments du diagramme parcouru dans le sens indiqué par les flèches, on fait correspondre une application de l’ensemble représenté par l’origine du premier segment dans l’ensemble représenté par l’extrémité du dernier segment, savoir la composée des applications représentées par les divers segments parcourus. Pour tout sommet du diagramme, par exemple B, on convient qu’il y a un chemin réduit à B, et on lui fait correspondre l’application identique 1B1_B.

Dans (2), il y a par exemple trois chemins partant de A et aboutissant à C’ ; les applications correspondantes sont c∘g∘fc \circ g \circ f, g′∘b∘fg' \circ b \circ f et g′∘f′∘ag' \circ f' \circ a. On dit qu’un diagramme est commutatif si, pour tout couple de chemins du diagramme ayant même origine et même extrémité, les deux applications correspondantes sont égales ; en particulier si un chemin a son extrémité confondue avec son origine, l’application correspondante doit être l’identité.

Pour que le diagramme (2) soit commutatif, il faut et il suffit que l’on ait les relations :

f′∘a=b∘f,g′∘b=c∘g,h′∘c=d∘h; f' \circ a = b \circ f, \quad g' \circ b = c \circ g, \quad h' \circ c = d \circ h;

autrement dit, il faut et il suffit que les trois diagrammes carrés extraits de (2) soient commutatifs. En effet, les relations (3) entraînent c∘g∘f=g′∘b∘fc \circ g \circ f = g' \circ b \circ f puisque c∘g=g′∘bc \circ g = g' \circ b, et g′∘b∘f=g′∘f′∘ag' \circ b \circ f = g' \circ f' \circ a puisque b∘f=f′∘ab \circ f = f' \circ a ; donc les trois chemins partant de A et aboutissant à C’ donnent la même application. On vérifie de même que les quatre chemins partant de A et aboutissant à D’ (resp. les trois chemins partant de B et aboutissant à D’) donnent la même application. Les relations (3) signifient que les deux chemins partant de A (resp. B, C) et aboutissant à B’ (resp. C’, D’) donnent la même application. Tous les autres couples de sommets de (2) ne peuvent être joints que par un chemin au plus, et le diagramme (2) est donc bien commutatif.

Par la suite, nous laisserons au lecteur le soin de formuler et de vérifier des résultats analogues pour d’autres types de diagrammes.

3. Suites exactes.

Rappelons la définition suivante (Alg., chap. II, 3e éd., § 1, n° 4) :

Définition 1

Soient A un anneau, F, G, H trois A-modules à droite (resp. à gauche), f un homomorphisme de F dans G et g un homomorphisme de G dans H. On dit que le couple (f, g) est une suite exacte si l’on a gˉ−1(0)=f(F)\bar{g}^{-1}(0) = f(F), c’est-à-dire si le noyau de g est égal à l’image de f.

On dit aussi alors que le diagramme

F→fG→gH \begin{array}{ccc} F & \xrightarrow{f} & G \\ & & \xrightarrow{g} \\ & & H \end{array}

est une suite exacte.

Considérons de même un diagramme formé de quatre modules et de trois homomorphismes :

E→fF→gG→hH. E \xrightarrow{f} F \xrightarrow{g} G \xrightarrow{h} H.

On dit que ce diagramme est exact en F si le diagramme E→fF→gGE \xrightarrow{f} F \xrightarrow{g} G est une suite exacte ; on dit qu’il est exact en G si F→gG→hHF \xrightarrow{g} G \xrightarrow{h} H est une suite exacte. Si (5) est exact en F et en G, on dit qu’il est exact, ou encore que c’est une suite exacte. On définit de même les suites exactes à un nombre quelconque de termes.

Rappelons aussi les résultats suivants (loc. cit.), où E, F, G désignent des A-modules à droite (resp. à gauche), les flèches représentent des homomorphismes, et 0 désigne un module réduit à son élément neutre :

a) Dire que 0→E→fF0 \to E \xrightarrow{f} F est une suite exacte équivaut à dire que ff est injectif.

b) Dire que E→fF→0E \xrightarrow{f} F \to 0 est une suite exacte équivaut à dire que ff est surjectif.

c) Dire que 0→E→fF→00 \to E \xrightarrow{f} F \to 0 est une suite exacte équivaut à dire que ff est bijectif, c’est-à-dire que ff est un isomorphisme de E sur F.

