Bourbaki

§ 9. Algèbres de Clifford

Dans ce paragraphe, nous supposerons l’anneau A\mathbf{A} commutatif. Nous désignerons par QQ une forme quadratique sur le A\mathbf{A}-module EE, et par Φ\Phi la forme bilinéaire associée (§ 3§\ 3, no 4).

1. Définition et propriété universelle de l’algèbre de Clifford.

Définition 1

On appelle algèbre de Clifford de QQ et on note C(Q)C(Q) l’algèbre quotient de l’algèbre tensorielle T(E)T(E) du module EE par l’idéal bilatère (noté I(Q)I(Q)) engendré par les éléments de la forme x⊗x−Q(x)⋅1x \otimes x - Q(x)\cdot 1 (x∈E)(x \in E).

Nous noterons ρQ\rho_Q (ou simplement ρ\rho quand aucune confusion n’est à craindre) l’application de EE dans C(Q)C(Q) composée de l’application canonique de EE dans T(E)T(E) et de l’application canonique σ\sigma de T(E)T(E) sur C(Q)C(Q); l’application ρQ\rho_Q est dite canonique. Remarquons que C(Q)C(Q) est engendrée par ρQ(E)\rho_Q(E), et que, pour x∈Ex \in E, on a

ρ(x)2=Q(x)⋅1; \rho(x)^2 = Q(x)\cdot 1;

d’où, en remplaçant xx par x+yx + y (x, yx,\ y dans EE)

ρ(x)ρ(y)+ρ(y)ρ(x)=Φ(x, y)⋅1 \rho(x)\rho(y) + \rho(y)\rho(x) = \Phi(x,\ y)\cdot 1

Exemple

Si EE admet une base composée d’un seul élément ee, T(E)T(E) est isomorphe à l’algèbre de polynômes A[X]\mathbf{A}[X], et C(Q)C(Q) est une extension quadratique de A\mathbf{A}, ayant pour base (1, u)(1,\ u), où uu est l’élément u=ρ(e)u = \rho(e) et vérifie u2=Q(e)u^2 = Q(e).

Notons ThT^h la puissance tensorielle hh-ème ⨂hE\bigotimes^h E dans T(E)T(E), et soit T+T^+ (resp. T−T^-) la somme des ThT^h pour hh pair (resp. impair).

Comme T(E)T(E) est somme directe de T+T^+ et T−T^- et que I(Q)I(Q) est engendré par des éléments de T+T^+, I(Q)I(Q) est somme directe de T+∩I(Q)T^+ \cap I(Q) et T−∩I(Q)T^- \cap I(Q), et C(Q)C(Q) est somme directe des deux sous-modules C+(Q)=σ(T+)C^+(Q) = \sigma(T^+) et C−(Q)=σ(T−)C^-(Q) = \sigma(T^-) (que l’on note aussi C+C^+ et C−C^-). Les éléments de C+C^+ seront dits pairs (resp. impairs). On a les relations

(3) C+C+⊂C+,C+C−⊂C−,C−C+⊂C−,C−C−⊂C+C^+C^+ \subset C^+, \quad C^+C^- \subset C^-, \quad C^-C^+ \subset C^-, \quad C^-C^- \subset C^+.

En particulier C+C^+ est une sous-algèbre de C(Q)C(Q).

Proposition 1

Soit f une application linéaire de E dans une algèbre D sur A telle que f(x)2=Q(x).1f(x)^2 = Q(x).1 pour tout x∈Ex \in E. Il existe un homomorphisme fˉ\bar{f} et un seul de C(Q)C(Q) dans D tel que f=fˉ∘ρQf = \bar{f} \circ \rho_Q.

L’unicité de fˉ\bar{f} résulte de ce que C(Q)C(Q) est engendrée par ρQ(E)\rho_Q(E). Soit hh l’unique homomorphisme de T(E)T(E) dans D qui prolonge ff (hh est défini par h(x1⊗⋯⊗xn)=f(x1)…f(xn)h(x_1 \otimes \cdots \otimes x_n) = f(x_1) \ldots f(x_n)). On a

h(x⊗x−Q(x).1)=(f(x)2−Q(x)).1=0, h(x \otimes x - Q(x).1) = (f(x)^2 - Q(x)).1 = 0,

et par suite hh s’annule sur I(Q)I(Q) et définit par passage au quotient l’homomorphisme fˉ\bar{f} cherché.

La prop. 1 exprime que C(Q)C(Q) est solution d’un problème d’application universelle (Ens., chap. IV, § 3, n° 1).

Prenons en particulier pour D l’algèbre opposée de C(Q)C(Q) et pour ff l’application ρ\rho; la prop. 1 entraîne qu’il existe un anti-automorphisme β\beta et un seul de C(Q)C(Q) dont la restriction à ρ(E)\rho(E) soit l’identité ; on l’appelle l’antiautomorphisme principal de C(Q)C(Q). Il est clair que β2=1\beta^2 = 1.

D’autre part soient Q′Q' une forme quadratique sur un A-module E′E' et ff une application linéaire de EE dans E′E' telle que Q′∘f=QQ' \circ f = Q. On a ρQ(f(x))2=Q′(f(x)).1=Q(x).1\rho_Q(f(x))^2 = Q'(f(x)).1 = Q(x).1, et par suite il existe un homomorphisme C(f)C(f) et un seul de C(Q)C(Q) dans C(Q′)C(Q') tel que C(f)∘ρQ=ρQ′∘fC(f) \circ \rho_Q = \rho_{Q'} \circ f. Si ff est l’identité, C(f)C(f) est l’identité ; si Q′′Q'' est une forme quadratique sur un A-module E′′E'' et gg une application linéaire de E′E' dans E′′E'' telle que Q′′∘g=Q′Q'' \circ g = Q', on a C(g∘f)=C(g)∘C(f)C(g \circ f) = C(g) \circ C(f). Lorsque E′E' est un sous-module de EE et ff l’injection canonique de E′E' dans EE (de sorte que Q′Q' est la restriction de QQ à E′E'), on dit que C(f)C(f) est l’homomorphisme canonique de C(Q′)C(Q') dans C(Q)C(Q).

Prenons en particulier Q' = Q et pour f l’application x → -x ; on voit qu’il existe un automorphisme α et un seul de C(Q) tel que α∘ρ=−ρ\alpha \circ \rho = -\rho; on l’appelle l’automorphisme principal de C(Q). Il est clair que α2=1\alpha^2 = 1, et que la restriction de α\alpha à C+C^+ (resp. C−C^-) est l’identité (resp. l’application u→−uu \to -u).

Proposition 2

Soient A′A' un anneau commutatif, φ\varphi un homomorphisme de A dans A′A', Q’ la forme quadratique sur E′=A′⊗AEE' = A' \otimes_A E déduite de Q par extension des scalaires (§3§ 3, no 4, prop. 3). Il existe un isomorphisme j et un seul de l’algèbre A′⊗AC(Q)A' \otimes_A C(Q) sur C(Q′)C(Q') tel que j(1⊗ρQ(x))=ρQ′(1⊗x)j (1 \otimes \rho_Q(x)) = \rho_{Q'}(1 \otimes x) pour tout x∈Ex \in E.

Il suffit de démontrer que l’algèbre C′=A′⊗C(Q)C' = A' \otimes C(Q) et l’application 1⊗ρQ1 \otimes \rho_Q de E′E' dans C′C' forment une solution du même problème d’application universelle que C(Q′)C(Q') et ρQ′\rho_{Q'}. Or, soient D’ une algèbre sur A′A' et f′f' une application A′A'-linéaire de E′E' dans D’ telle que f′(x′)2=Q′(x′).1f'(x')^2 = Q'(x').1 pour tout x′∈E′x' \in E'. L’application g:x→f′(1⊗x)g : x \to f' (1 \otimes x) de E dans D’ (considéré comme A-module grâce à l’homomorphisme φ\varphi) est A-linéaire et on a g(x)2=Q′(1⊗x).1=Q(x).1g(x)^2 = Q' (1 \otimes x).1 = Q(x).1 pour tout x∈Ex \in E. Il existe donc un A-homomorphisme g‾\overline{g} et un seul de C(Q)C(Q) dans D’ tel que g‾(ρQ(x))=f′(1⊗x)\overline{g}(\rho_Q(x)) = f'(1 \otimes x). Par suite il existe un A′A'-homomorphisme f‾′\overline{f}' et un seul de C′C' dans D’ tel que f‾′(1⊗ρQ(x))=f′(1⊗x)\overline{f}'(1 \otimes \rho_Q(x)) = f'(1 \otimes x) pour tout x∈Ex \in E; par linéarité il en résulte que f‾′((1⊗ρQ)(x′))=f′(x′)\overline{f}'((1 \otimes \rho_Q)(x')) = f'(x') pour tout x′∈E′x' \in E'. CQFD.

2. Quelques opérations dans l’algèbre tensorielle.

Dans ce no nous désignerons par exe_x (x∈Ex \in E) l’application linéaire u→x⊗uu \to x \otimes u de l’algèbre tensorielle T(E) dans elle-même.

Lemme 1

Soit ff un élément du dual E∗E^* de E. Il existe une application linéaire ifi_f et une seule de T(E) dans elle-même telle que

if(1)=0(4) i_f(1) = 0 \tag{4}
if∘ex+ex∘if=f(x).I(5) i_f \circ e_x + e_x \circ i_f = f(x).I \tag{5}
pour tout x∈Ex \in E (où I désigne l’application identique). L’application f→iff \to i_f de E∗E^* dans L(T(E))\mathscr{L}(T(E)) est linéaire. On a if(Tn)⊂Tn−1i_f(T^n) \subset T^{n-1}, (if)2=0(i_f)^2 = 0, et if∘ig+ig∘if=0i_f \circ i_g + i_g \circ i_f = 0 pour f,gf, g dans E∗E^*. L’application ifi_f est nulle sur la sous-algèbre de

T(E) engendrée par le noyau de f. L’idéal I(Q) est stable par ifi_f; par passage au quotient ifi_f définit donc une application linéaire (notée encore ifi_f) de C(Q)C(Q) dans elle-même.

En effet la formule (5) s’écrit

if(x⊗u)=−x⊗if(u)+f(x)⋅u(x∈E, u∈T(E)). i_f(x \otimes u) = -x \otimes i_f(u) + f(x) \cdot u \quad (x \in E,\ u \in T(E)).

