Bourbaki

§ 1. Idéaux premiers associés à un module.

1. Définition des idéaux premiers associés.

Définition 1

Soit M un module sur un anneau A. On dit qu’un idéal premier pp de A est associé à M s’il existe x∈Mx \in M tel que pp soit égal à l’annulateur de x. On note AssA(M)\mathrm{Ass}_A(M), ou simplement Ass(M)\mathrm{Ass}(M), l’ensemble des idéaux premiers associés à M.

Exemple. — Soient aa un idéal de l’anneau de polynômes A=C[X1,...,Xr]A = \mathbf{C}[X_1, ..., X_r], V la variété algébrique affine correspondante, V1,...,VpV_1, ..., V_p les composantes irréductibles de V. Si on prend pour M l’anneau A/aA/a des fonctions régulières sur V, les idéaux de V1,...,VpV_1, ..., V_p sont des idéaux premiers associés à M mais ce ne sont pas les seuls en général.

(*) Les résultats de ce chapitre ne dépendent d’aucun autre Livre de la deuxième partie, ni du chap. I, § 4 ou du chap. III, § 5.

Comme l’annulateur de 0 est A, un élément x∈Mx \in M dont l’annulateur est un idéal premier est nécessairement ≠0\neq 0. Dire qu’un idéal premier pp est associé à MM revient à dire que MM contient un sous-module isomorphe à A/pA/p (savoir AxAx, pour tout x∈Mx \in M dont pp est l’annulateur).

Si un A-module MM est réunion d’une famille (Mi)i∈I(M_i)_{i \in I} de sous-modules il est clair que l’on a

Ass(M)=⋃i∈IAss(Mi). \text{Ass}(M) = \bigcup_{i \in I} \text{Ass}(M_i).

Proposition 1

Pour tout idéal premier pp d’un anneau AA et tout sous-module M≠0M \neq 0 de A/pA/p, on a* Ass(M)={p}\text{Ass}(M) = \{ p \}.

En effet, comme l’anneau A/pA/p est intègre, l’annulateur d’un élément ≠0\neq 0 de A/pA/p est pp.

Proposition 2

Soit MM un module sur un anneau AA. Tout élément maximal de l’ensemble des idéaux Ann(x)\text{Ann}(x) de AA, où xx parcourt l’ensemble des éléments ≠0\neq 0 de MM, appartient à Ass(M)\text{Ass}(M)*.

En effet, soit a=Ann(x)a = \text{Ann}(x) (x∈M, x≠0x \in M,\ x \neq 0) un tel élément maximal ; il suffit de montrer que aa est premier. Comme x≠0x \neq 0, on a a≠Aa \neq A. Soient b, cb,\ c des éléments de AA tels que bc∈abc \in a et c∉ac \notin a. On a alors cx≠0, b∈Ann(cx)cx \neq 0,\ b \in \text{Ann}(cx) et a⊂Ann(cx)a \subset \text{Ann}(cx). Comme aa est maximal, on a Ann(cx)=a\text{Ann}(cx) = a, d’où b∈ab \in a, de sorte que aa est premier.

Corollaire 1

Soit MM un module sur un anneau noethérien AA. Alors la condition M≠{0}M \neq \{ 0 \} équivaut à Ass(M)≠∅\text{Ass}(M) \neq \varnothing*.

Si M={0}M = \{ 0 \}, il est clair que Ass(M)\text{Ass}(M) est vide (sans hypothèse sur AA). Si M≠{0}M \neq \{ 0 \}, l’ensemble des idéaux de la forme Ann(x)\text{Ann}(x), où x∈Mx \in M et x≠0x \neq 0, est non vide et formé d’idéaux ≠A\neq A ; comme AA est noethérien, cet ensemble admet un élément maximal ; il suffit donc d’appliquer la prop. 2.

Corollaire 2

Soient AA un anneau noethérien, MM un AA-module, aa un élément de AA. Pour que l’homothétie de MM, de rapport aa, soit injective , il faut et il suffit que aa n’appartienne à aucun idéal premier associé à MM.

