Soit A un anneau. La relation « I est une classe de A-modules injectifs indécomposables » est collectivisante (A, X, p. 21, cor. 1) ; nous noterons J(A) l’ensemble des classes de A-modules injectifs indécomposables.
Proposition 1
Soit A un anneau noethérien. Pour tout idéal premier p de A, soit ep:A/p→I(p) une enveloppe injective de A/p (A, X, § 1, n° 9).
a) Les A-modules I(p) sont indécomposables.
b) Soit I un A-module injectif indécomposable ; l’ensemble Ass(I) est réduit à un élément.
c) L’application p↦cl(I(p)) est une bijection de Spec(A) sur J(A). La bijection réciproque associe à un élément I de J(A) l’unique élément de Ass(I).
Soit p∈Spec(A) ; prouvons que le module I(p) est indécomposable. D’après A, X, p. 21, cor. 2, il suffit de prouver que si a et b sont des idéaux de A contenant p et distincts de p, l’idéal a∩b est distinct de p; or si a est un élément de a−p et b un élément de b−p, le produit ab appartient à (a∩b)−p.
Soit I un A-module injectif indécomposable, et soient p,q des éléments de Ass(I). Alors I contient un sous-module M isomorphe à A/p et un sous-module N isomorphe à A/q. On a M∩N=0 (A, X, p. 21, prop. 14) ; pour tout élément x non nul de M∩N, on a p=Annx=q. Comme Ass(I) n’est pas vide (IV, § 1, n° 1, cor. 1 de la prop. 2), il est réduit à un élément p(I).
Nous avons ainsi défini deux applications p↦cl(I(p)) de Spec(A) dans J(A) et I↦p(I) de J(A) dans Spec(A) ; prouvons que ces deux applications sont des bijections réciproques l’une de l’autre. Soit p∈Spec(A) ; alors p appartient à Ass(I(p)), et c’est donc l’unique élément de Ass(I(p)). Soient I un A-module injectif indécomposable, et p l’unique élément de Ass(I) ; alors I est une enveloppe injective de A/p (A, X, p. 21, prop. 14). Cela achève la démonstration de la proposition.
Remarque 1
Soit I un A-module injectif indécomposable, et soit p l’unique élément de Ass(I) ; d’après la prop. 1, I contient un sous-module isomorphe à A/p dont il est enveloppe injective. En général un tel sous-module n’est pas unique, comme on le constate en prenant A=Z, p=0, I=Q.
Pour chaque idéal premier p de A, choisissons comme ci-dessus une enveloppe injective (I(p),ep) de A/p. D’après A, X, p. 22, th. 3, on a :
Théorème 1
Soit A un anneau noethérien. Pour tout A-module injectif I, il existe une famille de cardinaux (ap)p∈Spec(A), et une seule, telle que I soit isomorphe à ⨁pI(p)(ap).
D’après IV, , n° 1, cor. 1 de la prop. 3, l’ensemble Ass(I) est alors le support de la famille (ap)
Remarque 2
Soient A un anneau noethérien, M un A-module, e:M→I une enveloppe injective de M. L’ensemble Ass(M) est égal à Ass(I) : en effet l’inclusion Ass(M)⊂Ass(I) est évidente. D’autre part, si p est un élément de Ass(I), I contient un sous-module N isomorphe à A/p ; comme le A-module e−1(N) est non nul, on a Ass(e−1(N))={p} (IV, § 1, n° 1, prop. 1). Cela prouve que p est associé à e−1(N), donc à M, d’où notre assertion.
Prenons les notations du théorème, et supposons de plus Ass(M) fini. Pour tout q∈Ass(M), notons Qq l’intersection avec M de ⨁p∈Ass(M)−{q}I(p)(ap). Alors (Qq)q∈Ass(M)est une décomposition primaire réduite de 0 dans M (IV, § 2, n° 3, déf. 3). On a en effet ∩Qq=0 ; comme M/Qq s’identifie à un sous-module non nul de I(q)(aq), on a Ass(M/Qq)={q}, et il suffit d’appliquer la prop. 4 de loc. cit.
Exemple
Soit A un anneau principal, et soit K son corps des fractions. Les A-modules injectifs sont les A-modules divisibles (A, X, p. 17, cor. 2). Le A-module K est une enveloppe injective de A (A, X, p. 20, exemple 1). Soient p un élément extrémal de A, et p l’idéal (maximal) Ap ; notons e:A/p⟶K/Ap l’homomorphisme qui applique la classe d’un élément a∈A sur la classe de a/p. Prouvons que (K/Ap,e)est une enveloppe injective de A/p. L’homomorphisme e est injectif. Le A-module K/Ap est un quotient d’un module divisible, donc est divisible. Soit x un élément non nul de K/Ap ; c’est la classe d’un élément a/pn de K, avec a∈A−{0} et n⩾1 (A, VII, p. 10, th. 2). On a alors pn−1x=e(a), donc e−1(Ax)=0, ce qui prouve notre assertion.
Il résulte alors du th. 1 que tout A-module divisible est somme directe de A-modules isomorphes à K ou à K/Ap pour un idéal maximal (principal) p de A.
2. Structure des modules injectifs indécomposables
Lemme 1
Soient A un anneau, a un idéal de A, et I un A-module. Pour tout entier n⩾0, notons In le sous-module de I formé des éléments annulés par an.
a) Supposons le A-module I injectif. Alors le A/an-module In est injectif pour tout n⩾0.
b) Supposons que l’anneau A soit noethérien, et que pour tout n⩾0 le A/an-module In soit injectif. Alors la réunion des In est un A-module injectif.
a) Le A/an-module In est isomorphe à HomA(A/an,I), qui est injectif (A, X, p. 18, prop. 11).
b) Soient J la réunion des In, b un idéal de A et f:b→J un A-homomorphisme. Il s’agit (A, X, p. 16, prop. 10) de prouver qu’il existe un élément x de J tel qu’on ait f(b)=bx pour tout b∈b. Puisque b est de type fini, il existe un entier n tel qu’on ait f(b)⊂In, c’est-à-dire f(anb)=0. D’après le cor. 2 de la prop. 1 de III, § 3, n° 1, il existe un entier m⩾n tel que am∩b⊂anb, donc f(am∩b)=0. Alors f induit une application A/am-linéaire de b/(am∩b) dans Im ; comme le A/am-module Im est injectif, il existe un élément x de Im tel qu’on ait f(b)=bx pour tout b∈b, d’où b).
