§ 1. Formes sesquilinéaires
1. Applications bilinéaires.
Dans ce no l’on désigne par et deux anneaux, par un -module à gauche, par un -module à droite, et par un -bimodule, c’est-à-dire un groupe commutatif muni d’une structure de -module à gauche et d’une structure de -module à droite telles que l’on ait quels que soient , , .
Définition 1
On dit qu’une application du produit dans est bilinéaire si elle satisfait aux conditions suivantes :
(1) quels que soient , , ; (2) quels que soient , , ; (3) quels que soient , , ; (4) quels que soient , , .
Le produit tensoriel est canoniquement muni d’une structure de -bimodule caractérisée par (Chap. III, 2e éd., App. II, n° 3), et la donnée d’une application bilinéaire de dans équivaut à celle d’une application de dans qui soit un homomorphisme pour les structures de -bimodules et qui vérifie quels que soient et .
Les conditions imposées à par la définition 1 signifient que les applications partielles et sont respectivement une application A-linéaire de dans et une application B-linéaire de dans . Munissons le groupe commutatif (resp. ) de la structure de B-module à droite (resp. de A-module à gauche) définie par (, , ) (resp. (, , )). Alors les conditions (1) à (4) sont respectivement équivalentes à :
quels que soient dans , dans , , ; autrement dit, l’application de dans est B-linéaire, et l’application de dans est A-linéaire. On a, par définition
Définition 2
Etant donnée une application bilinéaire de dans , l’application de dans (resp. l’application de dans ) caractérisée par (5) est appelée l’application linéaire associée à droite (resp. à gauche) à .
Inversement la donnée d’une application B-linéaire de dans (resp. d’une application A-linéaire de dans ) détermine de façon unique, par la formule
une application bilinéaire de dans , dont (resp. ) est l’application linéaire associée à droite (resp. à gauche).
Définition 3
Une application bilinéaire de dans est dite dégénérée à droite (resp. à gauche) s’il existe un élément non nul de (resp. de ) tel que pour tout (resp. pour tout ). On dit que est dégénérée si elle est dégénérée à droite ou si elle est dégénérée à gauche.
Pour que soit non dégénérée à droite (resp. à gauche) il faut et il suffit que l’application linéaire associée à droite (resp. à gauche) à soit injective ; dire que est non dégénérée signifie donc que les applications linéaires associées et sont toutes deux injectives.
Soient et deux familles d’éléments de et , et soient et deux familles d’éléments de et nuls à l’exception d’un nombre fini d’entre eux. Il résulte des égalités (1) à (4), par récurrence sur le nombre des coefficients non nuls, que l’on a
Si et sont des systèmes de générateurs des modules et , est donc complètement déterminée par les éléments . Si et sont des bases de et et que l’on se donne des éléments de (), alors la formule
définit une application de dans , qui est bilinéaire et qui vérifie . Lorsque et sont des bases finies, on dit que est la matrice de par rapport à ces bases.
Les applications bilinéaires de dans forment évidemment un sous-groupe du groupe additif des applications de dans . D’autre part soit (resp. ) un élément du centre de (resp. ) ; alors l’application de dans définie par est bilinéaire. L’ensemble des applications bilinéaires de dans est ainsi muni d’une structure de bimodule sur les centres de et .
Soient E' (resp. F') un A-module à gauche (resp. un B-module à droite), u (resp. v) un homomorphisme de E dans E' (resp. de F dans F') et une application bilinéaire de dans G. On appelle image réciproque de (relativement à u et v) l’application bilinéaire de dans G définie par
Soient une application bilinéaire de dans G, et h un homomorphisme (pour les structures de (A, B)-bimodules) de G dans un autre (A, B)-bimodule . Alors est une application bilinéaire de dans .
2. Applications sesquilinéaires.
Dans ce n° l’on désigne, sauf mention expresse du contraire, par A et B deux anneaux, par E un A-module à gauche et par F un B-module à gauche ; l’on désigne par () un antiautomorphisme de B, c’est-à-dire une bijection de B sur lui-même qui vérifie et quels que soient dans B ; on écrira au lieu de . On désigne par G un (A, B)-bimodule (n° 1).
Définition 4
On dit qu’une application de dans G est sesquilinéaire à droite pour J si elle satisfait aux conditions (1), (2), (3) (déf. 1, n° 1) ainsi qu’à* (7) quels que soient et .
Si J est l’identité (ce qui exige que B soit commutatif), on retrouve la notion d’application bilinéaire.
Soient et deux familles d’éléments de E et F, et soient et des éléments de A et B nuls à l’exception d’un nombre fini d’entre eux. On a alors
Comme dans le cas d’une application bilinéaire, les éléments déterminent de façon unique lorsque et sont des systèmes de générateurs, et peuvent être pris arbitrairement lorsque et sont des bases de et ; lorsque et sont des bases finies, on dit que est la matrice de par rapport à ces bases.
Comme pour les applications bilinéaires, on définit sur l’ensemble des applications sesquilinéaires à droite (pour ) de dans une structure de bimodule sur les centres de et . On définit la notion d’image réciproque d’une application sesquilinéaire par la même formule que pour une application bilinéaire. Nous allons du reste voir que l’étude des applications sesquilinéaires peut se ramener à celle des applications bilinéaires.
Définition 5
Soient un anneau, un -module à gauche (resp. à droite) et un antiautomorphisme de . On désigne par le -module à droite (resp. à gauche) ayant même groupe additif sous-jacent que et dans lequel la loi de composition externe est (resp. ) .
Avec les notations de la définition 5, une application linéaire de dans un -module à droite (resp. à gauche) s’identifie donc à une application -linéaire de dans vérifiant
L’application de dans est une application semi-linéaire de dans relative à (chap. II, App. I, no 1), si l’on considère comme un isomorphisme de l’anneau opposé de sur , et comme un -module à droite (resp. à gauche).