d) Si F est un sous-module de E et si l’on note i l’injection canonique de F dans E et p la surjection canonique de E sur E/F, le diagramme

(6)

0⟶F→iE→pE/F⟶0 0 \longrightarrow F \xrightarrow{i} E \xrightarrow{p} E/F \longrightarrow 0
est une suite exacte.

e) Si f:E→Ff : E \to F est un homomorphisme, le diagramme

(7)

0⟶f‾(0)→iE→fF→pF/f(E)⟶0 0 \longrightarrow \overline{f}(0) \xrightarrow{i} E \xrightarrow{f} F \xrightarrow{p} F/f(E) \longrightarrow 0
(où ii est l’injection canonique de f‾(0)\overline{f}(0) dans E, et pp la surjection canonique de F sur F/f(E)F/f(E)) est une suite exacte.

f) Pour qu’un diagramme

(8)

E→fF→gG E \xrightarrow{f} F \xrightarrow{g} G
soit une suite exacte, il faut et il suffit qu’il existe des modules S, T et des homomorphismes a:E→Sa : E \to S, b:S→Fb : S \to F, c:F→Tc : F \to T et d:T→Gd : T \to G tels que f=b∘af = b \circ a, g=d∘cg = d \circ c, et que les trois suites

(9)

E→aS⟶00⟶S→bF→cT⟶00⟶T→dG \begin{array}{c} E \xrightarrow{a} S \longrightarrow 0 \\ 0 \longrightarrow S \xrightarrow{b} F \xrightarrow{c} T \longrightarrow 0 \\ 0 \longrightarrow T \xrightarrow{d} G \end{array}
soient exactes.

Rappelons enfin que si f:E→Ff : E \to F est un homomorphisme de A-modules, on pose Ker (f)=f‾(0)\mathrm{Ker}\,(f) = \overline{f}(0), Im (f)=f(E)\mathrm{Im}\,(f) = f(E), Coim (f)=E/f‾(0)\mathrm{Coim}\,(f) = E/\overline{f}(0) et Coker (f)=F/f(E)\mathrm{Coker}\,(f) = F/f(E). Avec ces notations, on peut prendre, dans (9), S=Im (f)=Ker (g)S = \mathrm{Im}\,(f) = \mathrm{Ker}\,(g) et T=Im (g)T = \mathrm{Im}\,(g) (isomorphe canoniquement à Coker (f)\mathrm{Coker}\,(f)).

4. Le diagramme du serpent.

Proposition 1

Considérons un diagramme commutatif de groupes commutatifs :

(10)

A→uB→vCa↓b↓c↓A′→u′B′→v′C′ \begin{array}{ccccc} A & \xrightarrow{u} & B & \xrightarrow{v} & C \\ a \downarrow & & b \downarrow & & c \downarrow \\ A' & \xrightarrow{u'} & B' & \xrightarrow{v'} & C' \end{array}

On suppose que les deux lignes de (10) sont exactes. Alors :

(i) Si c est injectif, on a

(11) Im⁡(b)∩Im⁡(u′)=Im⁡(u′∘a)=Im⁡(b∘u).\operatorname{Im}(b) \cap \operatorname{Im}(u') = \operatorname{Im}(u' \circ a) = \operatorname{Im}(b \circ u).

(ii) Si a est surjectif, on a

(12) Ker⁡(b)+Im⁡(u)=Ker⁡(v′∘b)=Ker⁡(c∘v).\operatorname{Ker}(b) + \operatorname{Im}(u) = \operatorname{Ker}(v' \circ b) = \operatorname{Ker}(c \circ v).

Prouvons (i). Il est clair que l’on a

Im⁡(u′∘a)=Im⁡(b∘u)⊂Im⁡(b)∩Im⁡(u′). \operatorname{Im}(u' \circ a) = \operatorname{Im}(b \circ u) \subset \operatorname{Im}(b) \cap \operatorname{Im}(u').

Inversement, soit x∈Im⁡(b)∩Im⁡(u′)x \in \operatorname{Im}(b) \cap \operatorname{Im}(u'). Il existe y∈By \in B tel que x=b(y)x = b(y). Comme v′∘u′=0v' \circ u' = 0, on a 0=v′(x)=v′(b(y))=c(v(y))0 = v'(x) = v'(b(y)) = c(v(y)), d’où v(y)=0v(y) = 0 puisque c est injectif. Comme (u,v)(u, v) est une suite exacte, il existe z∈Az \in A tel que y=u(z)y = u(z), d’où x=b(u(z))x = b(u(z)).

