§ 4. Quelques classes d'opérateurs dans les espaces hilbertiens
Dans tout ce paragraphe, on note l'application identique d'un espace hilbertien E. Le composé de deux applications linéaires sera noté le plus souvent ou .
1. Adjoint
Proposition 1
Soient* E et F deux espaces hilbertiens. Pour toute application , il existe une unique application telle que l'on ait
quels que soient et . L’application de dans est bijective, isométrique et semi-linéaire (par rapport à l’automorphisme de ).
Soit l’espace des formes sesquilinéaires continues sur , muni de la norme
On définit de manière analogue l’espace . On a défini (V, p. 16, cor. 2) un isomorphisme d’espaces de Banach de sur , noté et caractérisé par
On définit de manière analogue un isomorphisme de sur . Enfin, on définit une application de sur par
Elle est bijective, semi-linéaire et isométrique. Or la formule (1) se traduit par , d’où aussitôt la prop. 1. C.Q.F.D.
Définition 1
Soient et deux espaces hilbertiens. Pour toute application linéaire continue , on appelle adjoint de et l’on note l’application linéaire continue de dans caractérisée par la formule (1).
On a
dans ces formules, et appartiennent à , appartient à , et à où est un espace hilbertien. Les formules (5) et (6) expriment que est semi-linéaire. La formule (8) est évidente. Pour prouver (7), on prend le conjugué des deux membres de (1), d’où , ce qui prouve que est l’adjoint de . Enfin, avec les notations de (9), on a, pour tout
donc est l’adjoint de .
Soit une application linéaire bijective et continue donc bicontinue (I, p. 19, cor. 1). De (8) et (9), on déduit aussitôt que est bijective et bicontinue et que l’on a
Proposition 2
Pour tout , on a
On a d’après la prop. 1, d’où . D’autre part, on a
d’où . Remplaçant par , on en déduit , d’où (11) puisque l’on a .
Soient et des espaces hilbertiens, et pour chaque entier compris entre 1 et , soit une application linéaire continue de dans . On a alors
Notons en effet l’application linéaire continue de
et l’application linéaire continue de dans . Il s’agit de prouver l’égalité pour et . Par linéarité et continuité, on se ramène au cas où et sont de la forme suivante
avec et pour . Compte tenu de la définition du produit scalaire dans un produit tensoriel (V, p. 27, formule (6)), on a alors
ce qui prouve notre assertion.
Soient et des espaces hilbertiens, et un entier positif. Si l’on fait dans la formule (12), on obtient le résultat que l’application linéaire continue de dans est l’adjoint de l’application linéaire continue de dans . Les formules
s’établissent de manière analogue à la formule (12), compte tenu de la définition du produit scalaire dans (V, p. 30, formule (15)) et dans (V, p. 34, formule (26)).
Remarque 1
Supposons l’espace hilbertien non réduit à 0. Identifions à par l’application ; autrement dit, le vecteur de est identifié à l’application de dans . Alors l’adjoint de est l’application donnée par . Autrement dit, est l’application semi-linéaire canonique de sur son dual (V, p.15).
De même, identifions le nombre à l’endomorphisme de E. Alors n’est autre que le conjugué de .
Avec ces identifications, on peut définir un produit où chaque est, soit un nombre dans K, soit un vecteur dans E, soit une forme linéaire appartenant à , soit un élément de , pourvu qu’il n’y ait jamais deux facteurs consécutifs et de l’un des types suivants :
• où sont tous deux dans E, ou tous deux dans ; • ou avec , et .
On a les règles de calcul suivantes : a) associativité ; b) tout élément de K commute à tous les autres facteurs ; c) on a ; autrement dit, l’adjoint d’un produit est le produit des adjoints pris dans l’ordre opposé. On a aussi .
Par exemple, soient dans E et A dans . Alors représente le produit scalaire et représente le produit scalaire . On a également , d’où , ce qui s’interprète en
conformément à la définition de l’adjoint. On remarquera que est l’endomorphisme de E, car s’interprète par l’associativité comme , c’est-à-dire .
A la suite de Dirac , il est d’usage dans la plupart des ouvrages de Physique Mathématique de représenter les éléments de E par des symboles tels que , ceux de par . Le produit scalaire s’écrit et la première règle d’interdiction dans les produits exclut les combinaisons de signes et , par exemple .
