Bourbaki

§ 4. Quelques classes d'opérateurs dans les espaces hilbertiens

Dans tout ce paragraphe, on note 1E1_E l'application identique d'un espace hilbertien E. Le composé v∘uv \circ u de deux applications linéaires sera noté le plus souvent vuvu ou v.uv . u.

1. Adjoint

Proposition 1

Soient* E et F deux espaces hilbertiens. Pour toute application u∈L(E;F)u \in \mathscr{L}(E; F), il existe une unique application u∗∈L(F;E)u^* \in \mathscr{L}(F; E) telle que l'on ait

(1)(1)
⟨u(x)∣y⟩F=⟨x∣u∗(y)⟩E \langle u(x)|y \rangle_F = \langle x|u^*(y) \rangle_E

quels que soient x∈Ex \in E et y∈Fy \in F. L’application u↦u∗u \mapsto u^* de L(E;F)\mathscr{L}(E; F) dans L(F;E)\mathscr{L}(F; E) est bijective, isométrique et semi-linéaire (par rapport à l’automorphisme ξ↦ξ‾\xi \mapsto \overline{\xi} de KK).

Soit S(E,F)\mathscr{S}(E, F) l’espace des formes sesquilinéaires continues sur E×FE \times F, muni de la norme

∥Φ∥=sup⁡∥x∥≤1,∥y∥≤1∣Φ(x,y)∣ \| \Phi \| = \sup_{\| x \| \leq 1, \| y \| \leq 1} | \Phi(x, y) |

On définit de manière analogue l’espace S(F,E)\mathscr{S}(F, E). On a défini (V, p. 16, cor. 2) un isomorphisme d’espaces de Banach de L(E;F)\mathscr{L}(E; F) sur S(F,E)\mathscr{S}(F, E), noté u↦Φuu \mapsto \Phi_u et caractérisé par

Φu(y,x)=⟨y∣u(x)⟩F(x∈E,y∈F) \Phi_u(y, x) = \langle y | u(x) \rangle_F \quad (x \in E, y \in F)

On définit de manière analogue un isomorphisme de L(F;E)\mathscr{L}(F; E) sur S(E,F)\mathscr{S}(E, F). Enfin, on définit une application Φ↦Φ∗\Phi \mapsto \Phi^* de S(F,E)\mathscr{S}(F, E) sur S(E,F)\mathscr{S}(E, F) par

Φ∗(x,y)=Φ(y,x)‾(x∈E,y∈F) \Phi^*(x, y) = \overline{\Phi(y, x)} \quad (x \in E, y \in F)

Elle est bijective, semi-linéaire et isométrique. Or la formule (1) se traduit par Φu∗=(Φu)∗\Phi_{u^*} = (\Phi_u)^*, d’où aussitôt la prop. 1. C.Q.F.D.

Définition 1

Soient EE et FF deux espaces hilbertiens. Pour toute application linéaire continue u:E→Fu : E \to F, on appelle adjoint de uu et l’on note u∗u^* l’application linéaire continue de FF dans EE caractérisée par la formule (1).

On a

(u+v)∗=u∗+v∗(λu)∗=λ‾u∗(u∗)∗=u(1E)∗=1E(wu)∗=u∗w∗ \begin{align*} (u + v)^* &= u^* + v^* \\ (\lambda u)^* &= \overline{\lambda} u^* \\ (u^*)^* &= u \\ (1_E)^* &= 1_E \\ (wu)^* &= u^* w^* \end{align*}

dans ces formules, uu et vv appartiennent à L(E;F)\mathscr{L}(E; F), λ\lambda appartient à KK, et ww à L(F;G)\mathscr{L}(F; G) où GG est un espace hilbertien. Les formules (5) et (6) expriment que u↦u∗u \mapsto u^* est semi-linéaire. La formule (8) est évidente. Pour prouver (7), on prend le conjugué des deux membres de (1), d’où ⟨u∗(y)∣x⟩=⟨y∣u(x)⟩\langle u^*(y)|x \rangle = \langle y|u(x) \rangle, ce qui prouve que uu est l’adjoint de u∗u^*. Enfin, avec les notations de (9), on a, pour tout z∈Gz \in G

⟨w(u(x))∣z⟩=⟨u(x)∣w∗(z)⟩=⟨x∣u∗(w∗(z))⟩, \langle w(u(x))|z \rangle = \langle u(x)|w^*(z) \rangle = \langle x|u^*(w^*(z)) \rangle ,

donc u∗w∗u^* w^* est l’adjoint de wuwu.

Soit u:E→Fu : E \to F une application linéaire bijective et continue donc bicontinue (I, p. 19, cor. 1). De (8) et (9), on déduit aussitôt que u∗u^* est bijective et bicontinue et que l’on a

(u−1)∗=(u∗)−1. (u^{-1})^* = (u^*)^{-1} .

Proposition 2

Pour tout u∈L(E;F)u \in \mathscr{L}(E ; F), on a

∥u∗u∥=∥uu∗∥=∥u∥2=∥u∗∥2. \|u^*u\| = \|uu^*\| = \|u\|^2 = \|u^*\|^2 .

On a ∥u∗∥=∥u∥\|u^*\| = \|u\| d’après la prop. 1, d’où ∥u∗u∥≤∥u∗∥.∥u∥≤∥u∥2\|u^*u\| \leq \|u^*\|.\|u\| \leq \|u\|^2. D’autre part, on a

∥u∥2=sup⁡∥x∥≤1∥u(x)∥2=sup⁡∥x∥≤1⟨u(x)∣u(x)⟩=sup⁡∥x∥≤1⟨x∣u∗u(x)⟩≤∥u∗u∥, \|u\|^2 = \sup_{\|x\| \leq 1} \|u(x)\|^2 = \sup_{\|x\| \leq 1} \langle u(x)|u(x) \rangle = \sup_{\|x\| \leq 1} \langle x|u^*u(x) \rangle \leq \|u^*u\| ,

d’où ∥u∗u∥=∥u∥2\|u^*u\| = \|u\|^2. Remplaçant uu par u∗u^*, on en déduit ∥uu∗∥=∥u∗∥2\|uu^*\| = \|u^*\|^2, d’où (11) puisque l’on a ∥u∥=∥u∗∥\|u\| = \|u^*\|.

Soient E1,...,EnE_1, ..., E_n et F1,...,FnF_1, ..., F_n des espaces hilbertiens, et pour chaque entier ii compris entre 1 et nn, soit uiu_i une application linéaire continue de EiE_i dans FiF_i. On a alors

(u1⊗^2...⊗^2un)∗=u1∗⊗^2...⊗^2un∗. (u_1 \hat{\otimes}_2 ... \hat{\otimes}_2 u_n)^* = u_1^* \hat{\otimes}_2 ... \hat{\otimes}_2 u_n^* .

Notons en effet vv l’application linéaire continue u1⊗^2...⊗^2unu_1 \hat{\otimes}_2 ... \hat{\otimes}_2 u_n de

E=E1⊗^2...⊗^2EndansF=F1⊗^2...⊗^2Fn E = E_1 \hat{\otimes}_2 ... \hat{\otimes}_2 E_n \quad \text{dans} \quad F = F_1 \hat{\otimes}_2 ... \hat{\otimes}_2 F_n

et ww l’application linéaire continue u1∗⊗^2...⊗^2un∗u_1^* \hat{\otimes}_2 ... \hat{\otimes}_2 u_n^* de FF dans EE. Il s’agit de prouver l’égalité ⟨y∣v(x)⟩=⟨w(y)∣x⟩\langle y|v(x) \rangle = \langle w(y)|x \rangle pour x∈Ex \in E et y∈Fy \in F. Par linéarité et continuité, on se ramène au cas où xx et yy sont de la forme suivante

x=x1⊗...⊗xn,y=y1⊗...⊗yn x = x_1 \otimes ... \otimes x_n , \quad y = y_1 \otimes ... \otimes y_n

avec xi∈Eix_i \in E_i et yi∈Fiy_i \in F_i pour 1≤i≤n1 \leq i \leq n. Compte tenu de la définition du produit scalaire dans un produit tensoriel (V, p. 27, formule (6)), on a alors

⟨y∣v(x)⟩=∏i=1n⟨yi∣ui(xi)⟩=∏i=1n⟨ui∗(yi)∣xi⟩=⟨w(y)∣x⟩, \langle y|v(x) \rangle = \prod_{i=1}^n \langle y_i|u_i(x_i) \rangle = \prod_{i=1}^n \langle u_i^*(y_i)|x_i \rangle = \langle w(y)|x \rangle ,

ce qui prouve notre assertion.

Soient EE et FF des espaces hilbertiens, u∈L(E;F)u \in \mathscr{L}(E ; F) et nn un entier positif. Si l’on fait u1=...=un=uu_1 = ... = u_n = u dans la formule (12), on obtient le résultat que l’application linéaire continue T^n(u∗)\hat{T}^n(u^*) de T^n(F)\hat{T}^n(F) dans T^n(E)\hat{T}^n(E) est l’adjoint de l’application linéaire continue T^n(u)\hat{T}^n(u) de T^n(E)\hat{T}^n(E) dans T^n(F)\hat{T}^n(F). Les formules

S^n(u)∗=S^n(u∗),Λ^n(u)∗=Λ^n(u∗) \hat{S}^n(u)^* = \hat{S}^n(u^*) , \quad \hat{\Lambda}^n(u)^* = \hat{\Lambda}^n(u^*)

s’établissent de manière analogue à la formule (12), compte tenu de la définition du produit scalaire dans S^n(E)\hat{S}^n(E) (V, p. 30, formule (15)) et dans Λ^n(E)\hat{\Lambda}^n(E) (V, p. 34, formule (26)).

Remarque 1

Supposons l’espace hilbertien EE non réduit à 0. Identifions L(K;E)\mathscr{L}(K ; E) à EE par l’application u↦u(1)u \mapsto u(1); autrement dit, le vecteur xx de EE est identifié à l’application λ↦λ.x\lambda \mapsto \lambda.x de KK dans EE. Alors l’adjoint de xx est l’application x∗:E→Kx^*: E \to K donnée par x∗(y)=⟨x∣y⟩x^*(y) = \langle x|y \rangle. Autrement dit, x↦x∗x \mapsto x^* est l’application semi-linéaire canonique de EE sur son dual (V, p.15).

De même, identifions le nombre λ∈K\lambda \in K à l’endomorphisme λ.1E\lambda .1_E de E. Alors λ∗\lambda^* n’est autre que le conjugué de λ\lambda.

Avec ces identifications, on peut définir un produit t1…tnt_1 \ldots t_n où chaque tit_i est, soit un nombre dans K, soit un vecteur dans E, soit une forme linéaire appartenant à E′E', soit un élément de L(E)\mathscr{L}(E), pourvu qu’il n’y ait jamais deux facteurs consécutifs tit_i et ti+1t_{i+1} de l’un des types suivants :

• xyxy où x,yx, y sont tous deux dans E, ou tous deux dans E′E'; • xAxA ou Ax′Ax' avec A∈L(E)A \in \mathscr{L}(E), x∈Ex \in E et x′∈E′x' \in E'.

On a les règles de calcul suivantes : a) associativité ; b) tout élément de K commute à tous les autres facteurs ; c) on a (t1…tn)∗=tn∗…t1∗(t_1 \ldots t_n)^* = t_n^* \ldots t_1^*; autrement dit, l’adjoint d’un produit est le produit des adjoints pris dans l’ordre opposé. On a aussi t∗∗=tt^{**} = t.

Par exemple, soient x,yx, y dans E et A dans L(E)\mathscr{L}(E). Alors x∗yx^*y représente le produit scalaire ⟨x∣y⟩\langle x|y \rangle et x∗Ayx^*Ay représente le produit scalaire ⟨x∣Ay⟩\langle x|Ay \rangle. On a également (A∗x)∗=x∗A∗∗=x∗A(A^*x)^* = x^*A^{**} = x^*A, d’où (A∗x)∗y=x∗Ay(A^*x)^*y = x^*Ay, ce qui s’interprète en

⟨A∗x∣y⟩=⟨x∣Ay⟩ \langle A^*x|y \rangle = \langle x|Ay \rangle

conformément à la définition de l’adjoint. On remarquera que yx∗yx^* est l’endomorphisme z↦y⟨x∣z⟩z \mapsto y \langle x|z \rangle de E, car yx∗zyx^*z s’interprète par l’associativité comme y(x∗z)y(x^*z), c’est-à-dire y.⟨x∣z⟩y.\langle x|z \rangle.

A la suite de Dirac 1^1, il est d’usage dans la plupart des ouvrages de Physique Mathématique de représenter les éléments de E par des symboles tels que ∣x⟩|x\rangle, ceux de E′E' par ⟨t∣\langle t|. Le produit scalaire s’écrit ⟨x∣y⟩=⟨x∣.∣y⟩\langle x|y \rangle = \langle x|.|y \rangle et la première règle d’interdiction dans les produits exclut les combinaisons de signes ∣| et ∣<|<, par exemple ∣x⟩∣y⟩|x\rangle |y\rangle.

