Bourbaki

Annexe

Compléments sur les espaces hilbertiens

1. Trace d'une forme quadratique par rapport à une autre

Dans ce n°, on note E un espace vectoriel réel et Q, H deux formes quadratiques positives sur E. Il existe deux formes bilinéaires symétriques (x,y)↦(x∣y)Q(x, y) \mapsto (x|y)_Q et (x,y)↦(x∣y)H(x, y) \mapsto (x|y)_H caractérisées par

Q(x)=(x∣x)Q,H(x)=(x∣x)H Q(x) = (x|x)_Q, \quad H(x) = (x|x)_H
pour tout x∈Ex \in E.

On appelle trace de Q par rapport à H, et l'on note Tr⁡(Q/H)\operatorname{Tr}(Q/H) le nombre réel positif, fini ou non, défini comme suit: a) S'il existe x∈Ex \in E avec H(x)=0H(x) = 0 et Q(x)≠0Q(x) \neq 0, on pose Tr⁡(Q/H)=+∞\operatorname{Tr}(Q/H) = +\infty. b) Dans le cas contraire, Tr⁡(Q/H)\operatorname{Tr}(Q/H) est la borne supérieure de l'ensemble des nombres de la forme ∑i=1pQ(ei)\sum_{i=1}^p Q(e_i) où (e1,…,ep)(e_1, \ldots, e_p) parcourt l'ensemble des suites finies d'éléments de E orthonormales pour H.

Soient E un espace hilbertien réel et Q une forme quadratique positive sur E. Posons H(x)=∥x∥2H(x) = \|x\|^2 pour tout x∈Ex \in E; alors H est une forme quadratique positive sur E. On dit que Q est nucléaire si Tr⁡(Q/H)\operatorname{Tr}(Q/H) est fini. Pour tout x∈Ex \in E de norme 1, on a Q(x)≤Tr⁡(Q/H)Q(x) \leq \operatorname{Tr}(Q/H), d'où Q≤Tr⁡(Q/H).HQ \leq \operatorname{Tr}(Q/H).H; en particulier toute forme nucléaire Q est continue.

Remarque 1

Pour tout sous-espace F de E, notons QFQ_F la restriction de Q à F et HFH_F celle de H. On a Tr⁡(QF/HF)≤Tr⁡(Q/H)\operatorname{Tr}(Q_F/H_F) \leq \operatorname{Tr}(Q/H) et Tr⁡(Q/H)\operatorname{Tr}(Q/H) est la borne supérieure des nombres Tr⁡(QF/HF)\operatorname{Tr}(Q_F/H_F) pour F⊂EF \subset E de dimension finie.

Remarque 2

Soient E1E_1 un espace vectoriel réel, Q1Q_1 et H1H_1 deux formes quadratiques positives sur E1E_1 et π:E→E1\pi : E \to E_1 une application linéaire surjective. Si Q=Q1∘πQ = Q_1 \circ \pi et H=H1∘πH = H_1 \circ \pi, on a Tr⁡(Q/H)=Tr⁡(Q1/H1)\operatorname{Tr}(Q/H) = \operatorname{Tr}(Q_1/H_1).

Proposition 1

On suppose que E est de dimension finie et H non dégénérée. a) Il existe un endomorphisme u de E caractérisé par (x∣y)Q=(u(x)∣y)H(x|y)_Q = (u(x)|y)_H pour x,yx, y dans E. b) On a Tr⁡(Q/H)=Tr⁡(u)\operatorname{Tr}(Q/H) = \operatorname{Tr}(u). c) On a Tr⁡(Q/H)=∑i=1mQ(ei)\operatorname{Tr}(Q/H) = \sum_{i=1}^m Q(e_i) pour toute base (e1,…,em)(e_1, \ldots, e_m) de E orthonormale pour H.

