§ 3. Espaces d’applications linéaires continues
1. Les espaces
Soient un espace vectoriel topologique, un ensemble quelconque et une famille de parties de . Considérons l’espace vectoriel muni de la structure uniforme de la -convergence (TG, X, p. 2). On sait que cette structure uniforme est compatible avec la structure de groupe commutatif de (TG, X, p. 6, cor. 2). La topologie qu’on en déduit s’appelle la . Si est une partie de ou plus généralement un ensemble muni d’une application , on appelle sur l’image réciproque par de la sur .
Remarque 1
La est identique à la , où désigne la bornologie engendrée par (III, p. 1).
Remarque 2
Soit et soit un voisinage de 0 dans ; notons l’ensemble des telles que pour tout . Si est stable par réunion finie, les ensembles forment un système fondamental de voisinages de 0 pour la de .
Proposition 1
Soient E un ensemble, un ensemble de parties de E, F un espace vectoriel topologique, H un sous-espace vectoriel de . Pour que la soit compatible avec la structure d’espace vectoriel de H, il faut et il suffit que, pour tout et tout , soit borné dans F. Si, en outre, F est localement convexe, la sur H est localement convexe.
Compte tenu des remarques 1) et 2) ci-dessus, on voit qu’une condition nécessaire et suffisante pour que la soit compatible avec la structure d’espace vectoriel de H est que les ensembles soient absorbants dans H (I, p. 7, prop. 4) ; or cela signifie que, pour tout , toute partie et tout voisinage équilibré de 0 dans , il existe tel que , c’est-à-dire (III, p. 2) que soit bornée dans . Enfin la dernière assertion de la proposition résulte de ce que, si est convexe, il en est de même de .
Corollaire
Soient E et F deux espaces localement convexes, un ensemble de parties bornées de E, l’espace vectoriel des applications linéaires continues de E dans F. La est compatible avec la structure d’espace vectoriel de ; elle est localement convexe.
Il suffit de remarquer que, si est une application linéaire continue de E dans F et M une partie bornée de E, est bornée dans F (III, p. 4, cor. 1).
Étant donnés deux espaces vectoriels localement convexes E et F, et un ensemble de parties bornées de E, nous désignerons par l’espace localement convexe obtenu en munissant de la -topologie.
Exemple 1
est l’ensemble des parties finies de E ; la -topologie est alors la topologie de la convergence simple et l’espace est aussi noté . Une partie bornée de est appelée une partie simplement bornée de .
Exemple 2
est l’ensemble des parties compactes (resp. précompactes, convexes compactes). La -topologie est alors appelée la topologie de la convergence compacte (resp. précompacte, convexe compacte) et l’espace est aussi noté (resp. , ). (Cf. IV, p. 48, exerc. 7.)
Exemple 3
Si est l’ensemble de toutes les parties bornées de E, on dit que la -topologie est la topologie de la convergence bornée, et l’espace est noté .
Exemple 4
Lorsque , l’espace est le dual de E. On note alors , , etc. l’espace , , etc. L’espace (resp. ) est appelé le dual faible (resp. le dual fort) de E. Une partie bornée de (resp. ) est dite faiblement (resp. fortement) bornée. On notera que la topologie faible sur n’est autre que (II, p. 45).
Lorsque , on note , , etc. l’espace , , etc.
Soient une semi-norme continue sur F, et M une partie bornée de E. Posons
Il est immédiat que est une semi-norme sur et que si est un système fondamental de semi-normes sur F, la famille des semi-normes , où parcourt et M parcourt une base de la bornologie engendrée par , est un système fondamental de semi-normes de .
En particulier, si E et F sont des espaces semi-normés, et si l’on note (resp. ) la semi-norme de E (resp. F), la topologie de la convergence bornée sur est définie par la semi-norme
(cf. TG, X, p. 21 à 24). Lorsqu’on considère comme un espace semi-normé, c’est toujours de la semi-norme (2) qu’il est question sauf mention expresse du contraire. Si F est un espace normé, la semi-norme (2) est une norme.
Remarque 3
Soit A une partie dense de la boule unité de E. Vu la continuité de , on a aussi
Par exemple
Comme on a pour , on a aussi, dès que :
Remarque 4
La formule (2) montre que l’application est semi-continue inférieurement sur .
Proposition 2
Soient E et F deux espaces localement convexes, et soit un ensemble de parties bornées de E.
