Bourbaki

§ 10. Limites projectives et inductives

Dans tout ce paragraphe, on désigne par II un ensemble préordonné non vide, par α⩽β\alpha \leqslant \beta la relation de préordre dans II. La notion de système projectif (resp. inductif) d’ensembles relatif à l’ensemble d’indices II est définie en E, III, p. 52 (resp. E, III, p. 61, sous l’hypothèse que II est filtrant à droite).

1. Systèmes projectifs de magmas

Définition 1

On appelle système projectif de magmas relatif à l’ensemble d’indices II un système projectif d’ensembles* (Eα,fαβ)(\mathbf{E}_\alpha, f_{\alpha\beta}) relatif à II, chaque Eα\mathbf{E}_\alpha étant muni d’une structure de magma et chaque fαβf_{\alpha\beta} étant un homomorphisme de magmas.

Soit (Eα,fαβ)(\mathbf{E}_\alpha, f_{\alpha\beta}) un système projectif de magmas dont les lois sont notées multiplicativement. L’ensemble limite projective E=lim⁡←Eα\mathbf{E} = \lim_{\leftarrow} \mathbf{E}_\alpha est le sous-ensemble du magma produit ∏α∈IEα\prod_{\alpha \in I} \mathbf{E}_\alpha formé des familles (xα)α∈I(x_\alpha)_{\alpha \in I} telles que xα=fαβ(xβ)x_\alpha = f_{\alpha\beta}(x_\beta) pour α ≤ β. Si (xα)(x_\alpha) et (yα)(y_\alpha) appartiennent à E, on a, pour α≤β\alpha \leq \beta, xα=fαβ(xβ)x_\alpha = f_{\alpha \beta}(x_\beta) et yα=fαβ(yβ)y_\alpha = f_{\alpha \beta}(y_\beta), d’où xαyα=fαβ(xβ)fαβ(yβ)=fαβ(xβyβ)x_\alpha y_\alpha = f_{\alpha \beta}(x_\beta)f_{\alpha \beta}(y_\beta) = f_{\alpha \beta}(x_\beta y_\beta); donc E est un sous-magma de ∏α∈IEα\prod_{\alpha \in I} E_\alpha. On munira E de la loi induite par celle de ∏α∈IEα\prod_{\alpha \in I} E_\alpha; le magma obtenu s’appelle le magma limite projective des magmas EαE_\alpha. Il jouit de la propriété universelle suivante:

a) Pour tout α∈I\alpha \in I, l’application canonique fαf_\alpha de E dans EαE_\alpha est un homomorphisme de magmas de E dans EαE_\alpha. On a fα=fαβ∘fβf_\alpha = f_{\alpha \beta} \circ f_\beta pour α≤β\alpha \leq \beta.

b) Supposons donnés un magma F et des homomorphismes uα:F→Eαu_\alpha : F \to E_\alpha tels que uα=fαβ∘uβu_\alpha = f_{\alpha \beta} \circ u_\beta pour α≤β\alpha \leq \beta. Il existe un homomorphisme u:F→Eu : F \to E et un seul tel que uα=fα∘uu_\alpha = f_\alpha \circ u pour tout α∈I\alpha \in I (à savoir x↦u(x)=(uα(x))α∈Ix \mapsto u(x) = (u_\alpha(x))_{\alpha \in I}).

