Bourbaki

§ 1. Espaces vectoriels topologiques

1. Définition d’un espace vectoriel topologique

Définition 1

Étant donné un corps topologique K (TG, III, p. 54), on appelle espace vectoriel topologique à gauche sur K un ensemble E, muni : 1° d’une structure d’espace vectoriel à gauche sur K ; 2° d’une topologie compatible avec la structure de groupe additif de E (TG, III, p. 1), et satisfaisant en outre à l’axiome suivant : (EVT) l’application (λ,x)↦λx(\lambda, x) \mapsto \lambda x de K×EK \times E dans E est continue.

Il revient au même de dire que E est un K-module topologique à gauche (TG, III, p. 52).

Une structure d’espace vectoriel à gauche par rapport à K et une topologie étant données sur un ensemble E, on dira qu’elles sont compatibles si la topologie et la structure de groupe additif de E sont compatibles, et si en outre l’axiome (EVT) est vérifié. Il revient au même de dire que les deux applications (x,y)↦x+y(x, y) \mapsto x + y et (λ,x)↦λx(\lambda, x) \mapsto \lambda x de E×EE \times E et de K×EK \times E respectivement dans E sont continues, car cela entraîne la continuité de l’application x↦−x=(−1)xx \mapsto -x = (-1)x, donc le fait que la topologie de E est compatible avec sa structure de groupe additif.

Si E est un espace vectoriel topologique à gauche sur K, on dit que E, muni seulement de sa structure d’espace vectoriel, est sous-jacent à l’espace vectoriel topologique E.

Exemple 1

Si E est un espace vectoriel à gauche sur un corps topologique discret K, la topologie discrète sur E est compatible avec la structure d’espace vectoriel de E (il n’en est pas de même si K est non discret et E non réduit à 0).

Exemple 2

Soit A un anneau topologique (TG, III, p. 48) et soit K un sous-anneau de A qui est un corps, et tel que la topologie induite sur K par celle de A soit compatible avec la structure de corps de K ; alors la topologie de A est compatible avec sa structure d’espace vectoriel à gauche sur K.

Exemple 3

Soient K un corps topologique quelconque, I un ensemble quelconque. Sur l’espace vectoriel produit KsIK_s^I (A, II, p. 10), la topologie produit est compatible avec la structure d’espace vectoriel (TG, III, p. 53). On peut encore dire que l’espace KsIK_s^I des applications de I dans K, muni de la topologie de la convergence simple, est un espace vectoriel topologique sur K (TG, X, p. 4).

Exemple 4

Soit X un espace topologique ; sur l’ensemble E = C(X;R)\mathscr{C}(X ; \mathbf{R}) des fonctions numériques finies continues dans X, la topologie de la convergence compacte (TG, X, p. 4) est compatible avec la structure d’espace vectoriel de E sur R\mathbf{R}. En effet, soient u0u_0 un point de E, H une partie compacte de X, ε\varepsilon un nombre > 0 arbitraire. La fonction numérique u0u_0 est bornée dans H ; soit a=sup⁡t∈H∣u0(t)∣a = \sup_{t \in H} |u_0(t)|; si uu est un point quelconque de E, on peut écrire, pour tout t∈Ht \in H,

∣λu(t)−λ0u0(t)∣≤∣λ∣⋅∣u(t)−u0(t)∣+a  ∣λ−λ0∣. |\lambda u(t) - \lambda_0 u_0(t)| \leq |\lambda| \cdot |u(t) - u_0(t)| + a \; |\lambda - \lambda_0|.

Par suite, si ∣λ−λ0∣≤ε|\lambda - \lambda_0| \leq \varepsilon et si ∣u(t)−u0(t)∣≤ε|u(t) - u_0(t)| \leq \varepsilon pour tout t∈Ht \in H, on aura, pour t∈Ht \in H,

∣λu(t)−λ0u0(t)∣≤ε(ε+∣λ0∣+a), |\lambda u(t) - \lambda_0 u_0(t)| \leq \varepsilon (\varepsilon + |\lambda_0| + a),
ce qui montre que l’axiome (EVT) est vérifié ; on vérifie de même que la topologie de la convergence compacte est compatible avec la structure de groupe additif de E.

Par contre, si X n’est pas compact, la topologie de la convergence uniforme (dans X) n’est pas nécessairement compatible avec la structure d’espace vectoriel de E ; par exemple si X=RX = \mathbf{R}, et si u0u_0 est une fonction continue non bornée dans R\mathbf{R}, l’application λ↦λu0\lambda \mapsto \lambda u_0 de R\mathbf{R} dans E n’est pas continue quand on munit E de la topologie de la convergence uniforme.

Exemple 5

Soit E un espace vectoriel de dimension finie nn sur un corps topologique K ; il existe donc un isomorphisme u:Ksn→Eu : K_s^n \to E de K-espaces vectoriels, et en outre, si vv est un second isomorphisme de KsnK_s^n sur E, on peut écrire v=u∘fv = u \circ f, où ff est un automorphisme du K-espace vectoriel KsnK_s^n. Considérons alors sur KsnK_s^n la topologie produit, qui est compatible avec sa structure d’espace vectoriel (Exemple 3) ; comme toute application linéaire de KsnK_s^n dans lui-même est continue pour cette topologie, tout automorphisme de l’espace vectoriel KsnK_s^n est bicontinu. Par suite, si l’on transporte à E la topologie produit de KsnK_s^n au moyen d’un isomorphisme quelconque de KsnK_s^n sur E, la topologie obtenue sur E est indépendante de l’isomorphisme considéré ; on dit que c’est la topologie canonique sur E ; nous la caractériserons autrement (I, p. 14) lorsque K est un corps valué complet non discret. Toute application linéaire de E dans un espace vectoriel topologique sur K est continue pour la topologie canonique sur E.

