Bourbaki

§ 1. Dualité

1. Topologies compatibles avec une dualité

Dans ce numéro, on note E et F deux espaces vectoriels mis en dualité par une forme bilinéaire B (II, p. 43). On rappelle (II, p. 44) qu’on a défini deux applications linéaires

dB:F→E∗,sB:E→F∗ d_B : F \to E^*, \quad s_B : E \to F^*

caractérisées par la relation

(1)

B(x,y)=⟨x,dB(y)⟩=⟨y,sB(x)⟩ B(x, y) = \langle x, d_B(y) \rangle = \langle y, s_B(x) \rangle

pour x∈E, y∈Fx \in E,\ y \in F.

Définition 1

On dit qu’une topologie localement convexe T\mathscr{T} sur E est compatible avec la dualité entre E et F si dBd_B est une bijection de F sur le dual de l’espace localement convexe obtenu en munissant E de T\mathscr{T}.

S’il existe une telle topologie T\mathscr{T}, l’application dBd_B est injective, c’est-à-dire que la dualité entre E et F est séparante en F (II, p. 44).

Proposition 1

(i) Les parties convexes fermées dans E sont les mêmes pour toutes les topologies localement convexes sur E compatibles avec la dualité entre E et F.

(ii) Les parties bornées de E sont les mêmes pour toutes les topologies localement convexes sur E compatibles avec la dualité entre E et F.

Soit T\mathscr{T} une topologie sur E compatible avec la dualité entre E et F, donc plus fine que σ(E,F)\sigma(E, F). Si une partie convexe de E est fermée pour T\mathscr{T}, elle est intersection de demi-espaces réels fermés (II, p. 41, cor. 1), donc fermée pour σ(E,F)\sigma(E, F). Ceci prouve (i). L’assertion (ii) a été démontrée au cor. 3 de III, p. 28.

Notons FσF_\sigma l’espace vectoriel FF muni de la topologie faible σ(F,E)\sigma(F, E). Alors l’application linéaire sBs_B applique EE sur le dual (Fσ)′(F_\sigma)' de FσF_\sigma (II, p. 46, prop. 3). Soit S\mathscr{S} un ensemble de parties bornées de FσF_\sigma. Par abus de langage, on appelle S-topologie sur E\mathscr{S}\text{-topologie sur } E l’image réciproque par sBs_B de la S-topologie sur (Fσ)′\mathscr{S}\text{-topologie sur } (F_\sigma)'. Elle est définie par la famille des semi-normes

pA(x)=sup⁡y∈A∣B(x,y)∣, p_A(x) = \sup_{y \in A} |B(x, y)| ,

où AA parcourt S\mathscr{S}. En particulier, lorsque S\mathscr{S} est l’ensemble des parties finies de FF, la S-topologie\mathscr{S}\text{-topologie} n’est autre que la topologie faible σ(E,F)\sigma(E, F).

Définition 2

Soient* EE et FF deux espaces en dualité. On appelle topologie de Mackey sur EE, et l’on note τ(E,F)\tau(E, F), la S-topologie sur E\mathscr{S}\text{-topologie sur } E, où S\mathscr{S} est l’ensemble des parties de FF dont l’image dans E∗E^* (par dBd_B) est convexe, équilibrée et compacte pour σ(E∗,E)\sigma(E^*, E).

Lorsque la dualité entre EE et FF est séparante en FF, dBd_B est injective et la topologie σ(F,E)\sigma(F, E) sur FF est image réciproque par dBd_B de la topologie σ(E∗,E)\sigma(E^*, E) sur E∗E^*. Dans ce cas, S\mathscr{S} se compose des parties de FF qui sont convexes, équilibrées et compactes pour σ(F,E)\sigma(F, E).

En général, si F1=dB(F)⊂E∗F_1 = d_B(F) \subset E^*, et si l’on désigne par (x,y1)↦B1(x,y1)(x, y_1) \mapsto B_1(x, y_1) la restriction de la forme bilinéaire canonique (x,x∗)↦⟨x,x∗⟩(x, x^*) \mapsto \langle x, x^* \rangle à E×F1E \times F_1, EE et F1F_1 sont mis en dualité par B1B_1, et cette dualité est séparante en F1F_1; comme on a par définition B(x,y)=B1(x,dB(y))B(x, y) = B_1(x, d_B(y)), la déf. 2 montre que τ(E,F)=τ(E,F1)\tau(E, F) = \tau(E, F_1).

Remarque 1. — Soit AA une partie convexe compacte d’un espace localement convexe séparé GG, et soit A~\tilde{A} l’enveloppe fermée convexe équilibrée de AA. Lorsque le corps KK est égal à R\mathbf{R}, l’ensemble A~\tilde{A} est l’enveloppe fermée convexe de A∪(−A)A \cup (-A); lorsque KK est égal à C\mathbf{C}, l’ensemble A~\tilde{A} est contenu dans l’enveloppe fermée convexe de 2A∪(−2A)∪(2iA)∪(−2iA)2A \cup (-2A) \cup (2iA) \cup (-2iA). Par suite (II, p. 14, prop. 15), A~\tilde{A} est compact.

On en déduit en particulier que, lorsque la dualité entre EE et FF est séparante en FF, la topologie de Mackey τ(E,F)\tau(E, F) est aussi la S′-topologie\mathscr{S}'\text{-topologie}, où S′\mathscr{S}' est l’ensemble des parties convexes de FF qui sont compactes pour σ(F,E)\sigma(F, E).

On définit de manière analogue la topologie de Mackey τ(F,E)\tau(F, E) sur FF.

Théorème 1 (Mackey)

Soient* EE et FF deux espaces en dualité ; on suppose la dualité séparante en FF. Pour qu’une topologie localement convexe T\mathscr{T} sur EE soit compatible avec la dualité entre EE et FF, il faut et il suffit que T\mathscr{T} soit plus fine que la topologie σ(E,F)\sigma(E, F) et moins fine que la topologie de Mackey τ(E,F)\tau(E, F).

Identifions FF à son image par dBd_B dans E∗E^*. Notons S0\mathscr{S}_0 l’ensemble des parties de FF qui sont convexes, équilibrées et compactes pour σ(F,E)\sigma(F, E). Par définition, τ(E,F)\tau(E, F) est la S0\mathscr{S}_0-topologie sur EE, donc est plus fine que σ(E,F)\sigma(E, F).

Lemme 1. — Le sous-espace FF de E∗E^* se compose des formes linéaires sur EE continues pour τ(E,F)\tau(E, F).

Tout élément de F est une application continue pour σ(E,F)\sigma(E, F), donc pour τ(E,F)\tau(E, F).

Réciproquement, soit f∈E∗f \in E^* continue pour τ(E,F)\tau(E, F). Il existe un voisinage U de 0 dans E (pour τ(E,F)\tau(E, F)), tel que ∣f∣≤1|f| \leq 1 sur U ; on peut supposer qu’il existe un ensemble A∈S0A \in \mathscr{S}_0 tel que U=A∘U = A^\circ. Autrement dit, ff appartient au bipolaire A∘∘A^{\circ\circ} de A pour la dualité entre E∗E^* et E. Or la topologie σ(F,E)\sigma(F, E) sur F est induite par σ(E∗,E)\sigma(E^*, E); par suite, A est convexe, équilibré et compact pour σ(E∗,E)\sigma(E^*, E), et le th. des bipolaires (II, p. 48, th. 1) entraîne l’égalité A=A∘∘A = A^{\circ\circ}. On a donc f∈Ff \in F, d’où le lemme 1.