De même une application sesquilinéaire à droite (pour ) de dans , où est un -module à gauche, s’identifie à une application bilinéaire de dans ; si cette dernière est dégénérée à droite (resp. dégénérée à gauche, non dégénérée), on dit que est dégénérée à droite (resp. dégénérée à gauche, non dégénérée).
Remarque
Soient et deux anneaux, un antiautomorphisme de , un -module à droite, un -module à droite et G un (A, B)-bimodule. On dit qu’une application de dans G est sesquilinéaire à gauche pour si elle est -bilinéaire et si elle vérifie
Une telle application s’identifie à une application bilinéaire de dans G. Nous laisserons souvent au lecteur le soin de transposer aux applications sesquilinéaires à gauche les définitions et propriétés données pour les applications sesquilinéaires à droite ; lorsque nous parlerons d’application sesquilinéaire (sans préciser), il s’agira d’une application sesquilinéaire à droite.
3. Orthogonalité. Sommes directes d’applications bilinéaires ou sesquilinéaires.
Dans ce no , A et B désignent des anneaux, E un A-module à gauche, F un B-module à droite (resp. à gauche), G un (A, B)-bimodule, et une application bilinéaire (resp. sesquilinéaire pour un antiautomorphisme donné J de B) de dans G.
Définition 6
Deux éléments et sont dits orthogonaux par rapport à si . Deux parties et sont dites orthogonales si, quels que soient et , et sont orthogonaux. L’ensemble des éléments de (resp. F) orthogonaux à un sous-module donné N de F (resp. M de E) est un sous-module de E (resp. F), qu’on appelle le sous-module totalement orthogonal (ou simplement orthogonal) à N (resp. M), et qu’on note (resp. ).
Soient H et deux sous-modules de E ou de F. On a (que l’on note ) ; si , on a . Il en résulte que l’on a et ; en posant
on a donc .
Pour que l’application soit dégénérée (no 1, déf. 3) il faut et il suffit que l’un au moins des deux sous-modules soit . Il est clair que ne change pas lorsqu’on ajoute à (resp. ) un élément de (resp. ), et définit donc par passage au quotient une application bilinéaire (ou sesquilinéaire) sur ; celle-ci est visiblement non dégénérée; on l’appelle l’application bilinéaire (ou sesquilinéaire) non dégénérée associée à .
Soient une famille de A-modules à gauche, une famille de B-modules à droite (resp. à gauche), une application bilinéaire (resp. sesquilinéaire à droite pour J) de dans G. Notons (resp. ) le module somme directe des (resp. ). On voit aussitôt que l’application de dans G définie par
Pour que soit non dégénérée, il faut et il suffit que chacune des le soit ; dans ces conditions, le sous-module orthogonal à est .
4. Changement d’anneaux de base.
Dans ce no, l’on désigne par A, B, A', B' quatre anneaux, par et des homomorphismes de A dans A' et de B dans B' respectivement, par G un (A, B)-bimodule, par G' un (A', B')-bimodule, et par un homomorphisme du groupe abélien sous-jacent à G dans le groupe abélien sous-jacent à G', vérifiant
Soit E (resp. F) un A-module à gauche (resp. un B-module à droite). Rappelons (Chap. III, 2e éd., App. II, no 10) que, si l’on considère (resp. ) comme un -module à droite (resp. -module à gauche), le produit tensoriel (resp. ) est muni d’une structure de -module à gauche (resp. -module à droite) définie par
Proposition 1
Soient un -module à gauche et un -module à droite ; posons et . Pour toute application bilinéaire de dans , il existe une application bilinéaire et une seule de dans telle que l’on ait
quels que soient , , , .
L’unicité de résulte du fait que les éléments et engendrent et respectivement. Pour en démontrer l’existence, considérons l’application
de dans ; elle est évidemment -multilinéaire, et elle vérifie
Il existe donc une application -bilinéaire de dans vérifiant (13) (Chap. III, 2e éd., App. II, n° 1, prop. 2). Cette relation et la définition des structures de modules de et par (12) montrent que est bilinéaire, ce qui termine la démonstration.
Les hypothèses et notations étant celles de la proposition 1, étudions maintenant les applications linéaires associées à et à (n° 1, déf. 2). Pour cela nous allons d’abord définir un homomorphisme canonique de dans . Pour tout l’application de dans est -bilinéaire, et, vu (11), applique et sur le même élément de ; elle définit donc (chap. III, 2e éd.,
App. II, n°s 1 et 10) une application de dans telle que , et qui, vu (12), est -linéaire. En outre l’on déduit immédiatement de (12) que l’application de dans vérifie pour tout . Notons l’application canonique de dans . Alors le diagramme
(où et désignent les applications linéaires associées à droite à et ) est commutatif. En effet, pour et , on a , c’est-à-dire . On a une relation de commutation analogue pour les applications linéaires et associées à gauche à et .
Proposition 2
Supposons que B et B' soient munis d’anti-automorphismes J et I tels que
Soient E un A-module à gauche et F un B-module à gauche ; posons et . Pour toute application sesquilinéaire (pour J) de dans , il existe une application sesquilinéaire (pour I) et une seule de dans telle que
quels que soient , , , .
L’unicité de résulte du fait que les produits tensoriels et engendrent et respectivement. Pour en établir l’existence, considérons l’application
de dans . Elle est évidemment -multilinéaire, et, compte tenu de (11) et (15), vérifie et (). Il existe donc une application -bilinéaire de dans vérifiant (16) (chap. III, 2e éd., App. II, no 1, prop. 2). Cette relation, ainsi que la définition des structures de modules de E' et F' par (12), montrent, compte tenu de (15), que est sesquilinéaire pour I, ce qui achève la démonstration.
