Bourbaki

§ 1. Semi-normes

Dans tout ce paragraphe, K\mathbf{K} désigne un corps valué non discret.

1. Définition des semi-normes

Définition 1

Soit EE un espace vectoriel à gauche sur K\mathbf{K}. On appelle semi-norme sur EE une application pp de EE dans R+=[0,+∞[\mathbf{R}_+ = [0, +\infty[, vérifiant les axiomes suivants : (SN₁) Quels que soient x∈Ex \in E et λ∈K\lambda \in \mathbf{K}, on a p(λx)=∣λ∣p(x)p(\lambda x) = |\lambda| p(x). (SN₂) Quels que soient x,yx, y dans EE, on a p(x+y)≤p(x)+p(y)p(x + y) \leq p(x) + p(y).

On a l’inégalité :

∣p(x)−p(y)∣≤p(x−y) |p(x) - p(y)| \leq p(x - y)

qui se déduit aussitôt des relations p(x)≤p(y)+p(x−y)p(x) \leq p(y) + p(x - y) et p(y)≤p(x)+p(y−x)p(y) \leq p(x) + p(y - x), puisque p(y−x)=p(x−y)p(y - x) = p(x - y).

Exemple 1

Une norme sur EE est une semi-norme pp telle que la relation p(x)=0p(x) = 0 entraîne x=0x = 0 (I, p. 3).

Exemple 2

Pour toute forme linéaire ff sur EE, la fonction x↦∣f(x)∣x \mapsto |f(x)| est une semi-norme sur EE.

Exemple 3

Soient pip_i (1≤i≤n1 \leq i \leq n) des semi-normes en nombre fini sur EE; il est immédiat que p′(x)=sup⁡1≤i≤npi(x)p'(x) = \sup_{1 \leq i \leq n} p_i(x) et p′′(x)=∑i=1nαipi(x)p''(x) = \sum_{i=1}^n \alpha_i p_i(x) (où les αi\alpha_i sont ≥0\geq 0) sont encore des semi-normes sur EE.

On appelle ultra-semi-norme sur E une application pp de E dans R+\mathbf{R}_+ qui vérifie (SNl_l) et l’axiome suivant :

(SNll′_{ll}') Quels que soient x,yx, y dans E, on a p(x+y)≤sup⁡(p(x),p(y))p(x + y) \leq \sup(p(x), p(y)).

Il est clair qu’une ultra-semi-norme est une semi-norme.

Dire que la valeur absolue sur K est ultramétrique (AC, VI, § 6, n° 2) signifie que c’est une ultra-semi-norme sur l’espace vectoriel à gauche KsK_s qui n’est pas identiquement nulle.

Proposition 1

Soient* E un espace vectoriel topologique à gauche sur K, p une semi-norme sur E. Les conditions suivantes sont équivalentes :

a) p est continue dans E. b) p est continue au point 0. c) p est uniformément continue. d) Pour tout nombre réel α>0\alpha > 0, l’ensemble W(p,α)(p, \alpha) des x∈Ex \in E tels que p(x)<αp(x) < \alpha est ouvert dans E. e) Il existe un nombre réel α>0\alpha > 0, tel que W(p,α)(p, \alpha) soit un voisinage de 0 dans E. f) Pour tout nombre réel α>0\alpha > 0, l’ensemble V(p,α)(p, \alpha) des x∈Ex \in E tels que p(x)≤αp(x) \leq \alpha est un voisinage de 0 dans E.

En effet, les implications c)⇒a)⇒b)⇒d)⇒e)⇒f)⇒c)c) \Rightarrow a) \Rightarrow b) \Rightarrow d) \Rightarrow e) \Rightarrow f) \Rightarrow c) sont immédiates, en vertu de l’inégalité (1) et de (SNl_l).

Corollaire

Si* p est une semi-norme continue dans E et q une semi-norme sur E telle que q≤pq \leq p, alors q est continue dans E.