Comme (4) détermine complètement ifi_f sur T0T^0, et que (6) détermine ifi_f sur TnT^n si on connaît ses valeurs sur Tn−1T^{n-1}, l’unicité de ifi_f est démontrée. D’autre part, pour x∈Ex \in E et u∈Tn−1u \in T^{n-1}, le second membre de (6) est bilinéaire sur E×Tn−1E \times T^{n-1}; ceci démontre l’existence de ifi_f par récurrence sur nn (chap. III, § 1, no 2) et prouve aussi, par récurrence sur nn, que if(Tn)⊂Tn−1i_f(T^n) \subset T^{n-1}. Si f=ag+bhf = ag + bh (a, b dans A, g, h dans E*) il est clair que aig+bihai_g + bi_h vérifie (4) et (5), donc est égal à ifi_f. On a

(if)2∘ex=−if∘ex∘if+f(x)if=ex∘(if)2 (i_f)^2 \circ e_x = -i_f \circ e_x \circ i_f + f(x)i_f = e_x \circ (i_f)^2

et, comme (if)2(1)=0(i_f)^2(1) = 0, on en déduit par récurrence sur nn que (if)2(i_f)^2 est nul sur TnT^n. En remplaçant ff par f+gf + g, la relation (if)2=0(i_f)^2 = 0 donne if∘ig+ig∘if=0i_f \circ i_g + i_g \circ i_f = 0. Un raisonnement par récurrence analogue aux précédents montre que ifi_f est nulle sur la sous-algèbre engendrée par le noyau de ff. Enfin (6) entraîne que l’ensemble des éléments uu de I(Q)I(Q) tels que if(u)∈I(Q)i_f(u) \in I(Q) est un idéal à gauche de T(E)T(E); de plus, si u=(x⊗x−Q(x)⋅1)⊗νu = (x \otimes x - Q(x) \cdot 1) \otimes \nu (x∈E, ν∈T(E)x \in E,\ \nu \in T(E)), on a

if(u)=f(x)x⊗ν−x⊗if(x⊗ν)−Q(x)if(ν)=f(x)x⊗ν−f(x)x⊗ν+x⊗x⊗if(ν)−Q(x)if(ν)=(x⊗x−Q(x)⋅1)⊗if(ν); \begin{align*} i_f(u) &= f(x)x \otimes \nu - x \otimes i_f(x \otimes \nu) - Q(x)i_f(\nu) \\ &= f(x)x \otimes \nu - f(x)x \otimes \nu + x \otimes x \otimes i_f(\nu) - Q(x)i_f(\nu) \\ &= (x \otimes x - Q(x) \cdot 1) \otimes i_f(\nu); \end{align*}

donc I(Q)I(Q) est stable par ifi_f, et la dernière assertion s’ensuit. CQFD.

Soit F une forme bilinéaire sur E ; dans le reste de ce paragraphe nous désignerons par ixFi_x^F (x∈Ex \in E) l’application ifi_f correspondant à la forme linéaire f:y→F(x,y)f : y \to F(x, y) sur E.

Lemme 2

Il existe une application linéaire λF\lambda_F et une seule de T(E)T(E) dans elle-même telle que

λF(1)=1λF∘ex=(ex+ixF)∘λF(x∈E). \begin{align*} \lambda_F(1) &= 1 \\ \lambda_F \circ e_x &= (e_x + i_x^F) \circ \lambda_F \qquad (x \in E). \end{align*}

Quel que soit f∈E∗f \in E^*, on a

λF∘if=if∘λF. \lambda_F \circ i_f = i_f \circ \lambda_F.

En effet la formule (8) équivaut à

λF(x⊗u)=x⊗λF(u)+ixF(λF(u))(x∈E,u∈T(E)). \lambda_F(x \otimes u) = x \otimes \lambda_F(u) + i_x^F(\lambda_F(u)) \quad (x \in E, u \in T(E)).

Comme (7) détermine entièrement λF\lambda_F sur T0T^0, et que (10) détermine λF\lambda_F sur TnT^n si on connaît ses valeurs sur Tn−1T^{n-1}, l’unicité de λF\lambda_F est démontrée. D’autre part, pour x∈Ex \in E et u∈Tn−1u \in T^{n-1}, le second membre de (10) est bilinéaire sur E×Tn−1E \times T^{n-1}; ceci démontre l’existence de λF\lambda_F par récurrence sur nn. Il reste à démontrer (9), ce que nous ferons par récurrence ; les deux membres de (9) sont nuls sur T0T^0 ; supposons (9) vraie sur ∑h=0n−1Th\sum_{h=0}^{n-1} T^h; on a alors, pour x∈Ex \in E et u∈Tn−1u \in T^{n-1} :

(λF∘if)(x⊗u)=(−λF∘ex∘if+f(x)λF)(u)=−(ex+ixF)∘λF∘if(u)+f(x)λF(u)=−(ex+ixF)∘if∘λF(u)+f(x)λF(u)=(if∘ex∘λF−f(x)λF+if∘ixF∘λF+f(x)λF)(u)=(if∘(ex+ixF)∘λF)(u)=(if∘λF)(x⊗u), \begin{align*} (\lambda_F \circ i_f)(x \otimes u) &= (-\lambda_F \circ e_x \circ i_f + f(x)\lambda_F)(u) \\ &= -(e_x + i_x^F) \circ \lambda_F \circ i_f(u) + f(x)\lambda_F(u) \\ &= -(e_x + i_x^F) \circ i_f \circ \lambda_F(u) + f(x)\lambda_F(u) \\ &= (i_f \circ e_x \circ \lambda_F - f(x)\lambda_F + i_f \circ i_x^F \circ \lambda_F + f(x)\lambda_F)(u) \\ &= (i_f \circ (e_x + i_x^F) \circ \lambda_F)(u) = (i_f \circ \lambda_F)(x \otimes u), \end{align*}

d’où notre dernière assertion.

Lemme 3

Soient F et G deux formes bilinéaires sur E. On a λF∘λG=λF+G\lambda_F \circ \lambda_G = \lambda_{F+G}. Pour toute forme bilinéaire F sur E, λF\lambda_F est une bijection de T(E)T(E) sur elle-même.

En effet, λF∘λG\lambda_F \circ \lambda_G possède les propriétés caractéristiques (7) et (8) de λF+G\lambda_{F+G} : on a (λF∘λG)(1)=1(\lambda_F \circ \lambda_G)(1) = 1, et

λF∘λG∘ex=λF∘(ex+ixG)∘λG=(ex+ixG+ixF)∘λF∘λG=(ex+ixF+G)∘λF∘λG. \begin{align*} \lambda_F \circ \lambda_G \circ e_x &= \lambda_F \circ (e_x + i_x^G) \circ \lambda_G = (e_x + i_x^G + i_x^F) \circ \lambda_F \circ \lambda_G \\ &= (e_x + i_x^{F+G}) \circ \lambda_F \circ \lambda_G. \end{align*}

D’autre part, si F=0F = 0, on a ixF=0i_x^F = 0 pour tout x∈Ex \in E, et par suite λF=I\lambda_F = I, ce qui entraîne que, pour toute F, on a λF∘λ−F=λ−F∘λF=I\lambda_F \circ \lambda_{-F} = \lambda_{-F} \circ \lambda_F = I.

3. Base de l’algèbre de Clifford.

Proposition 3

Soient Q et Q' deux formes quadratiques et F une forme bilinéaire sur E telles que Q′(x)=Q(x)+F(x,x)Q'(x) = Q(x) + F(x, x) pour tout x∈Ex \in E. L’application λF\lambda_F applique l’idéal I(Q′)I(Q') sur l’idéal I(Q)I(Q), et définit un isomorphisme (noté λF‾\overline{\lambda_F}) du A-module C(Q′)C(Q') sur le A-module C(Q)C(Q).

Comme λF\lambda_F est une bijection dont λ−F\lambda_{-F} est la bijection réciproque (lemme 3), il suffit de démontrer l’inclusion λF(I(Q′))⊂I(Q)\lambda_F(I(Q')) \subset I(Q). Comme I(Q)I(Q) est un idéal à gauche stable par ixFi_x^F (lemme 1), (8) montre que l’ensemble des u∈T(E)u \in T(E) tels que λF(u)∈I(Q)\lambda_F(u) \in I(Q) est un idéal à gauche. Il suffit donc de démontrer que, quels que soient u∈T(E)u \in T(E) et x∈Ex \in E, on a λF(x⊗x⊗u−Q′(x)u)∈I(Q)\lambda_F(x \otimes x \otimes u - Q'(x)u) \in I(Q). Or, d’après (8) et le lemme 1, on a

λF∘ex2=(ex+ixF)2∘λF=(ex2+F(x,x))∘λF, \lambda_F \circ e_x^2 = (e_x + i_x^F)^2 \circ \lambda_F = (e_x^2 + F(x, x)) \circ \lambda_F,
d’où
λF(x⊗x⊗u−Q′(x)u)=(ex2+F(x,x)−Q′(x))∘λF(u)=(x⊗x−Q(x))⊗λF(u)∈I(Q). \begin{align*} \lambda_F(x \otimes x \otimes u - Q'(x)u) &= (e_x^2 + F(x, x) - Q'(x)) \circ \lambda_F(u) \\ &= (x \otimes x - Q(x)) \otimes \lambda_F(u) \in I(Q). \end{align*}

Lemme 4

Si la forme quadratique QQ est nulle, C(Q)C(Q) n’est autre que l’algèbre extérieure de EE.

En effet l’algèbre extérieure de EE n’est autre que le quotient de T(E)T(E) par l’idéal bilatère JJ engendré par les éléments de la forme a⊗ν⊗aa \otimes \nu \otimes a (a∈E,ν∈T(E)a \in E, \nu \in T(E)) (chap. III, § 5, no 5 et no 9). Il est clair que I(Q)⊂JI(Q) \subset J. Il suffit donc de montrer que a⊗ν⊗a∈I(Q)a \otimes \nu \otimes a \in I(Q). C’est évident si ν∈T0\nu \in T^0. Supposons cette assertion démontrée pour ν∈∑h=0n−1Th\nu \in \sum_{h=0}^{n-1} T^h, et soient x∈Ex \in E et u∈Tn−1u \in T^{n-1}; on a

a⊗x⊗u⊗a=(a+x)⊗(a+x)⊗u⊗a−a⊗a⊗u⊗a−x⊗a⊗u⊗a−x⊗x⊗u⊗a a \otimes x \otimes u \otimes a = (a + x) \otimes (a + x) \otimes u \otimes a - a \otimes a \otimes u \otimes a - x \otimes a \otimes u \otimes a - x \otimes x \otimes u \otimes a
et les quatre termes du second membre appartiennent à I(Q)I(Q).

Supposons en particulier que le module EE admette une base (xi)i∈L(x_i)_{i \in L}, et ordonnons totalement l’ensemble d’indices LL. On sait (chap. III, § 5, no 6) que l’algèbre extérieure de EE admet comme base la famille formée des éléments xHx_H, où HH parcourt l’ensemble des parties finies de LL et où xHx_H est l’élément xh1∧…∧xhqx_{h_1} \wedge \ldots \wedge x_{h_q}, (h1,…,hq)(h_1, \ldots, h_q) désignant la suite strictement croissante des éléments de HH.