Les exemples les plus importants de (A', B')-bimodules G', munis d’applications -linéaires de G dans G' vérifiant (11), sont les suivants :
1) On prend pour G' le produit tensoriel (chap. III, 2e éd., App. II, no 9) et pour l’application
2) Lorsque (la structure de (A, A)-bimodule de A étant définie par les homothéties à gauche et à droite), , et on peut prendre pour G' l’anneau et pour l’homomorphisme de A dans .
3) Supposons que l’on ait , , , que les anneaux A et A' soient commutatifs, et que la structure de A-module à gauche de G coïncide avec sa structure de A-module à droite. On peut alors prendre pour G' le produit tensoriel (la structure de A'-module à droite de G' coïncidant avec sa structure de A'-module à gauche) et pour l’application () de G dans G'. Nous dirons alors que l’application bilinéaire (resp. sesquilinéaire) définie par la prop. 1 (resp. prop. 2) est obtenue à partir de par extension de l’anneau de base, ou par extension des scalaires.
Ce qui suit est valable aussi bien pour les applications bilinéaires que pour les applications sesquilinéaires ; les hypothèses et notations sont celles de la prop. 1 (resp. prop. 2). Étant donné un sous-module M de E ou F, on désignera par M' le sous-module de E' ou F' engendré par l’image canonique de M.
Proposition 3
Les hypothèses et notations étant celles de la prop. 1 (resp. prop. 2) supposons de plus que A, B, A', B' soient des corps et que les applications α et β de A' ⊗_A G et G ⊗_B B' dans G' caractérisées par et (, , ) soient injectives. Soient M un sous-espace de E et N un sous-espace de F. Alors le sous-espace de F' orthogonal à M' par rapport à est égal à et, de même, on a
En effet les inclusions et sont évidentes (et d’ailleurs vraies sans hypothèses sur A, B, A', B', ni ). Nous allons démontrer l’inclusion ; nous laissons au lecteur la vérification de l’inclusion qui est tout à fait analogue. Soit un élément de . On peut écrire
où (), et où les sont des éléments de B' qui sont linéairement indépendants sur B pour la structure de B-module à gauche (resp. à droite) de B'. Soient et . On a
Comme est injective et que les (resp. les , compte tenu de (15)) sont linéairement indépendants sur B pour la structure de B-module à gauche de B', ceci entraîne pour . Comme cette dernière relation est vraie pour tout , on a pour , d’où . CQFD.
Corollaire
Les hypothèses et notations étant celles de la prop. 3, pour que soit non dégénérée, il faut et il suffit que soit non dégénérée.
En effet, d’après la prop. 3, on a et . D’autre part, pour que (resp. ) soit non dégénérée, il faut et il suffit que l’on ait (resp. ).
Remarque
Supposons que A, B, A' et B' soient des corps. Alors, pour les bimodules G' définis dans les trois exemples ci-dessus, les applications et sont injectives, comme il résulte aussitôt du chap. III, 2e éd., App. II, n° 6.
5. Quelques identités.
Dans ce n°, l’on désigne par A un anneau muni d’un antiautomorphisme J, par E un A-module à gauche, par G un (A, A)-bimodule, et par une application sesquilinéaire (à droite) pour J de dans G. On pose (). On a évidemment
quels que soient dans E. D’où, par soustraction,
Soit un élément de A ; en remplaçant par dans (19), il vient
On tire de (19) et (20), en multipliant (19) par (à gauche) et en soustrayant :
Supposons en particulier que A soit une extension quadratique d’un anneau commutatif K, avec (chap. II, § 7, n° 7), que J soit le K-automorphisme ( dans K) de A, et que les structures de A-module à gauche et de A-module à droite de G coïncident. En faisant dans (21), on obtient
6. Formes bilinéaires et sesquilinéaires. Rang.
Dans ce n°, l’on désigne par A un anneau (resp. un anneau muni d’un antiautomorphisme J), par E un A-module à gauche, et par F un A-module à droite (resp. à gauche). On munit A de la structure de (A, A)-bimodule définie par les homothéties à gauche et les homothéties à droite. Dans ce cas une application bilinéaire (resp. sesquilinéaire à droite pour J) de E × F dans le bimodule A s’appelle une forme bilinéaire (resp. sesquilinéaire à droite pour J) sur E × F.
Lorsque E = F (ce qui implique qu’il s’agit d’une forme sesquilinéaire), on dit souvent qu’une forme sesquilinéaire sur E × F est une forme sesquilinéaire sur E.
Étant donnés deux A-modules à gauche E et E′, et deux formes Φ et Φ′ sesquilinéaires pour J sur E et E′ respectivement, on dit que Φ et Φ′ sont équivalentes s’il existe un isomorphisme u du A-module E sur le A-module E′ tel que Φ′(u(x), u(y)) = Φ(x, y) quels que soient x, y dans E ; alors Φ est l’image réciproque de Φ′ relativement à u et u, et Φ′ est l’image réciproque de Φ relativement à u^{-1} et u^{-1} (n° 2).
Soit Φ une forme bilinéaire sur E × F (F désignant un A-module à droite). Les applications linéaires s_{Φ} et d_{Φ} associées à Φ (n° 1, déf. 2) sont alors des applications de E dans le dual F* de F, et de F dans le dual E* de E.
On a donc par définition
Nous allons maintenant définir les applications linéaires associées à une forme sesquilinéaire. Soient J un antiautomorphisme de A et Φ une forme sesquilinéaire (à droite) pour J sur E × F (F désignant un A-module à gauche) ; posons J′ = J^{-1}. L’application Φ′ de F × E dans A définie par
est, comme on le voit facilement, une forme sesquilinéaire (à droite) pour J′ sur F × E. D’après le n° 2 (dēf. 5) les formes sesquilinéaires Φ et Φ′ s’identifient respectivement à des formes bilinéaires sur E × F^{J′} et sur F × E^{J′}. Les applications d_{Φ} et d_{Φ′} associées à ces dernières sont appelées les applications associées à droite et à gauche à la forme sesquilinéaire , et sont notées et . On a donc, par définition :
Ainsi (resp. ) est une application linéaire de dans (resp. de dans ), ou encore une application semi-linéaire de dans (resp. de dans ) relative à (resp. ) si l’on considère (resp. ) comme un isomorphisme de l’anneau (opposé de ) sur , et (resp. ) comme un -module à droite.