Lorsque pp est une ultra-semi-norme sur E, les ensembles W(p,α)(p, \alpha) et V(p,α)(p, \alpha) sont à la fois ouverts et fermés. En effet, on a vu que W(p,α)(p, \alpha) est ouvert ; si d’autre part z est adhérent à W(p,α)(p, \alpha), il y a un y∈W(p,α)y \in W(p, \alpha) tel que p(y−z)<αp(y - z) < \alpha, et on tire de (SNll′_{ll}') que p(z)<αp(z) < \alpha, donc W(p,α)(p, \alpha) est fermé. D’autre part, V(p,α)(p, \alpha) est fermé puisque pp est continue ; en outre, si p(x)≤αp(x) \leq \alpha et p(y)≤αp(y) \leq \alpha, on a p(x+y)≤αp(x + y) \leq \alpha en vertu de (SNll′_{ll}'), ce qui montre que V(p,α)(p, \alpha) est ouvert.

2. Topologies définies par des semi-normes

Soient E un espace vectoriel sur K, pp une semi-norme sur E ; pour tout α>0\alpha > 0, soit V(p,α)(p, \alpha) l’ensemble des x∈Ex \in E tels que p(x)≤αp(x) \leq \alpha. Il est clair que si x∈V(p,α)x \in V(p, \alpha) et si λ∈K\lambda \in K est tel que ∣λ∣≤1|\lambda| \leq 1, on a λx∈V(p,α)\lambda x \in V(p, \alpha), autrement dit V(p,α)(p, \alpha) est équilibré. En outre, pour tout x0∈Ex_0 \in E, il existe un scalaire μ∈K\mu \in K non nul tel que ∣μ∣≥p(x0)α−1|\mu| \geq p(x_0) \alpha^{-1}, donc μ−1x0∈V(p,α)\mu^{-1} x_0 \in V(p, \alpha); autrement dit V(p,α)(p, \alpha) est absorbant. Enfin, il résulte de (SNll_{ll}) que l’on a V(p,α/2)+V(p,α/2)⊂V(p,α)V(p, \alpha/2) + V(p, \alpha/2) \subset V(p, \alpha), et de (SNl_l) que pour tout scalaire λ≠0\lambda \neq 0 dans K, on a λV(p,α)=V(p,∣λ∣α)\lambda V(p, \alpha) = V(p, |\lambda| \alpha). On conclut de ces remarques, en vertu de I, p. 47, prop. 4, que lorsque α\alpha parcourt l’ensemble des nombres >0> 0 (ou seulement une suite de nombres >0> 0, tendant vers 0), les ensembles V(p,α)(p, \alpha) constituent un système fondamental de voisinages de 0 pour une topologie compatible avec la structure d’espace vectoriel de E ; on dit que cette topologie est définie par la semi-norme pp. Un espace vectoriel E muni d’une telle topologie est appelé espace semi- normé. On notera que si W(p,α)W(p, \alpha) est l’ensemble des x∈Ex \in E tels que p(x)<αp(x) < \alpha, les W(p,α)W(p, \alpha) constituent (pour α>0\alpha > 0, ou α\alpha parcourant seulement une suite de nombres >0> 0 tendant vers 0) un système fondamental de voisinages de 0 pour la topologie définie par pp.

Si maintenant Γ\Gamma est un ensemble de semi-normes sur EE, la borne supérieure des topologies définies par les semi-normes p∈Γp \in \Gamma est encore compatible avec la structure d’espace vectoriel (I, p. 11, cor. 4). On a un système fondamental de voisinages de 0 pour cette topologie en considérant les intersections finies ⋂iV(pi,αi)\bigcap_i V(p_i, \alpha_i) avec pi∈Γp_i \in \Gamma et αi>0\alpha_i > 0. On dit que cette topologie est définie par l’ensemble Γ\Gamma de semi-normes. C’est la topologie la moins fine sur EE parmi celles qui sont invariantes par toute translation et qui rendent continues les semi-normes p∈Γp \in \Gamma.