D’autre part, considérons la forme bilinéaire FF définie par F(xi,xj)=−Φ(xi,xj)F(x_i, x_j) = -\Phi(x_i, x_j) si i>ji > j, F(xi,xj)=0F(x_i, x_j) = 0 si i<ji < j et F(xi,xi)=−Q(xi)F(x_i, x_i) = -Q(x_i). Il est clair que Q(x)+F(x,x)=0Q(x) + F(x, x) = 0; avec les notations de la prop. 3, il résulte de cette proposition et du lemme 4 que λˉF\bar{\lambda}_F est un isomorphisme de ∧E\wedge E sur C(Q)C(Q), qui est donc un AA-module libre. Démontrons, par récurrence sur le nombre d’éléments de HH, que l’on a

λˉF(xH)=ρ(xh1)…ρ(xhq) \bar{\lambda}_F(x_H) = \rho(x_{h_1}) \ldots \rho(x_{h_q})

(où (h1,…,hq)(h_1, \ldots, h_q) est la suite strictement croissante des éléments de HH). C’est évident si HH a 0 ou 1 élément. Supposons (11) vérifiée pour les parties ayant au plus q−1q - 1 éléments. Considérons une partie HH à qq éléments, notons jj son plus petit élément, et écrivons H={j}∪KH = \{ j \} \cup K, où KK est une partie à q−1q - 1 éléments. On a, d’après (8) et l’hypothèse de récurrence

λˉF(xH)=λˉF(xj∧xK)=ρ(xj)λˉF(xK)+ixjF(λˉF(xK))=xH′+ixjF(xK′), \bar{\lambda}_F(x_H) = \bar{\lambda}_F(x_j \wedge x_K) = \rho(x_j) \bar{\lambda}_F(x_K) + i^F_{x_j}(\bar{\lambda}_F(x_K)) = x'_H + i^F_{x_j}(x'_K),

en posant, pour toute partie finie JJ de LL, xJ′=ρ(xj1)…ρ(xjs)x'_J = \rho(x_{j_1}) \ldots \rho(x_{j_s}), où (j1,…,js)(j_1, \ldots, j_s) est la suite croissante des éléments de JJ. Or, pour i∈Ki \in K, xix_i appartient au noyau de la forme linéaire y→F(xj,y)y \to F(x_j, y), donc ixjF(xK′)=0i^F_{x_j}(x'_K) = 0 (lemme 1). Ceci démontre le résultat cherché.

Nous avons donc démontré le théorème suivant :

Théorème 1

Supposons que le AA-module EE admette une base (xi)i∈L(x_i)_{i \in L}, l’ensemble d’indices LL étant muni d’une structure d’ordre total. Pour toute partie finie HH de LL, posons xH=ρ(xh1)ρ(xh2)…ρ(xhq)x_H = \rho(x_{h_1}) \rho(x_{h_2}) \ldots \rho(x_{h_q}), où (h1,…,hq)(h_1, \ldots, h_q) est la suite strictement croissante des éléments de HH. Alors les éléments xHx_H forment une base du AA-module C(Q)C(Q).

Corollaire 1

Si EE est un module libre de dimension nn, C(Q)C(Q) est un module libre de dimension 2n2^n; de plus, si n>0n > 0, C+C^+ et C−C^- sont des modules libres de dimension 2n−12^{n-1}.

Ceci résulte aussitôt des propriétés des coefficients binomiaux.

Corollaire 2

Si EE est un module libre, l’application canonique ρ\rho de EE dans C(Q)C(Q) et l’application a→a.1a \to a.1 de AA dans C(Q)C(Q) sont injectives.

Corollaire 3

Supposons que EE soit somme directe de deux sous-modules libres E1E_1 et E2E_2. Soient QiQ_i la restriction de QQ à EiE_i et pip_i l’application canonique de C(Qi)C(Q_i) dans C(Q)C(Q) (i=1,2i = 1, 2). Alors l’application linéaire pp de C(Q1)⊗C(Q2)C(Q_1) \otimes C(Q_2) dans C(Q)C(Q) déduite de l’application bilinéaire (a,b)→p1(a)p2(b)(a, b) \to p_1(a)p_2(b) de C(Q1)×C(Q2)C(Q_1) \times C(Q_2) dans C(Q)C(Q) est une bijection.

Il suffit en effet de considérer la base de EE obtenue en prenant la réunion d’une base de E1E_1 et d’une base de E2E_2.

Corollaire 4

Les hypothèses et notations étant celles du cor. 3, supposons de plus que E1E_1 et E2E_2 soient orthogonaux, et transportons à C(Q1)⊗C(Q2)C(Q_1) \otimes C(Q_2), au moyen de la bijection pp, la structure d’algèbre de C(Q)C(Q). Si aia_i et bib_i sont des éléments pairs ou impairs de C(Qi)C(Q_i) (i=1, 2i = 1,\ 2), on a (a1⊗a2)(b1⊗b2)=ε(a1b1)⊗(a2b2)a\ (a_1 \otimes a_2)(b_1 \otimes b_2) = \varepsilon(a_1b_1) \otimes (a_2b_2), avec ε=1\varepsilon = 1 sauf si a2a_2 et b1b_1 sont impairs, auquel cas ε=−1\varepsilon = -1.

Il suffit en effet de démontrer que p2(a2)p1(b1)=εp1(b1)p2(a2)p_2(a_2)p_1(b_1) = \varepsilon p_1(b_1)p_2(a_2), et on peut, pour cela, supposer que p2(a2)p_2(a_2) (resp. p1(b1)p_1(b_1)) est un produit x1…xhx_1 \ldots x_h (resp. y1…yky_1 \ldots y_k) d’éléments de ρQ(E2)\rho_Q(E_2) (resp. ρQ(E1)\rho_Q(E_1)). Comme E1E_1 et E2E_2 sont orthogonaux, on a

xiyj+yjxi=Φ(xi,yj)=0, x_iy_j + y_jx_i = \Phi(x_i, y_j) = 0,

d’où

x1…xhy1…yk=(−1)hky1…ykx1…xh. x_1 \ldots x_h y_1 \ldots y_k = (-1)^{hk} y_1 \ldots y_k x_1 \ldots x_h.

Les conclusions des cor. 3 et 4 restent vraies si on omet l’hypothèse que E1E_1 et E2E_2 sont des modules libres (cf. exerc. 1).

4. Structure de l’algèbre de Clifford.

Dans ce n°, nous supposerons que AA est un corps, que EE est un espace vectoriel de dimension finie mm sur AA, et que la forme quadratique QQ est non dégénérée (ce qui, d’après le th. 1 du § 5, n° 1, exige que mm soit pair si AA est de caractéristique 2). Puisque EE est libre, l’application canonique ρ\rho est injective (n° 3, cor. 2 du th. 1). Nous identifierons désormais EE et son image dans C(Q)C(Q).

Théorème 2

Supposons que la dimension de EE soit un nombre pair m=2rm = 2r et que QQ soit neutre (§ 4, n° 2). Alors l’algèbre C(Q)C(Q) est séparable (chap. VIII, § 7, n° 5, déf. 1) et est isomorphe à l’algèbre des endomorphismes d’un espace vectoriel de dimension 2r2^r sur AA. De plus si m>0m > 0, C+(Q)C^+(Q) est séparable et est composée directe de deux idéaux isomorphes à l’algèbre des endomorphismes d’un espace vectoriel de dimension 2r−12^{r-1} sur AA.

En effet, comme Q est neutre, on peut décomposer E en somme directe de deux sous-espaces N et P totalement singuliers de dimensions r (§ 4, no 2, cor. 1 de la prop. 2). La restriction de Q à N étant nulle, la sous-algèbre S de C(Q) engendrée par N s’identifie à l’algèbre extérieure de N (no 3, lemme 4). Pour n∈Nn \in \mathbf{N}, nous noterons en′e'_n l’application t→ntt \to nt de S dans elle-même.

Soit (n1,…,nr)(n_1, \ldots, n_r) une base de N ; nous noterons (p1,…,pr)(p_1, \ldots, p_r) la base de P telle que Φ(ni,pj)=δij\Phi(n_i, p_j) = \delta_{ij} (§ 4, no 2, prop. 2). Pour p∈Pp \in P, nous noterons p′p' la forme linéaire n→Φ(n,p)n \to \Phi(n, p) sur N, et ipi_p l’endomorphisme de S déduit par passage au quotient de l’endomorphisme ip′i_{p'} de T(N) associé à p′p' comme il a été dit au lemme 1 du no 2. On a, d’après (5),

en′∘ip+ip∘en′=Φ(n,p)(n∈N, p∈P). e'_n \circ i_p + i_p \circ e'_n = \Phi(n, p) \qquad (n \in \mathbf{N}, \ p \in \mathbf{P}).

Posons, pour x=n+p∈Ex = n + p \in E (avec n∈Nn \in \mathbf{N} et p∈Pp \in \mathbf{P}), s(x)=en′+ips(x) = e'_n + i_p. Il est clair que s est une application linéaire de E dans L(S)\mathscr{L}(S). Comme on a

s(x)2=(en′+ip)2=Q(n)+Φ(n,p)=Q(x) s(x)^2 = (e'_n + i_p)^2 = Q(n) + \Phi(n, p) = Q(x)
en vertu de (12) et du lemme 1 (no 2), s se prolonge en un homomorphisme (que nous noterons encore s) de C(Q) dans L(S)\mathscr{L}(S) (no 1, prop. 1). Nous allons montrer que cet homomorphisme est surjectif, ce qui, puisque C(Q) et L(S)\mathscr{L}(S) sont toutes deux de dimension 22r2^{2r}, entraînera que s est un isomorphisme et démontrera notre première assertion.

Notons en effet I l’intervalle [1,r][1, r]. Pour toute partie H de I, nous poserons H′=I−HH' = I - H et nous désignerons par nHn_H (resp. pHp_H) le produit des nin_i (resp. pip_i) pour i∈Hi \in H, rangés dans l’ordre croissant des indices. Rappelons que les nHn_H forment une base de S (no 3, th. 1). Posons enfin, pour deux parties quelconques H, K de I, xH,K=nHpInKx_{H, K} = n_H p_I n_K. Nous allons montrer que les éléments s(xH,K)s(x_{H, K}) de s(C(Q))s(C(Q)) engendrent L(S)\mathscr{L}(S). Or, si j∉Hj \notin H, on a s(pj)(nH)=ipj(nH)=0s(p_j)(n_H) = i_{p_j}(n_H) = 0 d’après le lemme 1, puisque les nin_i pour i∈Hi \in H appartiennent au noyau de la forme linéaire n→Φ(n,pj)n \to \Phi(n, p_j) sur N ; d’autre part on a

s(pj)(njnH)=(ipj∘enj′)(nH)=Φ(pj,nj)nH−nj⋅s(pj)(nH)=nH s(p_j)(n_j n_H) = (i_{p_j} \circ e'_{n_j})(n_H) = \Phi(p_j, n_j)n_H - n_j \cdot s(p_j)(n_H) = n_H
(d’après (12)). Comme s est un homomorphisme, on en déduit, pour deux parties quelconques H, K de I, que s(pK)(nH)=0s(p_K)(n_H) = 0 si K⊄HK \not\subset H, et que s(pK)(nH)=±nH−Ks(p_K)(n_H) = \pm n_{H-K} si K⊂HK \subset H. Comme, pour M⊂IM \subset I et L⊂IL \subset I, on a par définition s(nM)(nL)=nMnLs(n_M)(n_L) = n_M n_L, et que nMnLn_M n_L est nul si M∩L≠∅M \cap L \neq \emptyset et est égal à ±nM∪L\pm n_{M \cup L} dans le cas contraire, on conclut de ce qui précède que, pour des parties quelconques H,K,LH, K, L de II, s(xH,K)(nL)=s(nH)s(pI)s(nK′)(nL)s(x_{H,K})(n_L) = s(n_H)s(p_I)s(n_{K'}) (n_L) est nul si K≠LK \neq L et est égal à ±nH\pm n_H si K=LK = L. Ceci montre que les s(xH,K)s(x_{H,K}) engendrent L(S)\mathscr{L}(S) et termine la démonstration de la première assertion.

