Bourbaki

§ 6. Promesures et mesures sur un espace localement convexe

Dans tout ce paragraphe, on ne considère que des espaces vectoriels sur le corps des nombres réels. Par espace localement convexe, on entend un espace vectoriel topologique séparé et localement convexe sur R\mathbf{R}. Le dual topologique d’un espace localement convexe EE sera noté E′E'; pour x∈Ex \in E et x′∈E′x' \in E', on posera ⟨x,x′⟩=x′(x)\langle x, x' \rangle = x'(x).

1. Promesures sur un espace localement convexe

Soit EE un espace localement convexe. On note F(E)\mathscr{F}(E) l’ensemble des sous-espaces vectoriels fermés de codimension finie de EE, ordonné par la relation ⊃\supset. Pour tout V∈F(E)V \in \mathscr{F}(E), on note pVp_V l’application canonique de EE sur E/VE/V. Soient VV et WW deux éléments de F(E)\mathscr{F}(E) tels que V⊃WV \supset W; on note pVWp_{VW} l’application de E/WE/W dans E/VE/V déduite par passage aux quotients de l’application identique de EE. La famille Q(E)=(E/V,pVW)\mathscr{Q}(E) = (E/V, p_{VW}) est un système projectif d’espaces localement convexes, indexé par F(E)\mathscr{F}(E). On l’appelle le système projectif des quotients de dimension finie de EE.

On peut montrer que la limite projective du système projectif Q(E)\mathscr{Q}(E) est canoniquement isomorphe au dual algébrique E′∗{E'}^* de E′E', muni de la topologie faible σ(E′∗,E′)\sigma({E'}^*, E').

Définition 1

Soit EE un espace localement convexe. On appelle promesure sur EE tout système projectif de mesures (§4§ 4, no 2, déf. 1) sur le système projectif des quotients de dimension finie de EE.

Cite 2

Cite Définition 1, IX § 4, Proposition 7

En d’autres termes, une promesure μ\mu sur EE est une famille (μV)V∈F(E)(\mu_V)_{V \in \mathscr{F}(E)}, où μV\mu_V est une mesure (positive) bornée sur l’espace de dimension finie E/V, et où μV=pVW(μW)\mu_V = p_{VW}(\mu_W) lorsque V ⊃ W. Toutes les mesures μV\mu_V ont la même masse totale que l’on appelle la masse totale de la promesure μ\mu.

Pour qu’un sous-espace V de E appartienne à F(E)\mathscr{F}(E), il faut et il suffit qu’il existe un nombre fini d’éléments x1′,…,xn′x'_1, \ldots, x'_n de E’ tels que V se compose des x∈Ex \in E satisfaisant à ⟨x,xi′⟩=0\langle x, x'_i \rangle = 0 pour 1≤i≤n1 \leq i \leq n (Esp. vect. top., chap. II, 2e éd., § 6, n° 3, cor. 2 du th. 1 et n° 5, cor. 2 de la prop. 7). De plus, il existe sur un espace vectoriel de dimension finie une seule topologie séparée d’espace vectoriel topologique (loc. cit., chap. I, § 2, n° 3, th. 2). Par suite, la notion de promesure sur E ne dépend que du dual E’ de E.

Soit λ\lambda une mesure bornée sur E. Pour tout V∈F(E)V \in \mathscr{F}(E), notons λ~V\tilde{\lambda}_V l’image de λ\lambda par l’application canonique pVp_V de E sur E/V. On a pV=pVW∘pWp_V = p_{VW} \circ p_W pour deux éléments V et W de F(E)\mathscr{F}(E) tels que V ⊃ W; par suite, la famille λ~=(λ~V)V∈F(E)\tilde{\lambda} = (\tilde{\lambda}_V)_{V \in \mathscr{F}(E)} est une promesure sur E. Nous dirons que λ~\tilde{\lambda} est la promesure associée à la mesure λ\lambda. On voit immédiatement que λ\lambda et λ~\tilde{\lambda} ont même masse totale.

Proposition 1

Soit E un espace localement convexe. L’application λ↦λ~\lambda \mapsto \tilde{\lambda} est une bijection de l’ensemble des mesures bornées sur E sur l’ensemble des promesures (μV)V∈F(E)(\mu_V)_{V \in \mathscr{F}(E)} sur E satisfaisant à la condition suivante*:

Pour tout ε>0\varepsilon > 0, il existe une partie compacte K de E telle que l’on ait μV(E/V−pV(K))≤ε\mu_V(E/V - p_V(K)) \leq \varepsilon pour tout V∈F(E)V \in \mathscr{F}(E).

Cite 2 · Cité par 1

Cite Théorème 1 (Prokhorov), IX § 4, Proposition 2

Cité par Theorem 2 (Minlos), IX § 6

On sait que l’intersection des noyaux des formes linéaires continues sur E est égale à 0 (Esp. vect. top., chap. II, 2e éd., § 4, n° 2, cor. 1 de la prop. 2); on a par suite ⋂V∈F(E)V={0}\bigcap_{V \in \mathscr{F}(E)} V = \{0\} et la famille (pV)V∈F(E)(p_V)_{V \in \mathscr{F}(E)} est cohérente et séparante. La proposition résulte alors du th. 1 du § 4, n° 2.

En particulier, l’application λ↦λ~\lambda \mapsto \tilde{\lambda} est injective. Si μ\mu est une promesure sur E, et s’il existe une mesure bornée λ\lambda sur E telle que μ=λ~\mu = \tilde{\lambda}, nous dirons par abus de langage que μ\mu est une mesure. Si E est de dimension finie, toute promesure μ=(μV)V∈F(E)\mu = (\mu_V)_{V \in \mathscr{F}(E)} est une mesure: en effet, on a {0}∈F(E)\{0\} \in \mathscr{F}(E), E/{0}=EE/\{0\} = E et pV,{0}=pVp_{V,\{0\}} = p_V, d’où μV=pV(μ{0})\mu_V = p_V(\mu_{\{0\}}) pour tout V∈F(E)V \in \mathscr{F}(E); autrement dit, on a μ=λ~\mu = \tilde{\lambda} avec λ=μ{0}\lambda = \mu_{\{0\}}.

