§ 1. Compléments d’algèbre linéaire
Dans ce paragraphe, la lettre désigne un anneau. Sauf mention expresse du contraire, tous les modules considérés sont des modules à gauche, tous les idéaux considérés sont des idéaux à gauche.
Les définitions et les résultats s’appliquent aux modules à droite, en les considérant comme modules à gauche sur l’anneau opposé.
Si est un -module et si , on note l’homothétie de . On a donc (application identique de ) ; lorsqu’il n’y a pas de confusion possible, on écrit parfois simplement au lieu de .
Enfin, on note un -module réduit à son élément neutre, choisi une fois pour toutes (cf. II, p. 8).
1. Diagrammes commutatifs
Soient par exemple B, C, D, E, F cinq ensembles, et soient une application de E dans F, une application de B dans C, une application de D dans E, une application de B dans D et une application de C dans E. Pour résumer une situation de ce genre, on fait souvent usage de diagrammes ; par exemple, on résumera la situation précédente par le diagramme suivant (E, II, p. 14) :
Dans un tel diagramme, le groupe de signes schématise le fait que est une application de E dans F. Lorsqu’il ne peut y avoir d’ambiguïté sur , on supprime la lettre , et on écrit simplement .
Lorsque B, C, D, E, F sont des groupes (resp. des -modules) et des homomorphismes de groupes (resp. A-modules), on dit pour abréger que le diagramme (1) est un diagramme de groupes (resp. de A-modules).
En principe, un diagramme n’est pas un objet mathématique, mais seulement une figure, destinée à faciliter la lecture d’un raisonnement. En pratique, on se sert souvent des diagrammes comme de symboles abréviateurs, qui évitent de nommer tous les ensembles et toutes les applications que l’on veut considérer ; on dit ainsi « considérons le diagramme (1) » au lieu de dire : « soient B, C, D, E, F cinq ensembles... et une application de C dans E » ; voir par exemple l’énoncé de la prop. 1 du no 2.
Considérons par exemple le diagramme suivant :
A tout chemin composé d’un certain nombre de segments du diagramme parcouru dans le sens indiqué par les flèches, on fait correspondre une application de l’ensemble représenté par l’origine du premier segment dans l’ensemble représenté par l’extrémité du dernier segment, savoir la composée des applications représentées par les divers segments parcourus. Pour tout sommet du diagramme, par exemple C, on convient qu’il y a un chemin réduit à C et on lui fait correspondre l’application identique .
Dans (2), il y a par exemple trois chemins partant de B et aboutissant à D ; les applications correspondantes sont , et . On dit qu’un diagramme est commutatif si, pour tout couple de chemins du diagramme ayant même origine et même extrémité, les deux applications correspondantes sont égales ; en particulier si un chemin a son extrémité confondue avec son origine, l’application correspondante doit être l’identité.
Pour que le diagramme (2) soit commutatif, il faut et il suffit que l’on ait les relations :
autrement dit, il faut et il suffit que les trois diagrammes carrés extraits de (2) soient commutatifs. En effet, les relations (3) entraînent puisque et puisque ; donc les trois chemins partant de B et aboutissant à D donnent la même application. On vérifie de même que les quatre chemins partant de B et aboutissant à E (resp. les trois chemins partant de C et aboutissant à E) donnent la même application. Les relations (3) signifient que les deux chemins partant de B (resp. C, D) et aboutissant à C (resp. D, E) donnent la même application. Tous les autres couples de sommets de (2) ne peuvent être joints que par un chemin au plus, et le diagramme (2) est donc bien commutatif.
Par la suite, nous laisserons au lecteur le soin de formuler et de vérifier des résultats analogues pour d’autres types de diagrammes.
2. Le diagramme du serpent
Proposition 1
Considérons un diagramme commutatif de A-modules
On suppose que les deux lignes de (4) sont exactes. Alors :
(i) Si est injectif, on a
(ii) Si est surjectif, on a
Prouvons (i). Il est clair que l’on a
Inversement, soit . Il existe tel que . Comme , on a , d’où puisque est injectif. Comme est une suite exacte, il existe tel que , d’où .
Prouvons (ii). Comme et , il est clair que
Inversement, soit . Alors , et il existe tel que puisque la suite est exacte. Comme est surjectif, il existe tel que , d’où ; on en conclut que , ce qui termine la démonstration.
Lemme 1
Considérons un diagramme commutatif de A-modules
Alors il existe un homomorphisme et un seul , et un homomorphisme et un seul , tels que les diagrammes
et
soient commutatifs, i et j désignant les injections canoniques, p et q les surjections canoniques.
En effet, si , on a et , donc , et l’existence et l’unicité de sont alors immédiates. De même, on a
Partons maintenant d’un diagramme commutatif (4) de A-modules ; il lui correspond en vertu du lemme 1 un diagramme commutatif
où sont les injections canoniques, les surjections canoniques, (resp. ) les homomorphismes déduits de (resp. ) par le lemme 1.
