Bourbaki

§ 2. Discriminant d’une forme sesquilinéaire

par exemple A=Fp(X)A = \mathbf{F}_p(X), où pp est premier ; E′′=A′′⊗AEE'' = A'' \otimes_A E est alors un espace vectoriel de même dimension sur A′′A'' que EE sur AA; considérer l’application M→A′′⊗AMM \to A'' \otimes_A M.

c) On suppose A′=AA' = A. Soit ω\omega une application bijective de F(E)\mathfrak{F}(E) sur l’ensemble F′(E′)\mathfrak{F}'(E') des sous-espaces de codimension finie de E′E', telle que codim⁡ω(M)=dim⁡M\operatorname{codim} \omega(M) = \dim M, et ω(M+N)=ω(M)∩ω(N)\omega(M + N) = \omega(M) \cap \omega(N). Montrer qu’il existe une forme sesquilinéaire Φ\Phi sur E×E′E \times E', non dégénérée à droite, et telle que ω(M)=M0\omega(M) = M^0 pour tout M∈F(E)M \in \mathfrak{F}(E). (Utiliser le th. 1 du chap. II, § 4, n° 6).

¶ 11) a) Soit AA un anneau artinien à gauche et à droite (chap. VIII, § 2, n° 3). Montrer que les conditions suivantes sont équivalentes : 1° l’annulateur à droite (resp. à gauche) de tout idéal à gauche (resp. à droite) ≠A\neq A n’est pas réduit à 0 ; 2° le dual de tout AA-module à gauche (resp. à droite) simple n’est pas réduit à 0 ; 3° le dual de tout AA-module à gauche (resp. à droite) de type fini n’est pas réduit à 0. On dit qu’un anneau AA satisfait à la condition (Ns)(N_s) (resp. (Nd)(N_d)) s’il vérifie ces conditions pour les AA-modules à gauche (resp. à droite).

b) Soient AA un anneau artinien à gauche et à droite satisfaisant à la condition (Nd)(N_d), EE (resp. FF) un AA-module libre à gauche (resp. à droite), ayant une base dénombrable sur AA, Φ\Phi une forme bilinéaire sur E×FE \times F telle que sΦs_\Phi soit injective. Soit MM un sous-module libre de EE; montrer qu’il existe un sous-module libre NN de FF et une base (en)(e_n) (resp. (fn)(f_n)) de MM (resp. NN) telles que Φ(ei,fj)=δij\Phi(e_i, f_j) = \delta_{ij}; on peut en outre prendre pour e1e_1 un élément libre quelconque de MM. (Remarquer que si xx est un élément libre de MM, l’image de FF par l’application y→Φ(x,y)y \to \Phi(x, y) est l’anneau AA tout entier ; procéder ensuite par récurrence pour construire les bases (en)(e_n) et (fn)(f_n)). En déduire que si la base (en)(e_n) de MM est finie, EE est somme directe de MM et de N0N^0, et que l’on a M00=MM^{00} = M.

c) On garde les hypothèses de b), et on suppose en outre que AA satisfait à la condition (Ns)(N_s) et que dΦd_\Phi est injective. Montrer alors qu’il existe une base (en)(e_n) dans EE et une base (fn)(f_n) dans FF telles que Φ(ei,fj)=δij\Phi(e_i, f_j) = \delta_{ij}. (Utiliser b) en déterminant par récurrence alternativement ene_n et fnf_n).

12) Soient EE un espace hilbertien réel de type dénombrable, Φ(x,y)\Phi(x, y) le produit scalaire dans EE. Montrer qu’il n’existe pas de système de deux bases algébriques (eλ),(fμ)(e_\lambda), (f_\mu) de l’espace vectoriel EE sur R\mathbf{R} telles que l’on ait Φ(eλ,fμ)=δλμ\Phi(e_\lambda, f_\mu) = \delta_{\lambda \mu} pour tout couple d’indices. (Remarquer d’abord que l’ensemble d’indices de ces bases aurait la puissance du continu (Esp. vect. top.*, chap. II, § 3, exerc. 15)); considérer ensuite une base orthonormale (dénombrable) (an)(a_n) de EE et remarquer que le sous-espace engendré par les ana_n est contenu dans le sous-espace engendré par une sous-famille dénombrable de (eλ)(e_\lambda).*

Définition 1

Etant donnée une forme Φ\Phi sesquilinéaire pour JJ sur EE et un système S=(x1,…,xn)S = (x_1, \ldots, x_n) de nn éléments de EE, on appelle discriminant de Φ\Phi par rapport à ce système, et on note DΦ(x1,…,xn)D_\Phi(x_1, \ldots, x_n) ou DΦ(S)D_\Phi(S), l’élément det⁡(Φ(xi,xj))\det(\Phi(x_i, x_j)) de AA.

