§ 9. Modules dualisants
1. Modules dualisants
Définition 1
Soit un anneau noethérien. On dit qu’un -module est dualisant s’il est de type fini et si, pour tout idéal maximal de , le -espace vectoriel est nul pour et de dimension 1 pour .
Pour tout idéal maximal de et tout entier , le -espace vectoriel est canoniquement isomorphe à ( 3, n° 2, prop. 2). Par suite, pour qu’un -module de type fini soit dualisant, il faut et il suffit que le -module soit dualisant pour tout idéal maximal de .
Exemple 1
Si l’anneau est local et artinien, les -modules dualisants sont les -modules injectifs de type fini tels que soit de dimension 1 ( 3, n° 3, prop. 6), c’est-à-dire les -modules de Matlis ( 8, n° 3).
Exemple 2
Pour qu’un anneau noethérien soit de Gorenstein, il faut et il suffit que le -module soit dualisant ( 3, n° 7, prop. 11). En particulier, le -module est dualisant lorsque est régulier.
Remarque 1
Soient un anneau local noethérien et un -module de type fini. Le corps résiduel s’identifie à , et le -module à (III, 3, n° 4, th. 3). Il résulte alors de A, X, p. 111, prop. 10 que le -espace vectoriel est canoniquement isomorphe à . Par suite pour que le -module soit dualisant, il faut et il suffit que le -module soit dualisant.
Remarque 2
Soit un -module dualisant ; pour tout -module projectif de rang 1, le -module est dualisant (A, X, p. 108, prop. 7, b)). Nous verrons ci-dessous (n° 4, prop. 6) que tout -module dualisant est isomorphe à un module de cette forme.
Proposition 1
Soient un anneau noethérien et un -module dualisant.
a) est un anneau de Macaulay, et le -module est macaulayen.
b) On a .
Supposons d’abord l’anneau local, et notons sa dimension. La prop. 6 du 3, n° 3 implique , donc d’après la prop. 9 du 3, n° 6, de sorte que est un anneau de Macaulay. De plus, on a par définition de la profondeur ; comme on a , on en déduit la proposition dans ce cas.
Dans le cas général, le -module est dualisant pour tout idéal maximal de , donc est un anneau de Macaulay et un -module macaulayen d’après ce qui précède, ce qui implique a). De plus on a pour tout idéal maximal , d’où b) par passage à la borne supérieure (, n° 2, prop. 3).
Proposition 2
Soient A un anneau noethérien, un A-module dualisant. Pour tout idéal premier de A, le -module est dualisant.
Considérons une chaîne saturée d’idéaux premiers de A telle que l’idéal soit maximal. Raisonnant par récurrence sur , on peut supposer que le -module est dualisant. Remplaçant A par et par , on se ramène au cas où l’anneau A est local et où la chaîne est saturée.
Posons alors . On a puisque A est un anneau de Macaulay (, n° 2, cor. de la prop. 2). Pour tout entier , le -module est isomorphe à (, n° 2, prop. 2) ; il suffit donc de démontrer que le -module est nul pour et de rang un pour .
Soient un élément de , et sa classe dans . Considérons la suite exacte de A-modules
Le A-module est de longueur finie puisque son support est réduit à ; comme le A-module est dualisant, on a pour (, n° 5, exemple 3). On déduit alors de la suite exacte des modules d’extensions associée à la suite ci-dessus et à que l’homothétie de rapport dans le A-module est surjective pour , ce qui implique que ce module est nul (lemme de Nakayama). En particulier est nul, et l’on obtient une suite exacte
On a (loc. cit.); la proposition résulte alors du lemme suivant, appliqué à l’anneau et au B-module :
Lemme 1
Soient B un anneau noethérien local, intègre, de dimension 1, et M un B-module sans torsion de type fini. On suppose qu’on a pour tout élément non nul x de B. Alors le B-module M est de rang 1.
Soit en effet le rang de M ; il existe un sous-module L de M libre de rang tel que soit un module de torsion (VII, § 4, n° 1, cor. de la prop. 1), donc de longueur finie (VII, § 2, n° 5, lemme 1). L’annulateur de n’est pas réduit à 0, et contient donc un élément non nul de . Considérons le diagramme commutatif
D’après le lemme du serpent (A, X, p. 4, prop. 2), on en déduit une suite exacte
d’où . Comme par hypothèse et , on en déduit .
