Bourbaki

§ 4. Espaces localement convexes

1. Définition d’un espace localement convexe

Définition 1

On dit qu’un espace vectoriel topologique est localement convexe (réel) s’il existe un système fondamental de voisinages de 0 formé d’ensembles convexes.

Si E est un tel espace, on dit pour abréger que E est un espace localement convexe. Une topologie d’espace localement convexe est appelée topologie localement convexe.

Les espaces vectoriels topologiques sur R\mathbf{R} que nous aurons à étudier dans la suite de ce Traité seront pour la plupart localement convexes.

Soit V un voisinage convexe de 0 dans un espace localement convexe E ; alors V∩(−V)V \cap (-V) est un voisinage convexe et symétrique de 0. Comme l’adhérence d’un ensemble convexe est convexe (II, p. 14, prop. 14), il résulte de I, p. 7, prop. 4 que, dans E, les voisinages de 0 qui sont convexes, symétriques et fermés forment un système fondamental de voisinages de 0, invariant par toute homothétie de centre 0 et de rapport ≠0\neq 0.

Proposition 1

Soient E un espace vectoriel, S\mathfrak{S} une base de filtre sur E formée de parties convexes, symétriques et absorbantes. Alors l’ensemble B\mathfrak{B} des transformés des ensembles de S\mathfrak{S} par les homothéties de rapport >0> 0 est un système fondamental de voisinages de 0 pour une topologie localement convexe sur E.

En effet, il est clair que B\mathfrak{B} est une base de filtre et satisfait aux conditions (EV_I) et (EV_{II}) de I, p. 7, prop. 4 ; elle satisfait aussi à la condition (EV_{III}) puisque, pour tout ensemble V∈SV \in \mathfrak{S}, on a 12V+12V=V\frac{1}{2}V + \frac{1}{2}V = V.

On notera que si T\mathscr{T} est la topologie localement convexe sur E ayant B\mathfrak{B} pour système fondamental de voisinages de 0, les ensembles (1/n)V(1/n)V, où nn parcourt l’ensemble des entiers >0> 0 et V parcourt S\mathfrak{S}, forment encore un système fondamental de voisinages de 0 pour T\mathscr{T}. Pour que T\mathscr{T} soit séparée, il faut et il suffit que, pour tout x≠0x \neq 0 dans E, il existe un entier nn et un ensemble V∈SV \in \mathfrak{S} tels que nx∉Vnx \notin V ; si de plus S\mathfrak{S} est dénombrable, la topologie T\mathscr{T} est une topologie localement convexe métrisable. Inversement, il est clair que si T\mathscr{T} est une topologie localement convexe métrisable, il existe un système fondamental dénombrable de voisinages convexes symétriques et fermés de 0 pour T\mathscr{T}.

Corollaire

Pour que la topologie T\mathscr{T} d’un espace vectoriel topologique E soit définie par un ensemble de semi-normes (II, p. 3), il faut et il suffit que T\mathscr{T} soit localement convexe.

En effet, la condition est nécessaire, puisque toute semi-norme pp sur E est une fonction convexe, et par suite, pour α>0\alpha > 0, l’ensemble des x∈Ex \in E tels que p(x)≤αp(x) \leq \alpha est convexe (II, p. 19, corollaire). Inversement, si V est un voisinage fermé, symétrique et convexe de 0 dans E, la jauge pp de V est une semi-norme sur E telle que V soit l’ensemble des x∈Ex \in E vérifiant p(x)≤1p(x) \leq 1 (II, p. 22, prop. 23).

Ceci montre en outre qu’une topologie localement convexe T\mathscr{T} est définie par l’ensemble de toutes les semi-normes continues pour T\mathscr{T}. De plus, si T\mathscr{T} est métrisable, elle est définie par un ensemble dénombrable de semi-normes.

Compte tenu du corollaire de la prop. 1, les résultats du § 1 sur les topologies définies par des ensembles de semi-normes s’appliquent en particulier aux topologies localement convexes sur les espaces vectoriels réels. Le complété E^\hat{E} d’un espace localement convexe séparé E est donc un espace localement convexe. On appelle espace de Fréchet un espace localement convexe métrisable et complet ; tout espace de Banach est donc un espace de Fréchet.

Proposition 2

Soient E un espace localement convexe, M un sous-espace vectoriel de E, f une forme linéaire définie et continue dans M ; il existe alors une forme linéaire continue h définie dans E et prolongeant f.

En effet, compte tenu de II, p. 26, corollaire et de II, p. 7, cor. 2, il existe une semi-norme pp continue sur E, et telle que ∣f(y)∣≤p(y)|f(y)| \leq p(y) pour tout y∈My \in M. En vertu du th. de Hahn-Banach (II, p. 24, cor. 1), il existe une forme linéaire hh sur E prolongeant ff et telle que ∣h(x)∣≤p(x)|h(x)| \leq p(x) pour tout x∈Ex \in E, ce qui entraîne que hh est continue (II, p. 7, prop. 5).

Remarque

Si g est une application linéaire continue de M dans un espace produit Rl\mathbf{R}^l, il existe une application linéaire continue hh de E dans Rl\mathbf{R}^l qui prolonge gg : en effet, on peut écrire g=(gi)g = (g_i), où les gig_i sont des formes linéaires continues dans M ; si, pour tout i∈Ii \in I, hih_i est une forme linéaire continue dans E et prolongeant gig_i, l’application linéaire continue h=(hi)h = (h_i) répond à la question.

On notera que si F est un espace localement convexe séparé quelconque et g une application linéaire continue de M dans F, il n’existe pas nécessairement d’application linéaire continue de E dans F qui prolonge g (IV, p. 55, exerc. 16, c)). Il existe toutefois un tel prolongement lorsque M est de dimension finie (cf. cor. 2 ci-dessous).

Corollaire 1

Soit E un espace localement convexe. Pour tout point x0x_0 non adhérent à 0 dans E, il existe une forme linéaire continue f définie dans E et telle que f(x0)≠0f(x_0) \neq 0.

Il suffit d’appliquer la prop. 2 au sous-espace vectoriel M de dimension 1 engendré par x0x_0 (qui est séparé) et à la forme linéaire ξx0↦ξ\xi x_0 \mapsto \xi définie dans M, qui est continue en vertu de I, p. 13, prop. 2.

Corollaire 2

Soient E un espace localement convexe séparé, M un sous-espace vectoriel de E de dimension finie. Il existe alors un sous-espace vectoriel fermé N de E, supplémentaire topologique de M dans E.

Pour qu’un sous-espace M de E admette un supplémentaire topologique, il faut et il suffit en effet que l’application identique de M sur lui-même se prolonge en une application linéaire continue u de E sur M, qui est alors nécessairement un projecteur continu (TG, III, p. 47, corollaire). Or, ceci résulte de la remarque (II, p. 26) puisque M est alors isomorphe à un espace Rn\mathbf{R}^n (I, p. 14, th. 2).

Proposition 3

Dans un espace localement convexe E, l’enveloppe convexe équilibrée d’un ensemble précompact est un ensemble précompact.