Proposition 2
Supposons que dans le diagramme commutatif (4), les suites et soient exactes. Alors : (i) On a ; si est injectif, la suite est exacte. (ii) On a ; si est surjectif, la suite est exacte. (iii) Supposons injectif et surjectif. Il existe alors un homomorphisme et un seul ayant la propriété suivante : si et vérifient les relations et , on a . De plus la suite (*) est exacte.
Prouvons (i). Comme et ont mêmes graphes que les restrictions de et à et respectivement, on a . On a
Mais d’après la prop. 1 (i), on a si est injectif.
Prouvons (ii). Comme et proviennent de et par passage aux quotients, il est clair que . Supposons surjectif; comme et sont surjectifs, on a, en vertu des hypothèses et de la prop. 1 (ii)
Prouvons enfin (iii). Pour , il existe tel que puisque est surjectif; en outre, on a , et par suite il existe un unique tel que puisque est injectif. Montrons que l’élément est indépendant de l’élément tel que . En effet, si est un second élément tel que , on a où ; montrons que si est tel que , on a ; en effet, on a . Enfin, on en conclut que . On peut donc poser et on a ainsi défini une application .
Si maintenant sont des éléments de , si et , on prendra des éléments et de tels que et et on choisira pour l’élément ; il est alors immédiat que
donc est un homomorphisme.
Supposons que pour un ; on prendra alors pour l’élément . Comme , on en conclut , donc . Inversement, supposons que . Avec les notations précédentes, on a donc , où x ∈ M. Dans ce cas, on a , ou encore . L’élément est donc de la forme pour , et on a
comme est injectif, , ce qui prouve que la suite (*) est exacte en .
Enfin, on a (toujours avec les mêmes notations)
Inversement, supposons qu’un élément de soit tel que
On a donc , et par suite pour un ; comme , on a , donc , autrement dit pour un , et par définition , ce qui montre que la suite (*) est exacte en . On a vu dans (i) qu’elle est exacte en et dans (ii) qu’elle est exacte en , ce qui achève de prouver (iii).
Corollaire 1
Supposons que le diagramme (4) soit commutatif et ait ses lignes exactes. Alors :
(i) Si et sont injectifs, est injectif. (ii) Si et sont surjectifs, est surjectif.
L’assertion (i) est conséquence de l’assertion (i) de la prop. 2 : en effet on a et , donc .
L’assertion (ii) est conséquence de l’assertion (ii) de la prop. 2 : en effet, on a et , donc .
Corollaire 2
Supposons que le diagramme (4) soit commutatif et ait ses lignes exactes. Dans ces conditions :
(i) Si est injectif et si et sont surjectifs, alors est injectif. (ii) Si est surjectif et si et sont injectifs, alors est surjectif.
Pour prouver (i), considérons le diagramme
où est l’application ayant même graphe que la restriction de à , et les injections canoniques ; il est clair que ce diagramme est commutatif et a ses lignes exactes. En outre est injectif, et par hypothèse est surjectif ; on a donc par la prop. 2 (iii), une suite exacte
puisque est injectif et que est surjectif, on a donc .
Pour prouver (ii), considérons le diagramme
où cette fois est l’application ayant même graphe que la restriction de à , et et ont respectivement mêmes graphes que et ; ce diagramme est commutatif et ses lignes sont exactes. En outre est surjectif et par hypothèse est injectif ; on a donc, par la prop. 2 (iii), une suite exacte
puisque est surjectif et que est injectif, on a donc .
Corollaire 3 (Lemme des cinq). — Considérons un diagramme commutatif de -modules
où les lignes sont exactes.
(i) Si et sont injectifs et surjectif, est injectif.
(ii) Si et sont surjectifs et injectif, est surjectif.
En particulier, si , , et sont des isomorphismes, il en est de même de .
Pour prouver (i), posons , et notons l’application déduite de . Il résulte du cor. 2 (i) que est injectif. En appliquant le cor. 1 (i) au diagramme
où et sont déduits de et , on voit que est injectif.
Pour prouver (ii), posons , et notons l’application induite par . Il résulte du cor. 2 (ii) que est surjectif. En appliquant le cor. 1 (ii) au diagramme
où et ont même graphe que et , on voit que est surjectif.
3. Modules plats
Définition 1
On dit que le A-module E est plat, si pour toute suite exacte de A-modules à droite et d’homomorphismes
(11) ,
la suite d’applications -linéaires
(12)
est exacte.
Proposition 3
Pour que le A-module E soit plat, il faut et il suffit que, pour tout A-homomorphisme injectif de A-modules à droite, l’application soit injective.
Si E est plat et injectif, la suite est exacte, donc aussi la suite , et est injectif. Inversement, considérons la suite exacte (11); posons , et soit l’injection canonique et l’application . La suite est exacte; d’après II, p. 58, prop. 5, la suite est donc exacte. Par ailleurs, on a , donc ; si E satisfait à la condition de l’énoncé, alors est injectif, donc
et la suite (12) est exacte.
Proposition 4
(i) Soient une famille de A-modules, leur somme directe. Pour que le A-module E soit plat, il faut et il suffit que chacun des le soit.
(ii) Soient I un ensemble préordonné filtrant à droite, un système inductif de A-modules relatif à I, sa limite inductive. Si chacun des A-modules est plat, alors E est plat.