Soit α un idéal de A; nous conviendrons dans ce qui suit de poser αn=A pour tout entier n≤0. Soit E un A-module. Pour tout n∈Z, notons En le sous-module de E formé des éléments annulés par αn; soit grα(E) le A-module gradué de type Z tel que grα(E)m=E−m+1/E−m pour tout entier m. Le module grα(E)m est nul pour m≥1, et grα(E)0 s’identifie à E1. Notons gr(A) l’anneau gradué associé à A pour la filtration α-adique : on a gr(A)n=αn/αn+1 pour tout n∈Z. Soient n et m des entiers. On déduit par passage aux quotients de l’application bilinéaire (a,x)↦ax de αn×E−m+1 dans E−m−n+1 une application A/α-bilinéaire
αn,m:gr(A)n×grα(E)m⟶grα(E)n+m,
qui définit sur grα(E) une structure de gr(A)-module gradué. Pour tout n∈Z, on déduit de l’application A/α-bilinéaire αn,−n:gr(A)n×grα(E)−n⟶E1 une application A/α-linéaire βE,n:grα(E)−n⟶HomA/α(gr(A)n,E1); les applications βE,n sont les composantes d’un homomorphisme de A/α-modules gradués, dit canonique
βE:grα(E)⟶HomgrA/α(gr(A),E1).
Pour a∈gr(A), x∈grα(E), βE(x)(a) est par définition le composant dans grα(E)0=E1 de l’élément ax de grα(E). Il en résulte que βE est gr(A)-linéaire lorsqu’on munit HomgrA/α(gr(A),E1) de la structure de gr(A)-module définie par la formule (bf)(a)=f(ab) pour a,b dans gr(A) et f dans HomgrA/α(gr(A),E1).
Proposition 2
Soient A un anneau noethérien, α un idéal de A, E un A-module et M un sous-A-module de E annulé par α. Les conditions suivantes sont équivalentes :* (i) E est une enveloppe injective de M ; (ii) le A/α-module E1 est une enveloppe injective du A/α-module M, le module E est réunion des En et l’application canonique βE est bijective.
Supposons la condition (i) satisfaite. Le A/α-module E1 est injectif (lemme 1, a)), et contient M; comme tout sous-A/α-module de E1 est un sous-A-module de E, E1 est une enveloppe injective du A/α-module M. D’après le lemme 1, la réunion des En est un sous-A-module injectif de E contenant M, donc égal à E. Puisque E est injectif, on a pour tout n≥0 une suite exacte
comme HomA(A/αm,E) s’identifie à Em pour tout m et que l’injection canonique de HomA(αn/αn+1,E1) dans HomA(αn/αn+1,E) est bijective, on en déduit que l’homomorphisme canonique βE est bijectif, d’où (ii).
Supposons (ii) satisfaite. Soit e:M→I une enveloppe injective de M. Puisque I est injectif, il existe une application A-linéaire φ:E→I prolongeant e. Mais φ applique En dans In pour tout n, donc induit des homomorphismes gra(φ):gra(E)→gra(I) et φ1:E1→I1 rendant commutatif le diagramme
Puisque E1 et I1 sont des enveloppes injectives du A/α-module M, l’homomorphisme φ1 est bijectif ; puisque βE et βI sont bijectifs, il en résulte que gra(φ) est bijectif. Cela implique, par récurrence sur n, que φ induit une bijection de En sur In pour tout n≥1 ; donc φ est bijectif, ce qui entraîne (i).
Lemme 2
Soient A un anneau, α un idéal de type fini de A, et M un A-module dont tout élément est annulé par une puissance de α. Notons A le séparé complété de A pour la topologie α-adique.
a) Il existe sur M une unique structure de A-module étendant la structure de A-module donnée.
b) *Les sous-A-modules de M sont ses sous-A-modules, et l’on a HomA(M,P)=HomA(M,P) pour tout A-module P.
a) Identifions A à la limite projective des anneaux A/αn, et munissons M de la topologie discrète. Soient a=(an) un élément de A, et x un élément de M. Comme x est annulé par une puissance de α, la suite (anx) est stationnaire ; notons ax sa limite. L’application (a,x)↦ax définit sur M une structure de A-module qui étend la structure de A-module donnée.
Inversement, supposons donnée une telle structure sur M ; soient a=(an) un élément de A, x un élément de M et m un entier tel que αmx=0. Pour tout entier n, a−an appartient à αn, qui est égal à αnA (III, § 2, n° 12, cor. 2 de la prop. 16) ; on a donc ax=anx pour n≥m, d’où l’assertion d’unicité.
b) Il résulte de ce qui précède qu’on a Ax=Ax pour tout x∈M ; les sous-A-modules de M sont donc ses sous-A-modules. Enfin, soit u un homomorphisme A-linéaire de M dans un A-module P. Soient a=(an) un élément de A, x un élément de M et m un entier tel que αmx=0 ; on a αmu(x)=0. Comme a−am appartient à αmA, on a
u(ax)=u(amx)=amu(x)=au(x),
de sorte que u est A-linéaire.
Proposition 3
Soient A un anneau noethérien, p un idéal premier de A et e:A/p→I une enveloppe injective du A-module A/p. Pour tout entier n≥0, désignons par In le sous-module de I formé des éléments annulés par pn.
a) Le A-module I est réunion des In. L’injection A/p→I1 se prolonge en un isomorphisme de κ(p) sur I1; identifions κ(p) à I1 à l’aide de cet isomorphisme. Pour chaque entier n⩾0, la structure de A/p-module de In+1/In provient par restriction des scalaires d’une unique structure de κ(p)-espace vectoriel ; l’homomorphisme canonique βI,−n:In+1/In⟶HomA/p(pn/pn+1,κ(p)) est un isomorphisme de κ(p)-espaces vectoriels de dimension finie.
b) Il existe une unique structure de Ap-module sur I induisant sa structure de A-module. L’homomorphisme canonique Ap⟶EndA(I) est bijectif.
