§ 10. Angles
Dans tout ce paragraphe, A désigne un corps commutatif de caractéristique , E un espace vectoriel de dimension 2 sur A, et une forme bilinéaire symétrique non dégénérée sur E.
1. Similitudes directes dans un plan.
Rappelons (§ 6, n° 5) qu’une similitude directe de E est un automorphisme de l’espace vectoriel E tel que quels que soient dans E.
Proposition 1
Soit la sous-algèbre de engendrée par les similitudes directes de E.
a) Les similitudes directes sont les éléments inversibles de . L’algèbre est une algèbre commutative de degré 2 sur A. Lorsque E ne contient pas de vecteur isotrope , est un corps, extension quadratique de A ; dans le cas contraire c’est la composée directe de deux corps isomorphes à A.
b) Soit une base orthogonale de E ; posons et . Alors les matrices des éléments de par rapport à cette base sont les matrices de la forme où .
c) L’espace E est un -module libre monogène, engendré par n’importe quel vecteur non isotrope.
Introduisons en effet une forme bilinéaire alternée auxiliaire sur E ; alors B est non dégénérée. Il existe donc un endon° 1
morphisme de E tel que quels que soient dans E. Pour tout endomorphisme inversible de E, on a
Or les endomorphismes de E dont les matrices sont de la forme ( dans A) forment un sous-espace vectoriel de dimension 2 de , engendré par 1 et par l’endomorphisme ; comme est l’homothétie de rapport , ce sous-espace est la sous-algèbre de engendrée par les similitudes directes. Les similitudes directes sont les éléments inversibles de , c’est-à-dire ceux dont les matrices vérifient . Le fait que l’algèbre est commutative est évident. Appliquons-lui les résultats du chap. II, § 7, n° 7 : si n’est pas un carré dans A, c’est-à-dire si aucun vecteur non nul de E n’est isotrope, est un corps ; si, au contraire, est un carré dans A, c’est-à-dire si E contient des vecteurs isotropes , est composée directe de deux corps isomorphes à A. Ceci démontre a) et b).
Enfin tout vecteur non isotrope de E peut être pris comme premier vecteur d’une base orthogonale (§ 6, n° 1); donc ses transformés par les éléments de sont les vecteurs de la forme ( dans ), c’est-à-dire tous les vecteurs de , puisque toutes les matrices sont des matrices d’éléments de . Autrement dit est un -module monogène, engendré par n’importe quel vecteur non isotrope. On voit de plus que c’est un -module monogène libre, puisque entraîne , donc . Ceci démontre c).
Remarque 1
Soit la similitude de matrice par rapport à ; la similitude introduite dans la démonstration de la prop. 1 est égale à ; on a . Le multiplicateur de la similitude directe ( dans ) est égal au déterminant de sa matrice , c’est-à-dire à , en désignant par le conjugué de dans l’algèbre (chap. II, § 7, n° 7); autrement dit le multiplicateur de est la norme de dans l’algèbre (ibid.). En particulier, pour qu’une similitude directe soit une rotation, il faut et il suffit que ; pour que soit une homothétie, il faut et il suffit que .
Remarque 2
Les similitudes directes ( dans , ) dont le carré est une homothétie sont les homothéties et les multiples scalaires de , puisque . Ces derniers ne sont autres que les automorphismes de l’espace vectoriel qui transforment tout vecteur en un vecteur orthogonal; en effet la matrice d’un tel automorphisme est nécessairement de la forme ( dans ), et la condition de transformer le vecteur en un vecteur orthogonal s’écrit alors .
Remarque 3
On vérifie aisément que, pour dans et , on a . Ainsi l’endomorphisme adjoint d’une similitude directe est la similitude directe conjuguée de dans .
Remarque 4
Comme toute similitude inverse de est le produit d’une similitude directe et de la symétrie par rapport à , les matrices n° 1
des similitudes inverses par rapport à sont les matrices de la forme .
Nous désignerons désormais par le groupe des similitudes de , par celui des similitudes directes, par celui des homothéties , et par celui des rotations. Rappelons que l’on a .
Corollaire 1
Le groupe des similitudes directes est commutatif. Quels que soient les vecteurs non isotropes de , il existe une similitude directe et une seule telle que .
La première assertion résulte du fait que l’algèbre est commutative. Comme est un -module libre monogène engendré par (resp. ), il existe un élément (resp. ) de et un seul tel que (resp. ) ; d’où , et est l’identité ; ceci montre que est inversible, et est donc une similitude directe.
Corollaire 2
Le groupe des rotations est commutatif. Quels que soient les vecteurs de tels que , il existe une rotation et une seule telle que .
La première assertion résulte du cor. 1. Celui-ci montre aussi qu’il existe une similitude directe et une seule telle que ; comme , le multiplicateur de est égal à 1, et est donc une rotation.
Corollaire 3
Le groupe est commutatif. Il opère sur l’ensemble des droites non isotropes de . Quelles que soient les droites non isotropes de , il existe un élément et un seul de tel que .
Ceci résulte du cor. 1 et du fait que laisse globalement invariante toute droite de .
Proposition 2
Le noyau de l’homomorphisme canonique de dans est .
En effet 1 et sont les seuls éléments de .
Proposition 3
L’homomorphisme de dans lui-même admet pour noyau, et définit, par passage au quotient, un isomorphisme de sur .
En effet la relation équivaut à , c’est-à-dire à ; donc est le noyau de . Comme , est une rotation (Remarque 1). Il reste à montrer que tout élément de est de la forme (). Si est inversible, on peut prendre , car la relation implique . Sinon, l’on a , c’est-à-dire, en posant (), , d’où ; or les relations et entraînent , d’où ; comme , il suffit, dans ce cas, de prendre .
Lorsque est un corps, la prop. 3 est un cas particulier du théorème de Hilbert (chap. V, § 11, n° 5, th. 3).