Soit une suite exacte de A-modules à droite.
(i) Pour que la suite soit exacte, il faut et il suffit que chacune des suites le soit (II, p. 13, prop. 7) ce qui démontre (i) puisque s’identifie canoniquement à (II, p. 61, prop. 7).
(ii) Par hypothèse, chacune des suites est exacte, donc aussi la suite , puisque le passage à la limite inductive commute avec le produit tensoriel (II, p. 93, prop. 7) et conserve l’exactitude (II, p. 91, prop. 3).
Exemple 1
Il est clair que est un -module plat; il résulte alors de la prop. 4 (i) que tout -module libre, et plus généralement tout -module projectif, est plat (voir aussi II, p. 63, cor. 6).
\* Inversement, tout -module plat de présentation finie est projectif (no 5). \
Exemple 2
D’après la prop. 4 (ii), tout -module qui est limite inductive d’un système inductif filtrant de -modules libres est plat. Nous démontrerons une réciproque au no 6.
Exemple 3
Si est semi-simple, tout -module est projectif (VIII, § 5, no 1, prop. 1) donc plat.
Exemple 4
\* Si est un anneau local artinien (non nécessairement commutatif), un -module est plat si et seulement s’il est libre (AC II, § 3, no 2, cor. 2 de la prop. 5). \
Exemple 5
Si est intègre, le corps des fractions de est un -module plat (II, p. 118, prop. 27).
Exemple 6
\* En AC II et III, nous étudierons deux exemples importants de -modules plats lorsque est commutatif : les anneaux de fractions , et lorsque est nœthérien, les séparés complétés de pour les topologies J-adiques. \
Exemple 7
Soit tel que l’application de dans soit injective (« n’est pas diviseur à gauche de 0 »). Si est un -module plat, alors l’homothétie est injective, puisque s’identifiant à . En particulier, si est intègre, tout -module plat est sans torsion. Inversement, si est principal, tout -module sans torsion est plat : en effet, si le -module est sans torsion, tout sous-module de type fini de est libre (VII, § 4, no 4, cor. 2 au th. 4), et est réunion filtrante croissante de sous-modules plats, donc est plat (prop. 4 (ii)).
Exemple 8
Soient un anneau et un homomorphisme. Si est un -module plat, le -module est plat. Soit en effet un homomorphisme injectif de -modules à droite ; alors s’identifie canoniquement à l’homomorphisme , qui est injectif si est plat.
Exemple 9
Supposons que , où est un corps. Alors l’idéal maximal engendré par et est un -module sans torsion, mais non plat. Considérons en effet l’anneau , qui est isomorphe à , donc intègre. Le -module est isomorphe à dans lequel la classe de est de torsion. Par suite, n’est pas un -module plat, donc n’est pas plat.
Exemple 10
Supposons commutatif. Soit l’algèbre , où est un polynôme non nul. Pour tout idéal premier de , notons le corps des fractions de l’anneau intègre , l’algèbre et l’image de dans par l’application canonique.
On peut montrer que, pour que soit un -module plat, il suffit que pour tout idéal premier de . Si est intègre, cette condition est nécessaire.
\* En langage géométrique, considérons la projection . Pour tout , la fibre s’identifie à la sous-variété de l’espace affine définie par , et l’ensemble des pour lesquels cette sous-variété est l’espace tout entier (i.e. pour lesquels ) est un fermé de
Spec (A). La condition précédente signifie que ce fermé est vide, autrement dit que pour tout la sous-variété est une hypersurface dans .
Exemple 11
\* Soient S et X deux espaces analytiques complexes et un morphisme. On dit que est plat en un point de X si , considéré comme -module au moyen de l’homomorphisme , est plat. L’ensemble des points de X où est plat est un ouvert de X, et la restriction de à cet ouvert est une application ouverte. Si X et S sont des variétés analytiques connexes de dimension finie, est plat (en tout point de X) si et seulement si est ouvert dans S et les fibres , pour , ont toutes la même dimension. \
4. Modules de présentation finie
On appelle présentation (ou présentation de longueur 1) d’un A-module E une suite exacte
de A-modules où et sont libres.
Tout A-module E admet une présentation. On sait en effet (II, p. 27, prop. 20) qu’il existe un homomorphisme surjectif , où est libre ; si R est le noyau de , il existe de même un homomorphisme surjectif où est libre. Si l’on considère comme un homomorphisme de dans , la suite est exacte par définition, d’où notre assertion.
Si est un homomorphisme d’anneaux, toute présentation (13) de E fournit une présentation de :
en vertu de II, p. 58, prop. 5 et du fait que est un B-module libre lorsque L est libre.
On dit qu’une présentation (13) d’un module E est finie si les modules libres et ont des bases finies. Il est clair que si la présentation (13) est finie, il en est de même de la présentation (14). On dit que E est un A-module de présentation finie s’il admet une présentation finie.
Proposition 5
(i) Tout module admettant une présentation finie est de type fini. (ii) Si A est un anneau noethérien à gauche, tout A-module de type fini admet une présentation finie. (iii) Tout module projectif de type fini admet une présentation finie.