La formule (24) et la déf. 6 du no 3 entraînent aussitôt que pour tout sous-module de (resp. de ), on a
où (resp. ) est le sous-module du dual de (resp. du dual de ) orthogonal à (resp. ) (chap. II, § 4, no 2).
Proposition 4
Supposons que soit un corps, et soit une forme bilinéaire (resp. sesquilinéaire pour ) sur ; pour que soit de dimension finie, il faut et il suffit que soit de dimension finie, et ces dimensions sont alors égales.
En effet, soit la forme non dégénérée associée à , sur (no 3). Supposons que soit de dimension finie ; comme l’application linéaire de (resp. ) dans est injective, est de dimension finie ; en considérant , on voit de même que .
Corollaire 1
On suppose que est un corps et que est non dégénérée. Pour qu’un sous-espace de soit de dimension finie, il faut et il suffit que soit de codimension finie dans , et on a alors , et .
Comme , les deux premières assertions résultent de la prop. 4 appliquée à la restriction de à . En outre, est l’orthogonal de , donc est de dimension finie égale à ; mais comme , on a .
Corollaire 2
Les hypothèses étant celles du cor. 1, soient deux sous-espaces de ; on a alors ; si de plus et sont de dimension finie, on a .
La première assertion est triviale. Supposons M et N de dimension finie, et soit G = M^0 + N^0 ; on a G^0 = M^{00} \cap N^{00} = M \cap N d’après le cor. 1 ; la prop. 4 appliquée à la restriction de à montre alors (puisque et ) que l’on a , et comme , on en déduit . Mais on a aussi d’après le cor. 1, et comme on a .
La prop. 4 permet de poser la définition suivante :
Définition 7
Soient A un corps (resp. un corps muni d’un antiautomorphisme J), E un espace vectoriel à gauche sur A, F un espace vectoriel à droite (resp. à gauche) sur A, et une forme bilinéaire (resp. sesquilinéaire pour J) sur . Supposons que et soient de dimension finie sur A. On appelle rang de la dimension (finie) commune des espaces vectoriels et .
Lorsque et sont de dimension infinie, on dit que est de rang infini.
Proposition 5
Les hypothèses et notations étant celles de la déf. 7, les applications linéaires et associées à ont même rang, et ce rang est égal au rang de la forme .
En effet le noyau de l’application de F dans est évidemment , donc son rang est égal à la dimension de . De même le rang de est égal à la dimension de .
Proposition 6
Les hypothèses et notations étant celles de la déf. 7, supposons de plus que E et F aient même dimension finie. Alors les conditions suivantes sont équivalentes : a) est injective ; b) est surjective ; c) est injective ; d) est surjective ; e) est non dégénérée.
En effet, comme E, F, et ont même dimension finie,
a) et b) sont équivalentes, ainsi que c) et d) (chap. II, § 3, no 4). Comme et ont même rang (prop. 5), a) et c) sont équivalentes. Comme e) équivaut à la relation , elle équivaut à la conjonction de a) et c), d’où l’équivalence des conditions énoncées.
Corollaire
Les hypothèses et notations étant celles de la déf. 7, on suppose de plus que E est de dimension finie et que est non dégénérée. Alors on a et, pour toute base () de E, il existe une base de F telle que ().
En effet, comme est non dégénérée, on a , d’où (prop. 4). Il s’ensuit (prop. 6) que est un isomorphisme de F (resp. ) sur ; donc, si est la base duale de , les éléments forment une base de F qui, vu la formule (23) (resp. la formule (24)), vérifie .
Il est immédiat que, dans ce corollaire, on peut échanger les rôles de E et de F, en remplaçant par dans la démonstration.
Remarque
Soient A un anneau muni d’un antiautomorphisme J, M et N des A-modules à droite, et une forme sesquilinéaire à gauche pour J sur (no 2, Remarque) ; elle vérifie donc l’égalité
L’application de dans A définie par (où ) est une forme sesquilinéaire à gauche pour , et et s’identifient à des formes bilinéaires sur et respectivement. Les applications et associées à ces formes bilinéaires sont appelées les applications associées à gauche et à droite à la forme sesquilinéaire , et sont notées et . On a donc, par définition
et (resp. ) est une application linéaire de dans (resp.
de dans ). On énoncerait et démontrerait facilement les analogues, pour le cas envisagé ici, de la déf. 7 et des prop. 4, 5, 6.
7. Forme inverse d’une forme bilinéaire ou sesquilinéaire.
Soient un anneau, un -module à gauche, un -module à droite et une forme bilinéaire sur . On suppose ici que les applications associées à , qui seront notées et , sont bijectives. Alors l’application produit est une bijection de sur , et définit, par transport de structure, une forme bilinéaire sur . Celle-ci vérifie donc
Définition 8
Soit une forme bilinéaire sur dont les applications associées et sont bijectives. La forme bilinéaire sur définie par (27) s’appelle la forme inverse de .
Soient maintenant et les applications linéaires de dans et de dans associées à gauche et à droite à . Comme, pour et , on a par définition
on voit, en comparant avec (27), que la forme linéaire sur est égale à celle définie par l’élément de . Il en résulte que l’application composée est l’application canonique de dans son bidual , et que celle-ci est bijective puisque et (cette dernière par transport de structure) sont bijectives ; donc, si l’on identifie canoniquement à , on a . De même s’identifie canoniquement à , l’application canonique de dans est , et l’on a . Il résulte de ceci que la forme inverse de est .