Proposition 3

Soient E et F deux espaces hilbertiens et u∈L(E;F)u \in \mathscr{L}(E; F). Les conditions suivantes sont équivalentes :

(i) uu est un isomorphisme d’espaces vectoriels topologiques, d’inverse égal à u∗u^*; (ii) uu est surjectif et u∗u=1Eu^*u = 1_E; (iii) uu est injectif et uu∗=1Fuu^* = 1_F; (iv) uu est un isomorphisme d’espaces normés ; (v) uu est un isomorphisme d’espaces hilbertiens.

La condition (i) signifie que l’on a u∗u=1Eu^*u = 1_E et uu∗=1Fuu^* = 1_F. L’équivalence de (i), (ii) et (iii) résulte alors de E, II, p. 18, prop. 8. On a déjà noté l’équivalence de (iv) et (v) (V, p. 5). Enfin, la relation u∗u=1Eu^*u = 1_E équivaut à ⟨x∣u∗u(y)⟩=⟨x∣y⟩\langle x|u^*u(y)\rangle = \langle x|y\rangle, c’est-à-dire à ⟨u(x)∣u(y)⟩=⟨x∣y⟩\langle u(x)|u(y)\rangle = \langle x|y\rangle pour x,yx, y dans E, et entraîne évidemment que uu est injectif ; ceci prouve l’équivalence de (ii) et (v).

On appelle aussi opérateur unitaire dans E tout automorphisme de l’espace hilbertien E, autrement dit, tout u∈L(E)u \in \mathscr{L}(E) satisfaisant à uu∗=u∗u=1Euu^* = u^*u = 1_E.

Remarque 2

La relation u∗u=1Eu^*u = 1_E ne caractérise pas les automorphismes de l’espace hilbertien E. Par exemple, soit E=ℓ2(N)E = \ell^2(\mathbf{N}) et soit uu défini par u(x)n=xn−1u(x)_n = x_{n-1} pour n⩾1n \geqslant 1 et u(x)0=0u(x)_0 = 0. On a ∥u(x)∥=∥x∥\|u(x)\| = \|x\| pour tout x∈Ex \in E, c’est-à-dire u∗u=1Eu^*u = 1_E, mais uu n’est pas surjectif.

Remarque 3

La définition (1) de l’adjoint u∗u^* s’écrit encore ⟨y∣u(x)⟩=⟨u∗(y)∣x⟩\langle y|u(x)\rangle = \langle u^*(y)|x\rangle, ou, d’après V, p. 15,

⟨u(x),y∗⟩=⟨x,(u∗(y))∗⟩. \langle u(x), y^*\rangle = \langle x, (u^*(y))^*\rangle .

1^1 Voir P. A. M. DIRAC, Quantum mechanics, Oxford University Press, New York, 1935.

Mais on a aussi ⟨u(x),y∗⟩=⟨x,tu(y∗)⟩\langle u(x), y^* \rangle = \langle x, {}^t u(y^*) \rangle, d'où l'expression de l'adjoint à l'aide du transposé

(u∗(y))∗=tu(y∗). (u^*(y))^* = {}^t u(y^*) .

2. Applications linéaires partiellement isométriques

Définition 2

Soient E et F deux espaces hilbertiens et u∈L(E;F)u \in \mathscr{L}(E ; F). On appelle sous-espace initial de u l'orthogonal du noyau de u dans E et sous-espace final de u l'adhérence de l'image de u dans F. On appelle orthoprojecteur initial (resp. final) de u l'orthoprojecteur de E (resp. F) sur le sous-espace initial (resp. final) de u.

Soit P le sous-espace initial de u. Comme E est somme directe de P et du noyau de u, on a u(P)=u(E)u(P) = u(E).

Proposition 4

(i) Le sous-espace initial (resp. final) de u∗u^* est égal au sous-espace final (resp. initial) de u.

(ii) Supposons que l'on ait E = F. Soient M un sous-espace vectoriel fermé de E et M∘M^\circ son orthogonal. Les relations u(M)⊂Mu(M) \subset M et u∗(M∘)⊂M∘u^*(M^\circ) \subset M^\circ sont équivalentes.

Soit Q = u(E)‾\overline{u(E)} le sous-espace final de u. L'orthogonal Q∘^\circ de Q dans F se compose des vecteurs y tels que l'on ait ⟨u(x)∣y⟩=0\langle u(x)|y \rangle = 0 pour tout x∈Ex \in E; ceci équivaut à ⟨x∣u∗(y)⟩=0\langle x|u^*(y) \rangle = 0 pour tout x∈Ex \in E, donc à u∗(y)=0u^*(y) = 0. On a donc Q∘^\circ = Ker u∗u^*, donc Q est le sous-espace initial de u∗u^*. Comme u est l'adjoint de u∗u^*, le sous-espace final de u∗u^* est aussi le sous-espace initial de u. D'où (i).

La relation u(M)⊂Mu(M) \subset M signifie que u(M)u(M) est orthogonal à M∘M^\circ, et la relation u∗(M∘)⊂M∘u^*(M^\circ) \subset M^\circ que u∗(M∘)u^*(M^\circ) est orthogonal à M. Or on a ⟨u(x)∣y⟩=⟨u∗(y)∣x⟩‾\langle u(x)|y \rangle = \overline{\langle u^*(y)|x \rangle} pour x∈Mx \in M et y∈M∘y \in M^\circ, d'où (ii).

On peut aussi ramener la prop. 4 aux propriétés générales des transposées (II, p. 51, cor. 2) à l'aide de la remarque 3 de V, p. 40.

Définition 3

Soient E et F deux espaces hilbertiens. On dit qu'une application u∈L(E;F)u \in \mathscr{L}(E ; F) est partiellement isométrique si l'on a ∥u(x)∥=∥x∥\|u(x)\| = \|x\| pour tout x appartenant au sous-espace initial de u.

Soit u∈L(E;F)u \in \mathscr{L}(E ; F) de noyau N et d'image I. Dire que u est partiellement isométrique revient à dire que l'application linéaire u~:E/N→I\tilde{u} : E/N \to I déduite de u est isométrique (V, p. 13). Alors le sous-espace I de F est complet, donc fermé, et c'est le sous-espace final de u. Par suite, u induit un isomorphisme d'espaces hilbertiens du sous-espace initial de u sur son sous-espace final.

Proposition 5

Soit u∈L(E;F)u \in \mathscr{L}(E ; F) de sous-espace initial P et de sous-espace final Q. On note p (resp. q) l'orthoprojecteur initial (resp. final) de u. Supposons u partiellement isométrique.

(i) L'application u∗∈L(F;E)u^* \in \mathscr{L}(F ; E) est partiellement isométrique, de sous-espace initial Q et de sous-espace final P. L'isomorphisme de P sur Q induit par u est alors réciproque de l'isomorphisme de Q sur P induit par u∗u^*.

(ii) On a u∗u=pu^*u = p et uu∗=quu^* = q.

Compte tenu de la prop. 4 (i), l’assertion (i) est une conséquence de (ii).

Prouvons (ii). Comme P contient l’image de u∗u^*, l’application u∗uu^*u applique E dans P. Soient x∈Ex \in E et y∈Py \in P; on a

⟨u∗u(x)∣y⟩=⟨u(x)∣u(y)⟩. \langle u^*u(x)|y \rangle = \langle u(x)|u(y) \rangle .

Si xx appartient à P, on a ⟨u(x)∣u(y)⟩=⟨x∣y⟩\langle u(x)|u(y) \rangle = \langle x|y \rangle par définition d’une application partiellement isométrique ; si xx appartient au noyau N de uu, on a u(x)=0u(x) = 0, d’où ⟨u(x)∣u(y)⟩=0\langle u(x)|u(y) \rangle = 0 et ⟨x∣y⟩=0\langle x|y \rangle = 0 car N et P sont orthogonaux. Comme on a E=P⊕NE = P \oplus N, on a dans tous les cas ⟨u∗u(x)−x∣y⟩=0\langle u^*u(x) - x|y \rangle = 0 donc u∗uu^*u est l’orthoprojecteur pp de E sur P. La démonstration de uu∗=quu^* = q s’en déduit en échangeant uu et u∗u^*.

Proposition 6

Pour tout* u∈L(E;F)u \in \mathscr{L}(E; F), les conditions suivantes sont équivalentes :

(i) u est partiellement isométrique ; (ii) u∗u^* est partiellement isométrique ; (iii) u∗uu^*u est un orthoprojecteur ; (iv) uu∗uu^* est un orthoprojecteur ; (v) uu∗u=uuu^*u = u ; (vi) u∗uu∗=u∗u^*uu^* = u^*.

D’après la prop. 5, (i) équivaut à (ii).

(i) ⇒\Rightarrow (v) : Supposons uu partiellement isométrique. Alors u∗uu^*u est l’orthoprojecteur initial de uu d’après la prop. 5. Pour tout x∈Ex \in E, u∗u(x)−xu^*u(x) - x appartient donc au noyau de uu, d’où uu∗u(x)=u(x)uu^*u(x) = u(x).

(v) ⇒\Rightarrow (iii) : Supposons que l’on ait uu∗u=uuu^*u = u, et posons p=u∗up = u^*u; on a p=p∗p = p^* et p2=pp^2 = p. Soit M (resp. N) l’image (resp. le noyau) de pp. Pour x∈Mx \in M et y∈Ny \in N, on a ⟨x∣y⟩=⟨p(x)∣y⟩=⟨x∣p∗(y)⟩=⟨x∣p(y)⟩=0\langle x|y \rangle = \langle p(x)|y \rangle = \langle x|p^*(y) \rangle = \langle x|p(y) \rangle = 0. Comme M et N sont orthogonaux, pp est l’orthoprojecteur de E sur M.

(iii) ⇒\Rightarrow (i) : Supposons que p=u∗up = u^*u soit un orthoprojecteur, d’image M et de noyau N. Pour tout x∈Ex \in E, on a

∥u(x)∥2=⟨u∗u(x)∣x⟩=⟨p(x)∣x⟩. \|u(x)\|^2 = \langle u^*u(x)|x \rangle = \langle p(x)|x \rangle .

On a donc u(x)=0u(x) = 0 pour x∈Nx \in N et ∥u(x)∥=∥x∥\|u(x)\| = \|x\| pour x∈Mx \in M, donc uu est partiellement isométrique de noyau N et de sous-espace initial M.

On a donc prouvé l’équivalence de (i), (iii) et (v). Remplaçant uu par u∗u^*, on en déduit celle des conditions (ii), (iv) et (vi). D’où la prop. 6.

3. Endomorphismes normaux

Définition 4

Soient* E un espace hilbertien et u∈L(E)u \in \mathscr{L}(E). On dit que u est normal s’il commute à son adjoint u∗u^*.

Par exemple, tout automorphisme uu de l’espace hilbertien E est normal puisque l’on a uu∗=u∗u=1Euu^* = u^*u = 1_E.

Proposition 7

Pour que u∈L(E)u \in \mathscr{L}(E) soit normal, il faut et il suffit que l’on ait ∥u(x)∥=∥u∗(x)∥\|u(x)\| = \|u^*(x)\| pour tout x∈Ex \in E.

Définissons une forme hermitienne Φ\Phi sur EE par

Φ(x,y)=⟨uu∗(x)∣y⟩−⟨u∗u(x)∣y⟩. \Phi(x, y) = \langle uu^*(x)|y \rangle - \langle u^*u(x)|y \rangle .

Pour que uu soit normal, il faut et il suffit que l’on ait Φ=0\Phi = 0. D’après les formules de polarisation (V, p. 2), ceci équivaut à Φ(x,x)=0\Phi(x, x) = 0 pour tout x∈Ex \in E, d’où la proposition car on a

Φ(x,x)=∥u∗(x)∥2−∥u(x)∥2. \Phi(x, x) = \|u^*(x)\|^2 - \|u(x)\|^2 .

Proposition 8

Supposons que u∈L(E)u \in \mathscr{L}(E) soit normal. Soient NN le noyau de uu et MM l’orthogonal de NN dans EE; soient mm et nn deux entiers positifs tels que m+n⩾1m + n \geqslant 1. Alors NN est le noyau de um(u∗)nu^m(u^*)^n et MM est à la fois le sous-espace initial et le sous-espace final de um(u∗)nu^m(u^*)^n. En particulier, MM est à la fois le sous-espace initial et le sous-espace final de uu et de u∗u^*, et il est stable par uu et u∗u^*.