Si les magmas EαE_\alpha sont associatifs (resp. commutatifs), il en est de même de E. Supposons que chaque magma EαE_\alpha admette un élément neutre eαe_\alpha et que les homomorphismes fαβf_{\alpha \beta} soient unifères. Alors e=(eα)α∈Ie = (e_\alpha)_{\alpha \in I} appartient à E, car eα=fαβ(eβ)e_\alpha = f_{\alpha \beta}(e_\beta) pour α≤β\alpha \leq \beta, et c’est un élément neutre du magma E; avec les notations précédentes, les homomorphismes fαf_\alpha sont unifères, et si les uαu_\alpha sont unifères, alors uu est unifère. De plus un élément x=(xα)α∈Ix = (x_\alpha)_{\alpha \in I} de E est inversible si et seulement si chacun des xαx_\alpha est inversible dans le magma EαE_\alpha correspondant, et l’on a x−1=(xα−1)α∈Ix^{-1} = (x_\alpha^{-1})_{\alpha \in I}: cela résulte de la formule fαβ(xβ−1)=fαβ(xβ)−1=xα−1f_{\alpha \beta}(x_\beta^{-1}) = f_{\alpha \beta}(x_\beta)^{-1} = x_\alpha^{-1} pour α≤β\alpha \leq \beta.

On déduit de ces remarques que si les magmas EαE_\alpha sont des monoïdes (resp. des groupes) et les fαβf_{\alpha \beta} des homomorphismes de monoïdes, alors le magma E est un monoïde (resp. un groupe). On parlera dans ce cas de système projectif de monoïdes (resp. de groupes). La propriété universelle se transpose immédiatement à ce cas.

On laisse au lecteur le soin de définir un système projectif d’anneaux (Eα,fαβ)(E_\alpha, f_{\alpha \beta}) et de vérifier que E=lim⁡←EαE = \lim_{\leftarrow} E_\alpha est un sous-anneau de l’anneau produit ∏α∈IEα\prod_{\alpha \in I} E_\alpha appelé anneau limite projective des anneaux EαE_\alpha; on vérifie que la propriété universelle s’étend à ce cas.

Soient E=(Eα,fαβ)\mathfrak{E} = (E_\alpha, f_{\alpha \beta}) et E′=(Eα′,fαβ′)\mathfrak{E}' = (E'_\alpha, f'_{\alpha \beta}) deux systèmes projectifs de magmas (resp. de monoïdes, de groupes, d’anneaux) relatifs au même ensemble d’indices. Un homomorphisme de E\mathfrak{E} dans E′\mathfrak{E}' est un système projectif (uα)α∈I(u_\alpha)_{\alpha \in I} d’applications uα:Eα→Eα′u_\alpha : E_\alpha \to E'_\alpha tel que chaque uαu_\alpha soit un homomorphisme. Dans ces conditions, l’application u=lim⁡←uαu = \lim_{\leftarrow} u_\alpha de lim⁡←Eα\lim_{\leftarrow} E_\alpha dans lim⁡←Eα′\lim_{\leftarrow} E'_\alpha est un homomorphisme (cf. E, III, p. 54).

2. Limites projectives d’actions

Supposons donnés deux systèmes projectifs d’ensembles (Ωα,φαβ)(\Omega_\alpha, \varphi_{\alpha \beta}) et (Eα,fαβ)(E_\alpha, f_{\alpha \beta}) relatifs au même ensemble d’indices I. Supposons donnée pour tout α∈I\alpha \in I une action de Ωα\Omega_\alpha sur EαE_\alpha de sorte que l’on ait

fαβ(ωβxβ)=φαβ(ωβ)⋅fαβ(xβ) f_{\alpha \beta}(\omega_\beta x_\beta) = \varphi_{\alpha \beta}(\omega_\beta) \cdot f_{\alpha \beta}(x_\beta)

pour α≤β\alpha \leq \beta, xβ∈Eβx_\beta \in E_\beta, ωβ∈Ωβ\omega_\beta \in \Omega_\beta. On dit alors que la famille d’actions considérée est un système projectif d’actions. Posons Ω=lim⁡←Ωα\Omega = \lim_{\leftarrow} \Omega_\alpha et E=lim⁡←EαE = \lim_{\leftarrow} E_\alpha; si x=(xα)α∈Ix = (x_\alpha)_{\alpha \in I} appartient à EE et ω=(ωα)α∈I\omega = (\omega_\alpha)_{\alpha \in I} appartient à Ω\Omega, alors ω⋅x=(ωα⋅xα)α∈I\omega \cdot x = (\omega_\alpha \cdot x_\alpha)_{\alpha \in I} appartient à EE d’après (1). On définit ainsi une action de Ω\Omega sur EE, appelée limite projective des actions des Ωα\Omega_\alpha sur les EαE_\alpha.