Prouvons (ii). Comme v∘u=0v \circ u = 0 et v′∘u′=0v' \circ u' = 0, il est clair que

Ker⁡(b)+Im⁡(u)⊂Ker⁡(v′∘b)=Ker⁡(c∘v). \operatorname{Ker}(b) + \operatorname{Im}(u) \subset \operatorname{Ker}(v' \circ b) = \operatorname{Ker}(c \circ v).

Inversement, soit x∈Ker⁡(v′∘b)x \in \operatorname{Ker}(v' \circ b). Alors b(x)∈Ker⁡(v′)b(x) \in \operatorname{Ker}(v'), et il existe y′∈A′y' \in A' tel que u′(y′)=b(x)u'(y') = b(x) puisque la suite (u′,v′)(u', v') est exacte. Comme aa est surjectif, il existe y∈Ay \in A tel que a(y)=y′a(y) = y', d’où b(x)=u′(a(y))=b(u(y))b(x) = u'(a(y)) = b(u(y)); on en conclut que x−u(y)∈Ker⁡(b)x - u(y) \in \operatorname{Ker}(b), ce qui termine la démonstration.

Lemme 1

Considérons un diagramme commutatif de groupes commutatifs :

A→uBa↓↓bA′→u′B′ \begin{array}{ccc} A & \xrightarrow{u} & B \\ a \downarrow & & \downarrow b \\ A' & \xrightarrow{u'} & B' \end{array}

Alors il existe un homomorphisme et un seul u1:Ker⁡(a)→Ker⁡(b)u_1 : \operatorname{Ker}(a) \to \operatorname{Ker}(b), et un homomorphisme et un seul u2:Coker⁡(a)→Coker⁡(b)u_2 : \operatorname{Coker}(a) \to \operatorname{Coker}(b), tels que les diagrammes

Ker⁡(a)→u1Ker⁡(b)i↓↓jA→uB \begin{array}{ccc} \operatorname{Ker}(a) & \xrightarrow{u_1} & \operatorname{Ker}(b) \\ i \downarrow & & \downarrow j \\ A & \xrightarrow{u} & B \end{array}

et

A′→u′B′p↓↓qCoker⁡(a)→u2Coker⁡(b) \begin{array}{ccc} A' & \xrightarrow{u'} & B' \\ p \downarrow & & \downarrow q \\ \operatorname{Coker}(a) & \xrightarrow{u_2} & \operatorname{Coker}(b) \end{array}

soient commutatifs, i et j désignant les injections canoniques, p et q les surjections canoniques.

En effet, si x∈Ker (a)x \in \mathrm{Ker}\,(a), on a a(x)=0a(x) = 0 et b(u(x))=u′(a(x))=0b(u(x)) = u'(a(x)) = 0, donc u(x)∈Ker (b)u(x) \in \mathrm{Ker}\,(b), et l’existence et l’unicité de u1u_1 sont alors immédiates. De même, on a u′(a(A))=b(u(A))⊂b(B)u'(a(A)) = b(u(A)) \subset b(B), donc u′u' donne par passage aux quotients un homomorphisme u2:Coker (a)→Coker (b)u_2 : \mathrm{Coker}\,(a) \to \mathrm{Coker}\,(b), qui est le seul homomorphisme pour lequel (15) soit commutatif.

Partons maintenant d’un diagramme commutatif (10) de groupes commutatifs ; il lui correspond en vertu du lemme 1 un diagramme

Ker (a)→u1Ker (b)→v1Ker (c)i↓i↓k↓A→uB→vCa↓b↓c↓A′→u′B′→v′C′p↓q↓r↓Coker (a)→u2Coker (b)→v2Coker (c) \begin{array}{ccccccccc} \mathrm{Ker}\,(a) & \xrightarrow{u_1} & \mathrm{Ker}\,(b) & \xrightarrow{v_1} & \mathrm{Ker}\,(c) \\ i \downarrow & & i \downarrow & & k \downarrow \\ A & \xrightarrow{u} & B & \xrightarrow{v} & C \\ a \downarrow & & b \downarrow & & c \downarrow \\ A' & \xrightarrow{u'} & B' & \xrightarrow{v'} & C' \\ p \downarrow & & q \downarrow & & r \downarrow \\ \mathrm{Coker}\,(a) & \xrightarrow{u_2} & \mathrm{Coker}\,(b) & \xrightarrow{v_2} & \mathrm{Coker}\,(c) \end{array}

où i,j,ki, j, k sont les injections canoniques, p,q,rp, q, r les surjections canoniques, u1,u2u_1, u_2 (resp. v1,v2v_1, v_2) les homomorphismes canoniquement associés à u,u′u, u' (resp. v,v′v, v') par le lemme 1. On vérifie aussitôt que ce diagramme est commutatif.