Corollaire
Notons et les homomorphismes définis dans les prop. 2 et 3, et écrivons additive- ment les groupes abéliens et ; on a pour et pour .
En effet, si est une rotation, on a , d’où . D’autre part, si , est la classe mod. d’une similitude directe , et est congru à mod. ; d’où la seconde formule.
2. Trigonométrie plane.
Nous ferons choix, dans ce n°, d’un générateur de l’algèbre tel que . Un tel générateur est déterminé à une homothétie près (n° 1, Remarque 2), donc l’élément de , que nous noterons , est déterminé modulo le sous-groupe multiplicatif des carrés d’éléments non nuls de .
Remarque
Lorsque –1 appartient à la classe mod. en question, on choisit en général de telle sorte que , ce qui le détermine au signe près. Lorsque cette classe contient 1 mais non –1, on choisit en général de telle sorte que , ce qui le détermine encore au signe près.
n° 2
ANGLES
Ceci étant, tout élément de s’écrit, d’une façon et d’une seule, sous la forme
(1)
Proposition 4
a) Lorsque n’est pas un carré dans (c’est-à-dire lorsque ne contient pas de droite isotrope), l’application de dans est une bijection.
b) Lorsque est le carré d’un élément de , l’application est une bijection de sur privé des éléments et .
c) En notant additivement, on a, pour dans
(2)
En effet, comme est un ensemble de droites (privées de 0) de considéré comme plan vectoriel sur , est injective. D’autre part, pour qu’un élément () de soit une similitude directe, il faut et il suffit qu’il soit inversible, c’est-à-dire que l’on ait , ou encore ; ceci démontre les assertions de surjectivité dans a) et b). Enfin le produit des similitudes et est la similitude , ce qui démontre c).
Proposition 5
Notons additivement. Pour tout couple d’éléments de on a
(3)
La relation (3) exprime en effet que . Pour (4) et (5) il suffit de calculer, dans , le produit des rotations et .
Proposition 6
Soit d l’isomorphisme de sur défini dans la prop. 3. Pour tout élément de tel que soit fini, on a
(6)
En effet est la classe mod. de la similitude , et la rotation est donc (prop. 3), ce qui démontre (6).
Corollaire
Pour tout élément de tel que soit fini, on a
(7)
En effet ceci résulte aussitôt de la prop. 6 et du cor. de la prop. 3.
Remarque
Les formules (6) restent vraies pour à condition de remplacer les fonctions rationnelles qui figurent au second membre par leurs prolongements canoniques au corps projectif (chap. II, 2e éd., App. III, n° 5); en effet, si , est la classe de , et on a et ; ce sont bien là les valeurs prises par les prolongements canoniques des seconds membres pour . Il en est de même pour (7) lorsque , et pour (8) lorsque ou que . De même la formule (2) reste vraie lorsqu’un seul des éléments par exemple, est infini, à condition de considérer son second membre comme une fonction rationnelle de seulement : en effet le produit des similitudes et est , tandis que la valeur prise par le prolongement canonique du second membre de (2) est . Enfin, lorsque et sont finis et que l’on a , on a (sinon serait égal à , ce qui est impossible (prop. 4)); on peut donc convenir que la valeur du second membre de (2) est , et cette valeur est bien celle du premier membre. Lorsque et sont tous deux infinis, le second membre de (2) n’est pas défini.
3. Angles.
Nous supposerons, dans ce n° et le suivant, que A est un corps ordonné, donc de caractéristique nulle. Rappelons (Rectifications au chap. VI) que, si F est un espace vectoriel sur A, la relation « il existe tel que » est une relation d’équivalence entre éléments de , que toute classe d’équivalence pour cette relation s’appelle une demi-droite ouverte d’origine 0, et que la réunion d’une demi-droite ouverte et de s’appelle une demi-droite fermée (ou simplement demi-droite) d’origine 0 ; si D est une droite et une demi-droite fermée contenue dans D, D est réunion de et de , et ne contient pas d’autre demi-droite fermée. Nous dirons qu’une demi-droite est isotrope si la droite qui la contient est isotrope.
Rappelons aussi (ibid.) que, étant donné un espace vectoriel de dimension finie sur A, une orientation sur F est la donnée d’une des deux demi-droites de l’espace ; les -vecteurs appartenant à cette demi-droite sont dits positifs. Un espace vectoriel de dimension finie muni d’une orientation est dit orienté.
Les homothéties de E dont le rapport est forment évidemment un sous-groupe d’indice 2 de H ; nous le noterons . L’homomorphisme canonique (cf. prop. 2) est le composé des homomorphismes canoniques de sur et de dans ; comme , ce dernier homomorphisme est injectif.
Proposition 7
Supposons que A soit un corps ordonné maximal et que soit une forme positive (§ 7). Alors les homomorphismes canoniques de dans et de dans sont bijectifs, et est isomorphe à .
Nous avons déjà vu que les homomorphismes en question sont injectifs, et il suffit de montrer que le premier est surjectif. Soit une base orthonormale de E, et soit la similitude directe telle que (cor. 1 de la prop. 1, n° 1) ; on a alors (prop. 1, b)). Étant donnée une similitude directe quelconque , on a , et il existe une rotation et une seule contenue dans la même demi-droite de que , à savoir . CQFD.
Corollaire
Etant données deux demi-droites* D, D' d’origine 0, il existe une rotation v et une seule telle que v(D) = D'.
Les hypothèses impliquent en effet que E ne contient point de droites isotropes. Notre assertion résulte alors du cor. 1 de la prop. 1 (n° 1).
Nous supposerons désormais que A est un corps ordonné maximal, et que la forme est positive. Dans l’ensemble des couples de droites (resp. demi-droites d’origine 0) de E, la relation « il existe une similitude directe (resp. une rotation) u telle que et » est une relation d’équivalence entre les couples et . La classe d’équivalence du couple s’appelle, par définition l’angle des droites (resp. demi-droites) (prises dans cet ordre); on le note .