Si (e1,…,en)(e_1, \ldots, e_n) est une base de EE, le discriminant de Φ\Phi par rapport à cette base n’est autre que le déterminant de la matrice de Φ\Phi par rapport à cette base.

Il résulte de la définition de l’extension de Φ\Phi à ∧nE\wedge^n E (§1§ 1, no 9) que l’on a

DΦ(x1,…,xn)=Φ(n)(x1∧…∧xn,x1∧…∧xn), D_\Phi(x_1, \ldots, x_n) = \Phi_{(n)}(x_1 \wedge \ldots \wedge x_n, x_1 \wedge \ldots \wedge x_n),

où Φ(n)\Phi_{(n)} désigne l’extension de Φ\Phi à ∧nE\wedge^n E. Pour toute permutation σ∈Sn\sigma \in \mathfrak{S}_n, on a donc

DΦ(xσ(1),…,xσ(n))=DΦ(x1,x2,…,xn). D_\Phi(x_{\sigma(1)}, \ldots, x_{\sigma(n)}) = D_\Phi(x_1, x_2, \ldots, x_n).

Exemple

Soit BB une algèbre sur l’anneau AA, telle que BB soit un AA-module libre de dimension finie nn. Alors l’application (x,y)→TrB/A(xy)(x, y) \to \mathrm{Tr}_{B/A}(xy) (chap. VIII, § 12, no 2) est une forme bilinéaire sur BB. Etant donné un système (x1,…,xn)(x_1, \ldots, x_n) de nn éléments de BB, le discriminant de cette forme par rapport à ce système s’appelle le discriminant du système (x1,…,xn)(x_1, \ldots, x_n) sur AA, et se note DB/A(x1,…,xn)D_{B/A}(x_1, \ldots, x_n). On a ainsi

DB/A(x1,…,xn)=det⁡(TrB/A(xixj)). D_{B/A}(x_1, \ldots, x_n) = \det (\mathrm{Tr}_{B/A}(x_ix_j)).

Remarque

Soient (e1,…,en)(e_1, \ldots, e_n) une base de BB sur AA, et

eiej=∑k=1ncijkek(cijk∈A) e_ie_j = \sum_{k=1}^n c_{ijk}e_k \quad (c_{ijk} \in A)

(chap. II, § 7, no 2). Comme la matrice de l’endomorphisme AA-linéaire x→ekxx \to e_kx de BB par rapport à (er)(e_r) est (cksr)(c_{ksr}), on a TrB/A(ek)=∑r=1nckrr\mathrm{Tr}_{B/A}(e_k) = \sum_{r=1}^n c_{krr}, d’où TrB/A(eiej)=∑k,rcijkckrr\mathrm{Tr}_{B/A}(e_ie_j) = \sum_{k,r} c_{ijk}c_{krr}. Il en résulte que l’on a

DB/A(e1,…,en)=det⁡i,j(∑k,rcijkckrr). D_{B/A}(e_1, \ldots, e_n) = \det_{i,j} (\sum_{k,r} c_{ijk}c_{krr}).

Proposition 1

Soient Φ\Phi une forme sesquilinéaire pour JJ sur EE, (x~1,…,xn)(\tilde{x}_1, \ldots, x_n) un système de nn éléments de EE, et (aij)(i,j=1,…,n)(a_{ij})_{(i,j = 1, \ldots, n)} une famille de n2n^2 éléments de AA; posons yi=∑i=1najixiy_i = \sum_{i=1}^n a_{ji}x_i. On a alors

DΦ(y1,…,yn)=det⁡(aij)⋅det⁡(aij)j⋅DΦ(x1,…,xn). D_\Phi(y_1, \ldots, y_n) = \det (a_{ij}) \cdot \det (a_{ij})^j \cdot D_\Phi(x_1, \ldots, x_n).

