Algèbre, X, p. 175
Bourbaki marks this one as harder than the rest.
On appelle suite spectrale de A-modules la donnée d’une suite de A-complexes (Er,dr)r≥2 et d’applications αr:H(Er)→Er+1, telle que :
(i) La graduation du complexe Er est la graduation totale associée à une bigraduation
Er=p,q∈Z⨁Erp,q(r≥2); on a
dr(Erpq)⊂Erp+r,q−r+1.
(ii) Les applications αr sont des isomorphismes de A-modules bigradués. On utilisera également la bigraduation descendante de Er; on notera Erpq=Er−p,−q.
a) On notera ici Zr+1(Er) (resp. Br+1(Er)) le A-module bigradué Ker dr (resp. Im dr). Soit
pr:Er→Er/Br+1(Er) l’application de passage au quotient et
ir:Er+1→Er/Br+1(Er) l’application composée de
αr−1 et de l’injection naturelle. Pour tout
r≥2, on définit par récurrence sur
k les sous-modules bigradués
Zr+k(Er) et
Br+k(Er) de
Er en posant :
Zr+k(Er)=pr−1(ir(Zr+k(Er+1)));Br+k(Er)=pr−1(ir(Br+k(Er+1))). Démontrer que l’on a des inclusions :
0⊂Br+1(Er)⊂Br+2(Er)⊂…⊂Zr+2(Er)⊂Zr+1(Er)⊂Er et que
Ek est isomorphe à
Zk(Er)/Bk(Er) pour
k≥r+1.
On pose Z∞(E2)=⋂r≥3Zr(E2), B∞(E2)=⋃r≥3Br(E2) et E∞=Z∞(E2)/B∞(E2). On dit que la suite spectrale est régulière si la suite décroissante (Zr(E2pq))r≥2 est stationnaire pour tout couple (p,q).
b) Soient E=(Er,dr,αr)r≥2 et E′=(Er′,dr′,αr′)r≥2 deux suites spectrales de A-modules ; on appelle morphisme de E dans E′ une suite de morphismes de A-complexes ur:Er→Er′, compatibles aux bigraduations, tels que αr′∘H(ur)=ur+1∘αr pour tout r≥2. Montrer que pour tout r≥2 et tout k≥r+1, ur induit un homomorphisme de Zk(Er) (resp. Bk(Er)) dans Zk(Er′) (resp. Bk(Er′)). En particulier, u2 induit des homomorphismes Z∞(u2):Z∞(E2)→Z∞(E2′), B∞(u2):B∞(E2)→B∞(E2′) et u∞:E∞→E∞′; tous ces homomorphismes sont compatibles aux bigraduations.
c) On suppose que u2 est un isomorphisme. Montrer qu’alors ur est un isomorphisme pour tout r≥2, ainsi que B∞(u2). Si de plus les suites E et E′ sont régulières, Z∞(u2) et u∞ sont des isomorphismes.
d) Soit G=⨁n∈ZGn un A-module gradué, muni d’une suite décroissante (FpG)p∈Z de sous-A-modules gradués, telle que ⋂pFpG=0 et ⋃pFpG=G. On dit que la suite spectrale E approche (G,(FpG)p∈Z) (ou simplement G) s’il existe des isomorphismes βpq:E∞pq→(FpG)p+q/(Fp+1G)p+q pour tout
(p,q)∈Z×Z.
On dit que la suite spectrale E converge vers G si elle approche G et si de plus : (i) La suite spectrale E est régulière ; (ii) Pour tout entier n, il existe un entier p tel que (FpG)n=0.
Supposons que E (resp. E') converge vers G (resp. G'). Soient u:E→E′ un morphisme de suites spectrales, v:G→G′ un homomorphisme gradué de degré 0, tel que v(FpG)⊂FpG′ pour tout p et que les homomorphismes induits vˉp,n:(FpG)n/(Fp+1G)n→(FpG′)n/(Fp+1G′)n vérifient vˉp,p+q∘βp,q=β′p,q∘u∞p,q pour tout couple (p,q). Montrer que si u2pq est un isomorphisme pour tout couple (p,q), alors v est un isomorphisme.