Proposition 2

Soient T un ensemble dénombrable, et E l’espace des fonctions réelles sur T, muni de la topologie de la convergence simple. Toute promesure sur E est une mesure.

Cite 2 · Cité par 3

Cite Théorème 2, IX § 4, Proposition 8

Cité par § 6. Promesures et mesures sur un espace localement convexe, Proposition 1, Proposition 10

Pour tout t∈Tt \in T, soit εt\varepsilon_t la forme linéaire f↦f(t)f \mapsto f(t) sur E. On sait (Esp. vect. top., chap. II, 2e éd., § 6, n° 6, cor. 2 de la prop. 8) que la famille (εt)t∈T(\varepsilon_t)_{t \in T} est une base de l’espace vectoriel E’. On note par ailleurs Φ\Phi l’ensemble des parties finies de T, et pour tout J∈ΦJ \in \Phi, on note EJE_J l’ensemble des fonctions sur T nulles en tout point de J. Soit F∈F(E)F \in \mathscr{F}(E); comme l’orthogonal F0F^0 de F est un sous-espace de dimension finie de E’, il existe J∈ΦJ \in \Phi telle que F0F^0 soit contenu dans le sous-espace G de E’ engendré par les εt\varepsilon_t pour t∈Jt \in J. Comme F0⊂GF^0 \subset G, on a

EJ=G0⊂F00=F E_J = G^0 \subset F^{00} = F

et la famille dénombrable (EJ)J∈Φ(E_J)_{J \in \Phi} est cofinale dans F(E)\mathscr{F}(E). La prop. résulte alors du th. 2 du § 4, n° 3.

2. Image d'une promesure

Soient EE et E1E_1 deux espaces localement convexes, et uu une application linéaire continue de EE dans E1E_1. Pour tout V1∈F(E1)V_1 \in \mathscr{F}(E_1), le sous-espace V=u−1(V1)V = u^{-1}(V_1) de EE appartient à F(E)\mathscr{F}(E), et uu définit par passage aux quotients une application linéaire uV1u_{V_1} de E/VE/V dans E1/V1E_1/V_1. Soient V1V_1 et W1W_1 dans F(E1)\mathscr{F}(E_1) tels que V1⊃W1V_1 \supset W_1; posons V=u−1(V1)V = u^{-1}(V_1) et W=u−1(W1)W = u^{-1}(W_1). On a V⊃WV \supset W et un diagramme commutatif

E→pWE/Wu↓↓uW1E1→pW1E1/W1 \begin{array}{ccc} E & \xrightarrow{p_W} & E/W \\ u \downarrow & & \downarrow u_{W_1} \\ E_1 & \xrightarrow{p_{W_1}} & E_1/W_1 \end{array}
E/W→pVWE/V↓↓uV1E1/W1→pV1W1E1/V1. \begin{array}{ccc} E/W & \xrightarrow{p_{VW}} & E/V \\ \downarrow & & \downarrow u_{V_1} \\ E_1/W_1 & \xrightarrow{p_{V_1W_1}} & E_1/V_1. \end{array}

Soit alors μ=(μV)V∈F(E)\mu = (\mu_V)_{V \in \mathscr{F}(E)} une promesure sur EE. Pour tout V1∈F(E1)V_1 \in \mathscr{F}(E_1), posons

(1)(1)
νV1=uV1(μu−1(V1)).\nu_{V_1} = u_{V_1}(\mu_{u^{-1}(V_1)}).
La commutativité du diagramme précédent montre que la famille ν=(νV1)V1∈F(E1)\nu = (\nu_{V_1})_{V_1 \in \mathscr{F}(E_1)} est une promesure sur E1E_1. On dit que ν\nu est l'image de μ\mu par uu, et on la note u(μ)u(\mu).

Soient λ\lambda une mesure bornée sur EE et u(λ)u(\lambda) la mesure sur E1E_1 image de λ\lambda par uu. Si la promesure μ\mu est associée à λ\lambda, la promesure u(μ)u(\mu) est associée à u(λ)u(\lambda). Cela résulte de la commutativité du diagramme précédent.

Soit V∈F(E)V \in \mathscr{F}(E). Il est immédiat que la promesure sur E/VE/V image de la promesure μ\mu par l'application canonique pV:E→E/Vp_V : E \to E/V est associée à la mesure μV\mu_V.

Soit u1u_1 une application linéaire continue de E1E_1 dans un espace localement convexe E2E_2. On établit sans peine la relation (u1∘u)(μ)=u1(u(μ))(u_1 \circ u)(\mu) = u_1(u(\mu)) (« transitivité de l'image des promesures »).

3. Transformée de Fourier d'une promesure

Soient EE un espace localement convexe et μ=(μV)V∈F(E)\mu = (\mu_V)_{V \in \mathscr{F}(E)} une promesure sur EE. Pour toute forme linéaire continue x′x' sur EE, on note μx′\mu_{x'} la mesure sur R\mathbf{R} image par x′x' de la promesure μ\mu sur EE. La transformée de Fourier de μ\mu est la fonction Fμ\mathscr{F}\mu sur E′E' définie par

(2)(2)
(Fμ)(x′)=∫Reitdμx′(t).(\mathscr{F}\mu)(x') = \int_{\mathbf{R}} e^{it} d\mu_{x'}(t).

Soit λ\lambda une mesure bornée sur E. La transformée de Fourier de λ\lambda est la fonction sur E′E' définie par

(Fλ)(x′)=∫Eei⟨x,x′⟩dλ(x). (\mathscr{F}\lambda)(x') = \int_E e^{i\langle x, x' \rangle} d\lambda(x).

