§ 4. Espaces localement convexes
1. Définition d’un espace localement convexe
Définition 1
On dit qu’un espace vectoriel topologique est localement convexe (réel) s’il existe un système fondamental de voisinages de 0 formé d’ensembles convexes.
Si E est un tel espace, on dit pour abréger que E est un espace localement convexe. Une topologie d’espace localement convexe est appelée topologie localement convexe.
Les espaces vectoriels topologiques sur que nous aurons à étudier dans la suite de ce Traité seront pour la plupart localement convexes.
Soit V un voisinage convexe de 0 dans un espace localement convexe E ; alors est un voisinage convexe et symétrique de 0. Comme l’adhérence d’un ensemble convexe est convexe (II, p. 14, prop. 14), il résulte de I, p. 7, prop. 4 que, dans E, les voisinages de 0 qui sont convexes, symétriques et fermés forment un système fondamental de voisinages de 0, invariant par toute homothétie de centre 0 et de rapport .
Proposition 1
Soient E un espace vectoriel, une base de filtre sur E formée de parties convexes, symétriques et absorbantes. Alors l’ensemble des transformés des ensembles de par les homothéties de rapport est un système fondamental de voisinages de 0 pour une topologie localement convexe sur E.
En effet, il est clair que est une base de filtre et satisfait aux conditions (EV_I) et (EV_{II}) de I, p. 7, prop. 4 ; elle satisfait aussi à la condition (EV_{III}) puisque, pour tout ensemble , on a .
On notera que si est la topologie localement convexe sur E ayant pour système fondamental de voisinages de 0, les ensembles , où parcourt l’ensemble des entiers et V parcourt , forment encore un système fondamental de voisinages de 0 pour . Pour que soit séparée, il faut et il suffit que, pour tout dans E, il existe un entier et un ensemble tels que ; si de plus est dénombrable, la topologie est une topologie localement convexe métrisable. Inversement, il est clair que si est une topologie localement convexe métrisable, il existe un système fondamental dénombrable de voisinages convexes symétriques et fermés de 0 pour .
Corollaire
Pour que la topologie d’un espace vectoriel topologique E soit définie par un ensemble de semi-normes (II, p. 3), il faut et il suffit que soit localement convexe.
En effet, la condition est nécessaire, puisque toute semi-norme sur E est une fonction convexe, et par suite, pour , l’ensemble des tels que est convexe (II, p. 19, corollaire). Inversement, si V est un voisinage fermé, symétrique et convexe de 0 dans E, la jauge de V est une semi-norme sur E telle que V soit l’ensemble des vérifiant (II, p. 22, prop. 23).
Ceci montre en outre qu’une topologie localement convexe est définie par l’ensemble de toutes les semi-normes continues pour . De plus, si est métrisable, elle est définie par un ensemble dénombrable de semi-normes.
Compte tenu du corollaire de la prop. 1, les résultats du § 1 sur les topologies définies par des ensembles de semi-normes s’appliquent en particulier aux topologies localement convexes sur les espaces vectoriels réels. Le complété d’un espace localement convexe séparé E est donc un espace localement convexe. On appelle espace de Fréchet un espace localement convexe métrisable et complet ; tout espace de Banach est donc un espace de Fréchet.
Proposition 2
Soient E un espace localement convexe, M un sous-espace vectoriel de E, f une forme linéaire définie et continue dans M ; il existe alors une forme linéaire continue h définie dans E et prolongeant f.
En effet, compte tenu de II, p. 26, corollaire et de II, p. 7, cor. 2, il existe une semi-norme continue sur E, et telle que pour tout . En vertu du th. de Hahn-Banach (II, p. 24, cor. 1), il existe une forme linéaire sur E prolongeant et telle que pour tout , ce qui entraîne que est continue (II, p. 7, prop. 5).
Remarque
Si g est une application linéaire continue de M dans un espace produit , il existe une application linéaire continue de E dans qui prolonge : en effet, on peut écrire , où les sont des formes linéaires continues dans M ; si, pour tout , est une forme linéaire continue dans E et prolongeant , l’application linéaire continue répond à la question.
On notera que si F est un espace localement convexe séparé quelconque et g une application linéaire continue de M dans F, il n’existe pas nécessairement d’application linéaire continue de E dans F qui prolonge g (IV, p. 55, exerc. 16, c)). Il existe toutefois un tel prolongement lorsque M est de dimension finie (cf. cor. 2 ci-dessous).