D’après A, X, p. 20, exemple 1, le A/p-module κ(p) est une enveloppe injective de A/p. Il résulte donc de la prop. 2 que I1 s’identifie à κ(p), que I est réunion des Im, et que pour chaque entier n⩾0, βI,−n est un isomorphisme de A/p-modules. Pour tout élément non nul a de A/p, l’homothétie de rapport a est inversible dans HomA/p(pn/pn+1,κ(p)), donc aussi dans In+1/In, ce qui achève de prouver a).
Soit s∈A−p. Comme l’homothétie sA/p est injective, la trace de KersI sur A/p est nulle, ce qui entraîne que l’homothétie sI est injective. Alors sI est un sous-module facteur direct de I (A, X, p. 19, cor. 4), donc égal à I puisque I est indécomposable (n∘1, prop. 1), de sorte que l’homothétie sI est bijective. Il existe donc une unique structure de Ap-module sur I induisant sa structure de A-module ; elle s’étend de manière unique en une structure de Ap-module (lemme 2).
Pour chaque entier n, on déduit de l’homomorphisme d’anneaux canonique Ap⟶EndA(I) une application A-linéaire αn:Ap/pnAp⟶HomA(In,I). Considérons le diagramme commutatif à lignes exactes
où αn+1′ est l’homomorphisme induit par αn+1. Considérons l’application κ(p)-bilinéaire canonique
αn,−n:pnAp/pn+1Ap×In+1/In⟶I1
(formule (1)). L’application linéaire In+1/In⟶Homκ(p)(pnAp/pn+1Ap,I1) qui lui est associée à gauche s’identifie à βI,−n, et celle qui lui est associée à droite est αn+1′. Comme βI,−n est bijective d’après a), il en est de même de αn+1′; on déduit alors du diagramme ci-dessus, par récurrence sur n, que αn est un isomorphisme pour tout n. Comme I est réunion des In, l’application canonique EndA(I)→limHomA(In,I) est bijective ; l’homomorphisme d’anneaux Ap→EndA(I), qui s’identifie à la limite projective des applications αn, est donc bijectif.
Remarque
Il résulte de la démonstration précédente que l’annulateur de In dans Ap (resp. dans Ap) est pnAp (resp. pnAp). Par suite l’annulateur du A-module In est l’image réciproque dans A de l’idéal pnAp, que l’on note parfois p(n) et que l’on appelle la puissance symbolique n-ième de l’idéal premier p.
Corollaire
Soit J un A-module injectif tel que Ass_A(J) = {p}.
a) L’application canonique J → A_p ⊗_A J est bijective.
b) Notons E le A/p-module Hom_A(A/p, J). Il existe sur E une unique structure de κ(p)-espace vectoriel prolongeant sa structure de A/p-module ; le A-module J est isomorphe à I([E:κ(p)]).
En effet, J est isomorphe à un A-module I^{(c)}, où c est un cardinal convenable (n° 1, th. 1). Le corollaire résulte de la proposition lorsque J = I et le cas général s’en déduit aussitôt.
3. Dualité de Matlis
Dans ce numéro, on suppose que l’anneau A est local noethérien.
Définition
On dit qu’un A-module I est un A-module de Matlis s’il est injectif, que m_A est son unique idéal premier associé et que le κ_A-espace vectoriel Hom_A(κ_A, I) est de dimension 1.
Soit e : κ_A → I une enveloppe injective de κ_A (A, X, p. 20, th. 2). Le A-module I est un module de Matlis, et tout A-module de Matlis est isomorphe à I (n° 2, cor. de la prop. 3). Si A est un anneau de valuation discrète, de corps des fractions K, le A-module K/A est un module de Matlis (n° 1, exemple). Si A est un anneau local artinien, le A-module A est un module de Matlis si et seulement si A est un anneau de Gorenstein (§ 3, n° 7, lemme 1).
Soit I un A-module de Matlis. Pour tout entier n ≥ 0, notons I_n le sous-A-module de I formé des éléments annulés par m_A^n. D’après la prop. 2 du n° 2, le A-module I est réunion des I_n, le A-module I_1 est de longueur 1 (c’est-à-dire isomorphe à κ_A) et le A-module I est une enveloppe injective de I_1 ; en outre, l’homomorphisme canonique de gr(A)-modules gradués
β:grmA(I)⟶HomκA(gr(A),I1)
est un isomorphisme. D’après la prop. 3 du n° 2, la structure de A-module de I s’étend en une unique structure de A-module, et l’homomorphisme canonique A→EndA(I) est bijectif.
Lemme 3
Soit I un A-module de Matlis. Alors :
a) I est un A-module de Matlis ; b) le A-module I est artinien et cogénérateur (A, X, p. 18, déf. 3).
Puisque le A-module I est injectif, le A/m_A^n-module I_n est injectif pour chaque n (n° 2, lemme 1, a)). Comme I_n est l’ensemble des éléments de I annulés par m_A^n, le A-module I est injectif (lemme 1, b)). Il est indécomposable sur A puisqu’il l’est sur A ; comme il contient le sous-A-module I_1 isomorphe à κA, on a mA∈AssA(I), donc AssA(I)={mA} (prop. 1), d’où a).
Prouvons maintenant que I est artinien. À tout sous-A-module M de I, associons l’idéal gradué aM de gr(A) défini de la façon suivante : un élément de gr(A)_n appartient à (aM)n s’il est annulé par toutes les formes linéaires β(x), où x parcourt ((M∩In+1)+In)/In. Soient M et N des sous-modules de I tels que N⊂M; on a aM⊂aN. Supposons aM=aN; on a (M∩In+1)+In=(N∩In+1)+In pour tout n puisque β est un isomorphisme. Par récurrence sur n on en déduit M∩In+1=N∩In+1 pour tout n, d’où finalement M=N.