De la même manière que dans la déf. 1, on définit un espace vectoriel topologique à droite sur un corps topologique K ; mais tout espace vectoriel à droite sur K peut être considéré comme espace vectoriel à gauche sur le corps opposé K0K^0 de K (A, II, p. 2), et la topologie de K est compatible avec la structure de corps de K0K^0. Pour cette raison, nous ne considérerons en principe que des espaces vectoriels topologiques à gauche ; quand nous parlerons d’« espace vectoriel topologique » sans préciser, il sera sous-entendu qu’il s’agit d’un espace vectoriel à gauche.

Si K’ est un sous-corps de K, et E un espace vectoriel topologique sur K, il est clair que la topologie de E est encore compatible avec la structure d’espace vectoriel de E par rapport à K’, obtenue par restriction à K’ du corps des scalaires ; on dit que l’espace vectoriel topologique sur K’ ainsi obtenu est sous-jacent à l’espace vectoriel topologique E sur K.

Pour qu’un espace vectoriel topologique E soit séparé, il faut et il suffit que, pour tout point x≠0x \neq 0 de E, il existe un voisinage de 0 ne contenant pas xx (TG, III, p. 5).

Considérons, sur un espace vectoriel E par rapport à un corps topologique K, une topologie compatible avec la structure de groupe additif de E. En vertu de l’identité

λx−λ0x0=(λ−λ0)x0+λ0(x−x0)+(λ−λ0)(x−x0) \lambda x - \lambda_0 x_0 = (\lambda - \lambda_0) x_0 + \lambda_0 (x - x_0) + (\lambda - \lambda_0) (x - x_0)

l’axiome (EVT) est équivalent au système des trois axiomes suivants :

(EVT1′_1') Quel que soit x0∈Ex_0 \in E, l’application λ↦λx0\lambda \mapsto \lambda x_0 est continue au point λ=0\lambda = 0. (EVT2′_2') Quel que soit λ0∈K\lambda_0 \in K, l’application x↦λ0xx \mapsto \lambda_0 x est continue au point x=0x = 0. (EVT3′_3') L’application (λ,x)↦λx(\lambda, x) \mapsto \lambda x est continue au point (0,0)(0, 0).

En particulier :

Proposition 1

Pour tout* α∈K\alpha \in K et tout point b∈Eb \in E, l’application x↦αx+bx \mapsto \alpha x + b de EE dans lui-même est continue. En outre, si α≠0\alpha \neq 0, cette application est un homéomorphisme de EE sur lui-même.

La seconde partie de la proposition résulte du fait que, si α≠0\alpha \neq 0, x↦α−1x−α−1bx \mapsto \alpha^{-1} x - \alpha^{-1} b est l’application réciproque de x↦αx+bx \mapsto \alpha x + b.

Corollaire

Si* AA est un ensemble ouvert (resp. fermé) dans EE, αA\alpha A est ouvert (resp. fermé) dans EE pour tout α≠0\alpha \neq 0 dans KK.

Soient EE et FF deux espaces vectoriels topologiques sur un même corps topologique KK. Pour qu’une application bijective ff de EE sur FF soit un isomorphisme de l’espace vectoriel topologique EE sur l’espace vectoriel topologique FF, il faut et il suffit que ff soit linéaire et bicontinue. En particulier, si γ≠0\gamma \neq 0 appartient au centre de KK, l’homothétie x↦γxx \mapsto \gamma x est un automorphisme de la structure d’espace vectoriel topologique de EE.

2. Espaces normés sur un corps valué

Rappelons (TG, IX, p. 28) qu’une valeur absolue sur un corps KK est une application ξ↦∣ξ∣\xi \mapsto |\xi| de KK dans R+\mathbf{R}_+, telle que ∣ξ∣=0|\xi| = 0 soit équivalent à ξ=0\xi = 0, et qu’on ait ∣ξη∣=∣ξ∣⋅∣η∣|\xi \eta| = |\xi| \cdot |\eta|, et ∣ξ+η∣≤∣ξ∣+∣η∣|\xi + \eta| \leq |\xi| + |\eta|; une valeur absolue définit sur KK une distance ∣ξ−η∣|\xi - \eta|, et par suite une topologie séparée, compatible avec la structure de corps de KK. Si ∣ξ∣=1|\xi| = 1 pour tout ξ≠0\xi \neq 0, la valeur absolue est dite impropre, et la topologie qu’elle définit sur KK est la topologie discrète ; si, au contraire, il existe α≠0\alpha \neq 0 dans KK tel que ∣α∣≠1|\alpha| \neq 1, il existe β≠0\beta \neq 0 dans KK tel que ∣β∣<1|\beta| < 1 (il suffit de prendre β=α\beta = \alpha ou β=α−1\beta = \alpha^{-1}), et la suite (βn)n≥1(\beta^n)_{n \geq 1} converge vers 00, donc la topologie de KK n’est pas discrète.

Rappelons d’autre part (TG, IX, p. 31) que si EE est un espace vectoriel sur un corps valué non discret KK, une norme sur EE est une application x↦∥x∥x \mapsto \|x\| de EE dans R+\mathbf{R}_+, telle que la relation ∥x∥=0\|x\| = 0 soit équivalente à x=0x = 0, et qu’on ait ∥λx∥=∣λ∣⋅∥x∥\|\lambda x\| = |\lambda| \cdot \|x\| pour tout scalaire λ∈K\lambda \in K, et ∥x+y∥≤∥x∥+∥y∥\|x + y\| \leq \|x\| + \|y\|. Une norme définit sur EE une distance ∥x−y∥\|x - y\|, et par suite une topologie, qui est compatible avec la structure d’espace vectoriel de EE (loc. cit.). Sauf mention expresse du contraire, on considérera qu’un espace normé est muni de la structure d’espace vectoriel topologique définie par sa norme. Les espaces normés sont parmi les plus importants des espaces vectoriels topologiques.

