Bourbaki

§ 3. Espaces d’applications linéaires continues

1. Les espaces LS(E;F)\mathscr{L}_\mathfrak{S}(E; F)

Soient FF un espace vectoriel topologique, EE un ensemble quelconque et S\mathfrak{S} une famille de parties de EE. Considérons l’espace vectoriel FEF^E muni de la structure uniforme de la S\mathfrak{S}-convergence (TG, X, p. 2). On sait que cette structure uniforme est compatible avec la structure de groupe commutatif de FEF^E (TG, X, p. 6, cor. 2). La topologie qu’on en déduit s’appelle la S-topologie\mathfrak{S}\text{-topologie}. Si XX est une partie de FEF^E ou plus généralement un ensemble muni d’une application j:X→FEj : X \to F^E, on appelle S-topologie\mathfrak{S}\text{-topologie} sur XX l’image réciproque par jj de la S-topologie\mathfrak{S}\text{-topologie} sur FEF^E.

Remarque 1

La S-topologie\mathfrak{S}\text{-topologie} est identique à la S′-topologie\mathfrak{S}'\text{-topologie}, où S′\mathfrak{S}' désigne la bornologie engendrée par S\mathfrak{S} (III, p. 1).

Remarque 2

Soit M∈SM \in \mathfrak{S} et soit VV un voisinage de 0 dans FF; notons T(M,V)T(M, V) l’ensemble des f∈FEf \in F^E telles que f(x)∈Vf(x) \in V pour tout x∈Mx \in M. Si S\mathfrak{S} est stable par réunion finie, les ensembles T(M,V)T(M, V) forment un système fondamental de voisinages de 0 pour la S-topologie\mathfrak{S}\text{-topologie} de FEF^E.

Proposition 1

Soient E un ensemble, S\mathfrak{S} un ensemble de parties de E, F un espace vectoriel topologique, H un sous-espace vectoriel de FEF^E. Pour que la S-topologie\mathfrak{S}\text{-topologie} soit compatible avec la structure d’espace vectoriel de H, il faut et il suffit que, pour tout u∈Hu \in H et tout M∈SM \in \mathfrak{S}, u(M)u(M) soit borné dans F. Si, en outre, F est localement convexe, la S-topologie\mathfrak{S}\text{-topologie} sur H est localement convexe.

Compte tenu des remarques 1) et 2) ci-dessus, on voit qu’une condition nécessaire et suffisante pour que la S-topologie\mathfrak{S}\text{-topologie} soit compatible avec la structure d’espace vectoriel de H est que les ensembles H∩T(M,V)H \cap T(M, V) soient absorbants dans H (I, p. 7, prop. 4) ; or cela signifie que, pour tout u∈Hu \in H, toute partie M∈SM \in \mathfrak{S} et tout voisinage équilibré VV de 0 dans FF, il existe λ≠0\lambda \neq 0 tel que u(M)⊂λVu(M) \subset \lambda V, c’est-à-dire (III, p. 2) que u(M)u(M) soit bornée dans FF. Enfin la dernière assertion de la proposition résulte de ce que, si VV est convexe, il en est de même de T(M,V)T(M, V).

Corollaire

Soient E et F deux espaces localement convexes, S\mathfrak{S} un ensemble de parties bornées de E, L(E;F)\mathscr{L}(E; F) l’espace vectoriel des applications linéaires continues de E dans F. La S-topologie\mathfrak{S}\text{-topologie} est compatible avec la structure d’espace vectoriel de L(E;F)\mathscr{L}(E; F); elle est localement convexe.

Il suffit de remarquer que, si uu est une application linéaire continue de E dans F et M une partie bornée de E, u(M)u(M) est bornée dans F (III, p. 4, cor. 1).

Étant donnés deux espaces vectoriels localement convexes E et F, et un ensemble S\mathscr{S} de parties bornées de E, nous désignerons par LS(E;F)\mathscr{L}_{\mathscr{S}}(E ; F) l’espace localement convexe obtenu en munissant L(E;F)\mathscr{L}(E ; F) de la S\mathscr{S}-topologie.

Exemple 1

S\mathscr{S} est l’ensemble des parties finies de E ; la S\mathscr{S}-topologie est alors la topologie de la convergence simple et l’espace LS(E;F)\mathscr{L}_{\mathscr{S}}(E ; F) est aussi noté Ls(E;F)\mathscr{L}_s(E ; F). Une partie bornée de Ls(E;F)\mathscr{L}_s(E ; F) est appelée une partie simplement bornée de L(E;F)\mathscr{L}(E ; F).

Exemple 2

S\mathscr{S} est l’ensemble des parties compactes (resp. précompactes, convexes compactes). La S\mathscr{S}-topologie est alors appelée la topologie de la convergence compacte (resp. précompacte, convexe compacte) et l’espace LS(E;F)\mathscr{L}_{\mathscr{S}}(E ; F) est aussi noté Lc(E;F)\mathscr{L}_c(E ; F) (resp. Lpc(E;F)\mathscr{L}_{pc}(E ; F), Lcc(E;F)\mathscr{L}_{cc}(E ; F)). (Cf. IV, p. 48, exerc. 7.)

Exemple 3

Si S\mathscr{S} est l’ensemble de toutes les parties bornées de E, on dit que la S\mathscr{S}-topologie est la topologie de la convergence bornée, et l’espace LS(E;F)\mathscr{L}_{\mathscr{S}}(E ; F) est noté Lb(E;F)\mathscr{L}_b(E ; F).

Exemple 4

Lorsque F=KF = K, l’espace L(E;F)\mathscr{L}(E ; F) est le dual E′E' de E. On note alors ES′E'_\mathscr{S}, Es′E'_s, etc. l’espace LS(E;K)\mathscr{L}_{\mathscr{S}}(E ; K), Ls(E;K)\mathscr{L}_s(E ; K), etc. L’espace Es′E'_s (resp. Eb′E'_b) est appelé le dual faible (resp. le dual fort) de E. Une partie bornée de Es′E'_s (resp. Eb′E'_b) est dite faiblement (resp. fortement) bornée. On notera que la topologie faible sur E′E' n’est autre que σ(E′,E)\sigma(E', E) (II, p. 45).

