Reprenons la formule de Weierstrass qui donne l’expression de 1/Γ(x) pour tout x réel
Γ(x)1=xexγn=1∏∞(1+nx)e−x/n
et considérons le produit infini de terme général (1+nz)e−z/n, pour z complexe quelconque. On peut écrire e−z/n=1−nz+h(z), avec ∣h(z)∣≤2n2∣z∣2e∣z/n∣ (III, p. 16, formule (8)), d’où
(1+nz)e−z/n=1+vn(z)
avec ∣vn(z)∣≤n2∣z∣2(1+2e∣z∣(1+∣z∣)); le produit infini considéré est donc absolument et uniformément convergent dans toute partie compacte de C; en outre, sa valeur n’est nulle que pour les points z=−n (TG, IX, p. 80, corollaire). En raison de la formule (1) de VII, p. 10, on pose, pour tout z complexe
Γ(z)1=zez/2n=1∏∞(1+nz)e−z/n.
La fonction Γ(z) est ainsi définie pour tout point z∈C distinct des points −n (n∈N); elle est continue dans cet ensemble, et au voisinage de −n, on a (z+n)Γ(z)∼n!(−1)n. La formule (2) montre que l’on a Γ(z)=Γ(z) pour tout z distinct d’un entier négatif.
Le raisonnement qui permet de passer de la formule de Gauss (VII, p. 3, formule (8)) à la formule de Weierstrass, repris en sens inverse, s’applique aussi pour z complexe, et montre que, pour tout z=−n (n∈N), on a
on a encore, en passant à la limite, l’équation fonctionnelle fondamentale
Γ(z+1)=zΓ(z)
pour tout z=−n (n∈N).
Soit p un entier >0 quelconque, et Kp le disque ouvert ∣z∣<p; pour tout z∈Kp et tout entier n>p, 1+nz n’est pas un nombre réel négatif, donc log(1+nz) est défini, et il résulte de ce qui précède que la série de terme général log(1+nz)−nz (n>p) est normalement convergente dans Kp; il en est de même des séries obtenues en dérivant un nombre quelconque de fois le terme général, puisqu’on a
n1−z+n1≤n(n−p)pet(z+n)k1≤(n−p)k1(k>1)
pour z∈Kp et n>p. On voit donc (cf. II, p. 68, Remarque 3) que Γ(z) est indéfiniment dérivable en tous les points z∈C distincts des points −n, et on a en ces points
les séries des seconds membres de (5) et (6) étant normalement convergentes dans tout ensemble compact contenu dans C et ne contenant aucun entier ≤0. On peut écrire en outre
logΓ(z)≡−γz−logz+n=1∑∞(nz−log(1+nz))(mod2πi)
en convenant que lorsqu’un logarithme, dans cette formule, porte sur un nombre réel négatif, il a l’une ou l’autre des deux valeurs limites (différant de 2πi) de logz en ce point; la série du second membre de (7) est alors normalement convergente dans tout ensemble compact contenu dans C et ne contenant aucun entier ≤0.
2. La relation des compléments et la formule de multiplication de Legendre-Gauss
On tire aussitôt de la formule (2) de VII, p. 11, que, pour tout z∈C
Γ(z)Γ(−z)1=−z2n=1∏∞(1−n2z2).
Or, le développement eulérien de sinz (VI, p. 18, th. 2) montre que
zn=1∏∞(1−n2z2)=π1sinπz;
tenant compte de l’équation fonctionnelle (4) de VII, p. 11, on voit donc que:
Démontrons d’abord la formule (13) pour x=0. Comme logΓ(x)∼logx1 lorsque x tend vers 0, l’intégrale ∫01logΓ(x)dx est convergente. En outre, dans ]0, 1[, la fonction logΓ(x) est décroissante (VII, p. 6); pour tout α>0, on a donc
n1k=1∑qlogΓ(nk)≤∫0∞logΓ(x)dx,
q étant le plus grand entier tel que q/n≤α. Comme ∫0∞logΓ(x)dx tend vers 0 avec α et que n1∑k=q+1nlogΓ(nk) tend vers ∫α1logΓ(x)dx lorsque n tend vers +∞ (II, p. 7, prop. 5), on a
∫01logΓ(x)dx=n→∞limn1k=1∑nlogΓ(nk).
