§ 5. Intersections complètes
1. Idéal engendré par une suite complètement sécante
Définition 1
Soient un anneau, un idéal de . On dit que l’idéal est complètement sécant au point de si l’idéal de est engendré par une suite complètement sécante pour . On dit que est complètement sécant s’il l’est en tous les points de .
Si l’idéal de est complètement sécant, il en est de même de l’idéal de pour toute partie multiplicative de .
Tout idéal engendré par une suite complètement sécante est complètement sécant. Plus précisément :
Proposition 1
Soient un anneau, un idéal de , engendré par une suite finie d’éléments de . Les conditions suivantes sont équivalentes :
(i) la suite est complètement sécante pour ; (ii) (resp. (ii')) pour tout idéal premier (resp. maximal) , l’image de dans est complètement sécante pour ; (iii) (resp. (iii')) pour tout idéal premier (resp. maximal) , l’idéal est complètement sécant en et l’image de dans le -espace vectoriel en forme une base.
Lorsque est noethérien, ces conditions sont encore équivalentes à :
(iv) pour tout entier , le -module est libre, et les images des monômes de degré total en forment une base.
Soit un idéal premier de ; notons l’image dans de la suite . Pour tout entier , le -module est isomorphe à (A, X, p. 151, 2)) ; il est nul si ne contient pas , puisqu’on a alors (A, X, p. 148, cor. 2). L’équivalence de (i), (ii) et (ii') résulte de là et de II, § 3, n° 3, cor. 2 du th. 1. D’autre part l’équivalence de (ii) et (iii) et celle de (ii') et (iii') résultent du § 1, n° 3, cor. 2 du th. 1.
L’implication (i) (iv) est une conséquence du th. 1 de A, X, p. 160. Enfin la condition (iv) implique par localisation la condition analogue pour les -modules pour tout , et celle-ci entraîne (ii) d’après le cor. 1 de A, X, p. 160.
Remarque 1
Lorsque l’anneau est noethérien, on peut remplacer dans les conditions (ii) et (ii') « complètement sécante » par « régulière » (A, X, p. 160, cor. 1).
On prendra garde qu’il n’en est pas ainsi dans la condition (i) : une suite complètement sécante pour A n’est pas nécessairement A-régulière (exerc. 1).
Remarque 2
Soient A un anneau, J un idéal de type fini de A et p un idéal premier de A contenant J. D’après le cor. 2 du th. 1 du § 1, n° 3, on a
et il y a égalité si et seulement si J est complètement sécant en p.
Supposons que J soit distinct de A et engendré par une suite complètement sécante . On a alors (prop. 4 du § 1, n° 3, et prop. 1 ci-dessus)
Si de plus A est noethérien, on a (VIII, § 3, n° 3, prop. 4) et (, n° 7, prop. 12), d’où finalement
2. Caractérisation des idéaux complètement sécants
Soient A un anneau et J un idéal de A. Le A-module gradué possède une structure naturelle de A-algèbre graduée, déduite de la multiplication dans l’anneau A ; l’application identique de J dans se prolonge donc en un homomorphisme surjectif de A-algèbres graduées, dit canonique
Par extension des scalaires à l’anneau , on déduit de un homomorphisme surjectif de -algèbres graduées, également dit canonique
avec .
Théorème 1
Soient A un anneau noethérien et J un idéal de A. Les conditions suivantes sont équivalentes :
(i) l’idéal J est complètement sécant ; (ii) l’idéal J est complètement sécant en tout idéal maximal ; (iii) le -module est projectif et l’homomorphisme canonique est bijectif ; (iv) le -module est projectif et l’homomorphisme canonique est bijectif.
(i) ⇒ (ii) : c’est trivial.
