Bourbaki

§ 1. Comparaison des fonctions dans un ensemble filtré

Soit E un ensemble, filtré par un filtre de base F\mathfrak{F} (TG, I, p. 36); dans ce chapitre, nous considérerons des fonctions dont l’ensemble de définition est une partie de E appartenant à la base de filtre F\mathfrak{F} (partie dépendant de la fonction considérée) et qui prennent leurs valeurs, soit dans le corps R\mathbf{R} des nombres réels, soit plus généralement dans un espace vectoriel normé sur un corps valué (TG, IX, p. 32).

Dans les applications, E sera le plus souvent une partie d’un espace numérique Rn\mathbf{R}^n, ou de la droite achevée R‾\overline{\mathbf{R}}, et F\mathfrak{F} la trace sur E du filtre des voisinages d’un point adhérent à E, ou encore le filtre des complémentaires des ensembles relativement compacts dans E (« voisinages du point à l’infini »).

Il ne suffira pas en général de savoir qu’une telle fonction tend vers une limite donnée suivant F\mathfrak{F} pour pouvoir traiter tous les problèmes de « passage à la limite suivant F\mathfrak{F} » où interviennent des expressions formées avec cette fonction.

Par exemple, lorsque la variable réelle x tend vers +∞+\infty, les trois fonctions xx, x2x^2 et x\sqrt{x} tendent toutes trois vers +∞+\infty, mais, des expressions.

(x+1)2−x2,(x+1)−x,x+1−x (x+1)^2 - x^2,\quad (x+1) - x,\quad \sqrt{x+1} - \sqrt{x}

la première tend vers +∞+\infty, la seconde vers 1, la troisième vers 0.

Il importe donc de connaître, non seulement la valeur limite d’une fonction suivant F\mathfrak{F} (lorsque cette limite existe), mais encore la « manière » dont la fonction tend vers sa limite; en d’autres termes, on est amené à opérer une classification dans l’ensemble des fonctions qui tendent vers une même limite.

1. Relations de comparaison: I. Relations faibles

Nous désignerons dans ce qui suit par V un espace vectoriel normé sur un corps valué K, par H(F,V)\mathscr{H}(\mathfrak{F}, V) l’ensemble des fonctions à valeurs dans V, dont chacune est définie dans une partie de E appartenant à la base de filtre F\mathfrak{F}. Les relations que nous allons définir entre de telles fonctions ont un caractère local relatif au filtre de base F\mathfrak{F}: nous allons préciser ce qu’il faut entendre par là. Si f et g sont deux fonctions de H(F,V)\mathscr{H}(\mathfrak{F}, V), rappelons que la relation « il existe un ensemble Z ∈F\in \mathfrak{F} tel que f et g soient définies et égales dans Z » est une relation d’équivalence R_\infty dans H(F,V)\mathscr{H}(\mathfrak{F}, V) (TG, I, p. 44). Cela étant, nous dirons qu’une relation S où figure une fonction f de H(F,V)\mathscr{H}(\mathfrak{F}, V) est de caractère local (suivant F\mathfrak{F}) relativement à f, si elle est compatible (en f) avec la relation d’équivalence R_\infty (E, II, p. 42); on sait que, si f~\tilde{f} est le germe de f suivant F\mathfrak{F}, classe de f modulo R_\infty (élément de l’ensemble quotient H∞(F,V)=H(F,V)/R∞\mathscr{H}_\infty(\mathfrak{F}, V) = \mathscr{H}(\mathfrak{F}, V)/R_\infty), on déduit de S, par passage au quotient, une relation entre f~\tilde{f} et les autres arguments de S, et que réciproquement, toute relation de cette nature définit une relation de caractère local relativement à f.

Exemple

Si f et g sont deux fonctions de H(F,R)\mathscr{H}(\mathfrak{F}, \mathbf{R}), la relation « il existe un ensemble X ∈F\in \mathfrak{F} tel que f et g soient définies dans X, et que f(t)≤g(t)f(t) \leq g(t) pour tout t∈Xt \in X » est de caractère local relativement à f et g. On note f~≤g~\tilde{f} \leq \tilde{g} la relation obtenue en passant au quotient (pour f et g); on remarquera que si f~≤g~\tilde{f} \leq \tilde{g}, il existe une fonction f1∈f~f_1 \in \tilde{f} et une fonction g1∈g~g_1 \in \tilde{g}, définies dans E tout entier, et telles que f1(t)≤g1(t)f_1(t) \leq g_1(t) pour tout t∈Et \in E.

Remarque 1

Soient ViV_i (1 ≤i≤n\leq i \leq n) n espaces vectoriels normés sur K, φ\varphi une fonction définie dans V1×V2×⋯×VnV_1 \times V_2 \times \cdots \times V_n, à valeurs dans V par passage aux quotients suivant R_\infty, la fonction φ\varphi définit donc une application de

H∞(F,V1)×⋯×H∞(F,Vn) \mathscr{H}_\infty(\mathfrak{F}, V_1) \times \cdots \times \mathscr{H}_\infty(\mathfrak{F}, V_n)
dans H∞(F,V)\mathscr{H}_\infty(\mathfrak{F}, V), que l’on notera le plus souvent φ(f~1,…,f~n)\varphi(\tilde{f}_1, \ldots, \tilde{f}_n) (TG, I xla, p. 45). Par exemple en prenant pour φ\varphi les applications (x,y)↦x+y(x, y) \mapsto x + y et x↦xλx \mapsto x\lambda (λ∈K\lambda \in K), on définit ainsi, pour deux germes quelconques f~,g~\tilde{f}, \tilde{g} de H∞(F,V)\mathscr{H}_\infty(\mathfrak{F}, V), les éléments f~+g~\tilde{f} + \tilde{g} et f~λ\tilde{f}\lambda et on vérifie aussitôt que les lois de composition (f~,g~)↦f~+g~(\tilde{f}, \tilde{g}) \mapsto \tilde{f} + \tilde{g} et (λ,f~)↦f~λ(\lambda, \tilde{f}) \mapsto \tilde{f}\lambda définissent sur H∞(F,V)\mathscr{H}_\infty(\mathfrak{F}, V) une structure d’espace vectoriel sur le corps K; dans cet espace, 0~\tilde{0} est la classe formée des fonctions égales à 0 dans un ensemble de F\mathfrak{F}, et −f~-\tilde{f} est la classe formée des fonctions égales à −f-f dans un ensemble de F\mathfrak{F}. De même, si V est une algèbre sur K, on définit sur H∞(F,V)\mathscr{H}_\infty(\mathfrak{F}, V) une seconde loi de composition interne (f~,g~)↦f~g~(\tilde{f}, \tilde{g}) \mapsto \tilde{f}\tilde{g} en prenant φ(x,y)=xy\varphi(x, y) = xy; avec les deux lois précédentes, elle définit sur H∞(F,V)\mathscr{H}_\infty(\mathfrak{F}, V) une structure d’algèbre sur le corps K; si V admet un élément unité e, H∞(F,V)\mathscr{H}_\infty(\mathfrak{F}, V) admettra pour élément unité la classe e~\tilde{e}, formée des fonctions égales à e dans un ensemble de F\mathfrak{F}; pour que f~\tilde{f} soit inversible dans H∞(F,V)\mathscr{H}_\infty(\mathfrak{F}, V), il faut et il suffit que, pour une fonction f∈f~f \in \tilde{f}, il existe Z∈FZ \in \mathfrak{F} tel que f(t)f(t) soit inversible dans V pour tout t∈Zt \in Z (auquel cas cette condition est vérifiée pour toute fonction de la classe f~\tilde{f}).