Proposition 8
On suppose que* A est un corps ordonné maximal, et que la forme est positive. Soient quatre droites (resp. demi-droites) d’origine 0 de E. Pour que les angles et soient égaux, il faut et il suffit que les angles et soient égaux.
Démontrons la nécessité de la condition énoncée. Soit u une similitude directe (resp. une rotation) telle que et . Il existe, d’après le cor. 3 de la prop. 1, une similitude directe (resp. d’après le cor. de la prop. 7, une rotation) v telle que . Comme le groupe (resp. ) est commutatif, on a , et ceci montre que . La suffisance se déduit de la nécessité en échangeant et .
Il résulte de la prop. 8 que, à tout angle de droites (resp. demi-droites) d’origine 0 de E, est canoniquement associé un élément bien déterminé de (resp. ), à savoir la classe mod. H des similitudes directes (resp. la rotation ) telles que pour n’importe quel représentant de l’angle . On a ainsi défini une bijection canonique (resp. ) de l’ensemble des angles de droites (resp. des angles de demi-droites) sur (resp. ) ; en particulier, pour tout , on dit que est la rotation d’angle . Nous transporterons à et , au moyen de et de , les structures de groupes commutatifs de et de , et nous noterons additivement les groupes et ainsi obtenus. Si l’on désigne par des droites (resp. demi-droites) d’origine 0 de E, on a par définition
on en déduit
Remarque 1
L’ensemble L des droites (resp. demi-droites) d’origine 0 de E est un espace homogène du groupe abélien (resp. ) tel que l’élément neutre soit le seul opérateur laissant invariants tous les éléments de L. On peut donc appliquer à L les formules du chap. II, 2e éd., App. II, no 1 ; la prop. 8 est ainsi un cas particulier de la « règle du parallélogramme », et les formules (9) et (10) des cas particuliers des formules (2) (ibid.).
Remarque 2
Dans la définition du groupe des angles de droites, on peut, au lieu du groupe , utiliser le groupe qui lui est canoniquement isomorphe (prop. 7). L’homomorphisme canonique de sur correspond ainsi à un homomorphisme de sur , à savoir celui qui, à l’angle des deux demi-droites , fait correspondre l’angle des droites contenant respectivement . *Dans le cas où le corps A est le corps des nombres réels, le groupe est ainsi un revêtement d’ordre 2 du groupe
D’après la prop. 8, tous les angles de droites (resp. demi-droites) de la forme où et sont orthogonales (resp.
de la forme () sont égaux : ceci résulte en effet de la Remarque 2 du no 1 (resp. est évident). Cet angle de droites (resp. de demi-droites) s’appelle l’angle droit (resp. l’angle plat) ; c’est un élément d’ordre 2 de (resp. de ).
Proposition 9
On suppose que le corps est ordonné maximal, et que est une forme positive. Pour tout entier , le nombre des éléments du groupe des angles de droites (resp. des angles de demi-droites) tels que est égal à .
Comme et sont isomorphes (prop. 3), il suffit de faire la démonstration pour , c’est-à-dire montrer qu’il y a exactement rotations telles que . Or, comme est un corps ordonné maximal et que est un surcorps de degré 2 de (prop. 1 a)), est un corps algébriquement clos (chap. VI, § 2, no 6, th. 3). Donc les racines -ièmes de l’unité dans forment un groupe cyclique d’ordre (chap. V, § 11, no 1, th. 1). Comme on a pour tout , la relation entraîne que l’on a , donc que est une rotation (no 1, Remarque 1). Ceci démontre notre assertion.
Corollaire
L’angle droit (resp. plat) est le seul élément d’ordre 2 du groupe (resp. ).
Nous supposerons enfin que le plan est orienté.
Lemme 1
Soit une similitude directe de ; tous les bivecteurs de la forme appartiennent à la même demi-droite fermée de .
Le cas où est une homothétie est trivial. Dans le cas contraire on a pour tout ; soient deux vecteurs de (); il existe tel que , d’où ; en prenant une base orthonormale de , on voit que est positif (prop. 1 b)); d’où notre assertion.
Ceci étant, parmi les deux générateurs de tels que , il en existe un et un seul tel que le bivecteur soit positif pour tout . C’est ce générateur que nous choisirons pour définir les fonctions et (no 2). Soient et les bijections canoniques ci-dessus définies du groupe des angles de droites sur et du groupe des angles de demi-droites sur . Les applications composées de dans le corps projectif , et de dans le corps se notent respectivement , et , et s’appellent les fonctions tangente, cosinus et sinus. L’application de dans se note et s’appelle la fonction cotangente. On dit que les fonctions sinus, tangente et cotangente sont les fonctions trigonométriques. Les applications composées et , où désigne l’homomorphisme canonique de sur (Remarque 2 ci-dessus) se notent encore et par abus de langage.
Les formules (2), (8), (3), (4), (5) et (7) du no 2 donnent, puisqu’on a ici
pour dans ;
pour dans . D’autre part on a, par définition ou comme conséquence facile des formules précédentes :
pour .
Étant donnés deux vecteurs non nuls de , on appelle angle de ces deux vecteurs (pris dans cet ordre), et on note , l’angle des demi-droites auxquelles ils appartiennent. Pour tout vecteur de on appelle longueur de , et on note , l’élément de .
Proposition 10
On suppose que le corps est ordonné maximal, que le plan est orienté, et que la forme est positive. Pour tout couple de vecteurs non nuls de on a
où désigne le bivecteur positif tel que .
En effet, comme les vecteurs et sont tous deux de longueur 1, il existe une rotation et une seule telle que (n° 1, cor. 2 de la prop. 1). Si l’on pose ( dans ), on a par définition et . La relation donne puisque et sont orthogonaux (Remarque 2 du n° 1); ceci démontre (19). D’autre part cette relation donne aussi d’après la définition de l’extension de à ( n° 9, formule (37)) et le choix de ; ceci démontre (20).