1) Sur , la -topologie est identique à la -topologie, où désigne la plus petite bornologie adaptée (III, p. 3) à E contenant .
2) Supposons que ne soit pas dense dans F et soit un autre ensemble de parties bornées de E. Pour que la -topologie soit moins fine que la -topologie, il faut et il suffit que l’on ait .
Soient , , et soit une semi-norme continue sur F. Comme est une semi-norme continue sur E, il est équivalent de dire que est majorée par 1 dans M ou dans l’enveloppe fermée convexe équilibrée de M ; autrement dit, on a . En outre, il est clair qu’on a pour et , d’où la première assertion puisque admet pour base l’ensemble des homothétiques des enveloppes convexes équilibrées fermées de réunions finies d’ensembles de .
Démontrons la deuxième assertion : tout d’abord, si F est le corps de base, il résulte de la définition que la -topologie sur admet pour système fondamental de voisinages de 0 l’ensemble des polaires des ensembles de . Soit A une partie bornée de E, dont le polaire est un voisinage de 0 pour la -topologie ; il existe donc fermé, convexe et équilibré tel que , d’où ; mais d’après le cor. 3 de II, p. 49, on a , d’où , et . Donc, si est un ensemble de parties bornées de E, la -topologie est moins fine que la -topologie sur si et seulement si . Le cas général en résulte aussitôt, car si n’est pas adhérent à 0, on vérifie immédiatement que l’application qui à fait correspondre l’application est un isomorphisme d’espaces localement convexes de sur son image dans .
2. Condition pour que soit séparé
Proposition 3
Soient E et F deux espaces localement convexes, F étant supposé séparé, et soit un ensemble de parties bornées de E. Si la réunion A des ensembles de est totale dans E, l’espace est séparé.
Soit un élément non nul de ; comme est continue et A totale dans E, il existe dans A tel que . Comme F est séparé, il existe un voisinage V de 0 dans F tel que . Soit tel que . Alors l’ensemble U des telles que est un voisinage de 0 dans et l’on a , donc est séparé.
En particulier, sur les topologies suivantes sont séparées dès que F est séparé : la convergence simple, la convergence compacte, précompacte ou convexe compacte, et la convergence bornée.
3. Relations entre et
Soient E et F deux espaces localement convexes séparés, et supposons F complet ; soit le complété de E. Comme toute application linéaire continue de E dans F se prolonge d’une seule manière en une application linéaire continue de dans F, on peut identifier par l’application les espaces et . Soit de plus un ensemble de parties bornées de E ; la -topologie sur coïncide avec la -topologie sur , et aussi avec la -topologie, où désigne l’ensemble des adhérences dans des ensembles de .
Par exemple, si E est normé, la topologie de la convergence bornée sur s’identifie à la topologie de la convergence bornée sur : en effet, toute partie bornée de est contenue dans l’adhérence d’une partie bornée de E. Comme la boule unité de est l’adhérence de la boule unité de E, il résulte de la formule (3) (III, p. 14) que si F est un espace de Banach, l’application est une isométrie de sur .
On notera que si E n’est pas un espace normé, il peut arriver qu’il existe des parties bornées de qui ne sont contenues dans l’adhérence d’aucune partie bornée de E (c’est le cas par exemple si E est le dual faible d’un espace de Banach de dimension infinie) ; il en est cependant ainsi si E est métrisable, de type dénombrable (III, p. 41, exerc. 16).
4. Parties équicontinues de
Soient E et F deux espaces localement convexes. Pour qu’une partie H de soit équicontinue, il faut et il suffit qu’elle soit équicontinue au point 0 de E (I, p. 9, prop. 6) ; cela signifie que pour tout voisinage V de 0 dans F, l’ensemble est un voisinage de 0 dans E, ou encore que pour toute semi-norme continue sur F, la fonction est une semi-norme continue sur E. De plus (I, p. 5), H est uniformément équicontinue. Notons que l’enveloppe convexe équilibrée d’une partie équicontinue est équicontinue puisque, si est une semi-norme continue sur F, et l’enveloppe convexe équilibrée de H, on a, pour des dans H, l’inégalité , donc .
Par suite, l’ensemble des parties équicontinues est une bornologie convexe sur (III, p. 2, déf. 2).