Lemme 2

Soit T\mathscr{T} une topologie localement convexe sur E telle que toute forme linéaire sur E continue pour T\mathscr{T} appartienne à F. Alors T\mathscr{T} est moins fine que τ(E,F)\tau(E, F).

Soit U\mathscr{U} l’ensemble des voisinages convexes et équilibrés de 0 pour T\mathscr{T}. Soit S\mathscr{S} l’ensemble des polaires dans F des éléments de U\mathscr{U}. On a S⊂S0\mathscr{S} \subset \mathscr{S}_0 d’après le cor. 2 de III, p. 17, et, d’après le cor. 1 de la prop. 7 de III, p. 19, T\mathscr{T} est identique à la S′\mathscr{S}'-topologie, où S′\mathscr{S}' est l’ensemble des polaires des ensembles de U\mathscr{U} dans le dual E′E' de E. Mais on a par hypothèse E′⊂FE' \subset F, donc tout ensemble de S′\mathscr{S}' est contenu dans un ensemble de S\mathscr{S}; d’où le lemme 2.

Soit T\mathscr{T} une topologie sur E compatible avec la dualité entre E et F. Alors T\mathscr{T} est moins fine que τ(E,F)\tau(E, F) d’après le lemme 2, et il est évident que T\mathscr{T} est plus fine que σ(E,F)\sigma(E, F). Réciproquement, F est le dual de E pour la topologie τ(E,F)\tau(E, F) (lemme 1) et pour la topologie σ(E,F)\sigma(E, F) (II, p. 46, prop. 3), donc aussi pour toute topologie intermédiaire entre τ(E,F)\tau(E, F) et σ(E,F)\sigma(E, F).

Corollaire

Soit p une semi-norme sur E. Les conditions suivantes sont équivalentes :

(i) pp est continue pour la topologie τ(E,F)\tau(E, F); (ii) toute forme linéaire ff sur E, telle que ∣f∣≤p|f| \leq p, provient d’un élément de F.

(i) ⇒\Rightarrow (ii) : si pp est continue pour τ(E,F)\tau(E, F), toute forme linéaire ff sur E telle que ∣f∣≤p|f| \leq p est continue pour τ(E,F)\tau(E, F), donc provient d’un élément de F d’après le lemme 1.

(ii) ⇒\Rightarrow (i) : soit T\mathscr{T} la topologie sur E définie par la semi-norme pp. Si la condition (ii) est satisfaite, les formes linéaires sur E continues pour T\mathscr{T} appartiennent à F. D’après le lemme 2, T\mathscr{T} est moins fine que τ(E,F)\tau(E, F), donc pp est continue pour τ(E,F)\tau(E, F).

Remarque 2

\* Soient K une partie convexe de F compacte pour la topologie faible σ(F,E)\sigma(F, E) et μ\mu une mesure positive sur K. Posons

p(x)=∫K∣B(x,y)∣ dμ(y) p(x) = \int_K |\mathbf{B}(x, y)|\, d\mu(y)

pour tout x∈Ex \in E. Il est immédiat que pp est une semi-norme. De plus, pour tout x∈Ex \in E, la relation « ∣B(x,y)∣≤1|\mathbf{B}(x, y)| \leq 1 pour tout y∈Ky \in K » entraîne p(x)≤μ(K)p(x) \leq \mu(K). Ceci prouve que la semi-norme pp sur E est continue pour la topologie de Mackey τ(E,F)\tau(E, F). \

Exemple

Soient G un espace localement convexe et G′G' son dual. Sur G′G', la topologie faible σ(G′,G)\sigma(G', G) et la topologie de la convergence convexe compacte (III, p. 14) sont compatibles avec la dualité entre G' et G. En général, la topologie forte et la topologie de la convergence compacte sur G' ne sont pas compatibles avec la dualité entre G' et G. Rappelons cependant que lorsque G est séparé et quasi-complet, la topologie de la convergence compacte sur G' coïncide avec celle de la convergence convexe compacte (III, p. 8), donc est compatible avec la dualité entre G' et G.

Définition 3

Soient E et F deux espaces vectoriels en dualité. On note β(E,F)\beta(E, F) la S\mathscr{S}-topologie, où S\mathscr{S} est l’ensemble des parties de F qui sont bornées pour σ(F,E)\sigma(F, E).

On définit de manière symétrique la topologie β(F,E)\beta(F, E) sur F. On montre facilement que la topologie β(E,F)\beta(E, F) est identique à β(E,F/E∘)\beta(E, F/E^\circ), ce qui permet de se ramener au cas où la dualité entre E et F est séparante en F.

Remarque 3

Notons EσE_\sigma l’espace E muni de la topologie σ(E,F)\sigma(E, F). Les tonneaux (III, p. 24) dans EσE_\sigma sont les parties de E qui sont convexes, équilibrées, fermées pour σ(E,F)\sigma(E, F) et absorbantes. Ce ne sont autres que les polaires des parties de F qui sont convexes, équilibrées et bornées pour σ(F,E)\sigma(F, E). Par suite, l’ensemble des tonneaux dans EσE_\sigma est un système fondamental de voisinages de 0 pour la topologie β(E,F)\beta(E, F) dans E. Autrement dit, une semi-norme sur E est continue pour β(E,F)\beta(E, F) si et seulement si elle est semi-continue inférieurement pour σ(E,F)\sigma(E, F) (cf. III, p. 24, prop. 1).

Remarque 4

Soit T\mathscr{T} une topologie sur E compatible avec la dualité entre E et F. D’après la prop. 1, (ii) de IV, p. 1, la topologie β(F,E)\beta(F, E) sur F n’est autre que la topologie forte sur F identifié au dual de E (muni de T\mathscr{T}).

Remarque 5

La topologie β(E,F)\beta(E, F) sur E est plus fine que τ(E,F)\tau(E, F). Elle n’est pas en général compatible avec la dualité entre E et F (cf. cependant § 2). En particulier, une partie de E bornée pour σ(E,F)\sigma(E, F) n’est pas nécessairement bornée pour β(E,F)\beta(E, F).

2. Topologie de Mackey et topologie affaiblie sur un espace localement convexe

Soient E un espace localement convexe, et E' son dual. On met E et E' en dualité au moyen de la forme bilinéaire canonique (x,x′)↦⟨x,x′⟩(x, x') \mapsto \langle x, x' \rangle sur E×E′E \times E'. Cette dualité est séparante en E'. Sur E, nous disposons de trois topologies compatibles avec la dualité entre E et E' :

a) la topologie donnée sur E, qu’on appellera topologie initiale lorsqu’on voudra éviter les confusions ; b) la topologie σ(E,E′)\sigma(E, E'), dite topologie affaiblie sur E ; c) la topologie τ(E,E′)\tau(E, E'), dite topologie de Mackey sur E. La topologie initiale est plus fine que la topologie affaiblie et moins fine que la topologie de Mackey ; ces trois topologies peuvent d’ailleurs être distinctes (IV, p. 49, exerc. 8).