Soit A un ensemble précompact dans E. Pour tout voisinage convexe équilibré V de 0 dans E, il existe un nombre fini de points ai∈Aa_i \in A (1≤i≤n1 \leq i \leq n) tels que A soit contenu dans la réunion S des voisinages ai+Va_i + V (1≤i≤n1 \leq i \leq n). L’enveloppe convexe équilibrée C de A est donc contenue dans l’enveloppe convexe équilibrée de S ; mais cette dernière est contenue dans B + V, où B est l’enveloppe convexe de l’ensemble fini formé des points aia_i et −ai-a_i (1≤i≤n1 \leq i \leq n). Or, B est précompacte (II, p. 15, cor. 2) ; il existe par suite un nombre fini de points bk∈Bb_k \in B (1≤k≤m1 \leq k \leq m) tels que B soit contenue dans la réunion des voisinages bk+Vb_k + V. Alors C est contenue dans la réunion des voisinages bk+2Vb_k + 2V, ce qui achève la démonstration.

On notera que, dans un espace localement convexe séparé de dimension infinie, l’enveloppe convexe d’un ensemble compact n’est pas nécessairement fermée (II, p. 79, exerc. 3).

Corollaire

Dans un espace localement convexe séparé E, si un ensemble compact est contenu dans un ensemble convexe complet (pour la structure uniforme induite par celle de E), alors son enveloppe fermée convexe est compacte.

En effet, cette enveloppe est une partie fermée d’un espace complet, donc est un espace complet, et par ailleurs c’est un espace précompact et séparé.

Par contre, dans un espace localement convexe séparé non complet, l’enveloppe fermée convexe d’un ensemble compact peut être non compacte (II, p. 92, exerc. 2).

2. Exemples d’espaces localement convexes

1) L’espace Rn\mathbf{R}^n est localement convexe, puisque les cubes ouverts de centre 0 sont convexes (II, p. 9, prop. 6). Il en est donc de même de tout espace vectoriel topologique réel E de dimension finie ; en effet, cela résulte de ce qui précède et de I, p. 14, th. 2 si E est séparé ; sinon, l’espace séparé F associé à E est de dimension finie, donc localement convexe, et les images réciproques par l’application canonique E→FE \to F des voisinages convexes de 0 dans F sont convexes et forment un système fondamental de voisinages de 0 dans E.

2) Soit E un espace vectoriel sur R\mathbf{R}, et soit B\mathfrak{B} l’ensemble de toutes les parties de E, convexes, symétriques et absorbantes. En vertu de la prop. 1 de II, p. 25, B\mathfrak{B} est un système fondamental de voisinages de 0 pour une topologie localement convexe \textit{T}_\omega sur E, qui est évidemment la plus fine de toutes les topologies localement convexes sur E. Cette topologie est séparée : en effet, soit x≠0x \neq 0 un point quelconque de E ; il existe une base (ei)i∈I(e_i)_{i \in I} de E et un α∈I\alpha \in I tels que eα=xe_\alpha = x ; l’ensemble des y=∑iyieiy = \sum_i y_i e_i tels que ∣yα∣<1|y_\alpha| < 1 est un ensemble convexe, symétrique et absorbant auquel xx n’appartient pas. Il résulte aussitôt de II, p. 26, corollaire, que Tω\mathscr{T}_\omega est aussi la topologie définie par l’ensemble de toutes les semi-normes sur E, donc toute semi-norme est continue pour Tω\mathscr{T}_\omega.

En particulier, si uu est une application linéaire de E dans un espace localement convexe quelconque F, l’image réciproque par uu de tout voisinage convexe de 0 dans F est un ensemble convexe absorbant dans E, donc un voisinage de 0 pour Tω\mathscr{T}_\omega, et par suite uu est continue pour Tω\mathscr{T}_\omega.

Étant donné un ensemble convexe C dans E, on dit qu’un point a∈Ca \in C est point interne de C si, pour toute droite D passant par aa, D∩CD \cap C contient un segment ouvert contenant aa ; il revient au même de dire que l’ensemble −a+C-a + C est absorbant. Pour qu’un point aa d’une partie A de E soit intérieur à A pour Tω\mathscr{T}_\omega, il faut et il suffit qu’il existe un ensemble convexe C tel que a∈C⊂Aa \in C \subset A, et que aa soit point interne de C.

Plus généralement, soient V une variété linéaire affine dans E, C un ensemble convexe contenu dans V ; on dit qu’un point a∈Ca \in C est point interne de C relativement à V si, dans le sous-espace vectoriel V0=−a+VV_0 = -a + V, le point 0 est point interne de l’ensemble C0=−a+CC_0 = -a + C.

Lorsque E est de dimension finie, la topologie Tω\mathscr{T}_\omega n’est autre que la topologie canonique sur E (I, p. 14, th. 2) ; cela montre que pour tout ensemble convexe C dans E, tout point interne de C est intérieur à C pour la topologie canonique (cf. II, p. 79, exerc. 5).

3) Soient E un espace vectoriel sur R\mathbf{R}, A un ensemble convexe symétrique. Le sous-espace vectoriel F engendré par A est aussi le cône convexe engendré par A, puisque −A=A-A = A, donc est l’ensemble des λx\lambda x, où x∈Ax \in A et λ∈R\lambda \in \mathbf{R} ; dans F, l’ensemble A est absorbant, et l’ensemble des λA\lambda A, où λ>0\lambda > 0, est un système fondamental de voisinages de 0 pour une topologie localement convexe sur F (dite définie par A), qui est définie par la semi-norme pAp_A, jauge de A (II, p. 21, prop. 22) ; on note EAE_A l’espace localement convexe obtenu en munissant F de cette semi-norme. Pour que l’espace EAE_A soit séparé, il faut et il suffit que pAp_A soit une norme, ou encore que A ne contienne aucune droite. Si B est un second ensemble convexe symétrique dans E et si A⊂BA \subset B, il est clair que l’on a EA⊂EBE_A \subset E_B, et que l’injection canonique de EAE_A dans EBE_B est continue pour les topologies définies respectivement par A et B. D’autre part, si ff est une application linéaire de E dans un espace vectoriel réel E′E', f(A)f(A) est convexe et symétrique dans E′E', et ff est une application linéaire continue de EAE_A sur Ef(A)′E'_{f(A)}.

Notons enfin que si E est muni d’une topologie T\mathscr{T} compatible avec sa structure d’espace vectoriel, et si V est un voisinage convexe et symétrique de 0 pour T\mathscr{T}, l’espace vectoriel engendré par V est identique à E puisque V est absorbant, et l’application identique de E dans EVE_V est continue.

3. Topologies localement convexes initiales

Proposition 4

Soient E un espace vectoriel, (Ei)i∈I(E_i)_{i\in I} une famille d’espaces localement convexes, et pour chaque i∈Ii \in I, soit fif_i une application linéaire de E dans EiE_i; alors la topologie T\mathscr{T} sur E définie comme la moins fine rendant continues toutes les applications fif_i est une topologie localement convexe.

En raison de II, p. 26, corollaire, cela est un cas particulier de la propriété correspondante pour les topologies définies par des semi-normes (II, p. 5).

En particulier, tout sous-espace vectoriel d’un espace localement convexe et tout espace produit d’espaces localement convexes sont des espaces localement convexes. Toute limite projective d’espaces localement convexes est localement convexe.

Tout produit dénombrable d’espaces de Fréchet (et en particulier tout produit dénombrable d’espaces de Banach) est un espace de Fréchet.

Tout espace localement convexe séparé E est isomorphe à un sous-espace d’un produit d’espaces de Banach, sous-espace qui est fermé si E est complet (II, p. 5, prop. 3). Tout espace de Fréchet est isomorphe à un sous-espace fermé d’un produit dénombrable d’espaces de Banach (loc. cit.).