Corollaire 1
Pour toute partie multiplicative S de A, le SA-module S est dualisant.
Corollaire 2
Le support de est égal à Spec(A).
En effet un module dualisant sur un anneau local est non nul par définition.
Corollaire 3
Soit M un A-module de type fini, et soit i un entier. Le A-module est de type fini, et son support est de codimension dans Spec(A).
La première assertion résulte de A, X, p. 108, cor. Soit un idéal premier du support de . On a , donc (§ 3, n° 2, prop. 2), ce qui implique . Comme est un -module dualisant (prop. 2), on a (prop. 1), d’où le corollaire.
Proposition 3
Soient A un anneau local noethérien, un A-module dualisant et M un A-module de type fini.
a) *On a pour .
b) Posons . Si M est non nul, le A-module n’est pas nul.
c) On a pour .
Supposons M non nul et désignons par F son support. D’après la prop. 9 du § 1, n° 5, la conjonction des assertions a) et b) est équivalente à . Or puisque est macaulayen et que son support est égal à Spec(A) (prop. 1 et cor. 2 de la prop. 2), on a
(§ 2, n° 1, cor. de la prop. 1 et n° 2, cor. de la prop. 2).
Prouvons c) par récurrence sur la profondeur de M. Si , on a bien pour , puisque (prop. 1). Supposons ; il existe alors un élément de tel que l’homothétie de rapport soit injective dans M. On a (§ 1, n° 4, prop. 7).
Considérons la suite exacte des modules d’extensions
associée à la suite exacte
Pour , le -module est nul par l’hypothèse de récurrence, donc l’homothétie de rapport est surjective dans , ce qui implique que ce -module est nul (lemme de Nakayama). Cela prouve c).
Corollaire
Si est macaulayen, on a pour ; le -module est macaulayen, et son support est égal à celui de .
La première assertion résulte de la prop. 3, a) et c). Soit ; d’après la prop. 1 du § 2, n° 1, appliquée à et à , on a
puisque le -module est dualisant (prop. 2), il résulte de la prop. 3, b) que le -module n’est pas nul. Par suite le support de est égal à celui de .
Prouvons enfin, par récurrence sur , que le -module est macaulayen. L’assertion est satisfaite lorsque puisque tout module de longueur finie est macaulayen. Supposons et choisissons un élément de tel que l’homothétie soit injective. Le -module est macaulayen (, n° 3, prop. 4), de dimension . Compte tenu de ce qui précède, la suite exacte des modules d’extensions associée à la suite exacte se réduit à
la prop. 4 du § 2, n° 3 et l’hypothèse de récurrence entraînent alors que est macaulayen, d’où le corollaire.
2. Quotient par une suite régulière
Proposition 4
Soient un anneau noethérien, un idéal de engendré par une suite -régulière , et un -module de type fini.
a) Si le -module est dualisant, la suite est -régulière et le -module est dualisant ;
b) Si le -module est dualisant, que est contenu dans le radical de et que la suite est -régulière, le -module est dualisant.
Raisonnant par récurrence sur la longueur de la suite , on se ramène au cas où celle-ci est réduite à un élément . Supposons que le -module soit dualisant. Pour tout idéal maximal de contenant , on a
(VIII, , n° 1, cor. 2), et par suite Hom_{A_m}(A_m/xA_m, \Omega_m) = 0 (n° 1, prop. 3, a)). Cela entraîne Hom_A(A/xA, \Omega) = 0, de sorte que l’homothétie x_\Omega est injective. On peut donc supposer pour prouver la proposition que l’homothétie x_\Omega est injective
Notons \overline{A} l’anneau A/xA ; soit m un idéal maximal de A contenant x, et soit \overline{m} son image dans \overline{A}. Le A-module A/m est annulé par x, et s’identifie à \overline{A}/\overline{m} ; on dispose donc pour tout entier i \geqslant 1 d’un isomorphisme Ext^i_A(A/m, \Omega) \longrightarrow \operatorname{Ext}^{i-1}_{\overline{A}}(\overline{A}/\overline{m}, \Omega/x\Omega) (§ 3, n° 4, prop. 7). On a
(VIII, § 3, n° 1, cor. 2, a)). Or les idéaux maximaux de \overline{A} sont les idéaux \overline{m}, où m est un idéal maximal de A contenant x ; si de plus x appartient au radical de A, tout idéal maximal de A contient x. La proposition en résulte.