Considérons maintenant un anneau muni d’un antiautomorphisme , deux -modules à gauche et , et une forme sesquilinéaire à droite pour sur telle que les applications associées à , qui seront notées et , soient bijectives. Définissons une application de dans par la première équation (27). Cette application vérifie, d’après (24) (n° 6), la relation
L’application est évidemment -bilinéaire ; en outre, on a, pour dans , et , et en vertu des définitions de et ,
donc est une forme sesquilinéaire à gauche pour (n° 2) sur .
Définition 9
Soit une forme sesquilinéaire à droite pour sur , dont les applications associées et sont bijectives. La forme sesquilinéaire à gauche pour sur s’appelle la forme inverse de .
Nous laissons au lecteur le soin de définir et d’étudier la forme inverse d’une forme sesquilinéaire à gauche. Cette forme inverse est une forme sesquilinéaire à droite.
Soient et les applications associées à ; d’après (26) (n° 6) on a
Du fait que est bijective, et de l’égalité qui résulte de (28) et (29), on déduit que est bijective ; donc est bijective. Or l’égalité , qui résulte de (28) et (29), montre que est l’application canonique de dans son bidual . On voit de même que est bijective et que est l’application canonique de dans . Donc, si l’on identifie à et à au moyen de ces applications canoniques, on a , et est la forme inverse de .
Avec les mêmes notations et hypothèses soit un élément inversible du centre de . Alors les applications associées à la forme sont, d’après (23) (resp. (24)) égales à et (resp. ), donc sont bijectives. Il résulte ainsi de (27) que la forme inverse de est (resp. ).
8. Adjoint d’un homomorphisme.
Dans ce n°, l’on désigne par A un anneau (resp. un anneau muni d’un antiautomorphisme J), par E et E’ deux A-modules à gauche, par F et F’ deux A-modules à droite (resp. à gauche), et par et deux formes bilinéaires (resp. sesquilinéaires pour J) sur et respectivement. On suppose que est non dégénérée, autrement dit (n° 1) que les applications linéaires et associées à sont injectives.
Étant donné un homomorphisme de E dans E’, considérons l’ensemble des éléments de tels qu’il existe pour lequel on ait , c’est-à-dire pour tout . Il est clair que est un sous-module de . Comme est injective, il existe, pour tout , un élément de F et un seul tel que . L’application de dans F ainsi définie est A-linéaire ; en la notant , on a, pour tout et tout
Définition 10
Les hypothèses et notations étant comme précédemment, on dit que l’homomorphisme de dans F vérifiant (30) est l’adjoint à gauche de , et que est le sous-module de définition de .
On définit de même l’adjoint à droite d’un homomorphisme de F dans par la formule
où désigne le sous-module de défini de façon analogue à .
Remarque
Si l’adjoint à gauche de est partout défini, et si et sont injectives, la formule (30) montre que est l’adjoinat à droite de .
On déduit de (30) que, si et sont deux homomorphismes de dans admettant des adjoints partout définis, et si est un élément du centre de , on a
De plus, si est un troisième -module à gauche, un troisième -module à droite (resp. à gauche), une forme bilinéaire (resp. sesquilinéaire pour ) sur , et si est un homomorphisme de dans admettant un adjoint (à gauche) partout défini, on a
En particulier, si est un isomorphisme de sur , et si les adjoints et sont partout définis, est un isomorphisme de sur , et l’on a . Propriétés analogues pour les adjoints à droite.
Proposition 7
Avec les mêmes notations que précédemment, on suppose que est bijective. Alors tout homomorphisme de dans admet un adjoint à gauche partout défini, et l’on a .
En effet, comme est bijective, on a, avec les notations du début du no, , et est donc partout défini. D’autre part (30) équivaut à
or ; on a donc pour tout , d’où , et par conséquent l’expression annoncée de . CQFD.
Remarque
Lorsque est bijective, tout homomorphisme de dans admet un adjoint à droite partout défini, et on a
Proposition 8
Avec les mêmes notations que précédemment, on suppose que et sont bijectives. Soient et des isomorphismes de E sur E' et de F sur F' respectivement. Alors, pour que Φ soit l’image réciproque de Φ' relativement à u et v (c’est-à-dire pour que l’on ait Φ(x, y) = Φ'(u(x), v(y)) quels que soient x ∈ E, y ∈ F), il faut et il suffit que l’on ait u^{-1} = v^* et v^{-1} = u^*.
En effet Φ'(u(x), v(y)) = Φ(x, y) s’écrit aussi Φ (x, u^*(v(y))) = Φ(x, y). Si ceci a lieu quels que soient x ∈ E et y ∈ F, on a u^* ∘ v = 1 puisque Φ est non dégénérée. On a donc aussi v^* ∘ u = 1 d’après (33). La réciproque est immédiate.
Corollaire
Soient A un anneau muni d’un antiautomorphisme J, E un A-module à gauche, Φ une forme sesquilinéaire pour J sur E × E dont les applications associées sont bijectives, et u un automorphisme du A-module E. Pour que u laisse Φ invariante (c’est-à-dire pour que l’on ait Φ(u(x), u(y)) = Φ(x, y) quels que soient x, y dans E), il faut et il suffit que les deux adjoints de u soient égaux et que l’on ait u^* = u^{-1}.
Ceci résulte aussitôt de la prop. 8.
Remarque
Sous les hypothèses du cor. de la prop. 8, supposons de plus que A soit un corps et que E soit de dimension finie sur A. Soient ω un endomorphisme de E, ω_1 et ω_2 ses adjoints à droite et à gauche. Chacune des conditions ωω_1 = 1, ωω_2 = 1, ω_1ω = 1, ω_2ω = 1 entraîne que ω est un automorphisme de E laissant Φ invariante, et que ω_1 = ω_2.
9. Produits tensoriels et puissances extérieures de formes sesquilinéaires.
Dans ce n°, on désigne par A un anneau commutatif. Une forme bilinéaire sur un produit de deux A-modules est donc un cas particulier de forme sesquilinéaire. On désignera par J un automorphisme de A, et par J' son inverse.