Remarque 3
Étant données deux droites (resp. demi-droites) d’un plan affine attaché à , on appelle angle de et , et on note , l’angle que font leurs directions dans (resp. les demi-droites d’origine 0 de correspondant à et ) (chap. II, 2e éd., App. II, n° 1 et n° 3).
Remarque 4
Soient un espace vectoriel de dimension quelconque sur le corps ordonné maximal , et une forme bilinéaire symétrique positive non dégénérée sur . Étant donnés deux vecteurs linéairement indépendants de , soit le plan vectoriel qu’ils engendrent ; on appelle angle de et l’angle de et considérés comme éléments du plan ; on le note . Le cosinus de cet angle est, en vertu de (19), donné par
(où est encore appelé la longueur du vecteur ), et est donc indépendant de l’orientation choisie sur ; le sinus et la tangente de changent de signe si l’on change l’orientation de . Étant donnés deux vecteurs non nuls et proportionnels de , on pose par convention.
4. Secteurs angulaires.
Nous supposerons d’abord, sans autre hypothèse, que E est un plan orienté sur le corps ordonné A. On dira que trois demi-droites D₀, D₁, D₂ (d’origine 0) de E forment une suite directe si, pour xᵢ ∈ Dᵢ, xᵢ ≠ 0 (i = 0, 1, 2), deux au moins des bivecteurs x₀ ∧ x₁, x₁ ∧ x₂, x₂ ∧ x₀ sont > 0 ; dans ce cas les suites D₁, D₂, D₀ et D₂, D₀, D₁ sont aussi directes. Il est clair que trois demi-droites formant une suite directe sont distinctes. Étant données deux demi-droites D₁, D₂ de E, on appelle secteur angulaire ouvert (resp. fermé) d’origine D₁ et d’extrémité D₂, l’ensemble (ou, par abus de langage, la réunion) des demi-droites D telles que la suite D₁, D, D₂ soit directe (resp. telles que D = D₁ ou D = D₂ ou que la suite D₁, D, D₂ soit directe).
Proposition 11
Soient E un plan orienté sur un corps ordonné A, D₀ une demi-droite de E, et G l’ensemble des demi-droites de E distinctes de D₀. La relation
« D₁ = D₂, ou la suite D₀, D₁, D₂ est directe »
entre éléments D₁, D₂ de G est une relation d’ordre total dans G.
En effet les axiomes des relations d’ordre total se vérifient trivialement, à l’exception de la transitivité. Soient D₁, D₂, D₃ trois demi-droites telles que les suites, D₀, D₁, D₂ et D₀, D₂, D₃ soient directes ; nous allons montrer que la suite D₀, D₁, D₃ est directe. Pour cela prenons un vecteur xᵢ ≠ 0 dans Dᵢ (i = 0, 1, 2, 3), choisissons un bivecteur e > 0 et posons xᵢ ∧ xⱼ = aᵢⱼe (aᵢⱼ ∈ A). En écrivant e = x₀ ∧ y (y ∈ E), et en prenant (x₀, y) pour base de E, on vérifie aisément la relation
Ceci étant, si a₀₁ ≤ 0, on a a₁₂ > 0 et a₂₀ > 0 (puisque la première suite est directe), puis a₂₃ > 0 et a₃₀ > 0 (puisque a₀₂ < 0 et que la seconde suite est directe), d’où a₁₃ > 0 (en vertu de (22)) ; donc la suite (D₀, D₁, D₃) est directe dans ce cas. Supposons désormais a₀₁ > 0. Si a₃₀ ≤ 0, on a a₀₂ > 0 et a₂₃ > 0 (puisque la seconde suite est directe), puis a₁₂ > 0 (puisque a₂₀ < 0 et que la première suite est directe), d’où (d’après (22)), et la suite est directe. Enfin il en est évidemment de même si et . CQFD.
Corollaire
Soient et deux demi-droites distinctes de E. Pour toute demi-droite de E telle que la suite soit directe, l’ensemble des demi-droites de E telles que (pour la relation d’ordre total définie par ) est égal au secteur angulaire ouvert d’origine et d’extrémité .
En effet, étant donnée une demi-droite , il s’agit de montrer que les relations « la suite est directe » et « les suites et sont directes » sont équivalentes. Pour abréger notons la relation « la suite est directe ». D’après la prop. 11, la conjonction de (132) et (120) entraîne (130) ; de même la conjonction de (201) et de (213) entraîne (203) ; d’où la moitié de notre assertion. Réciproquement supposons (012), (013) et (032) ; comme la conjonction de (312) et (320) entraîne (310) (prop. 11), et que (310) et (013) sont incompatibles, (312) est fausse ; ceci démontre (132) et achève la démonstration.
En vertu du corollaire qui précède, le secteur angulaire ouvert (resp. fermé) d’origine et d’extrémité est noté (resp. ), étant entendu qu’il s’agit d’intervalles pour la structure d’ordre définie par n’importe quelle demi-droite telle que la suite soit directe.
Proposition 12
Soient A un corps ordonné maximal, E un plan orienté sur A, une demi-droite de E et G l’ensemble des demi-droites de E distinctes de . Les ensembles totalement ordonnés A et G (prop. 11) sont isomorphes.
Soit, en effet, une base de E telle que et le bivecteur soit . À tout élément de A faisons correspondre la demi-droite à laquelle appartient le vecteur . Il est clair que . Montrons que est strictement croissante. En effet, pour que la suite ( dans A) soit directe, il faut et il suffit, par définition, que deux au moins des éléments
soient . Or le second est égal à . Donc, si , on a, soit , donc ou , soit , donc et ; en tous cas est directe. Comme est totalement ordonné, est un isomorphisme de sur l’ensemble ordonné (Ens, chap. III, § 1, no 14, prop. 13).