La prop. 7 montre que uu et u∗u^* ont même noyau NN. D’après la prop. 4, (ii) de V, p. 41, le sous-espace MM de EE est stable par uu et u∗u^* puisqu’il en est ainsi de N=M∘N = M^\circ; comme on a M∩N={0}M \cap N = \{0\}, les endomorphismes de MM induits par uu et u∗u^* sont injectifs. Posons v=um(u∗)nv = u^m(u^*)^n; ce qui précède montre que la restriction de vv à MM (resp. NN) est injective (resp. nulle), donc NN est le noyau de vv. Par suite, M=N∘M = N^\circ est le sous-espace initial de vv. D’après la prop. 4, (i) de V, p. 41, le sous-espace final de vv est égal au sous-espace initial de v∗v^*. Mais on a v∗=un(u∗)mv^* = u^n(u^*)^m et le sous-espace initial de v∗v^* est donc égal à MM d’après ce qui précède.

Corollaire

Soit λ∈K\lambda \in K. Les sous-espaces suivants de EE sont égaux :

a) le sous-espace propre de uu relatif à λ\lambda; b) le sous-espace propre de u∗u^* relatif à λ‾\overline{\lambda}; c) le sous-espace primaire de uu relatif à λ\lambda (autrement dit, d’après LIE, VII, § 1, no 1, l’ensemble des vecteurs xx de EE pour lesquels il existe un entier n⩾0n \geqslant 0 tel que (u−λ⋅1E)n(x)=0(u - \lambda \cdot 1_E)^n(x) = 0); d) le sous-espace primaire de u∗u^* relatif à λ‾\overline{\lambda}.

Il est clair que w=u−λ⋅1Ew = u - \lambda \cdot 1_E est un endomorphisme normal de EE, donc les endomorphismes w,w∗=u∗−λ‾⋅1E,wnw, w^* = u^* - \overline{\lambda} \cdot 1_E, w^n et (w∗)n(w^*)^n de EE ont le même noyau d’après la prop. 8.

4. Endomorphismes hermitiens

Définition 5

Soient EE un espace hilbertien et u∈L(E)u \in \mathscr{L}(E). On dit que uu est hermitien si l’on a u∗=uu^* = u.

On note H(E)\mathscr{H}(E) l’ensemble des éléments hermitiens de L(E)\mathscr{L}(E); c’est un sous-espace vectoriel de l’espace vectoriel L(E)[R]\mathscr{L}(E)_{[\mathbf{R}]} sur R\mathbf{R} déduit de L(E)\mathscr{L}(E) par restriction des scalaires.

A tout u∈L(E)u \in \mathscr{L}(E), on a associé (V, p. 16, cor. 2) la forme sesquilinéaire Φu:(x,y)↦⟨x∣u(y)⟩\Phi_u : (x, y) \mapsto \langle x | u(y) \rangle sur E×EE \times E. On a

Φu∗(x,y)=Φu(y,x)‾(x,y dans E); \Phi_{u^*}(x, y) = \overline{\Phi_u(y, x)} \quad (x, y \text{ dans } E);

par suite, uu est hermitien si et seulement si la forme Φu\Phi_u est hermitienne. Lorsque K=CK = \mathbf{C}, il revient au même de supposer que Φu(x,x)=⟨x∣u(x)⟩\Phi_u(x, x) = \langle x | u(x) \rangle est réel pour tout x∈Ex \in E (V, p. 2, Remarque).

Soit u∈L(E)u \in \mathscr{L}(E). On a vu (V, p. 16, cor. 2) que la norme de uu se calcule par la formule

∥u∥=sup⁡∥x∥≤1,∥y∥≤1∣Φu(x,y)∣. \|u\| = \sup_{\|x\| \leq 1, \|y\| \leq 1} |\Phi_u(x, y)| .

Lorsque uu est hermitien, on a le résultat suivant :

Proposition 9

Pour tout endomorphisme hermitien uu de EE, on a

∥u∥=sup⁡∥x∥≤1∣⟨x∣u(x)⟩∣. \|u\| = \sup_{\|x\| \leq 1} |\langle x | u(x) \rangle| .

Posons Φ=Φu\Phi = \Phi_u et c=sup⁡∥x∥≤1∣Φ(x,x)∣c = \sup_{\|x\| \leq 1} |\Phi(x, x)|, d'où évidemment c≤∥u∥c \leq \|u\|. Soient x,yx, y dans EE tels que ∥x∥≤1,∥y∥≤1\|x\| \leq 1, \|y\| \leq 1. On a

Φ(x+y,x+y)=Φ(x,x)+Φ(y,y)+2ℜΦ(x,y), \Phi(x + y, x + y) = \Phi(x, x) + \Phi(y, y) + 2 \Re \Phi(x, y),

d'où

4ℜΦ(x,y)=Φ(x+y,x+y)−Φ(x−y,x−y); 4 \Re \Phi(x, y) = \Phi(x + y, x + y) - \Phi(x - y, x - y);

par ailleurs, on a ∣Φ(t,t)∣≤c∥t∥2|\Phi(t, t)| \leq c \|t\|^2 pour tout t∈Et \in E, d'où

4∣ℜΦ(x,y)∣≤c(∥x+y∥2+∥x−y∥2)=2c(∥x∥2+∥y∥2)≤4c. 4 |\Re \Phi(x, y)| \leq c (\|x + y\|^2 + \|x - y\|^2) = 2c (\|x\|^2 + \|y\|^2) \leq 4c .

Soit a=Φ(x,y)a = \Phi(x, y); il existe un nombre complexe λ\lambda de valeur absolue 1 tel que λa=∣a∣\lambda a = |a|. Remplaçant yy par λy\lambda y dans l'inégalité précédente, on obtient ∣Φ(x,y)∣≤c|\Phi(x, y)| \leq c. D'après (15), on a donc ∥u∥≤c\|u\| \leq c, d'où la prop. 9. C.Q.F.D.

Tout endomorphisme hermitien est évidemment normal. Réciproquement :

Proposition 10

On suppose K=CK = \mathbf{C}. Soit u∈L(E)u \in \mathscr{L}(E). Il existe alors un couple (h1,h2)(h_1, h_2) d'endomorphismes hermitiens de EE, et un seul, tel que u=h1+ih2u = h_1 + ih_2. Pour que uu soit normal, il faut et il suffit que h1h_1 et h2h_2 commutent.

En effet, la relation « u=h1+ih2, h1∗=h1, h2∗=h2u = h_1 + ih_2,\ h_1^* = h_1,\ h_2^* = h_2 » équivaut à

⟨h1=12(u+u∗) et h2=i2(u∗−u)⟩. \langle h_1 = \frac{1}{2} (u + u^*) \text{ et } h_2 = \frac{i}{2} (u^* - u) \rangle.

De plus, on a alors h1h2−h2h1=i2(uu∗−u∗u)h_1 h_2 - h_2 h_1 = \frac{i}{2} (uu^* - u^*u), d'où la prop. 10.

Proposition 11

Soit p∈L(E)p \in \mathscr{L}(E). Pour que pp soit l'orthoprojecteur de EE sur un sous-espace vectoriel fermé de EE, il faut et il suffit que l'on ait p2=p=p∗p^2 = p = p^*.

Alors E est somme directe topologique de M et N. Pour que p soit un orthoprojecteur, il faut et il suffit que M soit orthogonal à N, c'est-à-dire que l'on ait il faut et il suffit que M soit orthogonal à N, c'est-à-dire que l'on ait ⟨p(x)∣y−p(y)⟩=0\langle p(x)|y - p(y) \rangle = 0 quels que soient x, y dans E. Cette dernière relation équivaut à p=p∗pp = p^*p. Elle entraîne p∗=(p∗p)∗=p∗p=pp^* = (p^*p)^* = p^*p = p; réciproquement si p∗=pp^* = p, on a p=p2=p∗pp = p^2 = p^*p.

5. Endomorphismes positifs

Définition 6

Soient E un espace hilbertien et u∈L(E)u \in \mathscr{L}(E). On dit que u est positif, ce que l'on note u⩾0u \geqslant 0, si u est hermitien et si l'on a ⟨x∣u(x)⟩⩾0\langle x|u(x) \rangle \geqslant 0 pour tout x∈Ex \in E.

Lorsque K est égal à C, la relation

⟨x∣u(x)⟩⩾0 pour tout x∈E \langle x|u(x) \rangle \geqslant 0 \text{ pour tout } x \in E
entraîne que u est hermitien (V, p. 2, Remarque), donc positif.

On note L+(E)\mathscr{L}_+(E) l'ensemble des éléments positifs de L(E)\mathscr{L}(E); c'est un cône convexe pointé saillant de l'espace vectoriel réel L(E)[R]\mathscr{L}(E)_{[\mathbf{R}]} sous-jacent à L(E)\mathscr{L}(E). Pour que u soit positif, il faut et il suffit que la forme sesquilinéaire Φu\Phi_u sur E×EE \times E associée à u soit hermitienne positive. Étant donnés u et v dans L(E)\mathscr{L}(E), la relation u−v⩾0u - v \geqslant 0 se note encore u⩾vu \geqslant v ou v⩽uv \leqslant u; c'est une relation d'ordre sur L(E)[R]\mathscr{L}(E)_{[\mathbf{R}]} compatible avec sa structure d'espace vectoriel réel.

Proposition 12

Soit u un élément hermitien (resp. positif) de L(E)\mathscr{L}(E) et soit v une application linéaire continue de E dans un espace hilbertien F. Alors vuv∗vuv^* est un élément hermitien (resp. positif) de L(F)\mathscr{L}(F).

On a en effet (vuv∗)∗=v∗∗u∗v∗=vuv∗(vuv^*)^* = v^{**}u^*v^* = vuv^*. D'autre part, si u⩾0u \geqslant 0, on a

⟨y∣vuv∗(y)⟩=⟨v∗(y)∣u(v∗(y))⟩⩾0 \langle y|vuv^*(y) \rangle = \langle v^*(y)|u(v^*(y)) \rangle \geqslant 0
pour tout y∈Fy \in F, d'où vuv∗⩾0vuv^* \geqslant 0.

La prop. 12 montre en particulier que vv∗vv^* est positif pour tout v∈L(E;F)v \in \mathscr{L}(E; F). Plus particulièrement, un orthoprojecteur p satisfait à p=p2=pp∗p = p^2 = pp^*, donc est positif.

Remarque 1

Pour tout u hermitien dans L(E)\mathscr{L}(E), posons m(u)=inf⁡∥x∥=1⟨x∣u(x)⟩m(u) = \inf_{\|x\|=1} \langle x|u(x) \rangle, M(u)=sup⁡∥x∥=1⟨x∣u(x)⟩M(u) = \sup_{\|x\|=1} \langle x|u(x) \rangle. Si E n'est pas réduit à 0, m(u)m(u) et M(u)M(u) sont finis ; de plus, M(u)M(u) est le plus petit nombre réel λ\lambda tel que u⩽λ.1Eu \leqslant \lambda .1_E et m(u)m(u) le plus grand nombre réel μ\mu tel que u⩾μ.1Eu \geqslant \mu .1_E. On a évidemment m(−u)=−M(u)m(-u) = -M(u) et M(−u)=−m(u)M(-u) = -m(u). Il est clair que l'on a

sup⁡(∣m(u)∣,∣M(u)∣)=sup⁡∥x∥=1∣⟨x∣u(x)⟩∣ \sup(|m(u)|, |M(u)|) = \sup_{\|x\|=1} |\langle x|u(x) \rangle|
et la prop. 9 (V, p. 44) entraîne donc (pour E≠{0}E \neq \{0\})
(17)∥u∥=sup⁡(∣m(u)∣,∣M(u)∣). (17) \quad \|u\| = \sup(|m(u)|, |M(u)|) .

\* Pour une autre démonstration de cette formule lorsque K = C, voir la prop. 14 de TS, I, § 6, no 8. \

Remarque 2

Soient M et N deux sous-espaces vectoriels fermés de E, et pMp_M (resp. pNp_N) l’orthoprojecteur de E sur M (resp. N). On a M⊂NM \subset N si et seulement si pM≤pNp_M \leq p_N. En effet, on a pM∗pM=pMp_M^* p_M = p_M d’où

∥pM(x)∥2=⟨pM(x)∣pM(x)⟩=⟨x∣pM∗pM(x)⟩=⟨x∣pM(x)⟩ \|p_M(x)\|^2 = \langle p_M(x)|p_M(x) \rangle = \langle x|p_M^* p_M(x) \rangle = \langle x|p_M(x) \rangle

pour tout x∈Ex \in E. La relation pM≤pNp_M \leq p_N équivaut donc à « ∥pM(x)∥≤∥pN(x)∥\|p_M(x)\| \leq \|p_N(x)\| pour tout x∈Ex \in E ». Si M⊂NM \subset N, on a pM=pMpNp_M = p_M p_N d’où ∥pM(x)∥≤∥pN(x)∥\|p_M(x)\| \leq \|p_N(x)\| puisque ∥pM∥≤1\|p_M\| \leq 1. Réciproquement, si l’on a ∥pM(x)∥≤∥pN(x)∥\|p_M(x)\| \leq \|p_N(x)\| pour tout x∈Ex \in E, le noyau de pMp_M contient le noyau de pNp_N, c’est-à-dire que l’on a M∘⊃N∘M^\circ \supset N^\circ, d’où finalement M⊂NM \subset N.