Corollaire 1
Soit A un anneau noethérien intègre. Tout A-module dualisant est sans torsion et de rang 1.
Soit \Omega un A-module dualisant ; il est sans torsion d’après la prop. 4. Soit K le corps des fractions de A ; le K-espace vectoriel K \otimes_A \Omega est dualisant (n° 1, prop. 2), donc de dimension 1.
Corollaire 2
Soient A un anneau de Macaulay local, \Omega un A-module de type fini, et x une suite sécante maximale d’éléments de m_A, engendrant un idéal J. Les conditions suivantes sont équivalentes :
(i) le A-module \Omega est dualisant ; (ii) le A-module \Omega est macaulayen de dimension égale à \dim(A), et \Omega/J\Omega est un module injectif indécomposable sur l’anneau local artinien A/J ; (iii) la suite x est \Omega-régulière et \Omega/J\Omega est un module injectif indécomposable sur l’anneau local artinien A/J ; (iv) la suite x est \Omega-régulière, on a \operatorname{long}_A(\Omega/J\Omega) = \operatorname{long}_A(A/J) et le \kappa_A-espace vectoriel \operatorname{Hom}_A(\kappa_A, \Omega/J\Omega) est de dimension 1.
(i) \Rightarrow (ii) : si \Omega est dualisant, il est macaulayen et de dimension \dim(A) (n° 1, prop. 1). La suite x est A-régulière puisque A est un anneau de Macaulay ; d’après la prop. 4, le A/J-module \Omega/J\Omega est dualisant, donc est un A/J-module de Matlis (n° 1, exemple 1).
(ii) \Rightarrow (iii) : sous l’hypothèse (ii), on a \dim(\Omega) = \dim(A) et \dim(\Omega/J\Omega) = \dim(A/J) = 0, de sorte que la suite x est sécante pour \Omega, donc \Omega-régulière (§ 2, n° 3, th. 1).
(iii) \Rightarrow (i) : sous les hypothèses de (iii), le A/J-module \Omega/J\Omega est un A-module de Matlis, donc est dualisant (n° 1, exemple 1) ; d’après la prop. 4 le A-module \Omega est dualisant.
(iii) \Leftrightarrow (iv) : cela résulte de la remarque du § 8, n° 3.
3. Changement d’anneaux
Proposition 5
Soit un homomorphisme d’anneaux noethériens, faisant de un -module plat. On suppose que pour tout idéal maximal de , l’anneau est un anneau de Gorenstein. Soit un -module dualisant ; le -module est dualisant.
Soient un idéal maximal de , et son image réciproque dans . Le -module est plat, le -module est dualisant, s’identifie à et , qui s’identifie à un anneau de fractions de , est un anneau de Gorenstein. Il suffit donc de démontrer la proposition lorsque est un homomorphisme local d’anneaux locaux, ce que nous supposerons désormais.
Traitons d’abord le cas où les anneaux et sont artiniens. Posons . Puisque est plat sur , le -module est isomorphe à (I, § 2, n° 10, prop. 11), donc à . On en déduit une suite d’isomorphismes
Le -espace vectoriel est de dimension 1 puisque est dualisant, et il en est de même du -espace vectoriel puisque est un anneau de Gorenstein ; par suite le -espace vectoriel est de dimension 1.
Soit un -module de longueur finie ; prouvons par récurrence sur qu’on a . L’assertion est claire si , et elle résulte de ce qui précède si . Supposons . Il existe une suite exacte de -modules
Soit le noyau de la surjection canonique de sur . Posons ; on a . Considérons la suite exacte de -modules
Les -modules et sont respectivement isomorphes à et , c’est-à-dire à et à 0. Les longueurs des -modules et sont 1 et , et celle de ) est ; on en déduit que le -module est nul. D’après la prop. 6 du § 3, n° 3, le -module est injectif ; par suite c’est un module dualisant (n° 1, exemple 1).