Pour démontrer la seconde assertion, posons S+=S∩C+S^+ = S \cap C^+ et S−=S∩C−S^- = S \cap C^-; il est clair que S+S^+ (resp. S−S^-) est le sous-espace de SS engendré par les nHn_H tels que HH ait un nombre pair (resp. impair) d’éléments, que SS est somme directe de S+S^+ et S−S^-, et que s(C+)s(C^+) laisse S+S^+ et S−S^- stables. Par suite ss applique C+C^+ dans une sous-algèbre de L(S)\mathscr{L}(S), isomorphe au produit L(S+)×L(S−)\mathscr{L}(S^+) \times \mathscr{L}(S^-); la restriction de ss à C+C^+ est un isomorphisme de C+C^+ sur cette sous-algèbre, puisque ss est injective et que C+C^+ et L(S+)×L(S−)\mathscr{L}(S^+) \times \mathscr{L}(S^-) sont toutes deux de dimension 22r−12^{2r-1} (no 2, cor. 1 du th. 1). CQFD.

Corollaire

Si m est pair, mais Q d’indice quelconque, l’algèbre C(Q) est une algèbre centrale simple de dimension 2m2^m. De plus, si m>0m > 0, la sous-algèbre C+(Q)C^+(Q) est séparable, et son centre Z est de dimension 2 sur A. Lorsque Z est un corps, Z est une extension quadratique séparable de A et C+(Q)C^+(Q) est simple; sinon, Z est composé direct de deux corps isomorphes à A, et C+(Q)C^+(Q) est alors composée directe de deux sous-algèbres simples de dimensions 2m−22^{m-2}.

En effet, soient A′A' la clôture algébrique de A, et Q′Q' la forme quadratique sur E′=A′⊗AEE' = A' \otimes_A E déduite de Q par extension des scalaires. On a vu que C(Q′)C(Q') est isomorphe à A′⊗AC(Q)A' \otimes_A C(Q) (prop. 2), et il est clair que C+(Q′)C^+(Q') est isomorphe à A′⊗AC+(Q)A' \otimes_A C^+(Q). Comme Q′Q' est neutre (§4§ 4, no 2, cor. 2 de la prop. 3), le corollaire est une conséquence immédiate du th. 2 et des théorèmes de permanence du chap. VIII, §7§ 7.

Remarque 1

Comme l’algèbre C(Q)C(Q) est simple, elle n’a qu’une seule classe de représentations irréductibles ; on les appelle les représentations spinorielles ; quand on fixe son attention sur une de ces représentations, soit τ\tau, les éléments de l’espace où s’effectue τ\tau répondent au nom de spineurs. Si Q est neutre, la restriction de τ\tau à C+(Q)C^+(Q) est, comme celle de ss, somme de deux représentations absolument irréductibles inéquivalentes; les éléments des sous-espaces où s’effectuent ces deux représentations sont appelés semi-spineurs. Dans le cas général, si C+(Q)C^+(Q) n’est pas simple, la restriction de τ\tau à C+(Q)C^+(Q) doit, puisqu’elle est fidèle, contenir des sous-représentations appartenant à chacune des deux classes de représentations irréductibles de C+(Q)C^+(Q), donc est somme de deux représentations absolument irréductibles inéquivalentes, puisqu’il en est ainsi après extension des scalaires à la clôture algébrique A′A' de AA. Par contre, si C+(Q)C^+(Q) est simple, elle n’a qu’une seule classe de représentations irréductibles, et la restriction de τ\tau à C+(Q)C^+(Q) est donc irréductible, puisqu’elle se décompose par extension des scalaires à A′A' en deux représentations non équivalentes.

Remarque 2

Supposons AA de caractéristique ≠2\neq 2, et soit (x1,…,xm)(x_1, \ldots, x_m) (m=2rm = 2r) une base orthogonale de EE. Posons

z=2rx1…xm∈C(Q); z = 2^r x_1 \ldots x_m \in C(Q);
comme xixj+xjxi=0x_i x_j + x_j x_i = 0 pour i≠ji \neq j, on a zxj=−xjzzx_j = -x_j z, ce qui entraîne que zz appartient au centre ZZ de C+(Q)C^+(Q) sans appartenir à AA. On a
z2=22r(−1)rQ(x1)…Q(xm)=(−1)rD z^2 = 2^{2r}(-1)^r Q(x_1) \ldots Q(x_m) = (-1)^r D
en désignant par DD le discriminant de Φ\Phi par rapport à la base (xj)(x_j) (cf. exerc. 9).

Théorème 3

Supposons que la dimension de EE soit un nombre impair m=2r+1m = 2r + 1 (donc que AA soit de caractéristique ≠2\neq 2).

a) L’algèbre C+(Q)C^+(Q) est centrale simple. Si QQ est d’indice maximum rr, C+(Q)C^+(Q) est isomorphe à l’algèbre des endomorphismes d’un espace vectoriel de dimension 2r2^r sur AA.

b) L’algèbre C(Q)C(Q) est séparable. Son centre ZZ est de dimension 2, et C(Q)C(Q) est isomorphe à Z⊗AC+(Q)Z \otimes_A C^+(Q), donc est simple ou composée directe de deux sous-algèbres simples.

Soient en effet x0x_0 un vecteur non isotrope de EE, et FF l’orthogonal de x0x_0; notons Q1Q_1 la forme quadratique y→−Q(x0)Q(y)y \to -Q(x_0)Q(y) sur FF; il est clair que Q1Q_1 est non dégénérée. Comme x0y=−yx0x_0 y = -y x_0 (pour y∈Fy \in F), on a (x0y)2=−Q(x0)Q(y)=Q1(y)(x_0 y)^2 = -Q(x_0)Q(y) = Q_1(y), et par suite l’application y→x0yy \to x_0 y de FF dans C+(Q)C^+(Q) se prolonge en un homomorphisme hh de C(Q1)C(Q_1) dans C+(Q)C^+(Q) (n° 1, prop. 1). Or C(Q1)C(Q_1) est simple (th. 2) et a même dimension 22r2^{2r} que C+(Q)C^+(Q); ceci entraîne, puisque h(1)=1h(1) = 1, que hh est un isomorphisme. De plus, si QQ est d’indice rr, on peut choisir x0x_0 de telle sorte que Q1Q_1 soit aussi d’indice rr (§ 4, n° 2, prop. 3), ce qui démontre aa.

Soit maintenant (x1,…,x2r)(x_1, \ldots, x_{2r}) une base orthogonale de FF; posons z=x0x1…x2rz = x_0 x_1 \ldots x_{2r}. On vérifie immédiatement que zz commute avec xjx_j pour j=0,…,2rj = 0, \ldots, 2r, donc appartient au centre de C(Q)C(Q). Soit ZZ le sous-espace de C(Q)C(Q) engendré par 11 et zz; c’est une sous-algèbre du centre de C(Q)C(Q) et une extension quadratique de AA, car zz est impair et z2z^2 est égal au scalaire (−1)rQ(x0)…Q(x2r)(-1)^r Q(x_0) \ldots Q(x_{2r}). Considérons l’homomorphisme θ\theta de Z⊗AC+(Q)Z \otimes_A C^+(Q) dans C(Q)C(Q) défini par θ(u⊗v)=uv\theta(u \otimes v) = uv. Comme z∈C−z \in C^- et est inversible, l’application u→zuu \to zu est un isomorphisme du module C+C^+ sur C−C^-, ce qui entraîne que θ(Z⊗C+)\theta(Z \otimes C^+) contient C+C^+ et C−C^-, donc coïncide avec C(Q)C(Q). Comme Z⊗C+Z \otimes C^+ et C(Q)C(Q) ont même dimension 22r+12^{2r+1}, θ\theta est un isomorphisme ; ceci démontre bb, compte tenu des résultats du chap. VIII, § 7.

Remarque

Le discriminant DD de Φ\Phi par rapport à la base (xj)(j=0,…,2r)(x_j)_{(j=0,\ldots,2r)} est égal à 22r+1Q(x0)…Q(x2r)2^{2r+1} Q(x_0) \ldots Q(x_{2r}). Par suite ZZ est engendré par 11 et par l’élément impair z′=2r+1zz' = 2^{r+1} z tel que z′2=(−1)r2D{z'}^2 = (-1)^r 2D. L’algèbre C(Q)C(Q) est donc simple si et seulement si 2(−1)rD2(-1)^r D n’est pas un carré dans AA.

5. Groupe de Clifford.

On suppose, dans ce n°, que AA est un corps, que EE est de dimension finie mm, et que QQ est non dégénérée. On identifie EE avec son image canonique dans C(Q)C(Q).

Définition 2

On appelle groupe de Clifford de QQ (resp. groupe de Clifford spécial de QQ), le groupe multiplicatif des éléments inversibles ss de C(Q)C(Q) (resp. C+(Q)C^+(Q)) tels que sEs−1=EsEs^{-1} = E.

Dans ce n° nous noterons GG et G+G^+ le groupe de Clifford et le groupe de Clifford spécial de QQ. Il est clair que l’on a G+=G∩C+(Q)G^+ = G \cap C^+(Q).

Théorème 4

Posons, pour s∈Gs \in G et x∈Ex \in E, φ(s).x=sxs−1\varphi(s).x = sx s^{-1}.

a) L’application φ\varphi est un homomorphisme de GG dans le groupe orthogonal O(Q)O(Q) de QQ et son noyau est l’ensemble des éléments inversibles du centre ZZ de C(Q)C(Q).

b) L’ensemble E∩GE \cap G est l’ensemble des vecteurs non singuliers de EE; pour x∈E∩Gx \in E \cap G, −φ(x)-\varphi(x) est la symétrie par rapport à l’hyperplan orthogonal à xx.

c) Si dim⁡(E)\dim(E) est paire, on a φ(G)=O(Q)\varphi(G) = O(Q), φ(G+)\varphi(G^+) est d’indice 2 dans O(Q)O(Q) si E≠{0}E \neq \{0\}, et est égal à SO(Q)SO(Q) si AA est de caractéristique ≠2\neq 2.

d) Si dim⁡(E)\dim(E) est impaire (ce qui entraîne que AA est de caractéristique ≠2\neq 2), on a φ(G)=φ(G+)=SO(Q)\varphi(G) = \varphi(G^+) = SO(Q).