On sait (TG, IX, p. 32) que deux normes distinctes sur EE peuvent définir la même topologie sur EE ; il faut et il suffit pour cela que les deux normes soient équivalentes (loc. cit.). Une structure d’espace normé est donc plus riche qu’une structure d’espace vectoriel topologique ; si E et F sont deux espaces normés, on aura soin de distinguer entre la notion d’isomorphisme de la structure d’espace normé de E sur celle de F, et la notion d’isomorphisme de la structure d’espace vectoriel topologique de E sur celle de F.

Exemple

Soit I un ensemble d’indices quelconque ; on sait (TG, X, p. 21) que sur l’ensemble B(I;K)\mathscr{B}(I; K) des applications bornées x=(ξj)x = (\xi_j) de I dans K (qu’on note aussi BK(I)\mathscr{B}_K(I) ou ℓK∞(I)\ell_K^\infty(I)), on définit une norme ∥x∥=sup⁡i∈I∣ξi∣\|x\| = \sup_{i \in I} |\xi_i|. Lorsque I est un espace topologique, l’ensemble des applications bornées et continues de I dans K est un sous-espace fermé de l’espace B(I;K)\mathscr{B}(I; K) (TG, X, p. 21, cor. 2). Un autre sous-espace de B(I;K)\mathscr{B}(I; K) est l’ensemble ℓK1(I)\ell_K^1(I) des familles x=(ξi)x = (\xi_i) absolument sommables (TG, IX, p. 36) ; on peut définir sur ce sous-espace une autre norme ∥x∥1=∑i∈I∣ξi∣\|x\|_1 = \sum_{i \in I} |\xi_i|, qui en général n’est pas équivalente à la norme ∥x∥=sup⁡i∈I∣ξi∣\|x\| = \sup_{i \in I} |\xi_i| (I, p. 23, exerc. 6) ; quand on considère ℓK1(I)\ell_K^1(I) comme un espace normé, sans préciser sa norme, c’est toujours de la norme ∥x∥1\|x\|_1 qu’il s’agit. On écrira B(I)\mathscr{B}(I) et ℓ1(I)\ell^1(I) au lieu de B(I;R)\mathscr{B}(I; \mathbf{R}) et ℓR1(I)\ell^1_\mathbf{R}(I).

3. Sous-espaces vectoriels et espaces quotients d’un espace vectoriel topologique ; produits d’espaces vectoriels topologiques ; somme directe topologique de sous-espaces

Tout ce qui a été dit pour les modules topologiques (TG, III, p. 45-48 et 52-54) s’applique en particulier aux espaces vectoriels topologiques. Si M est un sous-espace vectoriel d’un espace vectoriel topologique E, la topologie induite sur M par celle de E est compatible avec la structure d’espace vectoriel de M, et l’adhérence M‾\overline{M} de M dans E est un sous-espace vectoriel de E. La topologie quotient de celle de E par M est compatible avec la structure d’espace vectoriel de E/M.

Si E est un espace vectoriel topologique non nécessairement séparé, l’adhérence N de {0} dans E (intersection des voisinages de 0) est un sous-espace vectoriel fermé de E ; l’espace vectoriel quotient E/N, qui est séparé, est appelé l’espace vectoriel séparé associé à E.

Soit (Ei)i∈I(E_i)_{i \in I} une famille d’espaces vectoriels topologiques sur un même corps topologique K, et soit E l’espace vectoriel produit des EiE_i. La topologie produit des topologies des EiE_i est compatible avec la structure d’espace vectoriel de E. Dans l’espace produit E, le sous-espace F, somme directe des EiE_i, est partout dense (TG, III, p. 17, prop. 25).

Pour certains types d’espaces vectoriels topologiques sur le corps R\mathbf{R} ou le corps C\mathbf{C}, nous définirons au chap. II, p. 32, une topologie sur une somme directe d’une famille (Ei)(E_i) d’espaces vectoriels topologiques, distincte en général de la topologie induite par la topologie produit de celle des EiE_i.

Tout ce qui a été dit sur les sommes directes finies de sous-groupes stables de groupes topologiques à opérateurs (TG, III, p. 46-48) s’applique aux espaces vectoriels topologiques en remplaçant partout « sous-groupe stable » par « sous-espace vectoriel ».

Remarque

Étant donné un sous-espace vectoriel fermé M d’un espace vectoriel topologique séparé E, il n’existe pas nécessairement de sous-espace vectoriel supplémentaire (algébrique) de M qui soit fermé dans E (même si E est un espace normé ; cf. IV, p. 55, exerc. 16, c)) ; à plus forte raison il n’existe pas nécessairement de supplémentaire topologique de M dans E (cf. I, p. 26, exerc. 8). Toutefois, nous verrons au § 2 que lorsque K est un corps valué complet non discret, tout sous-espace fermé M de E, de codimension finie, admet un supplémentaire topologique dans E (I, p. 15, prop. 3).

4. Structure uniforme et complétion d’un espace vectoriel topologique

La topologie d’un espace vectoriel topologique E, étant compatible avec la structure de groupe additif de E, définit sur E une structure uniforme (TG, III, p. 20) ; lorsque nous parlerons de la structure uniforme d’un espace vectoriel topologique, c’est toujours de cette structure qu’il sera question, sauf mention expresse du contraire. Toute application linéaire continue d’un espace vectoriel topologique E dans un espace vectoriel topologique F est uniformément continue (TG, III, p. 21, prop. 3) ; toute application de E dans lui-même de la forme x↦αx+bx \mapsto \alpha x + b est uniformément continue. Un ensemble équicontinu d’applications linéaires de E dans F est uniformément équicontinu (TG, X, p. 15, prop. 5).