Corollaire 1
Soit E un espace localement convexe. Pour tout point non adhérent à 0 dans E, il existe une forme linéaire continue f définie dans E et telle que .
Il suffit d’appliquer la prop. 2 au sous-espace vectoriel M de dimension 1 engendré par (qui est séparé) et à la forme linéaire définie dans M, qui est continue en vertu de I, p. 13, prop. 2.
Corollaire 2
Soient E un espace localement convexe séparé, M un sous-espace vectoriel de E de dimension finie. Il existe alors un sous-espace vectoriel fermé N de E, supplémentaire topologique de M dans E.
Pour qu’un sous-espace M de E admette un supplémentaire topologique, il faut et il suffit en effet que l’application identique de M sur lui-même se prolonge en une application linéaire continue u de E sur M, qui est alors nécessairement un projecteur continu (TG, III, p. 47, corollaire). Or, ceci résulte de la remarque (II, p. 26) puisque M est alors isomorphe à un espace (I, p. 14, th. 2).
Proposition 3
Dans un espace localement convexe E, l’enveloppe convexe équilibrée d’un ensemble précompact est un ensemble précompact.
Soit A un ensemble précompact dans E. Pour tout voisinage convexe équilibré V de 0 dans E, il existe un nombre fini de points () tels que A soit contenu dans la réunion S des voisinages (). L’enveloppe convexe équilibrée C de A est donc contenue dans l’enveloppe convexe équilibrée de S ; mais cette dernière est contenue dans B + V, où B est l’enveloppe convexe de l’ensemble fini formé des points et (). Or, B est précompacte (II, p. 15, cor. 2) ; il existe par suite un nombre fini de points () tels que B soit contenue dans la réunion des voisinages . Alors C est contenue dans la réunion des voisinages , ce qui achève la démonstration.
On notera que, dans un espace localement convexe séparé de dimension infinie, l’enveloppe convexe d’un ensemble compact n’est pas nécessairement fermée (II, p. 79, exerc. 3).
Corollaire
Dans un espace localement convexe séparé E, si un ensemble compact est contenu dans un ensemble convexe complet (pour la structure uniforme induite par celle de E), alors son enveloppe fermée convexe est compacte.
En effet, cette enveloppe est une partie fermée d’un espace complet, donc est un espace complet, et par ailleurs c’est un espace précompact et séparé.
Par contre, dans un espace localement convexe séparé non complet, l’enveloppe fermée convexe d’un ensemble compact peut être non compacte (II, p. 92, exerc. 2).
2. Exemples d’espaces localement convexes
1) L’espace est localement convexe, puisque les cubes ouverts de centre 0 sont convexes (II, p. 9, prop. 6). Il en est donc de même de tout espace vectoriel topologique réel E de dimension finie ; en effet, cela résulte de ce qui précède et de I, p. 14, th. 2 si E est séparé ; sinon, l’espace séparé F associé à E est de dimension finie, donc localement convexe, et les images réciproques par l’application canonique des voisinages convexes de 0 dans F sont convexes et forment un système fondamental de voisinages de 0 dans E.
2) Soit E un espace vectoriel sur , et soit l’ensemble de toutes les parties de E, convexes, symétriques et absorbantes. En vertu de la prop. 1 de II, p. 25, est un système fondamental de voisinages de 0 pour une topologie localement convexe \textit{T}_\omega sur E, qui est évidemment la plus fine de toutes les topologies localement convexes sur E. Cette topologie est séparée : en effet, soit un point quelconque de E ; il existe une base de E et un tels que ; l’ensemble des tels que est un ensemble convexe, symétrique et absorbant auquel n’appartient pas. Il résulte aussitôt de II, p. 26, corollaire, que est aussi la topologie définie par l’ensemble de toutes les semi-normes sur E, donc toute semi-norme est continue pour .
En particulier, si est une application linéaire de E dans un espace localement convexe quelconque F, l’image réciproque par de tout voisinage convexe de 0 dans F est un ensemble convexe absorbant dans E, donc un voisinage de 0 pour , et par suite est continue pour .