D’après la prop. 1 de IV, p. 1, ces trois topologies ont les mêmes ensembles convexes fermés, les mêmes tonneaux, les mêmes ensembles bornés et les mêmes bornologies adaptées. En particulier :

Proposition 2

Soit E un espace localement convexe, et soit A une partie convexe de E (par exemple, un sous-espace vectoriel de E). L’adhérence de A est la même pour la topologie initiale et pour la topologie affaiblie de E.

Remarque 1

Pour qu’une famille (xi)i∈I(x_i)_{i\in I} d’éléments de EE soit totale (resp. topologiquement libre) pour la topologie initiale, il faut et il suffit qu’elle le soit pour la topologie affaiblie ; cela résulte de la prop. 2. On peut donc appliquer les critères de II, p. 46.

Remarque 2

Soient T1\mathscr{T}_1 et T2\mathscr{T}_2 deux topologies localement convexes sur EE, compatibles avec la dualité entre EE et E′E', T1\mathscr{T}_1 étant plus fine que T2\mathscr{T}_2. Alors tout voisinage de 0 pour T1\mathscr{T}_1 qui est convexe et fermé pour T1\mathscr{T}_1 est fermé pour T2\mathscr{T}_2 d’après la prop. 1 de IV, p. 1. Par suite (TG, II, p. 16, corollaire), toute partie de EE qui est complète pour T2\mathscr{T}_2 l’est aussi pour T1\mathscr{T}_1.

En particulier, toute partie de EE complète pour la topologie affaiblie l’est pour la topologie initiale, toute partie de EE complète pour la topologie initiale l’est pour la topologie de Mackey. Si EE est quasi-complet pour la topologie affaiblie, il l’est pour toute topologie compatible avec la dualité entre EE et E′E'. S’il est quasi-complet pour la topologie initiale, il l’est pour la topologie de Mackey.

Remarque 3

Supposons EE séparé (pour la topologie initiale). Soit AA une partie de EE, bornée et fermée pour σ(E,E′)\sigma(E, E'), donc aussi pour toute topologie compatible avec la dualité entre EE et E′E'. Comme AA est précompacte pour σ(E,E′)\sigma(E, E') (III, p. 3, Remarque 5), il revient au même de supposer que AA est complète ou compacte pour σ(E,E′)\sigma(E, E').

Compte tenu de la remarque 2, on voit donc que :

Proposition 3

Supposons* EE séparé, et soit E′E' son dual. Toute partie de EE qui est précompacte pour la topologie initiale, et compacte pour σ(E,E′)\sigma(E, E'), est compacte pour la topologie initiale.

Remarque 4

La topologie β(E,E′)\beta(E, E') (IV, p. 4, déf. 3) est plus fine que la topologie de Mackey. Si β(E,E′)\beta(E, E') est distincte de τ(E,E′)\tau(E, E'), elle n’est pas compatible avec la dualité entre EE et E′E'. L’espace EE est tonnelé si et seulement si la topologie initiale est égale à β(E,E′)\beta(E, E') (III, p. 24).

Proposition 4

Soit* EE un espace localement convexe. La topologie de Mackey sur EE est identique à la topologie initiale dans chacun des cas suivants : a) EE est tonnelé ; b) EE est bornologique ; c) EE est métrisable.

Remarquons d’abord que la topologie de Mackey de EE est identique à la topologie initiale si et seulement si toute partie convexe de E′E', compacte pour σ(E′,E)\sigma(E', E), est équicontinue. C’est certainement le cas si EE est tonnelé (III, p. 24, corollaire).

Supposons EE bornologique, et soit VV un voisinage convexe et équilibré de 0 dans EE pour la topologie τ(E,E′)\tau(E, E'). Soit BB une partie de EE bornée pour la topologie initiale. Comme BB est bornée pour la topologie de Mackey, VV absorbe BB, et comme EE est bornologique, VV est un voisinage de 0 pour la topologie initiale.

Dans le cas c), l’espace EE est bornologique (III, p. 12, prop. 2).

3. Transposée d’une application linéaire continue

Dans ce numéro, on note E1E_1 et E2E_2 deux espaces localement convexes, ayant respectivement pour duals E1′E'_1 et E2′E'_2.

Soit uu une application linéaire de E1E_1 dans E2E_2. Pour que uu soit continue lorsqu’on munit E1E_1 et E2E_2 des topologies affaiblies, il faut et il suffit que f∘uf \circ u appartienne à E1′E'_1 pour toute f∈E2′f \in E'_2; c’est le cas si uu est continue. On appelle alors transposée de uu, et l’on note tu^t u, l’application linéaire f↦f∘uf \mapsto f \circ u de E2′E'_2 dans E1′E'_1.

Proposition 5

Soit uu une application linéaire continue de E1E_1 dans E2E_2.

(i) Si E1E_1 et E2E_2 sont séparés, pour que uu soit injective, il faut et il suffit que l’image de tu^t u soit dense dans E1′E'_1 muni de la topologie faible σ(E1′,E1)\sigma(E'_1, E_1).

(ii) Pour que tu^t u soit injective, il faut et il suffit que l’image de uu soit dense dans E2E_2.

Un sous-espace vectoriel de E2E_2 est dense pour la topologie initiale si et seulement s’il l’est pour la topologie affaiblie (IV, p. 4, prop. 2). La prop. 5 résulte alors de II, p. 51, cor. 2.

Proposition 6

Soit uu une application linéaire de E1E_1 dans E2E_2, continue pour les topologies affaiblies. Pour i=1,2i = 1, 2, soit Si\mathscr{S}_i un ensemble de parties bornées de EiE_i. Pour que tu^t u soit une application continue de (E2′)S2(E'_2)_{\mathscr{S}_2} dans (E1′)S1(E'_1)_{\mathscr{S}_1}, il faut et il suffit que, pour tout ensemble A∈S1A \in \mathscr{S}_1, il existe des ensembles A1,...,AnA_1, ..., A_n dans S2\mathscr{S}_2 et un nombre réel λ>0\lambda > 0 tels que λ.u(A)\lambda . u(A) soit contenu dans l’enveloppe fermée convexe équilibrée de A1∪...∪AnA_1 \cup ... \cup A_n^1.

C’est une conséquence immédiate de la prop. 2 de III, p. 15.

Corollaire

Soit uu une application linéaire continue de E1E_1 dans E2E_2. Alors tu^t u est continue lorsqu’on munit les duals Ei′E'_i des topologies suivantes :* a) les topologies faibles σ(Ei′,Ei)\sigma(E'_i, E_i); b) les topologies fortes β(Ei′,Ei)\beta(E'_i, E_i); c) les topologies de Mackey τ(Ei′,Ei)\tau(E'_i, E_i); d) les topologies de la convergence précompacte. En outre, lorsque E2E_2 est séparé, tu^t u est continue lorsqu’on munit les duals Ei′E'_i: e) des topologies de la convergence compacte (resp. compacte convexe).