En effet, comme Φ\Phi est une forme sesquilinéaire, on a Φ(yi,yj)=∑k,maikΦ(xk,xm)ajmj\Phi(y_i, y_j) = \sum_{k,m} a_{ik} \Phi(x_k, x_m) a_{jm}^j. Donc, si l’on note AA la matrice (aij)(a_{ij}), la matrice (Φ(yi,yj))(\Phi(y_i, y_j)) est égale à A.(Φ(xi,xj)).tAjA . (\Phi(x_i, x_j)). {}^t A^j. Comme det⁡(tA)=det⁡(A)\det({}^t A) = \det(A), et que det⁡(Aj)=det⁡(A)j\det(A^j) = \det(A)^j, notre assertion est démontrée.

En particulier, si (ei)(e_i) et (ei′)(e'_i) sont deux bases de E,DE, D et D′D' les discriminants de Φ\Phi par rapport à ces bases, et aa le déterminant de la matrice de passage de la base (ei)(e_i) à la base (ei′)(e'_i), on a

(4)D′=aajD. (4) \qquad D' = aa^j D.

Il résulte de la prop. 1 que, si (ei)(e_i) est une base de EE et (xi)(x_i) un système quelconque de nn éléments de EE, DΦ(e1,…,en)D_\Phi(e_1, \ldots, e_n) divise DΦ(x1,…,xn)D_\Phi(x_1, \ldots, x_n). En particulier les discriminants de Φ\Phi par rapport à deux bases quelconques de EE engendrent le même idéal principal de AA.

Soient (Ei)i∈I(E_i)_{i \in I} une famille finie de AA-modules libres de dimensions finies, Φi\Phi_i une forme sesquilinéaire pour JJ sur EiE_i, et BiB_i une base de EiE_i. Si Φ\Phi désigne la somme directe des Φi\Phi_i (§ 1, no 3) et BB la base de ∏i∈IEi\prod_{i \in I} E_i obtenue par réunion des BiB_i, on a évidemment

(5)DΦ(B)=∏i∈IDΦi(Bi). (5) \qquad D_\Phi(B) = \prod_{i \in I} D_{\Phi_i}(B_i).

Soient Φ\Phi une forme sesquilinéaire pour JJ sur EE, hh un homomorphisme de AA dans un anneau commutatif A′A', Φ′\Phi' la forme sesquilinéaire sur A′⊗AEA' \otimes_A E obtenue par extension de Φ\Phi (§ 1, no 4) et (x1,…,xn)(x_1, \ldots, x_n) un système quelconque d’éléments de EE. Comme A′⊗AEA' \otimes_A E est un A′A'-module libre, DΦ′(1⊗x1,…,1⊗xn)D_{\Phi'}(1 \otimes x_1, \ldots, 1 \otimes x_n) est défini, et on a évidemment

(6)DΦ′(1⊗x1,…,1⊗xn)=h(DΦ(x1,…,xn)). (6) \qquad D_{\Phi'}(1 \otimes x_1, \ldots, 1 \otimes x_n) = h(D_\Phi(x_1, \ldots, x_n)).

Exemple

Soient BB une algèbre sur AA qui soit un AA-module libre de dimension finie nn, (x1,…,xn)(x_1, \ldots, x_n) une base de BB sur AA, et mm un idéal de AA. Si l’on note hh l’homomorphisme canonique de BB sur B/mBB/mB, (h(x1),…,h(xn))(h(x_1), \ldots, h(x_n)) est une base de B/mBB/mB sur A/mA/m (chap. I, § 6, no 5, prop. 5), et B/mBB/mB est isomorphe à (A/m)⊗AB(A/m) \otimes_A B. On a donc

D(B/mB)/(A/m)(h(x1),…,h(xn))=h(DB/A(x1,…,xn)). D_{(B/mB)/(A/m)}(h(x_1), \ldots, h(x_n)) = h(D_{B/A}(x_1, \ldots, x_n)).