Lorsque E=FE = F, on note L(E)\mathscr{L}(E), LS(E)\mathscr{L}_{\mathscr{S}}(E), etc. l’espace L(E;E)\mathscr{L}(E ; E), LS(E;E)\mathscr{L}_{\mathscr{S}}(E ; E), etc.

Soient pp une semi-norme continue sur F, et M une partie bornée de E. Posons

pM(u)=sup⁡x∈Mp(u(x)). p_M(u) = \sup_{x \in M} p(u(x)) .

Il est immédiat que pMp_M est une semi-norme sur L(E;F)\mathscr{L}(E ; F) et que si Γ\Gamma est un système fondamental de semi-normes sur F, la famille des semi-normes pMp_M, où pp parcourt Γ\Gamma et M parcourt une base de la bornologie engendrée par S\mathscr{S}, est un système fondamental de semi-normes de LS(E;F)\mathscr{L}_{\mathscr{S}}(E ; F).

En particulier, si E et F sont des espaces semi-normés, et si l’on note pp (resp. qq) la semi-norme de E (resp. F), la topologie de la convergence bornée sur L(E;F)\mathscr{L}(E ; F) est définie par la semi-norme

r(u)=sup⁡p(x)≤1q(u(x)) r(u) = \sup_{p(x) \leq 1} q(u(x))

(cf. TG, X, p. 21 à 24). Lorsqu’on considère Lb(E;F)\mathscr{L}_b(E ; F) comme un espace semi-normé, c’est toujours de la semi-norme (2) qu’il est question sauf mention expresse du contraire. Si F est un espace normé, la semi-norme (2) est une norme.

Remarque 3

Soit A une partie dense de la boule unité de E. Vu la continuité de uu, on a aussi

r(u)=sup⁡x∈Aq(u(x)). r(u) = \sup_{x \in A} q(u(x)) .

Par exemple

r(u)=sup⁡p(x)<1q(u(x)). r(u) = \sup_{p(x) < 1} q(u(x)) .

Comme on a u(tx)=tu(x)u(tx) = tu(x) pour t∈Rt \in \mathbf{R}, on a aussi, dès que E≠{0}E \neq \{0\} :

r(u)=sup⁡p(x)=1q(u(x))=sup⁡p(x)≠0q(u(x))p(x). r(u) = \sup_{p(x)=1} q(u(x)) = \sup_{p(x) \neq 0} \frac{q(u(x))}{p(x)}.

Remarque 4

La formule (2) montre que l’application u↦r(u)u \mapsto r(u) est semi-continue inférieurement sur Ls(E;F)\mathscr{L}_s(E; F).

Proposition 2

Soient E et F deux espaces localement convexes, et soit S\mathfrak{S} un ensemble de parties bornées de E.

1) Sur L(E;F)\mathscr{L}(E; F), la S\mathfrak{S}-topologie est identique à la S~\tilde{\mathfrak{S}}-topologie, où S~\tilde{\mathfrak{S}} désigne la plus petite bornologie adaptée (III, p. 3) à E contenant S\mathfrak{S}.

2) Supposons que {0}\{0\} ne soit pas dense dans F et soit S′\mathfrak{S}' un autre ensemble de parties bornées de E. Pour que la S′\mathfrak{S}'-topologie soit moins fine que la S\mathfrak{S}-topologie, il faut et il suffit que l’on ait S′⊂S~\mathfrak{S}' \subset \tilde{\mathfrak{S}}.

Soient u∈L(E;F)u \in \mathscr{L}(E; F), M∈SM \in \mathfrak{S}, et soit pp une semi-norme continue sur F. Comme p∘up \circ u est une semi-norme continue sur E, il est équivalent de dire que p∘up \circ u est majorée par 1 dans M ou dans l’enveloppe fermée convexe équilibrée M~\tilde{M} de M ; autrement dit, on a pM=pM~p_M = p_{\tilde{M}}. En outre, il est clair qu’on a pλM=λpMp_{\lambda M} = \lambda p_M pour λ>0\lambda > 0 et pM∪M′=sup⁡(pM,pM′)p_{M \cup M'} = \sup(p_M, p_{M'}), d’où la première assertion puisque S~\tilde{\mathfrak{S}} admet pour base l’ensemble des homothétiques des enveloppes convexes équilibrées fermées de réunions finies d’ensembles de S\mathfrak{S}.

Démontrons la deuxième assertion : tout d’abord, si F est le corps de base, il résulte de la définition que la S~\tilde{\mathfrak{S}}-topologie sur E′=L(E;F)E' = \mathscr{L}(E; F) admet pour système fondamental de voisinages de 0 l’ensemble des polaires des ensembles de S~\tilde{\mathfrak{S}}. Soit A une partie bornée de E, dont le polaire A∘A^\circ est un voisinage de 0 pour la S~\tilde{\mathfrak{S}}-topologie ; il existe donc B∈S~B \in \tilde{\mathfrak{S}} fermé, convexe et équilibré tel que A∘⊃B∘A^\circ \supset B^\circ, d’où A⊂B∘∘A \subset B^{\circ \circ}; mais d’après le cor. 3 de II, p. 49, on a B∘∘=BB^{\circ \circ} = B, d’où A⊂BA \subset B, et A∈S~A \in \tilde{\mathfrak{S}}. Donc, si S′\mathfrak{S}' est un ensemble de parties bornées de E, la S′\mathfrak{S}'-topologie est moins fine que la S\mathfrak{S}-topologie sur E′E' si et seulement si S′⊂S~\mathfrak{S}' \subset \tilde{\mathfrak{S}}. Le cas général en résulte aussitôt, car si y∈Fy \in F n’est pas adhérent à 0, on vérifie immédiatement que l’application qui à f∈E′f \in E' fait correspondre l’application x↦f(x)yx \mapsto f(x) y est un isomorphisme d’espaces localement convexes de ES′E_{\mathfrak{S}'} sur son image dans LS(E;F)\mathscr{L}_{\mathfrak{S}}(E; F).