(ii) ⇒ (iii) : supposons la condition (ii) satisfaite. Il suffit de prouver que pour tout idéal maximal m de A, le A_m/J_m-module J_m/J_m^2 est libre et l’homomorphisme est bijectif (II, § 5, n° 2, th. 1 et § 3, n° 3, th. 1). Mais ces assertions sont triviales lorsque m n’appartient pas à V(J) puisqu’on a alors J_m = A_m, et elles résultent de A, X, p. 160, th. 1 et p. 161, remarque, lorsque m appartient à V(J).
(iii) ⇒ (iv) : c’est clair.
(iv) ⇒ (i) : supposons la condition (iv) satisfaite ; soit p un idéal premier de A contenant J. Alors le A_p/J_p-module J_p/J_p^2 est libre. Soit x = (x_1, ..., x_r) une suite d’éléments de J_p relevant une base de J_p/J_p^2. La suite x engendre J_p (lemme de Nakayama), et satisfait par construction à la condition (iv) de la prop. 1. Par suite l’idéal J_p de A_p est complètement sécant, et J est complètement sécant en p.
Remarque 1
Supposons l’idéal J complètement sécant ; soit (x_1, ..., x_r) une suite d’éléments de J, telle que pour tout idéal maximal m ∈ V(J) les images canoniques des x_i dans J/mJ forment une base de ce A/m-espace vectoriel. Alors le A/J-module J/J^2 est libre et les images canoniques dans J/J^2 des x_i en forment une base : il suffit en effet de vérifier que les images des x_i forment une base du A_m/J_m-module J_m/J_m^2 pour tout m ∈ V(J) (II, § 3, n° 3, th. 1), ce qui résulte de loc. cit., n° 2, prop. 5 et cor. 2, puisque le A_m/J_m-module J_m/J_m^2 est projectif (th. 1).
Corollaire 1
Soient l’anneau séparé complété de A pour la topologie J-adique et le séparé complété de J. Pour que l’idéal de soit complètement sécant, il faut et il suffit que l’idéal J de A soit complètement sécant.
En effet, l’application canonique gr_J(A) → gr_J(\hat{A}) est un isomorphisme d’anneaux gradués ; il suffit donc d’appliquer le critère (iv).
Plus généralement :
Corollaire 2
Soient ρ : A → B un homomorphisme d’anneaux noethériens faisant de B un A-module plat, et J un idéal de A.
a) Si J est complètement sécant, l’idéal JB de B est complètement sécant.
b) Supposons que l’idéal JB de B soit complètement sécant et que tout idéal maximal m ∈ V(J) soit l’image réciproque d’un idéal maximal de B. Alors l’idéal J est complètement sécant. C’est le cas par exemple si B est un A-module fidèlement plat.
Remarquons d’abord que, puisque le A-module B est plat, s’identifie à et à pour tout entier . L’assertion a) résulte alors du critère (iii). Sous les hypothèses de b), le A/J-module B/JB est fidèlement plat (I, § 2, n° 7, cor. 2 de la prop. 8 et § 3, n° 5, prop. 9) et J est complètement sécant d’après le critère (iv), compte tenu de I, § 3, n° 1, prop. 2 et n° 6, prop. 12. La dernière assertion résulte de la prop. 8 de I, § 3, n° 5.
Corollaire 3
Soient un anneau noethérien et un idéal complètement sécant de . Si est un anneau de Macaulay (resp. de Gorenstein), il en est de même de .
Soit en effet un idéal maximal de contenant . L’idéal de est engendré par une suite -régulière ; donc est un anneau de Macaulay (resp. de Gorenstein) d’après l’exemple 6 du § 2, n° 5 (resp. l’exemple 2 du § 3, n° 9).
Remarque 2
On dit qu’un anneau noethérien est un anneau d’intersection complète si, pour tout idéal maximal de , l’anneau local complet est isomorphe au quotient d’un anneau noethérien local complet régulier par un idéal complètement sécant. Il résulte du cor. 3 ci-dessus et du cor. 2 de la prop. 12 du § 3, n° 8 qu’un tel anneau est un anneau de Gorenstein.