Proposition 13

Soit* H(E)\mathscr{H}(E) l’ensemble des endomorphismes continus hermitiens de l’espace hilbertien E. Soit F\mathscr{F} une partie non vide, filtrante croissante et majorée de H(E)\mathscr{H}(E).

(i) L’ensemble F\mathscr{F} admet une borne supérieure u0u_0 dans H(E)\mathscr{H}(E); *on a

⟨x∣u0(x)⟩=sup⁡u∈F⟨x∣u(x)⟩pour tout x∈E. \langle x|u_0(x) \rangle = \sup_{u \in \mathscr{F}} \langle x|u(x) \rangle \quad \text{pour tout } x \in E .

(ii) Le filtre des sections de F\mathscr{F} converge vers u0u_0 dans l’espace L(E)\mathscr{L}(E) muni de la topologie de la convergence simple.

Soit Σ\Sigma le filtre des sections de F\mathscr{F}; pour tout u∈H(E)u \in \mathscr{H}(E), soit Φu\Phi_u la forme hermitienne continue sur E définie par

Φu(x,y)=⟨x∣u(y)⟩. \Phi_u(x, y) = \langle x|u(y) \rangle .

Posons aussi

Ψu(x)=Φu(x,x) \Psi_u(x) = \Phi_u(x, x)

pour u∈H(E)u \in \mathscr{H}(E) et x∈Ex \in E. D’après les formules de polarisation (V, p. 2), on a

(19)

4Φu(x,y)=Ψu(x+y)−Ψu(x−y) 4\Phi_u(x, y) = \Psi_u(x + y) - \Psi_u(x - y)
si K=RK = \mathbf{R}

(20)

4Φu(x,y)=Ψu(x+y)−Ψu(x−y)−iΨu(x+iy)+iΨu(x−iy) 4\Phi_u(x, y) = \Psi_u(x + y) - \Psi_u(x - y) - i\Psi_u(x + iy) + i\Psi_u(x - iy)
si K=CK = \mathbf{C}.

Pour tout x∈Ex \in E, l’application u↦Ψu(x)u \mapsto \Psi_u(x) de H(E)\mathscr{H}(E) dans R\mathbf{R} est croissante et bornée, donc admet une limite selon Σ\Sigma. D’après les formules précédentes, la limite

lim⁡u,ΣΦu(x,y)=Φ(x,y) \lim_{u, \Sigma} \Phi_u(x, y) = \Phi(x, y)

existe pour tout couple (x,y)(x, y) d’éléments de E. Il est clair que Φ\Phi est une forme hermitienne sur E. Si v1∈Fv_1 \in \mathscr{F} et v2v_2 est un majorant de F\mathscr{F}, les formes hermitiennes f1=Φ−Φv1f_1 = \Phi - \Phi_{v_1} et f2=Φv2−Φf_2 = \Phi_{v_2} - \Phi sont positives ; il existe un nombre réel M≥0M \geq 0 tel que f1(x,x)+f2(x,x)=Φv2−v1(x,x)≤M∥x∥2f_1(x, x) + f_2(x, x) = \Phi_{v_2 - v_1}(x, x) \leq M \|x\|^2, d’où

f1(x,x)≤M∥x∥2,f2(x,x)≤M∥x∥2(x∈E); f_1(x, x) \leq M \|x\|^2 , \quad f_2(x, x) \leq M \|x\|^2 \quad (x \in E) ;

par suite, les semi-normes x↦fi(x,x)1/2x \mapsto f_i(x, x)^{1/2} sont continues sur E. Comme f2−f1=Φv2+Φv1−2Φf_2 - f_1 = \Phi_{v_2} + \Phi_{v_1} - 2\Phi, on en déduit que x↦Φ(x,x)x \mapsto \Phi(x, x) est une fonction continue sur E, et vu les formules (19) et (20) que Φ\Phi est continue sur E×EE \times E. Il existe donc (V, p. 16, cor. 2) un élément u0u_0 de H(E)\mathscr{H}(E) tel que Φ=Φu0\Phi = \Phi_{u_0}. La formule (18) est évidemment satisfaite, donc u0u_0 est la borne supérieure de F\mathscr{F} dans H(E)\mathscr{H}(E). Ceci prouve (i).

On a par construction

(21) lim⁡u,Σ⟨x∣(u0−u)(x)⟩=0\lim_{u,\Sigma} \langle x|(u_0 - u)(x)\rangle = 0 pour tout x∈Ex \in E.

Soit v1∈Fv_1 \in \mathscr{F}; étant donné u∈Fu \in \mathscr{F} tel que u≥v1u \geq v_1, posons v=u0−uv = u_0 - u. Si l’on applique l’inégalité de Cauchy-Schwarz à la forme hermitienne positive Φv\Phi_v sur EE, on obtient

∥v(x)∥4=∣Φv(v(x),x)∣2≤Φv(v(x),v(x))⋅Φv(x,x)=⟨v(x)∣v2(x)⟩⟨x∣v(x)⟩≤∥v∥3∥x∥2⟨x∣v(x)⟩≤∥u0−v1∥3∥x∥2⟨x∣v(x)⟩, \|v(x)\|^4 = |\Phi_v(v(x), x)|^2 \leq \Phi_v(v(x), v(x)) \cdot \Phi_v(x, x) = \langle v(x)|v^2(x)\rangle \langle x|v(x)\rangle \leq \|v\|^3 \|x\|^2 \langle x|v(x)\rangle \leq \|u_0 - v_1\|^3 \|x\|^2 \langle x|v(x)\rangle,

car on a ∥v∥≤∥u0−v1∥\|v\| \leq \|u_0 - v_1\| en vertu de V, p. 44, prop. 9. D’après (21), on a donc lim⁡u,Σ∥(u0−u)(x)∥=0\lim_{u,\Sigma} \|(u_0 - u)(x)\| = 0 pour tout x∈Ex \in E, d’où l’assertion (ii). C.Q.F.D.

La prop. 13 s’applique en particulier au cas d’une suite (un)n∈N(u_n)_{n \in \mathbf{N}} croissante et majorée d’éléments de H(E)\mathscr{H}(E). Il existe alors un élément vv de H(E)\mathscr{H}(E) caractérisé par

⟨x∣v(x)⟩=lim⁡n→∞⟨x∣un(x)⟩=sup⁡n∈N⟨x∣un(x)⟩(x∈E), \langle x|v(x)\rangle = \lim_{n \to \infty} \langle x|u_n(x)\rangle = \sup_{n \in \mathbf{N}} \langle x|u_n(x)\rangle \quad (x \in E),

et l’on a v(x)=lim⁡n→∞un(x)v(x) = \lim_{n \to \infty} u_n(x) pour tout x∈Ex \in E. De plus, vv est la borne supérieure de l’ensemble des unu_n dans H(E)\mathscr{H}(E).

6. Trace d’un endomorphisme

Soient EE et FF deux espaces hilbertiens. Conformément aux conventions de V, p. 40, on note ba∗ba^*, pour aa dans EE et bb dans FF, l’application linéaire continue x↦b⟨a∣x⟩x \mapsto b \langle a|x\rangle de EE dans FF.

Lemme 1

Il existe un isomorphisme θ\theta de l’espace vectoriel F⊗E′F \otimes E' sur l’espace Lf(E;F)\mathscr{L}_f(E; F) des applications linéaires continues de rang fini de EE dans FF, caractérisé par θ(b⊗a∗)=ba∗\theta(b \otimes a^*) = ba^* pour a∈E,b∈Fa \in E, b \in F.

D’après A, II, p. 77, il existe une application linéaire injective θ\theta de F⊗E′F \otimes E' dans L(E;F)\mathscr{L}(E; F) et une seule qui transforme b⊗a′b \otimes a' en l’application linéaire x↦ba′(x)x \mapsto ba'(x) pour a′∈E′,b∈Fa' \in E', b \in F. On a évidemment θ(b⊗a∗)=ba∗\theta(b \otimes a^*) = ba^*, et l’image de θ\theta est contenue dans Lf(E;F)\mathscr{L}_f(E; F). Par ailleurs, soit u∈Lf(E;F)u \in \mathscr{L}_f(E; F) et soit (e1,...,en)(e_1, ..., e_n) une base orthonormale de l’image de uu dans FF. Posons fi=u∗(ei)f_i = u^*(e_i) pour 1≤i≤n1 \leq i \leq n. Pour tout x∈Ex \in E, on a

u(x)=∑i=1n⟨ei∣u(x)⟩⋅ei=∑i=1n⟨fi∣x⟩⋅ei, u(x) = \sum_{i=1}^n \langle e_i|u(x)\rangle \cdot e_i = \sum_{i=1}^n \langle f_i|x\rangle \cdot e_i,

d’où u=∑i=1neifi∗=θ(∑i=1nei⊗fi∗)u = \sum_{i=1}^n e_i f_i^* = \theta(\sum_{i=1}^n e_i \otimes f_i^*). Donc l’image de θ\theta est égale à Lf(E;F)\mathscr{L}_f(E; F).

On suppose désormais que l’on a E=FE = F, et l’on pose Lf(E)=Lf(E;E)\mathscr{L}_f(E) = \mathscr{L}_f(E ; E). D’après le lemme 1, il existe une forme linéaire τ\tau sur Lf(E)\mathscr{L}_f(E), et une seule, telle que τ(θ(a⊗a′))=a′(a)\tau(\theta(a \otimes a')) = a'(a) pour a∈E,a′∈E′a \in E, a' \in E'; autrement dit, on a

τ(ba∗)=⟨a∣b⟩pour a,b dans E. \tau(ba^*) = \langle a|b \rangle \quad \text{pour } a, b \text{ dans } E .

Lorsque EE est de dimension finie, on a Lf(E)=L(E)\mathscr{L}_f(E) = \mathscr{L}(E) et τ(u)\tau(u) est la trace de l’endomorphisme uu de EE (A, II, p. 78).

Lemme 2

Soit* (ei)i∈I(e_i)_{i \in I} une base orthonormale de EE. *On a

τ(u)=∑i∈I⟨ei∣u(ei)⟩ \tau(u) = \sum_{i \in I} \langle e_i|u(e_i) \rangle

pour tout u∈Lf(E)u \in \mathscr{L}_f(E).

Il suffit d’examiner le cas où u=ba∗u = ba^* avec a,ba, b dans EE. On a alors

⟨ei∣u(ei)⟩=ei∗b.a∗ei=⟨ei∣a⟩‾⟨ei∣b⟩. \langle e_i|u(e_i) \rangle = e_i^* b . a^* e_i = \overline{\langle e_i|a \rangle} \langle e_i|b \rangle .

Le lemme 2 résulte alors de la formule (22) et de la formule (3) de V, p. 22.

Lemme 3

Soient* uu un endomorphisme continu et positif de EE, et F\mathscr{F} l’ensemble des orthoprojecteurs de rang fini dans EE. Pour toute base orthonormale (ei)i∈I(e_i)_{i \in I} de EE, on a (dans R‾+\overline{\mathbf{R}}_+) *l’égalité

∑i∈I⟨ei∣u(ei)⟩=sup⁡p∈Fτ(pup). \sum_{i \in I} \langle e_i|u(e_i) \rangle = \sup_{p \in \mathscr{F}} \tau(pup) .

Pour toute partie finie JJ de II, posons pJ=∑i∈Jeiei∗p_J = \sum_{i \in J} e_i e_i^*; c’est l’orthoprojecteur de EE sur le sous-espace vectoriel engendré par les vecteurs eie_i pour ii parcourant JJ. On a

pJupJ=∑i∈J,j∈J⟨ei∣u(ej)⟩eiej∗, p_J up_J = \sum_{i \in J, j \in J} \langle e_i|u(e_j) \rangle e_i e_j^* ,

d’où τ(pJupJ)=∑i∈J⟨ei∣u(ei)⟩\tau(p_J up_J) = \sum_{i \in J} \langle e_i|u(e_i) \rangle. On a pJ∈Fp_J \in \mathscr{F}, d’où

∑i∈J⟨ei∣u(ei)⟩≤sup⁡p∈Fτ(pup); \sum_{i \in J} \langle e_i|u(e_i) \rangle \leq \sup_{p \in \mathscr{F}} \tau(pup) ;

on en déduit

∑i∈I⟨ei∣u(ei)⟩=sup⁡J∑i∈J⟨ei∣u(ei)⟩≤sup⁡p∈Fτ(pup). \sum_{i \in I} \langle e_i|u(e_i) \rangle = \sup_J \sum_{i \in J} \langle e_i|u(e_i) \rangle \leq \sup_{p \in \mathscr{F}} \tau(pup) .