2. Condition pour que LS(E;F)\mathscr{L}_{\mathfrak{S}}(E; F) soit séparé

Proposition 3

Soient E et F deux espaces localement convexes, F étant supposé séparé, et soit S\mathfrak{S} un ensemble de parties bornées de E. Si la réunion A des ensembles de S\mathfrak{S} est totale dans E, l’espace LS(E;F)\mathscr{L}_{\mathfrak{S}}(E; F) est séparé.

Soit u0u_0 un élément non nul de L(E;F)\mathscr{L}(E; F); comme u0u_0 est continue et A totale dans E, il existe x0x_0 dans A tel que u0(x0)≠0u_0(x_0) \neq 0. Comme F est séparé, il existe un voisinage V de 0 dans F tel que u0(x0)∉Vu_0(x_0) \notin V. Soit M∈SM \in \mathfrak{S} tel que x0∈Mx_0 \in M. Alors l’ensemble U des u∈L(E;F)u \in \mathscr{L}(E; F) telles que u(M)⊂Vu(M) \subset V est un voisinage de 0 dans L(E;F)\mathscr{L}(E; F) et l’on a u0∉Uu_0 \notin U, donc L(E;F)\mathscr{L}(E; F) est séparé.

En particulier, sur L(E;F)\mathscr{L}(E ; F) les topologies suivantes sont séparées dès que F est séparé : la convergence simple, la convergence compacte, précompacte ou convexe compacte, et la convergence bornée.

3. Relations entre L(E;F)\mathscr{L}(E ; F) et L(E^;F)\mathscr{L}(\hat{E} ; F)

Soient E et F deux espaces localement convexes séparés, et supposons F complet ; soit E^\hat{E} le complété de E. Comme toute application linéaire continue uu de E dans F se prolonge d’une seule manière en une application linéaire continue uˉ\bar{u} de E^\hat{E} dans F, on peut identifier par l’application u↦uˉu \mapsto \bar{u} les espaces L(E;F)\mathscr{L}(E ; F) et L(E^;F)\mathscr{L}(\hat{E} ; F). Soit de plus S\mathfrak{S} un ensemble de parties bornées de E ; la S\mathfrak{S}-topologie sur L(E;F)\mathscr{L}(E ; F) coïncide avec la S\mathfrak{S}-topologie sur L(E^;F)\mathscr{L}(\hat{E} ; F), et aussi avec la S^\hat{\mathfrak{S}}-topologie, où S^\hat{\mathfrak{S}} désigne l’ensemble des adhérences dans E^\hat{E} des ensembles de S\mathfrak{S}.

Par exemple, si E est normé, la topologie de la convergence bornée sur L(E;F)\mathscr{L}(E ; F) s’identifie à la topologie de la convergence bornée sur L(E^;F)\mathscr{L}(\hat{E} ; F) : en effet, toute partie bornée de E^\hat{E} est contenue dans l’adhérence d’une partie bornée de E. Comme la boule unité de E^\hat{E} est l’adhérence de la boule unité de E, il résulte de la formule (3) (III, p. 14) que si F est un espace de Banach, l’application u↦uˉu \mapsto \bar{u} est une isométrie de L(E;F)\mathscr{L}(E ; F) sur L(E^;F)\mathscr{L}(\hat{E} ; F).

On notera que si E n’est pas un espace normé, il peut arriver qu’il existe des parties bornées de E^\hat{E} qui ne sont contenues dans l’adhérence d’aucune partie bornée de E (c’est le cas par exemple si E est le dual faible d’un espace de Banach de dimension infinie) ; il en est cependant ainsi si E est métrisable, de type dénombrable (III, p. 41, exerc. 16).

4. Parties équicontinues de L(E;F)\mathscr{L}(E ; F)

Soient E et F deux espaces localement convexes. Pour qu’une partie H de L(E;F)\mathscr{L}(E ; F) soit équicontinue, il faut et il suffit qu’elle soit équicontinue au point 0 de E (I, p. 9, prop. 6) ; cela signifie que pour tout voisinage V de 0 dans F, l’ensemble ⋂u∈Hu−1(V)\bigcap_{u \in H} u^{-1}(V) est un voisinage de 0 dans E, ou encore que pour toute semi-norme continue pp sur F, la fonction sup⁡u∈H(p∘u)\sup_{u \in H} (p \circ u) est une semi-norme continue sur E. De plus (I, p. 5), H est uniformément équicontinue. Notons que l’enveloppe convexe équilibrée d’une partie équicontinue est équicontinue puisque, si pp est une semi-norme continue sur F, et H~\tilde{H} l’enveloppe convexe équilibrée de H, on a, pour des uiu_i dans H, l’inégalité p∘(∑λiui)≤∑∣λi∣⋅(p∘ui)p \circ (\sum \lambda_i u_i) \leq \sum |\lambda_i| \cdot (p \circ u_i), donc sup⁡u∈H(p∘u)=sup⁡u∈H~(p∘u)\sup_{u \in H} (p \circ u) = \sup_{u \in \tilde{H}} (p \circ u).

Par suite, l’ensemble des parties équicontinues est une bornologie convexe sur L(E;F)\mathscr{L}(E ; F) (III, p. 2, déf. 2).

Proposition 4

Soient E, F deux espaces localement convexes, F étant supposé séparé. Munissons l’espace FEF^E de toutes les applications de E dans F de la topologie de la convergence simple.

(i) L’ensemble des applications linéaires de E dans F est fermé dans FEF^E.

(ii) Si H est une partie équicontinue de L(E;F)\mathscr{L}(E; F), l’adhérence H‾\overline{H} de H dans FEF^E est contenue dans L(E;F)\mathscr{L}(E; F) et est équicontinue.

