§ 2. Ensembles convexes
1. Définition d’un ensemble convexe
Étant donnés deux points d’un espace affine , l’ensemble des points où est appelé segment fermé d’extrémités et ; il est réduit à un point lorsque . Le complémentaire de dans ce segment est appelé le segment ouvert en , fermé en , d’extrémités ; il est vide si . Enfin, le complémentaire de dans le segment fermé d’extrémités et est appelé le segment ouvert d’extrémités et ; il est vide si .
Définition 1
Dans un espace affine E, on dit qu’un ensemble A est convexe si, quels que soient les points x, y de A, le segment fermé d’extrémités x et y est contenu dans A.
Comme , cette définition équivaut à la suivante : l’ensemble A est convexe si, pour tout point , le transformé de A par toute homothétie de centre a et de rapport tel que , est contenu dans A (autrement dit, A est stable pour ces homothéties).
Exemple 1
Toute variété linéaire affine de E (et en particulier l’ensemble vide) est convexe.
Exemple 2
Les seules parties convexes non vides de sont les intervalles (TG, IV, p. 7, prop. 1).
Cite 1
Exemple 3
Soient E un espace vectoriel et une norme sur E ; la boule unité B, formée des points x tels que , est convexe, car les relations entraînent, pour
Remarque
Soit A un ensemble convexe dans un espace vectoriel E ; quels que soient les scalaires et , on a
Proposition 1
Soit une famille de points d’un ensemble convexe A ; tout barycentre des affectés de masses positives (telles que et sauf pour un nombre fini d’indices, cf. A, II, p. 128) appartient à A.
On peut évidemment se borner au cas où l’ensemble d’indices est un intervalle fini de , et où pour tout indice i ; la proposition est triviale pour ; démontrons-la par récurrence sur . Posons , et ; l’hypothèse de récurrence entraîne la relation . Comme on a et , le point appartient à A d’après la déf. 1.
Proposition 2
Soient E et F deux espaces affines, f une application linéaire affine de E dans F ; l’image par f de toute partie convexe de E et l’image réciproque par f de toute partie convexe de F sont des ensembles convexes.
La première partie résulte de ce que l’image par f du segment fermé d’extrémités x, y est le segment fermé d’extrémités . On déduit de là que l’image réciproque par d’un segment fermé de F contient le segment fermé ayant pour extrémités deux quelconques de ses points, d’où la seconde partie de la prop. 2.
En particulier, l’image d’un ensemble convexe par une homothétie ou une translation est convexe.
Proposition 3
Soient E un espace affine, H un hyperplan défini par la relation , où g est une fonction affine non constante sur E. Les demi-espaces définis par l’une des relations , , , sont des ensembles convexes.
En effet, ce sont les images réciproques par l’application affine d’intervalles de , qui sont convexes.
Avec les notations de la prop. 3, les points d’une partie M d’un espace affine sont dits d’un même côté (resp. strictement d’un même côté) de l’hyperplan H si M est contenue dans un des demi-espaces définis par ou (resp. ou .)
Proposition 4
Soit H un hyperplan dans un espace affine E. Pour que les points d’une partie convexe A de E soient strictement d’un même côté de H, il faut et il suffit que A ne rencontre pas H.
La condition est évidemment nécessaire. Inversement supposons-la remplie, et soit une équation de H (g application linéaire affine de E dans ). L’ensemble est convexe dans , donc est un intervalle, et on a . Il en résulte que a un signe constant lorsque parcourt A.
2. Intersections d’ensembles convexes. Produits d’ensembles convexes
Proposition 5
L’intersection d’une famille quelconque de parties convexes d’un espace affine E est convexe.
Cite 1
La proposition est évidente à partir de la déf. 1 de II, p. 8.
Proposition 6
Soit une famille d’espaces vectoriels, et pour chaque , soit une partie non vide de . Pour que l’ensemble soit convexe dans , il faut et il suffit que, pour tout , l’ensemble soit convexe dans .
En effet, chacune des projections est une application linéaire, et on a et ; la proposition résulte donc des prop. 2 (II, p. 8) et 5.
Corollaire
Dans l’espace , tout parallélétope (TG, VI, p. 3) est un ensemble convexe.
En effet, c’est l’image d’un pavé par une application linéaire affine, et un pavé de est convexe en vertu de la prop. 6.