Proposition 2

On suppose que AA est intègre. Soient Φ\Phi une forme sesquilinéaire pour JJ sur EE et (e1,…,en)(e_1, \ldots, e_n) une base de EE, telles que DΦ(e1,e2,…,en)≠0D_\Phi(e_1, e_2, \ldots, e_n) \neq 0.

a) Pour qu’un système (x1,…,xn)(x_1, \ldots, x_n) de nn éléments de EE soit libre, il faut et il suffit que DΦ(x1,…,xn)D_\Phi(x_1, \ldots, x_n) soit ≠0\neq 0.

b) Pour qu’un système (x1,…,xn)(x_1, \ldots, x_n) de nn éléments de EE soit une base de EE, il faut et il suffit que DΦ(x1,…,xn)D_\Phi(x_1, \ldots, x_n) et DΦ(e1,…,en)D_\Phi(e_1, \ldots, e_n) soient des éléments associés dans AA (cf. chap. VI, § 1, no 5).

Posons xj=∑i=1najieix_j = \sum_{i=1}^n a_{ji} e_i (aji∈Aa_{ji} \in A). Démontrons d’abord a). Si DΦ(x1,…,xn)=0D_\Phi(x_1, \ldots, x_n) = 0, on a det⁡(aji)⋅det⁡(aji)′=0\det(a_{ji}) \cdot \det(a_{ji})' = 0 (prop. 1) puisque DΦ(e1,…,en)≠0D_\Phi(e_1, \ldots, e_n) \neq 0 et que AA est intègre ; on a donc det⁡(aji)=0\det(a_{ji}) = 0, et les vecteurs xjx_j sont linéairement dépendants (chap. III, § 7, no 1, th. 1, appliqué à l’espace vectoriel K⊗AEK \otimes_A E, où KK désigne le corps des fractions de AA). Réciproquement, si ces vecteurs sont linéairement dépendants on a det⁡(aji)=0\det(a_{ji}) = 0 (ibid.), d’où DΦ(x1,…,xn)=0D_\Phi(x_1, \ldots, x_n) = 0 (prop. 1).

Démontrons maintenant b). Si DΦ(x1,…,xn)D_\Phi(x_1, \ldots, x_n) et DΦ(e1,…,en)D_\Phi(e_1, \ldots, e_n) sont associés dans AA, la prop. 1 montre que det⁡(aij)⋅det⁡(aij)′\det(a_{ij}) \cdot \det(a_{ij})' est inversible dans AA. Ainsi det⁡(aij)\det(a_{ij}) est lui aussi inversible dans AA; donc la matrice (aij)(a_{ij}) sur AA est inversible (chap. III, § 6, no 5, th. 2), et l’endomorphisme gg de EE défini par g(ei)=xig(e_i) = x_i (i=1,…,ni = 1, \ldots, n) est un automorphisme ; par conséquent (x1,…,xn)(x_1, \ldots, x_n) est une base de EE. La réciproque résulte aussitôt de la prop. 1.

Proposition 3

Soient Φ\Phi une forme sesquilinéaire pour JJ sur EE, et SS une base de EE. Les conditions suivantes sont équivalentes :

a) L’application sΦs_\Phi de EE dans E∗E^* associée à Φ\Phi est bijective.

b) L’application dΦd_\Phi de EE dans E∗E^* associée à Φ\Phi est bijective.

c) L’élément DΦ(S)D_\Phi(S) est inversible dans AA.

En effet la condition c) exprime que la matrice de Φ\Phi par rapport à SS est inversible (chap. III, § 6, no 5, th. 2). Donc c) est équivalente à a) (§1,§ 1, no 10) ; de même c) est équivalente à b).

Proposition 4

On suppose AA intègre. Soit SS une base de EE. Une condition nécessaire et suffisante pour qu’une forme sesquilinéaire Φ\Phi sur EE soit non dégénérée est que l’on ait DΦ(S)≠0D_\Phi(S) \neq 0.

Soit en effet K le corps des fractions de A, et soit Φ′\Phi' l’extension de Φ\Phi au K-espace vectoriel K⊗AEK \otimes_A E; identifions E à une partie de cet espace vectoriel. La relation DΦ(S)≠0D_{\Phi}(S) \neq 0 est alors équivalente à DΦ′(S)≠0D_{\Phi'}(S) \neq 0 (formule (6)), qui elle-même exprime que sΦ′s_{\Phi'} est bijective (prop. 3), c’est-à-dire que Φ′\Phi' est non dégénérée (§ 1, no 6, prop. 6). Or, pour tout x∈K⊗AEx \in K \otimes_A E, il existe a∈Aa \in A tel que ax∈Eax \in E; par suite, pour que Φ\Phi soit dégénérée, il faut et il suffit que Φ′\Phi' le soit. Ceci démontre notre assertion.

