§ 7. Algèbres lisses
1. Dérivations et relèvements d’homomorphismes
Soient un anneau, une -algèbre et un idéal de de carré nul. Notons l’homomorphisme canonique ; puisque , la structure de -module de provient d’une structure de -module.
Soient une -algèbre et un homomorphisme de -algèbres. Munissons de la structure de -module déduite de . On appelle relèvement de (à ) tout homomorphisme de -algèbres tel que . Soient un tel relèvement, et une application de dans ; notons l’application de dans .
Proposition 1
Si admet un relèvement, l’application définit une opération simplement transitive du groupe des -dérivations de dans sur l’ensemble des relèvements de .
Soit un relèvement de . L’application induit une bijection de l’ensemble des applications de dans sur l’ensemble des applications telles que . Fixons , et posons . Pour que soit un homomorphisme de -algèbres, il faut et il suffit que soit une -dérivation de dans : en effet, pour dans et dans , on a les relations
la dernière égalité résultant du fait que est de carré nul. La proposition en résulte.
Exemple
Soient une -algèbre, un -module. Munissons le -module de la structure de -algèbre définie par (cf. A, III, p. 127), de sorte que est un idéal de carré nul de . Soit un homomorphisme de -algèbres. Alors les relèvements de à sont les applications , où parcourt l’ensemble des -dérivations de dans (cf. loc. cit., prop. 12).
Soit le module des -différentielles de l’anneau , et soit la -dérivation universelle (A, III, p. 133 et 134) ; rappelons (loc. cit.) que pour tout -module , l’application est un isomorphisme -linéaire de sur le -module des -dérivations de dans .
Soit J un idéal de A. D’après A, III, p. 137, on a une suite exacte d’applications A/J-linéaires
où est l’homomorphisme déduit par passage aux quotients de la restriction de à J.
Notons et les surjections canoniques. Soit une application -linéaire ; on lui associe une application -linéaire en posant . Si est une rétraction de , s’annule sur J, donc induit par passage au quotient une application -linéaire . D’autre part, étant donnée une application -linéaire , notons l’application .
Proposition 2
Munissons le -module de la structure de -algèbre définie dans l’exemple ci-dessus. Les applications et induisent des bijections entre les ensembles suivants :
(i) l’ensemble des rétractions -linéaires de ; (ii) l’ensemble des homomorphismes de -algèbres tels que ; (iii) l’ensemble des isomorphismes de -algèbres tels que et pour .
Appliquons la prop. 1 avec et . Soit la surjection canonique ; l’homomorphisme est un relèvement de à . Le A-module s’identifie à ; d’après la prop. 1, l’application est une bijection de cet ensemble sur l’ensemble des relèvements de à . Pour , on a ; pour que s’annule sur J, il faut et il suffit que soit l’application identique de . Cela prouve que l’application induit une bijection entre les deux premiers ensembles décrits dans l’énoncé.
L’application est une bijection de l’ensemble des homomorphismes -linéaires de dans sur l’ensemble des homomorphismes -linéaires tels que pour ; de plus pour qu’on ait il faut et il suffit qu’on ait , c’est-à-dire pour tout . Supposons ces conditions vérifiées. Pour que soit un homomorphisme d’anneaux, il faut et il suffit qu’il en soit ainsi de ; de plus, l’homomorphisme est bijectif : l’application réciproque associe à un élément de le couple . Cela prouve que l’application induit une bijection entre les deux derniers ensembles décrits dans l’énoncé.
2. Algèbres formellement lisses
Soient un anneau et une -algèbre linéairement topologisée (III, § 4, n° 2, déf. 1).
Définition 1
On dit que est formellement lisse sur , ou est une -algèbre formellement lisse, si elle satisfait à la condition suivante : quels que soient la -algèbre et l’idéal de carré nul de , tout homomorphisme continu de dans la -algèbre , munie de la topologie discrète, se relève en un homomorphisme continu de dans la -algèbre , munie de la topologie discrète.
Rappelons qu’un homomorphisme de dans une -algèbre munie de la topologie discrète est continu si et seulement si son noyau est ouvert.
Soient un anneau, une -algèbre et un idéal de . Munissons de la topologie -adique. Soient une -algèbre, un idéal de carré nul de ; munissons et de la topologie discrète. Soit un homomorphisme continu d’algèbres. Tout relèvement de est continu : en effet il existe un entier tel que soit nul, et l’on a , d’où . Il en résulte notamment que, si est formellement lisse pour la topologie -adique, elle est aussi formellement lisse pour la topologie -adique pour tout idéal contenant .
Nous dirons qu’une -algèbre est formellement lisse si elle est formellement lisse lorsqu’on la munit de la topologie discrète, c’est-à-dire de la topologie -adique ; elle est alors formellement lisse pour la topologie -adique quel que soit l’idéal de .
Remarque 1
Soient un anneau, une -algèbre et un idéal de . Si la -algèbre est formellement lisse (pour la topologie discrète), l’application identique de admet un relèvement à ; par conséquent les ensembles décrits dans la prop. 2 sont non vides. En particulier, la suite
est exacte et scindée.
Remarque 2
Soient un anneau, une -algèbre linéairement topologisée formellement lisse, un -module dont l’annulateur est ouvert dans . Alors toute dérivation de dans se prolonge en une dérivation de dans . En effet, posons ; l’application définit un homomorphisme d’anneaux de dans (n° 1, exemple), c’est-à-dire une structure de -algèbre sur . La surjection canonique est continue, donc admet un relèvement ; d’après loc. cit., est une dérivation de dans qui prolonge .
Proposition 3
Soit un anneau.
a) Soient et des -algèbres linéairement topologisées et un homomorphisme continu de -algèbres. Si est formellement lisse sur et formellement lisse sur , alors est formellement lisse sur .
b) La -algèbre produit d’une famille finie de -algèbres linéairement topologisées formellement lisses est formellement lisse.
c) Soient une -algèbre linéairement topologisée, et l’algèbre séparée complétée de ; pour que soit formellement lisse sur , il faut et il suffit qu’il en soit ainsi de .