4. Topologies localement convexes finales

Proposition 5

Soient E un espace vectoriel, (Fα)α∈A(F_\alpha)_{\alpha \in A} une famille d’espaces vectoriels topologiques, et, pour tout α∈A\alpha \in A, soit gαg_\alpha une application linéaire de FαF_\alpha dans E.

(i) Soit B\mathscr{B} l’ensemble des parties convexes, symétriques et absorbantes V de E telles que gα−1(V)g_\alpha^{-1}(V) soit un voisinage de 0 dans FαF_\alpha pour tout α\alpha; l’ensemble B\mathscr{B} est un système fondamental de voisinages de 0 dans E pour une topologie T\mathscr{T} compatible avec la structure d’espace vectoriel.

(ii) Pour qu’une application linéaire ff de E dans un espace localement convexe G (resp. une semi-norme p sur E) soit continue pour T\mathscr{T}, il faut et il suffit que, pour tout indice α\alpha, f∘gαf \circ g_\alpha (resp. p∘gαp \circ g_\alpha) soit continue dans FαF_\alpha.

(iii) La topologie T\mathscr{T} est la plus fine des topologies localement convexes sur E pour lesquelles les gαg_\alpha sont continues.

En outre, la topologie T\mathscr{T} est la seule topologie localement convexe sur E vérifiant la condition (ii) pour les applications linéaires (resp. pour les semi-normes).

Comme B\mathscr{B} est une base de filtre invariante par les homothéties de rapport > 0, l’assertion (i) résulte aussitôt de II, p. 25, prop. 1. Par définition de B\mathscr{B}, T\mathscr{T} est la plus fine des topologies localement convexes sur E rendant continues les gαg_\alpha, d’où (iii). Enfin, il est clair que si ff est continue, il en est de même des f∘gαf \circ g_\alpha; réciproquement, si ces dernières sont continues pour tout α\alpha, alors, pour tout voisinage convexe symétrique W de 0 dans G, gα−1(f−1(W))g_\alpha^{-1}(f^{-1}(W)) est un voisinage de 0 dans FαF_\alpha pour tout indice α\alpha, et comme f−1(W)f^{-1}(W) est convexe, symétrique et absorbant, cela prouve que f−1(W)f^{-1}(W) est un voisinage de 0 pour T\mathscr{T}, donc que ff est continue. De même, si une semi-norme pp sur EE est telle que p∘gαp \circ g_\alpha soit continue pour tout α\alpha, et si UU est l’ensemble des x∈Ex \in E tels que p(x)<1p(x) < 1, alors, pour tout α\alpha, gα−1(U)g_\alpha^{-1}(U) est un voisinage convexe de 0 dans EαE_\alpha, symétrique et absorbant ; donc UU est un voisinage de 0 dans EE, et pp est continue (II, p. 2, prop. 1).

La dernière assertion résulte de E, IV, p. 19, critère CST 18.

On dit parfois que T\mathscr{T} est la topologie localement convexe finale de la famille des topologies Tα\mathscr{T}_\alpha des FαF_\alpha, pour la famille des applications linéaires gαg_\alpha.

Il peut se faire que T\mathscr{T} ne soit pas la plus fine des topologies sur EE compatibles avec la structure d’espace vectoriel et rendant continues les fαf_\alpha (II, p. 80, exerc. 15 ; voir toutefois II, p. 80, exerc. 14).

Dans le cas (le plus important) où E=∑α∈Agα(Fα)E = \sum_{\alpha \in A} g_\alpha(F_\alpha) on obtient encore un système fondamental de voisinages de 0 pour T\mathscr{T} de la façon suivante : on considère toutes les familles (Vα)α∈A(V_\alpha)_{\alpha \in A} où, pour tout α∈A\alpha \in A, VαV_\alpha est un voisinage symétrique de 0 pour Tα\mathscr{T}_\alpha, et on prend l’enveloppe convexe dans EE, Γ((gα(Vα)))\Gamma((g_\alpha(V_\alpha))), de la réunion des gα(Vα)g_\alpha(V_\alpha). En effet, tout élément de EE étant de la forme ∑α∈Jxα\sum_{\alpha \in J} x_\alpha, où JJ est une partie finie de AA et xα∈gα(Fα)x_\alpha \in g_\alpha(F_\alpha), il est immédiat que Γ((gα(Vα)))\Gamma((g_\alpha(V_\alpha))) est un ensemble convexe symétrique et absorbant dans EE (chacun des VαV_\alpha étant absorbant dans FαF_\alpha) ; comme Γ((gα(Vα)))\Gamma((g_\alpha(V_\alpha))) contient tous les gα(Vα)g_\alpha(V_\alpha), c’est un voisinage de 0 pour T\mathscr{T}. D’autre part, il est clair que pour tout voisinage convexe symétrique VV de 0 pour T\mathscr{T}, on a V⊃Γ((V∩gα(Fα)))V \supset \Gamma((V \cap g_\alpha(F_\alpha))), d’où notre assertion.

Corollaire 1

Avec les notations de la prop. 5, soit HH un ensemble d’applications linéaires de EE dans un espace localement convexe GG. Supposons que EE soit somme des sous-espaces gα(Fα)g_\alpha(F_\alpha) ; alors, pour que HH soit équicontinu pour T\mathscr{T}, il faut et il suffit que, pour tout α\alpha, l’ensemble des f∘gαf \circ g_\alpha, où ff parcourt HH, soit équicontinu dans FαF_\alpha.

Compte tenu de I, p. 9, prop. 6, la démonstration suit la même marche que pour l’assertion (ii) de la prop. 5, en considérant un voisinage convexe symétrique WW de 0 dans GG et en notant que, si l’ensemble des f∘gαf \circ g_\alpha pour f∈Hf \in H est équicontinu dans GG et en notant que, si l’ensemble des f∘gαf \circ g_\alpha pour f∈Hf \in H est équicontinu dans FαF_\alpha, l’intersection ⋂f∈Hgα−1(f−1(W))\bigcap_{f \in H} g_\alpha^{-1}(f^{-1}(W)) est un voisinage convexe symétrique de 0 dans FαF_\alpha. Comme cette intersection est égale à gα−1(⋂f∈Hf−1(W))g_\alpha^{-1}(\bigcap_{f \in H} f^{-1}(W)) et que l’ensemble ⋂f∈Hf−1(W)\bigcap_{f \in H} f^{-1}(W) est convexe et symétrique, tout revient à voir qu’il est aussi absorbant. Or, par hypothèse, tout x∈Ex \in E s’écrit sous la forme ∑i=1ngαi(zαi)\sum_{i=1}^n g_{\alpha_i}(z_{\alpha_i}), où zαi∈Fαiz_{\alpha_i} \in F_{\alpha_i}. Pour montrer qu’il existe λ>0\lambda > 0 tel que f(λx)∈Wf(\lambda x) \in W pour toute f∈Hf \in H, il suffit donc de le faire lorsque xx est de la forme gα(zα)g_\alpha(z_\alpha) avec zα∈Fαz_\alpha \in F_\alpha (car on passera de là au cas général en remplaçant WW par l’ensemble W/nW/n). Mais alors la conclusion résulte de ce que l’ensemble gα−1(⋂f∈Hf−1(W))g_\alpha^{-1}(\bigcap_{f \in H} f^{-1}(W)) est un voisinage de 0 dans FαF_\alpha.

