Bourbaki

§ 1. La fonction gamma dans le domaine réel

1. Définition de la fonction gamma

Nous avons défini (E, III, p. 41) la fonction n!n! pour tout entier n⩾0n \geqslant 0, comme égale au produit ∏0≤k<n(n−k)\prod_{0 \leq k < n} (n - k); on a donc 0!=1, (n+1)!=(n+1).n!0! = 1,\ (n + 1)! = (n + 1).n! pour n⩾0n \geqslant 0. Nous poserons Γ(n)=(n−1)!\Gamma(n) = (n - 1)! pour tout entier n⩾1n \geqslant 1; nous nous proposons de définir, dans l’ensemble des nombres réels x>0x > 0, une fonction continue Γ(x)\Gamma(x), prolongeant la fonction Γ\Gamma définie sur l’ensemble des entiers ⩾1\geqslant 1.

Il est clair qu’il existe une infinité de telles fonctions; comme on a la relation Γ(n+1)=nΓ(n)\Gamma(n + 1) = n\Gamma(n) pour tout entier n⩾1n \geqslant 1, nous nous bornerons à considérer, parmi les fonctions continues qui prolongent Γ\Gamma, celles qui pour tout x>0x > 0 satisfont à l’équation

f(x+1)=xf(x). f(x + 1) = x f(x).
Pour qu’une solution de cette équation soit un prolongement de Γ(n)\Gamma(n), il faut et il suffit qu’on ait en outre f(1)=1f(1) = 1.

Si ff satisfait à (1), pour tout nn entier >1> 1, on a, par récurrence sur nn

f(x+n)=x(x+1)(x+2)…(x+n−1)f(x) f(x + n) = x(x + 1)(x + 2)\ldots(x + n - 1)f(x)
pour tout x>0x > 0. Cette relation montre en particulier que les valeurs de ff dans un intervalle ]n,n+1]]n, n + 1] (nn entier ⩾1\geqslant 1) sont déterminées par ses valeurs dans l’intervalle ]0,1]]0, 1]. Inversement, soit φ\varphi une fonction continue dans ]0,1]]0, 1], satisfaisant aux seules conditions φ(1)=1, lim⁡x→0xφ(x)=1\varphi(1) = 1,\ \lim_{x \to 0} x \varphi(x) = 1; pour tout entier n⩾1n \geqslant 1, définissons ff par la relation
f(x)=(x−1)(x−2)…(x−n)φ(x−n) f(x) = (x - 1)(x - 2)\ldots(x - n)\varphi(x - n)

dans l’intervalle ]n, n + 1); il est clair que f est continue dans ]0, +∞[, satisfait à l’équation (1), et prolonge Γ(n).

Si f est une solution continue de (1) et prend des valeurs > 0 dans ]0, 1[, elle prend des valeurs > 0 dans ]0, +∞[ d’après (2); la fonction g(x) = log f(x) est donc définie et continue dans ]0, +∞[ et satisfait dans cet intervalle à l’équation (3)

g(x+1)−g(x)=log⁡x. g(x + 1) - g(x) = \log x.
Si g_1 est une seconde solution continue de (3) dans ]0, +∞[, et si h = g_1 - g, on a h(x + 1) - h(x) = 0 pour tout x > 0; autrement dit, h est une fonction continue périodique de période 1, définie dans ]0, +∞[; inversement, pour toute fonction h de cette nature, g + h est une solution continue de (3).

Proposition 1

Il existe une fonction convexe et une seule g, définie dans ]0, +∞[, satisfaisant à l’équation (3) et prenant la valeur 0 pour x = 1.