Remarque 1

Si B est une partie précompacte de K, alors, pour tout voisinage V de 0 dans E, il y a un voisinage U de 0 dans E tel que BU ⊂ V. En effet, soit W un voisinage de 0 dans E tel que W + W ⊂ V ; il y a un voisinage T_0 de 0 dans K et un voisinage U_0 de 0 dans E tels que T_0 U_0 ⊂ W, en vertu de (EVT'_III). Comme B est précompact, il y a un nombre fini de points λi∈B\lambda_i \in B (1 ≤ i ≤ n) tels que les λi+T0\lambda_i + T_0 recouvrent B ; en vertu de (EVT'_II), il y a ensuite un voisinage U ⊂ U_0 de 0 dans E tel que λiU⊂W\lambda_i U \subset W pour tout i ; il est clair que U répond à la question. De la même façon (en utilisant (EVT'_I) au lieu de (EVT'_II)), on montre que si H est une partie précompacte de E, alors, pour tout voisinage V de 0 dans E, il y a un voisinage T de 0 dans K tel que TH ⊂ V.

Remarque 2

On déduit de 1) que, si B est une partie précompacte de K et H une partie précompacte de E, alors la restriction à B × H de l’application (λ,x\lambda, x ↦ λx\lambda x) est uniformément continue. En effet, étant donné un voisinage V de 0 dans E, il y a un voisinage T de 0 dans K et un voisinage U de 0 dans E tels que TH + BU ⊂ V. Comme on peut écrire λx−λ′x′=(λ−λ′)x+λ′(x−x′)\lambda x - \lambda' x' = (\lambda - \lambda') x + \lambda'(x - x'), on voit que pour λ,λ′\lambda, \lambda' dans B, x, x' dans H, λ−λ′∈T\lambda - \lambda' \in T et x−x′∈Ux - x' \in U, on a λx−λ′x′∈V\lambda x - \lambda' x' \in V, ce qui prouve notre assertion.

Un espace vectoriel topologique est dit complet si, muni de sa structure uniforme, c’est un espace uniforme complet.

Définition 2

On appelle espace de Banach un espace normé complet sur un corps valué non discret.

Exemple

Lorsque K est un corps valué non discret et complet, l’espace B(I;K)\mathscr{B}(I; K) (I, p. 4, Exemple) est complet (TG, X, p. 21, cor. 1). Il en est de même de l’espace ℓK1(I)\ell_K^1(I) (I, p. 4, Exemple), muni de la norme ∥x∥1=∑i∈I∣ξi∣\|x\|_1 = \sum_{i \in I} |\xi_i| : en effet, soit (xn)(x_n) une suite de Cauchy dans cet espace ; si xn=(ξn,i)i∈Ix_n = (\xi_{n,i})_{i \in I}, on a, pour tout i∈Ii \in I,

∣ξm,i−ξn,i∣≤∥xm−xn∥1; |\xi_{m,i} - \xi_{n,i}| \leq \|x_m - x_n\|_1 ;
donc, pour chaque i∈Ii \in I, la suite (ξn,i)n≥1(\xi_{n,i})_{n \geq 1} converge dans K vers une limite ξi\xi_i. En outre, pour toute partie finie J de I, on a
∑i∈J∣ξm,i−ξn,i∣≤∥xm−xn∥1; \sum_{i \in J} |\xi_{m,i} - \xi_{n,i}| \leq \|x_m - x_n\|_1 ;

on en déduit d’abord qu’il existe une constante a>0a > 0, indépendante de JJ, mm et nn, telle que ∑ξm1∈J∣ξm1−ξn1∣≤a\sum_{\xi_{m_1} \in J} |\xi_{m_1} - \xi_{n_1}| \leq a. En faisant tendre mm vers +∞+\infty, on en tire ∑ξ1∈J∣ξ1−ξn1∣≤a\sum_{\xi_1 \in J} |\xi_1 - \xi_{n_1}| \leq a, d’où ∑ξ1∈I∣ξ1∣≤a+∥xn∥1\sum_{\xi_1 \in I} |\xi_1| \leq a + \|x_n\|_1, ce qui prouve que z=(ξi)i∈Iz = (\xi_i)_{i \in I} appartient à ℓK1(I)\ell_K^1(I); de plus, pour tout ε>0\varepsilon > 0, il existe n0n_0 tel que, pour n≥n0n \geq n_0, on ait ∑ξ1∈J∣ξ1−ξn1∣≤ε\sum_{\xi_1 \in J} |\xi_1 - \xi_{n_1}| \leq \varepsilon pour toute partie finie JJ de II; en passant à la limite suivant l’ensemble filtrant des parties finies de II, on voit que ∥z−xn∥1≤ε\|z - x_n\|_1 \leq \varepsilon pour n≥n0n \geq n_0, ce qui montre que zz est limite de la suite (xn)(x_n) dans l’espace normé ℓK1(I)\ell_K^1(I).

Soient KK un corps topologique séparé, EE un espace vectoriel topologique sur KK, et supposons que l’anneau complété K^\hat{K} soit un corps (ce qui s’appliquera en particulier au cas où KK est un corps valué (TG, IX, p. 30, prop. 7)). Alors le séparé complété E^\hat{E} de EE est muni d’une structure d’espace vectoriel topologique complet sur K^\hat{K} (TG, III, p. 54); on dit que E^\hat{E}, muni de cette structure, est le séparé complété de l’espace vectoriel topologique EE, ou simplement le complété de EE lorsque EE est séparé.

5. Voisinages de l’origine dans un espace vectoriel topologique sur un corps valué

Définition 3

Soient KK un corps valué, EE un espace vectoriel à gauche sur KK; on dit qu’une partie MM de EE est équilibrée si, pour tout x∈Mx \in M et tout λ∈K\lambda \in K tel que ∣λ∣≤1|\lambda| \leq 1, on a λx∈M\lambda x \in M (ou, en d’autres termes, si λM⊂M\lambda M \subset M pour ∣λ∣≤1|\lambda| \leq 1).