Proposition 7
Soient E un espace vectoriel, A et B deux parties convexes de E. Quels que soient les nombres réels α et β, l’ensemble αA + βB (ensemble des αx + βy, où x parcourt A et y parcourt B) est convexe.
En effet, αA + βB est l’image de l’ensemble convexe A × B dans E × E par l’application linéaire (x, y) ↦ αx + βy de E × E dans E.
3. Enveloppe convexe d’un ensemble
Définition 2
Étant donnée une partie quelconque A d’un espace affine E, on appelle enveloppe convexe de A l’intersection des ensembles convexes contenant A, c’est-à-dire (II, p. 9, prop. 5) le plus petit ensemble convexe contenant A.
Cite 1
Proposition 8
Soit (A_i)_{i∈I} une famille de parties convexes d’un espace affine E ; l’enveloppe convexe de est identique à l’ensemble des combinaisons linéaires , où , pour tout ( sauf pour un nombre fini d’indices) et .
Cite 1
En effet, l’ensemble C de ces combinaisons linéaires est évidemment contenu dans tout ensemble convexe contenant les A_i (II, p. 8, prop. 1), et d’autre part, on a pour tout i ; tout revient à prouver que C est convexe. Soient , deux points de C, et un nombre tel que ; posons pour tout , et soit J la partie (finie) de I formée des indices i tels que ; on peut écrire
Corollaire 1
L’enveloppe convexe d’une partie A de E est identique à l’ensemble des combinaisons linéaires , où est une famille finie quelconque de points de A, pour tout i et .
La dimension de la variété linéaire affine (A, II, p. 129) engendrée par un ensemble convexe A, est encore appelée la dimension de A.
Soit E un espace vectoriel. L’enveloppe convexe C de l’enveloppe équilibrée d’une partie A de E est encore appelée l’enveloppe convexe équilibrée (ou enveloppe convexe symétrique) de A ; il est immédiat que c’est le plus petit ensemble convexe symétrique contenant A ; c’est aussi l’enveloppe convexe de , car tout point de l’enveloppe équilibrée de A appartient à un segment d’extrémités a et −a, où . L’ensemble C est égal à l’ensemble des combinaisons linéaires où et
Corollaire 2
Soient E et F deux espaces affines, f une application linéaire affine de E dans F ; pour toute partie A de E, l’enveloppe convexe de f(A) est l’image par f de l’enveloppe convexe de A.
On a un énoncé analogue pour les applications linéaires et les enveloppes convexes équilibrées.
4. Cônes convexes
Définition 3
On dit qu’une partie C d’un espace affine E est un cône de sommet x_0 si C est stable pour toutes les homothéties de centre x_0 et de rapport > 0.
Nous supposerons, dans ce n° et le suivant, qu’on a choisi comme origine dans E le sommet du cône que l’on considère ; autrement dit, nous supposerons que E est un espace vectoriel, et quand nous parlerons d’un cône, il sera sous-entendu que c’est un cône de sommet 0. On appelle demi-droite ouverte (resp. fermée) d’origine 0 l’ensemble des points de la forme pour (resp. ), où est un vecteur non nul.
Un cône C de sommet 0 est dit pointé si , épointé dans le cas contraire. Un cône pointé est, ou bien réduit à 0, ou bien réunion d’un ensemble de demi-droites fermées d’origine 0. Un cône épointé est réunion d’un ensemble (éventuellement vide) de demi-droites ouvertes d’origine 0. Si C est un cône épointé, est un cône pointé. Si C est un cône pointé, est un cône épointé.
Si C est un cône convexe épointé, est un cône convexe pointé. Par contre, si C est un cône convexe pointé, n’est pas nécessairement convexe. Disons qu’un cône convexe pointé est saillant s’il ne contient aucune droite passant par 0. Alors :
Proposition 9
Pour qu’un cône convexe pointé C soit saillant, il faut et il suffit que le cône épointé C’, complémentaire de 0 par rapport à C, soit convexe.
Si C contient une droite passant par 0, il est évident que C’ n’est pas convexe. Supposons maintenant C saillant, et soient x et y deux points de C’. Le segment fermé d’extrémités x, y est contenu dans C ; s’il contenait 0, on aurait pour un tel que , donc avec , de sorte que C contiendrait la droite passant par 0 et x, contrairement à l’hypothèse.
Proposition 10
Pour qu’un ensemble C soit un cône convexe, il faut et il suffit que l’on ait et pour tout .