Passons au cas général. Posons ; c’est par hypothèse un anneau de Gorenstein, donc un anneau de Macaulay (, prop. 10). D’après la prop. 1 du n° 1, est un anneau de Macaulay, et le -module est macaulayen. Par suite est un anneau de Macaulay, et le -module est macaulayen (, cor. 1 de la prop. 9). Posons , . Il existe une suite d’éléments de régulière pour les -modules et , et une suite d’éléments de régulière pour le -module ; notons l’idéal de et l’idéal de qu’elles engendrent respectivement. La suite est régulière pour les -modules et (, prop. 11), et le -module est plat (loc. cit., prop. 10). Posons , et notons l’homomorphisme déduit de par passage aux quotients. Les anneaux et sont artiniens, le -module est plat, l’anneau , qui s’identifie à , est un anneau de Gorenstein (, exemple 2) et le -module est dualisant (n° 2, prop. 4). D’après la première partie de la démonstration, le -module est dualisant. Il résulte alors de loc. cit. que le -module est dualisant.
Corollaire
Soit A un anneau noethérien, admettant un module dualisant ; soit B une algèbre de polynômes sur A en un nombre fini d’indéterminées. Le B-module est dualisant.
En effet, pour tout idéal premier de , l’anneau s’identifie à , qui est régulier, donc de Gorenstein.
Proposition 6
Soient un anneau local noethérien et un -module dualisant. Soit B une A-algèbre finie ; on suppose que le A-module B est macaulayen. Le B-module est nul pour et dualisant pour .
On a (VIII, § 2, n° 3, th. 1 c)); posons . On a pour puisque le -module est macaulayen (n° 1, cor. de la prop. 3). Prouvons que le B-module est dualisant.
Supposons d’abord . Le spectre de est fini et formé d’idéaux maximaux (IV, § 2, n° 5, prop. 9); l’application canonique est un isomorphisme (loc. cit., cor. 1). Le B-module est donc somme directe des modules ; comme est à support dans , il s’identifie à . On a pour tout ; pour prouver que le B-module est dualisant, il suffit donc de prouver qu’il en est ainsi du -module pour tout , ce qui nous ramène au cas où l’anneau est local. Dans ce cas, d’après l’exemple 6 du § 8, n° 5, le B-module est isomorphe à , où est un -module de Matlis; c’est par conséquent un B-module de Matlis (, cor. de la prop. 5), donc un B-module dualisant (n° 1, exemple 1).
Supposons maintenant et raisonnons par récurrence sur . On a , d’où ; d’autre part on a (n° 1, prop. 1), et par suite . Il existe donc un élément de tel que les homothéties et soient injectives.
Considérons la suite exacte des modules d’extensions associée à la suite exacte et au A-module . Le A-module est macaulayen (, n° 1, exemple 3), de dimension (VIII, , n° 2, prop. 3) ; on a donc pour (n° 1, cor. de la prop. 3). Comme on a pour , on obtient une suite exacte de B-modules
Par l’hypothèse de récurrence, le -module est dualisant. Comme la A-algèbre B est finie, l’image de dans B est contenue dans le radical de B (V, , n° 1, prop. 1) ; d’après la prop. 4 du n° 2, le B-module est dualisant.
Corollaire 1
Soient A un anneau noethérien, un A-module dualisant, et B une A-algèbre finie ; on suppose que le A-module B est macaulayen. Le B-module est dualisant.
Notons le B-module . Soit un idéal maximal de B ; son image réciproque dans A est un idéal maximal (V, , n° 1, prop. 1). La -algèbre est finie, et c’est un -module macaulayen ; d’après la proposition, le -module , qui s’identifie à (, n° 2, prop. 2) est dualisant. Comme est un anneau de fractions de , le -module est dualisant, d’où le corollaire.
Remarque
Gardons les hypothèses du cor. 1 et supposons en outre que l’homomorphisme canonique soit injectif. On a alors pour tout idéal maximal de A (VIII, , n° 3, th. 1 a)). D’après la prop. 6 et le cor. 1, est nul pour , et le B-module est dualisant.
Corollaire 2
Si un anneau noethérien A possède un module dualisant, toute A-algèbre de type fini qui est un anneau de Macaulay possède un module dualisant.
Cela résulte du cor. 1 et du cor. de la prop. 5.
Corollaire 3
Tout anneau de Macaulay présentable (en particulier, tout anneau de Macaulay local complet) possède un module dualisant.