Proposition 2

Dans un espace vectoriel topologique EE sur un corps valué KK, l’adhérence d’un ensemble équilibré MM est un ensemble équilibré.

En effet, soit BB l’ensemble des ξ∈K\xi \in K tels que ∣ξ∣≤1|\xi| \leq 1; il est fermé dans KK. L’application continue (λ,x)↦λx(\lambda, x) \mapsto \lambda x applique B×MB \times M dans MM, donc elle applique B×M‾B \times \overline{M} dans M‾\overline{M} (TG, I, p. 9, th. 1), ce qui prouve que M‾\overline{M} est équilibré.

Lorsque MM est un ensemble quelconque dans un espace vectoriel EE sur un corps valué KK, l’ensemble M1M_1 des λx\lambda x, où xx parcourt MM et λ\lambda l’ensemble des éléments de KK tels que ∣λ∣≤1|\lambda| \leq 1, est évidemment le plus petit ensemble équilibré contenant MM; on l’appelle l’enveloppe équilibrée de MM.

Proposition 3

Soit KK un corps valué localement compact et non discret, et soit EE un espace vectoriel topologique séparé (resp. un espace vectoriel topologique) sur KK. Pour toute partie compacte (resp. précompacte) HH de EE, l’enveloppe équilibrée de HH est compacte (resp. précompacte).

En effet, si BB désigne la boule ∣ξ∣≤1|\xi| \leq 1 dans KK, l’enveloppe équilibrée de HH est l’image de B×HB \times H par l’application continue m:(λ,x)↦λxm : (\lambda, x) \mapsto \lambda x; si HH est compact et EE séparé, cette image est donc compacte, puisqu’il en est ainsi de BB; si HH est précompact, la restriction à B×HB \times H de mm est uniformément continue (I, p. 5, Remarque 2), et comme B×HB \times H est précompact, il en est de même de son image par mm (TG, II, p. 30, prop. 2).

On notera que l’enveloppe équilibrée d’un ensemble fermé n’est pas nécessairement fermée. Par exemple, dans R2\mathbf{R}^2, l’enveloppe équilibrée de l’hyperbole définie par l’équation xy=1xy = 1 n’est pas fermée.

Comme la réunion d’une famille de parties équilibrées de E est équilibrée, pour toute partie M de E, il y a un plus grand ensemble équilibré N contenu dans M, que l’on appelle le noyau équilibré de M ; pour qu’il soit non vide, il faut et il suffit que 0∈M0 \in M. Dire que x∈Nx \in N signifie que, pour tout λ∈K\lambda \in K tel que ∣λ∣≤1|\lambda| \leq 1, on a λx∈M\lambda x \in M, ou encore (si 0∈M0 \in M) que, pour tout μ∈K\mu \in K tel que ∣μ∣≥1|\mu| \geq 1, on a x∈μMx \in \mu M. Si 0∈M0 \in M, le noyau équilibré N de M est donc l’intersection ⋂∣μ∣≥1μM\bigcap_{|\mu| \geq 1} \mu M. Ceci montre en particulier que si M est fermé, il en est de même de N.

Définition 4

Soient K un corps valué non discret, E un espace vectoriel à gauche sur K, A et B deux parties de E. On dit que A absorbe B s’il existe α>0\alpha > 0 tel que l’on ait λA⊃B\lambda A \supset B pour ∣λ∣≥α|\lambda| \geq \alpha (ce qui équivaut à μB⊂A\mu B \subset A pour μ≠0\mu \neq 0 et ∣μ∣≤α−1|\mu| \leq \alpha^{-1}). Une partie A de E est dite absorbante si elle absorbe toute partie réduite à un point.

Soit A une partie équilibrée de E ; pour qu’elle absorbe une partie B de E, il suffit qu’il existe λ≠0\lambda \neq 0 tel que λA⊃B\lambda A \supset B; en effet, pour ∣μ∣≥∣λ∣|\mu| \geq |\lambda|, on a λA=(λμ−1)μA\lambda A = (\lambda \mu^{-1}) \mu A, et comme μA\mu A est équilibré et ∣λμ−1∣≤1|\lambda \mu^{-1}| \leq 1, λA⊂μA\lambda A \subset \mu A, d’où B⊂μAB \subset \mu A. En particulier, pour qu’une partie équilibrée A de E soit absorbante, il faut et il suffit que pour tout x∈Ex \in E, il existe λ≠0\lambda \neq 0 dans K tel que λx∈A\lambda x \in A. Toute partie absorbante de E engendre l’espace vectoriel E. Toute intersection finie d’ensembles absorbants est un ensemble absorbant.

Proposition 4

Dans un espace vectoriel topologique E sur un corps valué non discret K, il existe un système fondamental B\mathscr{B} de voisinages fermés de 0, tel que : (EV₁) Tout ensemble V∈BV \in \mathscr{B} est équilibré et absorbant. (EV₂) Quels que soient V∈BV \in \mathscr{B} et λ≠0\lambda \neq 0 dans K, on a λV∈B\lambda V \in \mathscr{B} (invariance de B\mathscr{B} par les homothéties de rapport ≠0\neq 0). (EV₃) Pour tout V∈BV \in \mathscr{B}, il existe W∈BW \in \mathscr{B} tel que W+W⊂VW + W \subset V.

Réciproquement, soit E un espace vectoriel sur K, et soit B\mathscr{B} une base de filtre sur E satisfaisant aux conditions (EV₁), (EV₂) et (EV₃). Il existe alors une topologie (et une seule) sur E, compatible avec la structure d’espace vectoriel de E, et pour laquelle B\mathscr{B} soit un système fondamental de voisinages de 0.