Cite 1
En effet, la condition pour tout caractérise les cônes. Si est convexe, on a (II, p. 8, Remarque). Inversement, si le cône est tel que , on a, pour , , ce qui prouve que est convexe.
Corollaire 1
Si C est un cône convexe non vide, le sous-espace vectoriel engendré par C est l’ensemble* (ensemble des , où et parcourent ).
En effet, si , est non vide ; on a pour tout , et , ce qui montre que est un sous-espace vectoriel. Tout sous-espace vectoriel contenant contient évidemment .
Corollaire 2
Si C est un cône convexe pointé, le plus grand sous-espace vectoriel contenu dans C est l’ensemble* .
En effet, si , est non vide ; on a pour tout , et
Il est clair que, si est une application linéaire de dans un espace vectoriel , l’image de tout cône convexe dans est un cône convexe dans . Toute intersection de cônes convexes (de sommet 0) dans est un cône convexe. Pour tout ensemble , l’intersection de tous les cônes convexes contenant (il en existe, ne serait-ce que lui-même) est donc le plus petit cône convexe contenant ; on dit que c’est le cône convexe engendré par .
Proposition 11
Soit* une famille de cônes convexes dans ; le cône convexe engendré par la réunion des est identique à l’ensemble des sommes , où est une partie finie non vide quelconque de , et où pour tout .
En effet, l’ensemble de ces sommes est évidemment un cône convexe contenant la réunion des et contenu dans tout cône convexe contenant cette réunion.
Corollaire
Soit* une partie de ; le cône convexe engendré par est identique à l’ensemble des combinaisons linéaires , où est une famille finie non vide quelconque de points de , et où pour tout .
Il suffit de remarquer que, si un cône convexe contient un point , il contient l’ensemble des , où parcourt l’ensemble des nombres , et que est un cône convexe.
Proposition 12
Soit* une partie convexe de . Le cône convexe engendré par est identique à .
Cité par 1
Cité par Remarque 1
L’ensemble est évidemment un cône ; il suffit de montrer que est convexe. Soient et deux points de (). Soient tels que . On a , avec , et ; donc .
Remarque 1
Avec les hypothèses de la prop. 12, si , le cône est épointé, donc est saillant.
Cite 1
Cite Proposition 12
Remarque 2
Soit un ensemble convexe quelconque dans ; considérons, dans l’espace , l’ensemble convexe et le cône convexe de sommet 0 engendré par . La prop. 12 prouve que est l’intersection de et de l’hyperplan dans . Tout ensemble convexe dans peut donc être considéré comme la projection sur de l’intersection d’un cône convexe de sommet 0 dans , et de l’hyperplan .
5. Espaces vectoriels ordonnés
Soit un espace vectoriel ; on dit qu’une structure de préordre sur , notée ou , est compatible avec la structure d’espace vectoriel de si elle satisfait aux deux axiomes suivants :
(EO) La relation entraîne quel que soit .
(EO) La relation entraîne pour tout scalaire .
L’espace vectoriel , muni de ces deux structures, est appelé espace vectoriel préordonné (resp. espace vectoriel ordonné lorsque la relation de préordre sur est une relation d’ordre).
On notera que l’axiome (EO) signifie que la structure de préordre et la structure de groupe additif de sont compatibles, autrement dit que , muni de ces deux structures, est un groupe préordonné (A, VI, p. 3).
Exemple
Sur l’espace vectoriel de toutes les fonctions numériques finies définies dans un ensemble , la relation d’ordre « quel que soit , » est compatible avec la structure d’espace vectoriel de .
Proposition 13
(i) Si est un espace vectoriel préordonné, l’ensemble des éléments de est un cône convexe pointé.
Cite 1
(ii) Inversement, soit un cône convexe pointé dans ; alors la relation est une relation de préordre dans , et la structure de préordre qu’elle définit sur est la seule qui soit compatible avec la structure d’espace vectoriel de , et pour laquelle soit l’ensemble des éléments .
(iii) Pour que le cône convexe pointé soit tel que soit une relation d’ordre sur , il faut et il suffit que soit saillant.
(i) Les axiomes (EO) et (EO) entraînent et pour tout , et comme , est un cône convexe pointé (II, p. 11, prop. 10).
(ii) Inversement, si est un cône convexe pointé, la relation entraîne que la relation est une relation de préordre compatible avec la structure de groupe additif de (A, VI, p. 3, prop. 3) ; il est clair que si on l’écrit , l’ensemble est identique à l’ensemble des ; en outre, la relation pour tout signifie que l’axiome (EO) est vérifié.