Soient C une -algèbre, N un idéal de carré nul de C, et la surjection canonique. Munissons C et C/N de la topologie discrète.
a) Soit un homomorphisme continu de -algèbres. Puisque A est formellement lisse sur , il existe un homomorphisme continu de -algèbres tel que .
Considérons C et C/N comme des A-algèbres à l’aide de , de sorte que est un homomorphisme de A-algèbres ; puisque B est formellement lisse sur A, il existe un homomorphisme continu de A-algèbres tel que , d’où a).
b) Il suffit de prouver que le produit de deux -algèbres formellement lisses et est formellement lisse. Soit un homomorphisme continu de -algèbres. Posons , , de sorte que et sont des idempotents orthogonaux dans C/N. Notons et les applications définies par et ; ce sont des homomorphismes continus de -algèbres, et l’on a pour tout . Il existe un élément idempotent de C tel que (A, VIII, § 9, n° 4, prop. 7) ; posons , de sorte que . Pour , l’homomorphisme induit par est surjectif, de noyau ; puisque la -algèbre est formellement lisse, l’homomorphisme admet un relèvement continu à . L’application est un relèvement continu de à C.
c) Notons l’homomorphisme canonique. Pour tout anneau D, muni de la topologie discrète, l’application qui associe à un homomorphisme continu l’homomorphisme continu est bijective. L’assertion c) en résulte.
L’assertion c) de la proposition s’applique en particulier lorsque la topologie de est la topologie J-adique, où J est un idéal de type fini ; l’adhérence de J dans est alors égale à et la topologie de est la topologie -adique (III, § 2, n° 12, cor. 2 de la prop. 16). Par conséquent, il est équivalent de dire que A est formellement lisse pour la topologie J-adique ou que son séparé complété est formellement lisse pour la topologie J-adique.
Proposition 4
Soient k un anneau, A et B des -algèbres, J un idéal de A, K un idéal de B.
a) Soient S une partie multiplicative de A et T une partie de k dont l’image dans A est contenue dans S. Si A est formellement lisse sur k pour la topologie J-adique, S est formellement lisse sur pour la topologie -adique.
b) Soit une -algèbre. Si est formellement lisse sur pour la topologie -adique, la -algèbre est formellement lisse sur pour la topologie -adique.
c) Désignons par l’idéal de engendré par les images de et . Si et sont formellement lisses sur pour les topologies -adique et -adique respectivement, la -algèbre est formellement lisse pour la topologie -adique.
a) Sous les hypothèses de a), soient une -algèbre, un idéal de carré nul de ; munissons et de la topologie discrète et notons la surjection canonique. Soit un homomorphisme de -algèbres, continu pour la topologie -adique. Notons l’homomorphisme canonique de dans . L’application est un homomorphisme de -algèbres, continu pour la topologie -adique, donc admet un relèvement . Les éléments de sont inversibles modulo , donc inversibles puisque est de carré nul. Par suite il existe un homomorphisme d’anneaux tel que (II, § 2, n° 1, prop. 1); d’après le cor. 3 de la prop. 2 de loc. cit., est -linéaire. On a , d’où (loc. cit., prop. 1), de sorte que est un relèvement de .
b) Plaçons-nous sous les hypothèses de b). Soient une -algèbre, un idéal de carré nul de ; munissons et de la topologie discrète. Soit un homomorphisme de -algèbres, continu pour la topologie -adique. Notons l’homomorphisme canonique. L’application est un homomorphisme de -algèbres de dans , continu pour la topologie -adique; si est formellement lisse sur pour la topologie -adique, admet un relèvement . L’homomorphisme de -algèbres déduit de est un relèvement de .
c) Plaçons-nous sous les hypothèses de c). La -algèbre est formellement lisse pour la topologie -adique d’après b), donc pour la topologie -adique; de plus l’homomorphisme canonique est continu lorsqu’on munit de la topologie -adique et de la topologie -adique. L’assertion c) résulte donc de la prop. 3, a).
3. Exemples d’algèbres formellement lisses
Soit un anneau.
1) Soit un -module projectif. La -algèbre symétrique est formellement lisse pour la topologie discrète, et pour celle qui est définie par sa graduation. En effet, pour toute -algèbre et tout idéal de , les homomorphismes d’algèbres de dans (resp. ) sont en correspondance bijective avec les applications -linéaires de dans (resp. ), et l’application canonique est surjective.
Par conséquent (prop. 3, c)), la -algèbre est formellement lisse (pour la topologie produit des topologies discrètes sur les ) : en effet c’est la complétée de la -algèbre pour la topologie définie par la graduation.
2) Pour toute famille d’indéterminées , la -algèbre de polynômes , et la -algèbre de séries formelles munie de sa topologie canonique, sont formellement lisses ; cela résulte de l’exemple 1. Si est un corps, l’extension pure est formellement lisse (n° 2, prop. 4 a)).
3) Soit un polynôme en une indéterminée. Dire que la -algèbre est formellement lisse, c’est dire que la propriété suivante est satisfaite : pour toute -algèbre et tout idéal de carré nul de , toute racine de dans se relève en une racine de dans . Il en est ainsi lorsque et sa dérivée engendrent l’idéal unité. En effet, soit une racine de dans et soit un élément de relevant . Alors appartient à et par conséquent est inversible dans ; l’élément relève . Puisque est de carré nul, on a
Théorème 1 (I. S. Cohen). Soient un corps et une extension séparable de . Alors est une -algèbre formellement lisse.
Soient une -algèbre, un idéal de carré nul de , l’homomorphisme canonique et un homomorphisme de -algèbres. Il s’agit de construire un relèvement de . Distinguons deux cas.