Montrons d’abord que s’il existe une fonction g satisfaisant aux conditions de l’énoncé, elle est bien déterminée dans l’intervalle ]0, 1[, et par suite dans tout l’intervalle ]0, +∞[. En effet, pour tout entier n > 1, la pente de la droite joignant le point (n, g(n)) au point (x, g(x)) est fonction croissante de x, puisque g est convexe (I, p. 36, prop. 5); on doit donc avoir, pour 0 < x ≤ 1

g(n−1)−g(n)(n−1)−n≤g(n+x)−g(n)(n+x)−n≤g(n+1)−g(n)(n+1)−n \frac{g(n - 1) - g(n)}{(n - 1) - n} \leq \frac{g(n + x) - g(n)}{(n + x) - n} \leq \frac{g(n + 1) - g(n)}{(n + 1) - n}
c’est-à-dire, d’après (3) (4)
xlog⁡(n−1)≤g(x+n)−g(n)≤xlog⁡n. x \log (n - 1) \leq g(x + n) - g(n) \leq x \log n.
Or, d’après (3), on a
g(x+n)−g(n)=g(x)+log⁡x+∑k=1n−1(log⁡(x+k)−log⁡k). g(x + n) - g(n) = g(x) + \log x + \sum_{k=1}^{n-1} (\log (x + k) - \log k).
D’autre part, on peut écrire log⁡n=∑k=2nlog⁡kk−1\log n = \sum_{k=2}^{n} \log \frac{k}{k - 1}, donc l’inégalité (4) s’écrit
x∑k=2n−1log⁡kk−1≤g(x)+log⁡x x \sum_{k=2}^{n-1} \log \frac{k}{k - 1} \leq g(x) + \log x
+∑k=2n(log⁡(x+k−1)−log⁡(k−1))≤x∑k=2nlog⁡kk−1. + \sum_{k=2}^{n} (\log (x + k - 1) - \log (k - 1)) \leq x \sum_{k=2}^{n} \log \frac{k}{k - 1}.
Posons, pour tout n≥2n \geq 2 (5)
un(x)=xlog⁡nn−1−log⁡(x+n−1)+log⁡(n−1) u_n(x) = x \log \frac{n}{n - 1} - \log (x + n - 1) + \log (n - 1)
et
gn(x)=−log⁡x+∑k=2nuk(x). g_n(x) = -\log x + \sum_{k=2}^{n} u_k(x).

Pour 0<x≤10 < x \leq 1, on a donc

gn(x)−xlog⁡nn−1≤g(x)≤gn(x). g_n(x) - x \log \frac{n}{n-1} \leq g(x) \leq g_n(x).

Comme log⁡nn−1\log \frac{n}{n-1} tend vers 0 lorsque nn tend vers +∞+\infty, on déduit de (6) que si la solution gg existe, elle est nécessairement égale, dans ]0,1]0, 1], à la limite de gn(x)g_n(x).

Or, on tire aussitôt de la relation (5) que, pour tout xx fixe et >0> 0, on a

un(x)=−xlog⁡(1−1n)−log⁡(1+x−1n)+log⁡(1−1n)∼x(x−1)2n2 u_n(x) = -x \log \left(1 - \frac{1}{n}\right) - \log \left(1 + \frac{x-1}{n}\right) + \log \left(1 - \frac{1}{n}\right) \sim \frac{x(x-1)}{2n^2}

lorsque nn tend vers +∞+\infty, ce qui prouve que la série de terme général un(x)u_n(x) converge tout x>0x > 0. Chacune des fonctions un(x)u_n(x) étant convexe dans ]0,+∞[0, +\infty[, ainsi que −log⁡x-\log x, la fonction g(x)=−log⁡x+∑n=2∞un(x)g(x) = -\log x + \sum_{n=2}^\infty u_n(x) est convexe dans cet intervalle (I, p. 35; prop. 2 et prop. 4); enfin, on a un(1)=0u_n(1) = 0, d’où g(1)=0g(1) = 0, et

un(x+1)=un+1(x)+x(log⁡nn−1−log⁡n+1n) u_n(x+1) = u_{n+1}(x) + x \left( \log \frac{n}{n-1} - \log \frac{n+1}{n} \right)

d’où

g(x+1)=−log⁡(x+1)+xlog⁡2+∑n=3∞un(x)=log⁡x+g(x); g(x+1) = -\log (x+1) + x \log 2 + \sum_{n=3}^\infty u_n(x) = \log x + g(x);

autrement dit, gg satisfait à l’équation (3) de VII, p. 2.