(iii) Dire que est saillant signifie que (II, p. 12, cor. 2), donc que est une relation d’ordre.
Exemple
\* Soit H un espace hilbertien réel ; dans l’espace vectoriel des endomorphismes continus de H, les endomorphismes hermitiens positifs forment un cône convexe pointé saillant ; ce cône définit donc une structure d’ordre compatible avec la structure d’espace vectoriel de et pour laquelle la relation signifie que est un endomorphisme hermitien positif. \
Si P est un cône convexe pointé quelconque dans un espace vectoriel E, est un sous-espace vectoriel H de E (II, p. 12, cor. 2). L’image canonique de P dans E/H est un cône convexe, et l’image réciproque de dans E est P. On a donc , et définit sur E/H une structure d’ordre compatible avec sa structure d’espace vectoriel.
On dit qu’une forme linéaire sur un espace vectoriel préordonné E est positive si, pour tout dans E, on a . Il revient au même de dire que le cône convexe P des éléments de E est contenu dans le demi-espace des tels que . Il est clair que, dans le dual de E, les formes linéaires positives forment un cône convexe pointé.
Cite 1
6. Ensembles convexes dans les espaces vectoriels topologiques
Proposition 14
Dans un espace vectoriel topologique E, l’adhérence d’un ensemble convexe (resp. d’un cône convexe) est un ensemble convexe (resp. un cône convexe de même sommet).
En effet, soit A un ensemble convexe ; pour tout tel que , l’application est continue dans et applique dans A ; donc (TG, I, p. 9, th. 1) elle applique dans , ce qui démontre que est convexe. On prouve de même que, si C est un cône convexe de sommet 0, on a et pour tout .
Définition 4
Étant donnée une partie quelconque A d’un espace vectoriel topologique E, on appelle enveloppe fermée convexe de A l’intersection des ensembles fermés convexes contenant A, c’est-à-dire le plus petit ensemble fermé convexe contenant A.
Cite 1
D’après la prop. 14, l’enveloppe fermée convexe de A est l’adhérence de l’enveloppe convexe de A ; elle est évidemment identique à l’enveloppe fermée convexe de .
On appelle de même enveloppe fermée convexe symétrique (ou enveloppe fermée convexe équilibrée) de A le plus petit ensemble fermé, convexe et symétrique contenant A ; c’est l’adhérence de l’enveloppe convexe symétrique de A (II, p. 10) ; elle est aussi l’enveloppe fermée convexe symétrique de .
Proposition 15
Dans un espace vectoriel topologique séparé E, soient () un nombre fini d’ensembles convexes compacts. Alors l’enveloppe convexe de la réunion des est compacte (donc égale à l’enveloppe fermée convexe de cette réunion).
En effet, soit B la partie compacte de définie par les relations (), . Définissons une application continue de dans E, par la formule :
L’enveloppe convexe C de est l’image de par cette application ; comme est compact et E est séparé, C est compact.
Corollaire 1
Dans un espace vectoriel topologique séparé E, l’enveloppe convexe d’un ensemble fini est compacte.
Corollaire 2
Dans un espace vectoriel topologique E, l’enveloppe convexe d’un ensemble fini A est précompacte.
Cite 1
En effet, soit j l’application linéaire canonique de E dans son séparé complété ; si C est l’enveloppe convexe de A, est l’enveloppe convexe de l’ensemble fini dans , donc est compacte (cor. 1), et par suite C est précompacte (TG, II, p. 29).
Proposition 16
Dans un espace vectoriel topologique E, soit A un ensemble convexe ayant au moins un point intérieur . Si , tout point du segment ouvert d’extrémités et x est point intérieur de A.
En effet, soit y un point de ce segment, et soit f l’homothétie de centre y et de rapport qui transforme en x ; si V est un voisinage ouvert de contenu dans A, est un voisinage de x, donc contient un point ; on a :
d’où , de sorte que y est transformé de z par l’homothétie g de centre et de rapport ; comme , g transforme V en un voisinage de y contenu dans A, d’où la proposition.
Corollaire 1
L’intérieur d’un ensemble convexe A est un ensemble convexe ; si n’est pas vide, il est identique à l’intérieur de , et est un ensemble convexe identique à l’adhérence de .