Si aa appartient à un idéal premier p∈Ass(M)p \in \mathrm{Ass}(M), on a p=Ann(x)p = \mathrm{Ann}(x) avec x∈M,x≠0x \in M, x \neq 0; d’où ax=0ax = 0 et l’homothétie de rapport aa n’est pas injective. Réciproquement, si ax=0ax = 0 pour un x∈Mx \in M tel que x≠0x \neq 0, on a Ax≠{0}Ax \neq \{0\}, d’où Ass(Ax)≠∅\mathrm{Ass}(Ax) \neq \emptyset (cor. 1). Soit p∈Ass(Ax)p \in \mathrm{Ass}(Ax); on a évidemment p∈Ass(M)p \in \mathrm{Ass}(M) et p=Ann(bx)p = \mathrm{Ann}(bx) avec b∈Ab \in A; d’où a∈pa \in p, puisque abx=0abx = 0.

Corollaire 3

L’ensemble des diviseurs de zéro dans un anneau noethérien AA est la réunion des idéaux p∈Ass(A)p \in \mathrm{Ass}(A).

Proposition 3

Soient AA un anneau, MM un AA-module, NN un sous-module de MM. On a

(2)

Ass(N)⊂Ass(M)⊂Ass(N)∪Ass(M/N). \mathrm{Ass}(N) \subset \mathrm{Ass}(M) \subset \mathrm{Ass}(N) \cup \mathrm{Ass}(M/N).

L’inclusion Ass(N)⊂Ass(M)\mathrm{Ass}(N) \subset \mathrm{Ass}(M) est évidente. Soient p∈Ass(M)p \in \mathrm{Ass}(M), EE un sous-module de MM isomorphe à A/pA/p, et F=E∩NF = E \cap N. Si F={0}F = \{0\}, EE est isomorphe à un sous-module de M/NM/N, d’où p∈Ass(M/N)p \in \mathrm{Ass}(M/N). Si F≠{0}F \neq \{0\}, l’annulateur de tout élément ≠0\neq 0 de FF est pp (prop. 1), donc p∈Ass(F)⊂Ass(N)p \in \mathrm{Ass}(F) \subset \mathrm{Ass}(N).

Corollaire 1

Si un AA-module MM est somme directe d’une famille (Mi)i∈I(M_i)_{i \in I} de sous-modules, on a Ass(M)=⋃i∈IAss(Mi)\mathrm{Ass}(M) = \bigcup_{i \in I} \mathrm{Ass}(M_i).

On se ramène au cas où II est fini au moyen de (1), puis au cas où Card(I)=2\mathrm{Card}(I) = 2 en procédant par récurrence sur Card(I)\mathrm{Card}(I). Soit alors I={i,j},i≠jI = \{i, j\}, i \neq j; comme M/MiM/M_i est isomorphe à MjM_j, on a Ass(M)⊂Ass(Mi)∪Ass(Mj)\mathrm{Ass}(M) \subset \mathrm{Ass}(M_i) \cup \mathrm{Ass}(M_j) (prop. 3) ; par ailleurs, Ass(Mi)\mathrm{Ass}(M_i) et Ass(Mj)\mathrm{Ass}(M_j) sont contenus dans Ass(M)\mathrm{Ass}(M) (prop. 3), d’où le résultat.

Corollaire 2

Soient MM un AA-module, (Qi)i∈I(Q_i)_{i \in I} une famille finie de sous-modules de MM. Si ⋂i∈IQi={0}\bigcap_{i \in I} Q_i = \{0\}, on a

Ass(M)⊂⋃i∈IAss(M/Qi). \mathrm{Ass}(M) \subset \bigcup_{i \in I} \mathrm{Ass}(M/Q_i).
En effet, l’application canonique M→⨁i∈I(M/Qi)M \to \bigoplus_{i \in I} (M/Q_i) est injective ; il suffit donc d’appliquer la prop. 3 et son cor. 1.

Proposition 4

Soient M un A-module, Φ une partie de Ass(M). Il existe alors un sous-module N de M tel que Ass(N) = Ass(M) − Φ et Ass(M/N) = Φ.

Soit E l’ensemble des sous-modules P de M tels que Ass(P) ⊂ Ass(M) − Φ. La formule (1) montre que l’ensemble E, ordonné par inclusion, est inductif ; en outre, on a {0} ∈ E, donc E ≠ ∅. Soit N un élément maximal de E. On a donc Ass(N) ⊂ Ass(M) − Φ. Nous allons voir que Ass(M/N) ⊂ Φ, ce qui, en vertu de la prop. 3, achèvera la démonstration. Soit p ∈ Ass(M/N) ; alors M/N contient un sous-module F/N isomorphe à A/p. En vertu des prop. 1 et 3, on a Ass(F) ⊂ Ass(N) ∪ {p}. Puisque N est maximal dans E, on a F ∈ E, donc p ∈ Φ.