Ce qui précède s’applique surtout au cas où les Ωα\Omega_\alpha sont des monoïdes, et où chaque action de Ωα\Omega_\alpha sur EαE_\alpha est une opération. Alors, la limite projective de ces opérations est une opération du monoïde Ω\Omega sur EE.

On laisse au lecteur le soin de définir la limite projective d’un système projectif de groupes à opérateurs, et de vérifier que cette limite est un groupe à opérateurs.

3. Systèmes inductifs de magmas

Dans ce n° et le suivant, on suppose I filtrant à droite.

Définition 2

On appelle système inductif de magmas relatif à l’ensemble d’indices I un système inductif d’ensembles (Eα,fβα)(E_\alpha, f_{\beta \alpha}) relatif à I, chaque EαE_\alpha étant muni d’une structure de magma et chaque fβαf_{\beta \alpha} étant un homomorphisme de magmas.

Soit (Eα,fβα)(E_\alpha, f_{\beta \alpha}) un système inductif de magmas. On notera E l’ensemble limite inductive lim⁡⟶Eα\lim_{\longrightarrow} E_\alpha et fαf_\alpha l’application canonique de EαE_\alpha dans E. On rappelle que l’on a

fβ∘fβα=fαpour α≤β, f_\beta \circ f_{\beta \alpha} = f_\alpha \quad \text{pour } \alpha \leq \beta,
E=⋃α∈Λfα(Eα). E = \bigcup_{\alpha \in \Lambda} f_\alpha(E_\alpha).

D’après (2), on a aussi

fα(Eα)⊂fβ(Eβ)pour α≤β. f_\alpha(E_\alpha) \subset f_\beta(E_\beta) \quad \text{pour } \alpha \leq \beta.

Si xα,yαx_\alpha, y_\alpha dans EαE_\alpha sont tels que fα(xα)=fα(yα)f_\alpha(x_\alpha) = f_\alpha(y_\alpha), il existe un β≥α\beta \geq \alpha tel que fβα(xα)=fβα(yα)f_{\beta \alpha}(x_\alpha) = f_{\beta \alpha}(y_\alpha).

Proposition 1

Il existe sur E une structure de magma et une seule pour laquelle les applications fα:Eα→Ef_\alpha : E_\alpha \to E sont des homomorphismes. Si les magmas EαE_\alpha sont associatifs (resp. commutatifs), il en est de même de E. Si les magmas EαE_\alpha et les homomorphismes fβαf_{\beta \alpha} sont unifères, il en est de même du magma E et des homomorphismes fαf_\alpha.

On notera multiplicativement les magmas EαE_\alpha.

Soient x,yx, y dans E. Il existe α\alpha dans I et xα,yαx_\alpha, y_\alpha dans EαE_\alpha tels que x=fα(xα)x = f_\alpha(x_\alpha) et y = f_\alpha(y_\alpha). S’il existe une structure de magma sur E pour laquelle fαf_\alpha soit un homomorphisme, on aura x.y=fα(xαyα)x.y = f_\alpha(x_\alpha y_\alpha), d’où l’unicité de cette structure de magma.