Proposition 2

Supposons que dans le diagramme commutatif (10), les suites (u,v)(u, v) et (u′,v′)(u', v') soient exactes. Alors* :

(i) *On a v1∘u1=0v_1 \circ u_1 = 0; si u′u' est injectif, la suite (u1,v1)(u_1, v_1) est exacte.

(ii) On a v2∘u2=0v_2 \circ u_2 = 0; si vv est surjectif, la suite (u2,v2)(u_2, v_2) est exacte.

(iii) Supposons u′u' injectif et vv surjectif. Il existe alors un homomorphisme et un seul d:Ker (c)→Coker (a)d : \mathrm{Ker}\,(c) \to \mathrm{Coker}\,(a) ayant la propriété suivante : si x∈Ker (c)x \in \mathrm{Ker}\,(c), y∈By \in B et t′∈A′t' \in A' vérifient les relations v(y)=k(x)v(y) = k(x) et u′(t′)=b(y)u'(t') = b(y), on a d(x)=p(t′)d(x) = p(t'). De plus la suite

(*)

Ker (a)→u1Ker (b)→v1Ker (c)→dCoker (a)→u2Coker (b)→v2Coker (c) \mathrm{Ker}\,(a) \xrightarrow{u_1} \mathrm{Ker}\,(b) \xrightarrow{v_1} \mathrm{Ker}\,(c) \xrightarrow{d} \mathrm{Coker}\,(a) \xrightarrow{u_2} \mathrm{Coker}\,(b) \xrightarrow{v_2} \mathrm{Coker}\,(c)

est exacte.

Prouvons (i). Comme u1u_1 et v1v_1 ont mêmes graphes que les restrictions de uu et vv à Ker(a)\mathrm{Ker}(a) et Ker(b)\mathrm{Ker}(b) respectivement, on a v1∘u1=0v_1 \circ u_1 = 0. On a Ker(v1)=Ker(b)∩Ker(v)=Ker(b)∩Im(u)=Im(j)∩Im(u)\mathrm{Ker}(v_1) = \mathrm{Ker}(b) \cap \mathrm{Ker}(v) = \mathrm{Ker}(b) \cap \mathrm{Im}(u) = \mathrm{Im}(j) \cap \mathrm{Im}(u). Mais d’après la prop. 1, (i), on a Ker(v1)=Im(j∘u1)=Im(u1)\mathrm{Ker}(v_1) = \mathrm{Im}(j \circ u_1) = \mathrm{Im}(u_1) si u′u' est injectif.

Prouvons (ii). Comme u2u_2 et v2v_2 proviennent de uu et vv par passage aux quotients, il est clair que v2∘u2=0v_2 \circ u_2 = 0. Supposons vv surjectif ; comme qq et pp sont surjectifs, on a, en vertu des hypothèses et de la prop. 1, (ii)

Ker(v2)=q(Ker(v2∘q))=q(Ker(v′)+Im(b))=q(Ker(v′))=q(Im(u′))=Im(q∘u′)=Im(u2∘p)=Im(u2). \begin{align*} \mathrm{Ker}(v_2) &= q(\mathrm{Ker}(v_2 \circ q)) = q(\mathrm{Ker}(v') + \mathrm{Im}(b)) = q(\mathrm{Ker}(v')) \\ &= q(\mathrm{Im}(u')) = \mathrm{Im}(q \circ u') = \mathrm{Im}(u_2 \circ p) = \mathrm{Im}(u_2). \end{align*}