Soient en effet R un anneau régulier et A un anneau de Macaulay quotient de R. Le R-module A est macaulayen (, n° 5, exemple 5), et R possède un module dualisant (n° 1, exemple 2) ; il en est donc de même de A d’après le cor. 1. Par ailleurs on a déjà observé qu’un anneau noethérien local complet est présentable (, n° 4, prop. 6, c)).
Plus généralement, tout anneau de Macaulay quotient d’un anneau de Gorenstein possède un module dualisant. Inversement, on peut montrer qu’un anneau de Macaulay local qui possède un module dualisant est quotient d’un anneau local de Gorenstein (exerc. 1).
4. Structure des modules dualisants
Lemme 2
Soient un anneau noethérien, et des -modules de type fini, un homomorphisme. Soit un élément du radical de , tel que l’homothétie soit injective. Si l’homomorphisme induit par est injectif (resp. surjectif, resp. bijectif), il en est de même de .
L’assertion concernant la surjectivité de résulte du lemme de Nakayama (II, § 3, n° 2, cor. 1 de la prop. 4), sans hypothèse sur . Considérons le diagramme commutatif à lignes exactes
à l’aide du lemme du serpent (I, § 1, n° 4, prop. 2), on en déduit une suite exacte . Si est injective, l’homothétie de rapport est surjective dans , ce qui implique par le lemme de Nakayama.
Proposition 7
Soient un anneau noethérien et un -module dualisant.
a) On a pour .
b) L’homomorphisme canonique est bijectif.
c) Tout -module dualisant est de la forme où est un -module projectif de rang 1.
A) Traitons d’abord le cas où l’anneau est local. Dans ce cas la condition c) signifie simplement que deux modules dualisants sont isomorphes.
Soit un -module dualisant. On a (n° 1, prop. 1), donc pour (n° 1, prop. 3, c)), d’où a).
Prouvons b) et c) par récurrence sur l’entier (égal à ). S’il est nul, l’anneau est artinien, et sont des -modules de Matlis (n° 1, exemple 1) ; ils sont donc isomorphes ( 8, n° 1, prop. 1) et l’application canonique est bijective ( 8, n° 2, prop. 3, c)). Supposons et soit un élément simplifiable de . L’homothétie est injective (n° 2, prop. 4), et l’on a une suite exacte
Puisque est nul et que s’identifie à , on en déduit une suite exacte
où est l’application canonique. D’après la prop. 4, les -modules et sont dualisants, donc isomorphes par l’hypothèse de récurrence. Soit un isomorphisme de sur . Compte tenu de la suite exacte (1), il existe un -homomorphisme tel que ; d’après le lemme 2, est bijectif, ce qui prouve c). Par l’hypothèse de récurrence, l’homomorphisme canonique est bijectif. Compte tenu de la suite exacte (1), cet homomorphisme s’identifie à l’homomorphisme induit par ; il résulte alors du lemme 2 que est bijectif, d’où b).
B) Passons au cas général. Pour tout idéal maximal de et tout entier , on a d’après ce qui précède, donc (, n° 2, prop. 2), ce qui implique (II, , n° 3, cor. 2 du th. 1). De même, l’homomorphisme est bijectif pour tout idéal maximal de , donc est bijectif (loc. cit., th. 1).
Prouvons enfin c). Soit un -module dualisant. Désignons par le -module , et par l’homomorphisme tel que pour , . Soit un idéal maximal de . Le -module s’identifie à ; d’après le cas déjà traité il est libre de rang un, et tout isomorphisme en est un générateur. Lorsqu’on identifie à à l’aide du générateur , l’homomorphisme s’identifie à , donc est bijectif. Ceci ayant lieu pour tout idéal maximal de , le -module est projectif de rang un (II, , n° 3, th. 2), et l’homomorphisme est bijectif (II, , n° 3, th. 1).
Corollaire 1
Pour que soit un anneau de Gorenstein, il faut et il suffit que le -module soit projectif de rang 1*.
Cela résulte de l’exemple 2 du n° 1 et de la prop. 7 c).
Corollaire 2
Supposons que l’anneau soit présentable. L’ensemble des idéaux premiers de tels que soit un anneau de Gorenstein est ouvert dans *.