Proposition 3
Soient E et F deux espaces hilbertiens et . Les conditions suivantes sont équivalentes :
(i) est un isomorphisme d’espaces vectoriels topologiques, d’inverse égal à ; (ii) est surjectif et ; (iii) est injectif et ; (iv) est un isomorphisme d’espaces normés ; (v) est un isomorphisme d’espaces hilbertiens.
La condition (i) signifie que l’on a et . L’équivalence de (i), (ii) et (iii) résulte alors de E, II, p. 18, prop. 8. On a déjà noté l’équivalence de (iv) et (v) (V, p. 5). Enfin, la relation équivaut à , c’est-à-dire à pour dans E, et entraîne évidemment que est injectif ; ceci prouve l’équivalence de (ii) et (v).
On appelle aussi opérateur unitaire dans E tout automorphisme de l’espace hilbertien E, autrement dit, tout satisfaisant à .
Remarque 2
La relation ne caractérise pas les automorphismes de l’espace hilbertien E. Par exemple, soit et soit défini par pour et . On a pour tout , c’est-à-dire , mais n’est pas surjectif.
Remarque 3
La définition (1) de l’adjoint s’écrit encore , ou, d’après V, p. 15,
Voir P. A. M. DIRAC, Quantum mechanics, Oxford University Press, New York, 1935.
Mais on a aussi , d'où l'expression de l'adjoint à l'aide du transposé
2. Applications linéaires partiellement isométriques
Définition 2
Soient E et F deux espaces hilbertiens et . On appelle sous-espace initial de u l'orthogonal du noyau de u dans E et sous-espace final de u l'adhérence de l'image de u dans F. On appelle orthoprojecteur initial (resp. final) de u l'orthoprojecteur de E (resp. F) sur le sous-espace initial (resp. final) de u.
Soit P le sous-espace initial de u. Comme E est somme directe de P et du noyau de u, on a .
Proposition 4
(i) Le sous-espace initial (resp. final) de est égal au sous-espace final (resp. initial) de u.
(ii) Supposons que l'on ait E = F. Soient M un sous-espace vectoriel fermé de E et son orthogonal. Les relations et sont équivalentes.
Soit Q = le sous-espace final de u. L'orthogonal Q de Q dans F se compose des vecteurs y tels que l'on ait pour tout ; ceci équivaut à pour tout , donc à . On a donc Q = Ker , donc Q est le sous-espace initial de . Comme u est l'adjoint de , le sous-espace final de est aussi le sous-espace initial de u. D'où (i).
La relation signifie que est orthogonal à , et la relation que est orthogonal à M. Or on a pour et , d'où (ii).
On peut aussi ramener la prop. 4 aux propriétés générales des transposées (II, p. 51, cor. 2) à l'aide de la remarque 3 de V, p. 40.
Définition 3
Soient E et F deux espaces hilbertiens. On dit qu'une application est partiellement isométrique si l'on a pour tout x appartenant au sous-espace initial de u.
Soit de noyau N et d'image I. Dire que u est partiellement isométrique revient à dire que l'application linéaire déduite de u est isométrique (V, p. 13). Alors le sous-espace I de F est complet, donc fermé, et c'est le sous-espace final de u. Par suite, u induit un isomorphisme d'espaces hilbertiens du sous-espace initial de u sur son sous-espace final.
Proposition 5
Soit de sous-espace initial P et de sous-espace final Q. On note p (resp. q) l'orthoprojecteur initial (resp. final) de u. Supposons u partiellement isométrique.
(i) L'application est partiellement isométrique, de sous-espace initial Q et de sous-espace final P. L'isomorphisme de P sur Q induit par u est alors réciproque de l'isomorphisme de Q sur P induit par .
(ii) On a et .
Compte tenu de la prop. 4 (i), l’assertion (i) est une conséquence de (ii).
Prouvons (ii). Comme P contient l’image de , l’application applique E dans P. Soient et ; on a
Si appartient à P, on a par définition d’une application partiellement isométrique ; si appartient au noyau N de , on a , d’où et car N et P sont orthogonaux. Comme on a , on a dans tous les cas donc est l’orthoprojecteur de E sur P. La démonstration de s’en déduit en échangeant et .
Proposition 6
Pour tout* , les conditions suivantes sont équivalentes :
(i) u est partiellement isométrique ; (ii) est partiellement isométrique ; (iii) est un orthoprojecteur ; (iv) est un orthoprojecteur ; (v) ; (vi) .
D’après la prop. 5, (i) équivaut à (ii).
(i) (v) : Supposons partiellement isométrique. Alors est l’orthoprojecteur initial de d’après la prop. 5. Pour tout , appartient donc au noyau de , d’où .