Prouvons enfin (iii). Pour x∈Ker(c)x \in \mathrm{Ker}(c), il existe y∈By \in B tel que v(y)=k(x)v(y) = k(x) puisque vv est surjectif ; en outre, on a v′(b(y))=c(k(x))=0v'(b(y)) = c(k(x)) = 0, et par suite il existe un unique t′∈A′t' \in A' tel que u′(t′)=b(y)u'(t') = b(y) puisque u′u' est injectif. Montrons que l’élément p(t′)∈Coker(a)p(t') \in \mathrm{Coker}(a) est indépendant de l’élément y∈By \in B tel que v(y)=k(x)v(y) = k(x). En effet, si y′∈By' \in B est un second élément tel que v(y′)=k(x)v(y') = k(x), on a y′=y+u(z)y' = y + u(z) où z∈Az \in A ; montrons que si t′′∈A′t'' \in A' est tel que u′(t′′)=b(y′)u'(t'') = b(y') on a t′′=t′+a(z)t'' = t' + a(z) ; en effet on a u′(t′+a(z))=u′(t′)+u′(a(z))=b(y)+b(u(z))=b(y+u(z))=b(y′)u'(t' + a(z)) = u'(t') + u'(a(z)) = b(y) + b(u(z)) = b(y + u(z)) = b(y'). Enfin, on en conclut que p(t′′)=p(t′)+p(a(z))=p(t′)p(t'') = p(t') + p(a(z)) = p(t'). On peut donc poser d(x)=p(t′)d(x) = p(t') et on a ainsi défini une application d:Ker(c)→Coker(a)d : \mathrm{Ker}(c) \to \mathrm{Coker}(a).

Si maintenant x1,x2x_1, x_2 sont des éléments de Ker(c)\mathrm{Ker}(c) et x=x1+x2x = x_1 + x_2, on prendra des éléments y1y_1 et y2y_2 de BB tels que v(y1)=k(x1)v(y_1) = k(x_1) et v(y2)=k(x2)v(y_2) = k(x_2) et on choisira pour y∈By \in B l’élément y1+y2y_1 + y_2 ; il est alors immédiat que d(x)=d(x1)+d(x2)d(x) = d(x_1) + d(x_2), donc dd est un homomorphisme.

Supposons que x=v1(x′)x = v_1(x') pour un x′∈Ker(b)x' \in \mathrm{Ker}(b) ; on prendra alors pour y∈By \in B l’élément j(x′)j(x'). Comme b(j(x′))=0b(j(x')) = 0, on en conclut d(x)=0d(x) = 0, donc d∘v1=0d \circ v_1 = 0. Inversement, supposons que d(x)=0d(x) = 0. Avec les notations précédentes, on a donc t′=a(s)t' = a(s), où s∈As \in A. Dans ce cas, on a b(y)=u′(t′)=u′(a(s))=b(u(s))b(y) = u'(t') = u'(a(s)) = b(u(s)), ou encore b(y−u(s))=0b(y - u(s)) = 0. L’élément y−u(s)y - u(s) est donc de la forme j(n)j(n) pour n∈Ker(b)n \in \mathrm{Ker}(b), et on a k(x)=v(y)=v(u(s)+j(n))=v(j(n))=k(v1(n))k(x) = v(y) = v(u(s) + j(n)) = v(j(n)) = k(v_1(n)) ; comme kk est injectif, x=v1(n)x = v_1(n), ce qui prouve que la suite (*) est exacte en Ker(c)\mathrm{Ker}(c).

Enfin, on a (toujours avec les mêmes notations) u2(d(x))=u_2(d(x)) = u_2(p(t')) = q(u'(t')) = q(b(y)) = 0 donc u_2 \circ d = 0. Inversement, supposons qu’un élément w=p(t′)w = p(t') de Coker (a) soit tel que u2(w)=u2(p(t′))=0u_2(w) = u_2(p(t')) = 0 (avec t′∈A′t' \in \mathbf{A}'). On a donc q(u′(t′))=0q(u'(t')) = 0, et par suite u′(t′)=b(y)u'(t') = b(y) pour un y∈By \in \mathbf{B}; comme v′(u′(t′))=0v'(u'(t')) = 0, on a v′(b(y))=0v'(b(y)) = 0, donc c(v(y))=0c(v(y)) = 0, autrement dit v(y)=k(x)v(y) = k(x) pour un x∈Ker (c)x \in \mathrm{Ker}\,(c), et par définition w=d(x)w = d(x), ce qui montre que la suite (*) est exacte en Coker (a). On a vu dans (i) qu’elle est exacte en Ker (b) et dans (ii) qu’elle est exacte en Coker (b), ce qui achève de prouver (iii).