2. Localisation des idéaux premiers associés.

Proposition 5

Soient A un anneau, S une partie multiplicative de A, Φ l’ensemble des idéaux premiers de A qui ne rencontrent pas S, M un A-module. Alors :

(i) L’application p → S^{-1}p est une bijection de Ass_A(M) ∩ Φ sur une partie de Ass_{S^{-1}A}(S^{-1}M).

(ii) Si p ∈ Φ est un idéal de type fini et si S^{-1}p ∈ Ass_{S^{-1}A}(S^{-1}M), alors on a p ∈ Ass_A(M).

Rappelons (chap. II, § 2, n° 5, prop. 11) que l’application p → S^{-1}p est une bijection de Φ sur l’ensemble des idéaux premiers de S^{-1}A. Si p ∈ Ass_A(M) ∩ Φ, p est l’annulateur d’un sous-module monogène N de M ; alors S^{-1}p est l’annulateur du sous-module monogène S^{-1}N de S^{-1}M (chap. II, § 2, n° 4, formule (9)), donc S^{-1}p ∈ Ass_{S^{-1}A}(S^{-1}M). Réciproquement, supposons p ∈ Φ de type fini et tel que S^{-1}p soit associé à S^{-1}M ; il existe alors x ∈ M et t ∈ S tels que S^{-1}p soit l’annulateur de x/t. Soit (a_i)_{1 \leq i \leq n} un système de générateurs de p ; on a (a_i/1)(x/t) = 0, donc il existe s_i ∈ S tel que s_i a_i x = 0 (1 \leq i \leq n). Posons s = s_1 s_2 ... s_n ; pour tout a ∈ p, on a sax = 0, d’où p ⊂ Ann(sx) ; d’autre part, si b ∈ A est tel que bsx = 0, on a b/1 ∈ S^{-1}p par définition, d’où b ∈ p. Donc p = Ann(sx) et p ∈ Ass_A(M).

Corollaire

Si l’anneau A\mathbf{A} est noethérien, l’application p→S−1pp \to S^{-1}p est une bijection de AssA(M)∩Φ\mathrm{Ass}_\mathbf{A}(M) \cap \Phi sur AssS−1A(S−1M)\mathrm{Ass}_{S^{-1}\mathbf{A}}(S^{-1}M).

Lorsque A\mathbf{A} n’est pas noethérien, l’application p→S−1pp \to S^{-1}p de AssA(M)∩Φ\mathrm{Ass}_\mathbf{A}(M) \cap \Phi dans AssS−1A(S−1M)\mathrm{Ass}_{S^{-1}\mathbf{A}}(S^{-1}M) n’est pas nécessairement surjective (exerc. 1).

Proposition 6

Soient A\mathbf{A} un anneau noethérien, MM un A\mathbf{A}-module, SS une partie multiplicative de A\mathbf{A}, et Ψ\Psi l’ensemble des éléments de AssA(M)\mathrm{Ass}_\mathbf{A}(M) qui ne rencontrent pas SS. Alors le noyau NN de l’application canonique M→S−1MM \to S^{-1}M est l’unique sous-module de MM qui vérifie les relations

Ass(N)=Ass(M)−Ψ,Ass(M/N)=Ψ. \mathrm{Ass}(N) = \mathrm{Ass}(M) - \Psi, \qquad \mathrm{Ass}(M/N) = \Psi.

En vertu de la prop. 4 du n° 1, il existe un sous-module N′N' de MM qui vérifie les relations Ass(N′)=Ass(M)−Ψ′\mathrm{Ass}(N') = \mathrm{Ass}(M) - \Psi' et Ass(M/N′)=Ψ′\mathrm{Ass}(M/N') = \Psi'. Il s’agit de prouver que N′=NN' = N. Considérons le diagramme commutatif

M→pM/N′u↓↓vS−1M→S−1pS−1(M/N′) \begin{array}{ccc} M & \xrightarrow{p} & M/N' \\ u \downarrow & & \downarrow v \\ S^{-1}M & \xrightarrow{S^{-1}p} & S^{-1}(M/N') \end{array}

où p,u,vp, u, v sont les homomorphismes canoniques. Nous allons montrer que S−1pS^{-1}p et vv sont injectifs, ce qui prouvera que uu et pp ont même noyau, donc que N′=NN' = N.