Soit EE un espace vectoriel topologique sur KK; on dit qu’un ensemble Γ\Gamma de semi-normes sur EE est un système fondamental de semi-normes si la topologie de EE est égale à la topologie définie par Γ\Gamma.

Soit EE un espace vectoriel sur KK, muni de la topologie définie par un ensemble de semi-normes Γ\Gamma. Pour toute semi-norme pp, on a p(x−z)≤p(x−y)+p(y−z)p(x - z) \leq p(x - y) + p(y - z), ce qui montre que la fonction (x,y)↦p(x−y)(x, y) \mapsto p(x - y) est un écart sur EE (TG, IX, p. 1); il résulte des définitions que l’ensemble de ces écarts, lorsque pp parcourt Γ\Gamma, définit la structure uniforme de l’espace vectoriel topologique EE.

Remarque 1

La topologie définie par un ensemble fini de semi-normes pip_i sur EE (1≤i≤n1 \leq i \leq n) peut être définie par la seule semi-norme p=sup⁡1≤i≤npip = \sup_{1 \leq i \leq n} p_i. Par contre une topologie définie par un ensemble infini de semi-normes ne peut en général être définie par une seule semi-norme (III, p. 38, exerc. 2).

Remarque 2

Soit (Tι)ι∈I(\mathscr{T}_\iota)_{\iota \in I} une famille de topologies sur un espace vectoriel EE sur KK, dont chacune est définie par un ensemble Γι\Gamma_\iota de semi-normes. Alors la topologie définie par l’ensemble de semi-normes Γ=⋃ι∈IΓι\Gamma = \bigcup_{\iota \in I} \Gamma_\iota est la borne supérieure des topologies Tι\mathscr{T}_\iota.

Remarque 3

La relation « il existe λ>0\lambda > 0 tel que p≤λqp \leq \lambda q » entre deux semi-normes p,qp, q sur EE est une relation de préordre. Si Γ0\Gamma_0 est un ensemble de semi-normes filtrant croissant pour cette relation de préordre, on obtient un système fondamental de voisinages de 0 pour la topologie définie par Γ0\Gamma_0 en prenant l’ensemble des V(p,α)V(p, \alpha), où p∈Γ0p \in \Gamma_0 et α>0\alpha > 0. Si Γ\Gamma est un ensemble quelconque de semi-normes sur EE, on obtient un ensemble filtrant de semi-normes définissant la même topologie que Γ\Gamma en prenant l’ensemble Γ0\Gamma_0 des enveloppes supérieures de toutes les familles finies de semi-normes appartenant à Γ\Gamma.

Remarque 4

Même si K=RK = \mathbf{R}, la topologie d’un espace vectoriel topologique sur KK ne peut pas toujours être définie par un ensemble de semi-normes (cf. II, p. 26).

Exemple

Soit C∞(R)\mathscr{C}^\infty(\mathbf{R}) l’espace vectoriel sur R\mathbf{R} des fonctions numériques indéfiniment dérivables dans R\mathbf{R}. Pour toute fonction f∈C∞(R)f \in \mathscr{C}^\infty(\mathbf{R}) et tout couple d’entiers n≥0n \geq 0, m≥1m \geq 1, posons :

pn,m(f)=sup⁡−m≤t≤m∣f(n)(t)∣ p_{n,m}(f) = \sup_{-m \leq t \leq m} |f^{(n)}(t)|

avec f(0)=ff^{(0)} = f. Il est immédiat que les pn,mp_{n,m} sont des semi-normes sur C∞(R)\mathscr{C}^\infty(\mathbf{R}). Pour que des fonctions fαf_\alpha convergent vers 0 (suivant un filtre F\mathfrak{F} sur l’ensemble des indices) dans C∞(R)\mathscr{C}^\infty(\mathbf{R}) pour la topologie T\mathscr{T} définie par les semi-normes pn,mp_{n,m}, il faut et il suffit que, pour tout entier n≥0n \geq 0, les fonctions fα(n)f_\alpha^{(n)} tendent vers 0 (suivant F\mathfrak{F}) uniformément dans toute partie compacte de R\mathbf{R}. On dit que T\mathscr{T} est la topologie de la convergence compacte pour les fonctions f∈C∞(R)f \in \mathscr{C}^\infty(\mathbf{R}) et toutes leurs dérivées (cf. III, p. 9).