3. Idéaux complètement sécants et anneaux réguliers
Proposition 2
Soit un anneau noethérien. Les conditions suivantes sont équivalentes :
(i) est régulier ; (ii) tout idéal maximal de est complètement sécant ; (iii) tout idéal de tel que soit régulier est complètement sécant.
(i) (iii) : supposons l’anneau régulier ; soit un idéal de tel que soit régulier et soit un idéal premier de contenant . Alors les anneaux locaux et sont réguliers, donc est engendré par une suite complètement sécante pour (VIII, § 5, n° 3, cor. 2 et prop. 2), ce qui signifie que est complètement sécant en .
(iii) (ii) : c’est clair puisqu’un corps est un anneau régulier.
(ii) (i) : soit un idéal maximal de ; sous l’hypothèse (ii), l’idéal maximal de est engendré par une suite complètement sécante pour , donc est régulier (VIII, § 5, n° 2, th. 1). Par conséquent est régulier.
Proposition 3
Soient un anneau noethérien et un idéal de tel que soit régulier. Les conditions suivantes sont équivalentes :
(i) l’idéal est complètement sécant ; (ii) pour tout idéal premier (resp. maximal) de contenant , l’anneau est régulier ; (iii) l’anneau séparé complété de pour la topologie -adique est régulier.
D’après le th. 1, la condition (i) signifie que pour tout idéal premier (resp. maximal) de contenant , l’idéal de l’anneau local est engendré par une suite complètement sécante pour . Puisque est régulier par hypothèse, cette dernière condition équivaut à ce que soit régulier (VIII, § 5, n° 3, prop. 2 et son cor. 2) ; cela prouve l’équivalence de (i) et (ii). L’équivalence de (ii) et (iii) résulte du § 4, n° 2, cor. 3 de la prop. 4.
Proposition 4
Soient un anneau régulier, un idéal de et un sous-anneau de tel que l’homomorphisme canonique soit bijectif.
a) L’idéal est complètement sécant, le -module est projectif de type fini, et l’anneau est régulier.
b) Soit une section -linéaire de la surjection canonique . L’homomorphisme de -algèbres prolongeant s’étend en un isomorphisme du complété de l’anneau gradué sur le séparé complété de pour la topologie -adique.
a) Soit un idéal premier de contenant . On a et par suite , donc . Notons l’injection canonique de dans . D’après ce qui précède l’application est injective, et il en est de même de . Le lemme de Nakayama implique que l’idéal de est engendré par une partie d’un système de coordonnées de l’anneau local régulier . D’après la prop. 2 de VIII, § 5, n° 3, l’anneau est régulier et l’idéal est complètement sécant. Ainsi est complètement sécant, l’anneau , isomorphe à , est régulier, et le -module est projectif de type fini d’après le th. 1 (n° 2).
b) Il résulte du th. 1 que l’homomorphisme canonique est bijectif. Soit l’homomorphisme de -algèbres prolongeant l’application -linéaire . Si l’on munit de la filtration -adique et de la filtration associée à sa graduation, s’identifie à l’homomorphisme déduit de par passage aux gradués associés. L’assertion b) résulte alors de III, § 2, n° 8, cor. 3 du th. 1.
4. Anneaux gradués réguliers
Soient un anneau et un -module gradué de type à degrés . Notons l’anneau ; il existe sur une unique graduation de type pour laquelle est de degré 0 et est un sous--module gradué de . Notons l’idéal de . Alors l’application canonique est un isomorphisme de -modules gradués (cf. A, III, p. 76, prop. 10).
Si le -module est gradué libre (A, II, p. 167, remarque 3) et si est une base de formée d’éléments homogènes, la -algèbre graduée est isomorphe à l’algèbre de polynômes , munie de la graduation pour laquelle chaque est homogène de degré . On appelle -algèbre graduée de polynômes toute -algèbre graduée de type , isomorphe à une -algèbre graduée de la forme précédente.