L’assertion (i) résulte trivialement des définitions. Supposons A noethérien à gauche et E de type fini. Il existe alors un homomorphisme surjectif , où est un A-module libre ayant une base finie ; le noyau R de est de type fini, donc il y a un homomorphisme surjectif où est libre de base finie, et la suite exacte est une présentation finie de E ; d’où (ii).
Enfin, supposons que E soit un module projectif de type fini ; il est alors facteur direct d’un module libre de type fini L_0 (II, p. 40, cor. 1) ; le noyau R de l’homomorphisme surjectif L_0 → E est alors isomorphe à un quotient de L_0, donc est de type fini, et on termine comme ci-dessus.
Proposition 6
Soient A un anneau, E un A-module de présentation finie. Pour toute suite exacte
où G est de type fini, le module F est de type fini.
Soit L_1 \xrightarrow{r} L_0 \xrightarrow{s} E \to 0 une présentation finie ; si (e_i) est une base de L_0, il existe pour chaque i un élément g_i \in G tel que p(g_i) = s(e_i) ; l’homomorphisme u : L_0 \to G tel que u(e_i) = g_i pour tout i est donc tel que s = p \circ u. Comme s \circ r = 0, on a u(r(L_1)) \subset \mathrm{Ker}\ p, et comme Ker p est isomorphe à F, on voit qu’il y a un homomorphisme v : L_1 \to F tel que le diagramme
soit commutatif. Comme j est injectif et s surjectif, on peut appliquer la proposition 2 de X, p. 4, autrement dit il y a une suite exacte
Ceci montre que Coker v est isomorphe à G/u(L_0), qui est de type fini par hypothèse. On a en outre la suite exacte
et comme v(L_1) et Coker v sont de type fini, il en est de même de F (II, p. 17, cor. 5).
Proposition 7
Soit M un A-module. Il existe un ensemble ordonné I filtrant à droite et un système inductif de A-modules de présentation finie (M_\alpha, \varphi_{\beta\alpha}) relatif à I tel que M soit isomorphe à \lim_\alpha M_\alpha. Si M possède un système générateur de n éléments, on peut supposer qu’il en est de même des M_\alpha.
Considérons une présentation
soit I l’ensemble des couples \alpha = (K', L'), où K' (resp. L') est une partie finie de K (resp.L), tels que u induise une application u_\alpha du sous-module A_s^{K'} de A_s^{(K)} dans le sous-module A_s^{L'} de A_s^{(L)} ; pour \alpha \in I, soit M_\alpha le conoyau de u_\alpha et v_\alpha : A_s^{L'} \to M_\alpha l’application canonique, de sorte que l’on a un diagramme commutatif à lignes exactes :
où et sont les injections canoniques, et où est déduit de par passage aux quotients. Ordonnons l’ensemble I par la relation
pour , soit l’homomorphisme déduit par passage aux quotients de l’inclusion de dans . On vérifie alors aussitôt que l’ensemble ordonné I est filtrant, que est un système inductif de A-modules et que est un système inductif de A-homomorphismes. Par passage à la limite inductive, on obtient un diagramme commutatif
les lignes de ce diagramme sont exactes (II, p. 91, prop. 3) ; puisque et sont bijectifs, l’est aussi (X, p. 7, cor. 3), d’où la proposition.
5. Homomorphismes d’un module de présentation finie
Soit E un A-module. Si I est un ensemble préordonné filtrant et un système inductif de A-modules relatif à I, les applications canoniques induisent des homomorphismes , d’où un homomorphisme dit canonique
Soient B un autre anneau, F un B-module, G un (A, B)-bimodule ; on a défini en II, p. 75 un homomorphisme canonique :
Proposition 8
a) *Si le A-module E est de type fini (resp. de présentation finie), l’homomorphisme canonique (16) est injectif (resp. bijectif).
b) Supposons que le B-module F soit plat ; si le A-module E est de type fini (resp. de présentation finie), l’homomorphisme canonique (17) est injectif (resp. bijectif).
Démontrons par exemple b), la démonstration de a) étant analogue. Considérons A, B, F, G comme fixés, et, pour tout A-module à droite E, posons
et notons l’homomorphisme (17) ; pour tout homomorphisme de A-modules à droite, posons et .
Soit une présentation de ; nous supposons le module libre (resp. les modules libres et ) de type fini. Le diagramme
est commutatif, et sa seconde ligne est exacte (II, p. 36, th. 1); en outre, la suite
est exacte (loc. cit.), et comme est plat, la première ligne de (18) est aussi une suite exacte (X, p. 8, déf. 1). Cela étant, on sait que est bijectif (resp. que et sont bijectifs) (II, p. 75, prop. 2). Si on suppose seulement bijectif, il résulte de (18) que est injectif, donc l’est aussi. Si on suppose que et sont tous deux bijectifs, on déduit du cor. 2 (ii) de X, p. 6 que est surjectif, et comme on vient de voir que est injectif, il est bijectif.
COROLLAIRE. — Tout module plat et de présentation finie est projectif.