Proposition 4
Soient E, F deux espaces localement convexes, F étant supposé séparé. Munissons l’espace de toutes les applications de E dans F de la topologie de la convergence simple.
(i) L’ensemble des applications linéaires de E dans F est fermé dans .
(ii) Si H est une partie équicontinue de , l’adhérence de H dans est contenue dans et est équicontinue.
On sait que est équicontinue (TG, X, p. 15). Tout revient à prouver l’assertion (i). Soient x, y dans E et dans K, et soit l’ensemble des telles que
Cet ensemble est fermé dans puisque l’application de dans F est continue pour tout et que F est séparé. Or l’ensemble des applications linéaires de E dans F est égal à
donc est fermé dans .
Corollaire 1
Pour qu’une partie équicontinue H de soit relativement compacte dans , il faut et il suffit que, pour tout , l’ensemble des , où parcourt H, soit relativement compact dans F.
En effet, cette condition est nécessaire et suffisante pour que soit compacte dans (TG, I, p. 64).
Corollaire 2
Toute partie équicontinue du dual de E est relativement compacte pour la topologie faible de (III, p. 14, Exemple 4).
En effet, si H est une partie équicontinue de , est une semi-norme continue sur E ; en particulier pour tout , l’ensemble est borné, donc relativement compact dans le corps des scalaires.
Corollaire 3
Dans le dual fort d’un espace semi-normé E, toute boule fermée est compacte pour la topologie faible .
En effet, cette boule est aussi fermée pour .
Proposition 5
Soient E et F deux espaces localement convexes et soit T une partie totale de E. Sur toute partie équicontinue H de , les structures uniformes suivantes coïncident :
1) la structure uniforme de la convergence simple dans T ; 2) la structure uniforme de la convergence simple dans E ; 3) la structure uniforme de la convergence dans les parties précompactes de E.
Rappelons (III, p. 15, prop. 2) que, dans , la -topologie coïncide avec la -topologie où est la plus petite bornologie adaptée à E et contenant .
Dans l’énoncé de la prop. 5, on peut donc remplacer le mot « totale » par « partout dense ». La proposition résulte alors des propriétés générales des ensembles équicontinu (TG, X, p. 16, th. 1).
Exemple 1
Soit la mesure de Lebesgue sur et soit l’espace semi-normé () (INT, IV). Pour toute fonction numérique et tout nombre réel , notons la fonction . Il est clair que l’application définit une isométrie linéaire de sur lui-même. Si est continue à support compact, converge vers , uniformément donc aussi en moyenne d’ordre , lorsque tend vers . Comme l’ensemble des fonctions continues à support compact est dense dans , et comme l’ensemble des isométries linéaires de est équicontinu, il résulte de la prop. 5 que pour toute , converge en moyenne d’ordre vers lorsque tend vers .
Prenons , et considérons la transformation de Fourier qui à fait correspondre la fonction sur définie par
Les formes linéaires forment une partie équicontinue du dual de .
D’autre part, on sait que l’ensemble des fonctions caractéristiques d’intervalles fermés bornés est une partie totale de , et on vérifie aisément que, pour , la transformée de Fourier est une fonction continue tendant vers zéro à l’infini. On en déduit qu’il en est de même pour tout (« th. de Riemann-Lebesgue »). En effet, la relation montre que l’application est une application continue de dans l’espace des fonctions bornées sur muni de la convergence uniforme. Comme est continue pour , il en résulte que est continue quelle que soit . Le fait que tende vers zéro à l’infini résulte de ce que le sous-espace des fonctions continues tendant vers à l’infini est fermé dans .
Exemple 2
Soit l’espace des fonctions numériques continues dans , muni de la topologie de la convergence compacte. Soit un compact de et soit une suite de mesures sur à support dans . Supposons pour tout . L’ensemble des est alors une partie équicontinue de . Alors, si pour toute fonction , on a , la suite des fonctions converge vers , uniformément dans toute partie compacte de (car l’ensemble des fonctions , où parcourt un compact de , est compact dans ). \
Corollaire
Supposons séparé. Soit une partie équicontinue de . Si un filtre sur converge simplement vers une application de dans , est une application linéaire continue de dans , et converge uniformément vers dans toute partie précompacte de .
La première assertion résulte de la prop. 4 (III, p. 16) et la seconde de la prop. 5 (III, p. 17).