Il reste à montrer que est surjective. Pour cela considérons la forme positive sur telle que soit une base orthonormale pour . Pour toute demi-droite , il existe un angle et un seul tel que (no 1, prop. 3) ; comme n’est pas l’angle plat, n’est pas l’angle droit, et est donc fini. Alors, en vertu des formules (16) (no 3), on a . Ceci termine la démonstration.
Exercices. — 1) Avec les notations du no 1, on pose ; l’espace vectoriel s’identifie canoniquement à (§ 9, no 1). Pour tout , et tout , on a ; montrer que est un élément de , et que est un isomorphisme de sur l’algèbre .
2) Les hypothèses et notations sont celles du no 1 et de l’exerc. 1.
a) Soit l’ensemble des tels que (cercle unité), et soit l’ensemble des droites dont l’intersection avec n’est pas vide (et par suite formée de deux éléments opposés de ). On appelle droite pointée tout couple formé d’une droite et d’un des points . Montrer que si , sont deux droites pointées, il existe une rotation et une seule telle que (et par suite ), ce qu’on exprime en écrivant . Dans l’ensemble des couples de droites pointées, la relation « il existe une rotation telle que et » est une relation d’équivalence. L’ensemble des classes d’équivalence de droites pointées suivant cette relation est appelé l’ensemble des angles de droites pointées, et la classe d’équivalence à laquelle appartient un couple de droites pointées est appelée l’*angle* de ce couple et notée ; la relation est équivalente à et la rotation qui transforme en est dite rotation d’angle et notée ; est une bijection de sur et on transporte à au moyen de la structure de groupe commutatif de , en notant additivement le groupe ainsi défini ; on appelle encore angle plat dans l’angle du couple formé d’une droite pointée et de la droite pointée « opposée » , qui correspond à la rotation .
b) Dans l’ensemble des droites non isotropes, on définit comme au no 3 la notion d’*angle de droites*, le groupe (en utilisant le cor. 3 de la prop. 1 du no 1), l’angle droit dans , et la bijection canonique de sur . Avec les notations du cor. de la prop. 3, on pose et , de sorte que est un homomorphisme de dans et un homomorphisme de dans ; est bijectif, et le noyau de est formé de '0 et de l’angle plat; en outre on a pour et pour . Pour que soit surjectif (autrement dit, pour que soit l’ensemble de toutes les droites non isotropes), il faut et il suffit que le corps A soit pythagoricien (chap. VI, § 2, exerc. 8 d)) et qu’il existe une base orthonormale pour ; il revient au même de dire que est un carré pour tout .
3) Les hypothèses et notations sont celles de l’exerc. 2. a) Soit s une symétrie par rapport à une droite non isotrope D (, n° 4). Pour toute droite pointée , soit
4) Les hypothèses et notations sont celles de l’exerc. 2. Soient deux points du cercle C, les droites pointées passant par et (et par 0) respectivement, et soit . Pour tout , distinct de et , soit (resp. ) la droite affine passant par et (resp. et ), et soit (resp. ) la direction de (resp. ); montrer que pour que ( distinct de et ), il faut et il suffit que l’angle soit tel que (utiliser l’exerc. 3). Comment se modifie ce résultat lorsque ou (cf. § 6, exerc. 25 a))?
5) Avec les notations des n°s 1 et 2 et de l’exerc. 2, on suppose que est d’indice 1, autrement dit que est un carré dans A; on désigne par les droites isotropes de E, contenant respectivement les vecteurs et . a) Montrer que le groupe des rotations est isomorphe au groupe multiplicatif du corps A. b) Pour tout angle , on pose . Montrer que est un isomorphisme de sur le groupe .
c) Soient D, D' deux droites quelconques, et soit . Montrer que le birapport (chap. II, 2e éd., App. III, exerc. 5) est égal à ("formule de Laguerre"). (Remarquer que et sont invariantes par toute similitude directe, et en utilisant l’exerc. 4 c) du chap. II, 2e éd., App. III, se ramener au cas où .)
6) On suppose que A est un corps ordonné. a) Soient deux demi-droites non isotropes d’origine 0. Montrer qu’il existe une similitude directe telle que ; toute autre similitude directe ayant cette propriété est de la forme , où s est une homothétie de rapport .
b) Dans l’ensemble des couples de demi-droites non isotropes, la relation « il existe une similitude directe telle que et » est une relation d’équivalence. L’ensemble des classes d’équivalence de demi-droites non isotropes, suivant cette relation, est appelé l’ensemble des angles de demi-droites (non isotropes) et la classe d’équivalence d’un couple de telles demi-droites est appelée l’angle de ce couple et notée ; si , on dit que est l’angle de toute similitude directe transformant en ; soit la classe mod. de ces similitudes, de sorte que est une bijection de l’ensemble sur le groupe ; on transporte à au moyen de la structure de groupe commutatif de , en notant additivement le groupe ainsi défini. Définir une injection canonique du groupe , des angles de droites pointées (exerc. 2) dans le groupe , telle que soit l’injection canonique de dans . Pour que soit surjective, il faut et il suffit que l’homomorphisme de dans (exerc. 2 b)) soit surjectif.
c) Montrer que dans l’équation a 2 solutions si et 4 solutions si . Dans le premier cas, la solution de cette équation est encore appelée l’angle plat.