On sait que H‾\overline{H} est équicontinue (TG, X, p. 15). Tout revient à prouver l’assertion (i). Soient x, y dans E et λ,μ\lambda, \mu dans K, et soit A(x,y,λ,μ)A(x, y, \lambda, \mu) l’ensemble des u∈FEu \in F^E telles que

u(λx+μy)−λu(x)−μu(y)=0. u(\lambda x + \mu y) - \lambda u(x) - \mu u(y) = 0 .

Cet ensemble est fermé dans FEF^E puisque l’application u↦u(x)u \mapsto u(x) de FEF^E dans F est continue pour tout x∈Ex \in E et que F est séparé. Or l’ensemble des applications linéaires de E dans F est égal à

⋂x,y,λ,μA(x,y,λ,μ), \bigcap_{x, y, \lambda, \mu} A(x, y, \lambda, \mu) ,

donc est fermé dans FEF^E.

Corollaire 1

Pour qu’une partie équicontinue H de L(E;F)\mathscr{L}(E; F) soit relativement compacte dans Ls(E;F)\mathscr{L}_s(E; F), il faut et il suffit que, pour tout x∈Ex \in E, l’ensemble H(x)H(x) des u(x)u(x), où uu parcourt H, soit relativement compact dans F.

En effet, cette condition est nécessaire et suffisante pour que H‾\overline{H} soit compacte dans FEF^E (TG, I, p. 64).

Corollaire 2

Toute partie équicontinue du dual E′E' de E est relativement compacte pour la topologie faible σ(E′,E)\sigma(E', E) de E′E' (III, p. 14, Exemple 4).

En effet, si H est une partie équicontinue de E′E', sup⁡u∈H∣u∣\sup_{u \in H} |u| est une semi-norme continue sur E ; en particulier pour tout x∈Ex \in E, l’ensemble H(x)H(x) est borné, donc relativement compact dans le corps des scalaires.

Corollaire 3

Dans le dual fort Eb′E'_b d’un espace semi-normé E, toute boule fermée est compacte pour la topologie faible σ(E′,E)\sigma(E', E).

En effet, cette boule est aussi fermée pour σ(E′,E)\sigma(E', E).

Proposition 5

Soient E et F deux espaces localement convexes et soit T une partie totale de E. Sur toute partie équicontinue H de L(E;F)\mathscr{L}(E; F), les structures uniformes suivantes coïncident :

1) la structure uniforme de la convergence simple dans T ; 2) la structure uniforme de la convergence simple dans E ; 3) la structure uniforme de la convergence dans les parties précompactes de E.

Rappelons (III, p. 15, prop. 2) que, dans L(E;F)\mathscr{L}(E; F), la S\mathfrak{S}-topologie coïncide avec la S~\tilde{\mathfrak{S}}-topologie où S~\tilde{\mathfrak{S}} est la plus petite bornologie adaptée à E et contenant S\mathfrak{S}.

Dans l’énoncé de la prop. 5, on peut donc remplacer le mot « totale » par « partout dense ». La proposition résulte alors des propriétés générales des ensembles équicontinu (TG, X, p. 16, th. 1).

Exemple 1

Soit μ\mu la mesure de Lebesgue sur R\mathbf{R} et soit EE l’espace semi-normé Lp(μ)\mathscr{L}^p(\mu) (1≤p<∞1 \leq p < \infty) (INT, IV). Pour toute fonction numérique ff et tout nombre réel hh, notons fhf_h la fonction x↦f(x−h)x \mapsto f(x - h). Il est clair que l’application f↦fhf \mapsto f_h définit une isométrie linéaire de EE sur lui-même. Si ff est continue à support compact, fhf_h converge vers ff, uniformément donc aussi en moyenne d’ordre pp, lorsque hh tend vers 00. Comme l’ensemble K(R)\mathscr{K}(\mathbf{R}) des fonctions continues à support compact est dense dans EE, et comme l’ensemble des isométries linéaires de EE est équicontinu, il résulte de la prop. 5 que pour toute f∈Ef \in E, fhf_h converge en moyenne d’ordre pp vers ff lorsque hh tend vers 00.

Prenons p=1p = 1, et considérons la transformation de Fourier qui à f∈L1(μ)f \in \mathscr{L}^1(\mu) fait correspondre la fonction f^\hat{f} sur R\mathbf{R} définie par

f^(y)=∫e−2iπxyf(x) dμ(x). \hat{f}(y) = \int e^{-2i\pi xy} f(x) \, d\mu(x) .

Les formes linéaires f↦f^(y)f \mapsto \hat{f}(y) forment une partie équicontinue du dual de L1(μ)\mathscr{L}^1(\mu).

D’autre part, on sait que l’ensemble TT des fonctions caractéristiques d’intervalles fermés bornés est une partie totale de L1(μ)\mathscr{L}^1(\mu), et on vérifie aisément que, pour f∈Tf \in T, la transformée de Fourier f^\hat{f} est une fonction continue tendant vers zéro à l’infini. On en déduit qu’il en est de même pour tout f∈L1(μ)f \in L^1(\mu) (« th. de Riemann-Lebesgue »). En effet, la relation sup⁡y∈R∣f^(y)∣≤∥f∥1\sup_{y \in \mathbf{R}} |\hat{f}(y)| \leq \|f\|_1 montre que l’application f↦f^f \mapsto \hat{f} est une application continue de L1(μ)\mathscr{L}^1(\mu) dans l’espace B(R)\mathscr{B}(\mathbf{R}) des fonctions bornées sur R\mathbf{R} muni de la convergence uniforme. Comme f^\hat{f} est continue pour f∈Tf \in T, il en résulte que f^\hat{f} est continue quelle que soit f∈L1(μ)f \in L^1(\mu). Le fait que f^\hat{f} tende vers zéro à l’infini résulte de ce que le sous-espace C0(R)\mathscr{C}_0(\mathbf{R}) des fonctions continues tendant vers 00 à l’infini est fermé dans B(R)\mathscr{B}(\mathbf{R}).