Proposition 6
Soit une partie équicontinue de . Si est métrisable et s’il existe un ensemble dénombrable total dans , la structure uniforme sur de la convergence simple dans est métrisable. Si en outre il existe un ensemble dénombrable total dans , il existe un ensemble dénombrable partout dense dans (pour la topologie de la convergence uniforme dans les parties précompactes de ).
Soit une suite totale dans . L’application est alors un isomorphisme de , muni de la structure uniforme de la convergence simple dans l’ensemble des , sur un sous-espace uniforme de . Si est métrisable (resp. métrisable de type dénombrable), il en est de même de (TG, IX, p. 15, cor. 2, et p. 19, corollaire), et la proposition résulte de la prop. 5 (III, p. 17).
Corollaire 1
Soient E un espace localement convexe métrisable de type dénombrable et F un espace normé de type dénombrable. Alors est réunion d’une famille dénombrable de parties équicontinues et il existe dans un ensemble dénombrable dense pour la topologie de la convergence uniforme dans les parties précompactes de E.
Soient B la boule unité de F et un système fondamental dénombrable de voisinages de 0 dans E. Pour tout entier n, l’ensemble des telles que est équicontinu et est la réunion des . Le corollaire résulte donc de la prop. 6.
Corollaire 2
Dans le dual d’un espace normé de type dénombrable, toute boule fermée est un espace compact métrisable pour la topologie faible et il existe dans un ensemble dénombrable dense pour .
Cela résulte de la prop. 6 et de III, p. 17, cor. 3.
5. Parties équicontinues de
Dans ce numéro, on désigne par E un espace localement convexe et par son dual. Lorsque nous parlerons du polaire d’une partie M de E (resp. ), il s’agira toujours, sauf mention expresse du contraire, du polaire de M relativement à la dualité entre E et . Rappelons que, si V est un voisinage convexe, équilibré et fermé de 0 dans E, on a (II, p. 49, cor. 3).
Proposition 7
Soit M une partie de . Les conditions suivantes sont équivalentes : (i) M est équicontinue ; (ii) M est contenue dans le polaire d’un voisinage de 0 dans E ; (iii) le polaire de M est un voisinage de 0 dans E.
Si M est équicontinue, il existe un voisinage convexe équilibré V de 0 tel que pour et ; on a donc et (i) entraîne (ii). Avec les mêmes notations, si , on a et (ii) entraîne (iii). Enfin, si contient un voisinage convexe équilibré V de 0, on a et les relations , entraînent , pour tout , ce qui montre que (iii) entraîne (i).
Remarquons que tout définit une application de dans K. On peut donc parler de la -topologie sur E, lorsque est un ensemble de parties de ; c’est l’image réciproque par j de la -topologie sur . On vérifie aussitôt que si est une bornologie convexe sur , un système fondamental de voisinages de 0 pour la -topologie sur E est formé des polaires des ensembles de . Il en est en particulier ainsi lorsque est l’ensemble des parties équicontinues de et la prop. 7 entraîne :
Corollaire 1
La topologie de E est identique à la topologie de la convergence uniforme dans les parties équicontinues de .
Plus généralement, soit F un espace localement convexe ; toute définit une application de dans (c’est-à-dire dans ou ). Ceci permet de définir dans l’espace la topologie de la convergence uniforme dans un ensemble de parties de . En particulier :
Corollaire 2
Soit un ensemble de parties bornées de E. La -topologie sur est la topologie de la convergence uniforme dans les ensembles de la forme , où décrit et l’ensemble des parties équicontinues de .
En effet, pour tout , tout et tout voisinage convexe, équilibré et fermé de dans , la relation est équivalente à « est contenu dans la boule unité de ».
Proposition 8
Soit un ensemble d’applications linéaires de dans un espace localement convexe . Pour que soit équicontinu, il faut et il suffit que, pour toute partie équicontinue du dual de , l’ensemble des formes linéaires pour et soit équicontinu.
Il est évident que la condition est nécessaire. Supposons-la vérifiée et soit un voisinage convexe, équilibré et fermé de dans . Puisque est équicontinu, il existe un voisinage de dans tel que pour et ; autrement dit, on a pour tout et est donc équicontinu.
6. Le complété d’un espace localement convexe
Théorème 1 (Grothendieck)
Soit un espace localement convexe, et soit une bornologie adaptée et couvrante sur . Soit l’espace des formes linéaires sur dont la restriction à tout ensemble appartenant à est continue. On munit de la -topologie. L’injection canonique de dans se prolonge en un isomorphisme du complété de sur .