En effet, si n’est pas vide, il résulte de la prop. 16 que c’est un ensemble convexe et que tout point de est adhérent à . Montrons d’autre part que tout point x intérieur à appartient à . On peut supposer que . Soit V un voisinage symétrique de 0 contenu dans , et soit ; on a , donc, si , la prop. 16 montre que ; la même conclusion est évidente si .
Corollaire 2
L’intérieur d’un cône convexe est un cône convexe ; si n’est pas vide, il est identique à l’intérieur de , et est un cône convexe pointé identique à l’adhérence de .
Comme les homothéties de rapport et de centre 0 transforment C en lui-même, elles transforment en lui-même, ce qui montre que est un cône ; le reste du corollaire découle du cor. 1 et de la remarque évidente que si C n’est pas vide, contient le sommet de C.
Soit H un hyperplan fermé dans un espace vectoriel topologique E sur ; il a une équation de la forme , où est une forme linéaire continue non nulle dans E (I, p. 13, th. 1). Les demi-espaces définis respectivement par les relations et sont donc des ensembles convexes fermés ; leurs complémentaires, définis respectivement par les relations et , sont des ensembles convexes ouverts. On dit que ces demi-espaces sont les demi-espaces fermés (resp. ouverts) déterminés par H.
Proposition 17
Dans un espace vectoriel topologique E, soit A un ensemble admettant au moins un point intérieur, et dont tous les points sont situés d’un même côté d’un hyperplan H. Alors H est fermé, les points intérieurs à A sont situés strictement d’un même côté de H, et les points adhérents à A sont situés d’un même côté de H. En particulier, les demi-espaces ouverts (resp. fermés) sont ceux qui sont déterminés par les hyperplans fermés.
En effet, supposons que H contienne l’origine, et soit une équation de H ; supposons par exemple que pour tout point . Le demi-espace formé des points y tels que contient au moins un point intérieur, et par translation on voit qu’il en est de même du demi-espace des points tels que ; cela prouve que H est fermé (I, p. 11, corollaire). On sait alors que est un morphisme strict de E sur (I, p. 14, corollaire), donc est une partie ouverte de ; elle ne peut contenir 0, sans quoi elle contiendrait des nombres , contrairement à l’hypothèse ; elle est donc contenue dans l’intervalle ouvert ]0, +∞[. D’autre part, le demi-espace des y tels que est fermé et contient A, donc il contient .
Corollaire
Soient E un espace vectoriel topologique, P un cône convexe pointé dans E, avant au moins un point intérieur. Alors toute forme linéaire sur E, positive pour la structure de préordre définie par P (II, p. 14), est continue. En outre, on a lorsque x est intérieur à P, et pour tout x adhérent à P.
Cite 1
Il suffit d’appliquer la prop. 16 au cas où A = P et H est l’hyperplan d’équation .
Remarque
Dans un espace vectoriel topologique E, tout ensemble convexe C est connexe. En effet, si , C est réunion de segments fermés d’extrémité , qui sont connexes ; la conclusion résulte de TG, I, p. 81, prop. 2.
7. Topologies sur les espaces vectoriels ordonnés
Soit E un espace vectoriel ordonné. On dit qu’une topologie sur E est compatible avec la structure d’espace vectoriel ordonné de E si d’une part elle est compatible avec la structure d’espace vectoriel de E, et si d’autre part elle satisfait à l’axiome suivant :
(TO) Le cône convexe des est fermé dans E.
Un espace vectoriel ordonné sur E, muni d’une topologie compatible avec sa structure d’espace vectoriel ordonné, est appelé espace vectoriel topologique ordonné.
Exemple
L’espace , muni de sa topologie usuelle et de la structure d’ordre produit des structures d’ordre de ses facteurs, est un espace vectoriel topologique ordonné. Par contre, pour , lorsqu’on munit de l’ordre lexicographique (E, III, p. 23), la topologie usuelle n’est pas compatible avec la structure d’espace vectoriel ordonné de .
Soit A un ensemble ; l’espace vectoriel des fonctions numériques bornées dans A, muni de la topologie définie par la norme et de la structure d’ordre induite par la structure d’ordre produit sur , est un espace vectoriel topologique ordonné.
Dans un espace vectoriel topologique ordonné E, l’ensemble des éléments est fermé ; les translations étant des homéomorphismes, on en déduit que pour tout , l’ensemble des (resp. ) est fermé. Comme les relations et entraînent , est fermé, donc E est séparé.