Comme Ass(N′)∩Ψ′=∅\mathrm{Ass}(N') \cap \Psi' = \emptyset, tout élément de Ass(N′)\mathrm{Ass}(N') rencontre SS. On a donc AssS−1A(S−1N′)=∅\mathrm{Ass}_{S^{-1}\mathbf{A}}(S^{-1}N') = \emptyset (cor. de la prop. 5), d’où S−1N′={0}S^{-1}N' = \{ 0 \} (n° 1, cor. 1 de la prop. 2), ce qui prouve que S−1pS^{-1}p est injectif (chap. II, § 2, n° 4, th. 1). D’autre part, si xx appartient au noyau KK de vv, on a Ann(x)∩S≠∅\mathrm{Ann}(x) \cap S \neq \emptyset (chap. II, § 2, n° 2, prop. 4); donc Ass(K)=∅\mathrm{Ass}(K) = \emptyset puisque Ass(K)⊂Ass(M/N′)=Ψ′\mathrm{Ass}(K) \subset \mathrm{Ass}(M/N') = \Psi'; on en déduit K={0}K = \{ 0 \} (n° 1, cor. 1 de la prop. 2) et vv est injectif.

3. Relations avec le support.

Soit MM un module sur un anneau A\mathbf{A}. Rappelons qu’on appelle support de MM et qu’on note Supp(M)\mathrm{Supp}(M) l’ensemble des idéaux premiers pp de A\mathbf{A} tels que Mp≠0M_p \neq 0 (chap. II, § 4, n° 4, déf. 5).

Proposition 7

Soient AA un anneau, MM un AA-module.

(i) Tout idéal premier pp de AA contenant un élément de Ass(M)\mathrm{Ass}(M) appartient à Supp(M)\mathrm{Supp}(M).

(ii) Inversement, si AA est nœthérien, tout idéal p∈Supp(M)p \in \mathrm{Supp}(M) contient un élément de Ass(M)\mathrm{Ass}(M).

Si pp contient un élément qq de Ass(M)\mathrm{Ass}(M), on a q∩(A−p)=∅q \cap (A - p) = \varnothing, donc si on pose S=A−pS = A - p, S−1qS^{-1}q est un idéal premier associé à S−1M=MpS^{-1}M = M_p (no 2, prop. 5), et afortioria fortiori Mp≠0M_p \neq 0, donc p∈Supp(M)p \in \mathrm{Supp}(M). Inversement, si AA est nœthérien, il en est de même de ApA_p (chap. II, § 2, no 6, cor. 2 de la prop. 10). Si Mp≠0M_p \neq 0, on a donc AssAp(Mp)≠∅\mathrm{Ass}_{A_p}(M_p) \neq \varnothing (no 1, cor. 1 de la prop. 2) donc il existe q∈AssA(M)q \in \mathrm{Ass}_A(M) tel que q∩(A−p)=∅q \cap (A - p) = \varnothing (no 2, cor. de la prop. 5).

Corollaire 1

Si MM est un module sur un anneau nœthérien, on a Ass(M)⊂Supp(M)\mathrm{Ass}(M) \subset \mathrm{Supp}(M), et ces deux ensembles ont mêmes éléments minimaux.

Corollaire 2

Le nilradical d’un anneau nœthérien AA est l’intersection des idéaux p∈Ass(A)p \in \mathrm{Ass}(A).

On sait en effet que le nilradical de AA est l’intersection des éléments minimaux de Spec(A)=Supp(A)\mathrm{Spec}(A) = \mathrm{Supp}(A) (chap. II, § 2, no 6, prop. 13).

4. Cas des modules de type fini sur un anneau nœthérien.

Théorème 1

Soient AA un anneau nœthérien, MM un AA-module de type fini. Il existe une suite de composition (Mi)0≤i≤n(M_i)_{0 \leq i \leq n} de MM telle que, pour 0≤i≤n−10 \leq i \leq n - 1, Mi/Mi+1M_i / M_{i+1} soit isomorphe à A/piA / p_i, où pip_i est un idéal premier de AA.