Soit un idéal premier de tel que soit un anneau de Gorenstein. C’est alors un anneau de Macaulay ; quitte à remplacer par , où est un élément convenable de , on se ramène au cas où est un anneau de Macaulay (, n° 4, prop. 7, c)). Soit un -module dualisant (n° 3, cor. 3 de la prop. 6). Alors est un module dualisant sur l’anneau de Gorenstein (n° 1, prop. 2), donc est libre de rang 1 (cor. 1). Par suite il existe un élément de tel que le -module soit libre de rang 1 (II, , n° 1, cor. de la prop. 2). Ainsi est un anneau de Gorenstein (cor. 1) et il en est de même de pour tout idéal premier de ne contenant pas (, n° 7, exemple 1), ce qui prouve le corollaire.
5. Dualité des modules de type fini
On considère dans ce numéro un anneau noethérien de dimension finie qui possède un module dualisant . On a alors (n° 1, prop. 1). Choisissons une résolution injective de longueur finie . Pour tout complexe de -modules, notons le complexe . Cela s’applique en particulier à tout -module , considéré comme un complexe concentré en degré 0 ; on a alors pour tout entier . Rappelons qu’on a construit en A, X, p. 100, th. 1, un isomorphisme canonique
Exemples.— 1) Le complexe s’identifie à . L’application est par définition un homologisme.
2) L’homomorphisme est un élément de ; l’application A-linéaire telle que est un homologisme (n° 4, prop. 7, a) et b)).
3) Soit S une partie multiplicative de A. Le -module est dualisant (n° 1, cor. 1 de la prop. 2); les -modules sont injectifs (cor. 1 de la prop. 3 du § 3, n° 2) et le morphisme déduit de est une résolution injective de , à laquelle on peut donc appliquer ce qui précède. Pour tout complexe C de type fini (et en particulier tout A-module M de type fini), l’homomorphisme canonique de dans est bijectif.
4) Soient A un anneau de Dedekind, K son corps des fractions. Le A-module A est dualisant et admet la résolution injective I de longueur 1 définie par la suite exacte
où est la surjection canonique. Pour tout A-module M, le complexe est le complexe concentré en degrés 0 et 1
avec . On a une suite exacte
Pour tout morphisme de complexes , on note le morphisme de complexes . Si est un homologisme, est un homologisme (A, X, p. 86, prop. 4, b)). Si est une suite exacte de complexes, la suite de complexes est exacte (A, X, p. 83, prop. 2, a)).
Soit M un A-module. À chaque élément de M, associons l’application de dans I ; c’est un élément de . Il résulte des définitions que est un morphisme de complexes, donc un élément de .
On définit ainsi un morphisme de complexes :
d’où, par passage à l’homologie, un homomorphisme de A-modules
Théorème 1
Soit un -module de type fini. Alors est un homologisme : on a pour et l’homomorphisme est bijectif.
Prenons d’abord . L’application est un homologisme (exemple 1), donc aussi l’application . L’application est un homologisme (exemple 2), et on a ; ainsi est un homologisme, ce qui prouve le théorème dans ce cas. Il en résulte que est un homologisme lorsque le -module est libre de type fini.
Passons au cas général ; nous allons prouver par récurrence sur l’entier l’assertion suivante :
pour tout -module de type fini , l’homomorphisme est bijectif pour .
Cela signifie aussi que est nul pour et , et que est bijectif si . Observons que est vérifiée pour , où est la longueur du complexe : en effet le -module est égal à , donc est nul pour et .
Prouvons l’implication . Soit un -module de type fini. Il existe un -module libre de type fini et une suite exacte .
La suite est exacte ; de même, si l’on pose et , la suite est exacte.
Puisque est nul pour , on a des isomorphismes
cela entraîne l’implication pour et . Considérons le diagramme commutatif à lignes exactes
où est bijectif. Si est satisfaite, l’homomorphisme est également bijectif, donc est injectif et l’on obtient , d’où . Si est satisfaite, est nul, donc est surjectif, ce qui implique que est surjectif. Cela étant vrai pour tout -module de type fini , est aussi surjectif ; d’après I, , n° 4, cor. 2 de la prop. 2, est bijectif, de sorte que est satisfaite
Ainsi est vraie pour tout , ce qui démontre le théorème.