Étant donné un ensemble convexe C dans E, on dit qu’un point est point interne de C si, pour toute droite D passant par , contient un segment ouvert contenant ; il revient au même de dire que l’ensemble est absorbant. Pour qu’un point d’une partie A de E soit intérieur à A pour , il faut et il suffit qu’il existe un ensemble convexe C tel que , et que soit point interne de C.
Plus généralement, soient V une variété linéaire affine dans E, C un ensemble convexe contenu dans V ; on dit qu’un point est point interne de C relativement à V si, dans le sous-espace vectoriel , le point 0 est point interne de l’ensemble .
Lorsque E est de dimension finie, la topologie n’est autre que la topologie canonique sur E (I, p. 14, th. 2) ; cela montre que pour tout ensemble convexe C dans E, tout point interne de C est intérieur à C pour la topologie canonique (cf. II, p. 79, exerc. 5).
3) Soient E un espace vectoriel sur , A un ensemble convexe symétrique. Le sous-espace vectoriel F engendré par A est aussi le cône convexe engendré par A, puisque , donc est l’ensemble des , où et ; dans F, l’ensemble A est absorbant, et l’ensemble des , où , est un système fondamental de voisinages de 0 pour une topologie localement convexe sur F (dite définie par A), qui est définie par la semi-norme , jauge de A (II, p. 21, prop. 22) ; on note l’espace localement convexe obtenu en munissant F de cette semi-norme. Pour que l’espace soit séparé, il faut et il suffit que soit une norme, ou encore que A ne contienne aucune droite. Si B est un second ensemble convexe symétrique dans E et si , il est clair que l’on a , et que l’injection canonique de dans est continue pour les topologies définies respectivement par A et B. D’autre part, si est une application linéaire de E dans un espace vectoriel réel , est convexe et symétrique dans , et est une application linéaire continue de sur .
Notons enfin que si E est muni d’une topologie compatible avec sa structure d’espace vectoriel, et si V est un voisinage convexe et symétrique de 0 pour , l’espace vectoriel engendré par V est identique à E puisque V est absorbant, et l’application identique de E dans est continue.
3. Topologies localement convexes initiales
Proposition 4
Soient E un espace vectoriel, une famille d’espaces localement convexes, et pour chaque , soit une application linéaire de E dans ; alors la topologie sur E définie comme la moins fine rendant continues toutes les applications est une topologie localement convexe.
En raison de II, p. 26, corollaire, cela est un cas particulier de la propriété correspondante pour les topologies définies par des semi-normes (II, p. 5).
En particulier, tout sous-espace vectoriel d’un espace localement convexe et tout espace produit d’espaces localement convexes sont des espaces localement convexes. Toute limite projective d’espaces localement convexes est localement convexe.
Tout produit dénombrable d’espaces de Fréchet (et en particulier tout produit dénombrable d’espaces de Banach) est un espace de Fréchet.
Tout espace localement convexe séparé E est isomorphe à un sous-espace d’un produit d’espaces de Banach, sous-espace qui est fermé si E est complet (II, p. 5, prop. 3). Tout espace de Fréchet est isomorphe à un sous-espace fermé d’un produit dénombrable d’espaces de Banach (loc. cit.).
4. Topologies localement convexes finales
Proposition 5
Soient E un espace vectoriel, une famille d’espaces vectoriels topologiques, et, pour tout , soit une application linéaire de dans E.
(i) Soit l’ensemble des parties convexes, symétriques et absorbantes V de E telles que soit un voisinage de 0 dans pour tout ; l’ensemble est un système fondamental de voisinages de 0 dans E pour une topologie compatible avec la structure d’espace vectoriel.
(ii) Pour qu’une application linéaire de E dans un espace localement convexe G (resp. une semi-norme p sur E) soit continue pour , il faut et il suffit que, pour tout indice , (resp. ) soit continue dans .
(iii) La topologie est la plus fine des topologies localement convexes sur E pour lesquelles les sont continues.
En outre, la topologie est la seule topologie localement convexe sur E vérifiant la condition (ii) pour les applications linéaires (resp. pour les semi-normes).