Remarquons d’abord qu’en vertu de l’axiome (EVT'₃), le noyau équilibré d’un voisinage V de 0 est un voisinage de 0, car il existe un nombre α>0\alpha > 0 et un voisinage W de 0 tels que les relations ∣λ∣≤α|\lambda| \leq \alpha et x∈Wx \in W entraînent λx∈V\lambda x \in V; comme il y a par hypothèse un élément μ≠0\mu \neq 0 dans K tel que ∣μ∣≤α|\mu| \leq \alpha, μW\mu W est un voisinage de 0 contenu dans V, et pour ∣λ∣≤1|\lambda| \leq 1 et x∈μWx \in \mu W, on a λx∈V\lambda x \in V en vertu du choix de W, d’où notre assertion. En outre, si V est fermé, il en est de même de son noyau équilibré ; donc, en vertu de l’axiome (O₃), vérifié par tout groupe topologique (TG, III, p. 20 et TG, II, p. 5, cor. 3), l’ensemble B\mathscr{B} des voisinages équilibrés et fermés est un système fondamental de voisinages de 0 dans E. D’autre part, en vertu de (EVT'₁), tout voisinage de 0 dans E est absorbant ; il est clair en outre que B\mathscr{B} vérifie (EV₂) (cf. I, p. 3, corollaire) ; enfin, tout système fondamental de voisinages de 0 dans E satisfait à (EV₃) en vertu de la continuité de (x,y)↦x+y(x, y) \mapsto x + y au point (0,0)(0, 0). L’ensemble B\mathscr{B} répond donc à la question.

Soient maintenant E un espace vectoriel sur K, et B\mathscr{B} une base de filtre sur E satisfaisant à (EV₁), (EV₂) et (EV₃). L’axiome (EV₁) montre d’abord que pour tout V∈BV \in \mathscr{B}, on a −V=V-V = V et 0∈V0 \in V; ces relations et l’axiome (EV₃) montrent que B\mathscr{B} est un système fondamental de voisinages de 0 pour une topologie sur E compatible avec la structure de groupe additif de E (TG, III, p. 4). Comme d’autre part les axiomes (EVT₁'), (EVT₂') et (EVT₃') sont des conséquences immédiates de (EV₁) et (EV₂), la topologie ainsi définie satisfait à l’axiome (EVT), ce qui achève la démonstration.

Remarque 1

Dans un espace normé sur un corps valué non discret, l’ensemble des boules ouvertes (resp. des boules fermées) de centre 0 est un système fondamental de voisinages de 0 qui satisfait aux conditions (EV₁), (EV₂) et (EV₃).

Remarque 2

Lorsque le corps K des scalaires est le corps R\mathbf{R} ou le corps C\mathbf{C}, toute base de filtre B\mathscr{B} sur E qui satisfait aux deux seuls axiomes (EV₁) et (EV₃) est un système fondamental de voisinages de 0 pour une topologie compatible avec la structure d’espace vectoriel de E. En effet, tout revient à prouver que, dans ces conditions, pour tout λ≠0\lambda \neq 0 dans K et tout V∈BV \in \mathscr{B}, il existe W∈BW \in \mathscr{B} tel que λW⊂V\lambda W \subset V. Or, il résulte aussitôt de (EV₃) qu’il existe W1∈BW_1 \in \mathscr{B} tel que 2W1⊂V2W_1 \subset V, d’où on déduit, par récurrence sur n, que pour tout entier n>0n > 0 il existe Wn∈BW_n \in \mathscr{B} tel que 2nWn⊂V2^n W_n \subset V. Comme V est équilibré, il suffit de prendre n assez grand pour que 2n=∣2n∣>∣λ∣2^n = |2^n| > |\lambda|; W=WnW = W_n répond à la question.

Ce résultat ne s’étend pas à un corps valué non discret K quelconque, car dans un tel corps on n’a plus nécessairement ∣mε∣=m|m\varepsilon| = m pour tout entier naturel m (ε\varepsilon désignant l’élément unité du corps ; cf. I, p. 22, exerc. 1).

Remarque 3

Si K est un corps discret, les conditions (EVT₁') et (EVT₃') sont vérifiées pour une topologie quelconque sur E. En raisonnant comme dans la prop. 4, on voit aisément que si E est un espace vectoriel topologique sur K, il existe un système fondamental B\mathscr{B} de voisinages fermés de 0 dans E satisfaisant aux conditions (EV₂) et (EV₃). Réciproquement, si une base de filtre B\mathscr{B} sur un espace vectoriel E par rapport à K est telle que 0 appartienne à tous les ensembles de B\mathscr{B}, et satisfait à (EV₂) et (EV₃), B\mathscr{B} est un système fondamental de voisinages de 0 pour une topologie compatible avec la structure d’espace vectoriel de E.

6. Critères de continuité et d’équicontinuité

Soient E et F deux espaces vectoriels topologiques sur un même corps K ; pour qu’une application linéaire ff de E dans F soit continue, il suffit qu’elle soit continue à l’origine (TG, III, p. 15, prop. 23). Cette proposition se généralise de la façon suivante :

Proposition 5

Soient EiE_i (1 ≤i≤n\leq i \leq n) et F des espaces vectoriels topologiques sur un corps valué commutatif et non discret K. Pour qu’une application multilinéaire ff de ∏i=1nEi\prod_{i=1}^n E_i dans F soit continue dans l’espace produit ∏i=1n′Ei\prod_{i=1}^{n'} E_i, il suffit qu’elle soit continue au point (0, 0, ..., 0).