Remarque 2

Avec les mêmes notations, soit ψ\psi une application d’une partie de ∏i=1nVi\prod_{i=1}^n V_i dans V; nous désignerons par ψ(f1,f2,…,fn)\psi(f_1, f_2, \ldots, f_n) la fonction égale à ψ(f1(t),…,fn(t))\psi(f_1(t), \ldots, f_n(t)) en tout point t∈Et \in E où les fi(t)f_i(t) sont définis et où le point (fi(t))(f_i(t)) appartient à l’ensemble où est définie ψ1\psi^1. Par exemple, f+gf + g est la fonction égale à f(t)+g(t)f(t) + g(t) en tout point t∈Et \in E où ff et gg sont toutes deux définies. On observera que l’application (f,g)↦f+g(\mathbf{f}, \mathbf{g}) \mapsto \mathbf{f} + \mathbf{g} n’est pas une loi de groupe dans H(F,V)\mathscr{H}(\mathfrak{F}, V), car si f\mathbf{f} n’est pas définie dans EE tout entier, il n’existe pas de fonction g∈H(F,V)\mathbf{g} \in \mathscr{H}(\mathfrak{F}, V) telle que f+g=0\mathbf{f} + \mathbf{g} = 0.

Définition 1

Étant données deux fonctions numériques f,gf, g appartenant à H(F,R)\mathscr{H}(\mathfrak{F}, \mathbf{R}) et qui sont ⩾0\geqslant 0 dans un ensemble de F\mathfrak{F}, on dit que ff est dominée par gg, ou que gg domine ff (suivant F\mathfrak{F}), et on écrit f⩽gf \leqslant g ou g⩾fg \geqslant f, s’il existe un ensemble X∈FX \in \mathfrak{F} et un nombre k>0k > 0 tels que f(t)⩽k.g(t)f(t) \leqslant k.g(t) pour tout t∈Xt \in X (autrement dit, s’il existe k>0k > 0 tel que f~⩽k.g~\tilde{f} \leqslant k.\tilde{g}).

Étant données deux espaces normés V1,V2V_1, V_2, et deux fonctions f1,f2\mathbf{f}_1, \mathbf{f}_2 appartenant respectivement à H(F,V1)\mathscr{H}(\mathfrak{F}, V_1) et H(F,V2)\mathscr{H}(\mathfrak{F}, V_2) on dit que f1\mathbf{f}_1 est dominée par f2\mathbf{f}_2 (suivant F\mathfrak{F}) et on écrit f1⩽f2\mathbf{f}_1 \leqslant \mathbf{f}_2 ou f2⩾f1\mathbf{f}_2 \geqslant \mathbf{f}_1 si on a ∥f1∥⩽∥f2∥\| \mathbf{f}_1 \| \leqslant \| \mathbf{f}_2 \|.

La relation f1⩽f2\mathbf{f}_1 \leqslant \mathbf{f}_2 est évidemment de caractère local en f1\mathbf{f}_1 et f2\mathbf{f}_2; elle est donc équivalente à la relation f~1⩽f~2\tilde{\mathbf{f}}_1 \leqslant \tilde{\mathbf{f}}_2 qui s’en déduit par passage aux quotients. Lorsque ff et gg sont deux fonctions numériques, on aura soin de ne pas confondre les relations f~⩽g~\tilde{f} \leqslant \tilde{g} et f~⩽g~\tilde{f} \leqslant \tilde{g}.

On notera que pour tout scalaire λ≠0\lambda \neq 0, la relation f1⩽f2λ\mathbf{f}_1 \leqslant \mathbf{f}_2 \lambda est équivalente à f1⩽f2\mathbf{f}_1 \leqslant \mathbf{f}_2. Si f1⩽f2\mathbf{f}_1 \leqslant \mathbf{f}_2, il existe un ensemble X∈FX \in \mathfrak{F} tel que, pour tout point x∈Xx \in X où f2(x)=0\mathbf{f}_2(x) = 0, on ait f1(x)=0\mathbf{f}_1(x) = 0.

Exemple 1

La relation f⩽1\mathbf{f} \leqslant 1 signifie que f\mathbf{f} est bornée dans un ensemble de F\mathfrak{F}.

Exemple 2

Pour toute fonction f\mathbf{f} de H(F,V)\mathscr{H}(\mathfrak{F}, V) et tout scalaire λ≠0\lambda \neq 0, on a f⩽fλ\mathbf{f} \leqslant \mathbf{f}\lambda.

Exemple 3

Lorsque xx tend vers +∞+\infty, on a sin⁡2x⩽sin⁡x\sin^2 x \leqslant \sin x.

Exemple 4

Lorsque (x,y)(x, y) tend vers (0,0)(0, 0) dans R2\mathbf{R}^2, on a

xy⩽x2+y2. xy \leqslant x^2 + y^2.

Les propositions suivantes sont des conséquences immédiates de la déf. 1:

Proposition 1

Si f,g,hf, g, h sont trois fonctions de H(F,R)\mathscr{H}(\mathfrak{F}, \mathbf{R}), les relations f⩽gf \leqslant g et g⩽hg \leqslant h entraînent f⩽hf \leqslant h.