Soient E_i (i = 1, ..., m) des A-modules. L’application
de dans (x_i \in E_i^J) (cf. déf. 5, n° 2) est évidemment A-multilinéaire ; elle définit donc (chap. III, § 1, n° 7) une application A-linéaire de dans ; cette application transforme (où les signes désignent les produits tensoriels dans ) en (où les signes désignent les produits tensoriels dans ). Donc est un isomorphisme de sur . Nous identifierons ces deux modules au moyen de cet isomorphisme.
De même soit un A-module. L’application
Soit un élément du dual de . L’application () est un élément de , et il est immédiat que est une bijection de sur vérifiant pour tout . Par suite l’application composée de et de l’application identique de sur est un isomorphisme de sur . Nous identifierons ces modules au moyen de cet isomorphisme, et nous les noterons .
Soient des A-modules, et une forme sesquilinéaire pour sur . L’application
Définition 11
Etant donnés des A-modules et, pour chaque , une forme sesquilinéaire pour sur , la forme sesquilinéaire pour sur caractérisée par (35) est appelée le produit tensoriel des formes sesquilinéaires .
Dans le cas où les et les sont égaux à un même module , et où les sont égales à une même forme , on dit que est l’extension de à .
Les notations étant celles de la déf. 11, étudions les applications associées à . On tire de la formule (24) (n° 6) et de (35) la relation
On a donc :
(36)
où (resp. ) désigne l’application canonique de dans (resp. de dans ) (chap. III, § 1, n°s 4 et 7).
Proposition 9
Soient un corps commutatif muni d’un automorphisme , des espaces vectoriels de dimension finie sur , et une forme sesquilinéaire pour sur (). Si les formes sont non dégénérées, il en est de même de leur produit tensoriel . Dans ce cas la forme inverse de est le produit tensoriel des formes inverses .
En effet, comme est un corps, il résulte des prop. 6 et 7 du chap. III, § 1, n° 3 qu’un produit tensoriel d’applications linéaires injectives (resp. surjectives) de -modules est une application linéaire injective (resp. surjective). Comme les sont bijectives par hypothèse (prop. 6, n° 6), il en est donc de même de leur produit tensoriel. D’autre part l’application canonique de dans est bijective (chap. III, § 1, n° 5, prop. 11). Donc, en vertu de (36), est bijective, et ceci établit notre première assertion (prop. 6, n° 6). De même est bijective.
Dans la seconde assertion nous avons implicitement identifié à et à au moyen des applications et , qui sont ici des isomorphismes. Les formes inverses citées dans l’énoncé existent puisque les , les , et sont bijectives (n° 7). Posons alors , (, , ). Par définition des formes inverses, et vu (36), on a
d’où notre seconde assertion.
C. Q. F. D.
Soient E et F deux modules sur l’anneau commutatif A, et une forme sesquilinéaire pour J sur . L’application
Définition 12
Etant donnés deux A-modules E, F et une forme sesquilinéaire pour J sur , la forme sesquilinéaire pour J sur caractérisée par (37) s’appelle l’extension de aux m-ièmes puissances extérieures.
Les notations étant celles de la déf. 12, étudions les applications associées à . On tire de la formule (24) (n° 6) et de (37) les relations
On a donc
où (resp. ) désigne l’application canonique de dans (resp. de dans ) (cf. chap. III, § 8, n° 2).
Proposition 10
Soient A un corps commutatif muni d’un automorphisme J, E et F deux espaces vectoriels de dimension finie sur A, et une forme sesquilinéaire pour J sur . Si est non dégénérée, alors son extension aux m-ièmes puissances extérieures est non dégénérée, et la forme inverse de est l’extension aux m-ièmes puissances extérieures de la forme inverse de .
En effet, comme et sont bijectives par hypothèse (prop. 6, n° 6), il en est de même de leurs puissances extérieures (chap. III, § 5, n° 7). D’autre part les applications canoniques et sont bijectives (chap. III, § 8, n° 2, th. 1). Donc, en vertu de (38), et sont bijectives, ce qui démontre que est non dégénérée (prop. 6, n° 6). Dans la seconde assertion nous avons implicitement identifié à et à au moyen des applications et , qui sont ici des isomorphismes (loc. cit.). Les formes inverses considérées dans l’énoncé existent puisque sont bijectives (n° 7). Posons alors et (). Par définition des formes inverses (n° 7) et vu (38), on a
d’où notre seconde assertion.
Remarque
Soient E un A-module libre, et θ l’isomorphisme canonique de sur le sous-module des tenseurs antisymétrisés d’ordre m (chap. III, § 5, n° 6, prop. 6). Soient une forme sesquilinéaire sur E, l’extension de à , et la forme sesquilinéaire sur qui est l’image réciproque par de l’extension de à . D’après la définition de et de l’antisymétrisé d’un tenseur, et d’après (35), on a
où et parcourent le groupe symétrique . D’après la formule de calcul des déterminants et la formule (37), cette expression peut s’écrire
autrement dit, on a .
10. Calculs matriciels.
Nous nous proposons, dans le présent n°, d’assouplir le calcul matriciel introduit au chap. II, § 6, et de l’appliquer à traduire certains résultats démontrés dans ce paragraphe.
I. — Soient I et K deux ensembles finis d’indices, H un ensemble non vide, et une matrice sur H (chap. II, § 6, n° 1, déf. 1).
On appelle transposée de , et on note , la matrice vérifiant . On a évidemment
Ceci généralise la notion introduite au chap. II, § 6, n° 6.
Supposons que H soit un groupe commutatif (noté additivement). L’ensemble des matrices sur H ayant I et K pour ensembles d’indices admet une structure de groupe commutatif, puisque c’est l’ensemble des applications de dans H. Ce groupe est noté additivement.