(v) (iii) : Supposons que l’on ait , et posons ; on a et . Soit M (resp. N) l’image (resp. le noyau) de . Pour et , on a . Comme M et N sont orthogonaux, est l’orthoprojecteur de E sur M.
(iii) (i) : Supposons que soit un orthoprojecteur, d’image M et de noyau N. Pour tout , on a
On a donc pour et pour , donc est partiellement isométrique de noyau N et de sous-espace initial M.
On a donc prouvé l’équivalence de (i), (iii) et (v). Remplaçant par , on en déduit celle des conditions (ii), (iv) et (vi). D’où la prop. 6.
3. Endomorphismes normaux
Définition 4
Soient* E un espace hilbertien et . On dit que u est normal s’il commute à son adjoint .
Par exemple, tout automorphisme de l’espace hilbertien E est normal puisque l’on a .
Proposition 7
Pour que soit normal, il faut et il suffit que l’on ait pour tout .
Définissons une forme hermitienne sur par
Pour que soit normal, il faut et il suffit que l’on ait . D’après les formules de polarisation (V, p. 2), ceci équivaut à pour tout , d’où la proposition car on a
Proposition 8
Supposons que soit normal. Soient le noyau de et l’orthogonal de dans ; soient et deux entiers positifs tels que . Alors est le noyau de et est à la fois le sous-espace initial et le sous-espace final de . En particulier, est à la fois le sous-espace initial et le sous-espace final de et de , et il est stable par et .
La prop. 7 montre que et ont même noyau . D’après la prop. 4, (ii) de V, p. 41, le sous-espace de est stable par et puisqu’il en est ainsi de ; comme on a , les endomorphismes de induits par et sont injectifs. Posons ; ce qui précède montre que la restriction de à (resp. ) est injective (resp. nulle), donc est le noyau de . Par suite, est le sous-espace initial de . D’après la prop. 4, (i) de V, p. 41, le sous-espace final de est égal au sous-espace initial de . Mais on a et le sous-espace initial de est donc égal à d’après ce qui précède.
Corollaire
Soit . Les sous-espaces suivants de sont égaux :
a) le sous-espace propre de relatif à ; b) le sous-espace propre de relatif à ; c) le sous-espace primaire de relatif à (autrement dit, d’après LIE, VII, § 1, no 1, l’ensemble des vecteurs de pour lesquels il existe un entier tel que ); d) le sous-espace primaire de relatif à .
Il est clair que est un endomorphisme normal de , donc les endomorphismes et de ont le même noyau d’après la prop. 8.
4. Endomorphismes hermitiens
Définition 5
Soient un espace hilbertien et . On dit que est hermitien si l’on a .
On note l’ensemble des éléments hermitiens de ; c’est un sous-espace vectoriel de l’espace vectoriel sur déduit de par restriction des scalaires.
A tout , on a associé (V, p. 16, cor. 2) la forme sesquilinéaire sur . On a
par suite, est hermitien si et seulement si la forme est hermitienne. Lorsque , il revient au même de supposer que est réel pour tout (V, p. 2, Remarque).
Soit . On a vu (V, p. 16, cor. 2) que la norme de se calcule par la formule
Lorsque est hermitien, on a le résultat suivant :
Proposition 9
Pour tout endomorphisme hermitien de , on a
Posons et , d'où évidemment . Soient dans tels que . On a
d'où
par ailleurs, on a pour tout , d'où
Soit ; il existe un nombre complexe de valeur absolue 1 tel que . Remplaçant par dans l'inégalité précédente, on obtient . D'après (15), on a donc , d'où la prop. 9. C.Q.F.D.
Tout endomorphisme hermitien est évidemment normal. Réciproquement :
Proposition 10
On suppose . Soit . Il existe alors un couple d'endomorphismes hermitiens de , et un seul, tel que . Pour que soit normal, il faut et il suffit que et commutent.
En effet, la relation « » équivaut à
De plus, on a alors , d'où la prop. 10.
Proposition 11
Soit . Pour que soit l'orthoprojecteur de sur un sous-espace vectoriel fermé de , il faut et il suffit que l'on ait .
Alors E est somme directe topologique de M et N. Pour que p soit un orthoprojecteur, il faut et il suffit que M soit orthogonal à N, c'est-à-dire que l'on ait il faut et il suffit que M soit orthogonal à N, c'est-à-dire que l'on ait quels que soient x, y dans E. Cette dernière relation équivaut à . Elle entraîne ; réciproquement si , on a .