Proposition 5

Soient A un corps, B une algèbre commutative de dimension finie n sur A, et S une base de B. Pour que B soit séparable (chap. VIII, § 7, no 5, déf. 1) il faut et il suffit que l’on ait* DB/A(S)≠0D_{B/A}(S) \neq 0.

Soient en effet A′A' la clôture algébrique de A, et B′B' l’algèbre A′⊗ABA' \otimes_A B sur A′A'. Si B est séparable, B′B' est semi-simple (chap. VIII, § 7, no 5, cor. de la prop. 7) et est donc composée directe de n corps isomorphes à A′A' (chap. VIII, § 6, no 4, cor. de la prop. 9). Si S′S' désigne la base canonique de B′B' (identifiée à A′n{A'}^n), on a DB′/A′(S′)=1D_{B'/A'}(S') = 1, d’où DB′/A′(S)≠0D_{B'/A'}(S) \neq 0 (prop. 1) et DB/A(S)≠0D_{B/A}(S) \neq 0 (formule (6)).

Réciproquement supposons que l’on ait DB/A(S)≠0D_{B/A}(S) \neq 0. Pour montrer que B est séparable, il suffit de montrer que B′B' est semi-simple, c’est-à-dire qu’elle n’admet pas d’élément nilpotent ≠0\neq 0. Or, si x′x' était un élément nilpotent non nul de B′B', on pourrait le prendre comme premier élément d’une base S′S' de B′B', et on aurait alors TrB′/A′(x′y′)=0\mathrm{Tr}_{B'/A'}(x'y') = 0 pour tout y′∈S′y' \in S' puisqu’un endomorphisme nilpotent a ses valeurs propres nulles (chap. VII, § 5, no 3, cor. 3 de la prop. 8), donc une trace nulle. Il en résulterait que DB′/A′(S′)=0D_{B'/A'}(S') = 0, d’où DB′/A′(S)=0D_{B'/A'}(S) = 0 (prop. 1) et DB/A(S)=0D_{B/A}(S) = 0 (formule (6)), contrairement à l’hypothèse.

Remarque

Supposons que B soit un surcorps de A. Soient S=(x1,…,xn)S = (x_1, \ldots, x_n) une base de B, et (s1,…,sn)(s_1, \ldots, s_n) les A-isomorphismes de B dans la clôture algébrique A′A' de A (chaque sjs_j étant répété [B:A]i[B : A]_i fois). Rappelons que, pour tout z∈Bz \in B, on a TrB/A(z)=∑j=1nsj(z)\mathrm{Tr}_{B/A}(z) = \sum_{j=1}^n s_j(z) (chap. VIII, § 12, no 2, prop. 4).

Il résulte alors de la formule de multiplication des déterminants que l’on a

(7)(det⁡(sj(xi)))2=DB/A(x1,…,xn).(7)\quad (\det(s_j(x_i)))^2 = D_{B/A}(x_1, \ldots, x_n).

Cette formule montre que la proposition 5 généralise la condition de séparabilité donnée au chap. V, § 7, no 2, Remarque.

Proposition 6

Soient Φ\Phi une forme A-bilinéaire sur E, et K un sous-anneau de A tel que A soit un K-module libre de dimension finie q. Si (ei)i=1,…,n(e_i)_{i=1,\ldots,n} est une base de E sur A et (aj)j=1,…,q(a_j)_{j=1,\ldots,q} une base de A sur K, alors (ajei)(a_j e_i) est une base de E sur K. L’application Φ′\Phi' de E×EE \times E dans K définie par Φ′(x,y)=TrA/K(Φ(x,y))\Phi'(x, y) = \mathrm{Tr}_{A/K}(\Phi(x, y)) est une forme K-bilinéaire sur E, et on a

(8)DΦ′(ajei)=NA/K(DΦ(e1,…,en))⋅(DA/K(a1,…,aq))n.(8)\quad D_{\Phi'}(a_j e_i) = N_{A/K}(D_\Phi(e_1, \ldots, e_n)) \cdot (D_{A/K}(a_1, \ldots, a_q))^n.