Comme est une base de filtre invariante par les homothéties de rapport > 0, l’assertion (i) résulte aussitôt de II, p. 25, prop. 1. Par définition de , est la plus fine des topologies localement convexes sur E rendant continues les , d’où (iii). Enfin, il est clair que si est continue, il en est de même des ; réciproquement, si ces dernières sont continues pour tout , alors, pour tout voisinage convexe symétrique W de 0 dans G, est un voisinage de 0 dans pour tout indice , et comme est convexe, symétrique et absorbant, cela prouve que est un voisinage de 0 pour , donc que est continue. De même, si une semi-norme sur est telle que soit continue pour tout , et si est l’ensemble des tels que , alors, pour tout , est un voisinage convexe de 0 dans , symétrique et absorbant ; donc est un voisinage de 0 dans , et est continue (II, p. 2, prop. 1).
La dernière assertion résulte de E, IV, p. 19, critère CST 18.
On dit parfois que est la topologie localement convexe finale de la famille des topologies des , pour la famille des applications linéaires .
Il peut se faire que ne soit pas la plus fine des topologies sur compatibles avec la structure d’espace vectoriel et rendant continues les (II, p. 80, exerc. 15 ; voir toutefois II, p. 80, exerc. 14).
Dans le cas (le plus important) où on obtient encore un système fondamental de voisinages de 0 pour de la façon suivante : on considère toutes les familles où, pour tout , est un voisinage symétrique de 0 pour , et on prend l’enveloppe convexe dans , , de la réunion des . En effet, tout élément de étant de la forme , où est une partie finie de et , il est immédiat que est un ensemble convexe symétrique et absorbant dans (chacun des étant absorbant dans ) ; comme contient tous les , c’est un voisinage de 0 pour . D’autre part, il est clair que pour tout voisinage convexe symétrique de 0 pour , on a , d’où notre assertion.
Corollaire 1
Avec les notations de la prop. 5, soit un ensemble d’applications linéaires de dans un espace localement convexe . Supposons que soit somme des sous-espaces ; alors, pour que soit équicontinu pour , il faut et il suffit que, pour tout , l’ensemble des , où parcourt , soit équicontinu dans .
Compte tenu de I, p. 9, prop. 6, la démonstration suit la même marche que pour l’assertion (ii) de la prop. 5, en considérant un voisinage convexe symétrique de 0 dans et en notant que, si l’ensemble des pour est équicontinu dans et en notant que, si l’ensemble des pour est équicontinu dans , l’intersection est un voisinage convexe symétrique de 0 dans . Comme cette intersection est égale à et que l’ensemble est convexe et symétrique, tout revient à voir qu’il est aussi absorbant. Or, par hypothèse, tout s’écrit sous la forme , où . Pour montrer qu’il existe tel que pour toute , il suffit donc de le faire lorsque est de la forme avec (car on passera de là au cas général en remplaçant par l’ensemble ). Mais alors la conclusion résulte de ce que l’ensemble est un voisinage de 0 dans .
Corollaire 2
Soient un espace vectoriel, une famille d’espaces localement convexes, une partition de , et une famille d’espaces vectoriels.
Pour tout , soit une application linéaire de dans ; pour tout et tout , soit une application linéaire de dans ; on pose alors . On munit chacun des de la topologie localement convexe la plus fine rendant continues les (); alors, sur , la topologie localement convexe la plus fine rendant continues les est identique à la topologie localement convexe la plus fine rendant continues les .
C’est un cas particulier de E, IV, p. 20, critère CST 19, et se démontre d’ailleurs aussitôt directement en utilisant la prop. 5.
Exemples de topologies localement convexes finales.
I. Espace quotient. Soient un espace localement convexe, un sous-espace de , l’application canonique de sur . Comme la topologie quotient sur est localement convexe et est la plus fine de toutes les topologies (localement convexes ou non) rendant continue , c’est la topologie localement convexe finale pour la famille réduite à .
II. Limites inductives d’espaces localement convexes. Soient un ensemble ordonné filtrant à droite, un système inductif d’espaces vectoriels relatif à l’ensemble (A, II, p. 90); soit et soit l’application linéaire canonique pour tout . Supposons chaque muni d’une topologie localement convexe , et en outre, supposons que pour , soit continue. On dit alors que la topologie localement convexe finale de la famille relativement aux applications linéaires (resp. l’espace muni de ) est la limite inductive de la famille (resp. l’espace limite inductive du système ), ou simplement des espaces localement convexes . Rappelons que est réunion des sous-espaces vectoriels et que lorsque , on a ; si l’on munit de la topologie finale pour l’application (ce qui revient à identifier à l’espace quotient ), la topologie est aussi la topologie finale de la famille des topologies des , relativement aux injections canoniques (II, p. 30, cor. 2). En outre, la continuité de pour entraîne que l’injection canonique est continue, de sorte que est aussi l’espace limite inductive des munis des topologies précédentes, relativement aux injections .