Proposition 2

Soient Γ\Gamma un ensemble de semi-normes sur un espace vectoriel EE, T\mathscr{T} la topologie sur EE définie par Γ\Gamma.

(i) L’adhérence de {0}\{0\} dans EE pour T\mathscr{T} est l’ensemble des x∈Ex \in E tels que p(x)=0p(x) = 0 pour toute semi-norme p∈Γp \in \Gamma.

(ii) Si T\mathscr{T} est séparée et si Γ\Gamma est dénombrable, T\mathscr{T} est métrisable.

La proposition résulte aussitôt des définitions et de TG, IX, p. 15, cor. 1.

On notera que si T\mathscr{T} est métrisable, T\mathscr{T} ne peut pas toujours être définie par une seule norme ; c’est le cas de l’exemple donné ci-dessus (cf. IV, p. 18, Exemple 4).

Soit EE un espace vectoriel sur KK, muni de la topologie définie par un ensemble de semi-normes Γ\Gamma. Soit E^\hat{E} le séparé complété de EE (I, p. 6), et soit Γ^\hat{\Gamma} l’ensemble des applications p^\hat{p} de E^\hat{E} dans R+\mathbf{R}_+, où pp parcourt Γ\Gamma (TG, II, p. 24, prop. 15). En vertu du principe de prolongement des inégalités, les fonctions p^∈Γ^\hat{p} \in \hat{\Gamma} sont des semi-normes sur E^\hat{E}, et les fonctions p^(x−y)\hat{p}(x - y) forment un ensemble d’écarts définissant la structure uniforme de E^\hat{E} (TG, IX, p. 5, prop. 1). On voit donc que Γ^\hat{\Gamma} est un ensemble fondamental de semi-normes définissant la topologie de E^\hat{E}.

3. Semi-normes dans les espaces quotients et les espaces produits

Soit EE un espace vectoriel topologique sur KK, dont la topologie est définié par un ensemble Γ\Gamma de semi-normes. Il est clair que les restrictions des semi-normes de Γ\Gamma à un sous-espace vectoriel MM de EE définissent la topologie induite sur MM par celle de EE.

Soit φ\varphi l’application canonique de EE sur l’espace vectoriel quotient E/ME/M. Montrons que, pour toute semi-norme pp sur EE, la fonction

p˙(z)=inf⁡φ(x)=zp(x) \dot{p}(z) = \inf_{\varphi(x) = z} p(x)

est une semi-norme sur E/ME/M. En effet, il est clair que p˙\dot{p} vérifie la condition (SNI_I) ; d’autre part, si z′,z′′z', z'' sont deux vecteurs de E/ME/M, on a :

inf⁡φ(x)=z′+z′′p(x)≤inf⁡φ(x′)=z′,φ(x′′)=z′′p(x′+x′′)≤inf⁡φ(x′)=z′,φ(x′′)=z′′(p(x′)+p(x′′))=inf⁡φ(x′)=z′p(x′)+inf⁡φ(x′′)=z′′p(x′′) \begin{align*} \inf_{\varphi(x) = z' + z''} p(x) &\leq \inf_{\varphi(x') = z', \varphi(x'') = z''} p(x' + x'') \\ &\leq \inf_{\varphi(x') = z', \varphi(x'') = z''} (p(x') + p(x'')) \\ &= \inf_{\varphi(x') = z'} p(x') + \inf_{\varphi(x'') = z''} p(x'') \end{align*}

ce qui montre que p˙\dot{p} vérifie (SNII_{II}). On dit que p˙\dot{p} est la semi-norme quotient de pp par MM.

On notera que le même raisonnement prouve que si pp est une ultra-semi-norme, il en est de même de p˙\dot{p}.