¶ 7) Les hypothèses et notations étant celles de l’exerc. 6, on suppose l’homomorphisme bijectif ; on définit alors cos et sin pour tout comme au no 3. Soit T l’ensemble des tels que .
a) Montrer que pour tout , il existe un angle et un seul tel que ; on pose .
b) Soit L le -module des combinaisons linéaires formelles des éléments de T à coefficients dans (chap. II, § 1, no 8); on désigne par et la somme et l’opposé dans L. Soit N le sous-module de L engendré par les éléments de L de la forme pour tous les couples d’éléments de T tels que (somme prise dans le groupe ). Soient l’homomorphisme de L dans qui prolonge l’injection canonique de T dans , et l’endomorphisme de L qui prolonge l’application de T dans lui-même. On a et ; par passage aux quotients, on déduit de un homomorphisme de dans , et de un endomorphisme de ; on pose et si est le m-ème itéré de g, ; on a pour tout .
c) Montrer que la restriction à T de l’application canonique de L sur est injective, ce qui permet d’identifier T à une partie de M au moyen de . Montrer que, si sont des éléments de T, la somme ne peut être 0 dans M (considérer l’élément et raisonner par récurrence sur m, en remarquant que ces éléments appartiennent à T).
d) Soit l’ensemble des sommes finies (dans M) d’éléments de T ; montrer que et , et par suite que est l’ensemble des éléments pour une structure de groupe totalement ordonné sur M (on notera que pour tout , il existe un entier m tel que ) ; on dit que ce groupe totalement ordonné est le groupe des mesures des angles de demi-droites. Montrer que l’homomorphisme de M dans est surjectif, et que son noyau est l’ensemble des multiples entiers de , où est l’angle plat (exerc. 6 c)). Prouver que T s’identifie à l’intervalle dans M (établir par récurrence sur m que si appartiennent à T et si on a , alors ). Montrer que dans T (ainsi identifié à un intervalle de M), la fonction est strictement décroissante.
e) Pour que le groupe totalement ordonné M soit archimédien (chap. VI, § 1, exerc. 31), il faut et il suffit que le groupe additif du corps A soit archimédien. (Pour voir que la condition est nécessaire, remarquer que si sin est infiniment petit par rapport au sous-corps de A (chap. VI, § 2, exerc. 1), il en est de même de sin pour tout entier n. Pour voir que la condition est suffisante, remarquer que si , on a sin ).
8) Soit E un plan orienté sur un corps ordonné A. Soient D', D'' deux demi-droites distinctes ; soit (resp. ) un vecteur dans D' (resp. D'') ; on dit que le secteur angulaire (ouvert ou fermé) d’origine D' et d’extrémité D'' est saillant (resp. rentrant, plat) si (resp. ).
a) Pour qu’il existe un automorphisme de l’espace vectoriel E transformant un secteur angulaire ouvert (resp. fermé) en un secteur angulaire ouvert (resp. fermé) , il faut et il suffit que et soient tous deux saillants, ou tous deux rentrants, ou tous deux plats.
b) Montrer que l’ensemble ordonné est isomorphe à l’intervalle de A (considérer d’abord le cas d’un secteur saillant et remarquer que, dans A, deux intervalles fermés bornés quelconques sont des ensembles ordonnés isomorphes).
c) Avec les notations et hypothèses de l’exerc. 7, définir une application bijective canonique de l’ensemble T sur un secteur angulaire plat, et montrer que cette application est un isomorphisme pour les structures d’ordre.
9) Soient A un corps ordonné pythagoricien, E un espace vectoriel sur A de dimension finie, Q une forme quadratique positive non dégénérée sur E, pour laquelle E admet une base orthonormale (autrement dit, Q(x) est un carré dans A pour tout x ∈ E). Montrer que le groupe des commutateurs Ω(Q) du groupe orthogonal O(Q) est le groupe des rotations O⁺(Q) = SO(Q) (utiliser l’exerc. 3 e) du § 10 et l’exerc. 17 a) du § 6).
10) Soient A un corps ordonné maximal, E un espace vectoriel de dimension finie sur A, Q une forme quadratique positive non dégénérée sur E. Pour toute transformation orthogonale u ∈ O(Q), montrer qu’il existe une décomposition de E en somme directe de sous-espaces deux à deux orthogonaux P, N, R_i (1 ≤ i ≤ r) ayant les propriétés suivantes : 1° u(x) = x dans P, u(x) = −x dans N ; 2° chacun des R_i est de dimension 2, on a u(R_i) = R_i et la restriction de u à R_i est une rotation d’angle θ_i, distinct de 0 et de l’angle plat. En outre, pour deux décompositions de cette nature, les sous-espaces P et N sont les mêmes, ainsi que la suite des éléments cos θ_i, à l’ordre près (cf. § 7, no 3, cor. 2 du th. 2). En déduire que toute rotation u ∈ O⁺(Q) est un commutateur tst⁻¹s⁻¹, où s et t sont dans O(Q) et s² = 1 (cf. exerc. 3 d)).
11) Soient A un corps ordonné maximal, L le corps des quaternions sur A (relatif au couple (−1, −1)), E le sous-espace (de dimension 3) de L formé des quaternions purs (§ 9, exerc. 15 a)) ; tout quaternion s’écrit donc d’une seule manière s = α . 1 + v, où α ∈ A et v ∈ E ; on a α² − v² = ρ . 1, où ρ ∈ A et ρ ≥ 0 ; on pose \|v\| = \sqrt{\rho}.
a) Soit φ(s) la rotation x → sx s⁻¹ dans E, pour la forme quadratique positive non dégénérée x → \|x\|^2 sur E (§ 9, no 5, th. 4 et exerc. 15). Montrer que si v ≠ 0, les vecteurs de la droite D ⊂ E contenant v sont invariants par φ(s) ; la restriction de φ(s) au plan orthogonal P = D⁰ est une rotation d’angle θ telle que (pour une orientation convenable de P) on ait tg \frac{\theta}{2} = \|v\|/α. (Si (1, i, j, k) est la base canonique de L sur A, se ramener au cas où v = βi, β ∈ A, et calculer alors sjs⁻¹).
b) Montrer que tout quaternion de norme 1 peut s’écrire tst⁻¹s⁻¹, où s ∈ L, t ∈ E (cf. exerc. 10), et que, si a, b sont deux quaternions purs de norme 1, il existe un quaternion s tel que b = sas⁻¹.
c) Pour que deux quaternions s = α + v, t = β + w, où α, β sont dans A, v, w dans E, soient permutables, il faut et il suffit que v = λw, λ ∈ A ; pour que st = −ts, il faut et il suffit que α = β = 0 et que les vecteurs v et w dans E soient orthogonaux (cf. § 3, exerc. 10).