Lorsque l’anneau est régulier et que le -module est projectif de type fini, l’anneau est régulier (§ 4, n° 2, cor. 4 de la prop. 4). Inversement :
Théorème 2
Soit un anneau régulier, gradué de type . L’anneau formé des éléments de degré 0 dans est régulier ; il existe un -module projectif de type fini gradué à degrés tel que soit isomorphe comme -algèbre graduée à .
Notons le -module gradué . D’après la prop. 4 du n° 3, l’anneau est régulier et le -module est projectif et de type fini. Les composants homogènes de sont donc projectifs et il existe une section -linéaire , graduée de degré 0 , de la surjection canonique . Soit l’homomorphisme de -algèbres graduées qui prolonge . D’après la prop. 4, s’étend en un isomorphisme du séparé complété de pour la topologie -adique sur le séparé complété de pour la topologie -adique. Par conséquent, est injectif et son image est dense dans pour la topologie -adique. Mais puisque les topologies induites sur les composants homogènes de sont discrètes et que l’image de est un sous-module gradué, cela implique que est bijectif.
Corollaire 1
Soit B un anneau régulier, gradué à degrés positifs. Supposons que tout -module projectif de type fini soit libre.* a) L’anneau est intègre et régulier et la -algèbre est une -algèbre graduée de polynômes, de type fini. b) *Soit A un sous-anneau gradué de B tel que et que B soit un A-module de type fini. Les conditions suivantes sont équivalentes : (i) le A-module B est gradué libre ; (ii) le A-module B est plat ; (iii) A est une -algèbre graduée de polynômes, de type fini.
D’après le th. 2, l’anneau est régulier, donc produit d’anneaux réguliers intègres (, n° 2, exemple 2). Pour tout élément idempotent de , le -module est projectif, donc libre, ce qui entraîne ou ; ainsi est intègre. L’assertion a) résulte alors du théorème 2 et de ce qu’un -module gradué et projectif de type fini est gradué libre.
Démontrons b).
(i) (ii) : les -modules gradués plats et de type fini sont gradués libres (II, , n° 2, cor. 2 du th. 1). L’équivalence de (i) et (ii) résulte donc de A, X, p. 144, prop. 8.
(ii) (iii) : puisque est entier sur et est une -algèbre de type fini, est une -algèbre de type fini (V, , n° 9, lemme 5), donc un anneau noethérien. L’équivalence de (ii) et (iii) résulte alors du cor. de la prop. 8 du , n° 5 et de a) appliqué à .
Corollaire 2
Soient k un corps, B une k-algèbre graduée de polynômes, de type fini, et A une sous-algèbre graduée de B. Les conditions suivantes sont équivalentes : (i) B est un -module gradué libre ; (ii) B est un A-module plat ; (iii) on a ; (iv) l’algèbre A est une k-algèbre graduée de polynômes de type fini, et toute suite génératrice algébriquement libre de A formée d’éléments homogènes est B-régulière.
Les implications (i) (ii) et (ii) (iii) sont claires, et l’implication (iii) (i) résulte de A, X, p. 144, prop. 8, a).
(i) ⇒ (iv) : puisque l’anneau B est régulier et fidèlement plat sur A, l’anneau A est noethérien d’après la prop. 11 de I, , n° 6 et régulier d’après la prop. 8 du § 4, n° 5, donc est une k-algèbre graduée de polynômes (cor. 1, a)). Toute suite génératrice algébriquement libre de A est A-régulière (A, X, p. 158, exemple), donc B-régulière puisque B est plat sur A
(iv) ⇒ (iii) : supposons la condition (iv) satisfaite, et soit x une suite génératrice algébriquement libre de A formée d’éléments homogènes. La suite x, étant A-régulière, est complètement sécante pour A (A, X, p. 157, prop. 5), de sorte que le A-module Tor_1^A(k, B) est isomorphe à H_1(x, B) (A, X, p. 159, remarque 3) ; mais ce dernier est nul, puisque la suite x est B-régulière.