Cela étant, on a, pour tout α>0\alpha > 0 (avec les notations du no 2) :

φ(W(p,α))=W(p˙,α). \varphi(\mathrm{W}(p, \alpha)) = \mathrm{W}(\dot{p}, \alpha) .

En effet, dire que p˙(z)<α\dot{p}(z) < \alpha signifie qu’il existe x∈Ex \in E tel que φ(x)=z\varphi(x) = z et p(x)<αp(x) < \alpha, d’où la relation (4).

On conclut de là que si l’ensemble Γ\Gamma de semi-normes est filtrant (II, p. 3, Remarque 3), alors la topologie quotient sur E/ME/M est définie par l’ensemble des semi-normes p˙\dot{p}, lorsque pp parcourt Γ\Gamma.

Si NN est l’adhérence de 0 dans EE, la topologie de E/NE/N est définie par les semi-normes quotients p˙\dot{p} où pp parcourt Γ\Gamma (même si Γ\Gamma n’est pas filtrant); on a ici p˙(x˙)=p(x)\dot{p}(\dot{x}) = p(x) pour tout xx appartenant à une classe x˙\dot{x} mod. NN. On notera que E/NE/N n’est autre que l’espace séparé associé à EE (I, p. 4).

Soient EE un espace vectoriel sur KK, (Ei)i∈I(E_i)_{i \in I} une famille d’espaces vectoriels sur KK, EiE_i étant muni d’une topologie Ti\mathscr{T}_i définie par un ensemble de semi-normes Γi\Gamma_i. Pour chaque i∈Ii \in I, soit fif_i une application linéaire de EE dans EiE_i; il est clair que lorsque pip_i parcourt l’ensemble Γi\Gamma_i, les pi∘fip_i \circ f_i forment un ensemble Γi′\Gamma'_i de semi-normes sur EE. La topologie T\mathscr{T} sur EE, définie comme étant la moins fine de celles rendant continues toutes les applications fif_i (I, p. 9) est alors définie par l’ensemble de semi-normes Γ′=⋃i∈IΓi′\Gamma' = \bigcup_{i \in I} \Gamma'_i, comme il résulte de la définition des voisinages de 0 pour T\mathscr{T} (TG, I, p. 12, prop. 4).

Si les pip_i sont des ultra-semi-normes, il en est de même des pi∘fip_i \circ f_i.

Soit EE un espace vectoriel sur KK, muni d’une topologie T\mathscr{T} définie par une famille de semi-normes (pi)i∈I(p_i)_{i \in I}; pour tout i∈Ii \in I, soit Ti\mathscr{T}_i la topologie définie par la seule semi-norme pip_i, et notons EiE_i l’espace obtenu en munissant EE de pip_i. Alors la topologie T\mathscr{T} est l’image réciproque par l’application diagonale Δ:E→∏i∈IEi\Delta : E \to \prod_{i \in I} E_i de la topologie produit sur ∏i∈IEi\prod_{i \in I} E_i (I, p. 9, prop. 7). Pour tout i∈Ii \in I, désignons par NiN_i l’adhérence de 0 dans EiE_i, par Fi=Ei/NiF_i = E_i / N_i l’espace normé défini par la norme p˙i\dot{p}_i correspondant à pip_i (II, p. 4, formule (3)); si φi:Ei→Fi\varphi_i : E_i \to F_i est l’application canonique, et φ:(xi)↦(φi(xi))\varphi : (x_i) \mapsto (\varphi_i(x_i)) l’application produit, on sait que la topologie produit sur ∏i∈IEi\prod_{i \in I} E_i est l’image réciproque par φ\varphi de la topologie produit sur ∏i∈IFi\prod_{i \in I} F_i (TG, II, p. 26, prop. 18); la topologie T\mathscr{T} est donc l’image réciproque par l’application composée φ∘Δ\varphi \circ \Delta de la topologie produit sur ∏i∈IFi\prod_{i \in I} F_i. Si en particulier T\mathscr{T} est séparée, il résulte de II, p. 4, prop. 2 que l’application φ∘Δ\varphi \circ \Delta est injective, donc :

Proposition 3

Tout espace vectoriel topologique séparé EE sur KK, dont la topologie est définie par un ensemble de semi-normes, est isomorphe à un sous-espace d’un produit d’espaces de Banach.