Soit μ\mu la promesure associée à λ\lambda. Pour tout x′∈E′x' \in E', la mesure μx′\mu_{x'} sur R\mathbf{R} est l’image par x′:E→Rx': E \to \mathbf{R} de la mesure λ\lambda sur E; des formules (2) et (3), on déduit aussitôt Fμ=Fλ\mathscr{F}\mu = \mathscr{F}\lambda.

Soient μ\mu une promesure quelconque sur E, uu une application linéaire continue de E dans un espace localement convexe E1E_1. Notons tu^t u l’application linéaire de E1′E'_1 dans E′E' transposée de uu et vv la promesure u(μ)u(\mu) sur E1E_1. Pour tout x1′∈E1′x'_1 \in E'_1, on a tu(x1′)=x1′∘u^t u(x'_1) = x'_1 \circ u, d’où

νx1′=x1′(v)=x1′(u(μ))=(x1′∘u)(μ)=μtu(x1′). \nu_{x'_1} = x'_1(v) = x'_1(u(\mu)) = (x'_1 \circ u)(\mu) = \mu_{^t u(x'_1)}.

On a par suite

F(u(μ))=(Fμ)∘tu. \mathscr{F}(u(\mu)) = (\mathscr{F}\mu) \circ ^t u.

En particulier, prenons pour uu l’application canonique pVp_V de E sur E/VE/V (pour V∈F(E)V \in \mathscr{F}(E)). La promesure pV(μ)p_V(\mu) sur E/VE/V est associée à la mesure μV\mu_V, et tpV^t p_V est un isomorphisme du dual de E/VE/V sur le sous-espace V0V^0 de E′E' orthogonal à V. Si nous identifions (E/V)′(E/V)' à V0V^0 par tpV^t p_V, on a

(Fμ)(x′)=∫E/Vei⟨x,x′⟩dμV(x) (\mathscr{F}\mu)(x') = \int_{E/V} e^{i\langle x, x' \rangle} d\mu_V(x)

pour tout x′∈V0x' \in V^0. On a E′=⋃V∈F(E)V0E' = \bigcup_{V \in \mathscr{F}(E)} V^0, de sorte que la formule précédente caractérise la fonction Fμ\mathscr{F}\mu sur E′E'. Enfin, si l’on fait x′=0x' = 0 dans (5), on voit que la masse totale de μ\mu est égale à (Fμ)(0)(\mathscr{F}\mu)(0).

Proposition 3

Soit E un espace localement convexe. L’application μ↦Fμ\mu \mapsto \mathscr{F}\mu de l’ensemble des promesures sur E dans l’ensemble des fonctions sur E’ est injective.

Cite 2 · Cité par 4

Cite Proposition 8, Proposition 12, IX § 5

Cité par Remark, IX § 6, Proposition 4, Proposition 5, Théorème 4

La formule (5) permet de se ramener au cas où E est de dimension finie; comme tout espace de dimension finie est isomorphe à un espace Rn\mathbf{R}^n, nous pouvons même supposer qu’il existe un entier n⩾0n \geqslant 0 tel que E=RnE = \mathbf{R}^n. Nous avons donc à prouver que si μ\mu est une mesure bornée (non nécessairement positive) sur Rn\mathbf{R}^n et si

∫Rnei⟨x,y⟩dμ(x)=0 \int_{\mathbf{R}^n} e^{i\langle x, y \rangle} d\mu(x) = 0

pour toute forme linéaire yy sur Rn\mathbf{R}^n, on a μ=0\mu = 0.

Pour tout entier m⩾0m \geqslant 0, soit GmG_m le sous-groupe m.Znm.\mathbf{Z}^n de Rn\mathbf{R}^n. On note Cm\mathscr{C}_m l’espace vectoriel des fonctions continues ff sur Rn\mathbf{R}^n telles que f(x+a)=f(x)f(x + a) = f(x) pour x∈Rnx \in \mathbf{R}^n et a∈Gma \in G_m. D’après la prop. 8 de Top. gén., chap. X, 2e éd., § 4, n° 4, toute fonction de Cm\mathscr{C}_m est limite uniforme de combinaisons linéaires finies de fonctions du type x↦e2πi⟨x,q⟩x \mapsto e^{2\pi i \langle x, q \rangle} avec q∈m−1.Znq \in m^{-1}.\mathbf{Z}^n. On a donc μ(f)=0\mu(f) = 0 pour toute fonction f∈Cmf \in \mathscr{C}_m.

Soit ff une fonction continue à support compact sur Rn\mathbf{R}^n. Pour tout entier m≥0m \geq 0, posons fm(x)=∑q∈Gmf(x+q)f_m(x) = \sum_{q \in G_m} f(x + q). Il est immédiat que pour tout x∈Rnx \in \mathbf{R}^n, la série précédente n’a qu’un nombre fini de termes, et que fmf_m appartient à Cm\mathscr{C}_m. De plus, on voit facilement que la suite (fm)(f_m) tend uniformément vers ff sur tout compact, et qu’il existe une constante C≥0C \geq 0 telle que ∣fm∣≤C|f_m| \leq C pour tout mm. On a par suite μ(f)=lim⁡m→∞μ(fm)\mu(f) = \lim_{m \to \infty} \mu(f_m) d’après la prop. 12 du § 5, n° 6. Comme on a fm∈Cmf_m \in \mathscr{C}_m, on a μ(fm)=0\mu(f_m) = 0, d’où finalement μ(f)=0\mu(f) = 0. On a donc μ=0\mu = 0.

Remarque. — Lorsque E est de dimension finie, tout caractère de E est de la forme x↦ei⟨x,x′⟩x \mapsto e^{i\langle x, x' \rangle} avec x′∈E′x' \in E' (Théor. spect., chap. II, § 1, n° 9, cor. 3 de la prop. 12). La prop. 3 résulte dans ce cas du théorème d’unicité pour la transformation de Fourier (loc. cit., § 1, n° 6, cor. de la prop. 6).