Soit en effet un -module plat et de présentation finie. Appliquant (b) au cas , on voit que l’homomorphisme canonique
est surjectif. Cela implique que est projectif (II, p. 77, remarque 1).
D’après le corollaire précédent et la prop. 5 de X, p. 10, il y a identité entre modules plats de présentation finie et modules projectifs de type fini. En revanche, il existe des modules plats de type fini qui ne sont pas de présentation finie, donc qui ne sont pas projectifs (cf. X, p. 170, exercice 17, voir toutefois X, p. 169, exercices 13 et 14).
6. Structure des modules plats
**Lemme 2. — Soient I un ensemble ordonné filtrant à droite, un système inductif d’ensembles relatif à I, E sa limite inductive et , les applications canoniques. Soit une application telle que pour , et supposons donnés, pour chaque , un ensemble et des applications et telles que . Soit J l’ensemble ordonné obtenu en munissant I de la relation « si ou ». Si avec , soit l’application telle que si , si . Si , soit l’application . Alors l’ensemble ordonné J est filtrant, est un système inductif relatif à J, est un système inductif d’applications et l’application déduite des est bijective.
Il est clair que J est filtrant. Si avec , on a
Théorème 1 (D. Lazard)
Pour tout A-module E, les conditions suivantes sont équivalentes : (i) E est plat. (ii) Pour tout A-module P de présentation finie, l’homomorphisme canonique
(X, p. 11, prop. 7). Quitte à remplacer I par le produit lexicographique I × N, avec E_{(α,n)} = E_α pour tout n, on peut supposer que I n’a pas de plus grand élément. Pour chaque α ∈ I, soient L_α un A-module libre de type fini et u_α : E_α → L_α, v'_α : L_α → E des homomorphismes tels que v'_α ∘ u_α soit l’application canonique φ_α de E_α dans E ; puisque L_α est libre de type fini et I sans plus grand élément, il existe un indice β > α et un homomorphisme v''_α : L_α → E_β tels que v'_α = φ_β ∘ v''_α ; puisque φ_β ∘ v''_α ∘ u_α = φ_β ∘ φ_β,α et que E_α est de présentation finie, il résulte de la prop. 8a) de X, p. 12, qu’il existe γ ≥ β tel que φ_{γβ} ∘ v''_α ∘ u_α = φ_{γβ} ∘ φ_{βα} = φ_{γα} ; posons γ = f(α) et soit v_α l’homomorphisme φ_{γβ} ∘ v''_α de L_α dans E_{f(α)} ; on a v_α ∘ u_α = φ_{f(α),α}. On peut alors appliquer le lemme 2, d’où (iv).
Corollaire
Supposons A commutatif. Pour tout A-module plat E, les A-modules T(E), S(E), Λ(E), T^n(E), S^n(E), Λ^n(E) sont plats.
En effet, E est la limite inductive d’un système filtrant (L_j) de A-modules libres de type fini, donc T(E) (resp. S(E), etc.) est limite inductive du système filtrant des A-modules libres T(L_j) (resp. S(L_j), etc.), donc est plat (cf. III, p. 61, prop. 6, p. 62, th. 1, p. 73, prop. 8, p. 75, th. 1, p. 83, prop. 9, et p. 86, th. 1).
Remarque
Considérant dans (ii) une présentation finie A_s^J \xrightarrow{c} A_s^I \to P \to 0, on obtient la condition (ii’) encore équivalente aux précédentes :
(ii’) Pour toute matrice finie (c_{ij})_{i \in I, j \in J} d’éléments de A, toute solution
du système d’équations linéaires et homogènes
peut s’écrire b_1 z_1 + \cdots + b_n z_n, où b_1, ..., b_n \in E et où, pour r = 1, ..., n, z_r = (z_{r,i})_{i \in I} est une solution dans A^I du système d’équations
7. Modules injectifs
Définition 2
On dit que le A-module E est injectif si, pour toute suite exacte de A-modules et d’homomorphismes
(19)
(20)
Lemme 3
Pour que le A-module E soit injectif, il faut et il suffit que, pour toute application A-linéaire injective , l’application
soit surjective.
Si est injectif et si est injectif, alors la suite est exacte, donc aussi la suite , et est surjectif. Inversement considérons la suite exacte (19) ; posons et soient l’injection canonique et l’application . La suite est exacte ; d’après II, p. 36, th. 1, la suite
est exacte. Par ailleurs, on a . Si satisfait à la condition du lemme, est surjectif, donc l’image de est aussi celle de , et la suite (20) est exacte.
Remarque
Soient un A-module injectif, et des homomorphismes de A-modules. Si , il existe un homomorphisme tel que . Cela résulte en effet de ce qui précède appliqué à l’homomorphisme injectif déduit de .
Proposition 9
Soient une famille de A-modules, leur produit. Pour que le A-module soit injectif, il faut et il suffit que chacun des le soit.
Soit un homomorphisme injectif de A-modules. Pour que l’homomorphisme produit
soit surjectif, il faut et il suffit que chacun des homomorphismes le soit (II, p. 10, prop. 5) ; cela démontre la proposition puisque s’identifie canoniquement à .