Si de plus la topologie de EE est définie par une famille dénombrable de semi-normes, EE est métrisable (I, p. 16).

4. Critères d’équicontinuité des applications multilinéaires pour les topologies définies par des semi-normes

Proposition 4

Soient EiE_i (1≤i≤n1 \leq i \leq n) et FF des espaces vectoriels topologiques sur KK; on suppose que pour tout ii, la topologie de EiE_i est définie par un ensemble filtrant de semi-normes Γi\Gamma_i et que la topologie de FF est définie par un ensemble de semi-normes Γ\Gamma.

Pour qu’un ensemble HH d’applications multilinéaires de ∏i=1nEi\prod_{i=1}^n E_i dans FF soit équicontinu, il faut et il suffit que, pour toute semi-norme q∈Γq \in \Gamma, il existe pour chaque indice ii une semi-norme pi∈Γip_i \in \Gamma_i, ainsi qu’un nombre a>0a > 0, tels que l’on ait, pour toute fonction u∈Hu \in H et tout point (xi)∈∏i=1nEi(x_i) \in \prod_{i=1}^n E_i,

q(u(x1,x2,…,xn))≤a⋅p1(x1) p2(x2)⋯pn(xn). q(u(x_1, x_2, \ldots, x_n)) \leq a \cdot p_1(x_1) \, p_2(x_2) \cdots p_n(x_n) .

La condition est suffisante, car si elle est vérifiée, HH est équicontinu au point (0,0,…,0)(0, 0, \ldots, 0), donc partout (I, p. 9, prop. 6).

Montrons que la condition est nécessaire. Par hypothèse, pour toute semi-norme q∈Γq \in \Gamma et tout nombre β>0\beta > 0, il existe nn nombres αi>0\alpha_i > 0 (1≤i≤n1 \leq i \leq n) et, pour chaque indice ii, une semi-norme pi∈Γip_i \in \Gamma_i, tels que les relations pi(xi)≤αip_i(x_i) \leq \alpha_i pour 1≤i≤n1 \leq i \leq n entraînent q(u(x1,x2,…,xn))≤βq(u(x_1, x_2, \ldots, x_n)) \leq \beta pour toute fonction u∈Hu \in H. Comme KK est non discret, on peut même supposer que l’on a, pour tout ii, αi=∣λi∣<1\alpha_i = |\lambda_i| < 1 où λi∈K\lambda_i \in K.

Soit alors (x1,…,xn)(x_1, \ldots, x_n) un point quelconque de ∏i=1nEi\prod_{i=1}^n E_i, et pour chaque indice ii, soit mi∈Zm_i \in \mathbf{Z} un entier tel que pi(xi)≤∣λi∣mi+1p_i(x_i) \leq |\lambda_i|^{m_i + 1}; cela s’écrit aussi pi(λi−mixi)≤∣λi∣p_i(\lambda_i^{-m_i} x_i) \leq |\lambda_i| (1≤i≤n1 \leq i \leq n), donc on a par hypothèse :

q(u(x1,x2,…,xn))≤β∣λ1∣m1∣λ2∣m2⋯∣λn∣mn. q(u(x_1, x_2, \ldots, x_n)) \leq \beta |\lambda_1|^{m_1} |\lambda_2|^{m_2} \cdots |\lambda_n|^{m_n} .

Supposons d’abord que l’un des pi(xi)p_i(x_i) soit nul. Alors, on peut prendre mi∈Nm_i \in \mathbf{N} arbitrairement grand, donc

q(u(x1,x2,…,xn))=0. q(u(x_1, x_2, \ldots, x_n)) = 0 .