Le seul point qui demande une démonstration est le cas c), lorsque les topologies de E1E_1 et E2E_2 ne sont pas nécessairement séparées. Alors pour toute forme linéaire f∈E1′∗f \in E'_1*, f∘tuf \circ ^t u est une forme linéaire sur E2′E'_2; donc il y a une application linéaire v:E1′∗→E2′∗v : E'_1* \to E'_2*, continue pour les topologies σ(E1′∗,E1′)\sigma(E'_1*, E'_1) et σ(E2′∗,E2′)\sigma(E'_2*, E'_2) et telle que dB2∘u=v∘dB1d_{B_2} \circ u = v \circ d_{B_1}, où dBid_{B_i} est l’application canonique de EiE_i dans Ei′∗E'_i* (i=1,2i = 1, 2). Par suite, si AA est une partie de E1E_1 telle que dB1(A)d_{B_1}(A) soit convexe, équilibrée et compacte pour σ(E1′∗,E1′)\sigma(E'_1*, E'_1), dB2(u(A))=v(dB1(A))d_{B_2}(u(A)) = v(d_{B_1}(A)) est convexe, équilibrée et compacte pour σ(E2′∗,E2′)\sigma(E'_2*, E'_2), les topologies σ(E1′∗,E1′)\sigma(E'_1*, E'_1) et σ(E2′∗,E2′)\sigma(E'_2*, E'_2) étant séparées.

^1 Autrement dit, u(S1)u(\mathscr{S}_1) est contenu dans la plus petite bornologie adaptée contenant S2\mathscr{S}_2 (III, p. 3).

Proposition 7

Soit u:E1→E2u : E_1 \to E_2 une application linéaire. On suppose que uu est continue pour les topologies affaiblies de E1E_1 et E2E_2.

(i) L’application uu est continue si l’on munit E1E_1 et E2E_2 de leurs topologies de Mackey.

(ii) Si E1E_1 est bornologique ou tonnelé, uu est continue pour les topologies initiales de E1E_1 et E2E_2.

(iii) Pour que uu soit continue pour les topologies initiales de E1E_1 et E2E_2, il faut et il suffit que l’image par ′u'u de toute partie équicontinue de E2′E_2' soit équicontinue dans E1′E_1'.

L’hypothèse entraîne que ′u'u est continue pour les topologies faibles σ(E2′,E2)\sigma(E_2', E_2) et σ(E1′,E1)\sigma(E_1', E_1) (II, p. 50, corollaire); donc l’image par ′u'u d’une partie convexe, équilibrée et compacte pour σ(E2′,E2)\sigma(E_2', E_2) est convexe, équilibrée et compacte pour σ(E1′,E1)\sigma(E_1', E_1), les topologies σ(E2′,E2)\sigma(E_2', E_2) et σ(E1′,E1)\sigma(E_1', E_1) étant séparées. L’assertion (i) résulte alors de TG, X, p. 5, prop. 3, b). L’assertion (ii) est conséquence de (i): en effet, si E1E_1 est bornologique ou tonnelé, sa topologie initiale est celle de Mackey, et la topologie de Mackey de E2E_2 est de toute façon plus fine que la topologie initiale de E2E_2. Enfin, la topologie initiale de EiE_i est celle de la convergence uniforme dans les parties équicontinues de Ei′E_i' (III, p. 19, cor. 1 de la prop. 7), d’où (iii).

Corollaire

Supposons que E1E_1 soit un espace normé. Soit uu une application linéaire de E1E_1 dans E2E_2. Les propriétés suivantes sont équivalentes:

a) uu est continue; b) uu est continue pour les topologies affaiblies; c) l’image par uu de la boule unité dans E1E_1 est bornée dans E2E_2; d) pour toute suite (xn)(x_n) de points de E1E_1 tendant vers 0 pour la topologie initiale, la suite (u(xn))(u(x_n)) est bornée pour la topologie affaiblie de E2E_2.

Comme E1E_1 est bornologique, l’équivalence de a) et b) résulte de la prop. 7. Celle de a) et c) est immédiate. L’équivalence de a) et d) résulte de la prop. 1 de IV, p. 1 et de la prop. 1 de III, p. 11.

Proposition 8

(i) Soit EE un espace normé, de dual E′E'. Pour tout x∈Ex \in E, on a

∥x∥=sup⁡x′∈E′,∥x′∥≤1∣⟨x,x′⟩∣. \|x\| = \sup_{x' \in E', \|x'\| \leq 1} |\langle x, x' \rangle|.
(ii) Soient E1E_1 et E2E_2 deux espaces normés et uu une application linéaire continue de E1E_1 dans E2E_2. On a
∥u′∥=∥u∥. \|u'\| = \|u\|.
Soit x∈Ex \in E. Pour tout x′∈E′x' \in E' tel que ∥x′∥≤1\|x'\| \leq 1, on a
∣⟨x,x′⟩∣≤∥x∥⋅∥x′∥≤∥x∥. |\langle x, x' \rangle| \leq \|x\| \cdot \|x'\| \leq \|x\|.
D’après le th. de Hahn-Banach (II, p. 24, cor. 2), il existe un élément x′x' de E′E' tel que ∥x′∥≤1\|x'\| \leq 1 et ⟨x,x′⟩=∥x∥\langle x, x' \rangle = \|x\|. Ceci prouve (i).

Prouvons (ii). D’après la formule (3) et la définition de la transposée, on a

∥u′∥=sup⁡∥y′∥≤1∥u′(y′)∥=sup⁡∥y′∥≤1,∥x∥≤1∣⟨x,u′(y′)⟩∣=sup⁡∥x∥≤1,∥y′∥≤1∣⟨u(x),y′⟩∣=sup⁡∥x∥≤1∥u(x)∥=∥u∥. \|u'\| = \sup_{\|y'\| \leq 1} \|u'(y')\| = \sup_{\|y'\| \leq 1, \|x\| \leq 1} |\langle x, u'(y') \rangle| = \sup_{\|x\| \leq 1, \|y'\| \leq 1} |\langle u(x), y' \rangle| = \sup_{\|x\| \leq 1} \|u(x)\| = \|u\|.

Remarque 1

La formule (3) est le cas particulier de (4) correspondant à l’application linéaire λ↦λx\lambda \mapsto \lambda x de K dans E.

Remarque 2

Posons B(x,y′)=⟨u(x),y′⟩=⟨x,′u(y′)⟩B(x, y') = \langle u(x), y' \rangle = \langle x, 'u(y') \rangle pour x∈E1, y′∈E2′x \in E_1,\ y' \in E'_2. La démonstration précédente montre que B est une forme bilinéaire continue sur E1×E2′E_1 \times E'_2, de norme (TG, X, p. 23) égale à ∥u∥\|u\|.