A) Supposons d’abord de caractéristique 0. Considérons les couples , où est une sous-extension de et un relèvement de la restriction de à . L’ensemble de ces couples, muni de l’ordre défini par la relation de prolongement, est inductif ; d’après le théorème de Zorn (E, III, p. 20, th. 2), il existe un couple maximal. Prouvons que est égal à . Soit . Si est transcendant sur , la -algèbre est formellement lisse (exemple 2). Si est algébrique sur , son polynôme minimal est étranger à sa dérivée (A, V, p. 37, prop. 4), et s’identifie à la -algèbre , donc est une -algèbre formellement lisse (exemple 3). Dans les deux cas, est formellement lisse sur , et il existe un prolongement de à qui relève la restriction de à , ce qui contredit le caractère maximal de .
B) Supposons de caractéristique . Considérons l’homomorphisme d’anneaux tel que ; on a pour , de sorte qu’il existe un unique homomorphisme d’anneaux tel que . On a ; puisque est surjectif, on a donc pour tout élément de . Par ailleurs, notons l’isomorphisme et l’isomorphisme réciproque. Soit le composé de la suite d’homomorphismes d’anneaux
Pour tout , on a . Puisque pour et , l’application est -linéaire. Puisque l’extension de est séparable, s’identifie à (A, V, p. 119, remarque) ; il existe par conséquent un unique homomorphisme de -algèbres qui coïncide avec dans .
Soit une -base de sur (A, V, p. 98, théorème 2) ; pour tout , choisissons un élément de tel que . On a pour tout . D’après A, V, p. 94, remarque, il existe un homomorphisme de -algèbres , prolongeant et tel que pour tout . On a pour tout et pour tout . On a donc , ce qui achève la démonstration.
Corollaire
Soient un corps, une extension séparable de et une -algèbre linéairement topologisée. Si est formellement lisse sur , elle est formellement lisse sur .
Cela résulte du théorème et de la prop. 3 a) du n° 2.
Remarque 1
Soit un corps. Toute -algèbre étale (A, V, p. 28, déf. 1) est formellement lisse (loc. cit., p. 34, th. 4, d) et n° 2, prop. 3, b)).
Remarque 2
Nous verrons ci-dessous (cor. 2 du th. 2 du n° 5) qu’une extension de corps qui est formellement lisse est absolument régulière, donc séparable (§ 6, n° 4, exemple 2).
4. Relèvements d’homomorphismes dans les algèbres filtrées complètes
Soient un anneau, une -algèbre, une filtration décroissante de , compatible avec la structure de -algèbre et telle que (III, § 2, n° 1). Supposons séparée et complète pour la topologie définie par cette filtration, de sorte que l’application canonique est un homéomorphisme (loc. cit., n° 6). Soit un entier ; notons la surjection canonique.
Proposition 5
Soit une -algèbre linéairement topologisée formellement lisse. Tout homomorphisme continu de -algèbres admet un relèvement continu à .
Pour tout entier , notons la surjection canonique. Puisque s’identifie à la limite projective des , il revient au même de se donner un relèvement continu de à ou une famille d’homomorphismes continus de -algèbres , satisfaisant à . Cela nous ramène, par récurrence sur , à prouver l’énoncé lorsque . L’idéal est alors de carré nul (car ), d’où la proposition puisque est formellement lisse.
Exemple
Soient une -algèbre et un idéal nilpotent de . La proposition s’applique à l’algèbre munie de la filtration -adique. Si est une -algèbre linéairement topologisée formellement lisse, on obtient que tout homomorphisme continu de dans la -algèbre , munie de la topologie discrète, se relève en un homomorphisme continu de dans la -algèbre , munie de la topologie discrète.
5. Quotients formellement lisses d’algèbres
Théorème 2
Soient k un anneau, A une k-algèbre et J un idéal de A tel que la k-algèbre A/J soit formellement lisse. Munissons A de la topologie J-adique. Les conditions suivantes sont équivalentes :
(i) la k-algèbre topologique A est formellement lisse ; (ii) le -module est projectif et l’homomorphisme canonique ( 5, n° 2)
Si A est noethérien, ces conditions équivalent aussi à :
(iv) l’idéal J est complètement sécant.
Observons d’abord que (iii) implique (i) : en effet, sous les hypothèses de (iii), l’algèbre , munie de la topologie associée à sa graduation, est formellement lisse sur (n° 3, exemple 1), donc sur k (n° 2, prop. 3, a)) ; l’assertion (i) résulte alors de la prop. 3, c) du n° 2.
Notons l’algèbre séparée complétée de A et le séparé complété de J. L’homomorphisme canonique induit un isomorphisme (III, § 2, n° 12, formule (21)). Soit un relèvement de cet isomorphisme (n° 4, prop. 5). Notons la surjection déduite de l’isomorphisme canonique (III, § 2, n° 12, formule (21)). Soient un élément de A, sa classe dans , et un élément de ; on a , d’où et . En d’autres termes, est A/J-linéaire lorsqu’on munit de la structure de A/J-module déduite de .
Supposons que l’homomorphisme admette une section A/J-linéaire . Notons S la k-algèbre graduée et sa complétée. Soit
Prouvons maintenant l’implication (ii) (iii). Sous l’hypothèse (ii), le A/J-module est projectif, donc admet une section A/J-linéaire ; l’homomorphisme associé à cette section par la construction précédente induit par hypothèse un isomorphisme sur les gradués associés, donc est bijectif (III, , n° 8, cor. 3 du th. 1), ce qui prouve (iii)
Prouvons (i) ⇒ (ii). Supposons la k-algèbre topologique A formellement lisse. Prouvons d’abord que le A/J-module J/J^2 est projectif. Soient M un Λ/J-module et f : M → J/J^2 une application A/J-linéaire surjective ; il s’agit de démontrer que f admet une section Λ/J-linéaire.