Proposition 10
Soit un A-module. Pour que soit injectif, il faut et il suffit que, pour tout idéal de et tout A-homomorphisme , il existe tel que
pour tout .
Supposons injectif ; soient un idéal de , un A-homomorphisme, et notons l’injection canonique. Alors l’application
est surjective (déf. 2) ; si est tel que , on a
pour tout .
Inversement, supposons la condition de l’énoncé vérifiée, soient un A-module, un sous-module de , un A-homomorphisme, et prouvons qu’il existe un A-homomorphisme prolongeant (cf. lemme 3). Soit l’ensemble des couples où est un sous-module de contenant et un homomorphisme de dans prolongeant . L’ensemble ordonné par la relation de prolongement est inductif : si est une famille totalement ordonnée d’éléments de , posons et soit l’unique application induisant sur pour tout ; alors et majore pour tout . Soit alors un élément maximal de (E, III, p. 20, th. 2); il suffit de prouver que . Soit et soit l’idéal des tels que ; posons pour ; on obtient ainsi un -homomorphisme . Soit alors un élément de tel que pour tout . Posons et soit l’unique -homomorphisme tel que pour ; alors appartient à et majore , donc , c’est-à-dire , ce qui achève la démonstration.
Corollaire 1
Si l’anneau est nœthérien à gauche, tout module somme directe de -modules injectifs est injectif.
Soit une famille de -modules injectifs, soient leur somme directe, un idéal de et un -homomorphisme. Comme est nœthérien, est de type fini, et par suite l’application canonique
est bijective ; soit l’image réciproque de par . Puisque chaque est injectif, et la famille à support fini, il existe un élément de tel que pour tout et tout , donc pour tout , et est injectif.
Remarque
Si tout -module somme directe de -modules injectifs est injectif, l’anneau est nœthérien à gauche (X, p. 170, exercice 21).
Supposons intègre. On dit que le -module est divisible si l’homothétie est surjective pour tout élément non nul de .
Corollaire 2
Supposons intègre.* a) Tout -module injectif est divisible. b) Tout -module sans torsion (II, p. 115) et divisible est injectif. c) *Si est principal, tout -module divisible est injectif.
Si est non nul, alors est injectif ; d’autre part, pour tout -module , l’homothétie s’identifie canoniquement à
donc est divisible si et seulement si est surjectif pour tout non nul. L’assertion a) résulte donc de la définition 2 (X, p. 15).
Soit un -module divisible ; supposons principal (resp. sans torsion) et prouvons que est injectif par application de la prop. 10. Soient un idéal de et un -homomorphisme. Soit tel que (resp. tel que si ), et soit tel que . Prouvons que pour tout , on a
cela est clair si , d’où l’assertion dans le cas où A est principal ; si E est sans torsion et si , on a , donc puisque est non nul si .
Exemple 1
Si A est intègre, le corps des fractions K de A est un A-module injectif. Si A est principal, est un A-module injectif.
Exemple 2
Par exemple, les -modules et sont injectifs.
Exemple 3
Soit A un anneau principal et soit un élément non nul de A. Alors est un -module injectif (X, p. 170, exercice 20).
8. Modules cogénérateurs injectifs
Proposition 11
Soient B un anneau, F un B-module et P un (B, A)-bimodule. Si F est un B-module injectif et P un A-module plat, est un A-module injectif.
Soit un homomorphisme injectif de A-modules. On a un diagramme commutatif
où et sont les isomorphismes canoniques de II, p. 74. Comme P est plat sur A, l’homomorphisme est injectif. Comme F est injectif, est surjectif, donc aussi , ce qui prouve que est un A-module injectif (X, p. 16, lemme 3).
Définition 3
On dit que le A-module E est cogénérateur si, pour tout A-module M et tout élément non nul x de M, il existe un A-homomorphisme tel que .
On dit que le A-module L est générateur si, pour tout A-module M et tout élément x de M, il existe un A-homomorphisme tel que . Par exemple, le A-module est générateur.
Proposition 12
Soit E un A-module injectif. Pour que E soit cogénérateur, il faut et il suffit que pour tout A-module simple S.
La condition est évidemment nécessaire. Inversement, soient M un A-module et x un élément non nul de M ; le sous-module de M possède un quotient simple S (VIII, § 2, no 1, prop. 3). Si , alors et il existe un homomorphisme tel que ; comme E est injectif, se prolonge en un homomorphisme de M dans E et on a .
Exemple
Le -module injectif (X, p. 18, exemple 2) est cogénérateur. En effet, tout -module simple est isomorphe à un module , , et est non nul (il contient par exemple l’élément de déduit par passage aux quotients de l’homomorphisme de dans ).
Proposition 13
Soient un anneau, un -module injectif cogénérateur, un -bimodule. Supposons plat sur et tel que pour tout -module simple (* c’est-à-dire fidèlement plat sur au sens de AC, I, §). Alors le -module est cogénérateur et injectif.
En effet, est injectif d’après la prop. 11. D’autre part, pour tout -module simple , est isomorphe à , donc est non nul puisque et que le -module est cogénérateur ; le -module est donc cogénérateur d’après la prop. 12.
Corollaire 1
Le -module est injectif et cogénérateur.