Définition 1

On désigne par Γ(x)\Gamma(x) la fonction >0> 0 définie dans l’intervalle ]0,+∞[0, +\infty[, satisfaisant à l’équation

Γ(x+1)=xΓ(x), \Gamma(x+1) = x \Gamma(x),

telle que Γ(1)=1\Gamma(1) = 1 et que log⁡Γ(x)\log \Gamma(x) soit convexe dans ]0,+∞[0, +\infty[.

2. Propriétés de la fonction gamma

Proposition 2

Pour tout x>0x > 0, on a

Γ(x)=lim⁡n→∞nx⋅n!x(x+1)…(x+n) \Gamma(x) = \lim_{n \to \infty} \frac{n^x \cdot n!}{x(x+1)\ldots(x+n)}

(formule de Gauss), et

Γ(x)=e−γx1x∏n=1∞ex/n1+xn \Gamma(x) = e^{-\gamma x} \frac{1}{x} \prod_{n=1}^\infty \frac{e^{x/n}}{1 + \frac{x}{n}}

où γ\gamma désigne la constante d’Euler, et le produit infini du second membre de (9) est absolument et uniformément convergent dans tout intervalle compact de R\mathbf{R} ne contenant aucun entier <0< 0 (formule de Weierstrass).

La fonction Γ(x)\Gamma(x) est indéfiniment dérivable dans ]0,+∞[]0, +\infty[, et on a

Γ′(x)Γ(x)=−γ−1x+∑n=1∞(1n−1x+n) \frac{\Gamma'(x)}{\Gamma(x)} = -\gamma - \frac{1}{x} + \sum_{n=1}^{\infty} \left( \frac{1}{n} - \frac{1}{x+n} \right)

et

Dk(log⁡Γ(x))=∑n=0∞(−1)k(k−1)!(x+n)kpour k≥2, \mathrm{D}^k(\log \Gamma(x)) = \sum_{n=0}^{\infty} \frac{(-1)^k(k-1)!}{(x+n)^k} \quad \text{pour } k \geq 2,

les séries qui figurent aux seconds membres de (10) et (11) étant absolument et uniformément convergentes dans tout intervalle compact ne contenant aucun entier ≤0\leq 0.

En effet, la démonstration de la prop. 1 de VII, p. 2, montre que

Γ(x)=lim⁡n→∞nx(n−1)!x(x+1)…(x+n−1) \Gamma(x) = \lim_{n \to \infty} \frac{n^x(n-1)!}{x(x+1)\ldots(x+n-1)}

d’où la formule de Gauss, puisque nx+n\frac{n}{x+n} tend vers 1 lorsque nn tend vers +∞+\infty. On peut aussi écrire

log⁡nn−1=1n−1+(log⁡nn−1−1n−1), \log \frac{n}{n-1} = \frac{1}{n-1} + \left( \log \frac{n}{n-1} - \frac{1}{n-1} \right),

donc (avec les notations de la prop. 1)

exp⁡(un(x))=ex(log⁡nn−1−1n−1)ex/n−11+xn−1 \exp(u_n(x)) = e^{x(\log \frac{n}{n-1} - \frac{1}{n-1})} \frac{e^{x/n-1}}{1 + \frac{x}{n-1}}

et la série de terme général log⁡nn−1−1n−1\log \frac{n}{n-1} - \frac{1}{n-1} est absolument convergente et a pour somme −γ-\gamma, où γ\gamma désigne la constante d’Euler (V, p. 32), d’où la formule de Weierstrass.

Pour ∣x∣≤a|x| \leq a, on a ∣1/(x+n)k∣≤1/(n−a)k|1/(x+n)^k| \leq 1/(n-a)^k dès que n>an > a, donc la série du second membre de (11) est absolument et uniformément convergente dans tout intervalle compact de R\mathbf{R} ne contenant aucun entier ≤0\leq 0, quel que soit l’entier k≥2k \geq 2; le même raisonnement s’applique à la série du second membre de (10), puisque ∣1n−1x+n∣≤an(n−a)\left| \frac{1}{n} - \frac{1}{x+n} \right| \leq \frac{a}{n(n-a)} pour ∣x∣≤a|x| \leq a et n>an > a. Comme ces séries s’obtiennent en dérivant terme à terme la série