Proposition 2

Soient f1,f2\mathbf{f}_1, \mathbf{f}_2 deux fonctions de H(F,V)\mathscr{H}(\mathfrak{F}, V) et gg une fonction de H(F,R)\mathscr{H}(\mathfrak{F}, \mathbf{R}). Les relations f1⩽g\mathbf{f}_1 \leqslant g et f2⩽g\mathbf{f}_2 \leqslant g entraînent f1+f2⩽g\mathbf{f}_1 + \mathbf{f}_2 \leqslant g.

En outre:

Proposition 3

Soient V1,V2,VV_1, V_2, V trois espaces normés sur un même corps valué, (x,y)↦[x⋅y](\mathbf{x}, \mathbf{y}) \mapsto [\mathbf{x} \cdot \mathbf{y}] une application bilinéaire continue de V1×V2V_1 \times V_2 dans VV. Si f1\mathbf{f}_1 et f2\mathbf{f}_2 sont des fonctions de H(F,V1)\mathscr{H}(\mathfrak{F}, V_1) et H(F,V2)\mathscr{H}(\mathfrak{F}, V_2) respectivement, g1,g2g_1, g_2 deux fonctions de H(F,R)\mathscr{H}(\mathfrak{F}, \mathbf{R}) telles que f1⩽g1\mathbf{f}_1 \leqslant g_1 et f2⩽g2\mathbf{f}_2 \leqslant g_2, on a [f1⋅f2]⩽g1g2[\mathbf{f}_1 \cdot \mathbf{f}_2] \leqslant g_1 g_2.

En effet (TG, IX, p. 35, th.1), il existe un nombre a>0a > 0 tel que ∥f1⋅f2∥⩽a∥f1∥⋅∥f2∥\| \mathbf{f}_1 \cdot \mathbf{f}_2 \| \leqslant a \| \mathbf{f}_1 \| \cdot \| \mathbf{f}_2 \|.

1 En particulier, dans toute la suite, pour une fonction f\mathbf{f} de H(F,V)\mathscr{H}(\mathfrak{F}, V), nous désignerons par ∥f∥\| \mathbf{f} \| la fonction t↦∥f(t)∥t \mapsto \| \mathbf{f}(t) \|, appartenant à H(F,R)\mathscr{H}(\mathfrak{F}, \mathbf{R}) et définie dans le même ensemble que f\mathbf{f}: nous signalons expressément que, dans ce chapitre, ∥f∥\| \mathbf{f} \| est une fonction et non un nombre.

Corollaire

Si V est une algèbre normée, f1,f2f_1, f_2 deux fonctions de H(F,V)\mathscr{H}(\mathfrak{F}, V), g1,g2g_1, g_2 deux fonctions de H(F,R)\mathscr{H}(\mathfrak{F}, \mathbf{R}), les relations f1≼g1,f2≼g2f_1 \preccurlyeq g_1, f_2 \preccurlyeq g_2 entraînent f1f2≼g1g2f_1 f_2 \preccurlyeq g_1 g_2.

La relation f≼g\mathbf{f} \preccurlyeq \mathbf{g} entre fonctions de H(F,V)\mathscr{H}(\mathfrak{F}, V) est transitive d’après la prop 1 ; comme elle est réflexive, la relation « f≼g\mathbf{f} \preccurlyeq \mathbf{g} et g≼f\mathbf{g} \preccurlyeq \mathbf{f} » est une relation d’équivalence dans H(F,V)\mathscr{H}(\mathfrak{F}, V) (E, II, p. 40).

Définition 2

Étant données deux fonctions f,g\mathbf{f}, \mathbf{g} de H(F,V)\mathscr{H}(\mathfrak{F}, V), on dit que f\mathbf{f} et g\mathbf{g} sont semblables (suivant F\mathfrak{F}) et on écrit f≍g\mathbf{f} \asymp \mathbf{g} si on a f≼g\mathbf{f} \preccurlyeq \mathbf{g} et g≼f\mathbf{g} \preccurlyeq \mathbf{f}.

Pour tout scalaire λ≠0\lambda \neq 0, la relation f≍g\mathbf{f} \asymp \mathbf{g} est équivalente à f≍gλ\mathbf{f} \asymp \mathbf{g} \lambda. Elle entraîne l’existence d’un ensemble X∈FX \in \mathfrak{F} tel que la partie de XX formée des points où f(x)=0\mathbf{f}(x) = 0 soit identique à la partie de XX formée des points où g(x)=0\mathbf{g}(x) = 0.

Exemple 5

Pour une fonction numérique f∈H(F,R)f \in \mathscr{H}(\mathfrak{F}, \mathbf{R}), la relation f≍1f \asymp 1 signifie qu’il existe deux nombres a>0,b>0a > 0, b > 0 tels que a≤∣f(x)∣≤ba \leq |f(x)| \leq b dans un ensemble de F\mathfrak{F}, ou encore que la fonction log⁡∣f∣\log |f| est bornée dans un ensemble de F\mathfrak{F} : on dit alors que ff est logarithmiquement bornée dans un ensemble de F\mathfrak{F}.

Exemple 6

Soit VV un espace normé sur un corps valué non discret KK, et soit f(x)=a0xn+a1xn−1+⋯+an\mathbf{f}(x) = a_0 x^n + a_1 x^{n-1} + \cdots + a_n un polynôme par rapport à x∈Kx \in K, à coefficients dans VV, tel que a0≠0a_0 \neq 0. Pour tout vecteur b≠0\mathbf{b} \neq 0, on a f(x)≍bxn\mathbf{f}(x) \asymp \mathbf{b} x^n lorsque ∣x∣|x| tend vers +∞+\infty.

Exemple 7

Nous avons vu qu’on a sin⁡2x≼sin⁡x\sin^2 x \preccurlyeq \sin x lorsque xx tend vers +∞+\infty, mais on n’a pas sin⁡2x≍sin⁡x\sin^2 x \asymp \sin x, bien que ces deux fonctions s’annullent aux mêmes points.

Exemple 8

On a x2+xy+y2≍x2+y2x^2 + xy + y^2 \asymp x^2 + y^2 lorsque (x,y)(x, y) tend vers (0,0)(0, 0) dans R2\mathbf{R}^2, mais non xy≍x2+y2xy \asymp x^2 + y^2.

Il résulte aussitôt de la prop. 3 de V, p. 3, que si f1,f2,g1,g2f_1, f_2, g_1, g_2 sont des fonctions de H(F,K)\mathscr{H}(\mathfrak{F}, K) (K corps valué quelconque), les relations f1≍g1f_1 \asymp g_1 et f2≍g2f_2 \asymp g_2 entraînent f1f2≍g1g2f_1 f_2 \asymp g_1 g_2.