Cela étant, soit M0⊃M1⊃…⊃Mn⊃… une suite décroissante de sous-A-modules de I; la suite croissante aM0⊂aM1⊂… est stationnaire, puisque gr(A) est une κA-algèbre de type fini. La suite (Mi)i≥0 est donc stationnaire, ce qui entraîne que le A-module I est artinien. Enfin, le A-module I est cogénérateur en vertu de A, X, p. 18, prop. 12.
Soit M un A-module. Rappelons (A, VIII, § 4, n° 6) que le socle de M est la somme des sous-modules simples de M, c’est-à-dire l’ensemble des éléments de M annulés par mA; c’est un κA-espace vectoriel, canoniquement isomorphe à HomA(κA,M).
Lemme 4
Soient I un A-module de Matlis et M un A-module. Les conditions suivantes sont équivalentes :
(i) M est artinien ; (ii) tout élément de M est annulé par une puissance de mA, et le socle de M est de dimension finie sur κA ; (iii) il existe un entier n≥0 et une application A-linéaire injective de M dans In.
Lorsque ces conditions sont satisfaites, toute enveloppe injective de M est isomorphe à Is, où s est la dimension sur κA du socle de M.
(iii) ⇒ (i) : c’est clair puisque le A-module I est artinien (lemme 3).
(i) ⇒ (ii) : supposons M artinien. Soit x∈M; la suite décroissante des sous-modules mAnx de M est stationnaire. Soit n un entier tel que mAn+1x=mAnx; le lemme de Nakayama entraîne mAnx=0. Par ailleurs, le socle de M est artinien en tant que A-module, donc aussi en tant que κA-espace vectoriel, ce qui signifie qu’il est de dimension finie.
(ii) ⇒ (iii) : supposons la condition (ii) vérifiée; soit e:M→J une enveloppe injective de M. On a Ass(M)⊂{mA}, donc Ass(J)⊂{mA} (n° 1, remarque 2), et J est isomorphe à I(c) pour un cardinal c (n° 1, th. 1). Soit x un élément non nul de J annulé par mA; comme le A-module Ax est simple et que son intersection avec e(M) n’est pas réduite à 0, x appartient à e(M). Ainsi e induit un isomorphisme du socle de M sur celui de J; par suite le socle de M est de dimension c, ce qui prouve (iii) ainsi que la dernière assertion.
Lemme 5
Tout A-module artinien est artinien en tant que A-module.
Soit M un A-module artinien; tout élément de M est annulé par une puissance de mA, donc par une puissance de mA. D’après le lemme 2 du n° 2, les sous-A-modules de M sont ses sous-A-modules, donc M est artinien en tant que A-module.
Fixons maintenant un A-module de Matlis I. Pour tout A-module M, notons DA(M) le A-module
DA(M)=HomA(M,I)
Le A-module DA(A) s’identifie canoniquement à I, le A-module DA(I) à A (n∘2, prop. 3), et le A-module DA(κA) à I1 (loc. cit.).
Pour toute application A-linéaire f:M→N, nous noterons
DA(f):DA(N)→DA(M)
l’application A-linéaire HomA(f,1I). Puisque le A-module I est injectif, la suite (DA(g),DA(f)) est exacte pour toute suite exacte (f,g) d’applications A-linéaires.
Nous appliquerons ces définitions à l’anneau A muni du module de Matlis I (lemme 3, a)) ; pour tout A-module P, DA(P) est donc le sous-A-module HomA(P,I) de DA(P). Il revient au même de dire que P est artinien comme A-module ou comme A-module (lemme 5) ; si c’est le cas on a DA(P)=DA(P) (loc. cit.).
Soit M un A-module. Pour m∈M, l’application f↦f(m) de DA(M) dans I est A-linéaire ; notons-la αM(m). On définit ainsi un homomorphisme A-linéaire
αM:M⟶DA(DA(M))
On note αM:A⊗AM⟶DA(DA(M)) l’application A-linéaire déduite de αM.
Théorème 2
Soit M un A-module.
a) Pour que M soit artinien, il faut et il suffit que le A-module DA(M) soit de type fini. Lorsque c’est le cas, l’homomorphisme αM est bijectif.
b) Pour que M soit de type fini, il faut et il suffit que DA(M) soit artinien (comme A-module ou comme A-module). Dans ce cas l’homomorphisme αM est un isomorphisme.
c) Pour que M soit de longueur finie, il faut et il suffit que DA(M) soit de longueur finie (comme A-module ou comme A-module). Dans ce cas αM est un isomorphisme de M sur DA(DA(M)), et l’on a longA(DA(M))=longA(M).
Prouvons d’abord que l’homomorphisme αM est injectif pour tout A-module M. Soit m un élément non nul de M ; son annulateur est contenu dans mA. Il existe donc un A-homomorphisme surjectif de Am sur κA, et par suite un homomorphisme non nul de Am dans I. Comme I est injectif, celui-ci se prolonge en un homomorphisme f:M→I tel que f(m)=0. Cela prouve l’injectivité de αM.
Supposons le A-module M artinien. D’après le lemme 4, il existe un entier r et une application A-linéaire injective f:M→Ir. L’homomorphisme DA(f):DA(Ir)→DA(M) est alors surjectif ; comme DA(Ir) s’identifie à Ar, cela prouve que le A-module DA(M) est de type fini. De manière analogue, si M est de type fini, il existe un entier n et un homomorphisme surjectif u:An→M ; l’homomorphisme DA(u):DA(M)→In est injectif, de sorte que DA(M) est artinien (comme A-module ou comme A-module).
Supposons maintenant que le A-module DA(M) soit artinien ; il en est de même du A-module DA(A⊗AM) qui lui est canoniquement isomorphe. D’après ce qui précède, le A-module DA(DA(A⊗AM)) est de type fini, et il en est de même de A⊗AM qui est isomorphe à un sous-module de DA(DA(A⊗AM)). Par suite M est un A-module de type fini (I, , n° 6, prop. 11 et III, § 3, n° 5, prop. 9). De même si DA(M) est un A-module de type fini, DA(DA(M)) est un A-module artinien d’après ce qui précède, donc un A-module artinien (lemme 5), et il en est de même de M. Enfin les modules de longueur finie sont les modules artiniens de type fini (A, VIII, § 1, n° 1, prop. 1), donc DA(M) est de longueur finie si et seulement si M est de longueur finie
Supposons M artinien. Il existe un entier r et une application A-linéaire injective f:M→Ir; puisque I est artinien (lemme 3), le A-module Coker(f) l’est aussi, et on peut trouver un entier s et une suite exacte de A-modules
0→MfIrgIs.