Comme toute limite simple de formes linéaires sur est une forme linéaire (III, p. 16, prop. 4) et que la bornologie est couvrante, il résulte de TG, X, p. 9, cor. 2 que l’espace , muni de la -topologie, est séparé et complet. Il est clair que est un sous-espace vectoriel topologique de ; il suffit donc de prouver que est partout dense dans , ce qui résulte du lemme suivant :
Lemme 1
Soit une partie convexe, équilibrée et fermée de , et soit une forme linéaire sur dont la restriction à est continue. Pour tout , il existe tel que*
Soit en effet . Il existe un voisinage convexe, équilibré et fermé de dans tel que pour tout . On sait que le polaire de dans est contenu dans et est compact pour la topologie (III, p. 17, cor. 2). Comme le polaire de dans est fermé pour , il en résulte que est une partie convexe fermée de (TG, III, p. 28, cor. 1).
Soit une partie convexe, équilibrée et fermée de . Alors, est fermée pour σ(E, E') (II, p. 49, cor. 3), donc aussi pour σ(E, E*), et on a par suite C = C°° (pour la dualité entre E et E*). Par suite, on a
d’où
Comme la forme linéaire appartient à , il existe donc et tels que . Alors appartient à et est majorée en valeur absolue par sur , d’où le lemme.
Soit maintenant un espace localement convexe séparé, et soit son complété. Toute forme linéaire continue sur se prolonge par continuité à ; on a donc (III, p. 16) et tout élément de définit une forme linéaire sur , c’est-à-dire un élément du dual algébrique de . De plus, la dualité entre (resp. ) et est séparante (II, p. 26, cor. 1). Par suite et s’identifient à des sous-espaces vectoriels de .
Théorème 2
Soit E un espace localement convexe séparé, et soit son complété ; on identifie E et à des sous-espaces vectoriels de . Pour qu’un élément appartienne à , il faut et il suffit que la restriction de à toute partie équicontinue de soit continue pour la topologie .
L’espace s’identifie au dual topologique de lorsqu’on munit de la topologie (II, p. 46, prop. 3) ; d’autre part, si est l’ensemble des parties équicontinues de , la topologie donnée sur est la -topologie (III, p. 19, cor. 1). Il résulte alors de III, p. 13, prop. 1, que les ensembles de sont bornés pour (cf. plus loin, III, p. 22, prop. 9), autrement dit est une bornologie adaptée et couvrante pour la topologie . Le th. 2 est alors conséquence du th. 1, où l’on remplace par et par .
Corollaire 1 (Banach). — Soit E un espace localement convexe séparé et complet. Pour qu’une forme linéaire sur soit continue pour la topologie faible (c’est-à-dire provienne d’un élément de ), il suffit que sa restriction à toute partie équicontinue de soit continue pour .
Remarque
Supposons de plus qu’il existe dans un ensemble total dénombrable ; alors toute partie équicontinue de est métrisable pour la topologie (III, p. 18, prop. 6) ; pour vérifier qu’une forme linéaire sur est faiblement continue, il suffit donc de vérifier que, pour toute suite équicontinue dans qui converge vers 0 pour , on a .
Corollaire 2
Soit une famille d’espaces localement convexes séparés et soit leur somme directe topologique. L’application canonique de la somme directe des dans est un isomorphisme. En particulier, est complet si et seulement si tous les sont complets.
On sait que le dual de E s’identifie au produit des duals des (II, p. 33, formule (1)). Soit et soit la restriction de (considérée comme élément de ) à . Il est immédiat qu’il suffit de démontrer que sauf pour un nombre fini d’indices . Supposons au contraire qu’il existe une suite d’indices distincts telle que . Il existe alors telle que . L’ensemble des est équicontinu dans et la restriction de à n’est pas bornée, ce qui est impossible.
7. -bornologies sur
Soient et deux espaces localement convexes et un ensemble de parties bornées de . Dire qu’une partie de est bornée pour la -topologie signifie : pour tout , tout voisinage de 0 dans absorbe l’ensemble ; cela revient à dire que pour tout , l’ensemble est borné dans . De façon équivalente, cela signifie que pour tout voisinage de 0 dans , l’ensemble absorbe toute partie de .