On notera par contre que les relations f1≍g1,f2≍g2f_1 \asymp g_1, f_2 \asymp g_2 n’entraînent pas f1+f2≍g1+g2f_1 + f_2 \asymp g_1 + g_2, comme le montre l’exemple où f1(x)=g1(x)=x2,f2(x)=−(x2+x),g2(x)=−(x2−1)f_1(x) = g_1(x) = x^2, f_2(x) = -(x^2 + x), g_2(x) = -(x^2 - 1), xx réel tendant vers +∞+\infty.

Les relations de comparaison f≼g\mathbf{f} \preccurlyeq \mathbf{g}, f≍g\mathbf{f} \asymp \mathbf{g} sont dites relations faibles. On dit que deux fonctions f,g\mathbf{f}, \mathbf{g} de H(F,V)\mathscr{H}(\mathfrak{F}, V) sont faiblement comparables si elles vérifient l’une (au moins) des deux relations f≼g;g≼f\mathbf{f} \preccurlyeq \mathbf{g} ; \mathbf{g} \preccurlyeq \mathbf{f}.

Remarque 3

Deux fonctions de H(F,R)\mathscr{H}(\mathfrak{F}, \mathbf{R}) ne sont pas nécessairement faiblement comparables, comme le montre l’exemple des fonctions 1 et xsin⁡xx \sin x lorsque xx tend vers +∞+\infty.

Remarque 4

Désignons par R0R_0 la relation f≍g\mathbf{f} \asymp \mathbf{g} dans (H(F,V),H0(F,V))(\mathscr{H}(\mathfrak{F}, V), \mathscr{H}_0(\mathfrak{F}, V)), et par H0(F,V)\mathscr{H}_0(\mathfrak{F}, V) l’ensemble quotient H(F,V)/R0\mathscr{H}(\mathfrak{F}, V)/R_0; on notera que la relation R∞R_\infty entraîne R0R_0. Par passage au quotient, la relation f≼g\mathbf{f} \preccurlyeq \mathbf{g} donne, d’après la prop. 1 de V, p. 3, une relation d’ordre dans H0(F,V)\mathscr{H}_0(\mathfrak{F}, V) (E, III, p. 3) ; l’exemple qui précède prouve que H0(F,V)\mathscr{H}_0(\mathfrak{F}, V) n’est pas totalement ordonné par cette relation.

2. Relations de comparaison: II. Relations fortes

Définition 3

Étant données deux fonctions numériques f,gf, g appartenant à H(F,R)\mathscr{H}(\mathfrak{F}, \mathbf{R}) et qui sont ⩾0\geqslant 0 dans un ensemble de F\mathfrak{F}, on dit que ff est négligeable devant gg, ou que gg est prépondérante sur ff (suivant F\mathfrak{F}), et on écrit f≪gf \ll g ou g≫fg \gg f si, pour tout ε>0\varepsilon > 0, il existe un ensemble X∈FX \in \mathfrak{F} tel que f(t)⩽εg(t)f(t) \leqslant \varepsilon g(t) pour tout t∈Xt \in X.

Étant donnés deux espaces normés V1,V2V_1, V_2, et deux fonctions f1,f2\mathbf{f}_1, \mathbf{f}_2 appartenant respectivement à H(F,V1)\mathscr{H}(\mathfrak{F}, V_1) et H(F,V2)\mathscr{H}(\mathfrak{F}, V_2), on dit que f1\mathbf{f}_1 est négligeable devant f2\mathbf{f}_2 (suivant F\mathfrak{F}) et on écrit f1≪f2\mathbf{f}_1 \ll \mathbf{f}_2 ou f2≫f1\mathbf{f}_2 \gg \mathbf{f}_1 si on a ∥f1∥≪∥f2∥\| \mathbf{f}_1 \| \ll \| \mathbf{f}_2 \|.

Pour tout scalaire λ≠0\lambda \neq 0, la relation f1≪f2λ\mathbf{f}_1 \ll \mathbf{f}_2 \lambda est équivalente à f1≪f2\mathbf{f}_1 \ll \mathbf{f}_2. La relation f1≪f2\mathbf{f}_1 \ll \mathbf{f}_2 entraîne f1≪f2\mathbf{f}_1 \ll \mathbf{f}_2, mais ne lui est pas équivalente.

On notera que la relation f1⩽f2\mathbf{f}_1 \leqslant \mathbf{f}_2 n’entraîne nullement la relation « f1⩽f2\mathbf{f}_1 \leqslant \mathbf{f}_2 ou f1≍f2\mathbf{f}_1 \asymp \mathbf{f}_2 » : on a sin⁡x⩽1\sin x \leqslant 1 lorsque xx tend vers +∞+\infty, mais aucune des relations sin⁡x⩽1\sin x \leqslant 1, sin⁡x≍1\sin x \asymp 1 n’est vraie.

Exemple 1

La relation f≪1\mathbf{f} \ll 1 signifie que f\mathbf{f} tend vers 0 suivant F\mathfrak{F}.

Exemple 2

Lorsque α\alpha et β\beta sont deux nombres réels tels que α<β\alpha < \beta, on a xα≪xβx^\alpha \ll x^\beta lorsque xx tend vers +∞+\infty. De même, lorsque mm et nn sont deux entiers rationnels tels que m<nm < n, on a zm≪znz^m \ll z^n lorsque le nombre complexe zz tend vers ∞\infty.

Exemple 3

Lorsque xx tend vers +∞+\infty, on a xn≪exx^n \ll e^x pour tout entier nn (III, p. 16).

Exemple 4

Dans R2\mathbf{R}^2, on a, lorsque (x,y)(x, y) tend vers (0,0)(0, 0)

x2+y2≪∣x∣+∣y∣. x^2 + y^2 \ll |x| + |y|.

Les propositions suivantes se déduisent immédiatement de la déf. 3:

Proposition 4

Si f,g,hf, g, h sont trois fonctions de H(F,R)\mathscr{H}(\mathfrak{F}, \mathbf{R}), les relations f⩽gf \leqslant g et g≪hg \ll h (resp. f≪gf \ll g et g⩽hg \leqslant h) entraînent f≪hf \ll h.

Proposition 5

Soient f1,f2\mathbf{f}_1, \mathbf{f}_2 deux fonctions de H(F,V)\mathscr{H}(\mathfrak{F}, V), gg une fonction de H(F,R)\mathscr{H}(\mathfrak{F}, \mathbf{R}). Les relations f1≪g\mathbf{f}_1 \ll g et f2≪g\mathbf{f}_2 \ll g entraînent f1+f2≪g\mathbf{f}_1 + \mathbf{f}_2 \ll g.