Corollaire 2

Soient EE un espace vectoriel, (Gα)α∈A(G_\alpha)_{\alpha \in A} une famille d’espaces localement convexes, (Jλ)λ∈L(J_\lambda)_{\lambda \in L} une partition de AA, et (Fλ)λ∈L(F_\lambda)_{\lambda \in L} une famille d’espaces vectoriels.

Pour tout λ∈L\lambda \in L, soit hλh_\lambda une application linéaire de FλF_\lambda dans EE; pour tout λ∈L\lambda \in L et tout α∈Jλ\alpha \in J_\lambda, soit gλαg_{\lambda \alpha} une application linéaire de GαG_\alpha dans FλF_\lambda; on pose alors fα=hλ∘gλαf_\alpha = h_\lambda \circ g_{\lambda \alpha}. On munit chacun des FλF_\lambda de la topologie localement convexe la plus fine rendant continues les gλαg_{\lambda \alpha} (α∈Jλ\alpha \in J_\lambda); alors, sur EE, la topologie localement convexe la plus fine rendant continues les fαf_\alpha est identique à la topologie localement convexe la plus fine rendant continues les hλh_\lambda.

C’est un cas particulier de E, IV, p. 20, critère CST 19, et se démontre d’ailleurs aussitôt directement en utilisant la prop. 5.

Exemples de topologies localement convexes finales.

I. Espace quotient. Soient FF un espace localement convexe, MM un sous-espace de FF, φ\varphi l’application canonique de FF sur F/MF/M. Comme la topologie quotient sur F/MF/M est localement convexe et est la plus fine de toutes les topologies (localement convexes ou non) rendant continue φ\varphi, c’est la topologie localement convexe finale pour la famille réduite à φ\varphi.

II. Limites inductives d’espaces localement convexes. Soient AA un ensemble ordonné filtrant à droite, (Eα,fβα)(E_\alpha, f_{\beta \alpha}) un système inductif d’espaces vectoriels relatif à l’ensemble AA (A, II, p. 90); soit E=lim⁡⟶EαE = \lim_{\longrightarrow} E_\alpha et soit fα:Eα→Ef_\alpha : E_\alpha \to E l’application linéaire canonique pour tout α∈A\alpha \in A. Supposons chaque EαE_\alpha muni d’une topologie localement convexe Tα\mathscr{T}_\alpha, et en outre, supposons que pour α≤β\alpha \leq \beta, fβα:Eα→Eβf_{\beta \alpha} : E_\alpha \to E_\beta soit continue. On dit alors que la topologie localement convexe finale T\mathscr{T} de la famille (Tα)(\mathscr{T}_\alpha) relativement aux applications linéaires fαf_\alpha (resp. l’espace EE muni de T\mathscr{T}) est la limite inductive de la famille (Tα)(\mathscr{T}_\alpha) (resp. l’espace limite inductive du système (Eα,fβα)(E_\alpha, f_{\beta \alpha})), ou simplement des espaces localement convexes EαE_\alpha. Rappelons que EE est réunion des sous-espaces vectoriels fα(Eα)f_\alpha(E_\alpha) et que lorsque α≤β\alpha \leq \beta, on a fα(Eα)⊂fβ(Eβ)f_\alpha(E_\alpha) \subset f_\beta(E_\beta); si l’on munit fα(Eα)f_\alpha(E_\alpha) de la topologie finale pour l’application fαf_\alpha (ce qui revient à identifier fα(Eα)f_\alpha(E_\alpha) à l’espace quotient Eα/fα−1(0)E_\alpha/f_\alpha^{-1}(0)), la topologie T\mathscr{T} est aussi la topologie finale de la famille des topologies des fα(Eα)f_\alpha(E_\alpha), relativement aux injections canoniques (II, p. 30, cor. 2). En outre, la continuité de fβαf_{\beta \alpha} pour α≤β\alpha \leq \beta entraîne que l’injection canonique jβα:fα(Eα)→fβ(Eβ)j_{\beta \alpha} : f_\alpha(E_\alpha) \to f_\beta(E_\beta) est continue, de sorte que EE est aussi l’espace limite inductive des fα(Eα)f_\alpha(E_\alpha) munis des topologies précédentes, relativement aux injections jβαj_{\beta \alpha}.

Exemple

Soient XX un espace localement compact, E=K(X;R)E = \mathscr{K}(X; \mathbf{R}) l’espace vectoriel des fonctions numériques finies ff continues dans XX à support compact. Pour toute partie compacte KK de XX, soit EKE_K le sous-espace vectoriel de EE formé des fonctions f∈Ef \in E nulles hors de KK, et désignons par TK\mathscr{T}_K la topologie induite sur EKE_K par la topologie Tu\mathscr{T}_u de la convergence uniforme sur XX. La limite inductive T\mathscr{T} des topologies TK\mathscr{T}_K est plus fine que Tu\mathscr{T}_u; on peut montrer que si XX est paracompact et non compact T\mathscr{T} est strictement plus fine que Tu\mathscr{T}_u (cf. INT, III, 2e éd., § 1, no 8). L’importance de la topologie T\mathscr{T} tient à ce que les formes linéaires sur EE, continues pour T\mathscr{T}, ne sont autres que les mesures (réelles) sur XX (INT, III, 2e éd., § 1, no 3).

Remarque

Dans ce dernier exemple, la topologie induite par T\mathscr{T} sur EKE_K est identique à TK\mathscr{T}_K, car elle est par définition moins fine que TK\mathscr{T}_K, et comme par ailleurs T\mathscr{T} est plus fine que Tu\mathscr{T}_u, la topologie induite par T\mathscr{T} sur EKE_K est plus fine que celle induite par Tu\mathscr{T}_u, c’est-à-dire TK\mathscr{T}_K.

Ce raisonnement se généralise aussitôt à une limite inductive de topologies localement convexes (Tα\mathscr{T}_\alpha) lorsqu’il existe sur EE une topologie localement convexe T′\mathscr{T}' telle que Tα\mathscr{T}_\alpha soit la topologie induite sur EαE_\alpha par T′\mathscr{T}'.

Plus généralement, on peut se demander si, lorsque l’on suppose que pour Eβ⊂EαE_\beta \subset E_\alpha, Tβ\mathscr{T}_\beta est égale à la topologie induite par Tα\mathscr{T}_\alpha, alors T\mathscr{T} induit Tα\mathscr{T}_\alpha sur chacun des EαE_\alpha. La réponse à cette question est négative dans le cas général (II, p. 85, exerc. 26) ; mais nous allons voir dans les n°s suivants deux cas importants où elle est affirmative.

5. Somme directe topologique d’une famille d’espaces localement convexes

Définition 2

Soit (Ei)i∈I(E_i)_{i \in I} une famille d’espaces localement convexes, et soit EE l’espace vectoriel somme directe de la famille (Ei)(E_i) (A, II, p. 12). Pour tout i∈Ii \in I, soit fif_i l’injection canonique de EiE_i dans EE. On appelle somme directe topologique de la famille (Ei)(E_i) l’espace EE muni de la topologie localement convexe la plus fine rendant continues les fif_i (topologie dite somme directe des topologies des EiE_i).

Dans toute la suite de ce n°, nous garderons (sauf mention expresse du contraire) les notations de la déf. 2 et nous identifierons canoniquement chaque EiE_i à un sous-espace de EE au moyen de fif_i.