Proposition 9
Soient et deux espaces localement convexes et soit un ensemble de parties bornées de . Toute partie équicontinue de est bornée pour la -topologie.
En effet, si est une partie équicontinue de et un voisinage de 0 dans , l’ensemble est un voisinage de 0 dans , donc absorbe toute partie bornée de .
Une partie de qui est bornée pour une -topologie n’est pas nécessairement équicontinue, même si est couvrante et même si est la bornologie canonique de (IV, p. 50, exerc. 17). Nous étudierons au paragraphe suivant sous le nom d’espaces tonnelés les espaces tels que toute partie simplement bornée de soit équicontinue. Notons dès maintenant le résultat suivant :
Proposition 10
Soit un espace bornologique* (en particulier, un espace localement convexe métrisable), et soit un espace localement convexe. Toute partie de *qui est bornée pour la topologie de la convergence bornée est équicontinue.
En effet, pour tout voisinage convexe équilibré de 0 dans , l’ensemble absorbe toute partie bornée de , donc est un voisinage de 0 dans , ce qui prouve que est équicontinue.
8. Parties complètes de
Proposition 11
Soient et deux espaces localement convexes, un recouvrement de formé de parties bornées. Si est séparé et quasi-complet* (III, p. 8), toute partie équicontinue de , fermée pour la -*topologie, est un sous-espace uniforme complet de* .
Comme est bornée dans (III, p. 22, prop. 9) et fermée dans pour la -topologie (III, p. 16, prop. 4), cela résulte du cor. 3 de TG, X, p. 7.
Remarque 1
Soit un sous-espace uniforme complet de . Pour tout ensemble de parties bornées de , la -topologie est plus fine que la -topologie sur ; d’autre part, il existe un système fondamental de voisinages de 0 pour la -topologie qui sont fermés pour la topologie de la convergence simple (III, p. 13, Remarque 2), et a fortiori pour la -topologie. On en conclut (TG, III, p. 26, cor. 1) que est encore complet pour la -topologie.
Corollaire
Soient* et deux espaces localement convexes, une partie équicontinue de . Si est séparé et quasi-complet, et si un filtre sur converge simplement en tous les points d’une partie totale de , alors il existe une application linéaire continue de dans telle que converge uniformément vers dans toute partie précompacte de .
En effet, en vertu de la prop. 5 (III, p. 17), est un filtre de Cauchy pour la structure uniforme de la convergence précompacte dans ; d’après la prop. 11, l’adhérence de dans est complète et converge donc uniformément sur toute partie précompacte de vers une application .
Remarque 2
Soit une suite d’applications linéaires continues d’un espace de Banach dans un espace de Banach ; il peut se faire que ait une limite en tout point d’un sous-espace vectoriel partout dense de , sans que la suite soit bornée dans l’espace normé . Prenons par exemple pour l’espace des fonctions numériques continues dans , tendant vers zéro à l’infini, avec la norme et pour le sous-espace des fonctions numériques continues à support compact. La suite des applications linéaires continues de dans converge vers 0 pour tout , mais n’est pas bornée dans . Le même exemple montre que dans l’espace une suite peut être simplement convergente et non bornée pour la topologie de la convergence bornée.
D’autre part, la suite des applications linéaires continues est une suite de Cauchy dans pour la topologie de la convergence simple, mais n’a pas de limite dans pour cette topologie.
Proposition 12
Soient* un espace localement convexe bornologique, un espace localement convexe séparé et complet et un ensemble de parties bornées de , contenant l’image de toute suite convergeant vers 0. Alors l’espace est complet.
Soit un filtre de Cauchy dans . Alors est un filtre de Cauchy pour la topologie de la convergence simple, donc converge dans ; en outre, sa limite est une application linéaire de dans et converge vers uniformément dans tout ensemble de (TG, X, p. 6, prop. 5). Il en résulte que l’image par d’une suite convergeant vers zéro est une suite convergeant vers zéro, donc que est continue puisque est bornologique (III, p. 11, prop. 1, (iii)).
Corollaire 1
Le dual fort d’un espace bornologique est complet.
Corollaire 2
Soit E un espace semi-normé et soit F un espace de Banach (resp. de Fréchet). L’espace est un espace de Banach (resp. de Fréchet). En particulier, le dual d’un espace semi-normé est un espace de Banach.
Exercices
See the exercises for § 3.