§ 3. Le théorème de hahn-banach (forme analytique)
1. Prolongement des formes linéaires positives
Proposition 1
Soient E un espace vectoriel préordonné, V un sous-espace vectoriel de E tel que tout élément de E soit majoré par un élément de V. Pour toute forme linéaire f sur V, positive pour la structure d’espace vectoriel préordonné de V (induite par celle de E), l’ensemble des formes linéaires positives sur E qui prolongent f est non vide, et pour tout , l’ensemble des valeurs , où h parcourt , est l’intervalle , où
I) Supposons d’abord . La proposition étant triviale pour , on peut se borner au cas . L’hypothèse faite sur V entraîne que l’ensemble
A'' des tels que est non vide ; de même, l’ensemble des tels que (autrement dit, ) est non vide. En outre, pour et , on a , donc par hypothèse, . On en conclut que et sont finis et que . Toute forme linéaire sur prolongeant est entièrement déterminée par , et pour tout et tout , on a
Pour que soit positive, il faut et il suffit que les relations :
(2)
(3)
Comme et que les relations et sont équivalentes pour , il suffit d’exprimer que (2) entraîne (3) dans les cas particuliers , et . Pour , le fait que (2) entraîne (3) résulte de l’hypothèse que est positive. Pour , dire que (2) entraîne (3) signifie que pour , on a , autrement dit que ; pour , dire que (2) entraîne (3) signifie que, pour , on a , autrement dit que . La proposition est donc démontrée dans ce cas.
II) Cas général. Soit l’ensemble des couples , où est un sous-espace vectoriel de contenant et une forme linéaire positive sur prolongeant . Ordonnons en posant
si et si prolonge . Il est immédiat que est inductif, et, en vertu du th. 2 de E, III, p. 20, il a donc un élément maximal . Supposons . Il existe alors un vecteur , et si , la première partie de la démonstration montre qu’il existe une forme linéaire positive sur qui prolonge , ce qui contredit l’hypothèse que est maximal ; on a donc , ce qui prouve la première assertion de la proposition. Lorsque , la seconde assertion est évidente, avec ; si au contraire et si l’on pose , la seconde assertion résulte de la première partie de la démonstration.
Corollaire
Soient E un espace vectoriel topologique muni d’une structure de préordre compatible avec sa structure d’espace vectoriel, P l’ensemble des éléments de E. Soit V un sous-espace vectoriel de E contenant au moins un point intérieur de P. Alors toute forme linéaire positive sur V se prolonge en une forme linéaire positive sur E.
Il suffit, en vertu de la prop. 1, de voir que, pour tout , il existe tel que . Or, soit U un voisinage de 0 dans E tel que . On a donc , et par suite, il existe tel que et que le point
La conclusion de ce corollaire ne subsiste pas nécessairement si l’on ne suppose pas que contient un point intérieur de , même si est de dimension finie et si contient des points intérieurs dans (II, p. 97, exerc. 25, b)).
2. Le théorème de Hahn-Banach (forme analytique)
Théorème 1 (Hahn-Banach). — Soient un espace vectoriel, une fonction sous-linéaire dans . Soit un sous-espace vectoriel de , et soit une forme linéaire sur telle que, pour tout , on ait . Alors il existe une forme linéaire sur prolongeant et telle que, pour tout , on ait .
Dans l’espace vectoriel , l’ensemble des couples tels que est un ensemble convexe (II, p. 18, prop. 19), et c’est évidemment un cône pointé. Soit le sous-espace de , et posons pour tout point . Alors est une forme linéaire positive pour la structure de préordre sur définie par ; en effet, si , on a , donc . D’autre part, soit ; montrons que est majoré par un point de pour le préordre défini par : en effet, dire qu’un point est tel que signifie que l’on a , et prenant , on voit que le point de répond à la question. On peut donc appliquer la prop. 1 de II, p. 22, et il y a une forme linéaire sur prolongeant et positive pour le préordre défini par . On a donc et par suite est de la forme , où est une forme linéaire sur prolongeant ; en outre, pour tout et tout , on a , donc .
C.Q.F.D.
Corollaire 1
Soient* une semi-norme sur un espace vectoriel , un sous-espace vectoriel de , une forme linéaire sur telle que pour tout . Alors il existe une forme linéaire sur , prolongeant , et telle que pour tout .
Pour une semi-norme et une forme linéaire sur , les relations et sont équivalentes. Le corollaire résulte donc du th. 1.
Corollaire 2
Soient* un espace vectoriel, un point de , une semi-norme sur ; il existe une forme linéaire définie dans , telle que et que pour tout .
On applique le cor. 1 au sous-espace vectoriel engendré par et à la forme linéaire définie dans .
Corollaire 3
Soient E un espace normé, V un sous-espace vectoriel de E, f une forme linéaire continue dans V ; il existe une forme linéaire continue h définie dans E, prolongeant f, et de même norme (TG, X, p. 23).
On applique le cor. 1 en prenant , ce qui donne ; d’autre part, on a évidemment , d’où le corollaire.
La conclusion du cor. 3 ne s’étend pas aux applications linéaires continues d’un espace normé dans un espace normé quelconque (IV, p. 55, exerc. 16, c) et V, p. 64, exerc. 22).
Exercices
See the exercises for § 3.