Pour démontrer son existence, nous devons prouver que pour α,β\alpha, \beta dans I, xα,yαx_\alpha, y_\alpha dans EαE_\alpha et xβ′,yβ′x'_\beta, y'_\beta dans EβE_\beta, les relations

fα(xα)=fβ(xβ′),fα(yα)=fβ(yβ′) f_\alpha(x_\alpha) = f_\beta(x'_\beta), \quad f_\alpha(y_\alpha) = f_\beta(y'_\beta)
entraînent fα(xαyα)=fβ(xβ′yβ′)f_\alpha(x_\alpha y_\alpha) = f_\beta(x'_\beta y'_\beta). Pour γ≥α\gamma \geq \alpha et γ≥β\gamma \geq \beta, posons xγ=fγα(xα)x_\gamma = f_{\gamma \alpha}(x_\alpha), yγ=fγα(yα)y_\gamma = f_{\gamma \alpha}(y_\alpha), xγ′=fγβ(xβ′)x'_\gamma = f_{\gamma \beta}(x'_\beta), yγ′=fγβ(yβ′)y'_\gamma = f_{\gamma \beta}(y'_\beta). D’après la définition de la limite inductive, il existe γ\gamma dans I tels que γ≥α,γ≥β\gamma \geq \alpha, \gamma \geq \beta, xγ=xγ′,yγ=yγ′x_\gamma = x'_\gamma, y_\gamma = y'_\gamma. Alors
fα(xαyα)=fγ(fγα(xαyα))=fγ(xγyγ)=fγ(xγ′yγ′)=fγ(fγβ(xβ′yβ′))=fβ(xβ′yβ′). f_\alpha(x_\alpha y_\alpha) = f_\gamma(f_{\gamma \alpha}(x_\alpha y_\alpha)) = f_\gamma(x_\gamma y_\gamma) = f_\gamma(x'_\gamma y'_\gamma) = f_\gamma(f_{\gamma \beta}(x'_\beta y'_\beta)) = f_\beta(x'_\beta y'_\beta).

Supposons les magmas EαE_\alpha associatifs. Soient x,y,zx, y, z dans E. Il existe α∈I\alpha \in I et des éléments xα,yα,zαx_\alpha, y_\alpha, z_\alpha de EαE_\alpha tels que

x=fα(xα),y=fα(yα),z=fα(zα). x = f_\alpha(x_\alpha), \quad y = f_\alpha(y_\alpha), \quad z = f_\alpha(z_\alpha).
On a alors xy=fα(xαyα)xy = f_\alpha(x_\alpha y_\alpha), d’où (xy)z=fα((xαyα)zα)(xy)z = f_\alpha((x_\alpha y_\alpha)z_\alpha); de même, on a x(yz)=fα(xα(yαzα))x(yz) = f_\alpha(x_\alpha(y_\alpha z_\alpha)), d’où (xy)z=x(yz)(xy)z = x(yz) car (xαyα)zα=xα(yαzα)(x_\alpha y_\alpha)z_\alpha = x_\alpha(y_\alpha z_\alpha). Le cas des magmas commutatifs se traite de manière analogue.

Supposons enfin que chaque magma EαE_\alpha ait un élément neutre eαe_\alpha et qu’on ait fβα(eα)=eβf_{\beta \alpha}(e_\alpha) = e_\beta pour α≤β\alpha \leq \beta. Pour α,β\alpha, \beta dans I, il existe γ\gamma dans I tel que γ≥α\gamma \geq \alpha et γ≥β\gamma \geq \beta, d’où

fα(eα)=fγ(fγα(eα))=fγ(eγ)=fγ(fγβ(eβ))=fβ(eβ) f_\alpha(e_\alpha) = f_\gamma(f_{\gamma \alpha}(e_\alpha)) = f_\gamma(e_\gamma) = f_\gamma(f_{\gamma \beta}(e_\beta)) = f_\beta(e_\beta)
et il existe donc un élément ee de E tel que fα(eα)=ef_\alpha(e_\alpha) = e pour tout α∈I\alpha \in I. Soit x∈Ex \in E; soient α∈I\alpha \in I et xα∈Eαx_\alpha \in E_\alpha tels que x=fα(xα)x = f_\alpha(x_\alpha). On a alors
ex=fα(eα)⋅fα(xα)=fα(eα⋅xα)=fα(xα)=x ex = f_\alpha(e_\alpha) \cdot f_\alpha(x_\alpha) = f_\alpha(e_\alpha \cdot x_\alpha) = f_\alpha(x_\alpha) = x
et de même xe=xxe = x, donc ee est élément neutre de E.