5. Endomorphismes positifs
Définition 6
Soient E un espace hilbertien et . On dit que u est positif, ce que l'on note , si u est hermitien et si l'on a pour tout .
Lorsque K est égal à C, la relation
On note l'ensemble des éléments positifs de ; c'est un cône convexe pointé saillant de l'espace vectoriel réel sous-jacent à . Pour que u soit positif, il faut et il suffit que la forme sesquilinéaire sur associée à u soit hermitienne positive. Étant donnés u et v dans , la relation se note encore ou ; c'est une relation d'ordre sur compatible avec sa structure d'espace vectoriel réel.
Proposition 12
Soit u un élément hermitien (resp. positif) de et soit v une application linéaire continue de E dans un espace hilbertien F. Alors est un élément hermitien (resp. positif) de .
On a en effet . D'autre part, si , on a
La prop. 12 montre en particulier que est positif pour tout . Plus particulièrement, un orthoprojecteur p satisfait à , donc est positif.
Remarque 1
Pour tout u hermitien dans , posons , . Si E n'est pas réduit à 0, et sont finis ; de plus, est le plus petit nombre réel tel que et le plus grand nombre réel tel que . On a évidemment et . Il est clair que l'on a
\* Pour une autre démonstration de cette formule lorsque K = C, voir la prop. 14 de TS, I, § 6, no 8. \
Remarque 2
Soient M et N deux sous-espaces vectoriels fermés de E, et (resp. ) l’orthoprojecteur de E sur M (resp. N). On a si et seulement si . En effet, on a d’où
pour tout . La relation équivaut donc à « pour tout ». Si , on a d’où puisque . Réciproquement, si l’on a pour tout , le noyau de contient le noyau de , c’est-à-dire que l’on a , d’où finalement .
Proposition 13
Soit* l’ensemble des endomorphismes continus hermitiens de l’espace hilbertien E. Soit une partie non vide, filtrante croissante et majorée de .
(i) L’ensemble admet une borne supérieure dans ; *on a
(ii) Le filtre des sections de converge vers dans l’espace muni de la topologie de la convergence simple.
Soit le filtre des sections de ; pour tout , soit la forme hermitienne continue sur E définie par
Posons aussi
pour et . D’après les formules de polarisation (V, p. 2), on a
(19)
(20)
Pour tout , l’application de dans est croissante et bornée, donc admet une limite selon . D’après les formules précédentes, la limite
existe pour tout couple d’éléments de E. Il est clair que est une forme hermitienne sur E. Si et est un majorant de , les formes hermitiennes et sont positives ; il existe un nombre réel tel que , d’où
par suite, les semi-normes sont continues sur E. Comme , on en déduit que est une fonction continue sur E, et vu les formules (19) et (20) que est continue sur . Il existe donc (V, p. 16, cor. 2) un élément de tel que . La formule (18) est évidemment satisfaite, donc est la borne supérieure de dans . Ceci prouve (i).
On a par construction
(21) pour tout .
Soit ; étant donné tel que , posons . Si l’on applique l’inégalité de Cauchy-Schwarz à la forme hermitienne positive sur , on obtient
car on a en vertu de V, p. 44, prop. 9. D’après (21), on a donc pour tout , d’où l’assertion (ii). C.Q.F.D.
La prop. 13 s’applique en particulier au cas d’une suite croissante et majorée d’éléments de . Il existe alors un élément de caractérisé par
et l’on a pour tout . De plus, est la borne supérieure de l’ensemble des dans .
6. Trace d’un endomorphisme
Soient et deux espaces hilbertiens. Conformément aux conventions de V, p. 40, on note , pour dans et dans , l’application linéaire continue de dans .
Lemme 1
Il existe un isomorphisme de l’espace vectoriel sur l’espace des applications linéaires continues de rang fini de dans , caractérisé par pour .
D’après A, II, p. 77, il existe une application linéaire injective de dans et une seule qui transforme en l’application linéaire pour . On a évidemment , et l’image de est contenue dans . Par ailleurs, soit et soit une base orthonormale de l’image de dans . Posons pour . Pour tout , on a
d’où . Donc l’image de est égale à .
On suppose désormais que l’on a , et l’on pose . D’après le lemme 1, il existe une forme linéaire sur , et une seule, telle que pour ; autrement dit, on a
Lorsque est de dimension finie, on a et est la trace de l’endomorphisme de (A, II, p. 78).
Lemme 2
Soit* une base orthonormale de . *On a
pour tout .