Soit en effet E\mathscr{E} l’ensemble des sous-modules de MM qui possèdent une suite de composition ayant la propriété de l’énoncé. Comme E\mathscr{E} est non vide (car {0}\{0\} appartient à E\mathscr{E}) et comme MM est nœthérien, E\mathscr{E} possède un élément maximal NN. Si M≠NM \neq N, on a M/N≠0M/N \neq 0, donc Ass(M/N)≠∅\mathrm{Ass}(M/N) \neq \varnothing (no 1, cor. 1 de la prop. 2); M/NM/N contient donc un sous-module N′/NN'/N isomorphe à un AA-module de la forme A/pA/p, où pp est premier; on a alors par définition N′∈EN' \in \mathscr{E}, ce qui contredit le caractère maximal de NN. Par suite, on a nécessairement N=MN = M.

C. Q. F. D.

Théorème 2

Soient MM un module de type fini sur un anneau noethérien AA, et (Mi)0≤i≤n(M_i)_{0 \leq i \leq n} une suite de composition de MM telle que, pour 0≤i≤n−10 \leq i \leq n - 1, Mi/Mi+1M_i / M_{i+1} soit isomorphe à A/piA / p_i, où pip_i est un idéal premier de AA. On a alors

Ass(M)⊂{p0,…,pn−1}⊂Supp(M); \text{Ass}(M) \subset \{ p_0, \ldots, p_{n-1} \} \subset \text{Supp}(M);

les éléments minimaux de ces trois ensembles sont les mêmes, et coïncident avec les éléments minimaux de l’ensemble des idéaux premiers contenant Ann(M)\text{Ann}(M).

L’inclusion Ass(M)⊂{p0,…,pn−1}\text{Ass}(M) \subset \{ p_0, \ldots, p_{n-1} \} résulte aussitôt des prop. 1 et 3 du no 1. Pour 0≤i≤n−10 \leq i \leq n - 1, on a

pi∈Supp(A/pi)=Supp(Mi/Mi+1) p_i \in \text{Supp}(A/p_i) = \text{Supp}(M_i/M_{i+1})

(chap. II, § 4, no 4, Exemple), d’où pi∈Supp(Mi)⊂Supp(M)p_i \in \text{Supp}(M_i) \subset \text{Supp}(M) (chap. II, § 4, no 4, prop. 16), ce qui démontre l’inclusion {p0,…,pn−1}⊂Supp(M)\{ p_0, \ldots, p_{n-1} \} \subset \text{Supp}(M). Le cor. 1 de la prop. 7 du no 3 montre que Ass(M)\text{Ass}(M) et Supp(M)\text{Supp}(M) ont les mêmes éléments minimaux, et (4) montre que ceux-ci ne sont autres que les éléments minimaux de {p0,…,pn−1}\{ p_0, \ldots, p_{n-1} \}. La dernière assertion résulte alors du chap. II, § 4, no 4, prop. 17.

Corollaire

Si MM est un module de type fini sur un anneau noethérien AA, Ass(M)\text{Ass}(M) est fini.

Sous les conditions du th. 2, l’ensemble {p0,…,pn−1}\{ p_0, \ldots, p_{n-1} \} n’est pas nécessairement déterminé de façon unique par MM; en particulier il peut être distinct de Ass(M)\text{Ass}(M) (exerc. 6).

Proposition 8

Soient AA un anneau noethérien, aa un idéal de AA, MM un AA-module de type fini. Les conditions suivantes sont équivalentes :

a) il existe un élément x≠0x \neq 0 de MM tel que ax=0ax = 0;

b) pour tout a∈aa \in a, il existe un élément x≠0x \neq 0 de MM tel que ax=0ax = 0;

c) il existe p∈Ass(M)p \in \text{Ass}(M) tel que a⊂pa \subset p.

Il est clair que a) implique b). En vertu du no 1, cor. 2 de la prop. 2, la condition b) signifie que l’idéal aa est contenu dans la réunion des idéaux premiers associés à MM, donc dans l’un d’eux puisque Ass(M) est fini (chap. II, § 1, n° 1, prop. 2) ; ainsi b) entraîne c). Enfin, s’il existe p∈Ass(M)p \in \mathrm{Ass}(M) tel que a⊂pa \subset p, pp est l’annulateur d’un élément x≠0x \neq 0 de MM (n° 1, déf. 1), et on a ax=0ax = 0; donc c) implique a).

Proposition 9

Soient A un anneau noethérien, a un idéal de A, M un A-module de type fini. Pour qu’il existe un entier n>0n > 0 tel que anM=0a^n M = 0, il faut et il suffit que a soit contenu dans l’intersection des idéaux premiers associés à M.