Exemple
Soient un espace localement compact, l’espace vectoriel des fonctions numériques finies continues dans à support compact. Pour toute partie compacte de , soit le sous-espace vectoriel de formé des fonctions nulles hors de , et désignons par la topologie induite sur par la topologie de la convergence uniforme sur . La limite inductive des topologies est plus fine que ; on peut montrer que si est paracompact et non compact est strictement plus fine que (cf. INT, III, 2e éd., § 1, no 8). L’importance de la topologie tient à ce que les formes linéaires sur , continues pour , ne sont autres que les mesures (réelles) sur (INT, III, 2e éd., § 1, no 3).
Remarque
Dans ce dernier exemple, la topologie induite par sur est identique à , car elle est par définition moins fine que , et comme par ailleurs est plus fine que , la topologie induite par sur est plus fine que celle induite par , c’est-à-dire .
Ce raisonnement se généralise aussitôt à une limite inductive de topologies localement convexes () lorsqu’il existe sur une topologie localement convexe telle que soit la topologie induite sur par .
Plus généralement, on peut se demander si, lorsque l’on suppose que pour , est égale à la topologie induite par , alors induit sur chacun des . La réponse à cette question est négative dans le cas général (II, p. 85, exerc. 26) ; mais nous allons voir dans les n°s suivants deux cas importants où elle est affirmative.
5. Somme directe topologique d’une famille d’espaces localement convexes
Définition 2
Soit une famille d’espaces localement convexes, et soit l’espace vectoriel somme directe de la famille (A, II, p. 12). Pour tout , soit l’injection canonique de dans . On appelle somme directe topologique de la famille l’espace muni de la topologie localement convexe la plus fine rendant continues les (topologie dite somme directe des topologies des ).
Dans toute la suite de ce n°, nous garderons (sauf mention expresse du contraire) les notations de la déf. 2 et nous identifierons canoniquement chaque à un sous-espace de au moyen de .
En vertu de la description générale des voisinages d’une topologie localement convexe finale donnée dans II, p. 30, on obtient ici un système fondamental de voisinages de 0 dans pour la topologie somme directe de la façon suivante : pour toute famille , où est un voisinage convexe symétrique de 0 dans , on considère l’enveloppe convexe de la réunion des ; les , pour toutes les familles (ou seulement en prenant pour chaque les dans un système fondamental de voisinages de 0 dans ) forment un système fondamental de voisinages de 0 dans .
Exemple
Soient un espace vectoriel, une base de , et considérons sur chaque droite la topologie canonique (I, p. 2, Exemple 5) ; la topologie somme directe de ces topologies n’est autre que la topologie localement convexe la plus fine sur (II, p. 28) : en effet, si est un ensemble convexe, symétrique et absorbant dans , est un voisinage de 0 dans , et contient évidemment l’enveloppe convexe .
Proposition 6
Pour qu’une topologie localement convexe sur soit somme directe des topologies des , il faut et il suffit qu’elle possède la propriété suivante : pour qu’une application linéaire de dans un espace localement convexe (resp. une semi-norme sur ) soit continue, il faut et il suffit que, pour tout , (resp. ) soit continue dans .
C’est un cas particulier de la prop. 5 de II, p. 29.
Compte tenu de la définition de la somme directe d’une famille d’espaces vectoriels (A, II, p. 12, prop. 6), on peut encore dire que la topologie est la seule pour laquelle l’application canonique soit une bijection
pour tout espace localement convexe .
Corollaire
Les notations étant celles de la prop. 5 de II, p. 29, supposons que soit somme des . Soient l’espace somme directe topologique de la famille , l’injection canonique, et soit l’application linéaire telle que pour tout . Si est le noyau de , la bijection canonique associée à est un isomorphisme topologique de sur muni de .
C’est un cas particulier de II, p. 30, cor. 2, compte tenu de II, p. 31, Exemple I.