Il suffit d’examiner le cas où avec dans . On a alors
Le lemme 2 résulte alors de la formule (22) et de la formule (3) de V, p. 22.
Lemme 3
Soient* un endomorphisme continu et positif de , et l’ensemble des orthoprojecteurs de rang fini dans . Pour toute base orthonormale de , on a (dans ) *l’égalité
Pour toute partie finie de , posons ; c’est l’orthoprojecteur de sur le sous-espace vectoriel engendré par les vecteurs pour parcourant . On a
d’où . On a , d’où
on en déduit
Soit un endomorphisme continu et positif de rang fini dans et soit . D’après le th. 2 de V, p. 23, il existe une base orthonormale de et une partie finie de telle que soit une base orthonormale de l’image de . On a donc , d’où comme plus haut la relation . On a
Appliquons cette inégalité au cas où et où J est une partie finie de I. On en déduit l’inégalité
Pour tout , on a , d’où selon l’ensemble ordonné filtrant des parties finies J de I. Passant à la limite sur J dans (23), on obtient
ce qui achève de prouver le lemme 3.
Définition 7
Soit u un endomorphisme continu et positif de l’espace hilbertien E. On pose
(borne supérieure dans ), où est l’ensemble des orthoprojecteurs de rang fini dans E. On dit que est la trace de u.
Soient l’orthoprojecteur de E sur un sous-espace vectoriel F de dimension finie de E, et soit une base orthonormale de F. On a établi la relation
où parcourt l’ensemble des suites orthonormales finies de vecteurs de E.
D’après le lemme 3 (V, p. 48), on a
pour toute base orthonormale de E. De là, on déduit
quels que soient les endomorphismes continus et positifs et de E et le nombre réel (on fait la convention dans (27)). Soit un isomorphisme de E sur un espace hilbertien F ; comme transforme toute base orthonormale de E en une base orthonormale de F, on déduit de (25) la relation
Soit une famille non vide, filtrante croissante et majorée d’endomorphismes continus et positifs de E ; posons , d’où pour tout (V, p. 46, prop. 13). On a , où J parcourt l’ensemble des parties finies de I, d’où aussitôt
Soit l’orthoprojecteur de E sur un sous-espace hilbertien F ; il existe une base orthonormale de E et une partie J de I, telles que soit une base orthonormale de F. On a . Cette formule a deux conséquences : tout d’abord, on a ; puis prenant , on obtient
Définition 8
Soit E un espace hilbertien complexe. On note le sous-espace vectoriel de engendré par l’ensemble des endomorphismes continus, positifs et de trace finie de E.
D’après la formule (25) de V, p. 49, la trace s’étend en une forme linéaire sur , notée encore Tr, et satisfaisant à la relation pour tout dans et toute base orthonormale de E. Pour tout , on a et . La formule (28) de V, p. 49 s’étend au cas où appartient à . Soit F un sous-espace hilbertien de E ; d’après la formule (30), l’orthoprojecteur appartient à si et seulement si F est de dimension finie. Quels que soient et dans E, on a et est un opérateur positif de trace finie pour tout ; par suite, si est un endomorphisme continu de rang fini de E, on a et .
Soit E un espace hilbertien réel, et soit son complexifié (V, p. 5). Identifions E à un sous-ensemble de . Alors s’identifie au sous-espace vectoriel réel de formé des applications linéaires continues de dans telles que . On posera dans ce cas . Pour tout , la trace est réelle et égale à . Les formules (25) et (28) sont encore valables, on a et pour tout . Enfin, un sous-espace vectoriel fermé F de E est de dimension finie si et seulement si appartient à .
\* Remarque 1. — Nous définirons ultérieurement la notion d’application nucléaire d’un espace de Banach E dans un espace de Banach F. On montrera alors que se compose des applications nucléaires de E dans E, que E soit un espace hilbertien réel ou complexe. \*
Proposition 14
Soient des espaces hilbertiens, , et un endomorphisme continu de pour . Si sont positifs, il en est de même de et l’on a
Si l’on a pour , on a et la formule (31) est encore valable dans ce cas.
Procédant par récurrence sur , on se ramène aussitôt au cas .
Pour , définissons une forme sesquilinéaire sur par la formule pour dans . Si et sont positifs, les formes et sont hermitiennes et positives. D’après la prop. 1 de V, p. 25, il existe une forme hermitienne positive sur l’espace vectoriel telle que
pour dans et dans . On vérifie aussitôt que l’on a la relation pour et dans . Comme est positive, on a donc pour tout dans . Comme est continu et que est dense dans l’espace hilbertien , on conclut que est un endomorphisme continu et positif de .