C. Q. F. D.

On dit que le magma E est la limite inductive des magmas EαE_\alpha.

Proposition 2

Soit* (Eα,fβα)(E_\alpha, f_{\beta \alpha}) un système inductif de magmas et soient E sa limite inductive, fα:Eα→Ef_\alpha : E_\alpha \to E les homomorphismes canoniques. On suppose donnés un magma F et une famille d’homomorphismes uα:Eα→Fu_\alpha : E_\alpha \to F tels que uα=uβ∘fβαu_\alpha = u_\beta \circ f_{\beta \alpha} pour α≤β\alpha \leq \beta. Il existe un homomorphisme u:E→Fu : E \to F et un seul tel que uα=u∘fαu_\alpha = u \circ f_\alpha pour tout α∈I\alpha \in I. Si les magmas EαE_\alpha et F et les homomorphismes fβαf_{\beta \alpha} et uαu_\alpha sont unifères, l’homomorphisme u est unifère.

On sait (E, III, p. 62, prop. 6) qu’il existe une application u:E→Fu : E \to F et une seule telle que uα=u∘fαu_\alpha = u \circ f_\alpha pour tout α∈I\alpha \in I. Vérifions que uu est un homomorphisme; soient x,yx, y dans E, α\alpha dans I et xα,yαx_\alpha, y_\alpha dans EαE_\alpha tels que x=fα(xα)x = f_\alpha(x_\alpha) et y=fα(yα)y = f_\alpha(y_\alpha). On a xy=fα(xαyα)xy = f_\alpha(x_\alpha y_\alpha), d’où

u(xy)=u(fα(xαyα))=uα(xαyα)=uα(xα)uα(yα) u(xy) = u(f_\alpha(x_\alpha y_\alpha)) = u_\alpha(x_\alpha y_\alpha) = u_\alpha(x_\alpha)u_\alpha(y_\alpha)
=u(fα(xα))u(fα(yα))=u(x)u(y). = u(f_\alpha(x_\alpha))u(f_\alpha(y_\alpha)) = u(x)u(y).

Plaçons-nous maintenant dans le cas unifère et notons eαe_\alpha l’élément unité de EαE_\alpha, ee celui de EE et e′e' celui de FF. Soit α∈I\alpha \in I; on a e=fα(eα)e = f_\alpha(e_\alpha), d’où

u(e)=u(fα(eα))=uα(eα)=e′ u(e) = u(f_\alpha(e_\alpha)) = u_\alpha(e_\alpha) = e'
car uαu_\alpha est unifère. Donc uu est unifère.

C. Q. F. D.

Par analogie avec la notion de système inductif de magmas, on peut formuler celle de système inductif de monoïdes ou de groupes. La prop. 1 (I, p. 114) montre que le magma EE limite d’un système inductif de monoïdes (Eα,fβα)(E_\alpha, f_{\beta\alpha}) est un monoïde. Montrons que EE est un groupe si les EαE_\alpha sont des groupes; soient x∈Ex \in E, α∈I\alpha \in I et xα∈Eαx_\alpha \in E_\alpha tels que x=fα(xα)x = f_\alpha(x_\alpha); l’élément y=fα(xα−1)y = f_\alpha(x_\alpha^{-1}) de EE est inverse de xx (I, p. 15). La propriété universelle de la prop. 2 (I, p. 115) se traduit immédiatement dans le cas d’un système inductif de monoïdes ou de groupes.