Corollaire

Soit E un espace normé de type dénombrable. Il existe une partie dénombrable D de E′−{0}E' - \{0\} telle que l’on ait

(5)

∥x∥=sup⁡ξ∈D∣⟨x,ξ⟩∣/∥ξ∥ \|x\| = \sup_{\xi \in D} |\langle x, \xi \rangle| / \|\xi\|
pour tout x∈Ex \in E.

Soit B′B' la boule unité du dual E′E' de E, munie de la topologie faible σ(E′,E)\sigma(E', E). C’est un espace compact métrisable (III, p. 19, cor. 2); il existe donc une partie dénombrable dense D′D' de B′B'. Posons D=D′∩(E′−{0})D = D' \cap (E' - \{0\}). Soit x∈Ex \in E; l’application x′↦⟨x,x′⟩x' \mapsto \langle x, x' \rangle de B′B' dans K est continue, d’où

sup⁡x′∈B′∣⟨x,x′⟩∣=sup⁡ξ∈D′∣⟨x,ξ⟩∣≤sup⁡ξ∈D∣⟨x,ξ⟩∣/∥ξ∥≤∥x∥. \sup_{x' \in B'} |\langle x, x' \rangle| = \sup_{\xi \in D'} |\langle x, \xi \rangle| \leq \sup_{\xi \in D} |\langle x, \xi \rangle| / \|\xi\| \leq \|x\|.
La formule (5) résulte alors de (3).

4. Dual d’un espace quotient et d’un sous-espace

Dans tout ce numéro, on note E un espace localement convexe, M un sous-espace vectoriel de E, et M∘M^\circ l’orthogonal de M dans le dual E′E' de E. On note pp l’application canonique de E sur E/ME/M; alors ′p'p est injective, d’image M∘M^\circ, donc définit un isomorphisme d’espaces vectoriels (non topologiques)

π:(E/M)′→M∘. \pi : (E/M)' \to M^\circ .

De même, soit ii l’injection canonique de M dans E. Alors ′i'i est surjective (II, p. 26, prop. 2); son noyau est égal à M∘M^\circ, d’où un isomorphisme d’espaces vectoriels (non topologiques)

i:E′/M∘→M′. i : E'/M^\circ \to M'.

Proposition 9

(i) Pour qu’une partie A de (E/M)′(E/M)' soit équicontinue, il faut et il suffit que π(A)\pi(A) soit une partie équicontinue de E′E'. (ii) Soient S\mathfrak{S} un ensemble de parties bornées de E, et S1\mathfrak{S}_1 l’ensemble des images dans E/ME/M des parties A∈SA \in \mathfrak{S}. Alors π\pi est un isomorphisme de (E/M)S1′(E/M)'_{\mathfrak{S}_1} sur M∘M^\circ muni de la topologie induite par celle de ES′E'_{\mathfrak{S}}. (iii) Supposons E normé. Alors π\pi est une isométrie de l’espace normé (E/M)′(E/M)' sur le sous-espace normé M∘M^\circ de E′E'.

Soient A une partie de (E/M)′(E/M)' et B=′p(A)⊂E′B = 'p(A) \subset E'. Posons

q(ξ)=sup⁡ξ′∈A∣⟨ξ,ξ′⟩∣ q(\xi) = \sup_{\xi' \in A} |\langle \xi, \xi' \rangle|

pour tout ξ∈E/M\xi \in E/M. Pour que A soit équicontinue, il faut et il suffit que l’application q de E/M dans R‾+\overline{\mathbf{R}}_+ soit une semi-norme continue. Ceci signifie que q∘pq \circ p est une semi-norme continue sur E (II, p. 29, prop. 5, (ii)). Comme on a

(q∘p)(x)=sup⁡x′∈B∣⟨x,x′⟩∣ (q \circ p)(x) = \sup_{x' \in B} |\langle x, x' \rangle|

pour tout x∈Ex \in E, ceci signifie encore que B est équicontinu dans E′E', d’où (i).

Soient A∈SA \in \mathscr{S} et ff une forme linéaire continue sur E/M. Pour tout λ∈R+\lambda \in \mathbf{R}_+, on a ∣f∣≤λ|f| \leq \lambda sur p(A)p(A) si et seulement si l’on a ∣′p(f)∣≤λ|'p(f)| \leq \lambda sur A ; d’où (ii).

Prouvons enfin (iii). Soit y′y' dans (E/M)′(E/M)'. Pour qu’un élément de E/M soit de norme < 1, il faut et il suffit qu’il soit l’image par p d’un élément de norme < 1 dans E. On a donc

∥y′∥=sup⁡y∈E/M,∥y∥<1∣⟨y,y′⟩∣=sup⁡x∈E,∥x∥<1∣⟨p(x),y′⟩∣=sup⁡x∈E,∥x∥<1∣⟨x,′p(y′)⟩∣=∥′p(y′)∥, \begin{align*} \|y'\| &= \sup_{y \in E/M, \|y\| < 1} |\langle y, y' \rangle| = \sup_{x \in E, \|x\| < 1} |\langle p(x), y' \rangle| \\ &= \sup_{x \in E, \|x\| < 1} |\langle x, 'p(y') \rangle| = \|'p(y')\|, \end{align*}

et ′p'p induit une isométrie de (E/M)′(E/M)' sur M∘M^\circ.

Proposition 10

(i) Pour qu’une partie A de M’ soit équicontinue, il faut et il suffit qu’elle soit l’image par ′i'i d’une partie équicontinue de E’.

(ii) Supposons M fermé dans E. Soit S\mathscr{S} un recouvrement de E formé de parties bornées et soit S1\mathscr{S}_1 l’ensemble des parties de M de la forme M∩AM \cap A pour A dans S\mathscr{S}. L’application linéaire bijective ii de ES′/M∘E'_\mathscr{S}/M^\circ sur MS1′M'_{\mathscr{S}_1} est continue. C’est un homéomorphisme si S\mathscr{S} est filtrant pour la relation ⊂\subset et se compose d’ensembles convexes fermés et compacts pour σ(E,E′)\sigma(E, E').

(iii) Supposons E normé. Alors ii est une isométrie de E′/M∘E'/M^\circ sur M′M'.

L’image par ′i'i d’une partie équicontinue de E′E' est une partie équicontinue de M′M' (IV, p. 47, prop. 7). Réciproquement, soit A une partie équicontinue de M′M'. La topologie de M est définie par l’ensemble des restrictions à M des semi-normes continues sur E. Il existe donc une semi-norme continue p sur E telle que ∣f(x)∣≤p(x)|f(x)| \leq p(x) pour f∈Af \in A et x∈Mx \in M. Soit B l’ensemble des formes linéaires g sur E, telles que ∣g∣≤p|g| \leq p et dont la restriction à M appartient à A. L’ensemble B est équicontinu dans E′E'; d’après le th. de Hahn-Banach (II, p. 24, cor. 1), on a ′i(B)=A'i(B) = A, d’où (i).

Prouvons (ii). D’après la prop. 6 de IV, p. 6, l’application linéaire ′i'i de ES′E'_\mathscr{S} dans MS1′M'_{\mathscr{S}_1} est continue, et définit donc par passage au quotient une application linéaire continue ii de ES′/M∘E'_\mathscr{S}/M^\circ sur MS1′M'_{\mathscr{S}_1}. Soit T\mathscr{T} la topologie sur M′M' obtenue en transportant celle de ES′/M∘E'_\mathscr{S}/M^\circ par ii; elle est plus fine que la S1\mathscr{S}_1-topologie.