Cite 1
Proposition 18
Dans un espace vectoriel topologique ordonné E, soit H un ensemble filtrant pour la relation . Si le filtre des sections de H admet une limite dans E, cette limite est la borne supérieure de H.
En effet, soit ; pour tout , l’ensemble des tels que est un ensemble du filtre des sections de H, donc est adhérent à cet ensemble ; mais comme l’ensemble des éléments est fermé dans E, on a , ce qui montre que est un majorant de H. D’autre part, si est un majorant de H, H est contenu dans l’ensemble fermé des ; comme est adhérent à H, on a , ce qui achève la démonstration (II, p. 76, exerc. 42).
8. Fonctions convexes
Définition 5
Soient E un espace affine, X une partie convexe de E. On dit qu’une fonction numérique finie, définie dans X, est convexe (resp. strictement convexe) si, quels que soient distincts dans X et le nombre réel tel que , on a :
(1)
(resp.
(2)
Lorsque , cette définition des fonctions convexes n’est autre que celle de FVR, I, p. 32. En outre, pour que soit convexe (resp. strictement convexe) dans , il faut et il suffit que pour toute droite affine , la restriction de à soit convexe (resp. strictement convexe) dans .
Exemple
Pour toute fonction linéaire affine sur , et sont des fonctions convexes dans ; c’est évident pour , puisque
d’autre part, si l’on pose , , on a :
pour ; on voit ainsi en outre que la restriction de à une droite affine est strictement convexe si n’est pas constante.
On dit qu’une fonction numérique finie définie dans est concave (resp. strictement concave) si – est convexe (resp. strictement convexe). Il revient au même de dire que pour tout couple de points distincts dans et tout nombre tel que , on a
(resp.
On dit qu’une application de dans est affine si elle est à la fois convexe et concave (cf. II, p. 83, exerc. 11).
Cite 1
Proposition 19
Soient un espace affine, une partie convexe de ; soient une fonction numérique finie définie dans , (resp. ) l’ensemble des points tels que et (resp. et ). Alors les conditions suivantes sont équivalentes :
a) La fonction est convexe. b) L’ensemble est convexe dans l’espace affine . c) L’ensemble est convexe dans l’espace affine .
Montrons que a) implique c). Supposons convexe ; si et sont deux points de et , on a et
ce qui exprime que le point de appartient à . Donc est convexe.
Montrons en second lieu que c) entraîne b). En effet, si sont deux points de et , les points et appartiennent à pour tout , et par suite il en est de même de
par définition de , cela entraîne que appartient à .
Enfin, b) entraîne a), car (avec les mêmes notations), dire que le point appartient à F signifie que l’on a :
quels que soient et ; on en conclut que l’on a l’inégalité (1), donc est convexe.
Corollaire
Si est convexe dans X, alors, pour tout , l’ensemble des tels que (resp. ) est convexe.
En effet, c’est la projection sur E de l’intersection de F (resp. F’) et de l’hyperplan dans .
Proposition 20
Soit une fonction convexe dans une partie convexe X d’un espace affine E. Pour toute famille finie de p points de X, et toute famille de p nombres réels tels que , on a :
Si est strictement convexe et si pour tout i, on a :
Cite 1
sauf si tous les sont égaux.
L’inégalité (3) résulte de II, p. 18, prop. 19 et p. 8, prop. 1. Supposons que les ne soient pas tous égaux (ce qui implique ) et que les soient tous ; alors le point ne peut être égal à tous les . Supposons par exemple , et posons avec . On a donc et comme , on a par hypothèse
Mais en vertu de (3) on a , d’où l’inégalité (4).
9. Opérations sur les fonctions convexes
Soit X une partie convexe d’un espace affine E. Si () sont des fonctions convexes dans X en nombre fini, et () des nombres , la fonction est convexe dans X.
Si est une famille quelconque de fonctions convexes dans , et si l’enveloppe supérieure de cette famille est finie dans , alors est convexe.
Enfin, si est un ensemble de fonctions convexes dans , et un filtre sur qui converge simplement dans vers une fonction numérique finie , est convexe dans .
10. Fonctions convexes dans un ensemble convexe ouvert
Proposition 21
Soient E un espace vectoriel topologique, X une partie convexe ouverte non vide de E, f une fonction convexe définie dans X. Pour que f soit continue, il faut et il suffit qu’il existe une partie ouverte non vide U de X dans laquelle f soit majorée.