log⁡Γ(x)=−γx−log⁡x+∑n=1∞(xn−log⁡(1+xn)) \log \Gamma(x) = -\gamma x - \log x + \sum_{n=1}^{\infty} \left( \frac{x}{n} - \log \left( 1 + \frac{x}{n} \right) \right)

qui converge pour tout x>0x > 0, la série de terme général xn−log⁡(1+xn)\frac{x}{n} - \log \left( 1 + \frac{x}{n} \right) est absolument et uniformément convergente dans tout intervalle compact contenu dans (0,+∞)(0, +\infty), et on a bien les relations (10) et (11) de VII, p. 4, pour tout x>0x > 0 (II, p. 2, th. 1). D’ailleurs, pour tout x∈Rx \in \mathbf{R}, xn−log⁡(1+xn)\frac{x}{n} - \log \left( 1 + \frac{x}{n} \right) est défini dès que nn est assez grand, donc le th. 1 de II, p. 2, montre encore que le produit infini du second membre de (9) (VII, p. 3) est absolument et uniformément convergent dans tout intervalle compact ne contenant aucun entier ≤0\leq 0.

La fonction Γ(x)\Gamma(x), définie pour x>0x > 0, peut se prolonger à tout l’ensemble des points xx distincts des entiers ≤0\leq 0 de façon à satisfaire à l’équation (7) de VII, p. 3, dans cet ensemble : il suffit, pour −(n+1)<x<−n-(n+1) < x < -n, de poser

Γ(x)=1x(x+1)…(x+n)Γ(x+n+1). \Gamma(x) = \frac{1}{x(x+1)\ldots(x+n)} \Gamma(x+n+1).
D’après la prop. 2 de VII, p. 3, les formules (8), (9), (10) et (11) de VII, p. 3 et 4 sont encore valables dans cet ensemble. La formule (9) (VII, p. 3) montre que Γ(x)∼1/x\Gamma(x) \sim 1/x lorsque xx tend vers 0, d’où, d’après (7) de VII, p. 3,
Γ(x)∼(−1)nn!(x+n) \Gamma(x) \sim \frac{(-1)^n}{n!(x+n)}
lorsque xx tend vers −n-n (nn entier ≥0\geq 0). La fonction 1/Γ(x)1/\Gamma(x) peut donc être prolongée par continuité à R\mathbf{R} tout entier, en lui donnant la valeur 0 aux entiers ≤0\leq 0; on a alors, pour tout x∈Rx \in \mathbf{R}
1Γ(x)=lim⁡n→∞x(x+1)…(x+n)nx⋅n! \frac{1}{\Gamma(x)} = \lim_{n \to \infty} \frac{x(x+1)\ldots(x+n)}{n^x \cdot n!}
et
1Γ(x)=exγx⋅x∏n=1∞(1+xn)e−x/n \frac{1}{\Gamma(x)} = e^{x\gamma x} \cdot x \prod_{n=1}^{\infty} \left( 1 + \frac{x}{n} \right) e^{-x/n}
et on montre comme dans la prop. 2 de VII, p. 3 que le produit infini du second membre de (13) est absolument et uniformément convergent dans tout intervalle compact de R\mathbf{R}.

Comme Γ(x)>0\Gamma(x) > 0 pour x>0x > 0, l’équation (7) de VII, p. 3, montre que l’on a Γ(x)<0\Gamma(x) < 0 pour −(2n−1)<x<−(2n−2)-(2n-1) < x < -(2n-2) et Γ(x)>0\Gamma(x) > 0 pour