On en déduit un diagramme commutatif à lignes exactes
Le A-module DA(DA(I)) s’identifie à I et αI à l’application identique ; par suite αIr et αIs sont bijectifs, et il en est de même de αM (A, X, p. 7, cor. 3).
Si le A-module M est de type fini, il existe des entiers m et n et une suite exacte de A-modules
Am⟶An⟶M→0;
on en déduit un diagramme commutatif à lignes exactes
Supposons l’anneau A artinien. On a longA(I)=longA(DA(A))=long(A) (th. 2, c)). Soit M un A-module de type fini ; il admet une enveloppe injective isomorphe à Is, où s est la dimension du socle de M (lemme 4). Par suite on a longA(M)≤slong(A); pour qu’il y ait égalité, il faut et il suffit que M soit injectif. En particulier, pour que le A-module A soit injectif, il faut et il suffit que son socle soit de dimension 1 ; on retrouve ainsi le lemme 1 du § 3, n° 7.
4. Dualité des modules de longueur finie
Soit A un anneau noethérien ; notons Ω l’ensemble de ses idéaux maximaux. Généralisant la définition donnée dans le numéro précédent, nous dirons qu’un A-module J est un A-module de Matlis s’il est injectif, que ses idéaux premiers associés sont les idéaux maximaux de A, et que pour tout idéal maximal m de A le A/m-espace vectoriel HomA(A/m,J) est de dimension 1. Pour tout m∈Ω, choisissons une enveloppe injective κ(m)→I(m) du A-module κ(m); le A-module ⨁m∈ΩI(m) est un module de Matlis, et tout A-module de Matlis lui est isomorphe (n° 1, th. 1).
Rappelons (VIII, § 1, n° 5) qu’on note Z0(A) le Z-module Z(Ω) et ε:Z0(A)→Z la forme linéaire qui applique chaque élément de la base Ω sur 1. Si M est un A-module de longueur finie, le Am-module Mm est de longueur finie pour tout m∈Ω, et nul sauf pour un nombre fini d’idéaux m∈Ω. On pose
z0(M)=m∈Ω∑longAm(Mm)[m] dans Z0(A);
on a longA(M)=ε(z0(M)) (loc. cit., exemple 3). Inversement, un A-module N tel que longAm(Nm) soit finie pour tout m∈Ω, et nulle en dehors d’un sous-ensemble fini I de Ω, est de longueur finie : en effet N est isomorphe à un sous-module de ⨁m∈INm (II, § 3, n° 3, cor. 2 du th. 1), et l’on a longAm(Nm)=longA(Nm) puisque tout Am-module simple est isomorphe à κ(m), donc simple en tant que A-module.
Soit J un A-module de Matlis. Pour tout A-module M, nous noterons DA(M) ou simplement D(M) le A-module HomA(M,J). Soit αM l’homomorphisme de M dans D(D(M)) défini par αM(m)(f)=f(m) pour m∈M,f∈D(M).
Proposition 4
Pour que le A-module M soit de longueur finie, il faut et il suffit que D(M) soit de longueur finie. On a alors z0(D(M))=z0(M), longA(M)=longAD(M), AnnA(M)=AnnA(D(M)), et l’application A-linéaire αM est bijective.
Pour tout m∈Ω, le Am-module D(M)m s’identifie à HomAm(Mm,Jm) (II, § 2, n° 7, prop. 19) ; la première assertion de la proposition résulte alors du th. 2, c) et de la caractérisation des modules de longueur finie donnée ci-dessus. Supposons désormais M de longueur finie ; on a longAm(D(M)m)=longAm(Mm) pour tout m∈Ω (loc. cit.), d’où z0(D(M))=z0(M) et longA(D(M))=longA(M). De plus l’application (αM)m:Mm→D(D(M))m s’identifie à l’homomorphisme canonique αMm, qui est bijectif (loc. cit.) ; par suite αM est bijectif.
Pour tout a∈A on a D(aM)=aD(M) et par suite AnnA(M)⊂AnnA(D(M)). Appliquant cela au A-module D(M) on en déduit l’inclusion opposée, d’où l’égalité AnnA(M)=AnnA(D(M)).
Exemple
Soient A un anneau principal, K son corps des fractions. Le A-module K/A est un module de Matlis : en effet l’application canonique de K/A dans ∏m∈ΩK/Am induit un isomorphisme de K/A dans ⨁m∈ΩK/Am (A, VII, p. 10, th. 2) ; l’assertion résulte alors du n° 1, exemple 1. Nous avons d’ailleurs déjà démontré en A, VII, § 4, n° 9 que l’application αM est bijective pour tout A-module M de longueur finie lorsque l’anneau A est principal.
5. Foncteurs dualisants
Dans ce numéro, on fixe un anneau local noethérien A. On suppose donnés a) pour tout A-module M de longueur finie, un A-module T(M) ; b) pour toute application A-linéaire f:M→N entre A-modules de longueur finie, une application A-linéaire T(f):T(N)→T(M), de façon que les conditions suivantes soient satisfaites : FD 1) Les applications f↦T(f) sont A-linéaires. FD 2) Pour tout A-module de longueur finie M, on a T(1M)=1T(M). FD 3) Pour tout diagramme MfNgP de A-modules de longueur finie et d’applications A-linéaires, on a T(g∘f)=T(f)∘T(g). FD 4) Pour toute suite exacte M′uMvM′′ de A-modules de longueur finie, la suite T(M′′)T(v)T(M)T(u)T(M′) est exacte. FD 5) Le A-module T(κA) est de longueur 1.