En vertu de la description générale des voisinages d’une topologie localement convexe finale donnée dans II, p. 30, on obtient ici un système fondamental de voisinages de 0 dans EE pour la topologie somme directe de la façon suivante : pour toute famille (Vi)i∈I(V_i)_{i \in I}, où ViV_i est un voisinage convexe symétrique de 0 dans EiE_i, on considère l’enveloppe convexe Γ((Vi))\Gamma((V_i)) de la réunion des ViV_i; les Γ((Vi))\Gamma((V_i)), pour toutes les familles (Vi)(V_i) (ou seulement en prenant pour chaque ii les ViV_i dans un système fondamental de voisinages de 0 dans EiE_i) forment un système fondamental de voisinages de 0 dans EE.

Exemple

Soient EE un espace vectoriel, (ai)i∈I(a_i)_{i \in I} une base de EE, et considérons sur chaque droite RaiRa_i la topologie canonique (I, p. 2, Exemple 5) ; la topologie somme directe de ces topologies n’est autre que la topologie localement convexe la plus fine sur EE (II, p. 28) : en effet, si VV est un ensemble convexe, symétrique et absorbant dans EE, Vi=V∩RaiV_i = V \cap Ra_i est un voisinage de 0 dans RaiRa_i, et VV contient évidemment l’enveloppe convexe Γ((Vi))\Gamma((V_i)).

Proposition 6

Pour qu’une topologie localement convexe T\mathscr{T} sur EE soit somme directe des topologies des EiE_i, il faut et il suffit qu’elle possède la propriété suivante : pour qu’une application linéaire gg de EE dans un espace localement convexe GG (resp. une semi-norme pp sur EE) soit continue, il faut et il suffit que, pour tout i∈Ii \in I, g∘fig \circ f_i (resp. p∘fip \circ f_i) soit continue dans EiE_i.

C’est un cas particulier de la prop. 5 de II, p. 29.

Compte tenu de la définition de la somme directe d’une famille d’espaces vectoriels (A, II, p. 12, prop. 6), on peut encore dire que la topologie T\mathscr{T} est la seule pour laquelle l’application canonique g↦(g∘fi)g \mapsto (g \circ f_i) soit une bijection

L(E;G)→∏i∈IL(Ei;G) \mathscr{L}(E; G) \to \prod_{i \in I} \mathscr{L}(E_i; G)

pour tout espace localement convexe GG.

Corollaire

Les notations étant celles de la prop. 5 de II, p. 29, supposons que EE soit somme des gα(Fα)g_\alpha(F_\alpha). Soient FF l’espace somme directe topologique de la famille (Fα)α∈A(F_\alpha)_{\alpha \in A}, jα:Fα→Fj_\alpha : F_\alpha \to F l’injection canonique, et soit g:F→Eg : F \to E l’application linéaire telle que g∘jα=gαg \circ j_\alpha = g_\alpha pour tout α∈A\alpha \in A. Si NN est le noyau de gg, la bijection canonique F/N→EF/N \to E associée à gg est un isomorphisme topologique de F/NF/N sur EE muni de T\mathscr{T}.

C’est un cas particulier de II, p. 30, cor. 2, compte tenu de II, p. 31, Exemple I.

Proposition 7

L’injection canonique j:E→∏i∈IEij : E \to \prod_{i \in I} E_i est continue lorsqu’on munit EE de la topologie somme directe des topologies des EiE_i et ∏i∈IEi\prod_{i \in I} E_i de la topologie produit. Lorsque II est fini, cette application est un isomorphisme d’espaces vectoriels topologiques.

La première assertion résulte de ce que les injections canoniques Ek→∏i∈IEiE_k \to \prod_{i \in I} E_i sont continues pour tout k∈Ik \in I. Si II est fini, jj est l’application identique, et il suffit de prouver que la topologie produit T′\mathscr{T}' est plus fine que la topologie somme directe T\mathscr{T}. Or, soit VV un voisinage convexe de 0 pour T\mathscr{T}; chacun des V∩EiV \cap E_i est un voisinage convexe de 0 dans EiE_i; si nn est le nombre d’éléments de II, l’ensemble VV contient donc l’ensemble 1n∑n(V∩Ei)\frac{1}{n} \sum_n (V \cap E_i), qui est un voisinage de 0 pour T′\mathscr{T}', d’où la proposition.

Lorsque II est infini, si, pour toute partie finie JJ de II, on note EJE_J l’espace ∏i∈JEi\prod_{i \in J} E_i, muni de la topologie produit, EE est limite inductive des EJE_J (identifiés à des sous-espaces de EE).

Proposition 8

Pour tout i∈Ii \in I, soit NiN_i un sous-espace de EiE_i. (i) La topologie induite sur N=∑iNiN = \sum_i N_i par la topologie somme directe T\mathscr{T} sur EE est identique à la somme directe des topologies des NiN_i. (ii) L’application canonique hh de l’espace somme directe topologique des Ei/NiE_i/N_i sur E/NE/N (A, II, p. 14, formule (26)) est un isomorphisme d’espaces vectoriels topologiques.

(i) Avec les notations introduites plus haut, considérons un point x=∑iλixix = \sum_i \lambda_i x_i appartenant à N∩Γ((Vi))N \cap \Gamma((V_i)) ((λi\lambda_i) famille de nombres ≥0\geq 0 à support fini telle que ∑iλi=1\sum_i \lambda_i = 1, xi∈Vix_i \in V_i pour tout i∈Ii \in I). On a nécessairement, pour tout i∈Ii \in I, λixi∈Ni\lambda_i x_i \in N_i, la somme des NiN_i étant directe ; donc, pour tout ii tel que λi>0\lambda_i > 0, on a aussi xi∈Ni∩Vix_i \in N_i \cap V_i, et xx appartient à l’enveloppe convexe Γ((Ni∩Vi))\Gamma((N_i \cap V_i)), ce qui prouve (i).

(ii) Soient fi:Ei→E,hi:Ei/Ni→E/N,pi:Ei→Ei/Nif_i : E_i \to E, h_i : E_i/N_i \to E/N, p_i : E_i \to E_i/N_i et p:E→E/Np : E \to E/N les applications canoniques. On a hi∘pi=p∘fih_i \circ p_i = p \circ f_i pour tout i∈Ii \in I, et la proposition résulte de II, p. 30, cor. 2 et p. 31, Exemple I.

Corollaire 1

Si, pour tout i∈I,Nii \in I, N_i est fermé dans EiE_i, alors N=∑NiN = \sum N_i est fermé dans EE.

En effet, pour tout i∈Ii \in I, la projection canonique pi:E→Eip_i : E \to E_i est continue (II, p. 32, prop. 6) ; par suite pi−1(Ni)p_i^{-1}(N_i) est fermé dans EE, donc il en est de même de l’intersection N=⋂i∈Ipi−1(Ni)N = \bigcap_{i \in I} p_i^{-1}(N_i).

Corollaire 2

Si chacun des EiE_i est séparé, il en est de même de EE, et chacun des EiE_i est fermé dans EE.

Pour prouver la première assertion, il suffit d’appliquer le cor. 1 en prenant Ni={0}N_i = \{0\} pour tout i∈Ii \in I ; pour prouver la seconde, il suffit d’appliquer le cor. 1 en prenant Ni=EiN_i = E_i et Nk={0}N_k = \{0\} pour tout k≠ik \neq i.

Nous montrerons au chap. III, p. 21, cor. 2 que si les EiE_i sont séparés et complets, il en est de même de leur somme directe topologique EE.