4. Calculs d’intégrales gaussiennes

Lemme 1

Pour tout entier n≥0n \geq 0, on a

Cite 1 · Cité par 2

Cite IX § 1. Prémesures et mesures sur un espace topologique

Cité par Proposition 10, Proposition 6

(6)

∫R∣x∣ne−x2/2dx=2n+12Γ(n+12) \int_{\mathbf{R}} |x|^n e^{-x^2/2} dx = 2^{\frac{n+1}{2}} \Gamma\left(\frac{n+1}{2}\right)

(7)

∫Rx2ne−x2/2dx=(2π)1/2(2n)!2nn! \int_{\mathbf{R}} x^{2n} e^{-x^2/2} dx = (2\pi)^{1/2} \frac{(2n)!}{2^n n!}

(8)

∫Rx2n+1e−x2/2dx=0. \int_{\mathbf{R}} x^{2n+1} e^{-x^2/2} dx = 0.

Rappelons la formule

(9)

Γ(s)=∫0∞us−1e−udu \Gamma(s) = \int_0^\infty u^{s-1} e^{-u} du
valable pour tout nombre réel s>0s > 0 (Fonct. var. réelle, chap. VII, § 1, n° 3, prop. 3). En faisant le changement de variable x=(2u)1/2x = (2u)^{1/2}, il vient d’après (9)

∫0∞xne−x2/2dx=∫0∞(2u)n/2e−u1221/2u−1/2du=2n−12Γ(n+12), \int_0^\infty x^n e^{-x^2/2} dx = \int_0^\infty (2u)^{n/2} e^{-u} \frac{1}{2} 2^{1/2} u^{-1/2} du = 2^{\frac{n-1}{2}} \Gamma\left(\frac{n+1}{2}\right),
d’où la formule (6) puisque l’on a
∫R∣x∣ne−x2/2dx=2∫0∞xne−x2/2dx. \int_{\mathbf{R}} |x|^n e^{-x^2/2} dx = 2 \int_0^\infty x^n e^{-x^2/2} dx.
La formule (7) résulte de (6) et de la relation
Γ(n+12)=π1/2(2n)!22nn!. \Gamma\left(n + \frac{1}{2}\right) = \pi^{1/2} \frac{(2n)!}{2^{2n} n!}.
Pour n=0n = 0, cette relation se réduit à Γ(12)=π1/2\Gamma(\frac{1}{2}) = \pi^{1/2}, c’est-à-dire à la formule (21)

de Fonct. var. réelle, chap. VII, § 1, n° 3. Le cas général s’en déduit par récurrence sur nn en tenant compte de la relation Γ(x+1)=x⋅Γ(x)\Gamma(x + 1) = x \cdot \Gamma(x) (loc. cit., § 1, n° 1).

Enfin, la formule (8) résulte de ce que la fonction x↦x2n+1e−x2/2x \mapsto x^{2n+1} e^{-x^2/2} est impaire.

Lemme 2

Pour tout nombre complexe yy, on a

(2π)−1/2∫Re−x2/2eixydx=e−y2/2. (2\pi)^{-1/2} \int_{\mathbf{R}} e^{-x^2/2} e^{ixy} dx = e^{-y^2/2}.
Cité par 3

Cité par Remarque 1, Proposition 10, Proposition 4

En particulier, on a

(2π)−1/2∫Re−x2/2dx=1. (2\pi)^{-1/2} \int_{\mathbf{R}} e^{-x^2/2} dx = 1.

Le changement de variable x↦−xx \mapsto -x donne

(2π)−1/2∫Re−x2/2eixydx=(2π)−1/2∫Re−x2/2e−ixydx; (2\pi)^{-1/2} \int_{\mathbf{R}} e^{-x^2/2} e^{ixy} dx = (2\pi)^{-1/2} \int_{\mathbf{R}} e^{-x^2/2} e^{-ixy} dx;

comme on a cos⁡u=eiu+e−iu2\cos u = \frac{e^{iu} + e^{-iu}}{2} pour tout nombre complexe uu, on en déduit

(2π)−1/2∫Re−x2/2eixydx=(2π)−1/2∫Re−x2/2cos⁡xydx. (2\pi)^{-1/2} \int_{\mathbf{R}} e^{-x^2/2} e^{ixy} dx = (2\pi)^{-1/2} \int_{\mathbf{R}} e^{-x^2/2} \cos xy dx.

Pour tout entier n⩾0n \geqslant 0, posons

gn(x)=(−1)n(2π)−1/2(xy)2n(2n)!e−x2/2. g_n(x) = (-1)^n (2\pi)^{-1/2} \frac{(xy)^{2n}}{(2n)!} e^{-x^2/2}.

D’après (7), on a

∫R∣gn(x)∣dx=1n!(∣y∣22)n \int_{\mathbf{R}} |g_n(x)| dx = \frac{1}{n!} \left( \frac{|y|^2}{2} \right)^n
∫Rgn(x)dx=1n!(−y22)n, \int_{\mathbf{R}} g_n(x) dx = \frac{1}{n!} \left( -\frac{y^2}{2} \right)^n,

d’où

∑n=0∞∫R∣gn(x)∣dx=e∣y∣2/2<+∞. \sum_{n=0}^{\infty} \int_{\mathbf{R}} |g_n(x)| dx = e^{|y|^2/2} < +\infty.

Comme on a par ailleurs

(2π)−1/2e−x2/2cos⁡xy=∑n=0∞gn(x), (2\pi)^{-1/2} e^{-x^2/2} \cos xy = \sum_{n=0}^{\infty} g_n(x),

on peut intégrer terme à terme cette égalité, d’où

(2π)−1/2∫Re−x2/2cos⁡xydx=∑n=0∞∫Rgn(x)dx=e−y2/2 (2\pi)^{-1/2} \int_{\mathbf{R}} e^{-x^2/2} \cos xy dx = \sum_{n=0}^{\infty} \int_{\mathbf{R}} g_n(x) dx = e^{-y^2/2}

d’après (14). La formule (11) résulte alors de (12).