De FD 1) et FD 2), on tire T(aM)=aT(1M)=a1T(M)=aT(M) pour tout a∈A. Prenant M={0}, on obtient 0T(M)=1T(M), donc T({0})={0}. Il résulte de là et de FD 4) que pour toute application linéaire injective (resp. surjective) entre A-modules de longueur finie, l’application T(f) est surjective (resp. injective).
Soit M un A-module de longueur finie. Alors T(M) est de longueur finie et l’on a longA(T(M))=longA(M) : cela résulte en effet de FD 4) et FD 5) et du fait que tout module de longueur finie admet une suite de composition dont les quotients sont isomorphes à κA.
Soient M un A-module de longueur finie, et (eλ)λ∈L une famille orthogonale de projecteurs de M ; d’après FD 3), (T(eλ))λ∈L est une famille orthogonale de projecteurs de T(M). Par suite, si M est somme directe d’une famille de sous-modules (Mλ)λ∈L, et si pλ désigne la projection de M sur Mλ, l’homomorphisme
λ∈L∑T(pλ):λ∈L⨁T(Mλ)⟶T(M)
est un isomorphisme.
Exemple 1
Soit J un A-module de Matlis. Posons T(M)=HomA(M,J) pour tout A-module M de longueur finie et T(f)=HomA(f,1J) pour toute application A-linéaire f entre A-modules de longueur finie. Alors les conditions FD 1) à FD 5) sont satisfaites. Nous allons voir ci-dessous (th. 3) que toute construction satisfaisant les conditions FD 1) à FD 5) est obtenue de cette façon.
Exemple 2
Soient C un complexe injectif de A-modules et d un entier tels que Hi(HomgrA(κA,C)) soit nul pour i=d et soit de longueur 1 pour i=d. Pour tout A-module M de longueur finie, on a Hi(HomgrA(M,C))=0 pour i=d : raisonnons en effet par récurrence sur la longueur de M, supposée >0 ; il existe une suite exacte de A-modules 0→κA→M→N→0, qui donne naissance à une suite exacte de complexes
0→HomgrA(N,C)⟶HomgrA(M,C)⟶HomgrA(κA,C)⟶0
et la conclusion résulte de l’hypothèse de récurrence appliquée à N.
Posons T(M)=Hd(HomgrA(M,C)) pour tout A-module M de longueur finie, et T(f)=Hd(HomgrA(f,1C)) pour toute application A-linéaire f entre A-modules de longueur finie ; les conditions FD 1) à FD 5) sont satisfaites.
Exemple 3
Soient Ω un A-module et d un entier ⩾0 tels que ExtAi(κA,Ω) soit nul pour i=d et soit de longueur 1 pour i=d. Posons T(M)=ExtAd(M,Ω) pour tout A-module de longueur finie M et T(f)=ExtAd(f,1Ω) pour toute application A-linéaire f entre A-modules de longueur finie. On a alors ExtAi(M,Ω)=0 pour tout A-module de longueur finie M et tout i=d, et les conditions FD 1) à FD 5) sont satisfaites : il suffit en effet d’appliquer l’exemple précédent au cas où C est la résolution injective canonique de Ω.
Exemple 4
Si A est un anneau de Gorenstein, par exemple un anneau régulier, on peut appliquer l’exemple 3 en prenant Ω=A et d=dim(A) (§ 3, n° 7, prop. 11).
Pour tout entier n⩾0, posons In=T(A/mAn). Pour m⩾n, notons pmn:A/mAm⟶A/mAn la surjection canonique et imn:T(A/mAn)⟶T(A/mAm) l’application A-linéaire T(pmn). Elle est injective par FD 4) et l’on a imn∘inp=imp pour m⩾n⩾p par FD 3). Soit I=limT(A/mAn) le A-module limite inductive du système ((In),(imn)). Pour n⩾0, l’application canonique In→I est injective ; nous identifierons In à son image dans I, de sorte que I est la réunion croissante des In.
Soient M un A-module de longueur finie, et n un entier ⩾0 tel que mAnM=0. Pour x∈M, notons φM,xn l’application A-linéaire de A/mAn dans M qui applique la classe de 1 sur x. L’application T(φM,xn):T(M)→In est A-linéaire, et l’on a T(φM,axn)=aT(φM,xn) pour a∈A par FD 1). Par suite l’application (x,u)↦T(φM,xn)(u) de M×T(M) dans I est A-bilinéaire. Elle ne dépend pas du choix de l’entier n : en effet, pour tout entier q⩾n et tout élément x de M, on a φM,xq=φM,xn∘pqn, d’où par FD 3) T(φM,xq)=iqn∘T(φM,xn). On en déduit une application A-linéaire
θM:T(M)⟶HomA(M,I)
satisfaisant à θM(u)(x)=T(φM,x)(u) pour u∈T(M),x∈M.
Théorème 3
a) Le A-module I est un module de Matlis. Pour tout entier m⩾0, Im est le sous-module de I formé des éléments annulés par mAm.
b) Pour tout A-module M de longueur finie, l’application A-linéaire θM:T(M)→HomA(M,I) est bijective.
c) Pour toute application A-linéaire f:M→N entre A-modules de longueur finie, on a θM∘T(f)=HomA(f,1I)∘θN.
Prouvons c). Soient n un entier et M, N des A-modules de longueur finie annulés par mAn. Soit f:M→N une application A-linéaire. Pour u dans T(N) et x dans M, on a d’après FD 3)
Prouvons b). Considérons d’abord le cas particulier M=A/mAn. Alors T(M) est égal par définition à In. Si a est un élément de A, de classe aˉ dans M, on a φM,aˉn=a1M, d’où T(φM,aˉn)=a1In; ainsi θM:In→HomA(A/mAn,I) est l’isomorphisme canonique qui envoie un élément x de In sur l’application aˉ↦ax. Cela démontre b) dans ce cas.
Supposons maintenant donnée une suite exacte
PuNvM→0
de A-modules de longueur finie annulés par mAn. Considérons le diagramme
il est commutatif d’après le début de la démonstration, et ses lignes sont exactes par FD 4). On en déduit que θM est bijectif si θP et θN le sont. Appliquant cela à une présentation
(A/mAn)r⟶(A/mAn)s⟶M⟶0
du A/mAn-module M, on en déduit que θM est bijectif pour tout A-module de longueur finie annulé par mAn, d’où b).