Exemple 2

Soit EE l’espace des fonctions numériques continues dans R\mathbf{R}, muni de la topologie de la convergence compacte. Soit KK un compact de R\mathbf{R} et soit (μn)(\mu_n) une suite de mesures sur R\mathbf{R} à support dans KK. Supposons ∥μn∥≤1\|\mu_n\| \leq 1 pour tout nn. L’ensemble des μn\mu_n est alors une partie équicontinue de E′E'. Alors, si pour toute fonction f∈Ef \in E, on a lim⁡n→∞μn(f)=0\lim_{n \to \infty} \mu_n(f) = 0, la suite des fonctions x↦∫eitxdμn(t)x \mapsto \int e^{itx} d\mu_n(t) converge vers 00, uniformément dans toute partie compacte de R\mathbf{R} (car l’ensemble des fonctions t↦eitxt \mapsto e^{itx}, où xx parcourt un compact de R\mathbf{R}, est compact dans EE). \

Corollaire

Supposons FF séparé. Soit HH une partie équicontinue de L(E;F)\mathscr{L}(E; F). Si un filtre Φ\Phi sur HH converge simplement vers une application u0u_0 de EE dans FF, u0u_0 est une application linéaire continue de EE dans FF, et Φ\Phi converge uniformément vers u0u_0 dans toute partie précompacte de EE.

La première assertion résulte de la prop. 4 (III, p. 16) et la seconde de la prop. 5 (III, p. 17).

Proposition 6

Soit HH une partie équicontinue de L(E;F)\mathscr{L}(E; F). Si FF est métrisable et s’il existe un ensemble dénombrable total dans EE, la structure uniforme sur HH de la convergence simple dans EE est métrisable. Si en outre il existe un ensemble dénombrable total dans FF, il existe un ensemble dénombrable partout dense dans HH (pour la topologie de la convergence uniforme dans les parties précompactes de EE).

Soit (an)(a_n) une suite totale dans EE. L’application u↦(u(an))u \mapsto (u(a_n)) est alors un isomorphisme de L(E;F)\mathscr{L}(E; F), muni de la structure uniforme de la convergence simple dans l’ensemble des ana_n, sur un sous-espace uniforme de FN\mathbf{F}^\mathbf{N}. Si FF est métrisable (resp. métrisable de type dénombrable), il en est de même de FN\mathbf{F}^\mathbf{N} (TG, IX, p. 15, cor. 2, et p. 19, corollaire), et la proposition résulte de la prop. 5 (III, p. 17).

Corollaire 1

Soient E un espace localement convexe métrisable de type dénombrable et F un espace normé de type dénombrable. Alors L(E;F)\mathscr{L}(E; F) est réunion d’une famille dénombrable de parties équicontinues et il existe dans L(E;F)\mathscr{L}(E; F) un ensemble dénombrable dense pour la topologie de la convergence uniforme dans les parties précompactes de E.

Soient B la boule unité de F et (Vn)(V_n) un système fondamental dénombrable de voisinages de 0 dans E. Pour tout entier n, l’ensemble HnH_n des u∈L(E;F)u \in \mathscr{L}(E; F) telles que u(Vn)⊂Bu(V_n) \subset B est équicontinu et L(E;F)\mathscr{L}(E; F) est la réunion des HnH_n. Le corollaire résulte donc de la prop. 6.

Corollaire 2

Dans le dual E′E' d’un espace normé de type dénombrable, toute boule fermée est un espace compact métrisable pour la topologie faible σ(E′,E)\sigma(E', E) et il existe dans E′E' un ensemble dénombrable dense pour σ(E′,E)\sigma(E', E).

Cela résulte de la prop. 6 et de III, p. 17, cor. 3.

5. Parties équicontinues de E′E'

Dans ce numéro, on désigne par E un espace localement convexe et par E′E' son dual. Lorsque nous parlerons du polaire M∘M^\circ d’une partie M de E (resp. E′E'), il s’agira toujours, sauf mention expresse du contraire, du polaire de M relativement à la dualité entre E et E′E'. Rappelons que, si V est un voisinage convexe, équilibré et fermé de 0 dans E, on a V=V∘∘V = V^{\circ\circ} (II, p. 49, cor. 3).

Proposition 7

Soit M une partie de E′E'. Les conditions suivantes sont équivalentes : (i) M est équicontinue ; (ii) M est contenue dans le polaire d’un voisinage de 0 dans E ; (iii) le polaire de M est un voisinage de 0 dans E.

Si M est équicontinue, il existe un voisinage convexe équilibré V de 0 tel que ∣u(x)∣≤1|u(x)| \leq 1 pour x∈Vx \in V et u∈Mu \in M; on a donc M⊂V∘M \subset V^\circ et (i) entraîne (ii). Avec les mêmes notations, si M⊂V∘M \subset V^\circ, on a V⊂V∘∘⊂M∘V \subset V^{\circ\circ} \subset M^\circ et (ii) entraîne (iii). Enfin, si M∘M^\circ contient un voisinage convexe équilibré V de 0, on a M⊂M∘∘⊂V∘M \subset M^{\circ\circ} \subset V^\circ et les relations x∈εVx \in \varepsilon V, u∈Mu \in M entraînent ∣u(x)∣≤ε|u(x)| \leq \varepsilon, pour tout ε>0\varepsilon > 0, ce qui montre que (iii) entraîne (i).

Remarquons que tout x∈Ex \in E définit une application j(x):u↦u(x)j(x): u \mapsto u(x) de E′E' dans K. On peut donc parler de la S\mathfrak{S}-topologie sur E, lorsque S\mathfrak{S} est un ensemble de parties de E′E'; c’est l’image réciproque par j de la S\mathfrak{S}-topologie sur KE′K^{E'}. On vérifie aussitôt que si S\mathfrak{S} est une bornologie convexe sur E′E', un système fondamental de voisinages de 0 pour la S\mathfrak{S}-topologie sur E est formé des polaires des ensembles de S\mathfrak{S}. Il en est en particulier ainsi lorsque S\mathfrak{S} est l’ensemble des parties équicontinues de E′E' et la prop. 7 entraîne :

Corollaire 1

La topologie de E est identique à la topologie de la convergence uniforme dans les parties équicontinues de E′E'.