Soit un -module de type fini ; posons . Notons le sous-complexe de égal à , et
l’injection canonique. On déduit de la surjection canonique et de l’isomorphisme un morphisme de complexes
comme est nul pour (n° 1, prop. 3 a)), est une résolution gauche de . D’après A, X, p. 100, th. 1, on a un isomorphisme canonique
en le composant avec l’homomorphisme
on obtient donc un homomorphisme
d’où finalement, par composition avec , un homomorphisme canonique
Corollaire
Si le -module est macaulayen, l’homomorphisme est bijectif.
Si est macaulayen, le -module est nul pour (n° 1, cor. de la prop. 3), de sorte que l’injection canonique est un homologisme ; par suite le morphisme de complexes est un homologisme (A, X, p. 86, prop. 4). Ainsi est bijectif ; d’autre part est bijectif par le th. 1, d’où le corollaire.
Lorsque le -module est de longueur finie, le -module s’identifie au dual de Matlis de ( § 8, n° 5, exemple 3 et th. 3), et l’on retrouve la prop. 4 du § 8, n° 4.
6. Exemple : le cas de la dimension 1
Dans ce numéro, on considère un anneau intègre, noethérien, de dimension 1, admettant un module dualisant . On note le corps des fractions de , et le -espace vectoriel .
L’homomorphisme canonique est injectif, et le K-espace vectoriel V est de dimension 1 (n° 2, cor. 1 de la prop. 4) ; identifions à un sous-A-module de V.
Proposition 8
Le A-module est un module de Matlis.
Considérons la suite exacte
le A-module V est injectif (A, X, p. 18, exemple 1), et l’on a (n° 1, prop. 1). On en déduit d’une part que est injectif (§ 3, n° 1, prop. 1), d’autre part, que pour tout idéal maximal de A, le -espace vectoriel est isomorphe à , donc de dimension 1. Comme est un module de torsion, ses idéaux premiers associés sont maximaux ; cela démontre la proposition (§ 8, n° 4).
Soit M un A-module ; conformément à loc. cit., nous noterons D(M) le A-module . On peut appliquer les constructions du n° 5 en prenant pour I le complexe
où V est placé en degré 0, et p désigne la surjection canonique. Le complexe est
avec . On a un isomorphisme canonique de A-modules gradués (A, X, p. 100, th. 1).
Lorsque M est un module de torsion, le module est nul, et est un isomorphisme de sur ; le morphisme n’est autre que l’homomorphisme canonique de A-modules
défini au § 8, n° 3, qui est un isomorphisme lorsque M est de type fini (c’est-à-dire de longueur finie). On retrouve dans ce cas la situation de loc. cit.
Revenons au cas général, et supposons le A-module M de type fini. Alors est un module de torsion, donc le A-module est nul. D’autre part le A-module s’identifie naturellement à , de façon que l’homomorphisme
s’identifie à l’application
telle que pour . Le th. 1 du n° 5 se traduit donc par l’exactitude de la suite
où désigne l’application canonique de dans . Le noyau de s’identifie au sous-module de torsion de , et son conoyau à . Considérons le diagramme commutatif à lignes exactes
où la seconde ligne est obtenue par dualité de Matlis à partir de la suite exacte
Le th. 1 signifie alors que les homomorphismes de -modules
déduits de et respectivement, sont bijectifs. Comme le -module est de longueur finie, le -module est de longueur finie et s’identifie au dual de Matlis , et l’on a dans le groupe et (§ 8, n° 4, prop. 4). D’autre part, lorsqu’on prend , on obtient un isomorphisme canonique .
Soit un sous-anneau de contenant , fini sur . Pour tout idéal maximal de , on a (§ 1, n° 1, remarque 2 et VIII, § 2, n° 3, th. 1), de sorte que est un -module macaulayen. Par conséquent le -module est dualisant (n° 3, remarque). L’application canonique de dans est injective ; son image est formée des éléments de tels que le sous-B-module de soit contenu dans . Ainsi s’identifie au plus grand sous-B-module de . Le -module est de longueur finie ; la suite exacte
permet d’identifier à , donc d’après ce qui précède à . En particulier, on a dans et (§ 8, n° 4, prop. 4).