Proposition 7
L’injection canonique est continue lorsqu’on munit de la topologie somme directe des topologies des et de la topologie produit. Lorsque est fini, cette application est un isomorphisme d’espaces vectoriels topologiques.
La première assertion résulte de ce que les injections canoniques sont continues pour tout . Si est fini, est l’application identique, et il suffit de prouver que la topologie produit est plus fine que la topologie somme directe . Or, soit un voisinage convexe de 0 pour ; chacun des est un voisinage convexe de 0 dans ; si est le nombre d’éléments de , l’ensemble contient donc l’ensemble , qui est un voisinage de 0 pour , d’où la proposition.
Lorsque est infini, si, pour toute partie finie de , on note l’espace , muni de la topologie produit, est limite inductive des (identifiés à des sous-espaces de ).
Proposition 8
Pour tout , soit un sous-espace de . (i) La topologie induite sur par la topologie somme directe sur est identique à la somme directe des topologies des . (ii) L’application canonique de l’espace somme directe topologique des sur (A, II, p. 14, formule (26)) est un isomorphisme d’espaces vectoriels topologiques.
(i) Avec les notations introduites plus haut, considérons un point appartenant à (() famille de nombres à support fini telle que , pour tout ). On a nécessairement, pour tout , , la somme des étant directe ; donc, pour tout tel que , on a aussi , et appartient à l’enveloppe convexe , ce qui prouve (i).
(ii) Soient et les applications canoniques. On a pour tout , et la proposition résulte de II, p. 30, cor. 2 et p. 31, Exemple I.
Corollaire 1
Si, pour tout est fermé dans , alors est fermé dans .
En effet, pour tout , la projection canonique est continue (II, p. 32, prop. 6) ; par suite est fermé dans , donc il en est de même de l’intersection .
Corollaire 2
Si chacun des est séparé, il en est de même de , et chacun des est fermé dans .
Pour prouver la première assertion, il suffit d’appliquer le cor. 1 en prenant pour tout ; pour prouver la seconde, il suffit d’appliquer le cor. 1 en prenant et pour tout .
Nous montrerons au chap. III, p. 21, cor. 2 que si les sont séparés et complets, il en est de même de leur somme directe topologique .
6. Limites inductives de suites d’espaces localement convexes
Dans ce n°, nous allons considérer une suite croissante () de sous-espaces vectoriels d’un espace vectoriel , telle que soit réunion des ; nous supposerons chacun des muni d’une topologie localement convexe , telle que, pour tout , la topologie induite sur par soit moins fine que , et nous munirons de la topologie localement convexe limite inductive de la suite (II, p. 31, Exemple II) ; ces hypothèses et notations ne seront pas répétées dans ce n°.
Il peut se faire que les soient toutes séparées sans que le soit ; il peut se faire aussi que pour tout couple d’entiers tels que , soit fermé (pour ) dans , sans que soit fermé dans pour (II, p. 85, exerc. 26).
Lemme 1
Soit un filtre de Cauchy sur (pour ) ; il existe un entier tel que, pour tout et tout voisinage de 0 dans , rencontre .
Raisonnons par l’absurde ; pour tout , il existerait un voisinage convexe de 0 et un ensemble tels que
On peut évidemment supposer pour tout . Soit l’enveloppe convexe de , qui est évidemment un voisinage de 0 pour . On a pour tout : en effet, tout s’écrit où , et pour tout ; or, pour , on a , donc ; et pour , on a , donc
Proposition 9
Supposons que, pour chaque entier n, la topologie induite sur par soit identique à . Dans ces conditions :* (i) Pour tout n, la topologie induite par sur est identique à ; si les sont séparées, est séparée. (ii) Supposons que pour tout n, soit fermé dans (pour ). Alors, pour tout n, est fermé dans (pour ). (iii) *Si chacun des est complet (pour ), alors est complet pour .
(i) Pour établir la première assertion, il suffit de prouver que la topologie induite par sur est plus fine que . Pour cela, soit un voisinage convexe de 0 dans pour la topologie ; nous allons construire une suite croissante telle que soit un voisinage convexe de 0 dans pour et que l’on ait pour tout indice . Alors la réunion de la suite croissante sera un ensemble convexe tel que, pour tout indice , soit un voisinage de 0 pour , donc sera un voisinage de 0 pour , et comme , on aura prouvé que est plus fine que .