Les deux premières assertions étant évidentes, il suffit de démontrer (7). Par définition le premier membre est le déterminant de l’endomorphisme K-linéaire uu de E défini par

u(ajei)=∑r,sTrA/K(ajarΦ(ei,es))ares.u(a_j e_i) = \sum_{r,s} \mathrm{Tr}_{A/K}(a_j a_r \Phi(e_i, e_s)) a_r e_s.

Considérons l’endomorphisme A-linéaire vv de E défini par v(ei)=∑sΦ(ei,es)esv(e_i) = \sum_s \Phi(e_i, e_s) e_s, et l’endomorphisme K-linéaire ww de E défini par w(ajei)=(∑rTrA/K(ajar)ar)eiw(a_j e_i) = (\sum_r \mathrm{Tr}_{A/K}(a_j a_r) a_r) e_i. On a

w(v(ajei))=w(∑sajΦ(ei,es)es)=∑r,sTrA/K(ajΦ(ei,es)ar)aresw(v(a_j e_i)) = w(\sum_s a_j \Phi(e_i, e_s) e_s) = \sum_{r,s} \mathrm{Tr}_{A/K}(a_j \Phi(e_i, e_s) a_r) a_r e_s

puisque w(aes)=∑rTrA/K(aar)aresw(a e_s) = \sum_r \mathrm{Tr}_{A/K}(a a_r) a_r e_s pour tout a∈Aa \in A; ainsi uu est l’application composée w∘vw \circ v. Donc, en notant vKv_K l’application vv considérée comme application K-linéaire, on a det⁡(u)=det⁡(vK)det⁡(w)\det(u) = \det(v_K) \det(w). Or on a det⁡(vK)=NA/K(det⁡(v))\det(v_K) = N_{A/K}(\det(v)) (chap. VIII, § 12, no 2, prop. 7), et il est clair que det⁡(v)=DΦ(e1,…,en)\det(v) = D_\Phi(e_1, \ldots, e_n). D’autre part, comme chacun des A-modules Aei(i=1,…,n)Ae_i (i = 1, \ldots, n) est stable pour ww, et que le déterminant de la restriction de ww à AeiAe_i est det⁡(TrA/K(ajar))=DA/K(a1,…,aq)\det(\mathrm{Tr}_{A/K}(a_j a_r)) = D_{A/K}(a_1, \ldots, a_q), on a det⁡(w)=(DA/K(a1,…,aq))n\det(w) = (D_{A/K}(a_1, \ldots, a_q))^n. La formule (8) se réduit donc à det⁡(u)=det⁡(vK)det⁡(w)\det(u) = \det(v_K) \det(w), formule démontrée ci-dessus.

Corollaire (« Formule de transitivité des discriminants »)

Soient K un anneau commutatif, A une algèbre commutative admettant une base finie (aj)j=1,…,q(a_j)_{j=1,\ldots,q} sur K, et E une algèbre sur A admettant une base finie (ei)i=1,…,n(e_i)_{i=1,\ldots,n}. Alors (ajei)(a_j e_i) est une base de E sur K, et on a

DE/K(ajei)=NA/K(DE/A(e1,…,en))⋅(DA/K(a1,…,aq))n. D_{E/K}(a_j e_i) = N_{A/K}(D_{E/A}(e_1, \ldots, e_n)) \cdot (D_{A/K}(a_1, \ldots, a_q))^n.

En effet, si l’on pose Φ(x,y)=Tr⁡E/A(xy)\Phi(x, y) = \operatorname{Tr}_{E/A}(xy), la forme K-bilinéaire Φ′\Phi' de la prop. 6 est Φ′(x,y)=Tr⁡E/K(xy)\Phi'(x, y) = \operatorname{Tr}_{E/K}(xy) d’après la formule de transitivité des traces (Chap. VIII, § 12, n° 2, cor. de la prop. 7).

Exercices. — 1) Soit A une algèbre de rang fini sur un corps commutatif K, ayant un élément unité. a) Montrer que si le radical de A n’est pas nul, la forme bilinéaire (x,y)→Tr⁡A/K(xy)(x, y) \to \operatorname{Tr}_{A/K}(xy) sur A est dégénérée. b) On suppose que K est de caractéristique 0. Montrer que si A est une algèbre de matrices Mn(K)M_n(K), S la base canonique de A sur K, on a DA/K(S)≠0D_{A/K}(S) \neq 0. c) Déduire de a) et b) que, pour qu’une algèbre A de rang fini sur un corps K de caractéristique 0 soit absolument semi-simple, il faut et il suffit que la forme bilinéaire (x,y)→Tr⁡A/K(xy)(x, y) \to \operatorname{Tr}_{A/K}(xy) soit non dégénérée (ou, ce qui revient au même, que DA/K(S)≠0D_{A/K}(S) \neq 0 pour toute base S de A sur K).