Notons π : A/J^2 → A/J la surjection canonique. D’après la remarque 1 du n° 2, il existe un isomorphisme de k-algèbres ψ : A/J ⊕ J/J^2 → A/J^2 tel que π(ψ(y, z)) = y et ψ(0, z) = z pour y ∈ A/J, z ∈ J/J^2. Considérons la k-algèbre (A/J) ⊕ M (n° 1, exemple) et l’application u : (A/J) ⊕ M → A/J^2 telle que u(x, m) = ψ(x, f(m)). C’est un homomorphisme surjectif de k-algèbres, dont le noyau est le sous-module Ker f de M, donc est de carré nul. La surjection canonique ρ : A → A/J^2 est continue ; comme la k-algèbre topologique A est formellement lisse, il existe un homomorphisme de k-algèbres ŝ : A → (A/J)⊕M tel que u◦ŝ = ρ. Comme pr_1 = π◦ψ = π◦u, on a pr_1◦ŝ = π◦u◦ŝ = π◦ρ, de sorte que pr_1◦ŝ est la surjection canonique de A sur A/J. On a donc ŝ(J) ⊂ M et par conséquent ŝ(J^2) = 0, de sorte que ŝ induit une application A/J-linéaire s : J/J^2 → M. On a u◦ŝ = ρ et pr_2◦ψ^{-1}◦u(y, m) = f(m) pour y ∈ A/J et m ∈ M. Soient x ∈ J, et ū sa classe dans J/J^2 ; on a f(s(ū)) = f(pr_2(ŝ(x))) = pr_2(ψ^{-1}(ū)) = ū. Ainsi s est une section de f.
Il reste à prouver que l’homomorphisme β est injectif. Puisque le A/J-module J/J^2 est projectif, λ admet une section A/J-linéaire ; notons θ : S → Ā l’homomorphisme associé. L’homomorphisme gr(θ) s’identifie à β. Soit m un entier ; notons Σ_m la k-algèbre graduée quotient de S par l’idéal et l’homomorphisme déduit de θ. Le composé de θ_m avec la surjection canonique A/J^{m+1} → A/J est la projection canonique de Σ_m sur S^0 = A/J ; par suite le noyau de θ_m est un idéal nilpotent. D’après l’exemple du n° 4, il existe un relèvement ψ_m : A → Σ_m de la surjection canonique A → A/J^{m+1}. Comme le composé de ψ_m avec la projection canonique de Σ_m sur A/J est la surjection canonique, ψ_m(J) est formé d’éléments de degré > 0. Par passage aux gradués associés, on déduit de ψ_m une application k-linéaire graduée gr(ψ_m) : gr_J(A) → Σ_m telle que gr_m(θ)◦gr_m(ψ_m) = Id_{J^m/J^{m+1}}. Il en résulte que gr_m(θ), donc aussi β_m, est injectif, ce qui achève de prouver (ii).
Enfin, lorsque A est noethérien, les conditions (ii) et (iv) sont équivalentes (§ 5, n° 2, th. 1).
Corollaire 1
Soient k un corps et A une k-algèbre locale noethérienne telle que l’extension κ_A de k soit séparable. Les conditions suivantes sont équivalentes :
(i) la k-algèbre A est formellement lisse pour la topologie m_A-adique ; (ii) l’anneau A est régulier ; (iii) la k-algèbre Λ est absolument régulière (§ 6, n° 4, déf. 1) ; (iv) la k-algèbre Ā est isomorphe à κ_A[[T_1, ..., T_n]], avec n = dim A.
Les conditions (ii) et (iii) sont équivalentes d’après l’exemple 3 du , n° 4, et reviennent à dire que l’idéal est complètement sécant (VIII, § 5, n° 2, th. 1). Par ailleurs, tout isomorphisme d’anneaux de sur est bicontinu, puisque ce sont des anneaux locaux. Comme la -algèbre est formellement lisse (n° 3, th. 1), le corollaire résulte du th. 2 appliqué avec
Corollaire 2
Soient un corps, une -algèbre noethérienne et un idéal de contenu dans le radical de . Supposons la -algèbre formellement lisse pour la topologie -adique. Elle est alors absolument régulière.
Soient en effet une extension finie de et la -algèbre ; il s’agit de prouver que, pour tout idéal maximal de , l’anneau local noethérien est régulier. Or on a : en effet, l’image réciproque de dans est un idéal maximal de (V, § 2, n° 1, prop. 1), donc contient . La -algèbre est formellement lisse pour la topologie -adique (n° 2, prop. 4, b)), et la -algèbre est formellement lisse pour la topologie -adique (n° 2, prop. 4, a)), donc aussi pour la topologie -adique. Soit le sous-corps premier de . Alors est formellement lisse sur pour la topologie -adique (cor. du th. 1 du n° 3); comme est séparable sur , l’anneau est régulier (cor. 1).
Corollaire 3
Soient un anneau et une -algèbre formellement lisse.
a) Le -module est projectif.
b) Supposons que l’anneau soit noethérien. Notons l’homomorphisme tel que ; alors l’idéal est complètement sécant.
Les -algèbres et sont formellement lisses (n° 2, prop. 4, c)), et est isomorphe au quotient de par le noyau de . On a par définition . Ainsi a) et b) résultent du th. 2.
6. Extension du corps de base dans les algèbres régulières (caractéristique non nulle)
Soient un anneau et un homomorphisme de -algèbres. On déduit de une application -linéaire , et par suite une application -linéaire (A, III, p. 135). Soient une famille d’indéterminées, et une famille d’éléments de ; pour tout polynôme de , notons l’élément de .
Lemme 1
Supposons que la -algèbre admette une famille génératrice , liée par des relateurs (). L’homomorphisme -linéaire
Considérons la suite de B-modules et d’applications B-linéaires
où est l’homomorphisme tel que ; il s’agit de démontrer que cette suite est exacte. D’après A, II, p. 36, th. 1, il suffit de prouver que, pour tout B-module M, la suite
est exacte. Compte tenu de la propriété universelle du module des différentielles (A, III, p. 134), cette suite s’identifie à
où et (conformément à A, V, p. 121, pour tout polynôme de , on note l’élément ). Or l’exactitude de cette suite résulte de loc. cit., prop. 1, compte tenu de ce qu’une dérivation est -linéaire si et seulement s’il en est ainsi de .