Prouvons a). Il résulte de ce qui précède appliqué au A-module A/mAn que In est l’ensemble des éléments de I qui sont annulés par mAn. Par FD 5) le A-module I1=T(κA) est isomorphe à κA; d’après la prop. 2 du n° 2, il nous suffit de prouver que, pour tout entier n⩾0, l’application A-linéaire canonique
β:In+1/In⟶HomA(mAn/mAn+1,I)
est bijective. Or de la suite exacte
0⟶mAn/mAn+1uA/mAn+1pn+1,nA/mAn⟶0,
on tire une suite exacte
0⟶Inin+1,nIn+1T(u)T(mAn/mAn+1)⟶0.
Composant T(u) avec θmAn/mAn+1, on obtient donc un homomorphisme surjectif
γ:In+1⟶HomA(mAn/mAn+1,I)
de noyau In. D’après c), γ est la composée des flèches θIn+1:In+1→HomA(A/mAn+1,I) et Hom(u,1):HomA(A/mAn+1,I)→HomA(mAn/mAn+1,I); comme θIn+1 est l’application linéaire associée à la multiplication A/mAn+1×In+1→I, l’isomorphisme In+1/In→HomA(mAn/mAn+1,I) déduit de γ coïncide avec β, ce qui achève la démonstration.
Exemple 5
Reprenons les hypothèses et notations de l’exemple 1. Alors T(A/mAn)=HomA(A/mAn,J) s’identifie au sous-module Jn de J formé des éléments annulés par mAn; par passage à la limite inductive on obtient un isomorphisme canonique de I sur J.
Exemple 6
Reprenons les hypothèses et notations de l’exemple 3. On obtient que I=limExtAd(A/mAn,Ω) est un A-module de Matlis. Pour tout A-module de longueur finie M, on dispose d’un A-isomorphisme canonique
0M:ExtAd(M,Ω)⟶HomA(M,I);
de plus cet isomorphisme est EndA(M)-linéaire (th. 3, c)).
En particulier, si l’anneau A est de Gorenstein de dimension d, le A-module limExtAd(A/mAn,A) est un module de Matlis.
6. Changement d’anneaux ; dualité de Macaulay
Proposition 5
Soit ρ:A→B un homomorphisme local d’anneaux locaux noethériens, tel que l’extension résiduelle κA→κB induite par ρ soit de degré fini. Soit IA un A-module de Matlis.
a) Notons IB le sous-B-module de HomA(B,IA) formé des A-homomorphismes de B dans IA dont le noyau contient une puissance de mB. Alors IB est un B-module de Matlis.
b) Soit M un B-module. L’application canonique
α:HomB(M,HomA(B,IA))⟶HomA(M,IA)
définie par α(u)(m)=u(m)(1) induit un B-isomorphisme de DB(M)=HomB(M,IB) sur le sous-B-module HomAcont(M,IA) de DA(M)=HomA(M,IA) formé des applications f:M→IA telles que pour tout élément m de M, il existe un entier n⩾0 tel que f(mBnm)=0.
La condition ci-dessus sur f signifie que f est continue lorsqu’on munit IA de la topologie discrète et M de la topologie la plus fine qui induise sur chaque sous-module de type fini la topologie mB-adique, ce qui justifie la notation. De même, la condition g∈IB signifie que g est continue lorsqu’on munit IA de la topologie discrète et B de la topologie mB-adique.
Prouvons a). Pour tout B-module de longueur finie M, notons T(M) le B-module HomA(M,IA); pour toute application B-linéaire f:M→N entre B-modules de longueur finie, notons T(f):T(N)→T(M) l’application B-linéaire HomA(f,1IA). La vérification des conditions FD 1) à FD 4) du n° 5 est immédiate. Par ailleurs, pour tout B-module de longueur finie N, on a longA(N[A])=longB(N)[κB:κA]; comme on a longA(T(M))=longA(M) (n° 3, th. 2), on en déduit longB(T(M))=longB(M), ce qui implique FD 5). On peut donc appliquer le théorème 3 du n° 5; on a
T(B/mBn)=HomA(B/mBn,IA),
de sorte que le B-module de Matlis limT(B/mBn) s’identifie au sous-B-module IB de HomA(B,IA), ce qui prouve a).
Prouvons b). L’application α est l’inverse de l’isomorphisme canonique
β:HomA(M,1A)⟶HomB(M,HomA(B,IA))
qui associe à v∈HomA(M,IA) l’application v′ de M dans HomA(B,IA) telle que v′(m)(b)=v(bm) (A, II, p. 74, prop. 1). Pour que v′ prenne ses valeurs dans IB, il faut et il suffit que v appartienne à HomAcont(M,IA), d’où b).
Corollaire
a) Si la A-algèbre B est finie, le B-module IB=HomA(B,IA) est un B-module de Matlis.
b) Si le B-module M est artinien, l’application α est un B-isomorphisme de DB(M) sur DA(M).
Si la A-algèbre B est finie, il en est de même de la κA-algèbre B/mAB, ce qui implique que mAB est un idéal de définition de B (VIII, , n° 2, lemme 2). Comme tout élément du module de Matlis IA est annulé par une puissance de mA, tout élément de HomA(B,IA) est annulé par une puissance de mB, d'où a). L’assertion b) résulte de ce que tout élément d’un module artinien est annulé par une puissance de l’idéal maximal (n° 3, lemme 4)
La prop. 5 s’applique notamment lorsque A est un corps k, auquel cas on peut prendre IA=k, donc Dk(M)=Homkcont(M,k) (« dualité de Macaulay »). On notera que l’hypothèse [κB:k]<+∞ est en particulier satisfaite lorsque la k-algèbre B est l’anneau local en un idéal maximal d’une k-algèbre de type fini (A, VIII, App. 3, cor. 1).