Si au contraire tous les pi(xi)p_i(x_i) sont ≠0\neq 0, prenons pour chaque ii l’entier mim_i tel que ∣λi∣mi+2<pi(xi)≤∣λi∣mi+1|\lambda_i|^{m_i + 2} < p_i(x_i) \leq |\lambda_i|^{m_i + 1}; alors on a

∣λi∣mi<∣λi∣−2pi(xi), |\lambda_i|^{m_i} < |\lambda_i|^{-2} p_i(x_i) ,

d’où en vertu de (6), la relation (5) avec a=β(∣λ1∣⋅∣λ2∣⋯∣λn∣)−2a = \beta (|\lambda_1| \cdot |\lambda_2| \cdots |\lambda_n|)^{-2}.

C.Q.F.D.

Corollaire

Pour que HH soit équicontinu, il faut et il suffit que, pour toute semi-norme q∈Γq \in \Gamma, il existe un voisinage de 0 dans ∏i=1nEi\prod_{i=1}^n E_i dans lequel les fonctions q∘uq \circ u, pour u∈Hu \in H, soient uniformément bornées.

La condition est évidemment nécessaire, et la démonstration de la prop. 4 montre qu’elle entraîne une inégalité de la forme (5) pour tout u∈Hu \in \mathrm{H}, donc l’équicontinuité de H\mathrm{H}.

Nous expliciterons le cas particulier de la prop. 4 relatif aux applications linéaires :

Proposition 5

Soient E,FE, F deux espaces vectoriels topologiques sur un corps valué non discret KK; on suppose que la topologie de EE (resp. FF) est définie par un ensemble Γ\Gamma (resp. Γ′\Gamma') de semi-normes. Soit H\mathrm{H} un ensemble d’applications linéaires de EE dans FF. Les conditions suivantes sont équivalentes : a) H\mathrm{H} est équicontinu. b) Pour toute semi-norme q∈Γ′q \in \Gamma', il existe une famille finie (pi)1≤i≤n(p_i)_{1 \leq i \leq n} de semi-normes appartenant à Γ\Gamma et un nombre a>0a > 0 tels que l’on ait, pour tout x∈Ex \in E et toute u∈Hu \in \mathrm{H},

q(u(x))≤a⋅sup⁡1≤i≤npi(x). q(u(x)) \leq a \cdot \sup_{1 \leq i \leq n} p_i(x) .
c) Pour toute semi-norme q∈Γ′q \in \Gamma', sup⁡u∈H(q∘u)\sup_{u \in \mathrm{H}} (q \circ u) est une semi-norme continue sur EE.

Corollaire 1

Soient EE un espace vectoriel sur KK, T,T′\mathscr{T}, \mathscr{T}' deux topologies sur EE définies respectivement par deux ensembles Γ,Γ′\Gamma, \Gamma' de semi-normes. Pour que T\mathscr{T} soit plus fine que T′\mathscr{T}', il faut et il suffit que, pour toute semi-norme q∈Γ′q \in \Gamma', il existe une famille finie (pi)1≤i≤n(p_i)_{1 \leq i \leq n} de semi-normes appartenant à Γ\Gamma et un nombre a>0a > 0 tels que l’on ait q(x)≤a⋅sup⁡1≤i≤npi(x)q(x) \leq a \cdot \sup_{1 \leq i \leq n} p_i(x) pour tout x∈Ex \in E. En effet, cela exprime que l’application identique de EE muni de T\mathscr{T}, sur EE muni de T′\mathscr{T}', est continue.

Corollaire 2

Soit EE un espace vectoriel topologique sur KK, dont la topologie T\mathscr{T} est définie par un ensemble filtrant Γ\Gamma de semi-normes; pour toute semi-norme p∈Γp \in \Gamma, soit EpE_p l’espace obtenu en munissant EE de pp. L’ensemble E′E' des formes linéaires sur EE continues pour T\mathscr{T} est réunion des ensembles Ep′E'_p, où Ep′E'_p est l’ensemble des formes linéaires continues dans EpE_p (p∈Γp \in \Gamma).

Transcribed from the printed volume. Not translated.