Soit A un anneau. Il existe une unique structure de -algèbre sur A ; on note simplement le A-module . Si est un homomorphisme d’anneaux, on a une suite exacte canonique de A-modules (A, III, p. 136, prop. 21)
Supposons que A contienne un sous-corps, et soit P le sous-corps premier de A ; alors est nul et l’homomorphisme canonique de A-modules est bijectif. Si en outre A est de caractéristique (ce qui signifie par définition que est un nombre premier, que et ), alors P s’identifie à . De plus, toute dérivation de A s’annule sur le sous-anneau ; pour tout sous-anneau de A contenu dans (et, en particulier, pour tout sous-corps parfait de A), l’application canonique est bijective.
Soient A un anneau de caractéristique et une suite finie d’éléments de A. Notons l’anneau quotient de l’anneau de polynômes par l’idéal engendré par les polynômes , pour .
Lemme 2
Supposons l’anneau A local et noethérien. Alors est local et noethérien. Les conditions suivantes sont équivalentes :
(i) est régulier ; (ii) A est régulier et les éléments du -espace vectoriel sont linéairement indépendants.
L’anneau est noethérien (III, , cor. 3 du th. 2). Le -module est libre, donc fidèlement plat ; si est régulier, alors est régulier (, n° 5, prop. 8 b)). Nous allons raisonner par récurrence sur , le lemme étant évident si
A) Traitons d’abord le cas , en posant , . Notons la classe de dans et distinguons deux cas, suivant que appartient ou non à . Si , alors le polynôme est irréductible dans (A, V, p. 24, lemme 1) et est isomorphe au corps . L’idéal de est donc maximal, de sorte que l’anneau est local (V, § 2, n° 1, prop. 1). Si est régulier, est régulier (VIII, § 5, n° 1, prop. 1). D’après A, V, p. 99, prop. 6, l’élément de n’est pas nul ; puisque c’est l’image par l’application canonique de , ce dernier n’est pas nul. Cela démontre le lemme dans ce cas.
Supposons maintenant que appartienne à . Il existe donc un élément de tel que . Posons . Puisque , la -algèbre est isomorphe à . D’après VIII, § 5, n° 4, prop. 4, l’anneau est local et, pour qu’il soit régulier, il faut et il suffit que soit régulier et que n’appartienne pas à . Or, puisque est formellement lisse sur le corps premier (n° 3, th. 1), l’application canonique
est injective (n° 2, remarque 1) ; mais l’image par de la classe de modulo est égale à . Cela démontre le lemme dans ce deuxième cas et achève la preuve du cas .
B) Supposons . L’anneau est local et noethérien d’après le cas déjà traité. La -algèbre s’identifie au quotient de par l’idéal engendré par les , ; d’après l’hypothèse de récurrence, c’est un anneau local et la condition (i) équivaut à la conjonction des deux suivantes :
(i') est régulier ; (ii') les éléments du -espace vectoriel sont linéairement indépendants.
Mais (i') équivaut, comme on vient de le voir, à (ii'') est régulier et l’élément du -espace vectoriel n’est pas nul.
D’après le lemme 1, l’homomorphisme canonique induit un isomorphisme de sur , et par suite un homomorphisme injectif de dans . Comme s’identifie à , l’assertion (ii'') équivaut donc à : (ii''') les éléments sont linéairement indépendants dans .
Mais la conjonction de (ii') et (ii'') équivaut à (ii), ce qui démontre le lemme.
Proposition 6
Soient un corps de caractéristique , une extension radicielle de , de degré fini et de hauteur , et une -algèbre locale régulière. Alors est un anneau local et les conditions suivantes sont équivalentes :
(i) l’anneau est régulier ; (ii) l’application -linéaire
déduite de l’injection canonique est injective.
Soit en effet une -base finie de sur (A, V, p. 98) ; pour tout , posons . La -algèbre s’identifie au quotient de par l’idéal engendré par les polynômes , donc la -algèbre au quotient de par l’idéal engendré par les polynômes .
Par ailleurs, est une -base de sur , et le -espace vectoriel admet pour base la famille des (A, V, p. 97, th. 1). La prop. 6 résulte alors du lemme 2.
7. Un critère pour les algèbres locales formellement lisses
Proposition 7
Soient un anneau, une -algèbre, une -algèbre, un idéal maximal de . On suppose que et sont formellement lisses sur . Pour que soit formellement lisse sur pour la topologie -adique, il faut et il suffit que les deux conditions suivantes soient réalisées :
(i) l’homomorphisme canonique est bijectif ; (ii) l’application -linéaire
déduite de l’application canonique est injective.
Notons et les -dérivations universelles.
Supposons d’abord formellement lisse sur pour la topologie -adique. Alors est formellement lisse sur pour la topologie -adique (n° 2, prop. 3, a)), ce qui équivaut à (i) (n° 5, th. 2). Par ailleurs, la -dérivation de dans peut s’étendre en une -dérivation de dans (n° 2, remarque 2). Il existe donc une application -linéaire telle que pour tout . L’application -linéaire déduite de est une rétraction de , ce qui démontre (ii).
Supposons inversement les conditions (i) et (ii) satisfaites. Alors est formellement lisse sur pour la topologie -adique (n° 5, th. 2) et le -module est projectif (n° 5, cor. 3 du th. 2). Fixons un entier et considérons l’application -linéaire
déduite de l’application canonique . Soit une famille d’éléments de tels que les forment une base du -espace vectoriel ; d’après (ii), les éléments sont linéairement indépendants dans . D’après II, § 3, n° 2, cor. 1 et 2 de la prop. 5, les forment une base d’un facteur direct du -module . Il existe donc une application -linéaire
Vérifions maintenant que est formellement lisse sur pour la topologie -adique. Soient une -algèbre, un idéal de carré nul de , et la surjection canonique ; munissons et de la topologie discrète. Soit un homomorphisme continu de -algèbres. Puisque est formellement lisse sur pour la topologie -adique, il existe un homomorphisme continu de -algèbres tel que . D’après la prop. 1 du n° 1, les homomorphismes de -algèbres tels que sont les applications , où parcourt . Il s’agit de choisir de façon que soit un homomorphisme de -algèbres. L’application est une -dérivation de dans (loc. cit.), donc peut s’écrire avec .