−2n<x<−(2n−1) -2n < x < -(2n-1)
(n(n entier ≥1)\geq 1 ); Γ(x)\Gamma(x) a pour limite à droite +∞+\infty aux points −2n,−∞-2n, -\infty aux points −(2n+1)-(2n+1), pour limite à gauche −∞-\infty aux points −2n,+∞-2n, +\infty aux points −(2n+1)-(2n+1) (pour tout n∈Nn \in \mathbf{N}). La formule (11) de VII, p. 4, montre que, pour k=2k = 2, le second membre est toujours ≥0\geq 0 lorsqu’il est défini, donc
Γ′′(x)Γ(x)−(Γ′(x))2≥0, \Gamma''(x) \Gamma(x) - (\Gamma'(x))^2 \geq 0,

et par suite Γ′′(x)\Gamma''(x) a le signe de Γ(x)\Gamma(x); Γ\Gamma est donc convexe pour x>0x > 0 et pour −(2n+2)<x<−(2n+1)-(2n+2) < x < -(2n+1), concave pour −(2n+1)<x<−2n-(2n+1) < x < -2n (n∈Nn \in \mathbf{N}); on en déduit que, dans les intervalles où Γ\Gamma est convexe, Γ′(x)\Gamma'(x) croît de −∞-\infty à +∞+\infty, et dans les intervalles où Γ\Gamma est concave, Γ′(x)\Gamma'(x) décroît de +∞+\infty à −∞-\infty. D’où la courbe représentative de Γ\Gamma (fig. 1).

3. Les intégrales eulériennes

Nous dirons pour abréger qu’une fonction ff définie dans un intervalle I⊂RI \subset \mathbf{R} et >0> 0 dans cet intervalle, est logarithmiquement convexe dans II si log⁡f\log f est convexe dans II. La définition de Γ(x)\Gamma(x) montre donc que cette fonction est logarithmiquement convexe dans ]0,+∞[]0, +\infty[.

Il est clair que le produit de deux fonctions logarithmiquement convexes dans II est logarithmiquement convexe dans II. En outre:

Lemme 1

Soient* ff et gg deux fonctions >0> 0 et deux fois dérivables dans un intervalle ouvert II. Si ff et gg sont logarithmiquement convexes dans II, f+gf + g est logarithmiquement convexe dans II.

En effet, la relation D2(log⁡f(x))≥0D^2(\log f(x)) \geq 0 s’écrit f(x)f′′(x)−(f′(x))2≥0f(x)f''(x) - (f'(x))^2 \geq 0. Nous sommes ramenés à montrer que les relations a≥0, a′≥0, ac−b2≥0, a′c′−b′2≥0a \geq 0,\ a' \geq 0,\ ac - b^2 \geq 0,\ a'c' - {b'}^2 \geq 0 entraînent (a+a′)(c+c′)−(b+b′)2≥0(a + a')(c + c') - (b + b')^2 \geq 0; or, les relations a≥0, ac−b2≥0a \geq 0,\ ac - b^2 \geq 0 équivalent au fait que la forme quadratique ax2+2bxy+cy2ax^2 + 2bxy + cy^2 est ≥0\geq 0 dans R2\mathbf{R}^2, et il est clair que si

ax2+2bxy+cy2≥0eta′x2+2b′xy+c′y2≥0 ax^2 + 2bxy + cy^2 \geq 0 \quad \text{et} \quad a'x^2 + 2b'xy + c'y^2 \geq 0
dans R2\mathbf{R}^2, on a aussi (a+a′)x2+2(b+b′)xy+(c+c′)y2≥0(a + a')x^2 + 2(b + b')xy + (c + c')y^2 \geq 0 dans R2\mathbf{R}^2.

Lemme 2

Soit une fonction numérique finie et >0> 0, définie et continue dans le produit I×JI \times J de deux intervalles ouverts dans R\mathbf{R} et telle que, pour tout t∈Jt \in J, la fonction x↦f(x,t)x \mapsto f(x, t) soit logarithmiquement convexe et deux fois dérivable dans II. Dans ces conditions, si pour tout x∈Ix \in I, l’intégrale g(x)=∫Jf(x,t) dtg(x) = \int_J f(x, t)\ dt est convergente, gg est logarithmiquement convexe dans II.