Soit vv un endomorphisme continu et positif de rang fini dans EE et soit p∈Fp \in \mathscr{F}. D’après le th. 2 de V, p. 23, il existe une base orthonormale (fα)α∈A(f_\alpha)_{\alpha \in A} de EE et une partie finie BB de AA telle que (fα)α∈B(f_\alpha)_{\alpha \in B} soit une base orthonormale de l’image de pp. On a donc p=∑α∈Bfαfα∗p = \sum_{\alpha \in B} f_\alpha f_\alpha^*, d’où comme plus haut la relation τ(pvp)=∑α∈B⟨fα∣v(fα)⟩\tau(pvp) = \sum_{\alpha \in B} \langle f_\alpha|v(f_\alpha) \rangle. On a

τ(v)=∑α∈A⟨fα∣v(fα)⟩ d’apreˋs le lemme 2 (V, p. 48), d’ouˋ la formule \tau(v) = \sum_{\alpha \in A} \langle f_\alpha|v(f_\alpha) \rangle \text{ d’après le lemme 2 (V, p. 48), d’où la formule}
∑α∈B⟨fα∣v(fα)⟩≤τ(v). \sum_{\alpha \in B} \langle f_\alpha|v(f_\alpha) \rangle \leq \tau(v) .

Appliquons cette inégalité au cas où v=pJupJv = p_J u p_J et où J est une partie finie de I. On en déduit l’inégalité

∑α∈B⟨pJ(fα)∣upJ(fα)⟩≤∑i∈J⟨ei∣u(ei)⟩. \sum_{\alpha \in B} \langle p_J(f_\alpha)|u p_J(f_\alpha) \rangle \leq \sum_{i \in J} \langle e_i|u(e_i) \rangle .

Pour tout x∈Ex \in E, on a pJ(x)=∑i∈J⟨ei∣x⟩eip_J(x) = \sum_{i \in J} \langle e_i|x \rangle e_i, d’où x=lim⁡jpJ(x)x = \lim_j p_J(x) selon l’ensemble ordonné filtrant des parties finies J de I. Passant à la limite sur J dans (23), on obtient

τ(pup)=∑α∈B⟨fα∣u(fα)⟩≤∑i∈I⟨ei∣u(ei)⟩, \tau(pup) = \sum_{\alpha \in B} \langle f_\alpha|u(f_\alpha) \rangle \leq \sum_{i \in I} \langle e_i|u(e_i) \rangle ,

ce qui achève de prouver le lemme 3.

Définition 7

Soit u un endomorphisme continu et positif de l’espace hilbertien E. On pose

Tr⁡(u)=sup⁡p∈Fτ(pup) \operatorname{Tr}(u) = \sup_{p \in \mathscr{F}} \tau(pup)

(borne supérieure dans R‾+\overline{\mathbf{R}}_+), où F\mathscr{F} est l’ensemble des orthoprojecteurs de rang fini dans E. On dit que Tr⁡(u)\operatorname{Tr}(u) est la trace de u.

Soient pp l’orthoprojecteur de E sur un sous-espace vectoriel F de dimension finie de E, et soit (x1,...,xm)(x_1, ..., x_m) une base orthonormale de F. On a établi la relation

τ(pup)=∑i=1m⟨xi∣u(xi)⟩. Par suite, on peut deˊfinir la trace par la formule \tau(pup) = \sum_{i=1}^m \langle x_i|u(x_i) \rangle . \text{ Par suite, on peut définir la trace par la formule}
Tr⁡(u)=sup⁡x1,...,xm∑i=1m⟨xi∣u(xi)⟩, \operatorname{Tr}(u) = \sup_{x_1, ..., x_m} \sum_{i=1}^m \langle x_i|u(x_i) \rangle ,

où (x1,...,xm)(x_1, ..., x_m) parcourt l’ensemble des suites orthonormales finies de vecteurs de E.

D’après le lemme 3 (V, p. 48), on a

Tr⁡(u)=∑i∈I⟨ei∣u(ei)⟩ \operatorname{Tr}(u) = \sum_{i \in I} \langle e_i|u(e_i) \rangle

pour toute base orthonormale (ei)i∈I(e_i)_{i \in I} de E. De là, on déduit

Tr⁡(u+v)=Tr⁡(u)+Tr⁡(v) \operatorname{Tr}(u + v) = \operatorname{Tr}(u) + \operatorname{Tr}(v)
Tr⁡(λu)=λ⋅Tr⁡(u) \operatorname{Tr}(\lambda u) = \lambda \cdot \operatorname{Tr}(u)

quels que soient les endomorphismes continus et positifs uu et vv de E et le nombre réel λ≥0\lambda \geq 0 (on fait la convention 0.(+∞)=00.(+\infty) = 0 dans (27)). Soit φ\varphi un isomorphisme de E sur un espace hilbertien F ; comme φ\varphi transforme toute base orthonormale de E en une base orthonormale de F, on déduit de (25) la relation

Tr⁡(φuφ−1)=Tr⁡(u). \operatorname{Tr}(\varphi u \varphi^{-1}) = \operatorname{Tr}(u) .

Soit (uα)α∈A(u_\alpha)_{\alpha \in A} une famille non vide, filtrante croissante et majorée d’endomorphismes continus et positifs de E ; posons u=sup⁡αuαu = \sup_\alpha u_\alpha, d’où ⟨x∣u(x)⟩=sup⁡α⟨x∣uα(x)⟩\langle x|u(x) \rangle = \sup_\alpha \langle x|u_\alpha(x) \rangle pour tout x∈Ex \in E (V, p. 46, prop. 13). On a Tr⁡(u)=sup⁡J⊂I∑i∈J⟨ei∣u(ei)⟩\operatorname{Tr}(u) = \sup_{J \subset I} \sum_{i \in J} \langle e_i | u(e_i) \rangle, où J parcourt l’ensemble des parties finies de I, d’où aussitôt

Tr⁡(u)=sup⁡αTr⁡(uα)pouru=sup⁡αuα. \operatorname{Tr}(u) = \sup_\alpha \operatorname{Tr}(u_\alpha) \quad \text{pour} \quad u = \sup_\alpha u_\alpha .

Soit pFp_F l’orthoprojecteur de E sur un sous-espace hilbertien F ; il existe une base orthonormale (ei)i∈I(e_i)_{i \in I} de E et une partie J de I, telles que (ei)i∈J(e_i)_{i \in J} soit une base orthonormale de F. On a Tr⁡(pFupF)=∑i∈J⟨ei∣u(ei)⟩\operatorname{Tr}(p_F u p_F) = \sum_{i \in J} \langle e_i | u(e_i) \rangle. Cette formule a deux conséquences : tout d’abord, on a Tr⁡(pFupF)≤Tr⁡(u)\operatorname{Tr}(p_F u p_F) \leq \operatorname{Tr}(u); puis prenant u=1Eu = 1_E, on obtient

Tr⁡(pF)={dim⁡Fsi F est de dimension finie+∞sinon. \operatorname{Tr}(p_F) = \begin{cases} \dim F & \text{si } F \text{ est de dimension finie} \\ + \infty & \text{sinon} . \end{cases}

Définition 8

Soit E un espace hilbertien complexe. On note L1(E)\mathscr{L}^1(E) le sous-espace vectoriel de L(E)\mathscr{L}(E) engendré par l’ensemble des endomorphismes continus, positifs et de trace finie de E.

D’après la formule (25) de V, p. 49, la trace s’étend en une forme linéaire sur L1(E)\mathscr{L}^1(E), notée encore Tr, et satisfaisant à la relation Tr⁡(u)=∑i∈I⟨ei∣u(ei)⟩\operatorname{Tr}(u) = \sum_{i \in I} \langle e_i | u(e_i) \rangle pour tout uu dans L1(E)\mathscr{L}^1(E) et toute base orthonormale (ei)i∈I(e_i)_{i \in I} de E. Pour tout u∈L1(E)u \in \mathscr{L}^1(E), on a u∗∈L1(E)u^* \in \mathscr{L}^1(E) et Tr⁡(u∗)=Tr⁡(u)‾\operatorname{Tr}(u^*) = \overline{\operatorname{Tr}(u)}. La formule (28) de V, p. 49 s’étend au cas où uu appartient à L1(E)\mathscr{L}^1(E). Soit F un sous-espace hilbertien de E ; d’après la formule (30), l’orthoprojecteur pFp_F appartient à L1(E)\mathscr{L}^1(E) si et seulement si F est de dimension finie. Quels que soient aa et bb dans E, on a 4ab∗=∑ε4=1ε(a+εb)(a+εb)∗4ab^* = \sum_{\varepsilon^4 = 1} \varepsilon(a + \varepsilon b)(a + \varepsilon b)^* et cc∗cc^* est un opérateur positif de trace finie pour tout c∈Ec \in E; par suite, si uu est un endomorphisme continu de rang fini de E, on a u∈L1(E)u \in \mathscr{L}^1(E) et Tr⁡(u)=τ(u)\operatorname{Tr}(u) = \tau(u).

Soit E un espace hilbertien réel, et soit E(c)E_{(c)} son complexifié (V, p. 5). Identifions E à un sous-ensemble de E(c)E_{(c)}. Alors L(E)\mathscr{L}(E) s’identifie au sous-espace vectoriel réel de L(E(c))\mathscr{L}(E_{(c)}) formé des applications linéaires continues uu de E(c)E_{(c)} dans E(c)E_{(c)} telles que u(E)⊂Eu(E) \subset E. On posera dans ce cas L1(E)=L(E)∩L1(E(c))\mathscr{L}^1(E) = \mathscr{L}(E) \cap \mathscr{L}^1(E_{(c)}). Pour tout u∈L1(E)u \in \mathscr{L}^1(E), la trace Tr⁡(u)\operatorname{Tr}(u) est réelle et égale à Tr⁡(u∗)\operatorname{Tr}(u^*). Les formules (25) et (28) sont encore valables, on a Lf(E)⊂L1(E)\mathscr{L}_f(E) \subset \mathscr{L}^1(E) et Tr⁡(u)=τ(u)\operatorname{Tr}(u) = \tau(u) pour tout u∈Lf(E)u \in \mathscr{L}_f(E). Enfin, un sous-espace vectoriel fermé F de E est de dimension finie si et seulement si pFp_F appartient à L1(E)\mathscr{L}^1(E).

\* Remarque 1. — Nous définirons ultérieurement la notion d’application nucléaire d’un espace de Banach E dans un espace de Banach F. On montrera alors que L1(E)\mathscr{L}^1(E) se compose des applications nucléaires de E dans E, que E soit un espace hilbertien réel ou complexe. \*

Proposition 14

Soient E1,…,EnE_1, \ldots, E_n des espaces hilbertiens, E=E1⊗^2⋯⊗^2EnE = E_1 \hat{\otimes}_2 \cdots \hat{\otimes}_2 E_n, et uiu_i un endomorphisme continu de EiE_i pour 1≤i≤n1 \leq i \leq n. Si u1,…,unu_1, \ldots, u_n sont positifs, il en est de même de u=u1⊗^2⋯⊗^2unu = u_1 \hat{\otimes}_2 \cdots \hat{\otimes}_2 u_n et l’on a

Tr⁡(u)=∏i=1nTr⁡(ui). \operatorname{Tr}(u) = \prod_{i=1}^n \operatorname{Tr}(u_i) .

Si l’on a ui∈L1(Ei)u_i \in \mathscr{L}^1(E_i) pour 1≤i≤n1 \leq i \leq n, on a u∈L1(E)u \in \mathscr{L}^1(E) et la formule (31) est encore valable dans ce cas.

Procédant par récurrence sur nn, on se ramène aussitôt au cas n=2n = 2.

Pour i=1,2i = 1, 2, définissons une forme sesquilinéaire Φi\Phi_i sur EiE_i par la formule Φi(x,y)=⟨x∣ui(y)⟩\Phi_i(x, y) = \langle x|u_i(y) \rangle pour x,yx, y dans EiE_i. Si u1u_1 et u2u_2 sont positifs, les formes Φ1\Phi_1 et Φ2\Phi_2 sont hermitiennes et positives. D’après la prop. 1 de V, p. 25, il existe une forme hermitienne positive Φ\Phi sur l’espace vectoriel E1⊗E2E_1 \otimes E_2 telle que

Φ(x1⊗x2,y1⊗y2)=Φ1(x1,y1)⋅Φ2(x2,y2) \Phi(x_1 \otimes x_2, y_1 \otimes y_2) = \Phi_1(x_1, y_1) \cdot \Phi_2(x_2, y_2)

pour x1,y1x_1, y_1 dans E1E_1 et x2,y2x_2, y_2 dans E2E_2. On vérifie aussitôt que l’on a la relation Φ(z,t)=⟨z∣u(t)⟩\Phi(z, t) = \langle z|u(t) \rangle pour zz et tt dans E1⊗E2E_1 \otimes E_2. Comme Φ\Phi est positive, on a donc ⟨z∣u(z)⟩≥0\langle z|u(z) \rangle \geq 0 pour tout zz dans E1⊗E2E_1 \otimes E_2. Comme uu est continu et que E1⊗E2E_1 \otimes E_2 est dense dans l’espace hilbertien E=E1⊗^2E2E = E_1 \hat{\otimes}_2 E_2, on conclut que uu est un endomorphisme continu et positif de EE.