Choisissons un entier tel que le noyau de contienne . Le -module est annulé par et il suffit de prendre pour le composé de la suite d’homomorphismes
Remarque 1
Lorsque est noethérien, la condition (i) signifie que l’anneau local est régulier (VIII, § 5, n° 2, th. 1).
Proposition 8
Soient un corps et une -algèbre locale noethérienne. Les conditions suivantes sont équivalentes* :
(i) A est formellement lisse sur pour la topologie -adique ; (ii) A est régulière et l’application -linéaire
(ii) (i) : il suffit d’appliquer la prop. 7 et la remarque 1 ci-dessus, en prenant pour le sous-corps premier de ; en effet, et sont formellement lisses sur (n° 3, th. 1). (i) (iii) : cela résulte du cor. 2 du th. 2 (n° 5).
Si k est de caractéristique 0, il résulte du cor. 1 du th. 2 (n° 5) que (iv) implique (i), d’où la proposition dans ce cas. Supposons k de caractéristique et prouvons (iv) ⇒ (ii). Soit une extension radicielle de k, de degré fini et de hauteur . Si A et sont réguliers, l’application canonique est injective (n° 6, prop. 6). D’après le th. 1, b) de A, V, p. 97, appliqué à l’extension k de , le k-espace vectoriel , qui coïncide avec , est réunion filtrante croissante des sous-espaces où décrit l’ensemble des extensions finies radicielles de k de hauteur contenues dans une clôture algébrique fixée de k. L’assertion (ii) en résulte.
Remarque 2
Soient k un corps et A une k-algèbre telle que l’anneau soit régulier pour toute extension radicielle de k, de degré fini et de hauteur ; alors A est absolument régulière. En effet, soit une telle extension ; pour tout idéal maximal m de A, l’anneau s’identifie à un anneau de fractions de , donc est régulier. D’après la prop. 8 ci-dessus et la prop. 6 du § 6, n° 4, l’algèbre A est absolument régulière.
8. Existence de rétractions pour les applications linéaires
Proposition 9
Soient A un anneau, M un A-module de type fini, N un A-module projectif et une application A-linéaire.
a) Soit un idéal premier de A. Les conditions suivantes sont équivalentes :
(i) il existe et avec ; (ii) il existe avec ; (iii) l’application est injective; (iv) il existe un entier , des éléments de M et des formes linéaires sur N tels que les images des dans engendrent le -module et que l’on ait ;
Si la condition (iv) est vérifiée, on a et les éléments forment une base du -espace vectoriel .
b) L’ensemble U des idéaux premiers de A qui satisfont aux conditions de a) est un ouvert de Spec(A) et les conditions suivantes sont équivalentes :
(i) on a ; (ii) U contient tous les idéaux maximaux de A ; (iii) il existe avec ; (iv) u est injectif et Coker(u) est un A-module projectif.
Démontrons a).
(i) ⇒ (ii) ⇒ (iii) : ces implications sont claires.
(iii) ⇒ (iv) : posons et soit une suite d’éléments de M telle que les éléments forment une base du -espace vectoriel . Les images des dans engendrent le -module (lemme de Nakayama). Si la condition (iii) est satisfaite, les éléments du -espace vectoriel sont linéairement indépendants.
Il existe par ailleurs un A-module N', un ensemble I et un isomorphisme de A-modules , dont on déduit un isomorphisme de -espaces vectoriels
Supposons la condition (iv) satisfaite. Notons la matrice de coefficients . Soit g un élément de tel que les images des engendrent le -module (II, § 5, n° 1, prop. 2), et soit . Comme est inversible dans , les images des éléments dans sont linéairement indépendantes ; par suite les images des dans forment une base de ce -module. Cela prouve la dernière assertion de a). Démontrons maintenant (i). Notons l’application . On a
Démontrons b). Le fait que U soit ouvert résulte de la condition (i) de a).
(iii) (i) (ii) : c’est clair.
(iv) (iii) : sous les hypothèses de (iv), la suite est exacte et scindée, d’où (iii).
(ii) (iv) : introduisons comme ci-dessus un isomorphisme de A-modules . Notons l’application de M dans définie par . Il existe une partie finie J de I telle que l’image de soit contenue dans le sous-module de . Notons l’application déduite de . Sous l’hypothèse (ii), pour tout idéal maximal m de A, l’application -linéaire de dans admet une rétraction, et il en est donc de même de ; ainsi est injective et son image est facteur direct dans , de sorte que son conoyau est un -module projectif. Le A-module est de présentation finie par construction ; il est donc projectif (II, § 5, n° 2, th. 1). L’homomorphisme est injectif (II, § 3, n° 3, th. 1); par conséquent, est injectif. Le A-module est isomorphe, d’une part à , d’autre part à . Comme les A-modules , et sont projectifs, il en est de même de , ce qui achève de prouver (iv).
9. Le critère jacobien
Soient k un anneau, A une k-algèbre, J un idéal de A et l’application canonique. Pour chaque A/J-algèbre R, on note
l’application R-linéaire déduite de . Si la -algèbre est formellement lisse, possède une rétraction A-linéaire (n° 2, remarque 1) et possède une rétraction R-linéaire pour tout R.
Plus généralement :
Lemme 3
Soit K un idéal de A contenant J. Supposons qu’il existe un entier m tel que soit contenu dans JK (cette condition est satisfaite si A est noethérienne). Si est formellement lisse sur k pour la topologie K/J-adique, l’application possède une rétraction A-linéaire.
Notons C la -algèbre ; l’idéal N = de C est de carré nul et l’anneau quotient C/N s’identifie à . Munissons C et C/N de la topologie discrète, et A/J de la topologie K/J-adique. L’homomorphisme canonique est continu ; il possède donc un relèvement .