Plus généralement, soit F un espace localement convexe ; toute u∈L(E;F)u \in \mathscr{L}(E; F) définit une application j(u):(x,f)↦f(u(x))j(u) : (x, f) \mapsto f(u(x)) de E×F′E \times F' dans KK (c’est-à-dire dans R\mathbf{R} ou C\mathbf{C}). Ceci permet de définir dans l’espace L(E;F)\mathscr{L}(E; F) la topologie de la convergence uniforme dans un ensemble de parties de E×F′E \times F'. En particulier :

Corollaire 2

Soit S\mathfrak{S} un ensemble de parties bornées de E. La S\mathfrak{S}-topologie sur L(E;F)\mathscr{L}(E; F) est la topologie de la convergence uniforme dans les ensembles de la forme A×B⊂E×F′A \times B \subset E \times F', où AA décrit S\mathfrak{S} et BB l’ensemble des parties équicontinues de F′F'.

En effet, pour tout u∈L(E;F)u \in \mathscr{L}(E; F), tout A∈SA \in \mathfrak{S} et tout voisinage VV convexe, équilibré et fermé de 00 dans FF, la relation u(A)⊂Vu(A) \subset V est équivalente à « j(u)(A×V∘)j(u)(A \times V^\circ) est contenu dans la boule unité de KK ».

Proposition 8

Soit HH un ensemble d’applications linéaires de EE dans un espace localement convexe FF. Pour que HH soit équicontinu, il faut et il suffit que, pour toute partie équicontinue XX du dual F′F' de FF, l’ensemble des formes linéaires f∘uf \circ u pour f∈Xf \in X et u∈Hu \in H soit équicontinu.

Il est évident que la condition est nécessaire. Supposons-la vérifiée et soit VV un voisinage convexe, équilibré et fermé de 00 dans FF. Puisque V∘V^\circ est équicontinu, il existe un voisinage WW de 00 dans EE tel que ∣f(u(x))∣≤1|f(u(x))| \leq 1 pour x∈W,u∈Hx \in W, u \in H et f∈V∘f \in V^\circ; autrement dit, on a u(W)⊂V∘∘=Vu(W) \subset V^{\circ \circ} = V pour tout u∈Hu \in H et HH est donc équicontinu.

6. Le complété d’un espace localement convexe

Théorème 1 (Grothendieck)

Soit EE un espace localement convexe, et soit S\mathfrak{S} une bornologie adaptée et couvrante sur EE. Soit F⊂E∗F \subset E^* l’espace des formes linéaires sur EE dont la restriction à tout ensemble appartenant à S\mathfrak{S} est continue. On munit FF de la S\mathfrak{S}-topologie. L’injection canonique de ES′E'_\mathfrak{S} dans FF se prolonge en un isomorphisme du complété E^S′\hat{E}'_\mathfrak{S} de ES′E'_\mathfrak{S} sur FF.

Comme toute limite simple de formes linéaires sur EE est une forme linéaire (III, p. 16, prop. 4) et que la bornologie S\mathfrak{S} est couvrante, il résulte de TG, X, p. 9, cor. 2 que l’espace FF, muni de la S\mathfrak{S}-topologie, est séparé et complet. Il est clair que ES′E'_\mathfrak{S} est un sous-espace vectoriel topologique de FF; il suffit donc de prouver que ES′E'_\mathfrak{S} est partout dense dans FF, ce qui résulte du lemme suivant :

Lemme 1

Soit AA une partie convexe, équilibrée et fermée de EE, et soit uu une forme linéaire sur EE dont la restriction à AA est continue. Pour tout ε>0\varepsilon > 0, il existe x′∈E′x' \in E' tel que*

∣u(x)−⟨x,x′⟩∣≤εpour tout x∈A. |u(x) - \langle x, x' \rangle| \leq \varepsilon \quad \text{pour tout } x \in A .

Soit en effet ε>0\varepsilon > 0. Il existe un voisinage convexe, équilibré et fermé UU de 00 dans EE tel que ∣u(x)∣≤ε|u(x)| \leq \varepsilon pour tout x∈U∩Ax \in U \cap A. On sait que le polaire U∘U^\circ de UU dans E∗E^* est contenu dans E′E' et est compact pour la topologie σ(E∗,E)\sigma(E^*, E) (III, p. 17, cor. 2). Comme le polaire A∘A^\circ de AA dans E∗E^* est fermé pour σ(E∗,E)\sigma(E^*, E), il en résulte que A∘+U∘A^\circ + U^\circ est une partie convexe fermée de E∗E^* (TG, III, p. 28, cor. 1).

Soit CC une partie convexe, équilibrée et fermée de EE. Alors, CC est fermée pour σ(E, E') (II, p. 49, cor. 3), donc aussi pour σ(E, E*), et on a par suite C = C°° (pour la dualité entre E et E*). Par suite, on a

A∩U=A°°∩U°°=(A°∪U°)°⊃(A°+U°)° A \cap U = A^{°°} \cap U^{°°} = (A° \cup U°)^° \supset (A° + U°)^°

d’où

(A∩U)°⊂(A°+U°)°°=A°+U°. (A \cap U)^° \subset (A° + U°)^{°°} = A° + U° .

Comme la forme linéaire ε−1u\varepsilon^{-1}u appartient à (A∩U)°(A \cap U)^°, il existe donc v∈A°v \in A° et w∈U°w \in U° tels que u=ε(v+w)u = \varepsilon(v + w). Alors x′=εwx' = \varepsilon w appartient à E′E' et u−x′=εvu - x' = \varepsilon v est majorée en valeur absolue par ε\varepsilon sur AA, d’où le lemme.