D’autre part, le même raisonnement que pour la prop. 3 de V, p. 3, montre que:

Proposition 6

Avec les notations de la prop. 3, les relations f1≪g1\mathbf{f}_1 \ll g_1 et f2≪g2\mathbf{f}_2 \ll g_2 (resp. f1⩽g1\mathbf{f}_1 \leqslant g_1 et f2⩽g2\mathbf{f}_2 \leqslant g_2) entraînent [f1,f2]≪g1g2[\mathbf{f}_1, \mathbf{f}_2] \ll g_1 g_2.

La prop. 4 montre que la relation f≪g\mathbf{f} \ll \mathbf{g} entre fonctions de H(F,V)\mathscr{H}(\mathfrak{F}, V) est transitive; mais elle n’est pas réflexive: de façon précise, la relation f≪f\mathbf{f} \ll \mathbf{f} entraîne que f\mathbf{f} est nulle dans un ensemble de F\mathfrak{F} (autrement dit, f\mathbf{f} est équivalente à 0 modulo R∞R_\infty); en effet, pour un ε\varepsilon tel que 0<ε<10 < \varepsilon < 1 il existe X∈FX \in \mathfrak{F} tel que ∥f(x)∥⩽ε∥f(x)∥\| \mathbf{f}(x) \| \leqslant \varepsilon \| \mathbf{f}(x) \| pour tout x∈Xx \in X, ce qui n’est possible que si f(x)=0\mathbf{f}(x) = 0 pour tout x∈Xx \in X. Il en résulte que la relation « f≪g\mathbf{f} \ll \mathbf{g} et g≪f\mathbf{g} \ll \mathbf{f} » est transitive et symétrique, mais non réflexive: ce n’est donc pas une relation d’équivalence (elle signifie qu’il existe un ensemble X∈FX \in \mathfrak{F} tel que f(x)=g(x)=0\mathbf{f}(x) = \mathbf{g}(x) = 0 pour tout x∈Xx \in X).

Proposition 7

Si ff et gg sont deux fonctions de H(F,V)\mathscr{H}(\mathfrak{F}, V), la relation f−g≪ff - g \ll f est équivalente à f−g≪gf - g \ll g.

En effet, f−g≪ff - g \ll f signifie que, pour tout ε>0\varepsilon > 0, il existe X∈FX \in \mathfrak{F} tel que ∥f(x)−g(x)∥≤ε∥f(x)∥\|f(x) - g(x)\| \leq \varepsilon \|f(x)\| pour tout x∈Xx \in X. On en tire (1−ε)∥f(x)∥≤∥g(x)∥(1 - \varepsilon) \|f(x)\| \leq \|g(x)\|, et par suite f⪯gf \preceq g, d’où (p. 5, prop. 4) f−g≪gf - g \ll g.

Corollaire

La relation f−g≪ff - g \ll f est une relation d’équivalence dans H(F,V)\mathscr{H}(\mathfrak{F}, V).

En effet, si f−g≪ff - g \ll f et g−h≪gg - h \ll g, on a f−g≪gf - g \ll g, d’où (V, p. 5, prop. 5) f−h≪gf - h \ll g, et par suite, comme g⪯fg \preceq f, f−h≪ff - h \ll f, ce qui montre que la relation considérée est transitive; elle est symétrique d’après la prop. 7 et est évidemment réflexive, d’où le corollaire.

Définition 4

Étant données deux fonctions f,gf, g de H(F,V)\mathscr{H}(\mathfrak{F}, V), on dit que ff et gg sont équivalentes (suivant F\mathfrak{F}) et on écrit f∼gf \sim g si on a f−g≪ff - g \ll f.

La relation f∼gf \sim g entraîne f⪰gf \succeq g, mais ne lui est pas équivalente.

Exemple 5

Si aa est une fonction constante et ≠0\neq 0 dans EE, la relation f∼af \sim a signifie que ff tend vers aa suivant F\mathfrak{F}.

Exemple 6

Soit VV un espace normé sur un corps valué non discret KK, et soit f(x)=a0xn+a1xn−1+⋯+anf(x) = a_0 x^n + a_1 x^{n-1} + \cdots + a_n un polynôme par rapport à x∈Kx \in K, à coefficients dans VV, tel que a0≠0a_0 \neq 0. On a f(x)∼a0xnf(x) \sim a_0 x^n lorsque ∣x∣|x| tend vers +∞+\infty.

Exemple 7

Lorsque xx réel tend vers +∞+\infty, on a (1+1x)sin⁡x∼sin⁡x\left(1 + \frac{1}{x}\right) \sin x \sim \sin x.

Exemple 8

Lorsque la variable complexe zz tend vers 00, on a ez−1∼ze^z - 1 \sim z. Plus généralement, si VV est un espace normé sur un corps valué KK, ff une fonction définie dans un voisinage de x0∈Kx_0 \in K, à valeurs dans VV, et admettant au point x0x_0 une dérivée f′(x0)≠0f'(x_0) \neq 0, on a, lorsque xx tend vers x0x_0, f(x)−f(x0)∼f′(x0)(x−x0)f(x) - f(x_0) \sim f'(x_0)(x - x_0) (I, p. 2, déf. 1).

Exemple 9

Lorsque (x,y)(x, y) tend vers (0,0)(0, 0) dans R2\mathbf{R}^2, on a

sin⁡2x+sin⁡2y∼x2+y2. \sqrt{\sin^2 x + \sin^2 y} \sim \sqrt{x^2 + y^2}.

Exemple 10

Soit f(x,y)f(x, y) un polynôme à coefficients réels par rapport à deux variables réelles x,yx, y, n’ayant pas de terme constant. Si, lorsque xx tend vers 00 en restant >0> 0, il existe une fonction φ(x)\varphi(x) continue dans un intervalle (0,a)(0, a) et telle que φ(0)=0\varphi(0) = 0 et f(x,φ(x))=0f(x, \varphi(x)) = 0 pour 0≤x≤a0 \leq x \leq a, on peut montrer qu’il existe un nombre rationnel rr et un nombre réel λ≠0\lambda \neq 0 tels que φ(x)∼λxr\varphi(x) \sim \lambda x^r (V, p. 48, exerc. 3).

Exemple 11

Pour tout x>0x > 0, soit π(x)\pi(x) le nombre des nombres premiers qui sont ≤x\leq x; on a démontré que, lorsque xx tend vers +∞+\infty, on a π(x)∼x/log⁡x2\pi(x) \sim x/\log x^2.