6. Limites inductives de suites d’espaces localement convexes

Dans ce n°, nous allons considérer une suite croissante (EnE_n) de sous-espaces vectoriels d’un espace vectoriel EE, telle que EE soit réunion des EnE_n ; nous supposerons chacun des EnE_n muni d’une topologie localement convexe Tn\mathscr{T}_n, telle que, pour tout nn, la topologie induite sur EnE_n par Tn+1\mathscr{T}_{n+1} soit moins fine que Tn\mathscr{T}_n, et nous munirons EE de la topologie localement convexe T\mathscr{T} limite inductive de la suite (Tn)(\mathscr{T}_n) (II, p. 31, Exemple II) ; ces hypothèses et notations ne seront pas répétées dans ce n°.

Il peut se faire que les Tn\mathscr{T}_n soient toutes séparées sans que T\mathscr{T} le soit ; il peut se faire aussi que pour tout couple d’entiers n,mn, m tels que n≤mn \leq m, EnE_n soit fermé (pour Tm\mathscr{T}_m) dans EmE_m, sans que EnE_n soit fermé dans EE pour T\mathscr{T} (II, p. 85, exerc. 26).

Lemme 1

Soit F\mathfrak{F} un filtre de Cauchy sur EE (pour T\mathscr{T}) ; il existe un entier kk tel que, pour tout N∈FN \in \mathfrak{F} et tout voisinage VV de 0 dans EE, EkE_k rencontre N+VN + V.

Raisonnons par l’absurde ; pour tout kk, il existerait un voisinage convexe VkV_k de 0 et un ensemble Mk∈FM_k \in \mathfrak{F} tels que

(Ek+Vk)∩Mk=∅. (E_k + V_k) \cap M_k = \varnothing .

On peut évidemment supposer Vk+1⊂VkV_{k+1} \subset V_k pour tout kk. Soit VV l’enveloppe convexe de ⋃k(Ek∩Vk)\bigcup_k (E_k \cap V_k), qui est évidemment un voisinage de 0 pour T\mathscr{T}. On a V⊂Vn+EnV \subset V_n + E_n pour tout nn : en effet, tout x∈Vx \in V s’écrit ∑iλixi\sum_i \lambda_i x_i où λi≥0\lambda_i \geq 0, ∑iλi=1\sum_i \lambda_i = 1 et xi∈Vi∩Eix_i \in V_i \cap E_i pour tout ii ; or, pour i<ni < n, on a xi∈Enx_i \in E_n, donc ∑i<nλixi∈En\sum_{i < n} \lambda_i x_i \in E_n ; et pour i≥ni \geq n, on a xi∈Vnx_i \in V_n, donc

∑i≥nλixi∈Vn puisque Vn est convexe et contient 0, et ∑i≥nλi≤1. On a par suite V+En⊂Vn+En pour tout n. Cela eˊtant, soit M∈F un ensemble petit d’ordre V. Il existe un entier m tel que Em∩M soit non vide ; on en conclut que l’on a \sum_{i \geq n} \lambda_i x_i \in V_n \text{ puisque } V_n \text{ est convexe et contient } 0, \text{ et } \sum_{i \geq n} \lambda_i \leq 1. \text{ On a par suite } V + E_n \subset V_n + E_n \text{ pour tout } n. \text{ Cela étant, soit } M \in \mathscr{F} \text{ un ensemble petit d'ordre } V. \text{ Il existe un entier } m \text{ tel que } E_m \cap M \text{ soit non vide ; on en conclut que l'on a}
M⊂Em+V⊂Em+Vm; M \subset E_m + V \subset E_m + V_m ;
comme F\mathscr{F} est un filtre, l’ensemble MmM_m rencontre MM, donc Em+VmE_m + V_m, et nous avons abouti à une contradiction, d’où le lemme.

Proposition 9

Supposons que, pour chaque entier n, la topologie induite sur EnE_n par Tn+1\mathscr{T}_{n+1} soit identique à Tn\mathscr{T}_n. Dans ces conditions :* (i) Pour tout n, la topologie induite par T\mathscr{T} sur EnE_n est identique à Tn\mathscr{T}_n; si les Tn\mathscr{T}_n sont séparées, T\mathscr{T} est séparée. (ii) Supposons que pour tout n, EnE_n soit fermé dans En+1E_{n+1} (pour Tn+1\mathscr{T}_{n+1}). Alors, pour tout n, EnE_n est fermé dans EE (pour T\mathscr{T}). (iii) *Si chacun des EnE_n est complet (pour Tn\mathscr{T}_n), alors EE est complet pour T\mathscr{T}.

(i) Pour établir la première assertion, il suffit de prouver que la topologie Tn′\mathscr{T}_n' induite par T\mathscr{T} sur EnE_n est plus fine que Tn\mathscr{T}_n. Pour cela, soit VnV_n un voisinage convexe de 0 dans EnE_n pour la topologie Tn\mathscr{T}_n; nous allons construire une suite croissante (Vn+p)p≥1(V_{n+p})_{p \geq 1} telle que Vn+pV_{n+p} soit un voisinage convexe de 0 dans En+pE_{n+p} pour Tn+p\mathscr{T}_{n+p} et que l’on ait Vn+p∩En=VnV_{n+p} \cap E_n = V_n pour tout indice p≥1p \geq 1. Alors la réunion VV de la suite croissante (Vn+p)(V_{n+p}) sera un ensemble convexe tel que, pour tout indice kk, V∩EkV \cap E_k soit un voisinage de 0 pour Tk\mathscr{T}_k, donc VV sera un voisinage de 0 pour T\mathscr{T}, et comme V∩En=VnV \cap E_n = V_n, on aura prouvé que Tn′\mathscr{T}_n' est plus fine que Tn\mathscr{T}_n.

Pour définir les Vn+pV_{n+p}, il suffit de procéder par récurrence sur pp, en utilisant le lemme suivant :

Lemme 2

Soient F un espace localement convexe, M un sous-espace vectoriel de F, V un voisinage convexe de 0 dans M. Il existe alors un voisinage convexe W de 0 dans F tel que W∩M=VW \cap M = V. En outre, si M est fermé dans F, alors, pour tout point x0∈CMx_0 \in \mathbf{C} M, il existe un voisinage convexe W0W_0 de 0 dans F tel que W0∩M=VW_0 \cap M = V et x0∉W0x_0 \notin W_0.

En effet, il existe par hypothèse un voisinage convexe U de 0 dans F tel que l’on ait U∩M⊂VU \cap M \subset V. L’enveloppe convexe W de U∪VU \cup V dans F est évidemment un voisinage de 0 dans F ; montrons que W∩M=VW \cap M = V. En effet, tout point z∈Wz \in W est de la forme λx+(1−λ)y\lambda x + (1 - \lambda) y avec x∈V,y∈Ux \in V, y \in U, et 0≤λ≤10 \leq \lambda \leq 1 (II, p. 10, prop. 8) ; si z∈Mz \in M, on a nécessairement y∈My \in M si λ≠1\lambda \neq 1, donc y∈U∩M⊂Vy \in U \cap M \subset V, et par suite z∈Vz \in V ; la conclusion subsiste évidemment encore si λ=1\lambda = 1. Si M est fermé dans F, l’espace F/M est séparé, donc il existe un voisinage convexe U0⊂UU_0 \subset U de 0 dans F tel que U0U_0 ne rencontre pas x0+Mx_0 + M ; l’enveloppe convexe W0W_0 de U0∪VU_0 \cup V répond alors aux conditions de l’énoncé.