L’idéal est le transporteur , c’est-à-dire (VII, § 1, n° 1) l’ensemble des éléments de tels que . C’est un idéal (non nul) de
A et de B ; c’est en fait le plus grand idéal de B contenu dans A. Puisque (n° 4, prop. 7, b)), on a , d’où finalement
Nous allons particulariser ce qui précède au cas où B est la clôture intégrale de A ; l’hypothèse que B soit un A-module de type fini est satisfaite lorsque l’anneau A est japonais (IX, § 4, n° 1, déf. 1), ce qui est le cas lorsqu’il est local et complet (loc. cit., n° 2, th. 2), ou lorsqu’il est essentiellement de type fini sur un corps (loc. cit., n° 1, remarque 2 et exemple). L’anneau B est alors un anneau de Dedekind (VII, § 2, n° 2, th. 1), et les B-modules sans torsion , et sont projectifs de rang 1 (VII, § 4, n° 10, prop. 22). La relation signifie alors que l’application linéaire déduite de l’action de K sur V est un isomorphisme (II, § 5, n° 6, prop. 11). On a en particulier .
Proposition 9
Soient B la clôture intégrale de A, et . Supposons que B soit un A-module de type fini. On a l’inégalité dans . Pour qu’il y ait égalité, il faut et il suffit que A soit un anneau de Gorenstein.
On a , de sorte que l’inégalité considérée équivaut à .
A) Pour tout idéal maximal de A, la clôture intégrale de est (V, § 1, n° 5, cor. 1), et l’on a . De plus on a par définition et . Ceci nous ramène à démontrer la proposition lorsque l’anneau A est local, ce que nous supposerons désormais. Dans ce cas le groupe ordonné s’identifie canoniquement à , de façon que la classe d’un module de longueur finie soit sa longueur. L’anneau B est semi-local et le B-module est libre de rang 1 (II, § 5, n° 3, prop. 5).
B) Si A est un anneau de Gorenstein, le A-module est libre de rang 1 (n° 4, cor. 1 de la prop. 7) ; choisissons un générateur de . On a et , et par suite .
C) Supposons le corps résiduel infini. Pour tout idéal maximal de B, notons le -espace vectoriel (de dimension 1) , et la projection canonique de sur . Soit la restriction à de l’homomorphisme canonique . L’image de est un sous--espace vectoriel de ; elle n’est pas contenue dans , sans quoi l’on aurait et par suite , ce qui est contradictoire. Ainsi l’image de n’est pas contenue dans la réunion des (A, V, p. 40, lemme 1) ; il existe donc un élément de dont l’image dans est non nulle pour tout , ce qui entraîne que engendre le B-module (II, § 3, n° 3, prop. 11).
Soit ; si appartient à , on a , donc , ce qui implique . L’application induit donc une injection de dans ; par suite on a .
Si , on a . On peut supposer que l’idéal est contenu dans (dans le cas contraire est égal à , donc est un anneau de Gorenstein). Comme est contenu dans , il résulte du lemme de Nakayama que engendre . Ainsi le -module est monogène, donc libre de rang 1, ce qui signifie que est un anneau de Gorenstein (n° 4, cor. 1 de la prop. 7).
D) Traitons le cas général. Notons l’anneau , c’est-à-dire (IX, App., n° 2) l’anneau local de l’anneau de polynômes en l’idéal premier ; c’est une -algèbre plate, intègre, de dimension 1, dont le corps résiduel s’identifie à et le corps des fractions à (loc. cit.). D’après le cor. de la prop. 5 du n° 3, le -module est dualisant. Posons ; c’est la clôture intégrale de dans (V, § 1, n° 3, prop. 13 et n° 5, prop. 16). Le transporteur est égal à (I, § 2, n° 10, formule (11)). Pour tout -module de longueur finie, on a : en effet, comme la -algèbre est plate, il suffit de prouver cette relation lorsque est simple, c’est-à-dire isomorphe à ; mais dans ce cas s’identifie à , d’où notre assertion. On a donc
L’anneau vérifie les hypothèses de la proposition, et son corps résiduel est infini. D’après la partie C) de la démonstration, on a , et l’égalité implique que est un anneau de Gorenstein; mais cette dernière condition entraîne que est un anneau de Gorenstein (§ 3, n° 8, cor. 1 de la prop. 12).
Exercices
See the exercises for § 9.