En effet, soit (a1,a2,...,an)(a_1, a_2, ..., a_n) un point quelconque de ∏i=1nEi\prod_{i=1}^n E_i; il faut montrer que pour tout voisinage W de 0 dans F, il existe dans chaque EiE_i (1 ≤i≤n\leq i \leq n) un voisinage ViV_i de 0 tel que les n relations zi∈Viz_i \in V_i entraînent

f(a1+z1,a2+z2,...,an+zn)−f(a1,a2,...,an)∈W. f(a_1 + z_1, a_2 + z_2, ..., a_n + z_n) - f(a_1, a_2, ..., a_n) \in W .

Or, on peut écrire

f(a1+z1,...,an+zn)−f(a1,...,an)=∑HuH f(a_1 + z_1, ..., a_n + z_n) - f(a_1, ..., a_n) = \sum_H u_H

où H parcourt les 2n−12^n - 1 parties de l’intervalle I={1,n}I = \{1, n\} de N\mathbf{N} distinctes de I, et où, pour chaque H, on a uH=f(y1,y2,...,yn)u_H = f(y_1, y_2, ..., y_n), avec yi=aiy_i = a_i pour i∈Hi \in H et yi=ziy_i = z_i pour i∉Hi \notin H. Il existe 2n−12^n - 1 voisinages équilibrés WHW_H de 0 dans F tels que ∑HWH⊂W\sum_H W_H \subset W; d’autre part, comme ff est continue au point (0,...,0)(0, ..., 0) par hypothèse, il existe dans chaque EiE_i un voisinage UiU_i de 0 (1≤i≤n)(1 \leq i \leq n) tel que les nn relations xi∈Uix_i \in U_i entraînent f(x1,...,xn)∈⋂HWHf(x_1, ..., x_n) \in \bigcap_H W_H. Comme UiU_i est absorbant, il existe λi≠0\lambda_i \neq 0 dans K tel que λiai∈Ui\lambda_i a_i \in U_i. Soit λ\lambda un élément de K tel que ∣λ∣≥∏i∈H∣λi∣−1|\lambda| \geq \prod_{i \in H} |\lambda_i|^{-1} pour toute partie H de I ; montrons que les voisinages Vi=λ−1UiV_i = \lambda^{-1} U_i répondent à la question. En effet, si pp est le nombre d’éléments de I−HI - H, on peut alors écrire uH=μf(x1,...,xn)u_H = \mu f(x_1, ..., x_n), avec xi∈Uix_i \in U_i pour 1≤i≤n1 \leq i \leq n, et μ=λ−np(∏i∈Hλi−1)\mu = \lambda^{-np} (\prod_{i \in H} \lambda_i^{-1}), et il résulte des choix précédents que ∣μ∣≤1|\mu| \leq 1, d’où uH∈μWH⊂WHu_H \in \mu W_H \subset W_H, puisque WHW_H est équilibré. La proposition est donc démontrée.

Proposition 6

Les hypothèses sur EiE_i (1≤i≤n1 \leq i \leq n) et F étant celles de la prop. 5, pour qu’un ensemble E\mathscr{E} d’applications multilinéaires de ∏i=1nEi\prod_{i=1}^n E_i dans F soit équicontinu, il suffit qu’il soit équicontinu au point (0,0,...,0)(0, 0, ..., 0)*.

En effet, dans la démonstration de la prop. 5, les UiU_i (1≤i≤n1 \leq i \leq n) peuvent être pris tels que les relations xi∈Uix_i \in U_i (1≤i≤n1 \leq i \leq n) entraînent f(x1,...,xn)∈⋂HWHf(x_1, ..., x_n) \in \bigcap_H W_H pour toute application f∈Ef \in \mathscr{E}.

7. Topologies initiales d’espaces vectoriels

Proposition 7

Soit (Ei)i∈I(E_i)_{i \in I} une famille d’espaces vectoriels topologiques sur un corps topologique K. Soit E un espace vectoriel sur K, et pour chaque i∈Ii \in I, soit fif_i une application linéaire de E dans EiE_i. Alors la moins fine des topologies sur E qui rendent continues toutes les fonctions fif_i est une topologie T\mathscr{T} compatible avec la structure d’espace vectoriel de E. En outre, si pour tout x∈Ex \in E, φ(x)\varphi(x) désigne le point (fi(x))(f_i(x)) de l’espace produit F=∏i∈IEiF = \prod_{i \in I} E_i, la topologie T\mathscr{T} est l’image réciproque par l’application linéaire φ\varphi de la topologie du sous-espace φ(E)\varphi(E) de F.

La dernière partie de la proposition est un cas particulier de TG, I, p. 26, prop. 3. La proposition est alors conséquence du lemme suivant :

Lemme. — Soient M et N deux espaces vectoriels, g une application linéaire de M dans N. Si T0\mathscr{T}_0 est une topologie compatible avec la structure d’espace vectoriel de N, l’image réciproque de T0\mathscr{T}_0 par g est compatible avec la structure d’espace vectoriel de M.

Montrons par exemple que (λ,x)↦λx(\lambda, x) \mapsto \lambda x est continue en tout point (λ0,x0)(\lambda_0, x_0) de K×MK \times M. Posons y=g(x0)y = g(x_0). Tout voisinage de 0 dans MM contient un voisinage de la forme g−1‾(U)\overline{g^{-1}}(U), où UU est un voisinage de 0 dans NN; par hypothèse, il existe un voisinage VV de 0 dans KK et un voisinage WW de 0 dans NN tels que les relations λ−λ0∈V\lambda - \lambda_0 \in V, y−y0∈Wy - y_0 \in W entraînent λy−λ0y0∈U\lambda y - \lambda_0 y_0 \in U. Les relations λ−λ0∈V\lambda - \lambda_0 \in V, x−x0∈g−1‾(W)x - x_0 \in \overline{g^{-1}}(W) entraînent donc λx−λ0x0∈g−1‾(U)\lambda x - \lambda_0 x_0 \in \overline{g^{-1}}(U). On démontre de même que (x,y)↦x−y(x, y) \mapsto x - y est continue dans M×MM \times M.