Soient H', H'' deux ensembles non vides, H un groupe commutatif (noté additivement) et une application de dans . Etant données deux matrices
Dans le cas où est un anneau, on retrouve la formule (12) du chap. II, § 6, no 6.
Soient un anneau, un antiautomorphisme de . Pour toute matrice sur , nous noterons la matrice . Soient deux matrices sur telle que soit défini. Comme est un isomorphisme de sur l’anneau opposé , on a où le premier (resp. second) membre est calculé dans (resp. ). Vu (42) et (39), ceci donne
Bourbaki XXIV.
Soient et des groupes commutatifs (notés additivement), , , , des applications, et soient des matrices sur respectivement. Si quels que soient les (), alors les produits et (calculés suivant et ), s’ils sont définis, sont égaux ; on les notera . Lorsque , que est un anneau, et que sont égales à l’application , la condition précédente exprime l’associativité de cette dernière, et est donc vérifiée. On fera des conventions analogues pour les produits de plus de trois facteurs.
Soient deux anneaux, et deux matrices sur un -bimodule (no 1). Si, pour toute matrice à une ligne à éléments dans et toute matrice à une colonne à éléments dans , on a (les produits étant calculés suivant les applications qui définissent la structure de -bimodule de ), alors les matrices et sont égales. En effet, si l’on prend pour , pour , les matrices et , qui sont des matrices scalaires, sont respectivement égales à et .
II. — On considère un anneau et un -module (à droite ou à gauche) , admettant une base finie . Pour tout élément de , on appelle matrice de par rapport à la base , et on note ou , la matrice à une colonne formée des composantes () de par rapport à (cf. chap. II, § 6, no 4); dans les calculs il sera commode, afin de rappeler que l’indice est un indice de ligne, de lui adjoindre un indice de colonne susceptible d’une seule valeur, et d’écrire la matrice .
Considérons maintenant deux -modules (à gauche ou à droite) et , ayant des bases finies et respectivement; soit la base de duale de . Nous allons définir la matrice, par rapport à ces bases, d’une application de dans dans les quatre cas suivants :
(D) et sont des modules à droite, est -linéaire ;
(G) E et F sont des modules à gauche, u est A-linéaire ; (GD) E est un module à gauche, F un module à droite, A est muni d’un antiautomorphisme J, u est -linéaire et vérifie () (autrement dit u est une application A-linéaire de dans F (no 2, déf. 5)). (DG) E est un A-module à droite, F un A-module à gauche, A est muni d’un autiautomorphisme J, u est -linéaire et vérifie () (autrement dit u est une application A-linéaire de dans F). Dans chacun de ces quatre cas, la matrice de l’application u est, par définition, la matrice telle que
Remarque 1
Lorsque A est commutatif, (45 G) se ramène à (45 D), et (45 DG) à (45 GD), au moyen de la formule (cf. (42)), où les deux membres sont ici calculés dans A.
Remarque 2
Soient E, F, G trois modules à gauche ayant des bases finies, et des applications A-linéaires. Il résulte de (45 G) que l’on a
En effet, on a, quel que soit ,
d’où (46).
Rappelons que, dans le cas des modules à droite, on a
III. — On désigne désormais par A un anneau, par B un anneau (resp. un anneau muni d’un antiautomorphisme J, pour lequel on pose ), par E un A-module à gauche ayant une base finie , et par F un B-module à droite (resp. à gauche) ayant une base finie . On note et les bases duales de E* et F*. Sauf mention expresse du contraire les matrices considérées sont prises par rapport à ces bases.
Soient G un (A, B)-bimodule (n° 1), Φ une application bilinéaire (resp. sesquilinéaire à droite pour J) de dans G, et la matrice de Φ. Alors, pour et , la formule (6) du n° 1 (resp. (8) du n° 2), s’écrit, moyennant les conventions ci-dessus,
(47) (resp. ),
où les produits sont calculés suivant les applications qui définissent la structure de (A, B)-bimodule de G ; en particulier, si (auquel cas Φ est une forme), les produits sont calculés dans A.
Soient E’ un A-module à gauche ayant une base finie , F’ un A-module à droite (resp. à gauche) ayant une base finie , et des applications A-linéaires, et une application bilinéaire (resp. sesquilinéaire à droite pour J) de dans G. Notons Φ l’image réciproque de (relativement à et ), les matrices de par rapport aux bases considérées. On a alors
(48) (resp. ),
les produits étant calculés comme dans (47). En effet, quels que soient et , on a par définition , d’où, d’après (47),
d’après (45 G) et (45 D) (resp. (45 G)) et (43) on en déduit
ceci démontre notre assertion.
IV. — On suppose ici que les anneaux et sont égaux, et on désigne par une forme bilinéaire (resp. sesquilinéaire à droite pour J) sur , et par sa matrice. Calculons les matrices des applications et associées à , que nous noterons et pour alléger. Comme on a d’après (23), n° 6 (resp. d’après (24), n° 6), on a (resp. ), d’où, d’après (44) et puisque est la base duale de et la base duale de :
(49) (resp. ).
Remarque 3
Lorsque est un corps, les applications linéaires et ont même rang. Nous voyons ici que leurs matrices et ont même rang ; en effet, une matrice sur et sa transposée ont même rang (chap. II, § 6, n° 7, prop. 3) et, lorsque est sesquilinéaire, l’égalité des rangs de sur et de sur (ibid.) et le fait que est un isomorphisme de sur , entraînent l’égalité des rangs de et de sur .
Remarque 4
Si et sont des -modules à droite ayant des bases finies et , une forme sesquilinéaire à gauche pour sur (n° 6, Remarque), et ses applications associées, et sa matrice, les formules (26) du n° 6 montrent que l’on a
Supposons maintenant que les applications et associées à sont bijectives et calculons la matrice de la forme inverse de (n° 7). Lorsque est bilinéaire, est l’image réciproque de relativement aux applications linéaires et ; on a donc, en vertu de (48) et (49), , d’où, puisque est inversible ( étant bijective), . Cette formule s’étend au cas où est sesquilinéaire, car, si l’on considère comme une forme bilinéaire sur , et si l’on identifie à (cf. n° 9), la forme inverse de cette forme bilinéaire coïncide avec considérée comme forme bilinéaire sur . Dans les deux cas la matrice de la forme inverse de est l’inverse de la matrice de .