On applique la prop. 13 avec , (exemple) et .
Pour tout -module , posons
et soit l’homomorphisme qui associe à l’élément
Alors :
Corollaire 2
Le -module est injectif et le -homomorphisme est injectif.
En effet, est injectif, puisque est injectif (X, p. 16, prop. 9), d’autre part est injectif puisque est cogénérateur.
Corollaire 3
Tout -module est isomorphe à un sous-module d’un -module injectif.
Corollaire 4
Pour que le -module soit injectif, il faut et il suffit que tout -homomorphisme injectif possède une rétraction -linéaire.
Supposons injectif et soit un -homomorphisme injectif. Alors
est surjectif ; il existe donc tel que et est une rétraction -linéaire de . Inversement, il existe un -module injectif et un -homomorphisme injectif (cor. 2) ; si possède une rétraction -linéaire, est injectif d’après la prop. 9 de X, p. 16.
9. Enveloppes injectives
Définition 4
Soit un -module. Une enveloppe injective de est un couple , où est un -module injectif et un homomorphisme possédant la propriété suivante :
(E) pour qu’un sous-module P de I soit nul, il faut et il suffit que i^{-1}(P) soit nul.
Notons que (E) implique que i est injectif. On identifie souvent M au sous-module i(M) de I, et on dit alors que I est une enveloppe injective de M.
Exemple 1
Supposons A intègre et M sans torsion. Soient K le corps des fractions de A et i : M → K ⊗_A M l’homomorphisme canonique. Alors (K ⊗_A M, i) est une enveloppe injective de M (II, p. 116, prop. 26 et X, p. 17, cor. 2).
Théorème 2
Soit M un A-module. a) M possède des enveloppes injectives. b) Si (I, i) et (J, j) sont deux enveloppes injectives de M, il existe un isomorphisme f : I → J tel que f ∘ i = j.
On notera que l’homomorphisme f dont l’existence est affirmée dans b) n’est pas uniquement déterminé en général.
a) On peut supposer que M est un sous-module d’un A-module injectif E (X, p. 19, cor. 3). Considérons l’ensemble ordonné par inclusion F des sous-modules I de E, contenant M, et tels que l’injection canonique i : M → I satisfasse à la propriété (E). Puisque F est inductif, il possède un élément maximal (E, III, p. 20); soit I un élément maximal de F. Il suffit de prouver que I est un sous-module facteur direct de E. Soit N un sous-module de E tel que N ∩ I = 0, et maximal pour cette propriété (un tel N existe d’après loc. cit.). L’homomorphisme composé
où u et v sont les homomorphismes canoniques, est injectif; puisque E est injectif, il existe donc un homomorphisme w : E/N → E tel que w ∘ v ∘ u = u, c’est-à-dire w ∘ v(x) = x pour x ∈ I. Posons I′ = Im(w) = Im(w ∘ v) et soit i′ : M → I′ l’injection canonique. Alors I ⊂ I′; pour achever la démonstration, il suffit de prouver que i′ satisfait à la condition (E): cela entraîne que I = I′ (caractère maximal de I) donc que w ∘ v est un projecteur de E sur I.
Soit donc P un sous-module de I′ tel que P ∩ M = 0. On a P = w ∘ v(Q), où Q est un sous-module de E contenant N; de plus
donc Q ∩ I = 0 puisque i : M → I possède la propriété (E). D’après le caractère maximal de N, cela implique Q = N, c’est-à-dire v(Q) = 0, donc P = 0, ce qu’il fallait démontrer.
b) Soient (I, i) et (J, j) deux enveloppes injectives de M. Puisque J est injectif, il existe un homomorphisme f : I → J tel que f ∘ i = j; on a
donc Ker f = 0 et f est injectif. Alors f(I) est un sous-module injectif de J, donc facteur direct; puisque j satisfait à (E), cela implique f(I) = J et f est bijectif.
Remarque 1
Soient (I, i) une enveloppe injective de M et un homomorphisme injectif de M dans un A-module injectif J. D’après la démonstration ci-dessus, il existe un homomorphisme injectif tel que .
Remarque 2
Soit (I, i) une enveloppe injective de M. Identifions M au sous-module de I. Pour tout sous-module N de M, il existe un sous-module injectif de I qui est une enveloppe injective de N (appliquer la remarque 1 à N). Inversement, tout sous-module injectif J de I est enveloppe injective de .
Proposition 14
Soit I un A-module injectif non nul. Les conditions suivantes sont équivalentes*: (i) I est indécomposable (VII, § 4, no 8, déf. 3); (ii) 0 n’est pas intersection de deux sous-modules non nuls de I; (iii) I est l’enveloppe injective de tous ses sous-modules non nuls; (iv) l’anneau est local (VIII, § 1, no 4, déf. 4).
(i) (iii) : soit M un sous-module non nul de I. D’après la remarque 2 ci-dessus, il existe un sous-module I’ de I, qui est une enveloppe injective de M. Comme I’ est non nul et facteur direct dans I, on a si I est indécomposable.
(iii) (ii) : soient E et F deux sous-modules de I, tels que . Si , alors I est enveloppe injective de E d’après (iii), donc « » implique « ».