¶ 2) Soient B un anneau, A un sous-anneau de B contenant l’élément unité de B ; B est donc un (A, A)-bimodule ; on désigne par sB^sB (resp. dB^dB) l’ensemble B considéré comme A-module à gauche (resp. à droite), par sB∗^sB^* (resp. dB∗^dB^*) le A-module à droite (resp. à gauche) dual de sB^sB (resp. dB^dB). Pour tout x′∈sB∗x' \in ^sB^* et tout b∈Bb \in B, x→⟨xb,x′⟩x \to \langle xb, x' \rangle est une forme A-linéaire sur sB^sB, donc un élément de sB∗^sB^* qu’on désigne par bx′bx' ; l’application (b,x′)→bx′(b, x') \to bx' définit sur sB∗^sB^* une structure de B-module à gauche (cf. chap. III, 2e éd., App. II, n° 7). a) Soit φ\varphi un homomorphisme du (A, A)-bimodule B dans le (A, A)-bimodule A ; pour que l’application A-bilinéaire Φ:(x,y)→φ(xy)\Phi : (x, y) \to \varphi(xy) de sB×dB^sB \times ^dB dans A soit non dégénérée, il faut et il suffit que φ(0)\varphi(0) ne contienne aucun idéal (à gauche ou à droite) de B distinct de {0}\{0\}. On dit alors que φ\varphi est un homomorphisme frobeniusien de B dans A. b) Soit φ\varphi un homomorphisme frobeniusien de B dans A ; montrer que l’application dφd_\varphi associée à droite à Φ\Phi est un isomorphisme du B-module à gauche BsB_s sur un sous-module du B-module à gauche sB∗^sB^*. Montrer que dφd_\varphi est bijectif dans chacun des deux cas suivants : 1° A est un anneau artinien à gauche et à droite satisfaisant aux conditions (N_s) et (N_d) (§ 1, exerc. 11), et sB^sB et dB^dB sont des A-modules libres de longueurs finies (utiliser l’exerc. 11 b) du § 1) ; 2° A est un anneau artinien commutatif et involutif (chap. VIII, § 3, exerc. 11), contenu dans le centre de B, et sB^sB est un A-module de longueur finie (utiliser l’exerc. 11 du chap. VIII, § 3).

c) Réciproquement, montrer que si BsB_s et sB∗^sB^* sont isomorphes, il existe un homomorphisme frobeniusien de B dans A lorsqu’on est dans l’un des deux cas considérés dans b) et que sB^sB et dB^dB ont même longueur (utiliser l’exerc. 11 b) du § 1).

d) Avec les hypothèses et notations de a), montrer que l’annulateur à droite (resp. à gauche) d’un idéal à gauche I (resp. d’un idéal à droite r) de B, est l’orthogonal l0l^0 (resp. r0r^0) pour la forme Φ\Phi du sous-module I (resp. r) de sB^sB (resp. dB^dB).

e) Soit φ\varphi un homomorphisme frobeniusien de B dans A. Montrer que si A est un anneau artinien involutif (chap. VIII, § 3, exerc. 11) il en est de même de B, lorsqu’on suppose en outre que l’une ou l’autre des conditions de b) est vérifiée (utiliser b) et d)).

¶ 3) Soient A un corps commutatif, B une algèbre de rang fini sur A, ayant un élément unité.

a) Pour que B soit une algèbre frobeniusienne, il faut et il suffit qu’il existe un homomorphisme frobeniusien de B dans A (exerc. 2). (Utiliser l’exerc. 2 c) et e) ci-dessus, et l’exerc. 6 b) du chap. VIII, § 13).

b) Soit φ\varphi un homomorphisme frobeniusien de B dans A ; toute forme A-linéaire sur B peut alors s’écrire d’une seule manière x→φ(b′x)x \to \varphi(b'x) (resp. x→φ(xb′′)x \to \varphi(xb'')) où b′b' et b′′b'' appartiennent à B ; pour que cette forme soit un homomorphisme frobeniusien, il faut et il suffit que b′b' (resp. b′′b'') soit inversible dans B.