Nous laissons au lecteur le soin de définir un système inductif d’anneaux. Soit (Aα,fβα)(A_\alpha, f_{\beta\alpha}) un tel système inductif; soient A=lim⁡⟶AαA = \lim_{\longrightarrow} A_\alpha et fα:Aα→Af_\alpha : A_\alpha \to A les homomorphismes canoniques. Il existe (I, p. 115, prop. 2) sur AA une addition et une multiplication caractérisées par x+y=fα(xα+yα)x + y = f_\alpha(x_\alpha + y_\alpha), xy=fα(xαyα)xy = f_\alpha(x_\alpha y_\alpha) pour α\alpha dans II, xα,yαx_\alpha, y_\alpha dans AαA_\alpha et x=fα(xα),y=fα(yα)x = f_\alpha(x_\alpha), y = f_\alpha(y_\alpha). Pour l’addition, AA est un groupe commutatif, et la multiplication est associative et admet un élément unité. Enfin, pour x,y,zx, y, z dans AA, soient α\alpha dans II et xα,yα,zαx_\alpha, y_\alpha, z_\alpha dans AαA_\alpha tels que

x=fα(xα),y=fα(yα),etz=fα(zα). x = f_\alpha(x_\alpha), \quad y = f_\alpha(y_\alpha), \quad \text{et} \quad z = f_\alpha(z_\alpha).
On a
(x+y)z=fα(xα+yα)fα(zα)=fα((xα+yα)zα)=fα(xαzα+yαzα)=fα(xαzα)+fα(yαzα)=xz+yz (x + y)z = f_\alpha(x_\alpha + y_\alpha)f_\alpha(z_\alpha) = f_\alpha((x_\alpha + y_\alpha)z_\alpha) = f_\alpha(x_\alpha z_\alpha + y_\alpha z_\alpha) = f_\alpha(x_\alpha z_\alpha) + f_\alpha(y_\alpha z_\alpha) = xz + yz
et de manière analogue, on prouve la relation x(y+z)=xy+xzx(y + z) = xy + xz. Autrement dit, AA est muni d’une structure d’anneau, caractérisée par le fait que fαf_\alpha est un homomorphisme d’anneaux pour tout α∈I\alpha \in I.

On dit que l’anneau AA est limite inductive des anneaux AαA_\alpha. La prop. 2 (I, p. 115) s’étend immédiatement au cas des anneaux.

Proposition 3

a) Si les AαA_\alpha sont non nuls, AA est non nul. b) Si les AαA_\alpha sont intègres, AA est intègre. c) Si les AαA_\alpha sont des corps, AA est un corps.

Soient 0α,1α0_\alpha, 1_\alpha le zéro et l’unité de AαA_\alpha, et 0,10, 1 le zéro et l’unité de AA. Il existe α∈I\alpha \in I tel que fα(0α)=0,fα(1α)=1f_\alpha(0_\alpha) = 0, f_\alpha(1_\alpha) = 1. Si 0=10 = 1, il existe β≥α\beta \geq \alpha tel que fβα(0α)=fβα(1α)f_{\beta\alpha}(0_\alpha) = f_{\beta\alpha}(1_\alpha), c’est-à-dire 0β=1β0_\beta = 1_\beta. Ceci prouve a).

Supposons les AαA_\alpha intègres. Alors AA est commutatif, et non nul d’après a). Soient x,yx, y des éléments de AA tels que xy=0xy = 0. Il existe α∈I\alpha \in I et xα,yαx_\alpha, y_\alpha dans AαA_\alpha tels que x=fα(xα),y=fα(yα)x = f_\alpha(x_\alpha), y = f_\alpha(y_\alpha). Alors fα(xαyα)=xy=0=fα(0α)f_\alpha(x_\alpha y_\alpha) = xy = 0 = f_\alpha(0_\alpha). Donc il existe β≥α\beta \geq \alpha tel que fβα(xαyα)=fβα(0α)f_{\beta\alpha}(x_\alpha y_\alpha) = f_{\beta\alpha}(0_\alpha). Comme AβA_\beta est intègre, on en conclut que fβα(xα)=0βf_{\beta\alpha}(x_\alpha) = 0_\beta ou fβα(yα)=0βf_{\beta\alpha}(y_\alpha) = 0_\beta, donc x=0x = 0 ou y=0y = 0. Ceci prouve b).