5. Promesures et mesures gaussiennes

Proposition 4

Soit E un espace localement convexe. Pour toute forme quadratique positive Q sur E', il existe une promesure ΓQ\Gamma_Q sur E et une seule, telle que FΓQ=e−Q/2\mathscr{F}\Gamma_Q = e^{-Q/2}. La masse totale de ΓQ\Gamma_Q est égale à 1.

Cite 2 · Cité par 2

Cite Proposition 3, Lemme 2

Cité par Proposition 3, IX § 3, § 6. Promesures et mesures sur un espace localement convexe

L’unicité de ΓQ\Gamma_Q résulte de la proposition 3 du n° 3. La masse totale de ΓQ\Gamma_Q est égale à (FΓQ)(0)=e−Q(0)/2=1(\mathscr{F}\Gamma_Q)(0) = e^{-Q(0)/2} = 1. Nous démontrons l’existence par étapes.

A) E est de dimension finie n et Q est non dégénérée.

D’après le lemme 2 du n° 4, la mesure γ1\gamma_1 sur R\mathbf{R} admettant la densité t↦(2π)−1/2e−t2/2t \mapsto (2\pi)^{-1/2} e^{-t^2/2} est bornée, de masse totale 1. Posons γ=γ1⊗⋯⊗γ1\gamma = \gamma_1 \otimes \cdots \otimes \gamma_1 (n facteurs). Du lemme 2 du n° 4, on déduit

∫Rnei(a1t1+⋯+antn)dγ(t1,…,tn)=∏j=1n∫Reiajtdγ1(t) \int_{\mathbf{R}^n} e^{i(a_1 t_1 + \cdots + a_n t_n)} d\gamma(t_1, \ldots, t_n) = \prod_{j=1}^n \int_{\mathbf{R}} e^{ia_j t} d\gamma_1(t)
=∏j=1n(2π)−1/2∫Reiajte−t2/2dt = \prod_{j=1}^n (2\pi)^{-1/2} \int_{\mathbf{R}} e^{ia_j t} e^{-t^2/2} dt
=∏j=1ne−aj2/2 = \prod_{j=1}^n e^{-a_j^2/2}
=exp⁡(−12(a12+⋯+an2)). = \exp \left( -\frac{1}{2}(a_1^2 + \cdots + a_n^2) \right).

Comme Q est positive et non dégénérée, il existe une base (e1′,…,en′)(e'_1, \ldots, e'_n) de E' orthonormale pour Q (Alg., chap. IX, § 7, n° 1). Notons f l’isomorphisme x↦(e1′(x),…,en′(x))x \mapsto (e'_1(x), \ldots, e'_n(x)) de E sur Rn\mathbf{R}^n et ΓQ\Gamma_Q la mesure f−1(γ)f^{-1}(\gamma) sur E. Soit x′=a1e1′+⋯+anen′x' = a_1 e'_1 + \cdots + a_n e'_n dans E'; on a x′(f−1(t1,…,tn))=∑j=1ntjajx'(f^{-1}(t_1, \ldots, t_n)) = \sum_{j=1}^n t_j a_j pour t1,…,tnt_1, \ldots, t_n réels, d’où

∫Eei⟨x,x′⟩dΓQ(x)=∫Rnei(a1t1+⋯+antn)dγ(t1,…,tn) \int_E e^{i\langle x, x' \rangle} d\Gamma_Q(x) = \int_{\mathbf{R}^n} e^{i(a_1 t_1 + \cdots + a_n t_n)} d\gamma(t_1, \ldots, t_n)
=exp⁡(−12(a12+⋯+an2))=exp⁡(−12Q(x′)). = \exp \left( -\frac{1}{2}(a_1^2 + \cdots + a_n^2) \right) = \exp \left( -\frac{1}{2}Q(x') \right).

Par suite, on a FΓQ=e−Q/2\mathscr{F}\Gamma_Q = e^{-Q/2}.

B) E est de dimension finie.

Soit N le sous-espace vectoriel de E' formé des x′x' tels que Q(x′)=0Q(x') = 0. Notons M l’orthogonal de N dans E et j l’injection canonique de M dans E. L’application linéaire tj:E′→M′t j : E' \to M' est surjective, de noyau N, et il existe donc sur M' une forme quadratique positive non dégénérée q telle que Q=q∘tjQ = q \circ t j. D’après ce qui précède, il existe sur M une mesure bornée Γ\Gamma telle que FΓ=e−q/2\mathscr{F}\Gamma = e^{-q/2}. Si l’on pose ΓQ=j(Γ)\Gamma_Q = j(\Gamma), on a

FΓQ=(FΓ)∘tj=exp⁡(−q∘tj/2)=e−Q/2 \mathscr{F}\Gamma_Q = (\mathscr{F}\Gamma) \circ t j = \exp \left( -q \circ t j / 2 \right) = e^{-Q/2}

d’après la formule (4) du n° 3.

C) Cas général.

Soit V∈F(E)V \in \mathscr{F}(E). Notons pVp_V l’application canonique de E sur E/V et QVQ_V la forme quadratique positive Q∘tpVQ \circ t p_V sur (E/V)′(E/V)'; enfin, soit μV\mu_V la mesure sur E/VE/V de transformée de Fourier e−QV/2e^{-Q_V/2} (cf. B)). Si W∈F(E)W \in \mathscr{F}(E) est contenu dans VV, on a pV=pVW∘pWp_V = p_{VW} \circ p_W, d'où QV=QW∘tpVWQ_V = Q_W \circ t p_{VW}; d'après la formule (4) du n° 3, la mesure pVW(μW)p_{VW}(\mu_W) a pour transformée de Fourier la fonction (e−QW/2)∘tpVW=e−QV/2(e^{-Q_W/2}) \circ t p_{VW} = e^{-Q_V/2}, donc est égale à μV\mu_V. La famille (μV)V∈F(E)(\mu_V)_{V \in \mathscr{F}(E)} est donc une promesure μ\mu sur EE. La formule (5) du n° 3 montre que Fμ\mathscr{F} \mu est égale à e−Q/2e^{-Q/2}.