Remarque

On notera que la relation f∼gf \sim g ne signifie nullement que la différence f−gf - g tende vers 0 suivant F\mathfrak{F}; cette différence peut même être non bornée, comme le montre l’exemple x2+x∼x2x^2 + x \sim x^2, xx tendant vers +∞+\infty.

Proposition 8

Soient KK un corps valué, f1,f2,g1,g2f_1, f_2, g_1, g_2 quatre fonctions de H(F,K)\mathscr{H}(\mathfrak{F}, K); les relations f1∼g1f_1 \sim g_1 et f2∼g2f_2 \sim g_2 entraînent f1f2∼g1g2f_1 f_2 \sim g_1 g_2.

1 Voir par exemple A. E. Ingham, The distribution of prime numbers (Cambridge tracts, n° 30), Cambridge University Press, 1932.

En effet, on a f1f2−g1g2=f1(f2−g2)+(f1−g1)g2f_1 f_2 - g_1 g_2 = f_1 (f_2 - g_2) + (f_1 - g_1) g_2; comme f1≪g1f_1 \ll g_1, f1−g1≪g1f_1 - g_1 \ll g_1 et f2−g2≪g2f_2 - g_2 \ll g_2, on a bien f1f2−g1g2≪g1g2f_1 f_2 - g_1 g_2 \ll g_1 g_2 (V, p. 5, prop. 4 et 5).

Par contre, nous avons donné dans V, p. 4, un exemple où on avait f1=g1f_1 = g_1, f2∼g2f_2 \sim g_2, mais où la relation f1+f2≍g1+g2f_1 + f_2 \asymp g_1 + g_2 n’était pas vraie (ni a fortiori

f1+f2∼g1+g2. f_1 + f_2 \sim g_1 + g_2.

Les relations de comparaison f≪g\mathbf{f} \ll \mathbf{g}, f∼g\mathbf{f} \sim \mathbf{g} sont dites relations fortes. Deux fonctions f,g\mathbf{f}, \mathbf{g} de H(F,V)\mathscr{H}(\mathfrak{F}, V) sont dites comparables (ou fortement comparables lorsqu’on veut éviter des confusions possibles) si elles vérifient l’une des trois relations: f≪g\mathbf{f} \ll \mathbf{g}, f≫g\mathbf{f} \gg \mathbf{g}, ou « il existe λ≠0\lambda \neq 0 tel que f∼gλ\mathbf{f} \sim \mathbf{g} \lambda ».

Remarque 1

Deux fonctions peuvent être faiblement comparables sans être fortement comparables, par exemple les fonctions 1 et sin x lorsque x tend vers +∞+\infty.

Remarque 2

La définition des relations de comparaison f1⩽f2\mathbf{f}_1 \leqslant \mathbf{f}_2 et f1≪f2\mathbf{f}_1 \ll \mathbf{f}_2 ne fait intervenir qu’en apparence les normes sur les espaces V1,V2V_1, V_2 où f1\mathbf{f}_1 et f2\mathbf{f}_2 prennent respectivement leurs valeurs; elle ne dépend en réalité que des topologies de V1V_1 et V2V_2, car les relations f1⩽f22\mathbf{f}_1 \leqslant \mathbf{f}_2^2 et f1≪f2\mathbf{f}_1 \ll \mathbf{f}_2 sont remplacées par des relations équivalentes lorsqu’on remplace la norme sur V1V_1 ou V2V_2 par une norme équivalente (TG, IX, p. 32, def. 7).

3. Changement de variables

Soit φ\varphi une application d’un ensemble E′E' dans EE, telle que φ−1(F)\varphi^{-1}(\mathfrak{F}) soit une base de filtre sur E′E'. Il est clair que si f1,f2\mathbf{f}_1, \mathbf{f}_2 sont des fonctions de H(F,V1)\mathscr{H}(\mathfrak{F}, V_1) et H(F,V2)\mathscr{H}(\mathfrak{F}, V_2) respectivement, les fonctions f1∘φ,f2∘φ\mathbf{f}_1 \circ \varphi, \mathbf{f}_2 \circ \varphi appartiennent respectivement à H(φ−1(F),V1)\mathscr{H}(\varphi^{-1}(\mathfrak{F}), V_1) et H(φ−1(F),V2)\mathscr{H}(\varphi^{-1}(\mathfrak{F}), V_2), et que la relation f1⩽f2\mathbf{f}_1 \leqslant \mathbf{f}_2 (resp. f1≪f2\mathbf{f}_1 \ll \mathbf{f}_2) est équivalente à f1∘φ⩽f2∘φ\mathbf{f}_1 \circ \varphi \leqslant \mathbf{f}_2 \circ \varphi (resp. f1∘φ≪f2∘φ\mathbf{f}_1 \circ \varphi \ll \mathbf{f}_2 \circ \varphi).

4. Relations de comparaison entre fonctions strictement positives

Soit gg une fonction de H(F,R)\mathscr{H}(\mathfrak{F}, \mathbf{R}), strictement positive dans un ensemble de F\mathfrak{F}. Les relations de comparaison où figure gg peuvent alors se formuler d’une autre manière: la relation f≪g\mathbf{f} \ll g équivaut à dire que la fonction ∥f∥/g\| \mathbf{f} \|/g (qui est définie dans un ensemble de F\mathfrak{F}) est bornée dans un ensemble de F\mathfrak{F}; la relation f≪g\mathbf{f} \ll g équivaut à dire que ∥f∥/g\| \mathbf{f} \|/g tend vers 0 suivant F\mathfrak{F}. Si ff est une fonction de H(F,R)\mathscr{H}(\mathfrak{F}, \mathbf{R}), la relation f≍gf \asymp g signifie que f/gf/g est logarithmiquement bornée dans un ensemble de F\mathfrak{F}, et la relation f∼gf \sim g, que f/gf/g tend vers 1 suivant F\mathfrak{F}. Si ff est une fonction de H(F,R)\mathscr{H}(\mathfrak{F}, \mathbf{R}) positive dans un ensemble de F\mathfrak{F}, dire que ff et gg sont comparables signifie donc que f/gf/g tend vers une limite (finie ou égale à +∞+\infty) suivant F\mathfrak{F}.

Proposition 9

Soient f et g deux fonctions de H(F,R)\mathscr{H}(\mathfrak{F}, \mathbf{R}) strictement positives dans un ensemble de F\mathfrak{F}. Pour que f et g soient comparables, il faut et il suffit que pour tout nombre t⩾0t \geqslant 0, sauf un au plus, la fonction f−tgf - tg garde un signe constant1^1 dans un ensemble de F\mathfrak{F}.