Supposons maintenant que S\mathscr{S} soit filtrant pour ⊂\subset et se compose d’ensembles convexes, équilibrés, fermés et compacts pour σ(E,E′)\sigma(E, E'). Pour montrer que ii est un homéomorphisme, c’est-à-dire que T\mathscr{T} est moins fine que la S1\mathscr{S}_1-topologie sur M′M', il suffit de prouver que T\mathscr{T} est compatible avec la dualité entre M′M' et M et que tout ensemble équicontinu dans M (considéré comme dual de M′M' muni de T\mathscr{T}) est contenu dans l’homothétique d’un ensemble appartenant à S1\mathscr{S}_1. Comme T\mathscr{T} est plus fine que la S1\mathscr{S}_1-topologie et que S1\mathscr{S}_1 est un recouvrement de MM, la forme linéaire y′↦⟨y,y′⟩y' \mapsto \langle y, y' \rangle sur M′M' est continue pour T\mathscr{T} quel que soit y∈My \in M. Soit ff une forme linéaire sur M′M', continue pour T\mathscr{T}; alors f∘′if \circ 'i est une forme linéaire continue sur ES′E'_\mathscr{S}. La S\mathscr{S}-topologie sur E′E' est moins fine que la topologie de Mackey τ(E′,E)\tau(E', E); en effet, l’application dB:E→E′∗d_B : E \to {E'}^* est continue pour les topologies σ(E,E′)\sigma(E, E') et σ(E′∗,E′)\sigma({E'}^*, E'), et comme cette dernière est séparée, l’image par dBd_B d’un ensemble compact pour σ(E,E′)\sigma(E, E') est compacte pour σ(E′∗,E′)\sigma({E'}^*, E'). D’après le lemme 1 de IV, p. 2, il existe x0∈Ex_0 \in E tel que f(′i(x′))=⟨x0,x′⟩f('i(x')) = \langle x_0, x' \rangle pour tout x′∈E′x' \in E'. En particulier, on a ⟨x0,x′⟩=0\langle x_0, x' \rangle = 0 pour tout x′∈M∘x' \in M^\circ, et comme MM est fermé dans EE, on a donc x0∈Mx_0 \in M (II, p. 48, cor. 2), et finalement f(y′)=⟨x0,y′⟩f(y') = \langle x_0, y' \rangle pour tout y′∈M′y' \in M', ce qui prouve que T\mathscr{T} est compatible avec la dualité entre MM et M′M'.

Soit maintenant AA une partie de MM équicontinue pour la topologie T\mathscr{T} sur M′M'. Par définition de T\mathscr{T}, et en vertu de l’hypothèse que S\mathscr{S} est filtrant, cela signifie qu’il existe un ensemble B∈SB \in \mathscr{S} contenant 00 et tel que la borne supérieure λ\lambda des nombres ∣⟨y,x′⟩∣|\langle y, x' \rangle|, pour y∈Ay \in A et x′∈B∘x' \in B^\circ, soit finie (III, p. 19, prop. 7). Comme BB est fermé dans EE, le th. des bipolaires (II, p. 48, th. 1) montre que l’on a A⊂λ(B∩M)A \subset \lambda(B \cap M), ce qui achève de prouver (ii).

Prouvons (iii). Soit y′∈M′y' \in M'. Il s’agit d’établir la formule

∥y′∥=inf⁡′i(x′)=y′∥x′∥. \|y'\| = \inf_{'i(x') = y'} \|x'\|.
D’après la prop. 8, (ii) de IV, p. 7, on a ∥′i∥=∥i∥\|'i\| = \|i\|, d’où ∥′i∥≤1\|'i\| \leq 1, et donc
∥y′∥≤inf⁡′i(x′)=y′∥x′∥. \|y'\| \leq \inf_{'i(x') = y'} \|x'\|.
D’après le th. de Hahn-Banach (II, p. 25, cor. 3), il existe une forme linéaire x0′x'_0 sur EE, prolongeant y′y' et de même norme, d’où l’inégalité opposée à (7) puisque ′i(x0′)=y′'i(x'_0) = y'.

Remarque

On sait (II, p. 51, prop. 7, (ii)) que ii est un isomorphisme d’espaces vectoriels topologiques de Es′/M∘E'_s/M^\circ sur Ms′M'_s (duals faibles). En ce qui concerne la topologie de la convergence convexe compacte, la prop. 10 montre que ii est un isomorphisme de Ecc′/M∘E'_{cc}/M^\circ sur Mcc′M'_{cc} lorsque EE est séparé et MM fermé dans EE. Pour les topologies fortes, ii est une application continue de Eb′/M∘E'_b/M^\circ sur Mb′M'_b; c’est un isomorphisme si EE est un espace de Banach \* ou si EE est semi-réflexif et MM fermé dans EE (IV, p. 15) *, mais il n’en est pas toujours ainsi si EE est un espace de Fréchet (IV, p. 58, exerc. 5, c)).

Proposition 11

(i) La topologie affaiblie sur E/ME/M est quotient de celle de EE; la topologie affaiblie sur MM est induite par celle de EE. (ii) La topologie de Mackey sur E/ME/M est quotient de celle de EE; la topologie de Mackey de MM est plus fine que la topologie induite par τ(E,E′)\tau(E, E').

L’assertion (i) résulte de la prop. 7 de II, p. 51.

L’injection canonique i:M→Ei : M \to E est continue pour les topologies affaiblies, donc pour les topologies de Mackey τ(M,M′)\tau(M, M') et τ(E,E′)\tau(E, E') (IV, p. 7, prop. 7). De même, la projection canonique p:E→E/Mp : E \to E/M est continue pour les topologies de Mackey. On voit aussitôt que la topologie quotient sur E/ME/M de τ(E,E′)\tau(E, E') est compatible avec la dualité entre E/ME/M et (E/M)′(E/M)', donc est moins fine que la topologie de Mackey de E/ME/M d’après le th. de Mackey (IV, p. 2, th. 1). Ceci prouve (ii).

5. Dual d’une somme directe, d’un produit

Pour tout i∈Ii \in I, soit (Ei,Fi)(E_i, F_i) un couple d’espaces vectoriels mis en dualité par une forme bilinéaire BiB_i. On pose E=∏i∈IEiE = \prod_{i \in I} E_i et F=⨁i∈IFiF = \bigoplus_{i \in I} F_i, et l’on identifie chaque FiF_i à un sous-espace de FF. On met EE et FF en dualité au moyen de la forme bilinéaire

B(x,y)=∑i∈IBi(xi,yi)pourx=(xi)ety=(yi) B(x, y) = \sum_{i \in I} B_i(x_i, y_i) \quad \text{pour} \quad x = (x_i) \quad \text{et} \quad y = (y_i)

(la famille (Bi(xi,yi))i∈I(B_i(x_i, y_i))_{i \in I} est à support fini).