On a en effet Q(sxs−1)=(sxs−1)2=sx2s−1=Q(x)Q(sxs^{-1}) = (sxs^{-1})^2 = sx^2 s^{-1} = Q(x) pour s∈Gs \in G et x∈Ex \in E, ce qui montre que φ(s)∈O(Q)\varphi(s) \in O(Q). Pour que φ(s)=1\varphi(s) = 1, il faut et il suffit que ss commute avec les éléments de EE, c’est-à-dire appartienne au centre ZZ de C(Q)C(Q). Ceci démontre a).

Pour qu’un élément xx de EE appartienne à GG, il faut qu’il soit inversible, c’est-à-dire que ce soit un vecteur non singulier (puisque x2=Q(x)x^2 = Q(x)). S’il en est ainsi, on a x−1=Q(x)−1xx^{-1} = Q(x)^{-1} x, d’où, pour tout y∈Ey \in E,

xyx−1=Q(x)−1xyx=Q(x)−1x(Φ(x,y)−xy)=−(y−Φ(x,y)Q(x)−1x); xy x^{-1} = Q(x)^{-1} xy x = Q(x)^{-1} x (\Phi(x, y) - xy) = - (y - \Phi(x, y) Q(x)^{-1} x);
ceci démontre b) (§ 6, no 4).

Lemme 5

Tout élément ss de GG est de la forme zs′zs', où zz est un élément inversible de ZZ et s′s' appartient à G∩C+(Q)G \cap C^+(Q) ou à G∩C−(Q)G \cap C^-(Q); le sous-groupe G+G^+ est d’indice 2 dans GG lorsque E≠{0}E \neq \{0\}.

La seconde assertion résulte évidemment de la première, puisque les vecteurs non singuliers appartiennent à G∩C−(Q)G \cap C^-(Q). Supposons d’abord dim⁡(E)\dim(E) paire, et soit s=t′+t′′s = t' + t'', avec t′∈C+(Q)t' \in C^+(Q) et t′′∈C−(Q)t'' \in C^-(Q); on a par définition sx=(φ(s).x)ssx = (\varphi(s).x)s pour tout x∈Ex \in E; comme t′xt'x et (φ(s).x)t′(\varphi(s).x)t' (resp. t′′xt''x et (φ(s).x)t′′(\varphi(s).x)t'') sont des éléments impairs (resp. pairs), on a t′x=(φ(s).x)t′t'x = (\varphi(s).x)t', d’où s−1t′x=xs−1t′s^{-1} t' x = xs^{-1} t' pour tout x∈Ex \in E. On en conclut que s−1t′∈Zs^{-1} t' \in Z et comme dim⁡(E)\dim(E) est paire, Z=AZ = A (no 4, cor. du th. 2), donc t′=ast' = as, où a∈Aa \in A. Si a≠0a \neq 0, on a donc s=a−1t′s = a^{-1} t' et t′∈G∩C+(Q)t' \in G \cap C^+(Q); si a=0a = 0, s=t′′∈G∩C−(Q)s = t'' \in G \cap C^-(Q) et le lemme est démontré dans ce cas. Si dim⁡(E)\dim(E) est impaire, AA est de caractéristique ≠2\neq 2, donc pour tout s∈Gs \in G, φ(s)\varphi(s) est un produit de symétries par rapport à des vecteurs non singuliers xi(i=1,2,…,h)x_i (i = 1, 2, \ldots, h) (§ 6, n° 4, prop. 5); si on pose s′=x1x2…xhs' = x_1 x_2 \ldots x_h, on a φ(s)=φ(s′)\varphi(s) = \varphi(s'), donc s=zs′s = z s', où z∈Zz \in \mathbf{Z}, et s′s' appartient à C+(Q)C^+(Q) ou à C−(Q)C^-(Q) suivant que hh est pair ou impair.

Supposons dim(E) paire. Comme tout élément uu de O(Q)\mathbf{O}(Q) se prolonge d’une manière et d’une seule en un automorphisme uˉ\bar{u} de C(Q)C(Q) (prop. 1), et comme C(Q)C(Q) est centrale simple (th. 2), uˉ\bar{u} est un automorphisme intérieur (chap. VIII, § 10, n° 1, th. 1). Il existe donc un élément ss de GG tel que φ(s)=u\varphi(s) = u. D’autre part le centre de C(Q)C(Q) est contenu dans C+C^+, ce qui entraîne que φ(G)/φ(G+)\varphi(G)/\varphi(G^+) est isomorphe à G/G+G/G^+, donc que φ(G+)\varphi(G^+) est d’indice 2 dans φ(G)=O(Q)\varphi(G) = \mathbf{O}(Q) si E≠{0}E \not= \{0\}. Ceci démontre les deux premières assertions de c).

Supposons enfin que AA soit de caractéristique ≠2\not= 2. Alors tout élément uu de O(Q)\mathbf{O}(Q) est un produit de symétries par rapport à des hyperplans orthogonaux à des vecteurs non singuliers xi(i=1,…,h)x_i (i = 1, \ldots, h) (§ 6, n° 4, prop. 5); on a par suite u=(−1)hφ(x1…xh)u = (-1)^h \varphi(x_1 \ldots x_h) et det⁡(u)=(−1)h\det(u) = (-1)^h. Pour que uu appartienne à SO(Q)\mathbf{SO}(Q), il faut et il suffit que hh soit pair, ce qui montre que φ(G+)⊃SO(Q)\varphi(G^+) \supset \mathbf{SO}(Q). Comme SO(Q)\mathbf{SO}(Q) est d’indice 2 dans O(Q)\mathbf{O}(Q) lorsque E≠{0}E \not= \{0\}, on a φ(G+)=SO(Q)\varphi(G^+) = \mathbf{SO}(Q) si EE est de dimension paire, ce qui termine la démonstration de c). Par contre, si la dimension de EE est impaire, φ(G)\varphi(G) ne contient pas la transformation orthogonale x→−xx \to -x; en effet celle-ci se prolonge en l’automorphisme principal α\alpha de C(Q)C(Q) (n° 1), et α\alpha n’est pas un automorphisme intérieur puisque le centre ZZ de C(Q)C(Q) contient un élément non nul de C−(Q)C^-(Q) (th. 3). On a donc φ(G)≠O(Q)\varphi(G) \not= \mathbf{O}(Q), et, comme φ(G)⊃φ(G+)⊃SO(Q)\varphi(G) \supset \varphi(G^+) \supset \mathbf{SO}(Q) et que SO(Q)\mathbf{SO}(Q) est d’indice 2 dans O(Q)\mathbf{O}(Q), on a φ(G)=φ(G+)=SO(Q)\varphi(G) = \varphi(G^+) = \mathbf{SO}(Q). Ceci démontre d). CQFD.

Le sous-groupe φ(G+)\varphi(G^+) de O(Q)\mathbf{O}(Q), qui est d’indice 2 si E≠{0}E \not= \{0\}, s’appelle le groupe des rotations de EE, et ses éléments prennent le nom de rotations; on le note O+(Q)\mathbf{O}^+(Q). Remarquons que, si AA n’est pas de caractéristique 2, on a O+(Q)=SO(Q)\mathbf{O}^+(Q) = \mathbf{SO}(Q) (cf. exerc. 9).

Proposition 4

Soit β\beta l’antiautomorphisme principal de C(Q)C(Q) (n° 1). Pour tout s∈G+s \in G^+, β(s)s\beta(s)s est un scalaire. L’application N:s→β(s)sN : s \to \beta(s)s est un homomorphisme de G+G^+ dans le groupe multiplicatif A∗A^* des éléments non nuls de AA.

En effet, pour s∈G+s \in G^+, on a sEs−1=EsEs^{-1} = E, d’où β(s)−1Eβ(s)=E\beta(s)^{-1}E\beta(s) = E, ce qui montre que β(s)∈G+\beta(s) \in G^+. Comme sx=(φ(s).x)ssx = (\varphi(s).x)s pour tout x∈Ex \in E, on a xβ(s)=β(sx)=β(s)(φ(s).x)x\beta(s) = \beta(sx) = \beta(s)(\varphi(s).x), et par suite β(s)sx=β(s)(φ(s).x)s=xβ(s)s\beta(s)sx = \beta(s)(\varphi(s).x)s = x\beta(s)s, ce qui entraîne que β(s)s\beta(s)s appartient au centre de C(Q)C(Q). Comme, de plus, β(s)s\beta(s)s appartient à C+(Q)C^+(Q), β(s)s\beta(s)s est un scalaire (th. 2 et 3). Enfin on a β(st)st=β(t)β(s)st=β(s)sβ(t)t\beta(st)st = \beta(t)\beta(s)st = \beta(s)s\beta(t)t, c’est-à-dire N(st)=N(s)N(t)N(st) = N(s)N(t) pour s,ts, t dans G+G^+. CQFD.

Le scalaire N(s)=β(s)sN(s) = \beta(s)s (s∈G+s \in G^+) s’appelle la norme spinorielle de ss. On désigne par G0+G_0^+ et on appelle groupe de Clifford réduit le noyau de l’homomorphisme NN. L’image φ(G0+)\varphi(G_0^+) est notée O0+(Q)O_0^+(Q) et s’appelle le groupe orthogonal réduit de QQ. Comme le noyau de la restriction de φ\varphi à G+G^+ est l’ensemble des éléments pairs et invér-sibles du centre de C(Q)C(Q) (th. 4) et s’identifie donc à A∗A^* (th. 2 et 3), φ(G+)/O0+(Q)\varphi(G^+)/O_0^+(Q) est isomorphe à G+/A∗G0+G^+/A^*G_0^+, donc aussi à N(G+)/N(A∗)N(G^+)/N(A^*), et en particulier commutatif. Il est clair que N(A∗)N(A^*) est le sous-groupe (A∗)2(A^*)^2 des carrés d’éléments de A∗A^*. Si QQ est d’indice >0> 0, il existe, quel que soit a∈A∗a \in A^*, deux éléments xx et yy de EE tels que Q(x)=aQ(x) = a et Q(y)=1Q(y) = 1 (§ 4, no 2, prop. 4) ; comme xy∈G+xy \in G^+ et que N(xy)=Q(x)Q(y)=aN(xy) = Q(x)Q(y) = a, ceci montre que N(G+)=A∗N(G^+) = A^*, donc que φ(G+)/O0+(Q)\varphi(G^+)/O_0^+(Q) est isomorphe à A∗/(A∗)2A^*/(A^*)^2.