Soient (ei)i∈I(e_i)_{i \in I} une base orthonormale de E1E_1 et (fj)j∈J(f_j)_{j \in J} une base orthonormale de E2E_2; alors la famille (ei⊗fj)i∈I,j∈J(e_i \otimes f_j)_{i \in I, j \in J} est une base orthonormale de EE et l’on a donc

Tr⁡(u)=∑i∈I∑j∈J⟨ei⊗fj∣u(ei⊗fj)⟩=∑i∈I∑j∈J⟨ei∣u1(ei)⟩⋅⟨fj∣u2(fj)⟩=Tr⁡(u1)⋅Tr⁡(u2). \begin{align*} \operatorname{Tr}(u) &= \sum_{i \in I} \sum_{j \in J} \langle e_i \otimes f_j|u(e_i \otimes f_j) \rangle \\ &= \sum_{i \in I} \sum_{j \in J} \langle e_i|u_1(e_i) \rangle \cdot \langle f_j|u_2(f_j) \rangle \\ &= \operatorname{Tr}(u_1) \cdot \operatorname{Tr}(u_2) . \end{align*}

En particulier, si u1u_1 et u2u_2 sont des endomorphismes positifs de trace finie, il en est de même de uu. Par linéarité, on déduit de là que uu appartient à L1(E)\mathscr{L}^1(E) lorsque K=CK = \mathbf{C} et que uiu_i appartient à L1(Ei)\mathscr{L}^1(E_i) pour i=1,2i = 1, 2; la formule (31) s’étend à ce cas par linéarité. Enfin, le cas où K=RK = \mathbf{R} et ui∈L1(Ei)u_i \in \mathscr{L}^1(E_i) se ramène au cas complexe par extension des scalaires.

Remarque 2

Soit EE un espace hilbertien, somme hilbertienne d’une famille (Ei)i∈I(E_i)_{i \in I} de sous-espaces hilbertiens. Soit uu un élément de L(E)\mathscr{L}(E) tel que u(Ei)⊂Eiu(E_i) \subset E_i pour tout i∈Ii \in I; soit uiu_i l’élément de L(Ei)\mathscr{L}(E_i) qui coïncide avec uu sur EiE_i. On a alors Tr⁡(u)=∑i∈ITr⁡(ui)\operatorname{Tr}(u) = \sum_{i \in I} \operatorname{Tr}(u_i) lorsque uu est positif, ou appartient à L1(E)\mathscr{L}^1(E) : cette relation se déduit de la formule (25) de V, p. 49 appliquée à une base orthonormale de EE réunion de bases orthonormales de chacun des EiE_i.

7. Applications de Hilbert-Schmidt

Définition 9

Soient EE et FF deux espaces hilbertiens. On appelle application de Hilbert-Schmidt de EE dans FF toute application linéaire continue u:E→Fu : E \to F telle que la trace de l’endomorphisme positif u∗uu^*u de EE soit finie. L’ensemble des applications de Hilbert-Schmidt de EE dans FF se note L2(E;F)\mathscr{L}^2(E ; F).

Lorsque E=FE = F, on écrit L2(E)\mathscr{L}^2(E) pour L2(E;E)\mathscr{L}^2(E ; E).

Pour tout u∈L(E;F)u \in \mathscr{L}(E; F), on pose ∥u∥2=Tr⁡(u∗u)1/2\|u\|_2 = \operatorname{Tr}(u^*u)^{1/2}, de sorte que uu appartient à L2(E;F)\mathscr{L}^2(E; F) si et seulement si ∥u∥2\|u\|_2 est fini. D’après la définition de la trace, on a

∥u∥22=sup⁡x1,…,xm∑i=1m∥u(xi)∥2 \|u\|_2^2 = \sup_{x_1, \ldots, x_m} \sum_{i=1}^m \|u(x_i)\|^2

où (x1,…,xm)(x_1, \ldots, x_m) parcourt l’ensemble des suites orthonormales finies dans E. Comme on peut prendre en particulier m=1m = 1 dans la formule (32), on a

∥u∥≤∥u∥2(u∈L(E;F)). \|u\| \leq \|u\|_2 \quad (u \in \mathscr{L}(E; F)) .

Soient (ei)i∈I(e_i)_{i \in I} une base orthonormale de E et (fj)j∈J(f_j)_{j \in J} une base orthonormale de F. D’après la formule (25) de V, p. 49 et la relation de Parseval (V, p. 22), on a

∥u∥22=∑i∈I∥u(ei)∥2=∑i,j∣⟨fj∣u(ei)⟩∣2. \|u\|_2^2 = \sum_{i \in I} \|u(e_i)\|^2 = \sum_{i,j} |\langle f_j | u(e_i) \rangle|^2 .

Comme on a ∣⟨fj∣u(ei)⟩∣=∣⟨ei∣u∗(fj)⟩∣|\langle f_j | u(e_i) \rangle| = |\langle e_i | u^*(f_j) \rangle|, la formule (34) entraîne

∥u∗∥2=∥u∥2; \|u^*\|_2 = \|u\|_2 ;

par suite, l’adjoint d’une application de Hilbert-Schmidt est une application de Hilbert-Schmidt. Soient E1,F1E_1, F_1 des espaces hilbertiens et v:E1→E,w:F→F1v : E_1 \to E, w : F \to F_1 des applications linéaires continues. De (32), on déduit aussitôt

∥wu∥2≤∥w∥⋅∥u∥2. \|wu\|_2 \leq \|w\| \cdot \|u\|_2 .

D’après (35), (36) et la relation uv=(v∗u∗)∗uv = (v^*u^*)^*, on obtient

∥uv∥2≤∥u∥2∥v∥. \|uv\|_2 \leq \|u\|_2 \|v\| .

En particulier, si uu appartient à L2(E;F)\mathscr{L}^2(E; F), alors wuwwuw appartient à L2(E1;F1)\mathscr{L}^2(E_1; F_1).

Théorème 1

Soient E et F deux espaces hilbertiens.

(i) L’ensemble L2(E;F)\mathscr{L}^2(E; F) est un sous-espace vectoriel de L(E;F)\mathscr{L}(E; F) et u↦∥u∥2u \mapsto \|u\|_2 est une norme hilbertienne (V, p. 6) sur L2(E;F)\mathscr{L}^2(E; F).

(ii) L’isomorphisme θ\theta de F⊗E′F \otimes E' sur Lf(E;F)\mathscr{L}_f(E; F) caractérisé par θ(y⊗x∗)=yx∗\theta(y \otimes x^*) = yx^* se prolonge en un isomorphisme θ^\hat{\theta} de F⊗2E′F \otimes_2 E' sur L2(E;F)\mathscr{L}^2(E; F). En particulier, Lf(E;F)\mathscr{L}_f(E; F) est dense dans L2(E;F)\mathscr{L}^2(E; F).

Soit (ei)i∈I(e_i)_{i \in I} (resp. (fj)j∈J(f_j)_{j \in J}) une base orthonormale de E (resp. F). Pour tout u∈L(E;F)u \in \mathscr{L}(E; F), soit Λ(u)\Lambda(u) la matrice de uu par rapport aux bases orthonormales choisies pour E et F (V, p. 22). On note ∥a∥2\|a\|_2 la norme d’un élément aa de l’espace hilbertien ℓ2(J×I)\ell^2(J \times I). D’après la formule (34), Λ\Lambda est une application de L2(E;F)\mathscr{L}^2(E; F) dans ℓ2(J×I)\ell^2(J \times I) telle que ∥Λ(u)∥2=∥u∥2\|\Lambda(u)\|_2 = \|u\|_2; il est clair que Λ\Lambda est injective. Pour prouver (i), il suffit donc de montrer que Λ\Lambda est surjective. Soit a=(aji)a = (a_{ji}) un élément de ℓ2(J×I)\ell^2(J \times I); d’après l’inégalité de Cauchy-Schwarz, on a

∣∑j,iηj‾ajiξi∣2≤∑j,i∣aji∣2∑j,i∣ηj‾ξi∣2=∥a∥22∥ξ∥2∥η∥2 |\sum_{j,i} \overline{\eta_j} a_{ji} \xi_i|^2 \leq \sum_{j,i} |a_{ji}|^2 \sum_{j,i} |\overline{\eta_j} \xi_i|^2 = \|a\|_2^2 \|\xi\|^2 \|\eta\|^2

quels que soient ξ=(ξi)\xi = (\xi_i) dans ℓ2(I)\ell^2(I) et η=(ηj)\eta = (\eta_j) dans ℓ2(J)\ell^2(J). Il existe donc une forme sesquilinéaire continue Φ\Phi sur F×EF \times E telle que Φ(y,x)=∑j,iη‾jajiξi\Phi(y, x) = \sum_{j,i} \overline{\eta}_j a_{ji} \xi_i pour x=∑iξieix = \sum_i \xi_i e_i dans EE et y=∑jηjfjy = \sum_j \eta_j f_j dans FF. Soit u∈L(E;F)u \in \mathscr{L}(E; F) tel que Φ(y,x)=⟨y∣u(x)⟩\Phi(y, x) = \langle y|u(x) \rangle (V, p. 16, cor. 2). On a

aji=Φ(fj,ei)=⟨fj∣u(ei)⟩pouri∈I,j∈J, a_{ji} = \Phi(f_j, e_i) = \langle f_j|u(e_i) \rangle \quad \text{pour} \quad i \in I, j \in J,

d'où a=Λ(u)a = \Lambda(u).

Comme Λ\Lambda est un isomorphisme d'espaces hilbertiens de L2(E;F)\mathscr{L}^2(E; F) sur ℓ2(J×I)\ell^2(J \times I) et que (fj⊗ei∗)(f_j \otimes e_i^*) est une base orthonormale de F⊗^2E′F \hat{\otimes}_2 E', il existe un isomorphisme θ^\hat{\theta} de F⊗^2E′F \hat{\otimes}_2 E' sur L2(E;F)\mathscr{L}^2(E; F) tel que

⟨fj∣θ^(t) ei⟩=⟨fj⊗ei∗∣t⟩ \langle f_j|\hat{\theta}(t)\,e_i \rangle = \langle f_j \otimes e_i^*|t \rangle

quels que soient i∈I,j∈Ji \in I, j \in J et t∈F⊗^2E′t \in F \hat{\otimes}_2 E'. En particulier pour t=y⊗x∗t = y \otimes x^*, on trouve

⟨fj∣θ^(y⊗x∗) ei⟩=⟨fj⊗ei∗∣y⊗x∗⟩=⟨fj∣y⟩⟨x∣ei⟩=⟨fj∣yx∗ei⟩ \langle f_j|\hat{\theta}(y \otimes x^*)\,e_i \rangle = \langle f_j \otimes e_i^*|y \otimes x^* \rangle = \langle f_j|y \rangle \langle x|e_i \rangle = \langle f_j|yx^*e_i \rangle

d'où θ^(y⊗x∗)=yx∗\hat{\theta}(y \otimes x^*) = yx^*. Ceci prouve (ii). C.Q.F.D.

Exemple 1

Soient I et J deux ensembles. D'après la démonstration ci-dessus, pour qu'une application uu de ℓ2(I)\ell^2(I) dans ℓ2(J)\ell^2(J) soit de Hilbert-Schmidt, il faut et il suffit qu'il existe une matrice (aji)(a_{ji}) dans ℓ2(J×I)\ell^2(J \times I) telle que l'on ait u(ξ)j=∑i∈Iajiξiu(\xi)_j = \sum_{i \in I} a_{ji} \xi_i pour tout ξ=(ξi)\xi = (\xi_i) dans ℓ2(I)\ell^2(I).

Exemple 2

\* Soient X et Y deux espaces topologiques séparés, munis respectivement de mesures positives μ\mu et ν\nu. On peut montrer que les applications de Hilbert-Schmidt de L2(X)\mathscr{L}^2(X) dans L2(Y)\mathscr{L}^2(Y) correspondent bijectivement aux classes de fonctions de carré intégrable dans Y×XY \times X : à la classe de la fonction N∈L2(Y×X,ν⊗μ)N \in \mathscr{L}^2(Y \times X, \nu \otimes \mu) correspond l'application uNu_N donnée par

(uNf)(y)=∫XN(y,x)f(x) dμ(x) (u_N f)(y) = \int_X N(y, x) f(x) \, d\mu(x)

pour ν\nu-presque tout y∈Yy \in Y et f∈L2(X,μ)f \in \mathscr{L}^2(X, \mu). On a

∥uN∥22=∫X∫Y∣N(y,x)∣2 dμ(x) dν(y)⋅∗ \|u_N\|^2_2 = \int_X \int_Y |N(y, x)|^2 \, d\mu(x) \, d\nu(y) \cdot *

Remarque 1

Supposons K=CK = \mathbf{C}. Soient uu et vv dans L2(E;F)\mathscr{L}^2(E; F). On a la relation 4u∗v=∑ε4=1ε‾(u+εv)∗(u+εv)4u^*v = \sum_{\varepsilon^4 = 1} \overline{\varepsilon}(u + \varepsilon v)^*(u + \varepsilon v), donc u∗vu^*v appartient à L1(E)\mathscr{L}^1(E). Le produit scalaire dans l'espace hilbertien L2(E;F)\mathscr{L}^2(E; F) est donné par

⟨u∣v⟩=Tr⁡(u∗v) \langle u|v \rangle = \operatorname{Tr}(u^*v)

car cette formule définit une forme hermitienne sur L2(E;F)\mathscr{L}^2(E; F) et l'on a ⟨u∣u⟩=∥u∥22\langle u|u \rangle = \|u\|^2_2.