a) résulte de ce que la forme bilinéaire (x,y)↦(x∣y)H(x, y) \mapsto (x|y)_\mathbf{H} est non dégénérée. Toute suite orthonormale pour H\mathbf{H} dans EE peut être complétée en une base de EE orthonormale pour H\mathbf{H}. Par suite, Tr⁡(Q/H)\operatorname{Tr}(Q/\mathbf{H}) est la borne supérieure de l’ensemble des nombres de la forme ∑i=1mQ(ei)\sum_{i=1}^m Q(e_i) pour toutes les bases (e1,…,em)(e_1, \ldots, e_m) de EE orthonormales pour H\mathbf{H}. Pour prouver b) et c), il suffit de montrer que l’on a ∑i=1mQ(ei)=Tr⁡(u)\sum_{i=1}^m Q(e_i) = \operatorname{Tr}(u) pour toute base de cette sorte. Posons aij=(u(ei)∣ej)H=(ei∣ej)Qa_{ij} = (u(e_i)|e_j)_\mathbf{H} = (e_i|e_j)_Q pour 1≤i,j≤m1 \leq i, j \leq m; on a u(ei)=∑j=1maijeju(e_i) = \sum_{j=1}^m a_{ij} e_j pour 1≤i≤m1 \leq i \leq m, d’où

Tr⁡(u)=∑i=1maii=∑i=1m(ei∣ei)Q=∑i=1mQ(ei). \operatorname{Tr}(u) = \sum_{i=1}^m a_{ii} = \sum_{i=1}^m (e_i|e_i)_Q = \sum_{i=1}^m Q(e_i).

C.Q.F.D.

Proposition 2

On suppose que* EE est de dimension finie. Il existe une base (e1,…,en)(e_1, \ldots, e_n) de EE et un entier mm avec 0≤m≤n0 \leq m \leq n *tels que

(1)(1)
H(∑i=1ntiei)=∑i=1mti2 \mathbf{H}\left( \sum_{i=1}^n t_i e_i \right) = \sum_{i=1}^m t_i^2
pour t1,…,tnt_1, \ldots, t_n réels. Si, de plus, la relation H(x)=0\mathbf{H}(x) = 0 entraîne Q(x)=0Q(x) = 0 pour tout x∈Ex \in E, on a Tr⁡(Q/H)=∑i=1mQ(ei)\operatorname{Tr}(Q/\mathbf{H}) = \sum_{i=1}^m Q(e_i).

Il existe une base orthogonale (e1′,…,en′)(e'_1, \ldots, e'_n) de EE pour H\mathbf{H}. On peut supposer cette base numérotée de sorte que l’on ait H(ei′)>0\mathbf{H}(e'_i) > 0 pour 1≤i≤m1 \leq i \leq m et H(ei′)=0\mathbf{H}(e'_i) = 0 pour m<i≤nm < i \leq n. On posera alors ei=ei′/H(ei′)1/2e_i = e'_i / \mathbf{H}(e'_i)^{1/2} pour 1≤i≤m1 \leq i \leq m et ei=ei′e_i = e'_i pour m<i≤nm < i \leq n; la relation (1) est vérifiée.

Soit FF le sous-espace de EE engendré par em+1′,…,en′e'_{m+1}, \ldots, e'_n; c’est l’ensemble des x∈Ex \in E tels que H(x)=0\mathbf{H}(x) = 0. On note π\pi l’application canonique de EE sur E1=E/FE_1 = E/F. Comme QQ et H\mathbf{H} sont nulles sur FF, il existe deux formes quadratiques positives Q1Q_1 et H1\mathbf{H}_1 sur E1E_1 telles que Q=Q1∘πQ = Q_1 \circ \pi et H=H1∘π\mathbf{H} = \mathbf{H}_1 \circ \pi. De plus, (π(e1),…,π(em))(\pi(e_1), \ldots, \pi(e_m)) est une base de E1E_1, orthonormale pour H1\mathbf{H}_1 et H1\mathbf{H}_1 est donc non dégénérée.