Soit maintenant EE un espace localement convexe séparé, et soit E^\hat{E} son complété. Toute forme linéaire ff continue sur EE se prolonge par continuité à E^\hat{E}; on a donc (E^)′=E′(\hat{E})' = E' (III, p. 16) et tout élément de E^\hat{E} définit une forme linéaire sur E′E', c’est-à-dire un élément du dual algébrique E′∗{E'}^* de E′E'. De plus, la dualité entre EE (resp. E^\hat{E}) et E′E' est séparante (II, p. 26, cor. 1). Par suite EE et E^\hat{E} s’identifient à des sous-espaces vectoriels de E′∗{E'}^*.

Théorème 2

Soit E un espace localement convexe séparé, et soit E^\hat{E} son complété ; on identifie E et E^\hat{E} à des sous-espaces vectoriels de E′∗{E'}^*. Pour qu’un élément f∈E′∗f \in {E'}^* appartienne à E^\hat{E}, il faut et il suffit que la restriction de ff à toute partie équicontinue de E′E' soit continue pour la topologie σ(E′,E)\sigma(E', E).

L’espace EE s’identifie au dual topologique de E′E' lorsqu’on munit E′E' de la topologie σ(E′,E)\sigma(E', E) (II, p. 46, prop. 3) ; d’autre part, si S\mathscr{S} est l’ensemble des parties équicontinues de E′E', la topologie donnée sur EE est la S\mathscr{S}-topologie (III, p. 19, cor. 1). Il résulte alors de III, p. 13, prop. 1, que les ensembles de S\mathscr{S} sont bornés pour σ(E′,E)\sigma(E', E) (cf. plus loin, III, p. 22, prop. 9), autrement dit S\mathscr{S} est une bornologie adaptée et couvrante pour la topologie σ(E′,E)\sigma(E', E). Le th. 2 est alors conséquence du th. 1, où l’on remplace EE par E′E' et ES′E'_\mathscr{S} par EE.

Corollaire 1 (Banach). — Soit E un espace localement convexe séparé et complet. Pour qu’une forme linéaire sur E′E' soit continue pour la topologie faible σ(E′,E)\sigma(E', E) (c’est-à-dire provienne d’un élément de EE), il suffit que sa restriction à toute partie équicontinue de E′E' soit continue pour σ(E′,E)\sigma(E', E).

Remarque

Supposons de plus qu’il existe dans EE un ensemble total dénombrable ; alors toute partie équicontinue de E′E' est métrisable pour la topologie σ(E′,E)\sigma(E', E) (III, p. 18, prop. 6) ; pour vérifier qu’une forme linéaire uu sur E′E' est faiblement continue, il suffit donc de vérifier que, pour toute suite équicontinue (xn′)(x'_n) dans E′E' qui converge vers 0 pour σ(E′,E)\sigma(E', E), on a lim⁡n→∞u(xn′)=0\lim_{n \to \infty} u(x'_n) = 0.

Corollaire 2

Soit (Ei)i∈I(E_i)_{i \in I} une famille d’espaces localement convexes séparés et soit EE leur somme directe topologique. L’application canonique de la somme directe des E^i\hat{E}_i dans E^\hat{E} est un isomorphisme. En particulier, EE est complet si et seulement si tous les EiE_i sont complets.

On sait que le dual de E s’identifie au produit des duals des EiE_i (II, p. 33, formule (1)). Soit u∈E^u \in \hat{E} et soit ui∈Ei′∗u_i \in E'_i* la restriction de uu (considérée comme élément de E′(∗)E'(*)) à Ei′⊂E′E'_i \subset E'. Il est immédiat qu’il suffit de démontrer que ui=0u_i = 0 sauf pour un nombre fini d’indices i∈Ii \in I. Supposons au contraire qu’il existe une suite (in)n∈N(i_n)_{n \in \mathbf{N}} d’indices distincts telle que uin≠0u_{i_n} \neq 0. Il existe alors xin∈Ein′x_{i_n} \in E'_{i_n} telle que uin(xin)=nu_{i_n}(x_{i_n}) = n. L’ensemble HH des xinx_{i_n} est équicontinu dans E′E' et la restriction de uu à HH n’est pas bornée, ce qui est impossible.

7. S\mathscr{S}-bornologies sur L(E;F)\mathscr{L}(E ; F)

Soient EE et FF deux espaces localement convexes et S\mathscr{S} un ensemble de parties bornées de EE. Dire qu’une partie HH de L(E;F)\mathscr{L}(E ; F) est bornée pour la S\mathscr{S}-topologie signifie : pour tout M∈SM \in \mathscr{S}, tout voisinage VV de 0 dans FF absorbe l’ensemble H(M)=⋃u∈Hu(M)H(M) = \bigcup_{u \in H} u(M); cela revient à dire que pour tout M∈SM \in \mathscr{S}, l’ensemble H(M)H(M) est borné dans FF. De façon équivalente, cela signifie que pour tout voisinage VV de 0 dans FF, l’ensemble ⋂u∈Hu−1(V)\bigcap_{u \in H} u^{-1}(V) absorbe toute partie MM de S\mathscr{S}.

Proposition 9

Soient EE et FF deux espaces localement convexes et soit S\mathscr{S} un ensemble de parties bornées de EE. Toute partie équicontinue de L(E;F)\mathscr{L}(E ; F) est bornée pour la S\mathscr{S}-topologie.

En effet, si HH est une partie équicontinue de L(E;F)\mathscr{L}(E ; F) et VV un voisinage de 0 dans FF, l’ensemble ⋂u∈Hu−1(V)\bigcap_{u \in H} u^{-1}(V) est un voisinage de 0 dans EE, donc absorbe toute partie bornée de EE.

Une partie de L(E;F)\mathscr{L}(E ; F) qui est bornée pour une S\mathscr{S}-topologie n’est pas nécessairement équicontinue, même si S\mathscr{S} est couvrante et même si S\mathscr{S} est la bornologie canonique de EE (IV, p. 50, exerc. 17). Nous étudierons au paragraphe suivant sous le nom d’espaces tonnelés les espaces EE tels que toute partie simplement bornée de L(E;F)\mathscr{L}(E ; F) soit équicontinue. Notons dès maintenant le résultat suivant :

Proposition 10

Soit EE un espace bornologique* (en particulier, un espace localement convexe métrisable), et soit FF un espace localement convexe. Toute partie HH de L(E;F)\mathscr{L}(E ; F) *qui est bornée pour la topologie de la convergence bornée est équicontinue.