Pour définir les , il suffit de procéder par récurrence sur , en utilisant le lemme suivant :
Lemme 2
Soient F un espace localement convexe, M un sous-espace vectoriel de F, V un voisinage convexe de 0 dans M. Il existe alors un voisinage convexe W de 0 dans F tel que . En outre, si M est fermé dans F, alors, pour tout point , il existe un voisinage convexe de 0 dans F tel que et .
En effet, il existe par hypothèse un voisinage convexe U de 0 dans F tel que l’on ait . L’enveloppe convexe W de dans F est évidemment un voisinage de 0 dans F ; montrons que . En effet, tout point est de la forme avec , et (II, p. 10, prop. 8) ; si , on a nécessairement si , donc , et par suite ; la conclusion subsiste évidemment encore si . Si M est fermé dans F, l’espace F/M est séparé, donc il existe un voisinage convexe de 0 dans F tel que ne rencontre pas ; l’enveloppe convexe de répond alors aux conditions de l’énoncé.
Pour achever de prouver (i), il suffit de remarquer que tout appartient à un ; si et si est séparée, il y a un voisinage de 0 pour ne contenant pas , et nous venons de voir qu’il y a un voisinage V de 0 pour tel que , donc on a , ce qui prouve que est séparée.
(ii) Soit ; il existe tel que , donc, comme est fermé dans pour (en vertu de l’hypothèse que induit sur pour tout ), il existe pour un voisinage convexe de 0 dans tel que . Or, on a vu dans (i) qu’il existe un voisinage convexe de 0 pour tel que l’on ait ; on a par suite , donc , ce qui démontre (ii).
(iii) Il résulte du lemme 1 que si est un filtre de Cauchy minimal pour (TG, II, p. 14), il existe un indice tel que la trace de sur soit un filtre ; ce dernier est un filtre de Cauchy pour d’après (i), et par suite converge dans par hypothèse ; mais comme le filtre sur engendré par est plus fin que , admet un point adhérent pour , et par suite converge pour .
Lorsque pour tout la topologie induite sur par est égale à , on dit que est la limite inductive stricte de la suite , et que l’espace , muni de , est limite inductive stricte de la suite des espaces localement convexes .
Remarque 1
Supposons que soit réunion d’une famille filtrante croissante non dénombrable de sous-espaces , chaque étant muni d’une topologie localement convexe telle que, pour , la topologie induite sur par soit égale à . Il peut se faire alors que la topologie induite sur tout par la topologie soit égale à , et que les soient séparés et complets, sans que soit complet pour (INT, III, 2e éd., § 1, exerc. 2).
Remarque 2
Soit un espace localement convexe, réunion d’une suite croissante de sous-espaces vectoriels, et pour chaque indice , soit la topologie induite sur par la topologie de . On se gardera de croire qu’en général soit égale à la limite inductive des .
Remarque 3
Supposons que soit limite inductive stricte de la suite ; si est un sous-espace vectoriel fermé de (pour ), il peut se faire que la limite inductive stricte des topologies induites par les sur soit strictement plus fine que la topologie induite par (IV, p. 64, exerc. 10).
Proposition 10
Soient deux espaces localement convexes. On suppose que :
1) Il existe une famille d’espaces de Fréchet et pour chaque une application linéaire , telles que la topologie de soit la topologie localement convexe finale pour la famille .
2) Il existe une suite d’espaces de Fréchet, et pour chaque une injection linéaire continue telles que .
Alors toute application linéaire de dans dont le graphe est fermé dans est continue.
Pour prouver que est continue, il suffit de voir que pour tout , est continue (II, p. 29, prop. 5). Or, le graphe de est l’image réciproque du graphe de par l’application continue , donc est fermé par hypothèse dans . On peut ainsi se borner au cas où lui-même est un espace de Fréchet. Mais alors la proposition est un cas particulier de I, p. 20, prop. 1.
Corollaire
Les hypothèses sur et étant les mêmes que dans la prop. 10, et étant supposé séparé, toute application continue surjective de dans est un morphisme strict.