En effet, cette intersection est aussi celle des éléments minimaux de Supp(M) (n° 3, cor. 1 de la prop. 7), et dire que a est contenu dans cette intersection équivaut à dire que V(a)⊃Supp(M)V(a) \supset \mathrm{Supp}(M) avec les notations du chap. II, § 4 ; la conclusion résulte alors du chap. II, § 4, n° 4, cor. 2 de la prop. 17.

Définition 2

Étant donné un A-module M, on dit qu’un endomorphisme u de M est presque nilpotent si, pour tout x∈Mx \in M, il existe un entier n(x)>0n(x) > 0 tel que un(x)(x)=0u^{n(x)}(x) = 0.

Si M est de type fini, tout endomorphisme presque nilpotent est nilpotent.

Corollaire

Soient A un anneau noethérien, M un A-module, a un élément de A. Pour que l’homomorphisme aM:x→axa_M : x \to ax de M soit presque nilpotent, il faut et il suffit que a appartienne à tout idéal de Ass(M).

En effet, la condition de l’énoncé équivaut à dire que pour tout x∈Mx \in M, il existe n(x)>0n(x) > 0 tel que (Aa)n(x)(Ax)=0(Aa)^{n(x)}(Ax) = 0 ; en vertu de la prop. 9, cela signifie encore que a appartient à tous les idéaux premiers associés au sous-module AxAx de MM ; le corollaire résulte donc de ce que Ass(M) est la réunion des Ass(Ax) lorsque xx parcourt M (n° 1, formule (1)).

Proposition 10

Soient A un anneau noethérien, E un A-module de type fini, F un A-module. On a alors

Ass(HomA(E,F))=Ass(F)∩Supp(E). \mathrm{Ass}(\mathrm{Hom}_A(E, F)) = \mathrm{Ass}(F) \cap \mathrm{Supp}(E).

Par hypothèse, E est isomorphe à un A-module de la forme An/RA^n / R, donc HomA(E,F)\mathrm{Hom}_A(E, F) est isomorphe à un sous-module de HomA(An,F)\mathrm{Hom}_A(A^n, F), et ce dernier est isomorphe à FnF^n; or, on a Ass(Fn)=Ass(F)\mathrm{Ass}(F^n) = \mathrm{Ass}(F) (n° 1, cor. 1 de la prop. 3); donc Ass(HomA(E,F))⊂Ass(F)\mathrm{Ass}(\mathrm{Hom}_A(E, F)) \subset \mathrm{Ass}(F). D'autre part, on a Supp(HomA(E,F))⊂Supp(E)\mathrm{Supp}(\mathrm{Hom}_A(E, F)) \subset \mathrm{Supp}(E): en effet, pour tout idéal premier pp de AA, HomAp(Ep,Fp)\mathrm{Hom}_{A_p}(E_p, F_p) est isomorphe à (HomA(E,F))p(\mathrm{Hom}_A(E, F))_p (chap. II, § 2, n° 7, prop. 19), d'où aussitôt notre assertion; on conclut alors du th. 2 que Ass(HomA(E,F))⊂Supp(E)\mathrm{Ass}(\mathrm{Hom}_A(E, F)) \subset \mathrm{Supp}(E).

Inversement, soit pp un idéal premier de AA appartenant à Ass(F)∩Supp(E)\mathrm{Ass}(F) \cap \mathrm{Supp}(E). Par définition, FF contient un sous-module isomorphe à A/pA/p. D'autre part, puisque EE est de type fini et Ep≠0E_p \neq 0, on sait qu'il existe un homomorphisme ω≠0\omega \neq 0 de EE dans A/pA/p (chap. II, § 4, n° 4, prop. 20). Comme il existe un homomorphisme injectif jj de A/pA/p dans FF, on a j∘ω∈Hom(E,F)j \circ \omega \in \mathrm{Hom}(E, F), et j∘ω≠0j \circ \omega \neq 0. D'autre part, la relation aω=0a \omega = 0 pour un a∈Aa \in A équivaut à a∈pa \in p, l'annulateur de tout élément ≠0\neq 0 de A/pA/p étant pp; on a donc bien p∈Ass(HomA(E,F))p \in \mathrm{Ass}(\mathrm{Hom}_A(E, F)).

C. Q. F. D.

Exercices

See the exercises for § 1.

Transcribed from the printed volume. Not translated.