Mais, d’après (12), le second membre de cette formule est limite de
2nn−1log2π−21nlogn,
d’où
∫01logΓ(x)dx=21log2π.
Remarquons maintenant que, de l’identité
logΓ(x+1)=logΓ(x)+logx
on déduit, en intégrant, pour x>0
∫0xlogΓ(t+1)dt=∫0xlogΓ(t)dt+∫0xlogtdt.
Mais l’intégrale du premier membre est aussi égale à ∫1x+1logΓ(t)dt. On a donc, d’après (14),
Soient x et y deux nombres complexes non situés sur le demi-axe réel négatif; d’après la formule (3) de VII, p. 11, et avec les conventions de VII, p. 12 concernant les logarithmes, logΓ(x)−logΓ(y) est congru modulo 2πi à la limite de l’expression
(15)
(x−y)logn+k=0∑n(log(y+k)−log(x+k)).
Posons f(t)=log(y+t)−log(x+t); nous allons appliquer à la fonction f la formule sommatoire d’Euler–Maclaurin (VI, p. 20)
f(0)+f(1)+⋯+f(n)=∫0n+1f(t)dt−21(f(n+1)−f(0))
+k=1∑p(2k)!b2k(f(2k−1)(n+1)−f(2k−1)(0))+Tp(n)
avec
(16)
∣Tp(n)∣≤(2π)2p+14e2π∫0n+1∣f(2p+1)(u)∣du.
Comme
f(m)(t)=(−1)m−1(m−1)!((y+t)m1−(x+t)m1),
f(2k−1)(n+1) tend vers 0 lorsque n tend vers +∞, pour tout k≥1; il en est d’ailleurs de même de
f(n+1)=log(1+n+1y)−log(1+n+1x).
D’autre part, on a
∫0n+1log(x+t)dt=(x+n+1)(log(x+n+1)−1)−x(logx−1);
lorsque n tend vers +∞, on a le développement asymptotique
(x+n)(log(x+n)−1)=nlogn−n+xlogn+O(n1).
Portant dans l’expression (15) on voit finalement que, lorsque n tend vers +∞, Tp(n) a une limite Rp(x,y) et que l’on peut écrire
Nous allons maintenant évaluer une borne supérieure de Rp(x,y) à l’aide de l’inégalité (16), en supposant que x et y soient tous deux dans la partie HA de C définie par la relation « ℜ(z)⩾A ou ∣F(z)∣⩾A », où A est un nombre >0 arbitraire (fig. 2). Remarquons pour cela que si x=s+it avec s>A, on a ∣x+u∣⩾A+u pour tout u>0 et par suite
∫0n+1∣x+u∣2p+1du⩽∫0∞(A+u)2p+1du=2pA2p1.
De même, si ∣t∣≥A, on a ∣x+u∣=∣s+u+it∣≥A2+(s+u)2 pour tout u réel, d’où
On voit donc que, lorsque x et y sont dans HA, on a
∣Rp(x,y)∣≤A2pCp
où Cp ne dépend que de p. Soit alors F le filtre ayant pour base les ensembles HA; le critère de Cauchy montre que, suivant le filtre F, la fonction logΓ(z)−g(z) a une limite finie δ (modulo 2πi) et que, si on pose ω(z)=max(ℜ(z),∣ℑ(z)∣), on a
logΓ(z)−g(z)−δ≡O((ω(z))2p1)(mod. 2πi).
Pour x réel et >0, on a Γ(x)>0, et g(x) est réel, donc on peut supposer δ réel, et on a
logΓ(x)=g(x)+δ+O(x2p1).
Nous allons en déduire la valeur de la constante δ; d’après la prop. 2 de VII, p. 14, appliquée pour p=2, on a, pour x réel tendant vers +∞