Plus particulièrement, considérons une k-algèbre de type fini S, graduée de type N, telle que S0 soit un corps, extension de degré fini de k. On peut appliquer la prop. 5 à l’anneau local S′ de S en l’idéal maximal S+=⨁n>0Sn ou, ce qui revient au même, à son complété S=∏n≥0Sn (III, § 1, n° 3, lemme 2 et § 2, n° 12, exemple 1). Le S-module IS=Homkcont(S,k) s’identifie alors à
S∗gr=n≥0⨁Homk(Sn,k)
pour s∈S et u∈S∗gr, l’élément su de S∗gr est le produit intérieur s⊥u (A, III, p. 156 et p. 157). Prenons par exemple S=k[T1,…,Td], d’où S=k[[T1,…,Td]]. Notons (uα)α∈Nd la base du k-espace vectoriel S∗gr duale de la base (Tα)α∈Nd de S. La structure de S-module de S∗gr est alors décrite par les formules (A, III, p. 167)
TβuαTβuα=uα⋅β=0si α≥β,sinon.
7. Dualité des modules d’extensions et des produits de torsion
Soient A un anneau, P et J des A-modules. Pour tout complexe C de A-modules, on a construit en A, X, p. 99, prop. 12 un isomorphisme canonique de complexes
μ:HomgrA(C⊗AP,J)⟶HomgrA(C,HomA(P,J)).
Soient M un A-module, et (C,p) une résolution projective de M. Considérons la suite d’homomorphismes
où φ est l’isomorphisme canonique φ(C,HomA(P,J)) (A, X, p. 100, th. 1), u l’homomorphisme canonique λ(C⊗AP,J) (A, X, p. 82), et v est déduit de l’isomorphisme canonique ψ(C,P):TorA(M,P)⟶H(C⊗AP).
Soit (C′,p′) une autre résolution projective de M. D’après A, X, p. 49, cor. de la prop. 3, il existe un homotopisme de complexes α:C′→C tel que p∘α=p′. Il résulte de A, X, p. 103, prop. 2, que l’on a H(α⊗1P)∘ψ(C′,P)=ψ(C,P) et φ(C′,R)∘H(Homgr(α,1R))=φ(C,R) pour tout A-module R. On en déduit que l’homomorphisme gradué de degré 0
θ(M,P):ExtA(M,HomA(P,J))⟶HomgrA(TorA(M,P),J)
composé de la suite d’homomorphismes ci-dessus est indépendant du choix de la résolution projective (C,p) de M. Par construction il est EndA(J)-linéaire.
La définition de l’homomorphisme θ(M,P) s’explicite de la façon suivante. Soient p un entier, v un élément de ExtAp(M,HomA(P,J)), τ un élément de TorpA(M,P). À l’aide de l’isomorphisme φ(C,HomA(P,J)), v est représenté par une application linéaire u:Cp→HomA(P,J) telle que u∘dC=0; de même, à l’aide de ψ(C,P), τ est représenté par un élément ∑cμ⊗pμ de Cp⊗P tel que ∑dC(cμ)⊗pμ=0. On a alors θ(M,P)(v)(τ)=∑u(cμ)(pμ).
D’autre part, soit v:C⊗AHomA(P,J)⟶HomgrA(HomgrA(C,P),J) l’homomorphisme qui applique l’élément c⊗h, pour c∈Cp, h∈HomA(P,J), sur l’homomorphisme u↦(−1)ph(u(c)). Il est gradué de degré 0 ; il est bijectif si chaque module Cp est libre de type fini. On vérifie sans peine que c’est un morphisme de complexes.
où ψ est l’isomorphisme canonique ψ(C,HomA(P,J)), w l’homomorphisme canonique λ(HomgrA(C,P),J) (A, X, p. 82) et t est déduit de l’isomorphisme canonique φ(C,P). On voit comme ci-dessus que l’homomorphisme composé
ρ(M,P):TorA(M,HomA(P,J))⟶HomgrA(ExtA(M,P),J)
est indépendant du choix de la résolution C; il est EndA(J)-linéaire. Soient p un entier, ξ∈TorpA(M,HomA(P,J)), λ∈ExtAp(M,P),J); si ξ est représenté à l’aide de ψ(C,HomA(P,J)) par un élément ∑cμ⊗uμ de C⊗HomA(P,J) tel que ∑dC(cμ)⊗uμ=0, et λ à l’aide de φ(C,P) par un homomorphisme ℓ:Cp→P tel que ℓ∘dC=0, on a ρ(M,P)(ξ)(λ)=(−1)p∑uμ(ℓ(cμ)).
Proposition 6
Supposons le A-module J injectif ; pour tout A-module N, possons D(N) = \mathrm{Hom}_A(N, J).
a) Les homomorphismes θi(M,P):ExtAi(M,D(P))⟶D(ToriA(M,P)) sont bijectifs.
b) Si l’anneau A est noethérien et le A-module M de type fini, les homomorphismes ρi(M,P):ToriA(M,D(P))⟶D(ExtAi(M,P)) sont bijectifs.
a) Par construction, l’homomorphisme θ(M,P) est bijectif dès que λ(C⊗AP,J) est bijectif, ce qui est le cas lorsque J est injectif (A, X, p. 85, cor. 2).
b) Choisissons la résolution C de façon que chaque module Cp soit libre de type fini (A, X, p. 53, prop. 6). Alors l’homomorphisme ν est bijectif, il en est de même de λ(HomgrA(C,P),J) puisque J est injectif, donc ρ(M,P) est bijectif.
Remarque 1
Pour tout homomorphisme f:N→N′ de A-modules, notons D(f):D(N′)→D(N) l’homomorphisme Hom(f,1J). Soient u:M→M′ et v:P→P′ des homomorphismes de A-modules. Choisissons des résolutions projectives (C,p) de M et (C′,p′) de M′, et un morphisme de complexes u~:C→C′ tel que p′∘u~=u∘p (A, X, p. 49, prop. 3). Le diagramme
une suite exacte de A-modules. L’homomorphisme L(q):L(M)→L(M′′) induit sur les résolutions libres canoniques est surjectif, et le complexe KerL(q) définit une résolution projective de M′. En appliquant la prop. 3 de A, X, p. 104 à la suite exacte 0→KerL(q)→L(M)→L(M′′)→0, on obtient des diagrammes commutatifs