12) Soient A un corps ordonné maximal, L un espace euclidien de dimension n sur A, dont la forme métrique Φ est positive non dégénérée ; on désigne par d(x, y) la distance \sqrt{\Phi(x - y, x - y)} de deux points de L (§ 7, no 1, Remarque). Pour tout point c ∈ L et tout élément ρ > 0 de A, on appelle sphère de centre c et de rayon ρ l’ensemble des x ∈ L tels que d(x, c) = ρ ; les sphères sont donc des quadriques affines non dégénérées dans L, admettant un centre (§ 6, exerc. 25).
a) Montrer qu’en tout point x d’une sphère S de centre c, l’hyperplan tangent à S en x (§ 6, exerc. 25) est perpendiculaire (§ 6, exerc. 22) à la droite passant par c et x.
b) Soient S une sphère de centre c et de rayon ρ, a un point de L, D une droite passant par a et rencontrant S en deux points distincts x₁, x₂ (resp. tangente à S en un point x). Montrer que l’on a
L’élément de A est appelé la puissance de a par rapport à S.
c) Soient S₁, S₂ deux sphères n’ayant pas même centre ; montrer que l’ensemble des points de L dont les puissances par rapport à S₁ et S₂ sont égales, est un hyperplan perpendiculaire à la droite passant par les centres des deux sphères, et contenant l’intersection S₁ ∩ S₂ ; on dit que cet hyperplan est l’hyperplan radical de S₁ et S₂.
d) Soient S₁, S₂ deux sphères de centres respectifs c₁, c₂, de rayons respectifs ρ₁, ρ₂. Montrer que les propriétés suivantes sont équivalentes :
α) L’intersection S₁ ∩ S₂ n’est pas vide et, pour tout point de cette intersection, les hyperplans tangents à S₁ et S₂ en ce point sont perpendiculaires.
La puissance de c₁ par rapport à S₂ est .
La puissance de c₂ par rapport à S₁ est .
L’hyperplan radical de S₁ et S₂ est l’hyperplan polaire (§ 6, exerc. 25) de c₁ par rapport à S₂.
L’hyperplan radical de S₁ et S₂ est l’hyperplan polaire de c₂ par rapport à S₁.
Lorsque ces propriétés sont vérifiées, on dit que les sphères S₁, S₂ sont orthogonales.
e) Soient S₁, S₂ deux sphères orthogonales, c₁, c₂ leurs centres. Montrer que si sont les puissances d’un point x par rapport à S₁, S₂ respectivement, on a . Réciproque.
13) Les hypothèses et notations sont les mêmes que dans l’exerc. 12. Étant donnés un point c ∈ L et un élément de A, on appelle inversion de pôle c et de puissance la permutation involutive u de l’ensemble qui est telle que, pour tout , appartienne à la droite passant par c et x et vérifie la relation . Par abus de langage, on dit que u est une inversion dans L.
a) Si u, v sont deux inversions de même pôle c et de puissances , est la restriction à de l’homothétie (chap. II, 2e éd., App. II, exerc. 6) de centre c et de rapport .
b) Soit S une sphère (exerc. 12) contenant c. Montrer que l’image de par une inversion de pôle c est un hyperplan perpendiculaire à la droite joignant c au centre de S (on dit par abus de langage que cet hyperplan est l’image de S par l’inversion considérée). Réciproque.
c) Soit S une sphère ne contenant pas c. Montrer que, si est la puissance de c par rapport à S (exerc. 12 b)), l’image de S par une inversion de pôle c et de puissance est l’image de S par une homothétie de centre c et de rapport . Si et si, pour tout , on désigne par T (resp. T’) la tangente à S (resp. ) au point x (resp. ), par D la droite passant par c, x et , montrer que l’on a .
d) Soient deux sphères orthogonales (exerc. 12 d)), leurs images par une inversion de pôle . Si n’appartient pas à ni à , montrer que et sont des sphères orthogonales. Si et , est un hyperplan contenant le centre de . Si , et sont des hyperplans perpendiculaires (§ 6, exerc. 22). Réciproques.
e) Soient une inversion de pôle et de puissance et la sphère de centre et de rayon . Si sont deux points distincts situés sur une droite passant par , et distincts de , les propriétés suivantes sont équivalentes : et sont transformés l’un de l’autre par et sont conjugués par rapport à (§ 6, exerc. 25); toute sphère contenant et est orthogonale à . On dit encore que est l’inversion de sphère .
¶ 14) Les hypothèses et notations étant les mêmes que dans l’exerc. 12, on prend une origine 0 dans L. Soit l’espace vectoriel somme directe de L et d’un espace de dimension 1; on désigne par la forme quadratique sur telle que pour et , on ait
forme qui est positive et non dégénérée; on désigne par la sphère de centre 0 et de rayon 1 dans (pour ).
Dans l’espace euclidien , soit l’inversion de pôle et de puissance 2 (exerc. 13); sa restriction à L transforme L en ; (resp. ) est appelée, par abus de langage, la projection stéréographique de L sur C (resp. de C sur L) de point de vue . Pour toute inversion dans L, de pôle , est une permutation involutive du complémentaire dans C de l’ensemble ; on la prolonge en une permutation involutive de c en posant , et on dit que est une inversion dans C. De même, pour toute symétrie dans L par rapport à un hyperplan, est une permutation involutive du complémentaire dans C de l’ensemble ; on la prolonge en une permutation involutive de C en posant et on dit que est une symétrie dans C. Le groupe des permutations de C engendré par les inversions et symétries est appelé le groupe conforme de C (ou de L par abus de langage).
a) Montrer que le groupe conforme de C est engendré par les symétries et les inversions correspondant aux inversions dans L, de puissance . (Utiliser l’exerc. 13 a) et remarquer que dans L toute translation, ainsi que l’homothétie , sont des produits de symétries par rapport à des hyperplans).
