Bourbaki

§ 2. Formes linéaires sur un espace de Riesz

1. Formes linéaires positives sur un espace de Riesz

Rappelons la définition suivante (Esp. vect. top., chap. II, 2e éd., § 2, n° 5):

Définition 1

Etant donné un espace vectoriel ordonné E, on dit qu’une forme linéaire L sur E est positive si, pour tout x ⩾0\geqslant 0 dans E, on a L(x)⩾0L(x) \geqslant 0.

Comme L(y)−L(x)=L(y−x)L(y) - L(x) = L(y - x), il revient au même de dire que la relation x⩽yx \leqslant y entraîne L(x)⩽L(y)L(x) \leqslant L(y), ou encore que LL est une fonction croissante dans E.

Exemple 1

Soient A un ensemble quelconque, E un sous-espace de l’espace RA\mathbf{R}^A de toutes les fonctions numériques définies dans A. Pour tout élément a∈Aa \in A, l’application x↦x(a)x \mapsto x(a) est une forme linéaire positive sur E.

Exemple 2

Soit I=[a,b]I = [a, b] un intervalle compact de R\mathbf{R}, E l’espace de Riesz formé des fonctions numériques réglées dans I (Fonct. var. réelle, chap. II, §1, n° 3); l’application x↦∫abx(t) dtx \mapsto \int_a^b x(t)\, dt est une forme linéaire positive sur E.

Exemple 3

Soient F un ensemble quelconque, U\mathscr{U} un ultrafiltre sur F (Top. gén., chap. I, 3e éd., § 6, n° 4), E l’espace de Riesz B(F)\mathscr{B}(F) des fonctions numériques bornées dans F. Pour tout x∈Ex \in E, lim⁡Ux(t)\lim_{\mathscr{U}} x(t) existe, car x(U)x(\mathscr{U}) est une base d’ultrafiltre sur l’ensemble relativement compact x(F)x(F), et par suite est convergente. En outre, si x⩾0x \geqslant 0, on a lim⁡Ux(t)⩾0\lim_{\mathscr{U}} x(t) \geqslant 0 en vertu du principe de prolongement des inégalités; l’application x↦lim⁡Uxx \mapsto \lim_{\mathscr{U}} x est donc une forme linéaire positive sur E. Si on prend pour U\mathscr{U} l’ultrafiltre formé des ensembles contenant un élément a∈Fa \in F, on retrouve la forme linéaire positive x↦x(a)x \mapsto x(a) (exemple 1).

Proposition 1

Soient E un espace vectoriel ordonné, L une application de E dans R\mathbf{R} telle que L(x+y)=L(x)+L(y)L(x + y) = L(x) + L(y) et que la relation x⩾0x \geqslant 0 entraîne L(x)⩾0L(x) \geqslant 0; alors, pour tout scalaire λ\lambda et tout x⩾0x \geqslant 0, on a L(λx)=λL(x)L(\lambda x) = \lambda L(x).

Comme L(−x)=−L(x)L(-x) = -L(x) (L étant une représentation du groupe additif E dans R\mathbf{R}), on peut se borner au cas où λ⩾0\lambda \geqslant 0. Pour tout entier n⩾0n \geqslant 0, on a L(nx)=nL(x)L(nx) = nL(x), d’où L((1/n)x)=(1/n)L(x)L((1/n)x) = (1/n)L(x) et par suite L(rx)=rL(x)L(rx) = rL(x) pour tout nombre rationnel r⩾0r \geqslant 0. D’autre part LL est croissante dans E; si rr et r′r' sont deux nombres rationnels tels que r⩽λ⩽r′r \leqslant \lambda \leqslant r', on a donc rL(x)⩽L(λx)⩽r′L(x)rL(x) \leqslant L(\lambda x) \leqslant r'L(x); comme rL(x)rL(x) et r′L(x)r'L(x) diffèrent d’aussi peu qu’on veut de λL(x)\lambda L(x), on a L(λx)=λL(x)L(\lambda x) = \lambda L(x).

Proposition 2

Soient E un espace vectoriel réel, C un cône convexe de sommet 0 dans E tel que E=C−CE = C - C, x↦M(x)x \mapsto M(x) une application de C dans R\mathbf{R} telle que, pour x∈Cx \in C, y∈Cy \in C, λ⩾0\lambda \geqslant 0, μ⩾0\mu \geqslant 0, on ait M(λx+μy)=λM(x)+μM(y)M(\lambda x + \mu y) = \lambda M(x) + \mu M(y). Alors il existe une forme linéaire et une seule LL qui prolonge MM à EE.