Montrons d’abord que, pour tout intervalle compact K⊂JK \subset J, la fonction gK(x)=∫Kf(x,t)dtg_K(x) = \int_K f(x, t)dt est logarithmiquement convexe. En effet, si K=[a,b]K = [a, b], la suite des fonctions

gn(x)=b−an∑k=0n−1f(x,a+kb−an) g_n(x) = \frac{b - a}{n} \sum_{k=0}^{n-1} f\left(x, a + k \frac{b - a}{n}\right)
converge simplement vers gK(x)g_K(x) dans II (II, p. 7, prop. 5), donc log⁡gn\log g_n converge simplement vers log⁡gK\log g_K; d’après le lemme 1 de VII, p. 6, log⁡gn\log g_n est convexe dans II, donc (I, p. 35, prop. 4) il en est de même de log⁡gK\log g_K.

D’autre part, gg est limite simple des gKg_K suivant l’ordonné filtrant des intervalles compacts contenus dans II (II, p. 15), donc log⁡g\log g est limite simple des log⁡gK\log g_K; ces dernières fonctions étant convexes dans II, il en est de même de log⁡g\log g (I, p. 35, prop. 4).

On montre facilement que les lemmes 1 et 2 sont encore valables lorsque l’on n’y suppose plus les fonctions deux fois dérivables (VII, p. 20, exerc. 5).

Lemme 3

Soit φ\varphi une fonction continue et >0> 0 dans un intervalle ouvert JJ contenu dans ]0,+∞[]0, +\infty[. Si II est un intervalle ouvert tel que l’intégrale g(x)=∫Jtx−1φ(t)dtg(x) = \int_J t^{x-1}\varphi(t)dt soit convergente pour tout x∈Ix \in I, gg est logarithmiquement convexe dans II.

En effet, log⁡tx−1=(x−1)log⁡t\log t^{x-1} = (x - 1) \log t est une fonction de xx qui est convexe et deux fois dérivable pour tout t>0t > 0, donc le lemme 2 est applicable.

Proposition 3

Pour tout x>0x > 0, on a

Γ(x)=∫0∞e−ttx−1 dt \Gamma(x) = \int_0^\infty e^{-t} t^{x-1}\ dt
(seconde intégrale eulérienne).

En effet, la fonction g(x)=∫0∞e−ttx−1dtg(x) = \int_0^\infty e^{-t} t^{x-1} dt est définie pour tout x>0x > 0 (V, p. 19); le lemme 3 de VII, p. 7, montre donc qu’elle est logarithmiquement convexe dans ]0, +∞[. D’autre part, en intégrant par parties, on a

g(x+1)=∫0∞e−ttxdt=−e−ttx∣0∞+x∫0∞e−ttx−1dt=xg(x). g(x+1) = \int_0^\infty e^{-t} t^x dt = -e^{-t} t^x \Big|_0^\infty + x \int_0^\infty e^{-t} t^{x-1} dt = xg(x).
Autrement dit, gg est une solution de l’équation (1) de VII, p. 1; enfin,
g(1)=∫0∞e−tdt=1; g(1) = \int_0^\infty e^{-t} dt = 1;
la proposition résulte donc de la prop. 1 de VII, p. 2.

Par le changement de variable e−t=ue^{-t} = u, on déduit de (14) (VII, p. 7) la formule

Γ(x)=∫01(log⁡1t)x−1dt. \Gamma(x) = \int_0^1 \left( \log \frac{1}{t} \right)^{x-1} dt.
De même, par le changement de variable u=txu = t^x, il vient
xΓ(x)=∫0∞e−t/xdt x \Gamma(x) = \int_0^\infty e^{-t/x} dt
ou encore, en tenant compte de (7) (VII, p. 1)
Γ(1+1x)=∫0∞e−txdt \Gamma\left(1 + \frac{1}{x}\right) = \int_0^\infty e^{-t^x} dt
et en particulier, pour x=2x = 2
Γ(32)=12Γ(12)=∫0∞e−t2dt. \Gamma\left(\frac{3}{2}\right) = \frac{1}{2} \Gamma\left(\frac{1}{2}\right) = \int_0^\infty e^{-t^2} dt.