(ii) (i) : c’est trivial.
(iv) (i) : cela résulte de VIII, § 1, no 6, prop. 13.
(i) (iv) : supposons I indécomposable. Notons d’abord que tout endomorphisme injectif de I est bijectif (puisque est alors un sous-module facteur direct non nul de I). Par ailleurs, tout endomorphisme de I, dont la restriction à un sous-module E non nul de I est injective, est injectif (en effet, puisque (i) (iii), I est enveloppe injective de E, donc « » implique « »). Cela étant, soit un élément non inversible de ; d’après VIII, § 1, no 4, prop. 9, il s’agit de prouver que est inversible. Comme n’est pas injectif, on a ; comme la restriction de à est injective, est injectif, donc bijectif.
Corollaire 1
La relation « I est une classe de A-modules injectifs indécomposables » est collectivisante*.
En effet, d’après (iii) tout A-module injectif indécomposable est enveloppe injective d’un A-module monogène.
Corollaire 2
Soient M un A-module, I une enveloppe injective de M. Pour que I soit indécomposable, il faut et il suffit que 0 ne soit pas intersection de deux sous-modules non nuls de M*.
La condition est nécessaire d’après la prop. 14 ((i) (ii)). Inversement, si I est somme directe des sous-modules non nuls et , on a :
Exemple 2
Si A est commutatif et nœthérien, les A-modules injectifs indécomposables sont exactement les enveloppes injectives des modules A/p où p est un idéal premier (X, p. 171, exercice 27).
10. Structure des modules injectifs
Lemme 4
Soient M un A-module nœthérien non nul, I une enveloppe injective de M. Alors I possède un sous-module injectif indécomposable.
On peut évidemment supposer que M est un sous-module de I. Soit N un sous-module de M, tel que I ne soit pas une enveloppe injective de N et maximal pour cette propriété. D’après la remarque 2 (X, p. 21), il existe un sous-module I₁ de I qui est une enveloppe injective de N ; alors I₁ est facteur direct dans I, soit J un supplémentaire. On a J ≠ 0, montrons que J est indécomposable. Si J′ est un sous-module facteur direct non nul de J, on a J′ ∩ M ≠ 0 et
Le sous-module N′ = (J′ ∩ M) + N de M est somme directe de J′ ∩ M et N, donc contient strictement N. Par ailleurs N′ est contenu dans le sous-module J′ + I₁ de J, qui est somme directe de J′ et I₁, donc injectif. D’après le caractère maximal de N, cela implique J′ + I₁ = I, donc J′ = J, et J est indécomposable.
Notons l’ensemble (X, p. 21, cor. 1) des classes de A-modules injectifs indécomposables.
Rappelons (X, p. 17, cor. 1) que, si A est nœthérien à gauche, tout A-module somme directe de A-modules injectifs est injectif.
Théorème 3
Soit I un A-module injectif.
a) Si I est l’enveloppe injective d’un A-module nœthérien M, I est somme directe d’une famille finie de sous-modules (injectifs) indécomposables.
b) Si A est nœthérien à gauche, I est somme directe d’une famille de sous-modules (injectifs) indécomposables.
c) Si I est somme directe de sous-modules (injectifs) indécomposables, il existe une famille de cardinaux , et une seule, telle que I soit isomorphe à
Notons d’abord que c) résulte de la prop. 14 (X, p. 21) et de VIII, § 1, n° 7, théorème 2. Démontrons a).
Soit N un sous-module de M dont les enveloppes injectives soient somme directe d’une famille finie de sous-modules indécomposables, et maximal pour cette propriété (il en existe puisque M est nœthérien). D’après la remarque 2 (X, p. 21), il existe un sous-module I₁ de I qui est une enveloppe injective de N. Si I₁ = I, la démonstration est achevée ; sinon, soit un supplémentaire de dans . Alors est enveloppe injective du module nœthérien (loc. cit.), donc possède un sous-module injectif indécomposable (lemme 4). Alors est injectif, somme directe d’une famille finie de sous-modules indécomposables, et enveloppe injective du sous-module de qui majore strictement , d’où une contradiction.
Supposons nœthérien à gauche et démontrons b). Soit l’ensemble somme des ensembles pour . A chaque partie de associons un -module et un -homomorphisme de la façon suivante : est la somme d’une famille où , on pose
et la composante de sur le facteur direct de correspondant à l’élément de est . Soit une partie de , telle que soit injectif et que soit maximal pour cette propriété (une telle partie existe d’après E, III, p. 20) ; il suffit de prouver que est bijectif. Sinon, soit un supplémentaire du sous-module injectif de ; puisque est non nul, il possède un sous-module nœthérien non nul (parce que est supposé nœthérien), donc aussi un sous-module injectif non nul enveloppe injective d’un module nœthérien. D’après a), est somme directe d’une famille finie non vide de sous-modules indécomposables. Il existe donc une partie finie non vide de telle que applique bijectivement sur . Comme , on a et est injectif ; cela contredit le caractère maximal de et achève la démonstration.
Exercices
See the exercises for § 1.