En effet, par hypothèse, tout z∈Ez \in E peut s’écrire z=y−xz = y - x, où x,yx, y appartiennent à CC; en outre, si z=y′−x′z = y' - x' avec x′∈C,y′∈Cx' \in C, y' \in C, on a M(y)−M(x)=M(y′)−M(x′)M(y) - M(x) = M(y') - M(x'); en effet, de la relation y−x=y′−x′y - x = y' - x', on tire y+x′=x+y′y + x' = x + y', et par suite M(y)+M(x′)=M(x)+M(y′)M(y) + M(x') = M(x) + M(y'). Désignons par L(z)L(z) la valeur commune de M(y)−M(x)M(y) - M(x) pour toute expression de zz comme différence y−xy - x de deux éléments de CC; on vérifie immédiatement que LL est une forme linéaire sur EE prolongeant MM; l’unicité de LL résulte de ce que CC engendre l’espace EE.

Proposition 3

Soient EE un espace vectoriel ordonné filtrant, PP l’ensemble des éléments ⩾0\geqslant 0 de EE, x↦M(x)x \mapsto M(x) une application de PP dans R\mathbf{R}, à valeurs ⩾0\geqslant 0 et telle que M(x+y)=M(x)+M(y)M(x + y) = M(x) + M(y) quels que soient x,yx, y dans PP. Il existe alors une forme linéaire positive et une seule LL qui prolonge MM à EE.

Comme E=P−PE = P - P, le même raisonnement que dans la prop. 2 prouve d’abord l’existence et l’unicité d’une application additive LL de EE dans R\mathbf{R} prolongeant MM. La prop. 1 montre alors que, pour λ⩾0\lambda \geqslant 0 et pour tout x∈Px \in P, on a L(λx)=λL(x)L(\lambda x) = \lambda L(x), d’où résulte aussitôt que LL est une forme linéaire.

2. Formes linéaires relativement bornées

Soit EE un espace vectoriel ordonné filtrant. Soit QQ l’ensemble des formes linéaires positives sur EE; c’est une partie du dual algébrique E∗E^* de EE (espace de toutes les formes linéaires sur EE). Il est immédiat que Q+Q⊂QQ + Q \subset Q et λQ⊂Q\lambda Q \subset Q pour tout scalaire λ>0\lambda > 0 (en d’autres termes, QQ est un cône convexe dans E∗E^*). En outre, on a Q∩(−Q)={0}Q \cap (-Q) = \{0\}, car si LL et −L-L sont toutes deux des formes linéaires positives, on a L(x)⩾0L(x) \geqslant 0 et L(x)⩽0L(x) \leqslant 0 pour tout x⩾0x \geqslant 0, d’où L(x)=0L(x) = 0 pour tout x⩾0x \geqslant 0, et par suite L=0L = 0 (n° 1, prop. 3). L’ensemble QQ définit donc sur E∗E^* une relation d’ordre L⩽ML \leqslant M, équivalente à « M−LM - L est une forme linéaire positive sur EE », ou encore à « pour tout x⩾0x \geqslant 0, L(x)⩽M(x)L(x) \leqslant M(x) »; les éléments ⩾0\geqslant 0 dans E∗E^* pour cette structure d’ordre sont les formes linéaires positives (ce qui justifie la terminologie introduite). Soit Ω\Omega le sous-espace vectoriel de E∗E^* engendré par QQ, c’est-à-dire l’ensemble des formes linéaires sur EE qui sont différences de deux formes linéaires positives; nous allons donner une autre caractérisation des éléments de Ω\Omega lorsque E est un espace de Riesz.

Définition 2

Etant donné un espace de Riesz E, on dit qu’une forme linéaire L sur E est relativement bornée si, pour tout x⩾0x \geqslant 0 dans E, L est bornée dans l’ensemble des y∈Ey \in E tels que ∣y∣⩽x|y| \leqslant x.

Théorème 1

1° Pour qu’une forme linéaire L sur un espace de Riesz E soit relativement bornée, il faut et il suffit qu’elle soit la différence de deux formes linéaires positives.

2° L’espace vectoriel ordonné Ω\Omega des formes linéaires relativement bornées sur E est un espace de Riesz complètement réticulé.