Exercices. — ¶ 1) Démontrer les cor. 3 et 4 du th. 1 du no 3 lorsque E1E_1 et E2E_2 sont deux sous-modules supplémentaires quelconques dans EE. (Établir d’abord le cor. 4 : montrer pour cela que le produit tensoriel C(Q1)⊗C(Q2)C(Q_1) \otimes C(Q_2) est muni d’une structure d’algèbre par la convention de signe faite dans l’énoncé du cor. 4, et que cette algèbre SS est solution du même problème d’application universelle que C(Q)C(Q); on considérera pour cela, pour toute application linéaire ff de EE dans une algèbre DD sur AA telle que (f(x))2=Q(x).1(f(x))^2 = Q(x).1, l’homomorphisme fˉi\bar{f}_i de C(Qi)C(Q_i) dans DD tel que fˉi(1)=1\bar{f}_i(1) = 1, fˉi(ρQi(xi))=f(xi)\bar{f}_i(\rho_{Q_i}(x_i)) = f(x_i) pour xi∈Eix_i \in E_i (i=1,2i = 1, 2) et on prouvera qu’il existe un homomorphisme fˉ\bar{f} de l’algèbre SS dans DD tel que

fˉ(z1⊗z2)=fˉ1(z1)fˉ2(z2) \bar{f}(z_1 \otimes z_2) = \bar{f}_1(z_1)\bar{f}_2(z_2)
pour zi∈C(Qi)z_i \in C(Q_i) (i=1,2i = 1, 2). Pour démontrer ensuite le cor. 3, considérer la forme quadratique Q′Q' somme directe externe de Q1Q_1 et Q2Q_2 (§ 3, no 4), et remarquer que l’on a Q′(x)=Q(x)+F(x,x)Q'(x) = Q(x) + F(x, x), FF étant la forme bilinéaire définie par F(x1+x2,y1+y2)=−Φ(x1,y2)F(x_1 + x_2, y_1 + y_2) = -\Phi(x_1, y_2) pour xi,yix_i, y_i dans EiE_i (i=1,2i = 1, 2) ; utiliser alors la prop. 3.)

¶ 2) On suppose que EE soit somme directe de deux sous-modules orthogonaux E1,E2E_1, E_2 et on désigne par QiQ_i la restriction de QQ à EiE_i (i=1,2i = 1, 2);

on suppose en outre qu’il existe u∈C+(Q2)u \in C^+(Q_2) tel que u2=a.1u^2 = a . 1, aa étant invér sible dans AA, et que uρQ2(x2)=−ρQ2(x2)u \rho_{Q_2}(x_2) = -\rho_{Q_2}(x_2) pour tout x2∈E2x_2 \in E_2. Montrer qu’il existe un isomorphisme φ\varphi de C(Q)C(Q) sur le produit tensoriel C(aQ1)⊗C(Q2)C(aQ_1) \otimes C(Q_2) (tel qu’il est défini dans le chap. III, § 3, n° 1), ayant la propriété que pour tout x=x1+x2x = x_1 + x_2 (xi∈Ei,i=1,2x_i \in E_i, i = 1, 2), on a

φ(ρQ(x))=ρaQ1(x1)⊗u−1+1⊗ρQ2(x2). \varphi(\rho_Q(x)) = \rho_{aQ_1}(x_1) \otimes u^{-1} + 1 \otimes \rho_{Q_2}(x_2).
(Prouver l’existence de l’homomorphisme φ\varphi comme conséquence de la propriété universelle de C(Q)C(Q). D’autre part, il y a un homomorphisme g1g_1 de C(aQ1)C(aQ_1) dans C(Q)C(Q) tel que g1(ρaQ1(x1))=h2(u)ρQ1(x1)g_1(\rho_{aQ_1}(x_1)) = h_2(u)\rho_{Q_1}(x_1), en désignant par h2h_2 l’homomorphisme canonique de C(Q2)C(Q_2) dans C(Q)C(Q); remarquer alors que g1(z1)g_1(z_1) et h2(z2)h_2(z_2) sont permutables pour z1∈C(aQ1)z_1 \in C(aQ_1) et z2∈C(Q2)z_2 \in C(Q_2), et en déduire l’existence d’un homomorphisme réciproque de φ\varphi.)

Dans quel cas ce résultat s’applique-t-il lorsque AA est un corps de caractéristique ≠2\neq 2 (utiliser la Remarque 2 suivant le cor. du th. 2) ?

3) a) Avec les notations du n° 2, soient xix_i (1⩽i⩽n1 \leqslant i \leqslant n) des éléments de EE tels que f(xi)=0f(x_i) = 0; montrer que l’on a if(x1⊗x2⊗⋯⊗xn)=0i_f(x_1 \otimes x_2 \otimes \cdots \otimes x_n) = 0. En particulier, si FF est une forme bilinéaire sur EE telle que F(xi,xj)=0F(x_i, x_j) = 0 pour i>ji > j, on a iFE(x2⊗x3⊗⋯⊗xn)=0i_F^E(x_2 \otimes x_3 \otimes \cdots \otimes x_n) = 0.

b) Avec les notations de la prop. 3 du n° 3, soient xix_i (1⩽i⩽n1 \leqslant i \leqslant n) des éléments de EE tels que F(xi,xj)=0F(x_i, x_j) = 0 pour i>ji > j. Montrer que l’on a λ‾F(ρQ′(x1)…ρQ′(xn))=ρQ(x1)…ρQ(xn)\overline{\lambda}_F(\rho_{Q'}(x_1) \ldots \rho_{Q'}(x_n)) = \rho_Q(x_1) \ldots \rho_Q(x_n) (utiliser aa) et la formule (10) du n° 2).

c) On suppose que AA est un corps de caractéristique ≠2\neq 2; pour toute forme quadratique QQ sur EE, soit μQ\mu_Q l’application λ‾F\overline{\lambda}_F de C(Q)C(Q) sur ∧E\wedge E correspondant à F(x,y)=12Φ(x,y)F(x, y) = \frac{1}{2} \Phi(x, y). Montrer que si les vecteurs xix_i (1⩽i⩽n1 \leqslant i \leqslant n) sont deux à deux orthogonaux, on a

μQ(x1x2…xn)=x1∧x2∧…∧xn. \mu_Q(x_1 x_2 \ldots x_n) = x_1 \wedge x_2 \wedge \ldots \wedge x_n.
En déduire que si yiy_i (1⩽i⩽n1 \leqslant i \leqslant n) sont nn vecteurs quelconques, on a
n!  μQ−1(y1∧y2∧…∧yn)=∑σ∈Snεσyσ(1)yσ(2)⋯yσ(n). n! \; \mu_Q^{-1}(y_1 \wedge y_2 \wedge \ldots \wedge y_n) = \sum_{\sigma \in S_n} \varepsilon_\sigma y_{\sigma(1)} y_{\sigma(2)} \cdots y_{\sigma(n)}.

4) Soit ChC_h le sous-module de C(Q)C(Q) engendré par les produits de kk éléments de ρQ(E)\rho_Q(E) pour 0⩽k⩽h0 \leqslant k \leqslant h. Montrer que l’application

(x1,…,xh)→ρQ(x1)…ρQ(xh) (x_1, \ldots, x_h) \to \rho_Q(x_1) \ldots \rho_Q(x_h)
définit par passage aux quotients une application multilinéaire alternée de EhE^h dans Ch/Ch−1C_h/C_{h-1}. On en déduit une application linéaire πh\pi_h de ∧hE\wedge^h E dans Ch/Ch−1C_h/C_{h-1}; montrer que πh\pi_h est un isomorphisme lorsque EE est un module libre. Si ff est une transformation orthogonale, on a C(f)∘πh=πh∘(∧hf)C(f) \circ \pi_h = \pi_h \circ (\wedge^h f). Lorsque AA est un corps de caractéristique ≠2\neq 2, montrer que πh\pi_h est la restriction de l’application μQ−1\mu_Q^{-1} définie dans l’exerc. 3 c).

5) Avec les notations du n° 2, on considère l’application ifi_f de ∧E\wedge E dans elle-même. Montrer que l’on a

if(x1∧…∧xh)=∑i=1h(−1)i−1f(xi)(x1∧…∧xi−1∧xi+1∧…∧xh) i_f(x_1 \wedge \ldots \wedge x_h) = \sum_{i=1}^{h} (-1)^{i-1} f(x_i) (x_1 \wedge \ldots \wedge x_{i-1} \wedge x_{i+1} \wedge \ldots \wedge x_h)

et en déduire que ifi_f n’est autre que le produit intérieur droit z→z⌞fz \to z \llcorner f (chap. III, § 8, n° 4, déf. 2).

6) Montrer que, si E admet une base orthogonale (e1,e2)(e_1, e_2) pour Q, et si on pose αi=Q(ei)\alpha_i = Q(e_i) (i=1,2i = 1, 2), l’algèbre C(Q) est isomorphe à l’algèbre des quaternions sur A correspondant au couple (α1,α2)(\alpha_1, \alpha_2).

7) Soient A un corps ordonné maximal, E un espace vectoriel de dimension paire 2r2r sur A, Q une forme quadratique non dégénérée sur E, positive ou négative. Montrer que, si Q est positive, C(Q) est isomorphe à une algèbre de matrices sur A lorsque r(r−1)/2r(r-1)/2 est pair, à une algèbre de matrices sur le corps des quaternions sur A lorsque r(r−1)/2r(r-1)/2 est impair. Si Q est négative, C(Q) est isomorphe à une algèbre de matrices sur A lorsque r(r+1)/2r(r+1)/2 est pair, à une algèbre de matrices sur le corps des quaternions sur A lorsque r(r+1)/2r(r+1)/2 est impair (utiliser les exerc. 2 et 6). Quelle est la structure de C+(Q)C^+(Q) dans ces différents cas ?

8) Soient A l’anneau Z/(4)\mathbf{Z}/(4), E le A-module Z/(2)\mathbf{Z}/(2); si on pose Q(0) = 0, Q(u) = 1 pour l’unique élément u≠0u \neq 0 de E, Q est une forme quadratique sur E. Montrer que les A-modules C(Q) et ∧E\wedge E ne sont pas isomorphes (on prouvera que C(Q) est isomorphe à la somme directe de deux modules isomorphes à E).