Cite 1
La condition étant évidemment nécessaire, prouvons qu’elle est suffisante. Soit un point tel que soit majorée dans un voisinage de ; montrons d’abord que est continue au point . Par translation, on peut se borner au cas où et ; en outre, on peut supposer le voisinage équilibré (I, p. 7, prop. 4). Supposons que dans ; pour tout tel que , remarquons que, si , on a et . L’inégalité (1) de II, p. 17 appliquée aux points et et au nombre , montre que ; appliquée aux points et et au nombre , elle donne l’inégalité , ce qui prouve que est arbitrairement petit dans lorsque est assez petit.
Soit maintenant un point de ; il existe un nombre tel que appartienne encore à puisque est ouvert. Soit l’homothétie de centre et de rapport , qui transforme en ; pour tout point , on a, d’après (1), . La première partie du raisonnement montre donc que est continue au point , ce qui achève la démonstration.
Corollaire
Toute fonction convexe f définie dans une partie convexe ouverte X de est continue dans X.
On peut supposer non vide. Il existe alors, dans , points affinement indépendants (), et l’enveloppe convexe de ces points contient l’ensemble ouvert non vide formé des avec pour tout et . En vertu de II, p. 19, prop. 20, est majorée dans , d’où la conclusion du corollaire.
Sur un espace vectoriel topologique de dimension infinie, il existe en général des formes linéaires non continues (II, p. 85, exerc. 25) et par suite des fonctions convexes qui ne sont continues en aucun point.
11. Semi-normes et ensembles convexes
Soit E un espace vectoriel sur ; on dit qu’une application de E dans est positivement homogène si, pour tout , et tout on a :
Pour qu’une fonction positivement homogène dans E soit convexe, il faut et il suffit qu’elle satisfasse à l’axiome (SN_{II}) de II, p. 1 :
quels que soient dans E. En effet, si est convexe, on a, pour dans E,
et en vertu de (5), cette relation est équivalente à (6). Inversement, si la relation (6) a lieu, on a aussi, quel que soit tel que ,
en vertu de (5).
On appelle fonction sous-linéaire sur E une fonction convexe et positivement homogène.
Soit une fonction sous-linéaire dans E ; en vertu de II, p. 19, corollaire, pour tout , l’ensemble (resp. ) des tels que (resp. ) est un ensemble convexe ; en outre, cet ensemble est absorbant, car pour tout , il existe tel que .
On a une réciproque partielle de ce résultat :
Proposition 22
Soient E un espace vectoriel, A un ensemble convexe dans E, contenant 0. Pour tout , posons
Cite 1
(élément de ). La fonction vérifie les relations
quels que soient dans E et . Si (resp. ) désigne l’ensemble des tels que (resp. ), on a
Si A est absorbant, est finie (donc sous-linéaire).
Comme les relations et sont équivalentes pour , on a pour . Soient deux points de E. Alors l’inégalité est évidente si (resp. ) n’est pas absorbé par A, car alors (resp. ). Supposons donc qu’il existe deux nombres tels que ; on a (II, p. 8, Remarque) ; on a par suite . L’inclusion est évidente. L’inclusion résulte de ce que A est convexe et contient 0. Enfin, si A est absorbant, il est clair que est finie.
On dit que la fonction définie par (7) est la jauge de l’ensemble convexe A. Si A est absorbant et symétrique, est donc une semi-norme.
Proposition 23
Soit E un espace vectoriel topologique. Si A est un ensemble convexe ouvert contenant 0, est finie et continue et . Si A est un ensemble convexe fermé contenant 0, est semi-continue inférieurement et l’on a .
Cite 1
Si A est ouvert et contient 0 (donc est absorbant), pour tout , il existe tel que , donc , ce qui, joint à (9), montre que . La fonction convexe étant majorée dans l’ensemble ouvert A est continue dans E (II, p. 20, prop. 21).
Si A est fermé et contient 0, pour tout tel que , on a pour tout , donc aussi puisque A est fermé ; tenant compte de (9), cela prouve que . Pour tout , est donc l’ensemble des tels que ; comme dans E, cela montre que est semi-continue inférieurement dans E (TG, IV, p. 29).
On notera que pour toute fonction sous-linéaire dans E à valeurs positives, est la jauge de tout ensemble convexe A tel que .
Exercices
See the exercises for § 2.