On rappelle (II, p. 53, prop. 8) que la topologie faible σ(E,F)\sigma(E, F) est produit des topologies faibles σ(Ei,Fi)\sigma(E_i, F_i).

Lemme 3

(i) Pour tout i∈Ii \in I, soit Si\mathscr{S}_i un ensemble de parties de FiF_i, bornées pour σ(Fi,Ei)\sigma(F_i, E_i); posons S=⋃i∈ISi\mathscr{S} = \bigcup_{i \in I} \mathscr{S}_i. Alors la S\mathscr{S}-topologie sur EE est produit des Si\mathscr{S}_i-topologies sur les EiE_i.

(ii) Pour tout i∈Ii \in I, soit Ji\mathfrak{J}_i une bornologie adaptée sur l’espace EiE_i muni de la topologie faible σ(Ei,Fi)\sigma(E_i, F_i), non réduite à {∅}\{\emptyset\}. Soit J\mathfrak{J} l’ensemble des parties AA de E=∏i∈IEiE = \prod_{i \in I} E_i telles que pr⁡i(A)∈Ji\operatorname{pr}_i(A) \in \mathfrak{J}_i pour tout i∈Ii \in I. Alors la J\mathfrak{J}-topologie sur FF est somme directe des Ji\mathfrak{J}_i-topologies sur les FiF_i.

Soit T\mathscr{T} le produit des Si\mathscr{S}_i-topologies. Un système fondamental de voisinages de 0 pour T\mathscr{T} est formé des ensembles de la forme A=∏i∈JAi∘×∏i∈I−JEiA = \prod_{i \in J} A_i^\circ \times \prod_{i \in I - J} E_i, où J⊂IJ \subset I est fini et Ai∈SiA_i \in \mathscr{S}_i pour tout i∈Ji \in J. On a A=(⋃i∈JAi)∘A = (\bigcup_{i \in J} A_i)^\circ, donc T\mathscr{T} est identique à la S\mathscr{S}-topologie.

Ceci prouve (i).

Munissons FF de la J\mathfrak{J}-topologie et chaque FiF_i de la Ji\mathfrak{J}_i-topologie. Pour toute partie AA de EE, on a Fi∩A∘=pr⁡i(A)∘F_i \cap A^\circ = \operatorname{pr}_i(A)^\circ, donc l’injection de FiF_i dans FF est continue. Soit qq une semi-norme sur FF; on suppose que la restriction qiq_i de qq à FiF_i est continue pour tout i∈Ii \in I. On peut donc trouver des parties non vides Ai∈JiA_i \in \mathfrak{J}_i telles que l’on ait

qi(yi)≤sup⁡xi∈Ai∣Bi(xi,yi)∣(yi∈Fi). q_i(y_i) \leq \sup_{x_i \in A_i} |B_i(x_i, y_i)| \quad (y_i \in F_i) .

Posons A=∏i∈IAiA = \prod_{i \in I} A_i, d’où A∈JA \in \mathfrak{J}. Pour y=(yi)i∈Iy = (y_i)_{i \in I} dans FF, on a alors

q(y)≤∑i∈Iqi(yi)≤∑i∈Isup⁡xi∈Ai∣Bi(xi,yi)∣=sup⁡x∈A∣B(x,y)∣, q(y) \leq \sum_{i \in I} q_i(y_i) \leq \sum_{i \in I} \sup_{x_i \in A_i} |B_i(x_i, y_i)| = \sup_{x \in A} |B(x, y)| ,

où la dernière égalité résulte de (8) puisque la famille (yi)i∈I(y_i)_{i \in I} est à support fini et les AiA_i sont non vides et peuvent être supposées équilibrées (TG, IV, p. 26, cor. 2). Cette inégalité prouve que qq est continue sur FF, d’où (ii).

Proposition 12

La topologie β(F,E)\beta(F, E) est somme directe des topologies β(Fi,Ei)\beta(F_i, E_i). La topologie β(E,F)\beta(E, F) est produit des topologies β(Ei,Fi)\beta(E_i, F_i).

Nous appliquerons le lemme 3 en prenant pour Si\mathscr{S}_i l’ensemble de toutes les parties de FiF_i bornées pour σ(Fi,Ei)\sigma(F_i, E_i) et pour Ji\mathfrak{J}_i l’ensemble de toutes les parties de EiE_i bornées pour σ(Ei,Fi)\sigma(E_i, F_i).

D’après le cor. 2 de III, p. 4, J\mathfrak{J} est l’ensemble de toutes les parties de EE bornées pour la topologie produit des σ(Ei,Fi)\sigma(E_i, F_i), identique à σ(E,F)\sigma(E, F). D’où l’assertion sur β(F,E)\beta(F, E).

Munissons F=⨁i∈IFiF = \bigoplus_{i \in I} F_i de la topologie T\mathscr{T} somme directe des σ(Fi,Ei)\sigma(F_i, E_i). Le dual de FF se compose alors des formes linéaires y↦B(x,y)y \mapsto B(x, y) pour xx parcourant EE (II, p. 32, prop. 6). D’après la prop. 1 de IV, p. 1, les topologies T\mathscr{T} et σ(F,E)\sigma(F, E) ont les mêmes ensembles bornés. Supposons d’abord les topologies σ(Fi,Ei)\sigma(F_i, E_i) séparées. D’après la prop. 5 de III, p. 5, ces ensembles sont ceux contenus dans une partie de la forme ∑i∈JBi\sum_{i \in J} B_i avec J⊂IJ \subset I fini et BiB_i borné dans FiF_i (pour σ(Fi,Ei)\sigma(F_i, E_i)) quel que soit i∈Ji \in J. Comme ∑i∈JBi\sum_{i \in J} B_i est contenue dans l’enveloppe convexe de ⋃i∈JnBi\bigcup_{i \in J} nB_i, où n=Card(J)n = \mathrm{Card}(J), on peut appliquer le lemme 3, d’où l’assertion sur β(E,F)\beta(E, F) dans ce cas.

Dans le cas général, soit NiN_i l’intersection des voisinages de 0 pour σ(Fi,Ei)\sigma(F_i, E_i), et soit N=∑i∈INiN = \sum_{i \in I} N_i, de sorte que F/NF/N est somme directe topologique des Fi/NiF_i/N_i (II, p. 33, prop. 8) ; on en déduit que toute partie bornée de FF pour T\mathscr{T} est contenue dans un ensemble de la forme N+∑i∈JBiN + \sum_{i \in J} B_i avec J⊂IJ \subset I fini et BiB_i borné dans FiF_i pour tout i∈Ji \in J (III, p. 2, Remarque 3) ; comme le polaire de cet ensemble dans EE est le même que celui de ∑i∈JBi\sum_{i \in J} B_i, on conclut comme ci-dessus.

Proposition 13

La topologie de Mackey* τ(F,E)\tau(F, E) est somme directe des topologies de Mackey τ(Fi,Ei)\tau(F_i, E_i). La topologie τ(E,F)\tau(E, F) est produit des topologies τ(Ei,Fi)\tau(E_i, F_i).

