Espaces vectoriels topologiques, V, p. 73
Soit A=(αmn)(m,n)∈N×N une suite double de nombres complexes, qu’on appelle aussi matrice infinie. Pour tout point x=(xn) de l’espace somme directe C(N), les sommes ym=∑nαmnxn sont définies, et on note A.x le point (ym) de l’espace produit CN, de sorte que x↦A.x est une application linéaire de C(N) dans CN, et toute application linéaire de C(N) dans CN est de cette forme. On note En le sous-espace de C(N) engendré par les n premiers vecteurs de la base canonique, Pn la projection canonique de CN sur En; lorsqu’on munit En de la norme induite par celle de l’espace ℓ2C(N), on note ∥u∥ la norme d’une application linéaire u de l’espace hilbertien de dimension finie En dans lui-même. a) Pour que l’image de C(N) par l’application x↦A.x soit contenue dans ℓ2C(N) et que cette application se prolonge en une application linéaire continue de ℓ2C(N) dans lui-même, il faut et il suffit que les normes ∥PnAPn∥ soient bornées. Cela implique que les lignes et les colonnes de A appartiennent à ℓ2C(N) (exerc. 1). b) On désigne par A∗ la matrice infinie (αmn′), où αmn′=αnm. Si les colonnes de A appartiennent à ℓ2C(N) (autrement dit, si x↦A.x applique C(N) dans ℓ2C(N)), les séries βmn=∑pαpmαpn sont absolument convergentes, et on pose A∗A=(βmn). Montrer que pour que x↦A.x se prolonge en une application linéaire continue u de ℓ2C(N) dans lui-même, il faut et il suffit que les normes ∥Pn(A∗A)Pn∥ soient bornées (on a ⟨Pn(A∗A)Pn.x∣x⟩=∥APn.x∥2 pour tout x∈En). Alors x↦A∗A.x se prolonge en l’application hermitienne positive u∗u de ℓ2C(N) dans lui-même. c) Pour deux matrices infinies X=(ξmn), Y=(ηmn), on dit que le produit XY est défini si les séries ζmn=∑pξmpηpn sont absolument convergentes, et on pose alors XY=(ζmn). On dit qu’une puissance Xk (k entier > 1) est définie si Xk−1 et Xk−1X sont définies et on pose alors Xk=Xk−1X; on a dans ce cas XpXq=Xk pour tout couple d’entiers p,q tels que p+q=k. Si A est une matrice infinie dont les colonnes sont dans ℓ2C(N) et si le produit (A∗A)2 est défini, montrer que pour tout x∈En, on a ⟨(PnA∗APn)2.x∣x⟩≤⟨Pn(A∗A)2Pn.x∣x⟩, et en déduire que l’on a ∥PnA∗APn∥2≤∥Pn(A∗A)2Pn∥. d) Pour qu’une matrice infinie A soit telle que l’image de C(N) par x↦A.x soit contenue dans ℓ2C(N) et que x↦A.x se prolonge en une application linéaire continue de ℓ2C(N) dans lui-même, il faut et il suffit que les trois conditions suivantes soient vérifiées : (i) les lignes et les colonnes de A sont dans ℓ2C(N); (ii) les puissances (A∗A)k sont définies pour tout entier k>1; (iii) on a
nsup(msup∣((A∗A)mnn)1/n∣)<+∞ où
(A∗A)mnn désigne le terme d’indices
(m,m) de la matrice
(A∗A)n. (Observer que si
C est la matrice par rapport à la base canonique de
En d’un endomorphisme hermitien positif de
En, on a
∥C∥≤n⋅sup1≤i≤n∣Cii∣ en considérant la trace de
C et en diagonalisant
C. En utilisant l’inégalité prouvée dans c), montrer que l’on a
∥PnA∗APn∥≤n2−k1≤i≤nsup∣((A∗A)2k)ii∣2−k pour tout entier
k>1, si les conditions (i), (ii) et (iii) sont vérifiées.)