Si u∈L2(E;F)u \in \mathscr{L}^2(E ; F) et v∈L2(F;E)v \in \mathscr{L}^2(F ; E), alors vuvu appartient à L1(E)\mathscr{L}^1(E) et uvuv à L1(F)\mathscr{L}^1(F) d’après ce qui précède ; en outre on a

Tr(uv)=Tr(vu). \text{Tr}(uv) = \text{Tr}(vu) .

Par linéarité et continuité, il suffit en effet de vérifier cette formule lorsque u=y1x1∗u = y_1 x_1^* et v=x2y2∗v = x_2 y_2^* (avec x1,x2x_1, x_2 dans EE, y1,y2y_1, y_2 dans FF) ; mais alors uvuv est l’application y↦y1⟨x1∣x2⟩⟨y2∣y⟩y \mapsto y_1 \langle x_1 | x_2 \rangle \langle y_2 | y \rangle et vuvu l’application x↦x2⟨y2∣y1⟩⟨x1∣x⟩x \mapsto x_2 \langle y_2 | y_1 \rangle \langle x_1 | x \rangle, et (42) résulte de la formule (22) de V, p. 48.

Par suite, si u1,u2u_1, u_2 sont deux éléments de L2(E;F)\mathscr{L}^2(E ; F), on a, dans l’espace hilbertien L2(F;E)\mathscr{L}^2(F ; E),

⟨u1∗∣u2∗⟩=Tr(u1u2∗)=Tr(u2∗u1)=⟨u2∣u1⟩=⟨u1∣u2⟩‾; \langle u_1^* | u_2^* \rangle = \text{Tr}(u_1 u_2^*) = \text{Tr}(u_2^* u_1) = \langle u_2 | u_1 \rangle = \overline{\langle u_1 | u_2 \rangle} ;

autrement dit, u↦u∗u \mapsto u^* est un isomorphisme de l’espace hilbertien L2(E;F)\mathscr{L}^2(E ; F) sur le conjugué (V, p. 6) de l’espace hilbertien L2(F;E)\mathscr{L}^2(F ; E). Si on identifie ce conjugué au dual de L2(F;E)\mathscr{L}^2(F ; E) (V, p. 15), on voit que L2(E;F)\mathscr{L}^2(E ; F) s’identifie au dual de L2(F;E)\mathscr{L}^2(F ; E), la forme bilinéaire canonique (v,u)↦⟨v,u⟩(v, u) \mapsto \langle v, u \rangle s’identifiant à (v,u)↦Tr(vu)(v, u) \mapsto \text{Tr}(vu).

Remarque 2

Supposons K=RK = \mathbf{R}. On laisse au lecteur le soin de vérifier que les formules (40) et (41) sont encore valables, et de montrer que L2(E;F)\mathscr{L}^2(E ; F) s’identifie au dual de L2(F;E)\mathscr{L}^2(F ; E) au moyen de la forme bilinéaire (u,v)↦Tr(uv)(u, v) \mapsto \text{Tr}(uv).

8. Diagonalisation des applications de Hilbert-Schmidt

Théorème 2

Soient EE et FF deux espaces hilbertiens et uu une application de Hilbert-Schmidt de EE dans FF. Il existe une base orthonormale (ei)i∈I(e_i)_{i \in I} de EE transformée par uu en une famille orthogonale dans FF.

On note BB la boule unité (fermée) de EE, qu’on munit de la topologie affaiblie ; c’est un espace compact (V, p. 17). On pose Q(x)=∥u(x)∥2Q(x) = \|u(x)\|^2 pour tout x∈Bx \in B. Enfin, on note PP l’ensemble des vecteurs xx de EE satisfaisant à la propriété suivante :

(H) Pour tout y∈Ey \in E orthogonal à xx, l’élément u(y)u(y) de FF est orthogonal à u(x)u(x).

Lemme 4

La fonction Q:B→RQ : B \to \mathbf{R} est continue.

Soit (fj)j∈J(f_j)_{j \in J} une base orthonormale de FF. Posons λj=∥u∗(fj)∥2\lambda_j = \|u^*(f_j)\|^2 pour tout j∈Jj \in J. Comme uu appartient à L2(E;F)\mathscr{L}^2(E ; F), on a u∗∈L2(F;E)u^* \in \mathscr{L}^2(F ; E), d’où ∑jλj<+∞\sum_j \lambda_j < + \infty. Par ailleurs, on a

Q(x)=∥u(x)∥2=∑j∣⟨u∗(fj)∣x⟩∣2 Q(x) = \|u(x)\|^2 = \sum_j |\langle u^*(f_j) | x \rangle|^2

d’après la relation de Parseval (V, p. 22) et la définition de l’adjoint (V, p. 38). Pour tout x∈Bx \in B, on a ∣⟨u∗(fj)∣x⟩∣2≤λj|\langle u^*(f_j) | x \rangle|^2 \leq \lambda_j d’après l’inégalité de Cauchy-Schwarz ; par suite, la convergence de la somme dans la formule (43) est uniforme sur BB, d’où le lemme 4 (TG, X, p. 9).

Lemme 5

Soit E1E_1 un sous-espace vectoriel fermé de EE, stable par u∗uu^*u. Si E1≠{0}E_1 \neq \{0\}, il existe dans E1∩PE_1 \cap P un vecteur de norme 1.

Comme B est faiblement compacte, il en est de même du sous-espace faiblement fermé B∩E1B \cap E_1 de B. Il existe donc (TG, IV, p. 27) un point x0x_0 de B∩E1B \cap E_1 tel que Q(x0)≥Q(x)Q(x_0) \geq Q(x) pour tout x∈B∩E1x \in B \cap E_1. Si Q(x0)=0Q(x_0) = 0, on a Q(x)=0Q(x) = 0 d'où u(x)=0u(x) = 0 pour tout x∈B∩E1x \in B \cap E_1. On a alors E1⊂PE_1 \subset P, d'où le lemme 5 dans ce cas.

Supposons que l'on ait Q(x0)>0Q(x_0) > 0, d'où x0≠0x_0 \neq 0. Comme le vecteur ∥x0∥−1⋅x0\|x_0\|^{-1} \cdot x_0 appartient à B∩E1B \cap E_1, on a

Q(x0)≥Q(∥x0∥−1⋅x0)=Q(x0)/∥x0∥2 Q(x_0) \geq Q(\|x_0\|^{-1} \cdot x_0) = Q(x_0)/\|x_0\|^2

d'où ∥x0∥=1\|x_0\| = 1. Prouvons que x0x_0 appartient à PP; soit donc y∈Ey \in E orthogonal à x0x_0. Il s'agit de prouver que u(y)u(y) est orthogonal à u(x0)u(x_0). Or yy est somme d'un vecteur de E1E_1 et d'un vecteur orthogonal à E1E_1, tous deux orthogonaux à x0x_0 (car on a x0∈E1x_0 \in E_1) ; il suffit donc de considérer les deux cas suivants :

a) yy est orthogonal à E1E_1 : comme E1E_1 est stable par u∗uu^*u, on a u∗u(x0)∈E1u^*u(x_0) \in E_1, d'où 0=⟨y∣u∗u(x0)⟩=⟨u(y)∣u(x0)⟩0 = \langle y|u^*u(x_0)\rangle = \langle u(y)|u(x_0)\rangle.

b) yy appartient à E1E_1 : pour tout t∈Rt \in \mathbf{R}, le vecteur x(t)=(x0+ty)/∥x0+ty∥x(t) = (x_0 + ty)/\|x_0 + ty\| appartient à B∩E1B \cap E_1. On a Q(x(t))=f(t)/g(t)Q(x(t)) = f(t)/g(t) avec

f(t)=∥u(x0)∥2+2tℜ⟨u(x0)∣u(y)⟩+t2∥u(y)∥2g(t)=1+t2∥y∥2. f(t) = \|u(x_0)\|^2 + 2t \Re \langle u(x_0)|u(y)\rangle + t^2 \|u(y)\|^2 \\ g(t) = 1 + t^2 \|y\|^2 .

Vu la définition de x0x_0, on a Q(x(0))≥Q(x(t))Q(x(0)) \geq Q(x(t)) pour tout tt réel, donc ddtQ(x(t))\frac{d}{dt} Q(x(t)) s'annule pour t=0t = 0. Or on a f(0)=∥u(x0)∥2,g(0)=1,f′(0)=2ℜ⟨u(x0)∣u(y)⟩,g′(0)=0f(0) = \|u(x_0)\|^2, g(0) = 1, f'(0) = 2 \Re \langle u(x_0)|u(y)\rangle, g'(0) = 0. Comme on a

ddtQ(x(t))=f′(t)g(t)−f(t)g′(t)g(t)2, \frac{d}{dt} Q(x(t)) = \frac{f'(t) g(t) - f(t) g'(t)}{g(t)^2} ,

on en conclut f′(0)=0f'(0) = 0, c'est-à-dire ℜ⟨u(x0)∣u(y)⟩=0\Re \langle u(x_0)|u(y)\rangle = 0. Lorsque K=RK = \mathbf{R}, u(x0)u(x_0) est donc orthogonal à u(y)u(y); lorsque K=CK = \mathbf{C}, le vecteur iyiy appartient à E1E_1 et est orthogonal à x0x_0, d'où ℑ⟨u(x0)∣u(y)⟩=−ℜ⟨u(x0)∣u(iy)⟩=0\Im \langle u(x_0)|u(y)\rangle = - \Re \langle u(x_0)|u(iy)\rangle = 0, et finalement u(x0)u(x_0) est orthogonal à u(y)u(y). Ceci prouve le lemme 5.

Prouvons le th. 2. Par application du th. 1 de E, III, p. 35, on voit comme dans V, p. 23, qu'il existe un ensemble S maximal parmi les parties orthonormales de E contenues dans P. Soit E1E_1 l'ensemble des vecteurs de E orthogonaux à S. Soit y∈E1y \in E_1; si x∈Sx \in S, les vecteurs xx et yy sont orthogonaux, et comme on a S⊂PS \subset P, on en déduit que u(x)u(x) et u(y)u(y) sont orthogonaux ; on a donc

⟨x∣u∗u(y)⟩=⟨u(x)∣u(y)⟩=0 \langle x|u^*u(y)\rangle = \langle u(x)|u(y)\rangle = 0

et u∗u(y)u^*u(y) est orthogonal à S. Donc E1E_1 est stable par u∗uu^*u. Si l'on avait E1≠{0}E_1 \neq \{0\}, il existerait dans E1∩PE_1 \cap P un vecteur xx de norme 1 (lemme 5) et S∪{x}S \cup \{x\} serait une partie orthonormale de E, contenue dans P. Ceci contredit le caractère maximal de S. On a donc E1={0}E_1 = \{0\} et S est une base orthonormale de E.

Corollaire 1

Soit v un endomorphisme continu, positif et de trace finie de l’espace hilbertien E. Il existe une base orthonormale (ei)i∈I(e_i)_{i\in I} de E et une famille sommable de nombres réels positifs (λi)i∈I(\lambda_i)_{i\in I} telles que v(ei)=λieiv(e_i) = \lambda_i e_i pour tout i∈Ii \in I.

Posons Φ(x,y)=⟨x∣v(y)⟩\Phi(x, y) = \langle x|v(y)\rangle pour x,yx, y dans E. Alors Φ\Phi est une forme hermitienne positive sur E. Il existe donc (V, p. 8, corollaire) un espace hilbertien F et une application linéaire continue uu de E dans F tels que Φ(x,y)=⟨u(x)∣u(y)⟩\Phi(x, y) = \langle u(x)|u(y)\rangle pour x,yx, y dans E. Autrement dit, on a v=u∗uv = u^*u. En vertu de la déf. 9 (V, p. 51), uu est une application de Hilbert-Schmidt de E dans F. D’après le th. 2, il existe une base orthonormale (ei)i∈I(e_i)_{i\in I} de E telle que les vecteurs u(ei)u(e_i) soient deux à deux orthogonaux. Soit i∈Ii \in I; pour tout j≠ij \neq i dans I, on a donc

⟨ej∣v(ei)⟩=⟨u(ej)∣u(ei)⟩=0 \langle e_j|v(e_i)\rangle = \langle u(e_j)|u(e_i)\rangle = 0
donc v(ei)v(e_i) est proportionnel à eie_i, de la forme λiei\lambda_i e_i. On a λi=⟨ei∣v(ei)⟩\lambda_i = \langle e_i|v(e_i)\rangle, donc
λi⩾0et∑i∈Iλi=Tr⁡(v)<+∞. \lambda_i \geqslant 0 \quad \text{et} \quad \sum_{i\in I} \lambda_i = \operatorname{Tr}(v) < +\infty .