Proposition 4

Pour x>0x > 0 et y>0y > 0, l’intégrale

B(x,y)=∫01tx−1(1−t)y−1dt B(x, y) = \int_0^1 t^{x-1}(1-t)^{y-1} dt
(première intégrale eulérienne) a pour valeur
B(x,y)=Γ(x)Γ(y)Γ(x+y). B(x, y) = \frac{\Gamma(x)\Gamma(y)}{\Gamma(x+y)}.
En effet, l’intégrale est convergente pour x>0x > 0 et y>0y > 0 (V, p. 19). D’après le lemme 3 de VII, p. 7, la fonction x↦B(x,y)x \mapsto B(x, y) est logarithmiquement convexe pour x>0x > 0. D’autre part, on a
B(x+1,y)=∫01(1−t)x+y−1(t1−t)xdt B(x+1, y) = \int_0^1 (1-t)^{x+y-1} \left( \frac{t}{1-t} \right)^x dt
d’où, en intégrant par parties
B(x+1,y)=−(1−t)x+yx+y(t1−t)x∣01+xx+y∫01(1−t)x+y(t1−t)x−1dt(1−t)2=xx+yB(x,y). B(x+1, y) = -\frac{(1-t)^{x+y}}{x+y} \left( \frac{t}{1-t} \right)^x \Big|_0^1 \\ + \frac{x}{x+y} \int_0^1 (1-t)^{x+y} \left( \frac{t}{1-t} \right)^{x-1} \frac{dt}{(1-t)^2} = \frac{x}{x+y} B(x, y).

Il en résulte que f(x)=B(x,y)Γ(x+y)f(x) = B(x, y) \Gamma(x + y) satisfait à l’identité (1) de VII, p. 1. D’autre part cette fonction est logarithmiquement convexe, comme produit de deux fonctions logarithmiquement convexes. Enfin, on a f(1)=B(1,y)Γ(y+1)f(1) = B(1, y) \Gamma(y + 1), et B(1,y)=∫01(1−t)y−1dt=1/yB(1, y) = \int_0^1 (1 - t)^{y-1} dt = 1/y, d’où f(1)=1yΓ(y+1)=Γ(y)f(1) = \frac{1}{y} \Gamma(y + 1) = \Gamma(y). La fonction f(x)/Γ(y)f(x)/\Gamma(y) est donc égale à Γ′(x)\Gamma'(x) d’après la prop. 1 de VII, p. 2, ce qui démontre (18).

Par le changement de variable t=uu+1t = \frac{u}{u + 1}, la formule (18) devient

∫0∞tx−1(1+t)x+ydt=Γ(x)Γ(y)Γ(x+y) \int_0^\infty \frac{t^{x-1}}{(1 + t)^{x+y}} dt = \frac{\Gamma(x)\Gamma(y)}{\Gamma(x + y)}

et par le changement de variable t=sin⁡2φt = \sin^2 \varphi,

∫0π/2sin⁡2x−1φcos⁡2y−1φdφ=12Γ(x)Γ(y)Γ(x+y). \int_0^{\pi/2} \sin^{2x-1}\varphi \cos^{2y-1}\varphi d\varphi = \frac{1}{2} \frac{\Gamma(x)\Gamma(y)}{\Gamma(x + y)}.

Si, dans cette dernière formule, on fait x=y=12x = y = \frac{1}{2}, il vient

Γ(12)=π \Gamma(\frac{1}{2}) = \sqrt{\pi}

d’où, en vertu de (17)

∫0∞e−t2dt=12π. \int_0^\infty e^{-t^2} dt = \frac{1}{2} \sqrt{\pi}.

D’après la relation (7) de VII, p. 3, on a pour Γ(x)\Gamma(x), au voisinage de 0, le développement asymptotique

Γ(x)=1xΓ(x+1) \Gamma(x) = \frac{1}{x} \Gamma(x + 1)
=1x+Γ′(1)+12!Γ′′(1)x+⋯+1n!Γ(n)(1)xn−1+O(xn). = \frac{1}{x} + \Gamma'(1) + \frac{1}{2!} \Gamma''(1)x + \cdots + \frac{1}{n!} \Gamma^{(n)}(1)x^{n-1} + O(x^n).