Soit en effet N le noyau de v, et posons ; alors l’application déduite de par passage aux quotients est injective et continue, est un espace de Fréchet (puisque est fermé), et est réunion des images des . Par hypothèse, dans la factorisation canonique , w est une application linéaire bijective et continue, dont le graphe dans est donc fermé (TG, I, p. 53, cor. 2 de la prop. 2). En vertu des remarques du début et de la prop. 10, l’application réciproque de est donc continue, ce qui prouve le corollaire.
\* La prop. 10 et son corollaire s’appliqueront en particulier lorsque E est un espace bornologique (III, p. 12) complet, et F une limite inductive d’une suite d’espaces de Fréchet. \*
7. Relèvements dans les espaces de Fréchet
Nous allons préciser dans le cas des espaces localement convexes la prop. 2 de TG, IX, p. 24.
Proposition 11
Soit E un espace localement convexe métrisable. Il existe dans E une distance invariante par translation, définissant la topologie de E, et pour laquelle les boules ouvertes soient convexes.
Soit une suite de semi-normes définissant la topologie de E. Soit l’écart sur E défini par pour dans E ; il est invariant par translation. Pour tout entier et tout nombre réel , soit l’ensemble des tels que . Si , on a , et dans le cas contraire, se compose des tels que ; dans tous les cas, l’ensemble est convexe.
Pour dans E, posons . On voit aussitôt que est une distance invariante par translation sur E, définissant sa topologie. Soient et ; la boule ouverte de centre et de rayon R (pour la distance ) est égale à , donc elle est convexe.
Proposition 12
Soient E et F des espaces de Fréchet et u une application linéaire continue de E sur F. Il existe une section continue, non nécessairement linéaire, de u.
Soit une distance sur E, définissant la topologie de E, invariante par translation, et dont les boules ouvertes soient convexes (prop. 11). Étant donnés et dans F, soit la distance des deux ensembles fermés et dans E. Comme est un morphisme strict (I, p. 17, th. 1), la remarque de TG, IX, p. 27 montre que est une distance sur F, définissant la topologie de F. Nous allons construire par récurrence une suite d’applications continues de F dans E satisfaisant aux inégalités suivantes pour tout :
(2)
(3)
Supposons que l’on ait , ou bien mais que soit déjà construite. Soit ; comme est surjective, l’ensemble est non vide et, pour , on a d’après l’hypothèse de récurrence. Il existe donc un point de tel que et que, pour , . Comme l’application est continue, l’ensemble des points de satisfaisant aux inégalités et est un voisinage ouvert de . Il existe donc un recouvrement ouvert de , et des applications constantes de dans qui satisfont dans aux inégalités (2) et (3) où l’on remplace par . Comme l’espace est métrisable, il existe une partition continue de l’unité , localement finie et subordonnée au recouvrement (TG, IX, p. 51, prop. 6 et p. 46, prop. 3). Pour tout , posons . L’application de dans est continue ; comme les boules ouvertes sont convexes dans et dans , l’application satisfait aux inégalités (2) et (3) pour tout .
Les applications forment une suite de Cauchy pour la convergence uniforme d’après l’inégalité (3). Comme est complet, la suite converge uniformément vers une application continue (TG, X, p. 9) ; la formule (2) montre que est l’application identique de , donc est une section continue de .
Corollaire
Si est une partie compacte de , il existe une partie compacte de telle que .* Il suffit de poser , où est une section continue de .
Remarque 1
Le corollaire de la prop. 12 peut aussi se déduire du th. 1 de I, p. 17 et de la prop. 18 de TG, IX, p. 22.
Remarque 2
Conservons les notations de la prop. 12. Soit une semi-norme continue sur ; pour tout , posons , de sorte que est une semi-norme continue sur (II, p. 4). Soit une application semi-continue inférieurement de dans l’intervalle de . Montrons qu’il existe une section continue de telle que .
Soient une section continue de (prop. 12) et le noyau de . Soit ; il existe tel que . Il existe un voisinage ouvert de dans tel que pour tout . Par suite, il existe un recouvrement ouvert de et des applications constantes telles que pour tout . Comme est métrisable, il existe une partition continue localement finie de l’unité subordonnée au recouvrement , soit (TG, IX, p. 51, prop. 6 et p. 46, prop. 3). L’application de dans définie par répond aux conditions exigées.
Exercices
See the exercises for § 4.