Soient une base orthonormale de et une base orthonormale de ; alors la famille est une base orthonormale de et l’on a donc
En particulier, si et sont des endomorphismes positifs de trace finie, il en est de même de . Par linéarité, on déduit de là que appartient à lorsque et que appartient à pour ; la formule (31) s’étend à ce cas par linéarité. Enfin, le cas où et se ramène au cas complexe par extension des scalaires.
Remarque 2
Soit un espace hilbertien, somme hilbertienne d’une famille de sous-espaces hilbertiens. Soit un élément de tel que pour tout ; soit l’élément de qui coïncide avec sur . On a alors lorsque est positif, ou appartient à : cette relation se déduit de la formule (25) de V, p. 49 appliquée à une base orthonormale de réunion de bases orthonormales de chacun des .
7. Applications de Hilbert-Schmidt
Définition 9
Soient et deux espaces hilbertiens. On appelle application de Hilbert-Schmidt de dans toute application linéaire continue telle que la trace de l’endomorphisme positif de soit finie. L’ensemble des applications de Hilbert-Schmidt de dans se note .
Lorsque , on écrit pour .
Pour tout , on pose , de sorte que appartient à si et seulement si est fini. D’après la définition de la trace, on a
où parcourt l’ensemble des suites orthonormales finies dans E. Comme on peut prendre en particulier dans la formule (32), on a
Soient une base orthonormale de E et une base orthonormale de F. D’après la formule (25) de V, p. 49 et la relation de Parseval (V, p. 22), on a
Comme on a , la formule (34) entraîne
par suite, l’adjoint d’une application de Hilbert-Schmidt est une application de Hilbert-Schmidt. Soient des espaces hilbertiens et des applications linéaires continues. De (32), on déduit aussitôt
D’après (35), (36) et la relation , on obtient
En particulier, si appartient à , alors appartient à .
Théorème 1
Soient E et F deux espaces hilbertiens.
(i) L’ensemble est un sous-espace vectoriel de et est une norme hilbertienne (V, p. 6) sur .
(ii) L’isomorphisme de sur caractérisé par se prolonge en un isomorphisme de sur . En particulier, est dense dans .
Soit (resp. ) une base orthonormale de E (resp. F). Pour tout , soit la matrice de par rapport aux bases orthonormales choisies pour E et F (V, p. 22). On note la norme d’un élément de l’espace hilbertien . D’après la formule (34), est une application de dans telle que ; il est clair que est injective. Pour prouver (i), il suffit donc de montrer que est surjective. Soit un élément de ; d’après l’inégalité de Cauchy-Schwarz, on a
quels que soient dans et dans . Il existe donc une forme sesquilinéaire continue sur telle que pour dans et dans . Soit tel que (V, p. 16, cor. 2). On a
d'où .
Comme est un isomorphisme d'espaces hilbertiens de sur et que est une base orthonormale de , il existe un isomorphisme de sur tel que
quels que soient et . En particulier pour , on trouve
d'où . Ceci prouve (ii). C.Q.F.D.
Exemple 1
Soient I et J deux ensembles. D'après la démonstration ci-dessus, pour qu'une application de dans soit de Hilbert-Schmidt, il faut et il suffit qu'il existe une matrice dans telle que l'on ait pour tout dans .
Exemple 2
\* Soient X et Y deux espaces topologiques séparés, munis respectivement de mesures positives et . On peut montrer que les applications de Hilbert-Schmidt de dans correspondent bijectivement aux classes de fonctions de carré intégrable dans : à la classe de la fonction correspond l'application donnée par
pour -presque tout et . On a
Remarque 1
Supposons . Soient et dans . On a la relation , donc appartient à . Le produit scalaire dans l'espace hilbertien est donné par
car cette formule définit une forme hermitienne sur et l'on a .
Si et , alors appartient à et à d’après ce qui précède ; en outre on a
Par linéarité et continuité, il suffit en effet de vérifier cette formule lorsque et (avec dans , dans ) ; mais alors est l’application et l’application , et (42) résulte de la formule (22) de V, p. 48.
Par suite, si sont deux éléments de , on a, dans l’espace hilbertien ,
autrement dit, est un isomorphisme de l’espace hilbertien sur le conjugué (V, p. 6) de l’espace hilbertien . Si on identifie ce conjugué au dual de (V, p. 15), on voit que s’identifie au dual de , la forme bilinéaire canonique s’identifiant à .