c) Pour tout x∈Bx \in B, soit xσx^\sigma l’unique élément (cf. b)) tel que φ(xy)=φ(yxσ)\varphi(xy) = \varphi(yx^\sigma) pour tout y∈By \in B. Montrer que x→xσx \to x^\sigma est un A-automorphisme de B. On dit que l’algèbre frobeniusienne B est symétrique si σ\sigma est un automorphisme intérieur de B ; il y a alors un homomorphisme frobeniusien de B dans A pour lequel σ\sigma est l’identité (cf. b)). Il revient au même de dire que les (B, B)-bimodules B et sB∗=dB∗^sB^* = ^dB^* (qu’on écrit B*) sont isomorphes (exerc. 2 c)).

d) Soient E un B-module à gauche de longueur finie, E’ son dual, E’* le dual de E’ considéré comme espace vectoriel sur A ; E’* est muni d’une structure de B-module à gauche en posant, pour x′∈E′x' \in E', x′′∈E′∗x'' \in {E'}^*, b∈Bb \in B, ⟨x′,bx′′⟩=⟨x′b,x′′⟩\langle x', bx'' \rangle = \langle x'b, x'' \rangle (chap. III, 2e éd., App. II, n° 7). Pour tout x∈Ex \in E, soit fE(x)f_E(x) (ou simplement f(x)f(x)) l’élément de E’*tel que ⟨x′,f(x)⟩=φ(⟨x,x′⟩)\langle x', f(x) \rangle = \varphi(\langle x, x' \rangle) pour tout x′∈E′x' \in E'; montrer que ff est une bijection semi-linéaire pour l’automorphisme σ\sigma, du B-module à gauche E sur le B-module à gauche E’* (utiliser l’exerc. 10 du chap. VIII, § 4). Pour E=BsE = B_s, on a (avec les notations de l’exerc. 2 b)) dΦ(xσ)=fBs(x)d_\Phi(x^\sigma) = f_{B_s}(x) pour tout x∈Bx \in B.

4) a) Soit G un groupe fini. Montrer que l’algèbre B du groupe G sur un corps commutatif quelconque A est une algèbre frobeniusienne symétrique (exerc. 3). (Considérer l’application φ\varphi de B dans A qui, à tout élément x=∑s∈Gξs.sx = \sum_{s \in G} \xi_s . s, associe φ(x)=ξe\varphi(x) = \xi_e, e désignant l’élément neutre de G).

b) Soient E un espace vectoriel de dimension finie nn sur un corps commutatif A, et B l’algèbre extérieure ∧E\wedge E. Montrer que B est une algèbre frobeniusienne. (Si (ei)1≤i≤n(e_i)_{1 \leq i \leq n} est une base de E, considérer l’application qui à tout élément xx de B associe le coefficient de e1∧e2∧…∧ene_1 \wedge e_2 \wedge \ldots \wedge e_n dans l’expression de xx à l’aide de la base de B correspondant à (ei)(e_i)). Pour que l’algèbre frobeniusienne B soit symétrique, il faut et il suffit que nn soit pair ou A de caractéristique 2.

¶ 5) a) Montrer que le produit tensoriel de deux algèbres frobeniusiennes (resp. frobeniusiennes et symétriques) de rang fini sur un corps commutatif K est une algèbre frobeniusienne (resp. frobeniusienne et symétrique) (cf. § 1, n° 9, prop. 9).

b) Soient B une algèbre de rang fini sur K, L une extension de K de degré fini sur K. Montrer que si l’algèbre B(L)=B⊗KLB_{(L)} = B \otimes_K L sur L est frobeniusienne (resp. frobeniusienne et symétrique), il en est de même de B. (Utiliser les exerc. 2 c) et 3 c) ci-dessus et l’exerc. 2 du chap. VIII, § 2).

6) Montrer que toute algèbre absolument semi-simple B de rang fini sur un corps commutatif A est une algèbre frobeniusienne symétrique. (Se ramener au cas où B est simple ; utiliser l’exerc. 5 b) ci-dessus, ainsi que la prop. 9 du chap. VIII, § 12, n° 3).

Transcribed from the printed volume. Not translated.