D’après la prop. 1 et la Remarque 2, on a

Tr⁡(Q/H)=Tr⁡(Q1/H1)=∑i=1mQ1(π(ei))=∑i=1mQ(ei). \operatorname{Tr}(Q/\mathbf{H}) = \operatorname{Tr}(Q_1/\mathbf{H}_1) = \sum_{i=1}^m Q_1(\pi(e_i)) = \sum_{i=1}^m Q(e_i).

C.Q.F.D.

Remarque 3). — Supposons EE de dimension finie et H\mathbf{H} non dégénérée. Soit (e1,…,en)(e_1, \ldots, e_n) une base de EE. On pose q=((ei∣ej)Q)1≤i,j≤nq = ((e_i|e_j)_Q)_{1 \leq i, j \leq n} et h=((ei∣ej)H)1≤i,j≤nh = ((e_i|e_j)_\mathbf{H})_{1 \leq i, j \leq n}. Avec les notations de la prop. 1, la matrice de uu dans la base (e1,…,en)(e_1, \ldots, e_n) de EE est égale à h−1qh^{-1} q, d’où

(2)(2)
Tr⁡(Q/H)=Tr⁡(h−1q)=Tr⁡(qh−1). \operatorname{Tr}(Q/\mathbf{H}) = \operatorname{Tr}(h^{-1} q) = \operatorname{Tr}(qh^{-1}).

2. Applications de Hilbert–Schmidt

Soit E un espace hilbertien réel, dans lequel le produit scalaire est noté (x∣y)(x|y). Il existe une isométrie jEj_E de E sur son dual caractérisée par la formule

(x∣y)=⟨x,jE(y)⟩pour x,y dans E (x|y) = \langle x, j_E(y) \rangle \quad \text{pour } x, y \text{ dans } E

(Esp. vect. top., chap. V, § 1, n° 6, th. 3).

Soient E1E_1 et E2E_2 deux espaces hilbertiens réels et uu une application linéaire continue de E1E_1 dans E2E_2. On appelle adjointe de uu l’application linéaire continue u∗=jE1−1∘tu∘jE2u^* = j_{E_1}^{-1} \circ {}^t u \circ j_{E_2} de E2E_2 dans E1E_1. L’application u∗u^* est caractérisée par la relation

(u(x1)∣x2)=(x1∣u∗(x2))pour x1∈E1,x2∈E2. (u(x_1)|x_2) = (x_1|u^*(x_2)) \quad \text{pour } x_1 \in E_1, \quad x_2 \in E_2.

Si vv est une application linéaire continue de E2E_2 dans un espace de Hilbert E3E_3, on a (v∘u)∗=u∗∘v∗(v \circ u)^* = u^* \circ v^*.

Soient E1E_1 et E2E_2 deux espaces hilbertiens réels et uu une application linéaire de E1E_1 dans E2E_2. On définit sur E1E_1 deux formes quadratiques positives HH et QQ par les formules

H(x)=∥x∥2,Q(x)=∥u(x)∥2(x∈E1). H(x) = \|x\|^2, \qquad Q(x) = \|u(x)\|^2 \qquad (x \in E_1).

Proposition 3

Supposons u continue. Soient (ei)i∈I(e_i)_{i \in I} une base orthonormale de E1E_1 et (fj)j∈J(f_j)_{j \in J} une base orthonormale de E2E_2. On a

Tr⁡(Q/H)=∑i∈I∥u(ei)∥2=∑j∈J∥u∗(fj)∥2=∑i∈I∑j∈J(u(ei)∣fj)2. \operatorname{Tr}(Q/H) = \sum_{i \in I} \|u(e_i)\|^2 = \sum_{j \in J} \|u^*(f_j)\|^2 = \sum_{i \in I} \sum_{j \in J} (u(e_i)|f_j)^2.