Les corollaires 1 et 2 impliquent le lemme 5 de LIE, V, § 5, n° 5.
5. Suites régulières et extension des scalaires
Proposition 5
Soient ρ : A → B un homomorphisme local d’anneaux locaux noethériens, N un B-module de type fini, x = (x_1, ..., x_r) une suite d’éléments de m_B et u : A[T_1, ..., T_r] → B l’unique homomorphisme de A-algèbres tel que u(T_i) = x_i pour i = 1, ..., r. Les conditions suivantes sont équivalentes :
(i) l’homomorphisme u fait de N un A[T_1, ..., T_r]-module plat ; (ii) le A-module N est plat et, pour tout A-module M, la suite x est M ⊗_A N-régulière ; (iii) le A-module N est plat et la suite x est κ_A ⊗_A N-régulière ; (iv) le A-module N/(x_1N + ... + x_rN) est plat et la suite x est N-régulière.
(i) ⇒ (ii) : posons T = (T_1, ..., T_r). Supposons que le A[T]-module N soit plat. Puisque A[T] est plat sur A, le A-module N est plat (I, § 2, n° 7, cor. 3 de la prop. 8). Soit M un A-module. La suite T est évidemment M[T]-régulière, donc M[T] ⊗_{A[T]} N-régulière, puisque N est plat sur A[T]. Or le A[T]-module M[T] ⊗_{A[T]} N s’identifie à M ⊗_A N, l’homothétie de rapport T_i correspondant à l’endomorphisme 1_M ⊗ (x_i)_N. La condition (ii) est donc satisfaite.
(ii) ⇒ (iii) : c’est trivial.
(iii) ⇒ (iv) : cela résulte de la prop. 10 du § 1, n° 6.
(iv) ⇒ (i) : notons t l’idéal de A[T] engendré par T. Le (A[T]/t)-module N/tN est plat par hypothèse et N est idéalement séparé pour t (III, § 5, n° 4, prop. 2). Pour démontrer que N est plat sur A[T], il suffit de prouver, vu le th. 1 de loc. cit., n° 2, que le A-module Tor_1^{A[T]}(A[T]/t, N) est nul. Mais puisque la suite T est A[T]-régulière, ce module est isomorphe à H_1(T, N) (A, X, p. 159, remarque 3), qui est nul puisque la suite T est N-régulière (loc. cit., p. 157, prop. 5).
Corollaire
Soient k un corps, Λ une k-algèbre locale noethérienne, x = (x_1, ..., x_r) une suite d’éléments de m_A et M un Λ-module de type fini. Soient Ā et Ĝ les complétés de A et M pour leur topologie (x_1Ā + ... + x_rĀ)-adique ; notons u : k[T_1, ..., T_r] → Ā l’unique homomorphisme de k-algèbres tel que u(T_i) = x_i pour i = 1, ..., r, et ū : k[[T_1, ..., T_r]] → Ā l’unique homomorphisme continu qui le prolonge. Les conditions suivantes sont équivalentes :
(i) la suite est -régulière ; (ii) l’homomorphisme fait de un -module plat ; (iii) l’homomorphisme fait de un -module plat. L’équivalence de (i) et (ii) résulte de l’équivalence des conditions (i) et (iv) de la prop. 5 ; l’équivalence de (ii) et (iii) résulte de III, § 5, n° 4, prop. 4.
Ces résultats permettent de caractériser les modules macaulayens dans deux cas importants. Notons un anneau local noethérien, un -module de type fini. Il est équivalent de dire que le -module est macaulayen ou que le -module est macaulayen (§ 2, n° 7, cor. 4 de la prop. 8). Nous supposerons désormais que l’anneau local noethérien est complet.