Pour chaque indice i∈Ii \in I, soit Bi\mathscr{B}_i un système fondamental de voisinages de 0 dans EiE_i. D’après la définition de la topologie T\mathscr{T}, le filtre des voisinages de 0 pour cette topologie est engendré par la réunion des ensembles de parties fi−1‾(Bi)\overline{f_i^{-1}}(\mathscr{B}_i); autrement dit, les ensembles de la forme ⋂kfik−1‾(Vik)\bigcap_k \overline{f_{i_k}^{-1}}(V_{i_k}) forment un système fondamental de voisinages de 0 pour T\mathscr{T}, (ik)1≤k≤n(i_k)_{1 \leq k \leq n} étant une suite finie quelconque d’indices de II, et, pour chaque indice kk, VikV_{i_k} un ensemble quelconque de Bik\mathscr{B}_{i_k}.

Corollaire 1

Soit G un espace vectoriel topologique sur K. Pour qu’un ensemble H d’applications de G dans E soit équicontinu, il faut et il suffit que, pour tout i∈Ii \in I, l’ensemble des fi∘uf_i \circ u, où uu parcourt H, soit équicontinu.* C’est un cas particulier de TG, X, p. 14, prop. 3.

Corollaire 2

Les espaces EiE_i étant supposés séparés, pour que la topologie T\mathscr{T} soit séparée, il faut et il suffit que, pour tout x≠0x \neq 0 dans EE, il existe un indice i∈Ii \in I tel que fi(x)≠0f_i(x) \neq 0.* En effet, φ(E)\varphi(E) est alors un espace séparé, et pour que T\mathscr{T} soit séparée, il faut et il suffit évidemment que φ\varphi soit injective; on notera qu’on peut alors identifier EE (muni de T\mathscr{T}) au sous-espace φ(E)\varphi(E) de ∏i∈IEi\prod_{i \in I} E_i par l’application φ\varphi.

Corollaire 3

Supposons les EiE_i complets et φ(E)\varphi(E) fermé dans F=∏i∈IEiF = \prod_{i \in I} E_i. Alors E est complet pour la topologie T\mathscr{T}.* En effet, le sous-espace φ(E)\varphi(E) de FF est alors complet (TG, II, p. 16, prop. 8 et p. 17, prop. 10), donc il en est de même de EE pour la topologie image réciproque par φ\varphi de celle de φ(E)\varphi(E) (TG, I, p. 51, prop. 10, et TG, II, p. 13, prop. 4).

Exemple

Soient D′(R)\mathscr{D}'(\mathbf{R}) l’espace des distributions sur R\mathbf{R}, pp un nombre tel que 1≤p≤+∞1 \leq p \leq +\infty, j:Lp(R)→D′(R)j : L^p(\mathbf{R}) \to \mathscr{D}'(\mathbf{R}) l’injection canonique, qui est continue (lorsque Lp(R)L^p(\mathbf{R}) est muni de sa topologie d’espace normé et D′(R)\mathscr{D}'(\mathbf{R}) de la topologie forte). Pour toute distribution f∈D′(R)f \in \mathscr{D}'(\mathbf{R}), D(f)D(f) désigne sa dérivée; on rappelle que f↦D(f)f \mapsto D(f) est un endomorphisme continu de D′(R)\mathscr{D}'(\mathbf{R}). Soit alors EE le sous-espace vectoriel de Lp(R)L^p(\mathbf{R}) formé des f∈Lp(R)f \in L^p(\mathbf{R}) telles que D(f)∈Lp(R)D(f) \in L^p(\mathbf{R}), et munissons EE de la topologie la moins fine rendant continues les injections canoniques i:E→Lp(R)i : E \to L^p(\mathbf{R}) et D:E→Lp(R)D : E \to L^p(\mathbf{R}) (Lp(R)L^p(\mathbf{R}) étant muni de sa topologie d’espace normé). Pour cette topologie, l’espace EE est complet. En effet, l’image de EE dans F=Lp(R)×Lp(R)F = L^p(\mathbf{R}) \times L^p(\mathbf{R}) par l’application φ:f↦(f,D(f))\varphi : f \mapsto (f, D(f)) est fermée, car c’est la trace sur Lp(R)×Lp(R)L^p(\mathbf{R}) \times L^p(\mathbf{R}) de l’image G de D′(R)\mathscr{D}'(\mathbf{R}) dans D′(R)×D′(R)\mathscr{D}'(\mathbf{R}) \times \mathscr{D}'(\mathbf{R}) par l’application

φ0:f↦(f,D(f)); \varphi_0 : f \mapsto (f, D(f)) ;

or G est le graphe de φ0\varphi_0, donc est fermé dans D′(R)×D′(R)\mathscr{D}'(\mathbf{R}) \times \mathscr{D}'(\mathbf{R}) (TG, I, p. 53, cor. 2 de la prop. 2), et comme φ(E)\varphi(E) est l’image réciproque de G par i×ii \times i, qui est continue, φ(E)\varphi(E) est fermé dans F. \

Corollaire 4

Soit E un espace vectoriel sur un corps topologique K, et soit (Ti)i∈I(\mathscr{T}_i)_{i \in I} une famille de topologies compatibles avec la structure d’espace vectoriel de E ; alors la borne supérieure T\mathscr{T} des topologies Ti\mathscr{T}_i est compatible avec la structure d’espace vectoriel de E.

En effet, si EiE_i désigne l’espace vectoriel topologique obtenu en munissant E de Ti\mathscr{T}_i, et fif_i l’application identique de E sur EiE_i, T\mathscr{T} est la moins fine des topologies rendant continues les fif_i.

Exercices

See the exercises for § 1.

Transcribed from the printed volume. Not translated.