Si L=U−VL = U - V, où U et V sont deux formes linéaires positives sur E, la relation −x⩽y⩽x-x \leqslant y \leqslant x entraîne −U(x)⩽U(y)⩽U(x)-U(x) \leqslant U(y) \leqslant U(x) et −V(x)⩽V(y)⩽V(x)-V(x) \leqslant V(y) \leqslant V(x) d’où aussitôt ∣L(y)∣⩽U(x)+V(x)|L(y)| \leqslant U(x) + V(x); L est donc relativement bornée. Supposons inversement que L soit relativement bornée; tout revient à prouver qu’il existe une forme linéaire positive N telle que, pour tout x⩾0x \geqslant 0, on ait N(x)⩾L(x)N(x) \geqslant L(x), car alors N−LN - L sera une forme linéaire positive.

Or, si une forme linéaire positive N a cette propriété, on a, pour tout x⩾0x \geqslant 0 et pour 0⩽y⩽x0 \leqslant y \leqslant x, N(x)⩾N(y)⩾L(y)N(x) \geqslant N(y) \geqslant L(y), et par suite N(x)⩾sup⁡0⩽y⩽xL(y)N(x) \geqslant \sup_{0 \leqslant y \leqslant x} L(y); si nous prouvons que la fonction numérique x↦M(x)=sup⁡0⩽y⩽xL(y)x \mapsto M(x) = \sup_{0 \leqslant y \leqslant x} L(y), définie dans l’ensemble P des éléments ⩾0\geqslant 0 de E, se prolonge en une forme linéaire positive sur E (qu’on notera encore M), nous aurons démontré la première partie du théorème, et prouvé en outre que M est la borne supérieure de 0 et L dans Ω\Omega. Comme M(x)⩾0M(x) \geqslant 0 dans P, tout revient à prouver que, pour deux éléments quelconques x⩾0x \geqslant 0, x′⩾0x' \geqslant 0 de E, on a M(x+x′)=M(x)+M(x′)M(x + x') = M(x) + M(x') (n° 1, prop. 3). D’après la définition, on a

M(x)+M(x′)=sup⁡0⩽y⩽xL(y)+sup⁡0⩽y′⩽x′L(y′)=sup⁡0⩽y⩽x, 0⩽y′⩽x′L(y+y′)⩽M(x+x′). M(x) + M(x') = \sup_{0 \leqslant y \leqslant x} L(y) + \sup_{0 \leqslant y' \leqslant x'} L(y') = \sup_{0 \leqslant y \leqslant x,\ 0 \leqslant y' \leqslant x'} L(y + y') \leqslant M(x + x').

D’autre part, pour tout z tel que 0⩽z⩽x+x′0 \leqslant z \leqslant x + x', on a x+x′=z+ux + x' = z + u avec u⩾0u \geqslant 0; en vertu du lemme de décomposition (§ 1, n° 1), il existe donc deux éléments y, y′y' tels que 0⩽y⩽x0 \leqslant y \leqslant x, 0⩽y′⩽x′0 \leqslant y' \leqslant x' et que z=y+y′z = y + y', u=(x−y)+(x′−y′)u = (x - y) + (x' - y'); d’où

L(z)=L(y)+L(y′)⩽M(x)+M(x′), L(z) = L(y) + L(y') \leqslant M(x) + M(x'),

et par suite M(x+x′)=sup⁡0≤z≤x+x′L(z)≤M(x)+M(x′)M(x + x') = \sup_{0 \leq z \leq x + x'} L(z) \leq M(x) + M(x'), ce qui achève de démontrer la première partie du théorème. De plus, nous avons montré ainsi que Ω\Omega est un espace de Riesz, et que, pour toute forme linéaire relativement bornée LL sur EE, et pour tout x≥0x \geq 0, on a

(1)

L+(x)=sup⁡0≤y≤xL(y). L^+(x) = \sup_{0 \leq y \leq x} L(y).

Reste à voir que Ω\Omega est complètement réticulé ; pour cela il suffit de montrer qu’un ensemble HH de formes linéaires positives, majoré et filtrant pour la relation ≤\leq, a une borne supérieure dans Ω\Omega.

Or, on a plus généralement le lemme suivant :

Lemme 1

Soient EE un espace vectoriel ordonné filtrant, E∗E^* son dual, ordonné en prenant pour éléments positifs les formes linéaires positives. Soit (uα)(u_\alpha) une famille filtrante croissante d’éléments de E∗E^*. Si, pour tout x≥0x \geq 0 dans EE, on a sup⁡uα(x)<+∞\sup u_\alpha(x) < +\infty, alors la famille (uα)(u_\alpha) admet une borne supérieure uu dans E∗E^*, et pour tout x≥0x \geq 0 dans EE, on a

(2)

u(x)=sup⁡αuα(x). u(x) = \sup_\alpha u_\alpha(x).