De même, pour tout yy fixe et >0> 0, on peut écrire

1Γ(x+y) \frac{1}{\Gamma(x + y)}
=1Γ(y)+D(1Γ(y))x+12!D2(1Γ(y))x2+⋯+1n!Dn(1Γ(y))xn+O1(xn+1) = \frac{1}{\Gamma(y)} + D\left( \frac{1}{\Gamma(y)} \right)x + \frac{1}{2!} D^2\left( \frac{1}{\Gamma(y)} \right)x^2 + \cdots + \frac{1}{n!} D^n\left( \frac{1}{\Gamma(y)} \right)x^n + O_1(x^{n+1})

et la formule (18) donne donc, pour yy fixe, le développement asymptotique au voisinage de x=0x = 0

B(x,y)=1x+(Γ′(1)−Γ′(y)Γ(y)) B(x, y) = \frac{1}{x} + \left( \Gamma'(1) - \frac{\Gamma'(y)}{\Gamma(y)} \right)
+(Γ′′(1)2−Γ′(1)Γ′(y)Γ(y)+2Γ′2(y)−Γ(y)Γ′′(y)2Γ2(y))x+O(x2). + \left( \frac{\Gamma''(1)}{2} - \Gamma'(1) \frac{\Gamma'(y)}{\Gamma(y)} + \frac{2{\Gamma'}^2(y) - \Gamma(y)\Gamma''(y)}{2\Gamma^2(y)} \right)x + O(x^2).

D’autre part, pour x>0x > 0 et y>0y > 0, on a

B(x,y)=∫01(tx−1+tx(1−t)y−1−1t)dt \text{B}(x, y) = \int_0^1 \left( t^{x-1} + t^x \frac{(1-t)^{y-1} - 1}{t} \right) dt
=1x+∫01tx(1−t)y−1−1tdt. = \frac{1}{x} + \int_0^1 t^x \frac{(1-t)^{y-1} - 1}{t} dt.
La fonction φ(t)=(1−t)y−1−1t\varphi(t) = \frac{(1-t)^{y-1} - 1}{t} est continue dans l’intervalle compact [0,1][0, 1]; comme
tx=exlog⁡t=1+xlog⁡t+x22!(log⁡t)2+⋯+xnn!(log⁡t)n+rn(x,t) t^x = e^{x \log t} = 1 + x \log t + \frac{x^2}{2!} (\log t)^2 + \cdots + \frac{x^n}{n!} (\log t)^n + r_n(x, t)
avec ∣rn(x,t)∣≤xn+1(n+1)!∣log⁡t∣n+1|r_n(x, t)| \leq \frac{x^{n+1}}{(n+1)!} |\log t|^{n+1} (puisque log⁡t≤0\log t \leq 0 et x>0x > 0), la formule (25) donne pour B(x,y)\text{B}(x, y) le développement asymptotique au voisinage de x=0x = 0
B(x,y)=1x+∫01φ(t) dt+x∫01φ(t)log⁡t dt+⋯ \text{B}(x, y) = \frac{1}{x} + \int_0^1 \varphi(t) \, dt + x \int_0^1 \varphi(t) \log t \, dt + \cdots
+xnn!∫01φ(t)(log⁡t)n dt+O2(xn+1). + \frac{x^n}{n!} \int_0^1 \varphi(t) (\log t)^n \, dt + O_2(x^{n+1}).
Pour n=1n = 1, l’identification de ce développement à (24) donne en particulier
Γ′(1)−Γ′(y)Γ(y)=∫01(1−t)y−1−1t dt. \Gamma'(1) - \frac{\Gamma'(y)}{\Gamma(y)} = \int_0^1 \frac{(1-t)^{y-1} - 1}{t} \, dt.
D’ailleurs la formule (10) donne Γ′(1)=Γ′(1)/Γ(1)=−γ\Gamma'(1) = \Gamma'(1)/\Gamma(1) = -\gamma, donc (intégrale de Gauss)
Γ′(x)Γ(x)+γ=∫011−(1−t)x−1t dt. \frac{\Gamma'(x)}{\Gamma(x)} + \gamma = \int_0^1 \frac{1 - (1-t)^{x-1}}{t} \, dt.

Exercices

See the exercises for § 1.

Transcribed from the printed volume. Not translated.