Corollaire 2

Soit E un espace hilbertien. On a L1(E)⊂L2(E)\mathscr{L}^1(E) \subset \mathscr{L}^2(E).

Le cas réel se ramenant au cas complexe par extension des scalaires, nous pouvons supposer que l’on a K=C\mathbf{K} = \mathbf{C}.

Comme L2(E)\mathscr{L}^2(E) est un sous-espace vectoriel de L(E)\mathscr{L}(E), il suffit de prouver que tout endomorphisme continu et positif de trace finie vv de E appartient à L2(E)\mathscr{L}^2(E). Avec les notations du cor. 1, on a

∑i∈I∥v(ei)∥2=∑i∈Iλi2≤(∑iλi)2<+∞. \sum_{i\in I} \|v(e_i)\|^2 = \sum_{i\in I} \lambda_i^2 \leq (\sum_i \lambda_i)^2 < +\infty .

Corollaire 3

Soit v un endomorphisme continu, positif et de trace finie de l’espace hilbertien E. Il existe un endomorphisme de Hilbert-Schmidt positif w de E tel que v=w2v = w^2 et que vv commute à ww.

Avec les notations du cor. 1, il suffit de considérer l’endomorphisme ww qui transforme le vecteur ∑i∈Iξiei\sum_{i\in I} \xi_i e_i en le vecteur ∑iλi1/2ξiei\sum_i \lambda_i^{1/2} \xi_i e_i.

Remarque

Avec les notations du th. 2, soit J l’ensemble des i∈Ii \in I tels que u(ei)≠0u(e_i) \neq 0. Pour tout i∈Ji \in J, posons λ^i=∥u(ei)∥\hat{\lambda}_i = \|u(e_i)\| et fi=λ^i−1u(ei)f_i = \hat{\lambda}_i^{-1} u(e_i). Alors (ei)i∈J(e_i)_{i\in J} (resp. (fi)i∈J(f_i)_{i\in J}) est une base orthonormale du sous-espace initial (resp. final) de uu, on a u(ei)=λifiu(e_i) = \lambda_i f_i pour tout i∈Ji \in J et ∑i∈Jλi2=∥u∥22\sum_{i\in J} \lambda_i^2 = \|u\|_2^2 est fini.

9. Trace d’une forme quadratique par rapport à une autre

Dans ce numéro, on note E un espace vectoriel réel et Q, H deux formes quadratiques positives sur E. Il existe deux formes bilinéaires symétriques (x,y)↦⟨x∣y⟩Q(x, y) \mapsto \langle x|y\rangle_Q et (x,y)↦⟨x∣y⟩H(x, y) \mapsto \langle x|y\rangle_H sur E×EE \times E, caractérisées par

Q(x)=⟨x∣x⟩Q,H(x)=⟨x∣x⟩H Q(x) = \langle x|x\rangle_Q , \quad H(x) = \langle x|x\rangle_H
pour tout x∈Ex \in E.

On appelle trace de Q par rapport à H, et l’on note Tr(Q/H) le nombre réel positif, fini ou non, défini comme suit :

a) S’il existe x∈Ex \in E avec H(x)=0H(x) = 0 et Q(x)≠0Q(x) \neq 0, on pose Tr⁡(Q/H)=+∞\operatorname{Tr}(Q/H) = +\infty.

b) Dans le cas contraire, Tr⁡(Q/H)\operatorname{Tr}(Q/H) est la borne supérieure de l’ensemble des nombres de la forme ∑i=1mQ(xi)\sum_{i=1}^{m} Q(x_i), où (x1,…,xm)(x_1, \ldots, x_m) parcourt l’ensemble des suites finies d’éléments de E telles que ⟨xi∣xj⟩H=δij\langle x_i | x_j \rangle_H = \delta_{ij} (symbole de Kronecker).

Remarque 1

Pour tout sous-espace F de E, notons QFQ_F la restriction de Q à F et HFH_F celle de H. On a Tr⁡(QF/HF)≤Tr⁡(Q/H)\operatorname{Tr}(Q_F/H_F) \leq \operatorname{Tr}(Q/H) et Tr⁡(Q/H)\operatorname{Tr}(Q/H) est la borne supérieure de l’ensemble des nombres Tr⁡(QF/HF)\operatorname{Tr}(Q_F/H_F) où F parcourt l’ensemble des sous-espaces vectoriels de dimension finie de E.

Remarque 2

Soient E1E_1 un espace vectoriel réel, Q1Q_1 et H1H_1 deux formes quadratiques positives sur E1E_1 et π:E→E1\pi : E \to E_1 une application linéaire surjective. Si Q=Q1∘πQ = Q_1 \circ \pi et H=H1∘πH = H_1 \circ \pi, on a Tr⁡(Q/H)=Tr⁡(Q1/H1)\operatorname{Tr}(Q/H) = \operatorname{Tr}(Q_1/H_1).

Proposition 15

On suppose qu’il existe une structure d’espace hilbertien réel sur E telle que* H(x)=∥x∥2H(x) = \|x\|^2 pour tout x∈Ex \in E. Pour que Tr⁡(Q/H)\operatorname{Tr}(Q/H) soit fini, il faut et il suffit qu’il existe un endomorphisme continu et positif u de trace finie de E, tel que l’on ait Q(x)=⟨x∣u(x)⟩Q(x) = \langle x | u(x) \rangle pour tout x∈Ex \in E; cet endomorphisme u est unique, et l’on a

Tr⁡(u)=Tr⁡(Q/H)=∑i∈IQ(ei) \operatorname{Tr}(u) = \operatorname{Tr}(Q/H) = \sum_{i \in I} Q(e_i)

pour toute base orthonormale (ei)i∈I(e_i)_{i \in I} de E.

Supposons que Tr⁡(Q/H)\operatorname{Tr}(Q/H) soit fini. Pour tout x∈Ex \in E de norme 1, on a H(x)=1H(x) = 1, d’où Q(x)≤Tr⁡(Q/H)Q(x) \leq \operatorname{Tr}(Q/H). On a donc Q(x)≤Tr⁡(Q/H)⋅∥x∥2Q(x) \leq \operatorname{Tr}(Q/H) \cdot \|x\|^2 pour tout x∈Ex \in E, d’où

∣⟨x∣y⟩Q∣≤Q(x)1/2Q(y)1/2≤Tr⁡(Q∣H)⋅∥x∥⋅∥y∥ |\langle x | y \rangle_Q| \leq Q(x)^{1/2} Q(y)^{1/2} \leq \operatorname{Tr}(Q|H) \cdot \|x\| \cdot \|y\|

d’après l’inégalité de Cauchy-Schwarz. Par suite, la forme bilinéaire (x,y)↦⟨x∣y⟩Q(x, y) \mapsto \langle x | y \rangle_Q sur E×EE \times E est continue. Il existe donc (V, p. 16, cor. 2) une application u∈L(E)u \in \mathscr{L}(E) telle que ⟨x∣y⟩Q=⟨x∣u(y)⟩\langle x | y \rangle_Q = \langle x | u(y) \rangle. On a ⟨x∣y⟩Q=⟨y∣x⟩Q\langle x | y \rangle_Q = \langle y | x \rangle_Q pour x,yx, y dans EE, donc uu est hermitien ; on a ⟨x∣u(x)⟩=Q(x)≥0\langle x | u(x) \rangle = Q(x) \geq 0, donc uu est positif.

Réciproquement, soit uu un endomorphisme continu et positif de EE tel que Q(x)=⟨x∣u(x)⟩Q(x) = \langle x | u(x) \rangle pour tout x∈Ex \in E. On a

⟨x∣u(y)⟩=12(Q(x+y)−Q(x)−Q(y))=⟨x∣y⟩Q, \langle x | u(y) \rangle = \frac{1}{2}(Q(x + y) - Q(x) - Q(y)) = \langle x | y \rangle_Q,

d’où l’unicité de uu. D’après la formule (24 bis) (V, p. 49), on a

Tr⁡(u)=sup⁡x1,…,xm∑i=1m⟨xi∣u(xi)⟩=sup⁡x1,…,xm∑i=1mQ(xi), \operatorname{Tr}(u) = \sup_{x_1, \ldots, x_m} \sum_{i=1}^m \langle x_i | u(x_i) \rangle = \sup_{x_1, \ldots, x_m} \sum_{i=1}^m Q(x_i),

où (x1,…,xm)(x_1, \ldots, x_m) parcourt l’ensemble des suites orthonormales finies d’éléments de E. On a donc Tr⁡(u)=Tr⁡(Q/H)\operatorname{Tr}(u) = \operatorname{Tr}(Q/H) d’après la définition de Tr⁡(Q/H)\operatorname{Tr}(Q/H). Enfin, pour toute base orthonormale (ei)i∈I(e_i)_{i \in I} de E, on a Tr⁡(u)=∑i∈I⟨ei∣u(ei)⟩\operatorname{Tr}(u) = \sum_{i \in I} \langle e_i | u(e_i) \rangle d’après la formule (25) de V, p. 49, d’où Tr⁡(u)=∑i∈IQ(ei)\operatorname{Tr}(u) = \sum_{i \in I} Q(e_i).

C.Q.F.D.

Remarque 3

Soient E et F deux espaces hilbertiens et v une application linéaire, non nécessairement continue, de E dans F. Posons H(x) = \|x\|^2 et Q(x) = \|v(x)\|^2 pour tout x \in E. Il résulte de la prop. 15 que v est de Hilbert-Schmidt si et seulement si Tr(Q/H) est fini, et l’on a alors Tr(Q/H) = \|v\|_2^2.

Remarque 4

Supposons E de dimension finie. Lorsque la forme quadratique H est inversible, la prop. 15 s’applique. Soit (e_1, ..., e_n) une base de E. Posons q_{ij} = \langle e_i | e_j \rangle_Q et h_{ij} = \langle e_i | e_j \rangle_H et introduisons les matrices q = (q_{ij}) et h = (h_{ij}). Soit u l’endomorphisme de E tel que Q(x) = \langle x | u(x) \rangle_H pour tout x \in E. On a

⟨x∣y⟩Q=⟨x∣u(y)⟩H(x,y∈E), \langle x | y \rangle_Q = \langle x | u(y) \rangle_H \quad (x, y \in E),

et par suite la matrice de u par rapport à la base (e_1, ..., e_n) de E est égale à h^{-1} q. D’après la prop. 15, on a donc

(45)

Tr⁡(Q/H)=Tr⁡(h−1q)=Tr⁡(qh−1). \operatorname{Tr}(Q/H) = \operatorname{Tr}(h^{-1} q) = \operatorname{Tr}(qh^{-1}).

Si la base (e_1, ..., e_n) est orthonormale pour H, alors h est la matrice unité d’ordre n, et l’on a

Tr⁡(Q/H)=Tr⁡(q)=∑i=1nQ(ei); \operatorname{Tr}(Q/H) = \operatorname{Tr}(q) = \sum_{i=1}^n Q(e_i);

on retrouve donc la formule (44) dans ce cas.

Supposons maintenant que la forme quadratique H ne soit pas inversible. Soit N le noyau de H, et soit \pi l’application canonique de E sur E/N. Il existe une forme quadratique inversible H_1 sur E/N telle que H = H_1 \circ \pi. Soit (e_1, ..., e_m) une suite d’éléments de E telle que la suite (\pi(e_1), ..., \pi(e_m)) soit une base de E/N, orthonormale pour H_1. Soit (e_{m+1}, ..., e_n) une base de N. Alors (e_1, ..., e_n) est une base de E, et l’on a

(46)

H(ξ1e1+⋯+ξnen)=ξ12+⋯+ξm2 H(\xi_1 e_1 + \cdots + \xi_n e_n) = \xi_1^2 + \cdots + \xi_m^2

quels que soient les nombres réels \xi_1, ..., \xi_n.

Supposons que pour tout x \in E, la relation H(x) = 0 entraîne Q(x) = 0 ; autrement dit, supposons qu’il existe une forme quadratique Q_1 sur E/N telle que Q = Q_1 \circ \pi. D’après la remarque 2 et la prop. 15, on a

(47)

Tr⁡(Q/H)=Q(e1)+⋯+Q(em). \operatorname{Tr}(Q/H) = Q(e_1) + \cdots + Q(e_m).

Exercises

Exercices

See the exercises for § 4.

Transcribed from the printed volume. Not translated.