La condition est nécessaire. En effet, si f≪gf \ll g, on a f−tg∼−tgf - tg \sim -tg sauf pour t=0t = 0, donc f−tgf - tg est strictement négative dans un ensemble de F\mathfrak{F}, sauf pour t=0t = 0; si f≫gf \gg g, f−tgf - tg est strictement positive dans un ensemble de F\mathfrak{F} pour tout tt; enfin, si f∼k.gf \sim k.g (kk constante > 0), f−tg∼(k−t)gf - tg \sim (k - t)g sauf pour t=kt = k, donc, sauf peut-être pour t=kt = k, f−tgf - tg a le signe de k−tk - t dans un ensemble de F\mathfrak{F}.

La condition est suffisante. En effet, supposons que le rapport f/gf/g ait deux valeurs d’adhérence distinctes α<β\alpha < \beta suivant F\mathfrak{F}. Pour tout nombre tt tel que α<t<β\alpha < t < \beta, il existe alors dans tout ensemble X∈FX \in \mathfrak{F}, deux points x1,x2x_1, x_2 tels que f(x1)/g(x1)<tf(x_1)/g(x_1) < t et f(x2)/g(x2)>tf(x_2)/g(x_2) > t; donc f(x)−tg(x)f(x) - tg(x) ne garde pas un signe constant dans XX; nous arrivons à une conclusion incompatible avec l’hypothèse. Il s’ensuit que f/gf/g n’a qu’une seule valeur d’adhérence (finie ou infinie) suivant le filtre de base F\mathfrak{F}, et par suite (TG, I, p. 60, corollaire) a pour limite cette valeur suivant F\mathfrak{F}.

Proposition 10

Soient f et g deux fonctions de H(F,R)\mathscr{H}(\mathfrak{F}, \mathbf{R}) strictement positives dans un ensemble de F\mathfrak{F}; pour tout α\alpha réel et ≠0\neq 0, la relation f≍gf \asymp g (resp. f∼gf \sim g) est équivalente à fα≍gαf^\alpha \asymp g^\alpha (resp. fα∼gαf^\alpha \sim g^\alpha); si α>0\alpha > 0, la relation f≪gf \ll g (resp. f≪gf \ll g) est équivalente à fα≪gαf^\alpha \ll g^\alpha (resp. fα≪gαf^\alpha \ll g^\alpha); si α<0\alpha < 0, elle est équivalente à fα≫gαf^\alpha \gg g^\alpha (resp. fα≫gαf^\alpha \gg g^\alpha).

Les démonstrations sont immédiates.

On notera que dans H(F,R)\mathscr{H}(\mathfrak{F}, \mathbf{R}), l’ensemble Γ\Gamma des fonctions strictement positives dans un ensemble de F\mathfrak{F} est tel que Γ/R+\Gamma/\mathbf{R}_+ soit un groupe multiplicatif Γ∞\Gamma_\infty dans H∞(F,R)\mathscr{H}_\infty(\mathfrak{F}, \mathbf{R}); Γ/R0\Gamma/\mathbf{R}_0 est identique au groupe quotient de Γ∞\Gamma_\infty par le sous-groupe des classes (mod. R+\mathbf{R}_+) des fonctions de Γ\Gamma logarithmiquement bornées; sur Γ/R0\Gamma/\mathbf{R}_0, la relation d’ordre déduite de la relation f≪gf \ll g par passage aux quotients est compatible avec la structure de groupe de Γ/R0\Gamma/\mathbf{R}_0, et en fait donc un groupe ordonné.

Proposition 11

Soit g une fonction de H(F,R)\mathscr{H}(\mathfrak{F}, \mathbf{R}) telle que lim⁡x→Fg=+∞\lim_{x \to \mathfrak{F}} g = +\infty; la relation f≪gf \ll g entraîne ef≪ege^f \ll e^g; la relation f∼gf \sim g entraîne log⁡f∼log⁡g\log f \sim \log g.

En effet, si f≪g,f−g=g(fg−1)f \ll g, f - g = g \left( \frac{f}{g} - 1 \right) tend vers −∞-\infty suivant F\mathfrak{F}. De même, si f∼gf \sim g, on a log⁡f=log⁡g+log⁡fg\log f = \log g + \log \frac{f}{g}, donc log⁡f−log⁡g\log f - \log g tend vers 0, et il en est de même de log⁡flog⁡g−1=log⁡f−log⁡glog⁡g\frac{\log f}{\log g} - 1 = \frac{\log f - \log g}{\log g}.

Par contre, on notera que la relation f∼gf \sim g n’entraîne pas ef∼ege^f \sim e^g, ni même ef≍ege^f \asymp e^g, comme le montre l’exemple où f(x)=x2,g(x)=x2+xf(x) = x^2, g(x) = x^2 + x, xx tendant vers +∞+\infty; de même, la relation f≪gf \ll g n’entraîne pas log⁡f≪log⁡g\log f \ll \log g, comme le montre l’exemple où f(x)=x,g(x)=x2,xf(x) = x, g(x) = x^2, x tendant vers +∞+\infty.

1^1 On rappelle qu’on a défini le signe sgn⁡x\operatorname{sgn} x d’un nombre réel xx comme égal à +1+1 si x>0x > 0, à −1-1 si x<0x < 0, à 0 si x=0x = 0 (TG, IV, p. 12). Dire qu’une fonction numérique garde un signe constant dans un ensemble signifie donc, soit qu’elle est >0> 0 en tout point de cet ensemble, soit qu’elle est <0< 0 en tout point de l’ensemble, soit enfin qu’elle est identiquement nulle dans l’ensemble.

Définition 5

Soit g une fonction de H(F,R)\mathscr{H}(\mathfrak{F}, \mathbf{R}), strictement positive dans un ensemble de F\mathfrak{F}, et telle que lim⁡Fg=0\lim_{\mathfrak{F}} g = 0 ou lim⁡Fg=+∞\lim_{\mathfrak{F}} g = +\infty. On dit qu’une fonction f∈H(F,R)f \in \mathscr{H}(\mathfrak{F}, \mathbf{R}) est d’ordre φ\varphi (fini ou infini) par rapport à g si on a lim⁡Flog⁡(∣f∣/∣log⁡g∣)=φ\lim_{\mathfrak{F}} \log (|f|/|\log g|) = \varphi.