Définition 2

Soit EE un espace localement convexe. Pour toute forme quadratique positive QQ sur E′E', on appelle promesure gaussienne de variance QQ sur EE, et l'on note ΓQ\Gamma_Q, la promesure sur EE dont la transformée de Fourier est égale à e−Q/2e^{-Q/2}. On dit qu'une promesure μ\mu sur EE est gaussienne s'il existe une forme quadratique positive QQ sur E′E' telle que μ=ΓQ\mu = \Gamma_Q.

Cité par 3

Cité par Proposition 14, IX § 1, Proposition 9, IX § 2, Corollaire 2, IX § 5

Par abus de langage, on dira qu'une mesure bornée μ\mu sur EE est gaussienne de variance QQ si la promesure associée μ~\tilde{\mu} est égale à ΓQ\Gamma_Q.

Remarque 1

Soit EE un espace vectoriel de dimension finie, et soit μ\mu une mesure positive de masse 1 sur EE, telle que toute forme linéaire sur EE appartienne à L2(E,μ)\mathscr{L}^2(E, \mu). On définit un élément mm de EE et une forme quadratique positive VV sur E′E' par les formules

⟨m,x′⟩=∫E⟨x,x′⟩ dμ(x),V(x′)=∫E⟨x−m,x′⟩2 dμ(x). \langle m, x' \rangle = \int_E \langle x, x' \rangle \, d\mu(x), \qquad V(x') = \int_E \langle x - m, x' \rangle^2 \, d\mu(x).
Dans la terminologie traditionnelle du Calcul des Probabilités, mm s'appelle la moyenne et VV la variance de μ\mu; on dit que μ\mu est centrée si m=0m = 0.

Soient alors aa un élément de EE et QQ une forme quadratique positive sur E′E'. Notons Γa,Q\Gamma_{a, Q} l'image de la mesure ΓQ\Gamma_Q par la translation x↦x+ax \mapsto x + a. On voit facilement que Γa,Q\Gamma_{a, Q} est une mesure positive de masse 1 sur EE, de transformée de Fourier x′↦ei⟨a,x′⟩−12Q(x′)x' \mapsto e^{i \langle a, x' \rangle - \frac{1}{2} Q(x')} et de moyenne aa. De plus, la prop. 6 entraîne que QQ est la variance de Γa,Q\Gamma_{a, Q}. Traditionnellement, on dit que Γa,Q\Gamma_{a, Q} est la mesure gaussienne de moyenne aa et variance QQ, et que ΓQ=Γ0,Q\Gamma_Q = \Gamma_{0, Q} est la mesure gaussienne centrée de variance QQ. Comme nous n'aurons à considérer que des mesures gaussiennes centrées, nous omettons ce qualificatif.

Cite 2

Cite Proposition 6, Lemme 2

Remarque 2

Soit QQ une forme quadratique sur le dual E′E' d'un espace localement convexe EE. S'il existe une promesure sur EE de transformée de Fourier e−Q/2e^{-Q/2}, la forme quadratique QQ est nécessairement positive : la fonction e−Q/2e^{-Q/2} est en effet bornée sur E′E'; donc, pour tout x′∈E′x' \in E', la fonction t↦e−t2Q(x′)/2=e−Q(tx′)/2t \mapsto e^{-t^2 Q(x')/2} = e^{-Q(t x')/2} sur R\mathbf{R} est bornée, d'où Q(x′)⩾0Q(x') \geqslant 0.

Remarque 3

Le dual de R\mathbf{R} est canoniquement isomorphe à R\mathbf{R} et les formes quadratiques positives sur R\mathbf{R} sont les fonctions de la forme t↦at2t \mapsto a t^2 avec a⩾0a \geqslant 0. Pour tout a⩾0a \geqslant 0, il existe donc une mesure bornée γa\gamma_a sur R\mathbf{R} et une seule dont la transformée de Fourier soit égale à la fonction t↦e−at2/2t \mapsto e^{-a t^2/2}; on dit par abus de langage que γa\gamma_a est la mesure gaussienne sur R\mathbf{R} de variance aa.

La transformée de Fourier de γ0\gamma_0 est la constante 1, d'où γ0=ε0\gamma_0 = \varepsilon_0 (masse unité à l'origine de R\mathbf{R}). Supposons a>0a > 0 et notons uau_a l'application linéaire x↦a1/2xx \mapsto a^{1/2} x; on a Fγa=Fγ1∘tua\mathscr{F} \gamma_a = \mathscr{F} \gamma_1 \circ t u_a d'où γa=ua(γ1)\gamma_a = u_a(\gamma_1). Le lemme 2 montre que γ1\gamma_1 est la mesure de densité x↦(2π)−1/2e−x2/2x \mapsto (2\pi)^{-1/2} e^{-x^2/2} par rapport à la mesure de Lebesgue; on en déduit facilement

(15)dγa(x)=(2πa)−1/2e−x2/2a dx. (15) \qquad d\gamma_a(x) = (2\pi a)^{-1/2} e^{-x^2/2a} \, dx.

L'image d'une promesure gaussienne par une application linéaire continue est une promesure gaussienne. De manière précise, on a le résultat suivant:

Proposition 5

Soient E et E₁ deux espaces localement convexes et u une application linéaire continue de E dans E₁. Soient Q une forme quadratique positive sur E' et Q₁ la forme quadratique positive Q o t u sur E₁'. On a u(Γ_Q) = Γ_{Q₁}. Posons μ = u(Γ_Q). D’après la formule (4) du n° 3, on a

Fμ=(FΓQ)otu=e−Q/2otu=e−Q1/2=FΓQ1 \mathscr{F}\mu = (\mathscr{F}\Gamma_Q) o t u = e^{-Q/2} o t u = e^{-Q_1/2} = \mathscr{F}\Gamma_{Q_1}
d’où μ = Γ_{Q₁} d’après la prop. 3 du n° 3.