Remarque 2
Supposons . On laisse au lecteur le soin de vérifier que les formules (40) et (41) sont encore valables, et de montrer que s’identifie au dual de au moyen de la forme bilinéaire .
8. Diagonalisation des applications de Hilbert-Schmidt
Théorème 2
Soient et deux espaces hilbertiens et une application de Hilbert-Schmidt de dans . Il existe une base orthonormale de transformée par en une famille orthogonale dans .
On note la boule unité (fermée) de , qu’on munit de la topologie affaiblie ; c’est un espace compact (V, p. 17). On pose pour tout . Enfin, on note l’ensemble des vecteurs de satisfaisant à la propriété suivante :
(H) Pour tout orthogonal à , l’élément de est orthogonal à .
Lemme 4
La fonction est continue.
Soit une base orthonormale de . Posons pour tout . Comme appartient à , on a , d’où . Par ailleurs, on a
d’après la relation de Parseval (V, p. 22) et la définition de l’adjoint (V, p. 38). Pour tout , on a d’après l’inégalité de Cauchy-Schwarz ; par suite, la convergence de la somme dans la formule (43) est uniforme sur , d’où le lemme 4 (TG, X, p. 9).
Lemme 5
Soit un sous-espace vectoriel fermé de , stable par . Si , il existe dans un vecteur de norme 1.
Comme B est faiblement compacte, il en est de même du sous-espace faiblement fermé de B. Il existe donc (TG, IV, p. 27) un point de tel que pour tout . Si , on a d'où pour tout . On a alors , d'où le lemme 5 dans ce cas.
Supposons que l'on ait , d'où . Comme le vecteur appartient à , on a
d'où . Prouvons que appartient à ; soit donc orthogonal à . Il s'agit de prouver que est orthogonal à . Or est somme d'un vecteur de et d'un vecteur orthogonal à , tous deux orthogonaux à (car on a ) ; il suffit donc de considérer les deux cas suivants :
a) est orthogonal à : comme est stable par , on a , d'où .
b) appartient à : pour tout , le vecteur appartient à . On a avec
Vu la définition de , on a pour tout réel, donc s'annule pour . Or on a . Comme on a
on en conclut , c'est-à-dire . Lorsque , est donc orthogonal à ; lorsque , le vecteur appartient à et est orthogonal à , d'où , et finalement est orthogonal à . Ceci prouve le lemme 5.
Prouvons le th. 2. Par application du th. 1 de E, III, p. 35, on voit comme dans V, p. 23, qu'il existe un ensemble S maximal parmi les parties orthonormales de E contenues dans P. Soit l'ensemble des vecteurs de E orthogonaux à S. Soit ; si , les vecteurs et sont orthogonaux, et comme on a , on en déduit que et sont orthogonaux ; on a donc
et est orthogonal à S. Donc est stable par . Si l'on avait , il existerait dans un vecteur de norme 1 (lemme 5) et serait une partie orthonormale de E, contenue dans P. Ceci contredit le caractère maximal de S. On a donc et S est une base orthonormale de E.
Corollaire 1
Soit v un endomorphisme continu, positif et de trace finie de l’espace hilbertien E. Il existe une base orthonormale de E et une famille sommable de nombres réels positifs telles que pour tout .
Posons pour dans E. Alors est une forme hermitienne positive sur E. Il existe donc (V, p. 8, corollaire) un espace hilbertien F et une application linéaire continue de E dans F tels que pour dans E. Autrement dit, on a . En vertu de la déf. 9 (V, p. 51), est une application de Hilbert-Schmidt de E dans F. D’après le th. 2, il existe une base orthonormale de E telle que les vecteurs soient deux à deux orthogonaux. Soit ; pour tout dans I, on a donc
Corollaire 2
Soit E un espace hilbertien. On a .
Le cas réel se ramenant au cas complexe par extension des scalaires, nous pouvons supposer que l’on a .
Comme est un sous-espace vectoriel de , il suffit de prouver que tout endomorphisme continu et positif de trace finie de E appartient à . Avec les notations du cor. 1, on a
Corollaire 3
Soit v un endomorphisme continu, positif et de trace finie de l’espace hilbertien E. Il existe un endomorphisme de Hilbert-Schmidt positif w de E tel que et que commute à .
Avec les notations du cor. 1, il suffit de considérer l’endomorphisme qui transforme le vecteur en le vecteur .