Dans l’ensemble PP des x≥0x \geq 0 dans EE, définissons en effet l’application uu par la formule (2); il est immédiat que pour λ≥0\lambda \geq 0 et x∈Px \in P, on a u(λx)=λu(x)u(\lambda x) = \lambda u(x); pour prouver le lemme, il suffit donc, en vertu de la prop. 2 du n° 1, de montrer que l’on a

u(x+y)=u(x)+u(y) u(x + y) = u(x) + u(y)
pour x,yx, y dans PP. Or cela est immédiat si l’on remarque que l’on a u(x)=lim⁡uα(x)u(x) = \lim u_\alpha(x) suivant l’ensemble filtrant des indices (théorème de la limite monotone).

De la formule (1) on déduit aussitôt que si LL et MM sont deux formes linéaires relativement bornées sur EE, on a, pour tout x≥0x \geq 0

(3)

{sup⁡(L,M)(x)=sup⁡y≥0,z≥0,y+z=x(L(y)+M(z))inf⁡(L,M)(x)=inf⁡y≥0,z≥0,y+z=x(L(y)+M(z)). \begin{cases} \sup (L, M)(x) = \sup_{y \geq 0, z \geq 0, y + z = x} (L(y) + M(z)) \\ \inf (L, M)(x) = \inf_{y \geq 0, z \geq 0, y + z = x} (L(y) + M(z)). \end{cases}

En particulier, si dans la première de ces formules, on remplace MM par −L-L, il vient

∣L∣(x)=sup⁡y≥0,z≥0,y+z=xL(y−z). |L|(x) = \sup_{y \geq 0, z \geq 0, y + z = x} L(y - z).

Or, si x=y+z,y≥0x = y + z, y \geq 0 et z≥0z \geq 0, on a −x≤y−z≤x-x \leq y - z \leq x; inversement, la relation ∣u∣≤x|u| \leq x entraîne L(u)≤∣L∣(∣u∣)≤∣L∣(x)L(u) \leq |L|(|u|) \leq |L|(x). On en déduit la formule

(4)

∣L∣(x)=sup⁡∣y∣≤xL(y)pour x≥0, |L|(x) = \sup_{|y| \leq x} L(y) \quad \text{pour } x \geq 0,
d’où en particulier (5)
∣L(x)∣≤∣L∣(∣x∣) |L(x)| \leq |L|(|x|)
pour tout x∈Ex \in \mathbf{E}.

Proposition 4

Pour que deux formes linéaires positives L,ML, M sur un espace de Riesz E\mathbf{E} soient étrangères dans l’espace Ω\Omega, il faut et il suffit que, pour tout nombre ε>0\varepsilon > 0 et pour tout x≥0x \geq 0 dans E\mathbf{E}, il existe deux éléments y≥0,z≥0y \geq 0, z \geq 0 de E\mathbf{E} tels que x=y+zx = y + z et L(y)+M(z)≤εL(y) + M(z) \leq \varepsilon.

En effet, d’après la seconde formule (3), cette condition exprime que inf⁡(L,M)=0\inf (L, M) = 0.

Proposition 5

Soit LL une forme linéaire positive sur un espace de Riesz E\mathbf{E}. Pour qu’une forme linéaire positive MM sur E\mathbf{E} appartienne à la bande engendrée par LL dans Ω\Omega, il faut et il suffit que, pour tout x≥0x \geq 0 dans E\mathbf{E} et tout nombre ε>0\varepsilon > 0, il existe un nombre δ>0\delta > 0 tel que les relations 0≤y≤x0 \leq y \leq x et L(y)≤δL(y) \leq \delta entraînent M(y)≤εM(y) \leq \varepsilon.