Cite 1 · Cité par 1

Cite Proposition 3

Cité par § 6. Promesures et mesures sur un espace localement convexe

Corollaire

Soient E un espace localement convexe et Q une forme quadratique positive sur E'. Pour tout x' ∈ E', l’image de Γ_Q par x' est la mesure gaussienne de variance Q(x') sur R.

Cité par 1

Cité par Proposition 6

Proposition 6

Soient E un espace localement convexe et μ une mesure gaussienne sur E, de variance Q. Pour tout entier n ≥ 0, et tout x' ∈ E', on a les relations (16)

∫E∣⟨x,x′⟩∣ndμ(x)=π−1/22n/2Γ(n+12)Q(x′)n/2 \int_E |\langle x, x' \rangle|^n d\mu(x) = \pi^{-1/2} 2^{n/2} \Gamma \left( \frac{n+1}{2} \right) Q(x')^{n/2}
(17)
∫E⟨x,x′⟩2ndμ(x)=(2n)!2nn!Q(x′)n \int_E \langle x, x' \rangle^{2n} d\mu(x) = \frac{(2n)!}{2^n n!} Q(x')^n
(18)
∫E⟨x,x′⟩2n+1dμ(x)=0. \int_E \langle x, x' \rangle^{2n+1} d\mu(x) = 0.
En particulier, on a (19)
∫E⟨x,x′⟩2dμ(x)=Q(x′)(x′∈E′). \int_E \langle x, x' \rangle^2 d\mu(x) = Q(x') \quad (x' \in E').

Cite 2 · Cité par 6

Cite Lemme 1, Corollaire

Cité par § 6. Promesures et mesures sur un espace localement convexe, Lemme 3, Lemme 4, Lemme 6, Remarque 1, Proposition 7

Si ces formules sont vraies pour un élément x' de E', elles sont vraies pour tous ses multiples t.x' (avec t réel). On peut donc se contenter de les établir lorsque Q(x') est égal à 0 ou 1. a) Supposons Q(x') = 0. La mesure x'(μ) est égale à γ₀ = ε₀, donc x' est nulle μ-presque partout; les formules (16) à (19) sont alors évidentes. b) Supposons Q(x') = 1, d’où x'(μ) = γ₁. On a

∫E∣⟨x,x′⟩∣ndμ(x)=∫R∣t∣ndγ1(t)=(2π)−1/2∫R∣t∣ne−t2/2dt \int_E |\langle x, x' \rangle|^n d\mu(x) = \int_\mathbf{R} |t|^n d\gamma_1(t) = (2\pi)^{-1/2} \int_\mathbf{R} |t|^n e^{-t^2/2} dt
et (16) résulte immédiatement de (6) (n° 4, lemme 1). De même, les formules (17) et (18) résultent de (7) et (8). Enfin, (19) s’obtient en faisant n = 1 dans (17).

Nous pouvons maintenant démontrer une réciproque du cor. de la prop. 5.

Proposition 7

Soient E un espace localement convexe et μ une promesure sur E. On suppose que x'(μ) est une mesure gaussienne sur R pour tout x' ∈ E'. Alors μ est une promesure gaussienne sur E.

Cite 1 · Cité par 1

Cite Proposition 6

Cité par Définition 1

Pour tout x′∈E′x' \in E', soit Q(x′)Q(x') la variance de la mesure gaussienne x′(μ)x'(\mu) sur R\mathbf{R}. On a x′(μ)=γQ(x′)x'(\mu) = \gamma_{Q(x')}, d'où

(Fμ)(x′)=∫Reit.1dγQ(x′)(t)=e−Q(x′).12/2 (\mathscr{F}\mu)(x') = \int_{\mathbf{R}} e^{it.1} d\gamma_{Q(x')}(t) = e^{-Q(x').1^2/2}

d’après la définition de Fμ\mathscr{F}\mu (n° 3, formule (2)). Autrement dit, on a Fμ=e−Q/2\mathscr{F}\mu = e^{-Q/2}, et il reste à prouver que QQ est une forme quadratique positive sur E′E'.

Pour tout sous-espace vectoriel fermé VV de EE, de codimension finie, notons pVp_V l’application canonique de EE sur E/VE/V, μV\mu_V la mesure pV(μ)p_V(\mu) sur E/VE/V et posons QV=Q∘tpVQ_V = Q \circ {}^t p_V. Comme on a E′=⋃V∈F(E)Im⁡(tpV)E' = \bigcup_{V \in \mathscr{F}(E)} \operatorname{Im}({}^t p_V) et que tpV{}^t p_V est injectif, il suffit de prouver que QVQ_V est une forme quadratique positive sur (E/V)′(E/V)'. Soient u∈(E/V)′u \in (E/V)' et x′=tpV(u)x' = {}^t p_V(u). On a

u(μV)=u(pV(μ))=x′(μ)=γQ(x′); u(\mu_V) = u(p_V(\mu)) = x'(\mu) = \gamma_{Q(x')};

la prop. 6 entraîne alors

QV(u)=Q(x′)=∫Rt2dγQ(x′)(t)=∫E/Vu(x)2dμV(x), Q_V(u) = Q(x') = \int_{\mathbf{R}} t^2 d\gamma_{Q(x')}(t) = \int_{E/V} u(x)^2 d\mu_V(x),

donc QVQ_V est une forme quadratique positive sur (E/V)′(E/V)'.

6. Exemples de promesures gaussiennes

1) Soit EE un espace hilbertien réel. L’application x′↦∥x′∥2x' \mapsto \|x'\|^2 est une forme quadratique positive sur E′E'. La promesure gaussienne correspondante s’appelle la promesure gaussienne canonique sur EE. On peut montrer que cette promesure n’est pas une mesure si EE est de dimension infinie.

Soit AA un opérateur linéaire continu dans EE. L’application x′↦∥tA.x′∥2x' \mapsto \|{}^t A.x'\|^2 est une forme quadratique positive sur E′E'. La promesure correspondante μA\mu_A sur EE est une mesure si et seulement si AA est un opérateur de Hilbert–Schmidt.