b) Soit une inversion dans L de puissance ; montrer que l’inversion correspondante dans C est la restriction à C d’une transformation bien déterminée qui est, soit une inversion de puissance dans , dont la sphère (exerc. 13 e)) est orthogonale à C, soit une symétrie par rapport à un hyperplan de passant par 0 (considérer dans l’inversion de même pôle et de même puissance que ). Formuler la proposition correspondante pour la symétrie dans C correspondant à une symétrie dans L par rapport à un hyperplan.
c) Dans l’espace vectoriel , on considère la forme quadratique telle que, pour , on ait
) Soit l’ensemble dont les éléments sont les sphères et les hyperplans dans l’espace affine . Déduire de qu’il existe une bijection de sur le complémentaire, dans de l’ensemble des tels que , de sorte qu’à deux sphères orthogonales correspondent deux points conjugués par rapport à .
15) Généraliser les définitions et résultats des exerc. 12 à 14 au cas où est un corps pythagoricien et où il existe une base orthonormale pour .
16) Soient un corps commutatif, un espace vectoriel sur de dimension impaire , l’espace produit , une forme alternée non dégénérée sur ; dans l’espace projectif , de dimension , on dit que l’ensemble des droites qui sont les images canoniques des plans totalement isotropes de (pour ) est le complexe linéaire (projectif) associé à .
On suppose dans ce qui suit que est ordonné maximal ; soit une forme symétrique positive non dégénérée sur . Soit la droite orthogonale à (pour ) dans , qui est contenue dans , et soit l’hyperplan orthogonal à (pour ) dans ; dans , est un sous-espace non isotrope pour , dont l’orthogonal pour est donc un plan supplémentaire de et contenant . Dans l’espace affine , on dit encore que l’ensemble des intersections avec des plans totalement isotropes de (pour ) non contenues dans , est le complexe linéaire (affine) associé à ; la droite est appelée l’axe du complexe linéaire (pour la structure d’espace euclidien définie sur par la forme métrique ).
a) Montrer que, dans , toute translation égale à un vecteur directeur de (chap. II, 2e éd., App. II, n° 3) laisse invariant (cf. § 4, exerc. 6).
b) Soit une base orthonormale de pour , telle que et que l’on ait pour , pour les couples d’indices qui ne sont pas de la forme ou (§ 7, n° 3, prop. 6). On prend dans l’espace affine E une origine , et on pose . Soit un vecteur appartenant au plan engendré par et , et soit le vecteur de ce même plan tel que , et que avec . Soit la variété linéaire affine de dimension 3 engendrée par les points dans E, et soit l’intersection de et de l’hyperplan affine (dans E) engendré par les droites de C contenant le point . Montrer que la direction des droites orthogonales (pour ) au plan dans est une droite du plan , telle que si , on ait
lorsque le plan est orienté de sorte que soit positif.
¶ 17) a) Soient A un corps commutatif, un automorphisme involutif de A, E un espace vectoriel de dimension 2 sur A, une forme sesquilinéaire hermitienne (non alternée) non dégénérée sur E, une base orthogonale de E pour (§ 6, n° 1, th. 1), telle que
et appartenant au corps K des invariants de J); on pose . On identifie le point à l’élément de l’anneau B défini par les conditions , pour (§ 3, exerc. 4 a)). Pour tout , on pose et , de sorte que est un antiautomorphisme involutif de l’algèbre B (sur K) et que l’on a . Montrer que toute similitude pour dont le déterminant est égal au multiplicateur (appelée encore similitude directe) s’écrit d’une seule manière , où est un vecteur non isotrope de E, et que son multiplicateur est .
b) On suppose d’abord que J est l’identité, donc . Si A est de caractéristique , retrouver ainsi les résultats du n° 1. Développer la théorie correspondante lorsque A est de caractéristique 2 (cf. § 4, exerc. 14 ; on distinguera deux cas, suivant que est ou non un carré dans A).
c) On suppose , de sorte que A est une extension quadratique séparable de K. Alors vérifie nécessairement la condition (T) (§ 4, n° 2 et exerc. 1) ; si est d’indice 0, B est un corps réflexif de centre K (chap. VIII, § 11, exerc. 4), et si est d’indice 1, B est isomorphe à .
d) On suppose et A de caractéristique ; on a alors avec . Si S est le groupe des similitudes directes pour , H le groupe des homothéties dans E, de rapport et appartenant à K (groupe isomorphe à ), montrer que le groupe S/H est isomorphe au groupe des rotations , où Q est une forme quadratique non dégénérée sur un espace vectoriel F de dimension 3 sur K, telle qu’il existe une base orthogonale de F pour laquelle on ait
(cf. § 9, exerc. 15).
¶ 18) a) Soient un corps commutatif, un automorphisme involutif de , un espace vectoriel de dimension paire sur , une forme hermitienne non dégénérée et d’indice 0 sur , satisfaisant à la condition (T), le discriminant de par rapport à une base de . Soit le groupe des multiplicateurs des similitudes pour (, exerc. 8). Montrer que est un sous-groupe du groupe multiplicatif des éléments de de la forme . (Raisonner par récurrence sur , en utilisant l’exerc. 17, ainsi que les deux remarques suivantes : 1° si est une similitude de multiplicateur , un vecteur de , et , il existe une transformation unitaire telle que et ; 2° si sont trois éléments de tels qu’ils existe dans vérifiant les conditions , , alors il existe dans vérifiant la condition .
b) Soient un corps ordonné maximal, le corps des séries formelles par rapport à une indéterminée , à coefficients dans (chap. IV, , no 7), le corps des séries formelles par rapport à une seconde indéterminée , à coefficients dans . Soient un espace vectoriel de dimension 6 sur , une forme quadratique non dégénérée sur , telle qu’il existe une base orthogonale pour laquelle on ait
Montrer qu’il n’existe aucune similitude pour , de multiplicateur .