On notera que si ff est d’ordre φ\varphi par rapport à gg, ff est d’ordre −φ-\varphi par rapport à 1/g1/g; on peut donc considérer uniquement le cas où g(x)g(x) tend vers +∞+\infty suivant F\mathfrak{F}.

Proposition 12

Soit gg une fonction de H(F,R)\mathscr{H}(\mathfrak{F}, \mathbf{R}) telle que lim⁡Fg=+∞\lim_{\mathfrak{F}} g = +\infty; soit ff une fonction de H(F,R)\mathscr{H}(\mathfrak{F}, \mathbf{R}).

a) Pour que ff soit d’ordre +∞+\infty par rapport à gg, il faut et il suffit que f≫gαf \gg g^\alpha pour tout α⩾0\alpha \geqslant 0.

b) Pour que ff soit d’ordre −∞-\infty par rapport à gg, il faut et il suffit que f≪g−αf \ll g^{-\alpha} pour tout α>0\alpha > 0.

c) Pour que ff soit d’ordre fini et égal à φ\varphi par rapport à gg, il faut et il suffit que, pour tout ε>0\varepsilon > 0, on ait gφ−ε≪f≪gφ+εg^{\varphi-\varepsilon} \ll f \ll g^{\varphi+\varepsilon}.

Démontrons par exemple c). Si l’ordre de ff par rapport à gg est φ\varphi, pour tout ε>0\varepsilon > 0, il existe un ensemble M∈FM \in \mathfrak{F}, tel que, pour tout x∈Mx \in M, on ait

(φ−ε2)log⁡g(x)⩽log⁡∣f(x)∣⩽(φ+ε2)log⁡g(x), \left( \varphi - \frac{\varepsilon}{2} \right) \log g(x) \leqslant \log |f(x)| \leqslant \left( \varphi + \frac{\varepsilon}{2} \right) \log g(x),
ou encore (g(x))φ−ε2⩽∣f(x)∣⩽(g(x))φ+ε2(g(x))^{\varphi-\frac{\varepsilon}{2}} \leqslant |f(x)| \leqslant (g(x))^{\varphi+\frac{\varepsilon}{2}}; comme lim⁡Fg=+∞\lim_{\mathfrak{F}} g = +\infty, on a donc gφ−ε≪f≪gφ+εg^{\varphi-\varepsilon} \ll f \ll g^{\varphi+\varepsilon} pour tout ε>0\varepsilon > 0; la réciproque est immédiate. Les démonstrations de a) et b) sont analogues.

On notera que si ff est d’ordre fini φ\varphi par rapport à gg, fg−φfg^{-\varphi} est d’ordre 0 par rapport à gg, et réciproquement; si f1f_1 (resp. f2f_2) est d’ordre ρ1\rho_1 (resp. ρ2\rho_2) par rapport à gg, et si ρ1+ρ2\rho_1 + \rho_2 est défini, f1f2f_1 f_2 est d’ordre ρ1+ρ2\rho_1 + \rho_2 par rapport à gg.

Remarque 1

On observera que lorsque ff est d’ordre fini φ\varphi par rapport à gg, le rapport f/gφf/g^\varphi ne tend pas nécessairement vers une limite; par exemple, toute fonction logarithmiquement bornée est d’ordre 0 par rapport à gg, mais n’a pas nécessairement de limite suivant F\mathfrak{F}.

Remarque 2

Une fonction ff définie dans un ensemble de F\mathfrak{F} n’a pas nécessairement un ordre déterminé (fini ou non) par rapport à gg, car les fonctions ayant un ordre déterminé par rapport à gg sont comparables à toutes les puissances de gg, sauf une au plus. Or, ff n’a pas nécessairement cette propriété, comme on le voit sur l’exemple g(x)=xg(x) = x, f(x)=1+x2sin⁡2xf(x) = 1 + x^2 \sin^2 x (x tendant vers +∞+\infty). Dans cet exemple, ff est comparable à gαg^\alpha pour α<0\alpha < 0 et α>2\alpha > 2; si on prenait f(x)=exsin⁡2x+e−xcos⁡2xf(x) = e^x \sin^2 x + e^{-x} \cos^2 x, ff ne serait comparable à aucune puissance (positive ou négative) de gg.

5. Notations

Étant donnée une fonction numérique f∈H(F,R)f \in \mathscr{H}(\mathfrak{F}, \mathbf{R}), il est souvent commode, dans une formule, de noter O(f)O(f) une fonction dominée par ff, et o(f)o(f) une fonction négligeable devant ff. Lorsque, dans une démonstration, interviennent plusieurs fonctions dominées par une même fonction ff (resp. négligeables devant ff), on les notera O1(f),O2(f)O_1(f), O_2(f), etc. (resp. o1(f),o2(f)o_1(f), o_2(f), etc.).

Beaucoup d’auteurs notent indistinctement O(f)O(f) (resp. o(f)o(f)) toutes les fonctions intervenant dans une démonstration et dominées par ff (resp. négligeables devant ff), par un abus de langage qui n’est pas sans créer des risques de confusion.

Avec ces notations, les prop. 1, 2, 3 (V, p. 3) se traduisent comme suit: si g=O1(f)g = O_1(f) et h=O(g)h = O(g), alors h=O2(f)h = O_2(f); on peut écrire

(1)

∑i=1nλiOi(f)=On+1(f)(λi scalaires) \sum_{i=1}^n \lambda_i O_i(f) = O_{n+1}(f) \quad (\lambda_i \text{ scalaires})
(2)
O(f)O(g)=O(fg). O(f)O(g) = O(fg).

De même, la prop. 4 (V, p. 5) montre que si g=O1(f)g = O_1(f) et h=o(g)h = o(g) (resp. g=o1(f)g = o_1(f) et h=O(g)h = O(g)), on a h=o2(f)h = o_2(f), et les prop. 5 et 6 (V, p. 5) s’expriment sous la forme

(3)

∑i=1nλioi(f)=on+1(f)(λi scalaires) \sum_{i=1}^n \lambda_i o_i(f) = o_{n+1}(f) \quad (\lambda_i \text{ scalaires})
(4)
o(f)o(g)=o(fg). o(f)o(g) = o(fg).

La relation f∼gf \sim g équivaut à f=g+o(g)f = g + o(g). La notation O(1)O(1) (resp. o(1)o(1)) désigne une fonction bornée dans un ensemble de F\mathfrak{F} (resp. une fonction tendant vers 0 suivant F\mathfrak{F}).

Exercices

See the exercises for § 1.

Transcribed from the printed volume. Not translated.