¶ 9) On suppose que A est un corps de caractéristique 2, E un espace vectoriel de dimension finie paire 2r2r, Q une forme quadratique non dégénérée sur E.

a) Soit (ei)(e_i) une base symplectique (§5,§ 5, n° 1) de E pour la forme bilinéaire alternée Φ\Phi associée à Q. Montrer que l’élément

z=e1e2+e3e4+⋯+e2r−1e2r z = e_1 e_2 + e_3 e_4 + \cdots + e_{2r-1} e_{2r}

de C+(Q)C^+(Q) forme, avec l’élément unité, une base du centre Z de C+(Q)C^+(Q). Pour que Z soit somme directe de deux corps, il faut et il suffit que l’élément

Δ(Q)=Q(e1)Q(e2)+Q(e3)Q(e4)+⋯+Q(e2r−1)Q(e2r) \Delta(Q) = Q(e_1) Q(e_2) + Q(e_3) Q(e_4) + \cdots + Q(e_{2r-1}) Q(e_{2r})

(appelé pseudo-discriminant de Q par rapport à la base symplectique (ei)(e_i)) soit de la forme λ2+λ\lambda^2 + \lambda, avec λ∈A\lambda \in A.

b) Soit uu une similitude pour Φ\Phi (§6,§ 6, n° 5) de multiplicateur μ(u)\mu(u), et soit Q1(x)=Q(u(x))Q_1(x) = Q(u(x)). On pose

u(e2i−1)=∑j=1raije2j−1+∑j=1rbije2j, u(e_{2i-1}) = \sum_{j=1}^{r} a_{ij} e_{2j-1} + \sum_{j=1}^{r} b_{ij} e_{2j},
u(e2i)=∑j=1rcije2j−1+∑j=1rdije2j, u(e_{2i}) = \sum_{j=1}^{r} c_{ij} e_{2j-1} + \sum_{j=1}^{r} d_{ij} e_{2j},

et Q(e2i−1)=αi,Q(e2i)=βiQ(e_{2i-1}) = \alpha_i, Q(e_{2i}) = \beta_i (1≤i≤r1 \leq i \leq r). Montrer que l’on a

Δ(Q1)=(μ(u))2Δ(Q)+(D(u))2+μ(u)D(u) \Delta(Q_1) = (\mu(u))^2 \Delta(Q) + (\mathrm{D}(u))^2 + \mu(u)\mathrm{D}(u)
où
D(u)=∑i,j(αjaijcij+βjbijdij+bijcij) \mathrm{D}(u) = \sum_{i,j} (\alpha_j a_{ij} c_{ij} + \beta_j b_{ij} d_{ij} + b_{ij} c_{ij})
(invariant de Dickson de uu par rapport à la base (ei)(e_i)). (Remarquer que l’élément
(μ(u))−1(u(e1)u(e2)+u(e3)u(e4)+⋯+u(e2r−1)u(e2r)) (\mu(u))^{-1}(u(e_1)u(e_2) + u(e_3)u(e_4) + \cdots + u(e_{2r-1})u(e_{2r}))
appartient à Z\mathbf{Z}.) Pour que uu soit une similitude pour QQ (§4§ 4, exerc. 9) de multiplicateur μ(u)\mu(u), il faut et il suffit que D(u)=0\mathrm{D}(u) = 0 ou D(u)=μ(u)\mathrm{D}(u) = \mu(u); les similitudes pour QQ telles que D(u)=0\mathrm{D}(u) = 0 sont dites directes.

c) Montrer que, si φ\varphi est une similitude pour Φ\Phi, uu une similitude pour QQ, on a

D(uφ)=μ(φ)D(u)+μ(u)D(φ) \mathrm{D}(u\varphi) = \mu(\varphi)\mathrm{D}(u) + \mu(u)\mathrm{D}(\varphi)
(considérer l’invariant de Dickson de φ\varphi par rapport à la base symplectique formée des u(e2i−1)u(e_{2i-1}) et (μ(u))−1u(e2i)(\mu(u))^{-1}u(e_{2i}) pour 1≤i≤r1 \leq i \leq r). En déduire que les similitudes directes pour QQ forment un sous-groupe distingué d’indice 2 dans le groupe des similitudes pour QQ.

d) Si uu est la symétrie par rapport à l’hyperplan orthogonal à un vecteur non singulier dans EE, montrer que D(u)=1\mathrm{D}(u) = 1. En déduire que le groupe φ(G+)\varphi(G^+) (notations du n° 5) est le groupe SO(Q)\mathbf{SO}(Q) défini dans l’exerc. 28 c) du §6§ 6.

e) Soit u∈O(Q)u \in \mathbf{O}(Q), et supposons Λ\Lambda algébriquement clos. Montrer que, pour que u∈SO(Q)u \in \mathbf{SO}(Q), il faut et il suffit que le nombre des diviseurs élémentaires du module EuE_u soit pair. (Avec les notations de l’exerc. 15 du §5§ 5, remarquer d’abord que si p,qp, q sont deux facteurs irréductibles distincts du polynôme minimal de uu, le nombre des sous-modules indécomposables dont G(p,q)G(p, q) est somme directe est égal au nombre des sous-modules indécomposables dont G(q,p)G(q, p) est somme directe. Remarquer d’autre part que G(p,p)={0}G(p, p) = \{0\} sauf pour p=X−1p = X - 1. Prouver enfin qu’on peut se borner au cas où EuE_u est égal à G(p,p)G(p, p) (avec p=X−1p = X - 1) et est indécomposable. Il y a alors une base symplectique (ei)(e_i) de EE telle que e1,e3,…,e2k−1e_1, e_3, \ldots, e_{2k-1} forment une base de (p(u))2r−k(E)(p(u))^{2r-k}(E) pour 1≤k≤r1 \leq k \leq r; montrer que e1,e3,…,e2r−3e_1, e_3, \ldots, e_{2r-3} sont des vecteurs singuliers, et conclure que D(u)=1\mathrm{D}(u) = 1.)

§10§ 10 On suppose que AA est un corps, EE un espace vectoriel de dimension finie, QQ une forme quadratique dégénérée sur EE; soient MM un sous-espace supplémentaire de E0E^0 dans EE, BB l’algèbre de Clifford (semi-simple) de la restriction de QQ à MM.

a) On suppose d’abord AA de caractéristique ≠2\neq 2. Soient LL l’algèbre de Clifford de la restriction de QQ à E0E^0 (isomorphe à ∧E0\wedge E^0), R0\mathscr{R}_0 son radical (idéal engendré dans LL par E0E^0, et de codimension 1 dans LL); montrer que le radical R\mathscr{R} de C(Q)C(Q) s’obtient (à une isomorphie près) en définissant la structure d’algèbre sur B⊗AR0B \otimes_A \mathscr{R}_0 comme dans le cor. 4 du th. 1, que C(Q)/RC(Q)/\mathscr{R} est isomorphe à BB et C(Q)C(Q) est somme directe de BB et de R\mathscr{R}.

b) On suppose A de caractéristique 2. Soit F le sous-espace de E⁰ formé des vecteurs singuliers x∈E0x \in E^0, et soit N un supplémentaire de F par rapport à E⁰. Si (ai)1≤i≤d(a_i)_{1 \leq i \leq d} est une base de N, et Q(ai)=αi(a_i) = \alpha_i, les éléments αi1/2\alpha_i^{1/2}, dans une clôture algébrique de A, sont linéairement indépendants sur A. Soit (αi1/2)1≤i≤e(\alpha_i^{1/2})_{1 \leq i \leq e} une 2-base du corps A1=A(α11/2,…,αd1/2)A_1 = A(\alpha_1^{1/2}, \ldots, \alpha_d^{1/2}) sur A (chap. V, § 8, exerc. 1), et soit h=dim⁡Fh = \dim F. Si B₁ est l’algèbre centrale simple B⊗AA1B \otimes_A A_1, montrer que C(Q) est isomorphe à l’algèbre B1⊗A1L1B_1 \otimes_{A_1} L_1, où L1L_1 est l’algèbre extérieure d’un espace vectoriel de dimension h+d−eh + d - e sur A1A_1. Si R1R_1 est le radical de L1L_1 (de codimension 1 (sur A1A_1) dans L1L_1), le radical RR de C(Q) est isomorphe à l’algèbre B1⊗A1R1B_1 \otimes_{A_1} R_1, C(Q)/RC(Q)/R est isomorphe à B1B_1, et C(Q) est somme directe de B1B_1 et de RR.

c) Les hypothèses étant celles de b), on suppose en outre que h=0h = 0, d=1,e=0d = 1, e = 0 (ce qui implique que dim M est pair). Si Q0Q_0 est la restriction de Q à M, montrer que C+(Q)C^+(Q) est isomorphe à C(Q0)C(Q_0).

¶ 11) a) Avec les hypothèses et notations du n° 5, montrer que N(G+)N(G^+) est le sous-groupe de A∗A^* engendré par les produits Q(x)Q(y)Q(x)Q(y), où xx et yy parcourent l’ensemble des vecteurs non isotropes de E. (Se ramener au cas A≠F2A \neq \mathbf{F}_2; utiliser la prop. 5 et l’exerc. 28 c) du § 6, ainsi que l’exerc. 9 d) du § 9.) Cas où Q est d’indice ≥1\geq 1.

b) On suppose en outre que A≠F2A \neq \mathbf{F}_2, que E est de dimension n≥2n \geq 2 et que Q est d’indice >0> 0. Montrer que O0+(Q)O_0^+(Q) est le groupe des commutateurs du groupe O(Q)O(Q). (Se ramener au cas n=2n = 2, en utilisant les exerc. 17 c) et 28 e) du § 6.)

c) On conserve les hypothèses de b), et on suppose en outre que A est de caractéristique ≠2\neq 2 et que E est de dimension paire. Pour que l’automorphisme x→−xx \to -x de E appartienne à O0+(Q)O_0^+(Q) il faut et il suffit que le discriminant de Q (par rapport à une base quelconque de E) soit un carré.

¶ 12) a) Soit aa un élément inversible de A ; montrer qu’il existe un isomorphisme et un seul θa\theta_a de C+(Q)C^+(Q) sur C+(aQ)C^+(aQ) tel que

θa(ρ(x)ρ(y))=a−1ρ1(x)ρ1(y) \theta_a(\rho(x)\rho(y)) = a^{-1}\rho_1(x)\rho_1(y)

quels que soient x,yx, y dans E (ρ\rho et ρ1\rho_1 désignant les applications canoniques de E dans C(Q)C(Q) et C(aQ)C(aQ) respectivement). En déduire que si A est un corps de caractéristique ≠2\neq 2, E un espace vectoriel de dimension impaire et Q une forme quadratique non dégénérée, C(Q)C(Q) et C(aQ)C(aQ) sont isomorphes (cf. exerc. 7).

b) On suppose que A soit un corps, E un espace vectoriel de dimension paire 2r>02r > 0, Q une forme quadratique non dégénérée. Soit uu une similitude relative à Q ; montrer qu’il existe un A-automorphisme et un seul uˉ\bar{u} de l’algèbre C+(Q)C^+(Q) tel que pour 1≤h≤r1 \leq h \leq r et xi∈Ex_i \in E (1≤i≤2h1 \leq i \leq 2h), on ait

uˉ(x1x2…x2h)=μ−hu(x1)u(x2)…u(x2h) \bar{u}(x_1x_2 \ldots x_{2h}) = \mu^{-h}u(x_1)u(x_2) \ldots u(x_{2h})

où μ\mu désigne le multiplicateur de uu. Pour que uˉ\bar{u} soit un automorphisme intérieur, il faut et il suffit que uu soit une similitude directe (§ 6, n° 5 et § 9, exerc. 9 b)). On suppose en outre r≥2r \geq 2; alors, pour que uˉ\bar{u} soit l’identité, il faut et il suffit que uu soit une homothétie.

Montrer que l’automorphisme uˉ\bar{u} de C+(Q)C^+(Q) est la restriction à C+(Q)C^+(Q) d’un automorphisme intérieur de C(Q)C(Q).