Supposons que les AαA_\alpha soient des corps. Alors A≠{0}A \neq \{0\} d’après a). Soit xx un élément non nul de AA. Il existe α∈I\alpha \in I et xα∈Aαx_\alpha \in A_\alpha tel que x=fα(xα)x = f_\alpha(x_\alpha). Alors xα≠0x_\alpha \neq 0 et fα(xα−1)f_\alpha(x_\alpha^{-1}) est inverse de xx dans AA. Ceci prouve c).

Soient E=(Eα,fβα)\mathfrak{E} = (E_\alpha, f_{\beta \alpha}) et E′=(Eα′,fβα′)\mathfrak{E}' = (E'_\alpha, f'_{\beta \alpha}) deux systèmes inductifs de magmas (resp. monoïdes, groupes, anneaux). Un homomorphisme de E\mathfrak{E} dans E′\mathfrak{E}' est un système inductif (uα)α∈I(u_\alpha)_{\alpha \in I} d’applications uα:Eα→Eα′u_\alpha : E_\alpha \to E'_\alpha tel que chaque uαu_\alpha soit un homomorphisme. Dans ces conditions, l’application u=lim⁡uαu = \lim u_\alpha de E=lim⁡EαE = \lim E_\alpha dans E′=lim⁡Eα′E' = \lim E'_\alpha est un homomorphisme (cf. E, III, p. 63).

4. Limite inductive d’actions

Supposons donnés deux systèmes inductifs d’ensembles (Ωα,φβα)(\Omega_\alpha, \varphi_{\beta \alpha}) et (Eα,fβα)(E_\alpha, f_{\beta \alpha}) relatifs au même ensemble d’indices II, et, pour chaque α∈I\alpha \in I, une action de Ωα\Omega_\alpha sur EαE_\alpha. On suppose que l’on a

fβα(ωα⋅xα)=φβα(ωα)⋅fβα(xα) f_{\beta \alpha}(\omega_\alpha \cdot x_\alpha) = \varphi_{\beta \alpha}(\omega_\alpha) \cdot f_{\beta \alpha}(x_\alpha)

pour α≤β\alpha \leq \beta, ωα∈Ωα\omega_\alpha \in \Omega_\alpha et xα∈Eαx_\alpha \in E_\alpha. On dit alors que la famille d’actions considérée est un système inductif d’actions. On vérifie facilement comme dans la prop. 2 (I, p. 115) qu’il existe une action hh de Ω=lim⁡Ωα\Omega = \lim \Omega_\alpha sur E=lim⁡EαE = \lim E_\alpha qui se décrit ainsi : soient ω∈Ω\omega \in \Omega et x∈Ex \in E; soient α∈I\alpha \in I et ωα∈Ωα\omega_\alpha \in \Omega_\alpha, xα∈Eαx_\alpha \in E_\alpha tels que ω=φα(ωα)\omega = \varphi_\alpha(\omega_\alpha) et x=fα(xα)x = f_\alpha(x_\alpha) (on note φα:Ωα→Ω\varphi_\alpha : \Omega_\alpha \to \Omega et fα:Eα→Ef_\alpha : E_\alpha \to E les applications canoniques); on a alors ω⋅x=fα(ωα⋅xα)\omega \cdot x = f_\alpha(\omega_\alpha \cdot x_\alpha). On dit que l’action de Ω\Omega sur EE est la limite inductive des actions des Ωα\Omega_\alpha sur les EαE_\alpha.

Si les Ωα\Omega_\alpha sont des monoïdes et si chaque action de Ωα\Omega_\alpha sur EαE_\alpha est une opération, l’action limite inductive est une opération.

On laisse au lecteur le soin de définir la limite inductive d’un système inductif de groupes à opérateurs, et de vérifier que cette limite est un groupe à opérateurs.

Exercises

Exercices

See the exercises for § 10.

Transcribed from the printed volume. Not translated.