Pour achever de prouver (i), il suffit de remarquer que tout x∈Ex \in E appartient à un EnE_n ; si x≠0x \neq 0 et si Tn\mathscr{T}_n est séparée, il y a un voisinage VnV_n de 0 pour Tn\mathscr{T}_n ne contenant pas xx, et nous venons de voir qu’il y a un voisinage V de 0 pour T\mathscr{T} tel que V∩En=VnV \cap E_n = V_n, donc on a x∉Vx \notin V, ce qui prouve que T\mathscr{T} est séparée.

(ii) Soit x∈E−Enx \in E - E_n; il existe m>nm > n tel que x∈Emx \in E_m, donc, comme EnE_n est fermé dans EmE_m pour Tm\mathscr{T}_m (en vertu de l’hypothèse que Tn+1\mathscr{T}_{n+1} induit Tn\mathscr{T}_n sur EnE_n pour tout nn), il existe pour Tm\mathscr{T}_m un voisinage convexe VmV_m de 0 dans EmE_m tel que (x+Vm)∩En=∅(x + V_m) \cap E_n = \varnothing. Or, on a vu dans (i) qu’il existe un voisinage convexe VV de 0 pour T\mathscr{T} tel que l’on ait V∩Em=VmV \cap E_m = V_m; on a par suite (x+V)∩Em=x+Vm(x + V) \cap E_m = x + V_m, donc (x+V)∩En=∅(x + V) \cap E_n = \varnothing, ce qui démontre (ii).

(iii) Il résulte du lemme 1 que si F\mathfrak{F} est un filtre de Cauchy minimal pour T\mathscr{T} (TG, II, p. 14), il existe un indice kk tel que la trace de F\mathfrak{F} sur EkE_k soit un filtre Fk\mathfrak{F}_k; ce dernier est un filtre de Cauchy pour Tk\mathscr{T}_k d’après (i), et par suite Fk\mathfrak{F}_k converge dans EkE_k par hypothèse ; mais comme le filtre sur EE engendré par Fk\mathfrak{F}_k est plus fin que F\mathfrak{F}, F\mathfrak{F} admet un point adhérent pour T\mathscr{T}, et par suite converge pour T\mathscr{T}.

Lorsque pour tout nn la topologie induite sur EnE_n par Tn+1\mathscr{T}_{n+1} est égale à Tn\mathscr{T}_n, on dit que T\mathscr{T} est la limite inductive stricte de la suite (Tn)(\mathscr{T}_n), et que l’espace EE, muni de T\mathscr{T}, est limite inductive stricte de la suite des espaces localement convexes EnE_n.

Remarque 1

Supposons que EE soit réunion d’une famille filtrante croissante non dénombrable de sous-espaces (Eα)α∈I(E_\alpha)_{\alpha \in I}, chaque EαE_\alpha étant muni d’une topologie localement convexe Tα\mathscr{T}_\alpha telle que, pour Eα⊂EβE_\alpha \subset E_\beta, la topologie induite sur EαE_\alpha par Tβ\mathscr{T}_\beta soit égale à Tα\mathscr{T}_\alpha. Il peut se faire alors que la topologie induite sur tout EαE_\alpha par la topologie T\mathscr{T} soit égale à Tα\mathscr{T}_\alpha, et que les EαE_\alpha soient séparés et complets, sans que EE soit complet pour T\mathscr{T} (INT, III, 2e éd., § 1, exerc. 2).

Remarque 2

Soit FF un espace localement convexe, réunion d’une suite croissante (Fn)(F_n) de sous-espaces vectoriels, et pour chaque indice nn, soit Tn\mathscr{T}_n la topologie induite sur FnF_n par la topologie T\mathscr{T} de FF. On se gardera de croire qu’en général T\mathscr{T} soit égale à la limite inductive des Tn\mathscr{T}_n.

Remarque 3

Supposons que EE soit limite inductive stricte de la suite (En)(E_n); si FF est un sous-espace vectoriel fermé de EE (pour T\mathscr{T}), il peut se faire que la limite inductive stricte des topologies induites par les Tn\mathscr{T}_n sur F∩EnF \cap E_n soit strictement plus fine que la topologie induite par T\mathscr{T} (IV, p. 64, exerc. 10).

Proposition 10

Soient E,FE, F deux espaces localement convexes. On suppose que :

1) Il existe une famille (Eα)(E_\alpha) d’espaces de Fréchet et pour chaque α\alpha une application linéaire gα:Eα→Eg_\alpha : E_\alpha \to E, telles que la topologie de EE soit la topologie localement convexe finale pour la famille (gα)(g_\alpha).

2) Il existe une suite (Fn)(F_n) d’espaces de Fréchet, et pour chaque nn une injection linéaire continue jn:Fn→Fj_n : F_n \to F telles que F=⋃njn(Fn)F = \bigcup_n j_n(F_n).

Alors toute application linéaire uu de EE dans FF dont le graphe est fermé dans E×FE \times F est continue.

Pour prouver que uu est continue, il suffit de voir que pour tout α\alpha, u∘gα:Eα→Fu \circ g_\alpha : E_\alpha \to F est continue (II, p. 29, prop. 5). Or, le graphe de u∘gαu \circ g_\alpha est l’image réciproque du graphe de uu par l’application continue gα×1F:Eα×F→E×Fg_\alpha \times 1_F : E_\alpha \times F \to E \times F, donc est fermé par hypothèse dans Eα×FE_\alpha \times F. On peut ainsi se borner au cas où EE lui-même est un espace de Fréchet. Mais alors la proposition est un cas particulier de I, p. 20, prop. 1.

Corollaire

Les hypothèses sur EE et FF étant les mêmes que dans la prop. 10, et EE étant supposé séparé, toute application continue surjective vv de FF dans EE est un morphisme strict.

Soit en effet N le noyau de v, et posons Nn=jn−1(N)N_n = j_n^{-1}(N); alors l’application jn′:Fn/Nn→F/Nj'_n : F_n/N_n \to F/N déduite de jnj_n par passage aux quotients est injective et continue, Fn/NnF_n/N_n est un espace de Fréchet (puisque NnN_n est fermé), et F/NF/N est réunion des images des jn′j'_n. Par hypothèse, dans la factorisation canonique v:F→F/N→wEv : F \to F/N \xrightarrow{w} E, w est une application linéaire bijective et continue, dont le graphe dans (F/N)×E(F/N) \times E est donc fermé (TG, I, p. 53, cor. 2 de la prop. 2). En vertu des remarques du début et de la prop. 10, l’application réciproque uu de ww est donc continue, ce qui prouve le corollaire.

\* La prop. 10 et son corollaire s’appliqueront en particulier lorsque E est un espace bornologique (III, p. 12) complet, et F une limite inductive d’une suite d’espaces de Fréchet. \*

7. Relèvements dans les espaces de Fréchet

Nous allons préciser dans le cas des espaces localement convexes la prop. 2 de TG, IX, p. 24.

Proposition 11

Soit E un espace localement convexe métrisable. Il existe dans E une distance invariante par translation, définissant la topologie de E, et pour laquelle les boules ouvertes soient convexes.