¶ 13) On suppose que AA soit un corps de caractéristique ≠2\neq 2, EE un espace vectoriel de dimension paire 2r>02r > 0, QQ une forme quadratique non dégénérée. On désigne par EhE_h l’image réciproque de ∧hE\wedge^h E par l’isomorphisme μQ\mu_Q de l’exerc. 3 c), de sorte que EhE_h est le sous-espace de C(Q)C(Q) engendré par les produits x1x2…xhx_1 x_2 \ldots x_h, où les xix_i (1≤i≤h1 \leq i \leq h) sont deux à deux orthogonaux.

a) Soient α\alpha un élément de AA, ss un élément de E2E_2. Montrer que, si (α+s)2∈A(\alpha + s)^2 \in A, ou bien s=0s = 0, ou bien α=0\alpha = 0 et s=xys = xy, où xx et yy sont deux vecteurs orthogonaux. (Remarquer que si t=μQ(α+s)t = \mu_Q(\alpha + s), t∧tt \wedge t appartient nécessairement à A+∧2EA + \wedge^2 E, en exprimant ss à l’aide d’une base orthogonale de EE; en déduire qu’on a nécessairement t=β+x∧yt = \beta + x \wedge y avec β∈A\beta \in A, x,yx, y dans EE, en utilisant le § 5, no 1, cor. 2 du th. 1).

b) Soient (x,y),(u,v)(x, y), (u, v) deux couples de vecteurs orthogonaux non isotropes dans EE, PxyP_{xy} et PuvP_{uv} les plans Ax+Ay,Au+AvAx + Ay, Au + Av respectivement. Pour que l’on ait (xy)(uv)=−(uv)(xy)(xy)(uv) = -(uv)(xy) dans C(Q)C(Q), il faut et il suffit que Pxy+PuvP_{xy} + P_{uv} soit un sous-espace non isotrope de dimension 3, dans lequel PxyP_{xy} et PuvP_{uv} sont faiblement orthogonaux (§ 3, exerc. 11).

c) Soit gg un AA-automorphisme de C+(Q)C^+(Q) transformant E2E_2 en lui-même; montrer qu’il existe une similitude uu relative à QQ telle que g=uˉg = \bar{u} (exerc. 12 b)). (Soit (ei)1≤i≤2r(e_i)_{1 \leq i \leq 2r} une base orthogonale de EE; en utilisant aa et bb), montrer qu’il existe une base orthogonale (xi)(x_i) de EE telle que g(e1ei)=x1xig(e_1 e_i) = x_1 x_i pour 2≤i≤2r2 \leq i \leq 2r.

14) On suppose que AA est un corps de caractéristique ≠2\neq 2, EE un espace vectoriel de dimension nn sur AA, QQ et Q1Q_1 deux formes quadratiques non dégénérées sur EE; soit Δ~\tilde{\Delta} (resp. Δ~1\tilde{\Delta}_1) la classe du discriminant Δ\Delta de QQ (resp. du discriminant Δ1\Delta_1 de Q1Q_1) par rapport à une base de EE, dans le groupe A∗/(A∗)2A^*/(A^*)^2, classe qui ne dépend pas de la base choisie dans EE. On suppose n=2n = 2.

a) Montrer que si Δ~=Δ~1\tilde{\Delta} = \tilde{\Delta}_1 et si les algèbres de Clifford C(Q)C(Q) et C(Q1)C(Q_1) sont isomorphes, QQ et Q1Q_1 sont équivalentes (considérer sur C(Q)C(Q) la forme quadratique z↦zzˉz \mapsto z \bar{z}, où z↦zˉz \mapsto \bar{z} est l’unique antiautomorphisme involutif de C(Q)C(Q) dont l’ensemble des invariants soit le centre de C(Q)C(Q) (cf. exerc. 6 et chap. VIII, § 11, exerc. 5 e)); appliquer le th. de Witt).

b) Pour que C(Q)C(Q) soit isomorphe à l’algèbre de matrices M2(A)\mathbf{M}_2(A) il faut et il suffit que, pour un x≠0x \neq 0 au moins dans EE, il existe y,zy, z dans EE tels que Q(x)+Q(y)Q(z)=0Q(x) + Q(y)Q(z) = 0; s’il en est ainsi, cette propriété est vraie pour tout x≠0x \neq 0 dans EE.

¶ 15) On garde les notations et hypothèses générales de l’exerc. 14, mais on suppose n=3n = 3.

a) Montrer que C+(Q)C^+(Q) est isomorphe à une algèbre de quaternions sur AA et que β\beta est l’antiautomorphisme z↦zˉz \mapsto \bar{z} de cette algèbre dont l’ensemble des invariants est le centre de C+(Q)C^+(Q); si PP est le sous-espace de C+(Q)C^+(Q) formé des quaternions purs (c’est-à-dire tels que z=−zˉz = -\bar{z}; chap. VIII, § 11, exerc. 6), la restriction à PP de la forme quadratique z↦zzˉz \mapsto z \bar{z} est équivalente à λQ\lambda Q, où λ∈A\lambda \in A. En déduire que, pour que C+(Q)C^+(Q) soit un corps, il faut et il suffit que QQ soit d’indice 0.

b) Montrer que si Δ~=Δ~1\tilde{\Delta} = \tilde{\Delta}_1 et si les algèbres de Clifford C(Q)C(Q) et C(Q1)C(Q_1) sont isomorphes, QQ et Q1Q_1 sont équivalentes. (Considérer d’abord le cas où −Δ-\Delta est un carré dans KK, et montrer que dans ce cas C+(Q)C^+(Q) et C+(Q1)C^+(Q_1) sont isomorphes ; raisonner ensuite comme dans l’exerc. 14 aa), en utilisant a) et l’exerc. 6 du chap. VIII, § 11. Dans le cas général, utiliser l’exerc. 12 a))a)).

c) Montrer que le groupe de Clifford spécial G+G^+ (pour la forme QQ) est identique au groupe des éléments inversibles de C+(Q)C^+(Q). (Si (e1,e2,e3)(e_1, e_2, e_3) est une base orthogonale de EE, et si j=e1e2e3j = e_1 e_2 e_3 dans C(Q)C(Q), remarquer que x→xjx \to xj est un isomorphisme d’espace vectoriel de EE sur PP).

d) Déduire de a) et c) que si QQ est d’indice 1, le groupe des rotations O+(Q)O^+(Q) est isomorphe au groupe projectif PGL2(A)\mathbf{PGL}_2(A) (chap. II, 2e éd., App. III, no 6).

¶ 16) On garde les hypothèses et notations générales de l’exerc. 14, mais on suppose n=4n = 4.

a) Donner un exemple où Δ~=Δ~1\tilde{\Delta} = \tilde{\Delta}_1 et où C(Q)C(Q) et C(Q1)C(Q_1) sont isomorphes, mais où QQ et Q1Q_1 ne sont pas équivalentes (cf. exerc. 7).

b) Soient (ei)1≤i≤4(e_i)_{1 \leq i \leq 4} une base orthogonale de EE pour QQ, Q0Q_0 la restriction de QQ à l’hyperplan H=Ae1+Ae2+Ae3H = Ae_1 + Ae_2 + Ae_3. Montrer que, si ZZ est le centre de C+(Q)C^+(Q), l’algèbre C+(Q)C^+(Q) est isomorphe au produit tensoriel Z⊗AC+(Q0)Z \otimes_A C^+(Q_0). Pour tout z∈C+(Q)z \in C^+(Q), on a β(z)z∈Z\beta(z)z \in Z; pour que zz appartienne au groupe de Clifford spécial G+G^+, il faut et il suffit que zz soit inversible et que β(z)z∈A.1\beta(z)z \in A.1. En déduire que le groupe O0+(Q)O_0^+(Q) est isomorphe au quotient par {1,−1}\{1, -1\} du groupe des éléments z∈Z⊗AC+(Q0)z \in Z \otimes_A C^+(Q_0) tels que β(z)z=1\beta(z)z = 1.

c) On suppose que Δ\Delta n’est pas un carré dans AA (ce qui implique, en vertu du th. de Witt, que l’indice de QQ est 0 ou 1). Si Q0′Q_0' est la forme quadratique obtenue à partir de Q0Q_0 par extension à A′=A(Δ)A' = A(\sqrt{\Delta}) du corps des scalaires, déduire de b) que O0+(Q)O_0^+(Q) est isomorphe à O0+(Q0′)O_0^+(Q_0'). En particulier, si QQ est d’indice 1, O0+(Q)O_0^+(Q) est le groupe des commutateurs de O(Q)O(Q) et est isomorphe à PSL2(A′)\mathbf{PSL}_2(A') (cf. exerc. 15 dd) et chap. III, § 7, exerc. 8).

d) On suppose que Δ\Delta est un carré dans AA (ce qui implique, en vertu du th. de Witt, que QQ est d’indice 0 ou 2) et que Q(e4)=1Q(e_4) = 1. Si on pose j=e1e2e3j = e_1 e_2 e_3, tout x∈Ex \in E peut s’écrire d’une seule manière x=αe4+jzx = \alpha e_4 + jz, où α∈A\alpha \in A et zz est un quaternion pur (exerc. 15 aa)) dans L=C+(Q0)L = C^+(Q_0); si on pose ψ(x)=α+z\psi(x) = \alpha + z, ψ\psi est un isomorphisme d’espace vectoriel de EE sur LL. Soit Z=Ac′+Ac′′Z = Ac' + Ac'', où c′c' et c′′c'' sont les deux idempotents orthogonaux dans ZZ; tout élément inversible s∈C+(Q)s \in C^+(Q) s’écrit d’une seule manière s=uc′+vc′′s = uc' + vc'', où uu et vv appartiennent à LL; pour que ss appartienne au groupe de Clifford spécial G+G^+, il faut et il suffit que uuˉ=vvˉu \bar{u} = v \bar{v}, et on a alors ψ(sxs−1)=uψ(x)v−1\psi(sxs^{-1}) = u \psi(x) v^{-1} pour tout x∈Ex \in E. En déduire que le quotient de O0+(Q)O_0^+(Q) par son centre (qui est un groupe à 2 éléments, cf. exerc. 11 cc)) est isomorphe au produit O0+(Q0)×O0+(Q0)O_0^+(Q_0) \times O_0^+(Q_0); en particulier, si QQ est d’indice 2, ce groupe quotient est isomorphe à PSL2(A)×PSL2(A)\mathbf{PSL}_2(A) \times \mathbf{PSL}_2(A).

17) Soient K un corps commutatif de caractéristique ≠2\neq 2, A le corps K(Xn)n∈NK(X_n)_{n \in \mathbf{N}} des fractions rationnelles sur K, par rapport à une famille dénombrable d’indéterminées (chap. IV, § 3, n° 1). Soit E un espace vectoriel sur A, ayant une base dénombrable (en)n∈N(e_n)_{n \in \mathbf{N}}, et soit Φ\Phi une forme bilinéaire symétrique sur E, pour laquelle (en)(e_n) est une base orthogonale et telle que Φ(en,en)=Xn\Phi(e_n, e_n) = X_n pour tout n∈Nn \in \mathbf{N}. Si on pose Q(x)=Φ(x,x)Q(x) = \Phi(x, x), montrer que l’algèbre de Clifford C(Q) est un corps (cf. chap. VIII, § 12, exerc. 14).

Transcrit du volume imprimé. Non traduit.