Remarque
Avec les notations du th. 2, soit J l’ensemble des tels que . Pour tout , posons et . Alors (resp. ) est une base orthonormale du sous-espace initial (resp. final) de , on a pour tout et est fini.
9. Trace d’une forme quadratique par rapport à une autre
Dans ce numéro, on note E un espace vectoriel réel et Q, H deux formes quadratiques positives sur E. Il existe deux formes bilinéaires symétriques et sur , caractérisées par
On appelle trace de Q par rapport à H, et l’on note Tr(Q/H) le nombre réel positif, fini ou non, défini comme suit :
a) S’il existe avec et , on pose .
b) Dans le cas contraire, est la borne supérieure de l’ensemble des nombres de la forme , où parcourt l’ensemble des suites finies d’éléments de E telles que (symbole de Kronecker).
Remarque 1
Pour tout sous-espace F de E, notons la restriction de Q à F et celle de H. On a et est la borne supérieure de l’ensemble des nombres où F parcourt l’ensemble des sous-espaces vectoriels de dimension finie de E.
Remarque 2
Soient un espace vectoriel réel, et deux formes quadratiques positives sur et une application linéaire surjective. Si et , on a .
Proposition 15
On suppose qu’il existe une structure d’espace hilbertien réel sur E telle que* pour tout . Pour que soit fini, il faut et il suffit qu’il existe un endomorphisme continu et positif u de trace finie de E, tel que l’on ait pour tout ; cet endomorphisme u est unique, et l’on a
pour toute base orthonormale de E.
Supposons que soit fini. Pour tout de norme 1, on a , d’où . On a donc pour tout , d’où
d’après l’inégalité de Cauchy-Schwarz. Par suite, la forme bilinéaire sur est continue. Il existe donc (V, p. 16, cor. 2) une application telle que . On a pour dans , donc est hermitien ; on a , donc est positif.
Réciproquement, soit un endomorphisme continu et positif de tel que pour tout . On a
d’où l’unicité de . D’après la formule (24 bis) (V, p. 49), on a
où parcourt l’ensemble des suites orthonormales finies d’éléments de E. On a donc d’après la définition de . Enfin, pour toute base orthonormale de E, on a d’après la formule (25) de V, p. 49, d’où .
C.Q.F.D.
Remarque 3
Soient E et F deux espaces hilbertiens et v une application linéaire, non nécessairement continue, de E dans F. Posons H(x) = \|x\|^2 et Q(x) = \|v(x)\|^2 pour tout x \in E. Il résulte de la prop. 15 que v est de Hilbert-Schmidt si et seulement si Tr(Q/H) est fini, et l’on a alors Tr(Q/H) = \|v\|_2^2.
Remarque 4
Supposons E de dimension finie. Lorsque la forme quadratique H est inversible, la prop. 15 s’applique. Soit (e_1, ..., e_n) une base de E. Posons q_{ij} = \langle e_i | e_j \rangle_Q et h_{ij} = \langle e_i | e_j \rangle_H et introduisons les matrices q = (q_{ij}) et h = (h_{ij}). Soit u l’endomorphisme de E tel que Q(x) = \langle x | u(x) \rangle_H pour tout x \in E. On a
et par suite la matrice de u par rapport à la base (e_1, ..., e_n) de E est égale à h^{-1} q. D’après la prop. 15, on a donc
(45)
Si la base (e_1, ..., e_n) est orthonormale pour H, alors h est la matrice unité d’ordre n, et l’on a
on retrouve donc la formule (44) dans ce cas.
Supposons maintenant que la forme quadratique H ne soit pas inversible. Soit N le noyau de H, et soit \pi l’application canonique de E sur E/N. Il existe une forme quadratique inversible H_1 sur E/N telle que H = H_1 \circ \pi. Soit (e_1, ..., e_m) une suite d’éléments de E telle que la suite (\pi(e_1), ..., \pi(e_m)) soit une base de E/N, orthonormale pour H_1. Soit (e_{m+1}, ..., e_n) une base de N. Alors (e_1, ..., e_n) est une base de E, et l’on a
(46)
quels que soient les nombres réels \xi_1, ..., \xi_n.
Supposons que pour tout x \in E, la relation H(x) = 0 entraîne Q(x) = 0 ; autrement dit, supposons qu’il existe une forme quadratique Q_1 sur E/N telle que Q = Q_1 \circ \pi. D’après la remarque 2 et la prop. 15, on a
(47)
Exercises
Exercices
See the exercises for § 4.