Soit (pn)n∈N(p_n)_{n \in \mathbf{N}} une suite de semi-normes définissant la topologie de E. Soit dnd_n l’écart sur E défini par dn(x,y)=inf⁡(pn(x−y),1/n)d_n(x, y) = \inf(p_n(x - y), 1/n) pour x,yx, y dans E ; il est invariant par translation. Pour tout entier n≥0n \geq 0 et tout nombre réel R≥0R \geq 0, soit Bn,RB_{n,R} l’ensemble des x∈Ex \in E tels que dn(x,0)<Rd_n(x, 0) < R. Si R≥1/nR \geq 1/n, on a Bn,R=EB_{n,R} = E, et dans le cas contraire, Bn,RB_{n,R} se compose des x∈Ex \in E tels que pn(x)<Rp_n(x) < R ; dans tous les cas, l’ensemble Bn,RB_{n,R} est convexe.

Pour x,yx, y dans E, posons d(x,y)=sup⁡n∈Ndn(x,y)d(x, y) = \sup_{n \in \mathbf{N}} d_n(x, y). On voit aussitôt que dd est une distance invariante par translation sur E, définissant sa topologie. Soient x0∈Ex_0 \in E et R≥0R \geq 0 ; la boule ouverte de centre x0x_0 et de rayon R (pour la distance dd) est égale à ⋂n∈N(x0+Bn,R)\bigcap_{n \in \mathbf{N}} (x_0 + B_{n,R}), donc elle est convexe.

Proposition 12

Soient E et F des espaces de Fréchet et u une application linéaire continue de E sur F. Il existe une section continue, non nécessairement linéaire, de u.

Soit dd une distance sur E, définissant la topologie de E, invariante par translation, et dont les boules ouvertes soient convexes (prop. 11). Étant donnés yy et y′y' dans F, soit δ(y,y′)\delta(y, y') la distance des deux ensembles fermés u−1(y)u^{-1}(y) et u−1(y′)u^{-1}(y') dans E. Comme uu est un morphisme strict (I, p. 17, th. 1), la remarque de TG, IX, p. 27 montre que δ\delta est une distance sur F, définissant la topologie de F. Nous allons construire par récurrence une suite (sn)n∈N(s_n)_{n \in \mathbf{N}} d’applications continues de F dans E satisfaisant aux inégalités suivantes pour tout y∈Fy \in F :

(2)

δ(y,u(sn(y)))<2−n \delta(y, u(s_n(y))) < 2^{-n}

(3)

d(sn(y),sn−1(y))<2−n+1(seulement si n≥1) d(s_n(y), s_{n-1}(y)) < 2^{-n+1} \quad (\text{seulement si } n \geq 1)

Supposons que l’on ait n=0n = 0, ou bien n⩾1n \geqslant 1 mais que sn−1s_{n-1} soit déjà construite. Soit y0∈Fy_0 \in F; comme uu est surjective, l’ensemble u−1(y0)u^{-1}(y_0) est non vide et, pour n⩾1n \geqslant 1, on a d(u−1(y0),sn−1(y0))<2−n+1d(u^{-1}(y_0), s_{n-1}(y_0)) < 2^{-n+1} d’après l’hypothèse de récurrence. Il existe donc un point x0x_0 de EE tel que u(x0)=y0u(x_0) = y_0 et que, pour n⩾1n \geqslant 1, d(x0,sn−1(y0))<2−n+1d(x_0, s_{n-1}(y_0)) < 2^{-n+1}. Comme l’application sn−1s_{n-1} est continue, l’ensemble des points yy de FF satisfaisant aux inégalités δ(y,y0)<2−n\delta(y, y_0) < 2^{-n} et d(x0,sn−1(y))<2−n+1d(x_0, s_{n-1}(y)) < 2^{-n+1} est un voisinage ouvert de y0y_0. Il existe donc un recouvrement ouvert (Vi)i∈I(V_i)_{i \in I} de FF, et des applications constantes sn,is_{n,i} de FF dans EE qui satisfont dans ViV_i aux inégalités (2) et (3) où l’on remplace sns_n par sn,is_{n,i}. Comme l’espace FF est métrisable, il existe une partition continue de l’unité (fi)i∈I(f_i)_{i \in I}, localement finie et subordonnée au recouvrement (Vi)i∈I(V_i)_{i \in I} (TG, IX, p. 51, prop. 6 et p. 46, prop. 3). Pour tout y∈Fy \in F, posons sn(y)=∑i∈Ifi(y)⋅sn,i(y)s_n(y) = \sum_{i \in I} f_i(y) \cdot s_{n,i}(y). L’application sns_n de FF dans EE est continue ; comme les boules ouvertes sont convexes dans EE et dans FF, l’application sns_n satisfait aux inégalités (2) et (3) pour tout y∈Fy \in F.

Les applications sn:F→Es_n : F \to E forment une suite de Cauchy pour la convergence uniforme d’après l’inégalité (3). Comme EE est complet, la suite (sn)n∈N(s_n)_{n \in \mathbf{N}} converge uniformément vers une application continue s:F→Es : F \to E (TG, X, p. 9) ; la formule (2) montre que u∘su \circ s est l’application identique de FF, donc ss est une section continue de uu.

Corollaire

Si LL est une partie compacte de FF, il existe une partie compacte KK de EE telle que u(K)=Lu(K) = L.* Il suffit de poser K=s(L)K = s(L), où ss est une section continue de uu.

Remarque 1

Le corollaire de la prop. 12 peut aussi se déduire du th. 1 de I, p. 17 et de la prop. 18 de TG, IX, p. 22.

Remarque 2

Conservons les notations de la prop. 12. Soit pp une semi-norme continue sur EE ; pour tout y∈Fy \in F, posons q(y)=inf⁡u(x)=yp(x)q(y) = \inf_{u(x) = y} p(x), de sorte que qq est une semi-norme continue sur FF (II, p. 4). Soit φ\varphi une application semi-continue inférieurement de FF dans l’intervalle ]0,+∞[]0, +\infty[ de R‾\overline{\mathbf{R}}. Montrons qu’il existe une section continue ss de uu telle que p∘s<q+φp \circ s < q + \varphi.

Soient s0s_0 une section continue de uu (prop. 12) et NN le noyau de uu. Soit y0∈Fy_0 \in F; il existe z0∈Nz_0 \in N tel que p(s0(y0)+z0)<q(y0)+φ(y0)p(s_0(y_0) + z_0) < q(y_0) + \varphi(y_0). Il existe un voisinage ouvert WW de y0y_0 dans FF tel que p(s0(y)+z0)<q(y)+φ(y)p(s_0(y) + z_0) < q(y) + \varphi(y) pour tout y∈Wy \in W. Par suite, il existe un recouvrement ouvert (Wi)i∈I(W_i)_{i \in I} de FF et des applications constantes ti:F→Nt_i : F \to N telles que p(s0(y)+ti(y))<q(y)+φ(y)p(s_0(y) + t_i(y)) < q(y) + \varphi(y) pour tout y∈Wiy \in W_i. Comme FF est métrisable, il existe une partition continue localement finie de l’unité subordonnée au recouvrement (Wi)i∈I(W_i)_{i \in I}, soit (gi)i∈I(g_i)_{i \in I} (TG, IX, p. 51, prop. 6 et p. 46, prop. 3). L’application ss de FF dans EE définie par s(y)=s0(y)+∑i∈Igi(y)⋅ti(y)s(y) = s_0(y) + \sum_{i \in I} g_i(y) \cdot t_i(y) répond aux conditions exigées.

Exercices

See the exercises for § 4.

Transcribed from the printed volume. Not translated.