L’application de A dans N est alors une -dérivation (n° 1, prop. 1), donc s’écrit avec . Mais l’hypothèse implique , de sorte que l’application canonique est bijective ; il existe donc telle que, pour a dans A, on ait . Prenant a dans J, on voit que est égal à la classe de a dans J/JK. Puisque s’identifie à , est la rétraction cherchée.
Le fait que la condition sur K soit satisfaite lorsque l’algèbre A est noethérienne résulte de III, § 3, n° 1, cor. 2 de la prop. 1.
Lemme 4
Supposons que A soit formellement lisse sur k pour la topologie J-adique. Pour que soit formellement lisse sur k, il faut et il suffit que l’application canonique possède une rétraction A-linéaire.
On sait déjà que si est formellement lisse sur , l’application admet une rétraction A-linéaire (n° 2, remarque 1). Inversement, supposons que possède une rétraction A-linéaire. Soit la surjection canonique ; d’après la prop. 2 du n° 1, il existe un homomorphisme d’anneaux tel que . Soient C une -algèbre, N un idéal de C de carré nul, et la surjection canonique ; munissons C et C/N de la topologie discrète. Soit un homomorphisme continu de -algèbres. Puisque A est formellement lisse sur pour la topologie J-adique, il existe un homomorphisme de -algèbres rendant commutatif le diagramme
où les flèches verticales représentent les surjections canoniques. On a , donc , et définit par passage aux quotients un homomorphisme qui vérifie . Alors est un relèvement de à .
Théorème 3
Soient un anneau, une -algèbre formellement lisse et un idéal de type fini de ; posons .
a) Soit un idéal premier de et soit l’idéal (premier) de tel que . Les conditions suivantes sont équivalentes : (i) la -algèbre est formellement lisse ; (ii) il existe tel que la -algèbre soit formellement lisse ; (iii) l’application -linéaire
b) L’ensemble des idéaux premiers de qui satisfont aux conditions équivalentes de a) est ouvert dans . Pour que soit formellement lisse sur , il faut et il suffit que tout idéal premier (resp. maximal) de satisfasse à ces conditions.
c) Supposons noethérien. Les conditions de a) équivalent aussi à : (v) la -algèbre est formellement lisse pour la topologie -adique. De plus, sous les conditions de (iv), l’idéal est complètement sécant et la suite est complètement sécante pour .
Posons et . Le -module est de type fini, et le -module est projectif (n° 5, cor. 3 du th. 2). Pour toute partie multiplicative de , la -algèbre est formellement lisse (n° 2, prop. 4, a)). D’après le lemme 4, les conditions (i) et (ii) équivalent donc respectivement à (i') l’application possède une rétraction -linéaire ; (ii') il existe tel que l’application possède une rétraction -linéaire.
La prop. 9 du n° 8 appliquée à l’anneau et à l’homomorphisme implique l’équivalence des conditions (i'), (ii'') et (iii), et entraîne aussi les assertions de b) (en utilisant de nouveau le lemme 4). Par ailleurs (iii) équivaut à : (iii') l’application déduite de est injective, tandis que (iv) peut s’écrire : (iv') il existe un entier , des éléments de dont les images engendrent l’idéal de et des éléments de tels que .
Puisque le -module est projectif (n° 5, cor. 3 du th. 2), la prop. 9 du n° 8, appliquée à l’anneau et à l’homomorphisme , fournit l’équivalence de (iii') et (iv').
Supposons enfin l’anneau noethérien. Il est clair que (i) implique (v). Sous l’hypothèse (v), le lemme 3 entraîne que l’application
est injective, d’où (iii).
Sous les conditions de (iv), on a (n° 9, prop. 8). D’après le th. 2 du n° 5, l’idéal est complètement sécant, et la suite est complètement sécante pour (, n° 3, cor. 2 du th. 1). Cela démontre c).
Corollaire 1
Soient un anneau, une -algèbre noethérienne formellement lisse, et une -algèbre locale essentiellement de type fini. Si la -algèbre est formellement lisse pour la topologie -adique, elle est formellement lisse.
Il existe un entier , une partie multiplicative de et un -homomorphisme surjectif . L’algèbre est noethérienne et formellement lisse sur (n° 3, exemple 2 et n° 2, prop. 4, a)), donc sur (n° 2, prop. 3, a)). Le corollaire résulte alors du th. 3, c).
Corollaire 2
Soient un anneau, une -algèbre noethérienne formellement lisse, et une -algèbre essentiellement de type fini. L’ensemble des idéaux premiers de tels que la -algèbre soit formellement lisse (pour la topologie discrète ou la topologie -adique) est ouvert dans et les conditions suivantes sont équivalentes :
(i) on a ; (ii) contient tous les idéaux maximaux de ; (iii) la *-algèbre* est formellement lisse.
Cela résulte comme précédemment du th. 3.
Remarque 1
Les corollaires 1 et 2 s’appliquent notamment lorsque est un corps et que l’on est dans l’un des deux cas suivants : a) est une algèbre essentiellement de type fini sur une extension séparable de (th. 1 du n° 3) ; b) est une algèbre locale noethérienne complète dont le corps résiduel est une extension séparable de (on prend dans ce cas pour une algèbre de séries formelles sur dont est un quotient (n° 3 et IX, § 3, n° 3)). Dans chacun de ces cas, il résulte du cor. 2, compte tenu de la prop. 8 du n° 7 et de la prop. 6, b) du § 6, n° 4, que la -algèbre est formellement lisse si et seulement si elle est absolument régulière.
Corollaire 3 (Zariski). — Soient un corps, une -algèbre locale régulière, et un idéal de distinct de . On suppose que la -algèbre est essentiellement de type fini ou complète. Pour que l’anneau local soit régulier, il faut et il suffit qu’il existe un entier , des éléments de engendrant et des dérivations de telles que . Les éléments font alors partie d’un système de coordonnées de et l’idéal est premier.
Soit le sous-corps premier de . La -algèbre est absolument régulière (, n° 4, exemple 1), donc formellement lisse (remarque 1 ci-dessus). Pour les mêmes raisons, dire que est régulier équivaut à dire que c’est une -algèbre formellement lisse. La première assertion résulte donc du th. 3, qui implique aussi que la suite est complètement sécante pour . On applique alors la prop. 2 de VIII, , n° 3.