1) Supposons d’abord que possède un sous-corps ; il admet alors un corps de représentants (IX, § 3, n° 3, th. 1). Soit une suite sécante maximale pour ; notons l’unique homomorphisme continu tel que pour . D’après le lemme 4 b) de IX, § 2, n° 5 et la remarque 1 de VIII, § 3, n° 2, est un -module de type fini et par suite est un -module de type fini. Cela étant, les conditions suivantes sont équivalentes : (i) le -module est libre ; (ii) le -module est macaulayen.
En effet, il est équivalent de dire que est un -module macaulayen ou que la suite est -régulière (§ 2, n° 3, th. 1). D’après le cor. ci-dessus, cette dernière condition signifie que le -module est plat, ou encore qu’il est libre puisqu’il est de type fini.
2) Supposons que le corps résiduel de soit de caractéristique et que l’on ait . Soit une suite sécante maximale pour , de sorte que est une suite sécante maximale pour . Soit un -anneau de longueur , de corps résiduel (IX, § 2, n° 3, prop. 5). Il existe un homomorphisme de dans qui induit l’identité sur les corps résiduels ; soit l’unique homomorphisme prolongeant et appliquant sur pour tout . Il résulte comme précédemment de loc. cit., n° 5, lemme 4 que fait de un -module de type fini. Les conditions suivantes sont équivalentes : (i) le -module est libre ; (ii) le -module est macaulayen.
En effet la condition (ii) équivaut à dire que la suite est -régulière et que l’homothétie de rapport dans est injective (§ 2, n° 3, th. 1). Or cette dernière condition signifie que le -module est sans torsion, donc plat (, X, p. 9, exemple 7). Ainsi, compte tenu de la prop. 5, (iv) (i), la condition (ii) équivaut au fait que le -module est plat, ou encore (III, § 5, n° 4, prop. 4) que le -module est plat, c’est-à-dire libre puisqu’il est de type fini.
6. Idéaux complètement sécants et extension des scalaires
Proposition 6
Soient un homomorphisme d’anneaux noethériens et un idéal de . Les conditions suivantes sont équivalentes :
(i) le -module est plat et l’idéal est complètement sécant ;
(ii) pour tout , le -module est plat et, pour toute -algèbre telle que l’anneau soit noethérien, l’idéal de est complètement sécant ;
(iii) pour tout idéal maximal de contenant , le -module est plat et l’idéal de est complètement sécant.
D’après le th. 1 du n° 2, la condition (i) équivaut à la condition (i') (resp. (i'')) suivante :
(i') (resp. (i'')) pour tout idéal premier (resp. maximal) de contenant , le -module est plat et l’idéal de est engendré par une suite -régulière.
(i') (ii) : supposons (i') vérifiée. Soit une -algèbre telle que l’anneau soit noethérien. Soit un idéal premier de contenant ; posons . Puisque s’identifie à , il résulte de l’implication (iv) (ii) de la prop. 5 (n° 5) que l’idéal de est engendré par une suite -régulière et que est plat sur , donc sur . Par ailleurs, pour tout idéal premier de contenant , l’image réciproque de dans contient et s’identifie à un anneau de fractions de . Ainsi est un idéal complètement sécant de et est un idéal complètement sécant de .
(ii) (iii) : c’est trivial.
(iii) (i'') : supposons (iii) vérifiée. Soit un idéal maximal de contenant ; posons . Soit une suite d’éléments de dont les images dans forment une base de ce -espace vectoriel. La suite engendre ; d’après la prop. 1 du n° 1, elle est -régulière. Comme le -module est plat par hypothèse, il résulte de l’implication (iii) (iv) de la prop. 5 que la condition (i'') est satisfaite.
Remarque 1
Supposons que les conditions équivalentes de la prop. 6 soient satisfaites. Comme est plat sur , pour toute -algèbre , la suite canonique de -modules
Exercices
See the exercises for § 5.