En effet, pour tout voisinage convexe équilibré VV de 0 dans FF, l’ensemble ⋂u∈Hu−1(V)\bigcap_{u \in H} u^{-1}(V) absorbe toute partie bornée de EE, donc est un voisinage de 0 dans EE, ce qui prouve que HH est équicontinue.

8. Parties complètes de LS(E;F)\mathscr{L}_{\mathscr{S}}(E ; F)

Proposition 11

Soient EE et FF deux espaces localement convexes, S\mathscr{S} un recouvrement de EE formé de parties bornées. Si FF est séparé et quasi-complet* (III, p. 8), toute partie équicontinue HH de L(E;F)\mathscr{L}(E ; F), fermée pour la S\mathscr{S}-*topologie, est un sous-espace uniforme complet de* LS(E;F)\mathscr{L}_{\mathscr{S}}(E ; F).

Comme HH est bornée dans LS(E;F)\mathscr{L}_\mathfrak{S}(E; F) (III, p. 22, prop. 9) et fermée dans FEF^E pour la S\mathfrak{S}-topologie (III, p. 16, prop. 4), cela résulte du cor. 3 de TG, X, p. 7.

Remarque 1

Soit MM un sous-espace uniforme complet de LS(E;F)\mathscr{L}_\mathfrak{S}(E; F). Pour tout ensemble de parties bornées S′⊃S\mathfrak{S}' \supset \mathfrak{S} de EE, la S′\mathfrak{S}'-topologie est plus fine que la S\mathfrak{S}-topologie sur L(E;F)\mathscr{L}(E; F); d’autre part, il existe un système fondamental de voisinages de 0 pour la S′\mathfrak{S}'-topologie qui sont fermés pour la topologie de la convergence simple (III, p. 13, Remarque 2), et a fortiori pour la S\mathfrak{S}-topologie. On en conclut (TG, III, p. 26, cor. 1) que MM est encore complet pour la S′\mathfrak{S}'-topologie.

Corollaire

Soient* EE et FF deux espaces localement convexes, HH une partie équicontinue de L(E;F)\mathscr{L}(E; F). Si FF est séparé et quasi-complet, et si un filtre Φ\Phi sur HH converge simplement en tous les points d’une partie totale TT de EE, alors il existe une application linéaire continue uu de EE dans FF telle que Φ\Phi converge uniformément vers uu dans toute partie précompacte de EE.

En effet, en vertu de la prop. 5 (III, p. 17), Φ\Phi est un filtre de Cauchy pour la structure uniforme de la convergence précompacte dans EE; d’après la prop. 11, l’adhérence H‾\overline{H} de HH dans Lpc(E;F)\mathscr{L}_{pc}(E; F) est complète et Φ\Phi converge donc uniformément sur toute partie précompacte de EE vers une application u∈H‾u \in \overline{H}.

Remarque 2

Soit (un)(u_n) une suite d’applications linéaires continues d’un espace de Banach EE dans un espace de Banach FF; il peut se faire que (un(x))(u_n(x)) ait une limite en tout point d’un sous-espace vectoriel partout dense TT de EE, sans que la suite (un)(u_n) soit bornée dans l’espace normé L(E;F)\mathscr{L}(E; F). Prenons par exemple pour EE l’espace des fonctions numériques continues dans R\mathbf{R}, tendant vers zéro à l’infini, avec la norme ∥f∥=sup⁡x∈R∣f(x)∣\|f\| = \sup_{x \in \mathbf{R}} |f(x)| et pour TT le sous-espace des fonctions numériques continues à support compact. La suite des applications linéaires continues f↦nf(n)f \mapsto nf(n) de EE dans R\mathbf{R} converge vers 0 pour tout f∈Tf \in T, mais n’est pas bornée dans Lb(E;R)\mathscr{L}_b(E; \mathbf{R}). Le même exemple montre que dans l’espace L(T;R)\mathscr{L}(T; \mathbf{R}) une suite (vn)(v_n) peut être simplement convergente et non bornée pour la topologie de la convergence bornée.

D’autre part, la suite des applications linéaires continues f↦∑k=1nf(k)f \mapsto \sum_{k=1}^n f(k) est une suite de Cauchy dans L(T;R)\mathscr{L}(T; \mathbf{R}) pour la topologie de la convergence simple, mais n’a pas de limite dans L(T;R)\mathscr{L}(T; \mathbf{R}) pour cette topologie.

Proposition 12

Soient* EE un espace localement convexe bornologique, FF un espace localement convexe séparé et complet et S\mathfrak{S} un ensemble de parties bornées de EE, contenant l’image de toute suite convergeant vers 0. Alors l’espace LS(E;F)\mathscr{L}_\mathfrak{S}(E; F) est complet.

Soit Φ\Phi un filtre de Cauchy dans LS(E;F)\mathscr{L}_\mathfrak{S}(E; F). Alors Φ\Phi est un filtre de Cauchy pour la topologie de la convergence simple, donc converge dans FEF^E; en outre, sa limite uu est une application linéaire de EE dans FF et Φ\Phi converge vers uu uniformément dans tout ensemble de S\mathfrak{S} (TG, X, p. 6, prop. 5). Il en résulte que l’image par uu d’une suite convergeant vers zéro est une suite convergeant vers zéro, donc que uu est continue puisque EE est bornologique (III, p. 11, prop. 1, (iii)).

Corollaire 1

Le dual fort d’un espace bornologique est complet.

Corollaire 2

Soit E un espace semi-normé et soit F un espace de Banach (resp. de Fréchet). L’espace Lb(E;F)\mathscr{L}_b(E; F) est un espace de Banach (resp. de Fréchet). En particulier, le dual d’un espace semi-normé est un espace de Banach.

Exercices

See the exercises for § 3.

Transcribed from the printed volume. Not translated.