Soient enfin un A-module à gauche, un A-module à droite (resp. à gauche), admettant tous deux des bases finies et ; soit une forme bilinéaire (resp. sesquilinéaire pour J) sur , et soit sa matrice. Supposons et bijectives. Soient et des applications linéaires, et leurs adjointes (n° 8, prop. 7) ; notons les matrices de par rapport aux bases données. On a alors
En effet, quels que soient et , on a (n° 8, déf. 10). D’où, lorsque est bilinéaire, en vertu de (47), ; ceci donne, en vertu de (45 G) et (45 D), , d’où et la première formule annoncée puisque, étant bijective, est inversible. Lorsque est sesquilinéaire (47) et (45 G) donnent ; or, d’après (43), on a , d’où ; il vient donc , d’où , et . La vérification des formules pour est analogue.
Exercices.* — 1) Soient A un corps commutatif, E un espace vectoriel sur A admettant une base infinie dénombrable . On définit une forme bilinéaire sur E en posant pour , pour et . Montrer que l’application linéaire associée à droite à est injective, mais que l’application linéaire associée à gauche à n’est pas injective.
2) Soit E le -module somme directe de et de , et soit son dual (isomorphe à ). Montrer que la forme bilinéaire sur est telle que l’application linéaire associée à droite est injective, mais non l’application linéaire associée à gauche.
Remarque 5
Donner un exemple de forme bilinéaire définie sur un produit de deux espaces vectoriels, telle que soit bijective, injective mais non bijective (prendre de dimension infinie et égal au dual de ; cf. chap. II, § 5, exerc. 3).
Remarque 6
Soient un anneau muni d’un antiautomorphisme , un -module à gauche, un -bimodule et une application de dans , sesquilinéaire à droite pour . Démontrer l’identité (où ) :
Remarque 7
Soient un corps commutatif de caractéristique 2, une extension quadratique séparable de ; on a , où est racine d’un polynôme irréductible de et le -automorphisme de , distinct de l’identité, est tel que (chap. V, § 11, exerc. 8). Montrer que si et sont des espaces vectoriels sur , une application sesquilinéaire (pour ) de dans , on a, en posant ,
Remarque 8
Soient un corps, un espace vectoriel sur , une forme sesquilinéaire sur , un endomorphisme de .
a) Pour qu’il existe un endomorphisme et un seul de tel que pour dans , il faut et il suffit que soit injective et que .
b) Donner un exemple où est de dimension infinie et injective, mais où n’est pas contenu dans .
Remarque 9
Soient deux -modules, (resp. ) une forme sesquilinéaire sur (resp. ). On suppose que est non dégénérée et qu’il existe un élément et une bijection de sur telle que quels que soient dans . Montrer que : 1° est non dégénérée ; 2° est linéaire ; 3° si est un -module fidèle, il en est de même de , et n’est pas diviseur de 0 à droite dans ; 4° si prend des valeurs dans qui ne sont pas diviseurs à gauche de 0, il en est de même de .
Remarque 10
Soient un corps, deux espaces vectoriels non réduits à 0 sur , (resp. ) une forme sesquilinéaire non dégénérée sur (resp. ) pour un antiautomorphisme (resp. ) de . Soit une application linéaire de sur telle que la relation entraîne .
a) Montrer que est une bijection de sur . (Si n’était pas réduit à 0, montrer qu’il existerait dans deux vecteurs tels que et ; si est l’hyperplan des tels que , remarquer que l’on aurait .
b) Montrer que si dim , il existe tel que l’on ait quels que soient dans . (Pour tout , montrer qu’il existe un élément tel que pour tout , et que si et sont linéairement indépendants dans , on a ).
Remarque 11
Soient un corps, deux espaces vectoriels à gauche sur , une forme sesquilinéaire non dégénérée sur pour un antiautomorphisme de .
a) Soient un sous-espace de , un sous-espace de tels que et . Montrer que si l’un des espaces est de dimension finie, il en est de même de l’autre, et les dimensions de ces deux espaces sont égales.
b) Soient deux sous-espaces de tels que et que soit de dimension finie ; montrer que l’on a et . (En appliquant ) aux sous-espaces et , montrer que ; en appliquant aux sous-espaces et , montrer que
c) Si et si est un sous-espace de tel que , montrer que est somme directe de et .
d) Soit un espace vectoriel sur un corps commutatif admettant une base infinie dénombrable , et soit la forme bilinéaire symétrique sur telle que pour tout , pour et , et pour tout . Montrer que est non dégénérée. Soit (resp. ) le sous-espace de engendré par les (resp. ) pour , et soit , qui est un hyperplan dans . Montrer que l’on a et , bien que ; si est le sous-espace de dimension 2 engendré par et , on a .
Remarque 12
Soient deux espaces vectoriels à gauche sur des corps respectivement, de dimension ; soit (resp. ) l’ensemble réticulé (pour la relation d’inclusion) formé des sous-espaces de dimension finie de (resp. ).
a) Soit une application de dans telle que pour tout , , et que pour tout couple d’éléments de , . Montrer que est injective ; si est bijective, il existe une application semi-linéaire bijective de dans telle que l’on ait pour tout (utiliser l’exerc. 10 du chap. II, 2e éd., App. III).
b) Donner un exemple où est commutatif, est de dimension finie, et où il existe une application de dans lui-même, telle que , mais il n’existe aucune application semi-linéaire injective de dans lui-même telle que pour . (Considérer le cas où il existe un surcorps de de degré fini et isomorphe à ,