Pour tout x∈E1x \in E_1, on a ∥x∥2=∑i∈I(x∣ei)2\|x\|^2 = \sum_{i \in I} (x|e_i)^2 et de même ∥y∥2=∑j∈J(y∣fj)2\|y\|^2 = \sum_{j \in J} (y|f_j)^2 pour tout y∈E2y \in E_2. Par suite, on a

∑i∈I∥u(ei)∥2=∑i∈I∑j∈J(u(ei)∣fj)2=∑j∈J∑i∈I(ei∣u∗(fj))2=∑j∈J∥u∗(fj)∥2. \sum_{i \in I} \|u(e_i)\|^2 = \sum_{i \in I} \sum_{j \in J} (u(e_i)|f_j)^2 \\ = \sum_{j \in J} \sum_{i \in I} (e_i|u^*(f_j))^2 \\ = \sum_{j \in J} \|u^*(f_j)\|^2.

En particulier, le nombre ∑i∈I∥u(ei)∥2\sum_{i \in I} \|u(e_i)\|^2 ne dépend pas de la base orthonormale (ei)i∈I(e_i)_{i \in I} de E1E_1.

Posons t=Tr⁡(Q/H)t = \operatorname{Tr}(Q/H). Pour toute partie finie I′I' de II, on a par définition

∑i∈I′∥u(ei)∥2=∑i∈I′Q(ei)≤t, \sum_{i \in I'} \|u(e_i)\|^2 = \sum_{i \in I'} Q(e_i) \leq t,

d’où ∑i∈I∥u(ei)∥2≤t\sum_{i \in I} \|u(e_i)\|^2 \leq t. Soit (e1′,…,ep′)(e'_1, \ldots, e'_p) une suite orthonormale finie dans E. On peut compléter cette suite en une base orthonormale (eα′)α∈A(e'_\alpha)_{\alpha \in A} de E1E_1. On a alors

∑α=1p∥u(eα′)∥2≤∑α∈A∥u(eα′)∥2=∑i∈I∥u(ei)∥2 \sum_{\alpha = 1}^p \|u(e'_\alpha)\|^2 \leq \sum_{\alpha \in A} \|u(e'_\alpha)\|^2 = \sum_{i \in I} \|u(e_i)\|^2

et, en passant à la borne supérieure sur (e1′,…,ep′)(e'_1, \ldots, e'_p), on trouve l’inégalité t≤∑i∈I∥u(ei)∥2t \leq \sum_{i \in I} \|u(e_i)\|^2. On a donc établi l’égalité t=∑i∈I∥u(ei)∥2t = \sum_{i \in I} \|u(e_i)\|^2.

C.Q.F.D.

On dira que uu est une application de Hilbert–Schmidt de E1E_1 dans E2E_2 si la forme quadratique positive Q:x↦∥u(x)∥2Q : x \mapsto \|u(x)\|^2 sur E1E_1 est nucléaire. S’il en est ainsi, on a Q≤Tr⁡(Q/H)⋅HQ \leq \operatorname{Tr}(Q/H) \cdot H, donc uu est continue et l’on a

∥u∥≤Tr⁡(Q/H)12. \|u\| \leq \operatorname{Tr}(Q/H)^{\frac{1}{2}}.

Soit u:E1→E2u : E_1 \to E_2 une application linéaire continue. D’après la prop. 3, uu est une application de Hilbert–Schmidt si et seulement s’il existe une base orthonormale (ei)i∈I(e_i)_{i \in I} de E1E_1 telle que ∑i∈I∥u(ei)∥2<+∞\sum_{i \in I} \|u(e_i)\|^2 < +\infty. S’il en est ainsi, toute base orthonormale de E1E_1 a la même propriété. De plus, si uu est une application de Hilbert–Schmidt, il en est de même de son adjointe u∗u^* en vertu de la formule ∑i∈I∥u(ei)∥2=∑j∈J∥u∗(fj)∥2\sum_{i \in I} \|u(e_i)\|^2 = \sum_{j \in J} \|u^*(f_j)\|^2 (prop. 3).

Exercises

Exercices

See the exercises for Appendix 0.

Transcribed from the printed volume. Not translated.