Bourbaki

§ 2. Espaces bornologiques

Dans ce paragraphe, E désigne un espace localement convexe, et B\mathscr{B} sa bornologie canonique (III, p. 3, déf. 5).

Lemme 1

Soient G un espace semi-normé, p sa semi-norme, et soit u une application linéaire de G dans E. Les conditions suivantes sont équivalentes :

(i) u est continue ; (ii) l’image par u de la boule unité de G est bornée dans E ; (iii) pour toute suite (xn)(x_n) de points de G tendant vers 0, la suite (u(xn))(u(x_n)) est bornée dans E.

Il est immédiat que (i) entraîne (ii) (III, p. 4, cor. 1) et que (ii) entraîne (iii). Soit maintenant V un voisinage de 0 dans E ; si u−1(V)u^{-1}(V) n’est pas un voisinage de 0 dans G, il existe une suite (yn)(y_n) de points de G – u−1(V)u^{-1}(V) telle que p(yn)⩽1n2p(y_n) \leqslant \frac{1}{n^2}. Alors la suite des xn=nynx_n = ny_n tend vers 0 dans G et u(xn)∉nVu(x_n) \notin nV, ce qui entraîne que la suite (u(xn))(u(x_n)) n’est pas bornée. Par suite (iii) entraîne (i).

Proposition 1

Les conditions suivantes sont équivalentes :

(i) Toute semi-norme sur E qui est bornée sur les parties bornées de E est continue. (i bis) Toute partie convexe équilibrée de E qui absorbe les parties bornées de E (I, p. 7, déf. 4) est un voisinage de 0 dans E. (ii) E est limite inductive des espaces semi-normés EAE_A quand A décrit l’ensemble filtrant croissant des parties convexes, équilibrées, fermées et bornées de E. (ii bis) Il existe une famille (Ei)i∈I(E_i)_{i \in I} d’espaces semi-normés et, pour chaque i∈Ii \in I, une application linéaire ui:Ei→Eu_i : E_i \to E telles que la topologie de E soit la topologie localement convexe la plus fine rendant les uiu_i continues. (iii) Quel que soit l’espace localement convexe F, une application linéaire u:E→Fu : E \to F est continue si et seulement si pour toute suite (xn)(x_n) de points de E tendant vers 0, la suite (u(xn))(u(x_n)) est bornée dans F.

(iii bis) Quel que soit l’espace semi-normé F, une application linéaire u : E → F est continue si et seulement si u(X) est borné dans F pour tout ensemble X borné dans E.

Il est immédiat que (i) et (i bis) sont équivalentes, vu la correspondance entre semi-normes et parties convexes équilibrées absorbantes (II, p. 22). Si p est une semi-norme sur E, continue sur chaque E_A, alors p est bornée sur les parties bornées de E ; donc (i) entraîne (ii) (II, p. 29, prop. 5). Il est clair que (ii) entraîne (ii bis).

Soit maintenant (E_i, u_i)_{i \in I} comme dans (ii bis), et soit u une application linéaire de E dans un espace localement convexe F, telle que (u(x_n)) soit bornée dans F pour toute suite (x_n) de points de E tendant vers 0. Il résulte du lemme 1 de III, p. 11 que l’application linéaire u o u_i : E_i → F est continue quelle que soit i ∈ I ; donc, si la topologie de E est la topologie localement convexe la plus fine rendant les u_i continues, u est continue (II, p. 29, prop. 5). Ceci montre que (ii bis) entraîne (iii).

Il est immédiat que (iii) entraîne (iii bis) (III, p. 3, corollaire). Enfin, si p est une semi-norme sur E, bornée sur les parties bornées de E, la condition (iii bis) affirme que l’application identique est continue de E dans l’espace semi-normé (E, p) ; autrement dit p est continue. Ceci montre que (iii bis) entraîne (i).

Définition 1

On dit qu’un espace localement convexe est bornologique s’il satisfait aux conditions équivalentes de la prop. 1.

Exemple 1

Tout espace semi-normé est bornologique.

Exemple 2

En particulier, tout espace localement convexe de dimension finie est bornologique.

Exemple 3

Compte tenu de la transitivité des topologies localement convexes finales (II, p. 30, cor. 2), on déduit aussitôt de la condition (ii bis) que si (E_i)_{i \in I} est une famille d’espaces localement convexes bornologiques et si E est muni de la topologie localement convexe la plus fine rendant continues des applications linéaires u_i : E_i → E (pour i ∈ I), alors E est bornologique. En particulier, une limite inductive, une somme directe, un espace quotient d’espaces bornologiques sont des espaces bornologiques.

Par contre, un sous-espace fermé d’un espace bornologique n’est pas nécessairement bornologique (IV, p. 63, exerc. 8).

Corollaire

Tout espace bornologique séparé et semi-complet est limite inductive d’espaces de Banach.

En effet, les espaces E_A où A est borné et fermé sont alors des espaces de Banach (III, p. 8, corollaire).

Proposition 2

Un espace localement convexe métrisable est bornologique.

Supposons E métrisable, et soit p une semi-norme sur E, bornée sur les parties bornées de E. Supposons que p ne soit pas continue et soit A l’ensemble des x ∈ E tels que p(x) < 1. Soit (V_n)_{n \geq 1} une suite décroissante formant un système fondamental de voisinages de 0 dans E. Comme p n’est pas continue, A n’est pas un voisinage de 0 ; pour tout n>0n > 0, on a donc A⊉n−1VnA \not\supseteq n^{-1}V_n et il existe un point xnx_n de VnV_n tel que n−1xn∉An^{-1}x_n \notin A, c’est-à-dire p(xn)≥np(x_n) \geq n. La suite (xn)(x_n) tend vers 0, donc est bornée (III, p. 3, corollaire) ; ceci contredit l’hypothèse sur pp.

Corollaire

Tout espace de Fréchet* (II, p. 26) est limite inductive d’espaces de Banach.

Exercices

See the exercises for § 2.

Transcribed from the printed volume. Not translated.