Montrons d’abord que la condition est nécessaire. Si M≥0M \geq 0 appartient à la bande engendrée par LL dans Ω\Omega, on a (§ 1, n° 5, cor. de la prop. 6) M=sup⁡n(inf⁡(nL,M))M = \sup_n (\inf (nL, M)). Si on pose

Un=M−inf⁡(nL,M), U_n = M - \inf (nL, M),
UnU_n est donc une forme linéaire positive sur E\mathbf{E} et on a inf⁡nUn=0\inf_n U_n = 0 dans Ω\Omega; par suite (lemme 1) Un(x)U_n(x) tend vers 0 lorsque nn croît indéfiniment, et il existe nn tel que Un(x)≤ε/2U_n(x) \leq \varepsilon/2. Le nombre nn étant ainsi fixé, on a Un(y)≤ε/2U_n(y) \leq \varepsilon/2 pour tout yy tel que 0≤y≤x0 \leq y \leq x, donc la relation 0≤y≤x0 \leq y \leq x entraîne
M(y)≤ε2+inf⁡(nL,M)(y)≤ε2+nL(y); M(y) \leq \frac{\varepsilon}{2} + \inf (nL, M)(y) \leq \frac{\varepsilon}{2} + nL(y);

si yy est tel que L(y)≤ε/2nL(y) \leq \varepsilon/2n, on a donc M(y)≤εM(y) \leq \varepsilon, ce qui établit notre assertion.

Montrons maintenant que la condition est suffisante. Pour toute forme linéaire positive MM sur EE, on peut écrire M=U+VM = U + V, où UU appartient à la bande engendrée par LL dans Ω\Omega et où VV est étrangère à LL, UU et VV étant positives (§1§ 1, n° 5, th. 1). Si MM satisfait à la condition de l’énoncé, il en est de même de V=M−UV = M - U, puisque 0≤V≤M0 \leq V \leq M. Nous allons en déduire que V=0V = 0. En effet, pour tout x≥0x \geq 0 dans EE et tout nombre η>0\eta > 0, il existe deux éléments y≥0,z≥0y \geq 0, z \geq 0 de EE tels que x=y+zx = y + z et L(y)+V(z)≤ηL(y) + V(z) \leq \eta (prop. 4); donnons-nous arbitrairement un nombre ε>0\varepsilon > 0, et choisissons η≤ε\eta \leq \varepsilon tel que les relations 0≤u≤x0 \leq u \leq x et L(u)≤ηL(u) \leq \eta entraînent V(u)≤εV(u) \leq \varepsilon; yy et zz étant alors déterminés comme ci-dessus, on a L(y)≤ηL(y) \leq \eta, donc V(y)≤εV(y) \leq \varepsilon et par suite

V(x)=V(y)+V(z)≤ε+η≤2ε; V(x) = V(y) + V(z) \leq \varepsilon + \eta \leq 2\varepsilon;

ε\varepsilon étant arbitraire, on a V(x)=0V(x) = 0 pour tout x≥0x \geq 0, c’est-à-dire V=0V = 0.

Exemple

Soit EE un espace de Riesz, muni d’une topologie localement convexe, compatible avec sa structure d’espace vectoriel ordonné (Esp. vect. top., chap. II, 2e éd., § 2, n° 7). Soit E′E' le dual topologique de EE, et supposons en outre que le cône PP des éléments ≥0\geq 0 de EE soit complet pour la topologie affaiblie σ(E,E′)\sigma(E, E'). Alors toute forme linéaire continue x′∈E′x' \in E' est relativement bornée, car on sait (Esp. vect. top., chap. II, 2e éd., § 6, n° 8, cor. 2 de la prop. 1) que dans ces conditions, pour tout x≥0x \geq 0 dans EE, l’ensemble des y∈Ey \in E tels que ∣y∣≤x|y| \leq x est compact pour σ(E,E′)\sigma(E, E'). On en déduit que EE est alors complètement réticulé; en effet (§1§ 1, n° 3, prop. 2) il suffit de montrer que pour tout ensemble H⊂EH \subset E majoré et filtrant pour ≤\leq, le filtre des sections F\mathfrak{F} de HH est convergent dans E pour la topologie σ(E,E′)\sigma(E, E') (cette dernière étant compatible avec la structure d’espace vectoriel ordonné de EE). Par translation, on peut supposer que H⊂PH \subset P, et il suffit donc de montrer que F\mathfrak{F} est un filtre de Cauchy pour σ(E,E′)\sigma(E, E'), ou encore que toute forme linéaire continue x′∈E′x' \in E' a une limite suivant F\mathfrak{F}. Mais cela résulte aussitôt du th. de la limite monotone si x′x' est une forme linéaire positive; et comme toute forme linéaire x′∈E′x' \in E' est différence de deux formes linéaires positives (th. 1), notre assertion est démontrée.

Exercices

See the exercises for § 2.

Transcribed from the printed volume. Not translated.