Remarque

Lorsque les groupes du diagramme (10) sont tous des modules (à droite par exemple) sur un anneau AA et les homomorphismes des homomorphismes de AA-modules, on vérifie aussitôt que l’homomorphisme dd défini dans la prop. 2, (iii) est encore un homomorphisme de AA-modules : si x∈Ker (c)x \in \mathrm{Ker}\,(c) et α∈A\alpha \in A, et si y∈By \in \mathbf{B} est tel que v(y)=k(x)v(y) = k(x), il suffit de remarquer que v(yα)=k(xα)v(y\alpha) = k(x\alpha).

Corollaire 1

Supposons que le diagramme (10) soit commutatif et ait ses lignes exactes. Alors : (i) Si u′u', aa et cc sont injectifs, bb est injectif. (ii) Si vv, aa et cc sont surjectifs, bb est surjectif.

L’assertion (i) est conséquence de l’assertion (i) de la prop. 2 : en effet on a Ker (a)=0\mathrm{Ker}\,(a) = 0 et Ker (c)=0\mathrm{Ker}\,(c) = 0, donc Ker (b)=0\mathrm{Ker}\,(b) = 0.

L’assertion (ii) est conséquence de l’assertion (ii) de la prop. 2 : en effet, on a Coker (a)=0\mathrm{Coker}\,(a) = 0 et Coker (c)=0\mathrm{Coker}\,(c) = 0, donc Coker (b)=0\mathrm{Coker}\,(b) = 0.

Corollaire 2

Supposons que le diagramme (10) soit commutatif et ait ses lignes exactes. Dans ces conditions : (i) Si bb est injectif et si aa et vv sont surjectifs, alors cc est injectif. (ii) Si bb est surjectif et si cc et u′u' sont injectifs, alors aa est surjectif.

Pour prouver (i), considérons le diagramme

u(A)→wB→vCa′↓b↓c↓u′(A′)→w′B′→v′C′ \begin{array}{cccc} u(\mathbf{A}) & \xrightarrow{w} & \mathbf{B} \xrightarrow{v} \mathbf{C} \\ a' \downarrow & & b \downarrow & c \downarrow \\ u'(\mathbf{A}') & \xrightarrow{w'} & \mathbf{B}' \xrightarrow{v'} \mathbf{C}' \end{array}

où a′a' est l’application ayant même graphe que la restriction de bb à u(A)u(\mathbf{A}), ww et w′w' les injections canoniques ; il est clair que ce diagramme est commutatif et a ses lignes exactes. En outre w′w' est injectif, et par hypothèse vv est surjectif ; on a donc par la prop. 2, (iii), une suite exacte.

0=Ker (b)→Ker (c)→dCoker (a′)=0 0 = \mathrm{Ker}\,(b) \to \mathrm{Ker}\,(c) \xrightarrow{d} \mathrm{Coker}\,(a') = 0

puisque bb est injectif et que a′a' est surjectif ; d’où Ker (c)=0\mathrm{Ker}\,(c) = 0.

Pour prouver (ii), considérons le diagramme

A→uB→wv(B)a↓b↓c′↓A′→u′B′→w′v′(B′) \begin{array}{ccccc} A & \xrightarrow{u} & B & \xrightarrow{w} & v(B) \\ a \downarrow & & b \downarrow & & c' \downarrow \\ A' & \xrightarrow{u'} & B' & \xrightarrow{w'} & v'(B') \end{array}

où cette fois c′c' est l’application ayant même graphe que la restriction de cc à v(B)v(B), et ww et w′w' ont respectivement mêmes graphes que vv et v′v' ; ce diagramme est commutatif et ses lignes sont exactes. En outre ww est surjectif et par hypothèse u′u' est injectif ; on a donc, par la prop. 2, (iii), une suite exacte

0=Ker (c′)→dCoker (a)→Coker (b)=0 0 = \mathrm{Ker}\,(c') \xrightarrow{d} \mathrm{Coker}\,(a) \to \mathrm{Coker}\,(b) = 0

puisque bb est surjectif et que c′c' est injectif ; d’où Coker (a)=0\mathrm{Coker}\,(a) = 0.

Exercices

See the exercises for § 1.

Transcribed from the printed volume. Not translated.