Remarque 2
Sous les hypothèses du cor. 3, le -module est projectif (n° 5, cor. 3 du th. 2), donc libre ; toute dérivation de dans se relève donc en une dérivation de . La condition de l’énoncé peut donc s’exprimer ainsi : il existe un système générateur de et des dérivations de dans , tels que .
Corollaire 4 (Zariski)
Soient un corps et une -algèbre essentiellement de type fini ou locale noethérienne complète. L’ensemble des idéaux premiers de tels que l’anneau local soit régulier est ouvert dans *.
Il suffit d’appliquer la remarque 1 en prenant pour le sous-corps premier de .
10. Algèbres lisses
Lemme 5
Soit un homomorphisme local d’anneaux locaux noethériens. On suppose que est essentiellement de type fini sur . Pour que la -algèbre soit formellement lisse, il faut et il suffit que le -module soit plat et que la -algèbre soit absolument régulière.
Il existe un entier , un idéal premier de et un homomorphisme surjectif de dans . Notons la -algèbre locale ; elle est formellement lisse (n° 3, exemple 2 et n° 2, prop. 4, a)) et plate sur , et on peut identifier à la -algèbre , où .
Posons et . Supposons formellement lisse sur . La -algèbre est alors formellement lisse (n° 2, prop. 4, b)), donc absolument régulière (n° 5, cor. 2 du th. 2). De plus, puisque s’identifie à et que la -algèbre est formellement lisse, l’idéal de est complètement sécant (n° 5, th. 2). Il résulte alors du , n° 6, prop. 6 que le -module est plat.
Supposons inversement que soit plat sur et que la -algèbre soit absolument régulière. Alors la -algèbre locale est formellement lisse (remarque 1 du n° 9 avec ). Posons ; puisque est un -module plat, l’application canonique est bijective et s’identifie à . Il en résulte (remarque 1 du n° 2) que l’application canonique
est injective et admet une rétraction. Or s’identifie à , donc à ; d’autre part le -module est canoniquement isomorphe à (A, III, p. 136, prop. 20), donc est canoniquement isomorphe à . Passant au quotient par l’idéal maximal de , on obtient un homomorphisme injectif
qui n’est autre que . Ainsi B est formellement lisse sur A (th. 3).
Théorème 4
Soient A un anneau noethérien et B une A-algèbre essentiellement de type fini. Les conditions suivantes sont équivalentes :
(i) la A-algèbre B est formellement lisse ; (ii) pour tout , la A-algèbre est formellement lisse (resp. formellement lisse pour la topologie -adique) ; (iii) le A-module B est plat et, pour tout , la est absolument régulière ; (iv) le A-module B est plat et, pour toute A-algèbre régulière R, l’anneau est régulier ; (v) le A-module B est plat et le noyau de l’homomorphisme tel que est un idéal complètement sécant.
L’équivalence de (i) et (ii) résulte du cor. 2 du th. 3 (n° 9).
(i)⇒(v) : supposons la A-algèbre B formellement lisse. Soient q un idéal premier de B, et p son image réciproque dans A. La -algèbre est formellement lisse (prop. 4, a) du n° 2), donc plate (lemme 5) ; par suite le A-module B est plat (II, § 3, n° 4, prop. 15). D’autre part, l’anneau est noethérien (§ 6, n° 1, cor. de la prop. 2), donc l’idéal est complètement sécant d’après le cor. 3 du th. 2 (n° 5).
(v)⇒(iii) : supposons la condition (v) satisfaite. Posons . Soit . L’application
s’identifie à l’application
déduite de la multiplication de la . L’idéal s’identifie à . Il est complètement sécant puisque le A-module B est plat (§ 5, n° 6, prop. 6). L’assertion (iii) résulte alors de la prop. 8 du § 6, n° 5.
(iii)⇒(ii) : soient q un idéal premier de B, et p son image réciproque dans A. Sous les hypothèses de (iii), le -module est plat, et la , qui s’identifie à un anneau de fractions de , est absolument régulière (§ 6, n° 4, prop. 6). Il résulte du lemme 5 que est formellement lisse sur , donc sur A (n° 2, prop. 3 et 4).
(iii)⇒(iv) : plaçons-nous sous les hypothèses de (iii). Soit R une A-algèbre régulière. Le R-module est plat (I, § 2, n° 7, cor. 2 à la prop. 8). Soient r un idéal premier de R et p son image réciproque dans A ; l’anneau , qui s’identifie à , est régulier (§ 6, n° 4, cor. 2 de la prop. 7). L’anneau est donc régulier (§ 4, n° 5, cor. de la prop. 9).
(iv) ⇒ (iii) : soit un idéal premier de et soit une extension de ; sous les hypothèses de (iv), l’anneau , qui s’identifie à , est régulier, d’où (iii).
Définition 2
Soit un anneau noethérien. On dit qu’une -algèbre est lisse si elle est essentiellement de type fini et si elle satisfait aux conditions équivalentes du théorème 4.
Proposition 10
Soit un anneau noethérien.
a) Soient une -algèbre noethérienne et une -algèbre lisse. Alors la -algèbre est lisse.
b) Soient une -algèbre lisse et une -algèbre lisse. Alors la -algèbre est lisse.
c) Soient et deux -algèbres lisses. Alors la -algèbre est lisse.
Cela résulte de la prop. 4 du n° 2 et des énoncés analogues pour les algèbres essentiellement de type fini (§ 6, n° 1).
Exemple 1
Les algèbres lisses sur un corps sont les -algèbres essentiellement de type fini et absolument régulières.
Exemple 2
Soient un anneau noethérien, une famille finie d’indéterminées. La -algèbre est lisse. Plus généralement, soient des éléments de , et soit la -algèbre . Si en tout idéal maximal de la classe (mod. ) de la matrice est de rang , la -algèbre est lisse (th. 3 du n° 9).
Exercices
See the exercises for § 7.