L’assertion sur τ(F,E)\tau(F, E) résulte du lemme 3 (ii) et de la propriété suivante : pour qu’une partie convexe, équilibrée, et fermée de F∗=∏i∈IFi∗F^* = \prod_{i \in I} F_i^* soit compacte pour σ(F∗,F)\sigma(F^*, F), il faut et il suffit que sa projection sur chaque Fi∗F_i^* soit compacte pour σ(Fi∗,Fi)\sigma(F_i^*, F_i).

Pour prouver l’assertion sur τ(E,F)\tau(E, F), supposons d’abord les topologies σ(Fi,Ei)\sigma(F_i, E_i) séparées ; il suffit (lemme 3 (i)) de prouver que toute partie AA de FF qui est convexe, équilibrée et compacte pour σ(F,E)\sigma(F, E) est contenue dans un ensemble de la forme ∑i∈JAi\sum_{i \in J} A_i où J⊂IJ \subset I est fini et où AiA_i est convexe, équilibrée et compacte pour σ(Fi,Ei)\sigma(F_i, E_i). Or une telle partie AA est bornée pour σ(F,E)\sigma(F, E). D’après la démonstration de la prop. 12, il existe donc une partie finie JJ de II telle que A⊂∑i∈JFiA \subset \sum_{i \in J} F_i, et il suffit de prendre pour AiA_i la projection de AA sur FiF_i.

Dans le cas général, en conservant les notations de la preuve de la prop. 12, on a τ(Ei,Fi)=τ(Ei,Fi/Ni)\tau(E_i, F_i) = \tau(E_i, F_i/N_i) et τ(E,F)=τ(E,F/N)\tau(E, F) = \tau(E, F/N) (IV, p. 2), et comme F/NF/N est somme directe topologique des Fi/NiF_i/N_i, on est ramené au cas précédent.

C.Q.F.D.

Dans la fin de ce paragraphe, on suppose que (Ei)i∈I(E_i)_{i \in I} est une famille d’espaces localement convexes. On note S la somme directe topologique des E_i et P leur produit. On définit une application linéaire θ:S′→∏i∈IEi′\theta : S' \to \prod_{i \in I} E'_i, dite canonique, par

θ(x′)=(x′∣Ei)i∈I(x′∈S′) \theta(x') = (x'|E_i)_{i \in I} \quad (x' \in S')
(on a noté S' le dual de S, et E'_i celui de E_i).

Proposition 14

(i) L’application θ\theta est un isomorphisme du dual fort (resp. faible) de S=⨁i∈IEiS = \bigoplus_{i \in I} E_i sur le produit des duals forts (resp. faibles) des EiE_i. (ii) Pour qu’une partie A de S' soit équicontinue, il faut et il suffit que la projection de θ(A)\theta(A) sur Ei′E'_i soit équicontinue pour tout i∈Ii \in I. (iii) La topologie de Mackey τ(S,S′)\tau(S, S') est somme directe des topologies de Mackey τ(Ei,Ei′)\tau(E_i, E'_i). (iv) *La topologie β(S,S′)\beta(S, S') est somme directe des topologies β(Ei,Ei′)\beta(E_i, E'_i).

Que θ\theta soit bijectif résulte aussitôt de la définition d’une somme directe topologique (II, p. 32, prop. 6). L’assertion (i) résulte alors de la prop. 12 de IV, p. 11, pour les topologies fortes et de la prop. 8 de II, p. 53, pour les topologies faibles. De même (iii) résulte de la prop. 13 (IV, p. 12) et (iv) de la prop. 12 (IV, p. 11).

Prouvons (ii). Soit A une partie de S'. Posons

q(x)=sup⁡x′∈A∣⟨x,x′⟩∣pour x∈S; q(x) = \sup_{x' \in A} |\langle x, x' \rangle| \quad \text{pour } x \in S;
notons qiq_i la restriction de qq à EiE_i, d’où
qi(xi)=sup⁡xi′∈Ai∣⟨xi,xi′⟩∣pour xi∈Ei, q_i(x_i) = \sup_{x'_i \in A_i} |\langle x_i, x'_i \rangle| \quad \text{pour } x_i \in E_i,
en notant AiA_i la projection de θ(A)\theta(A) sur Ei′E'_i. Pour que A soit équicontinue, il faut et il suffit que qq soit finie (c’est-à-dire chaque qiq_i finie) et qq continue. Vu la caractérisation des semi-normes continues sur une somme directe topologique (II, p. 29, prop. 5), il revient au même de supposer chaque qiq_i continue, ou encore que chaque ensemble AiA_i est équicontinu.

C.Q.F.D.

Soit φ\varphi l’application linéaire, dite canonique, de ⨁i∈IEi′\bigoplus_{i \in I} E'_i dans le dual P′P' de P=∏i∈IEiP = \prod_{i \in I} E_i définie par la formule

⟨x,φ(x′)⟩=∑i∈I⟨xi,xi′⟩ \langle x, \varphi(x') \rangle = \sum_{i \in I} \langle x_i, x'_i \rangle
pour x=(xi)x = (x_i) dans PP et x′=(xi′)x' = (x'_i) dans ⨁i∈IEi′\bigoplus_{i \in I} E'_i.

Proposition 15

(i) L’application φ\varphi est un isomorphisme de la somme directe topologique des duals forts des EiE_i sur le dual fort de P=∏i∈IEiP = \prod_{i \in I} E_i. (ii) *Pour qu’une partie A de P′P' soit équicontinue, il faut et il suffit qu’elle soit contenue dans une somme finie ∑i∈Jφ(Ai)\sum_{i \in J} \varphi(A_i), où J⊂IJ \subset I est fini et AiA_i est équicontinu dans Ei′E'_i pour tout i∈Ji \in J.

(iii) La topologie de Mackey τ(P,P′)\tau(P, P') est produit des topologies τ(Ei,Ei′)\tau(E_i, E'_i). (iv) La topologie β(P,P′)\beta(P, P') est produit des topologies β(Ei,Ei′)\beta(E_i, E'_i).

Il est immédiat que φ\varphi est injective. Un système fondamental de voisinages de 0 dans PP est formé des ensembles de la forme V=∏i∈JVi×∏i∈I−JEiV = \prod_{i \in J} V_i \times \prod_{i \in I - J} E_i, où J⊂IJ \subset I est fini et ViV_i un voisinage de 0 dans EiE_i pour ii dans JJ. Le polaire de VV dans P′P' est égal à ∑i∈Jφ(Vi0)\sum_{i \in J} \varphi(V_i^0).

Ceci démontre à la fois la surjectivité de φ\varphi et l’assertion (ii).

Les assertions (i) et (iv) résultent alors de la prop. 12 (IV, p. 11) et (iii) de la prop. 13 (IV, p. 12).

Corollaire

Tout produit d’espaces tonnelés est tonnelé*.

Un espace localement convexe EE est tonnelé si et seulement si sa topologie initiale est identique à β(E,E′)\beta(E, E') (IV, p. 4, Remarque 3). Il suffit alors d’appliquer la prop. 15, (iv).

Exercices

See the exercises for § 1.

Transcribed from the printed volume. Not translated.