2) Noyaux de type positif. On note TT un ensemble et E=RTE = \mathbf{R}^T l’espace vectoriel des fonctions réelles dans TT, muni de la topologie de la convergence simple. Pour tout t∈Tt \in T, on note εt\varepsilon_t la forme linéaire f↦f(t)f \mapsto f(t) sur EE. La famille (εt)t∈T(\varepsilon_t)_{t \in T} est une base de E′E' (Esp. vec. top., chap. II, 2e éd., § 6, n° 6, cor. 2 de la prop. 8).

On appelle noyau de type positif (réel) sur TT toute fonction à valeurs réelles KK sur T×TT \times T satisfaisant aux relations

(20)

K(t,t′)=K(t′,t)pour t,t′ dans T, K(t, t') = K(t', t) \quad \text{pour } t, t' \text{ dans } T,

(21)

∑i,j=1pcicjK(ti,tj)⩾0 \sum_{i,j=1}^p c_i c_j K(t_i, t_j) \geqslant 0

quels que soient l’entier positif pp, les éléments t1,…,tpt_1, \ldots, t_p de TT et les nombres réels c1,…,cpc_1, \ldots, c_p. S’il en est ainsi, la formule

(22)

q(∑t∈Tctεt)=∑t,t′∈Tctct′K(t,t′) q \left( \sum_{t \in T} c_t \varepsilon_t \right) = \sum_{t, t' \in T} c_t c_{t'} K(t, t')

définit une forme quadratique positive sur E'. Inversement, si q est une forme quadratique positive sur E', la formule

K(t,t′)=12[q(εt+εt′)−q(εt)−q(εt′)] K(t, t') = \frac{1}{2}[q(\varepsilon_t + \varepsilon_{t'}) - q(\varepsilon_t) - q(\varepsilon_{t'})]

définit un noyau de type positif K sur T. On obtient ainsi deux bijections réciproques entre l'ensemble des noyaux de type positif sur T, et celui des formes quadratiques positives sur E'.

Soient K un noyau de type positif sur T, et q la forme quadratique associée sur E'. La promesure gaussienne sur E de variance q s'appelle aussi la promesure gaussienne sur E de covariance K. Si T est dénombrable, la prop. 2 du n° 1 entraîne que cette promesure est une mesure.

3) Soit T un ensemble dénombrable. On définit un noyau de type positif δ sur T en posant

δ(t,t′)={1si t=t′0si t≠t′. \delta(t, t') = \begin{cases} 1 & \text{si } t = t' \\ 0 & \text{si } t \neq t'. \end{cases}

La forme quadratique correspondante est donnée par q(∑t∈Tctεt)=∑t∈Tct2q \left( \sum_{t \in T} c_t \varepsilon_t \right) = \sum_{t \in T} c_t^2. Pour tout t∈Tt \in T, notons μt\mu_t la mesure gaussienne de variance 1 sur R\mathbf{R}; on montre facilement que la mesure gaussienne sur RT\mathbf{R}^T de covariance δ est égale à ⨂t∈Tμt\bigotimes_{t \in T} \mu_t.

4) Soit n⩾1n \geqslant 1 un entier. Une matrice carrée C=(cij)C = (c_{ij}) d'ordre n est dite symétrique positive si elle est symétrique et si l'on a ∑i,j=1ncijxixj⩾0\sum_{i,j=1}^n c_{ij} x_i x_j \geqslant 0 quels que soient x1,…,xnx_1, \ldots, x_n réels; il revient au même de dire que l'application (i,j)↦cij(i, j) \mapsto c_{ij} est un noyau de type positif sur l'ensemble {1,2,…,n}\{1, 2, \ldots, n\}. On parlera donc de la mesure gaussienne γC\gamma_C sur Rn\mathbf{R}^n, de covariance C; elle est caractérisée par la formule

∫Rnei(x1t1+⋯+xntn)dγC(t1,…,tn)=exp⁡(−12∑j,k=1ncjkxjxk), \int_{\mathbf{R}^n} e^{i(x_1 t_1 + \cdots + x_n t_n)} d\gamma_C(t_1, \ldots, t_n) = \exp \left( -\frac{1}{2} \sum_{j,k=1}^n c_{jk} x_j x_k \right),

pour x1,…,xnx_1, \ldots, x_n réels. De la prop. 6 du n° 5 (formule (19)), on déduit

∫RntjtkdγC(t1,…,tn)=cjk(1⩽j,k⩽n). \int_{\mathbf{R}^n} t_j t_k d\gamma_C(t_1, \ldots, t_n) = c_{jk} \quad (1 \leqslant j, k \leqslant n).

De la prop. 5 du n° 5, on déduit la formule

u(γC)=γUCtU, u(\gamma_C) = \gamma_{UC^t U},

où u est une application linéaire de Rn\mathbf{R}^n dans Rm\mathbf{R}^m de matrice U. Par ailleurs, on voit facilement (cf. début de la démonstration de la prop. 4 du n° 5) que, si InI_n désigne la matrice unité d'ordre n, la mesure γIn\gamma_{I_n} admet la densité

(2π)−n/2exp⁡(−12(t12+⋯+tn2)) (2\pi)^{-n/2} \exp \left( -\frac{1}{2}(t_1^2 + \cdots + t_n^2) \right)

par rapport à la mesure de Lebesgue λn\lambda_n sur Rn\mathbf{R}^n.

Nous allons montrer que si la matrice CC est inversible, d’inverse D=(djk)D = (d_{jk}), on a

(28)dγC(t1,…,tn)=(2π)−n/2(det⁡D)1/2(exp⁡(−12∑j,k=1ndjktjtk))dt1…dtn. (28)\quad d\gamma_C(t_1, \ldots, t_n) = (2\pi)^{-n/2} (\det D)^{1/2} \left( \exp \left( -\frac{1}{2} \sum_{j,k=1}^n d_{jk} t_j t_k \right) \right) dt_1 \ldots dt_n.

En effet, si CC est inversible, la forme quadratique qq sur Rn\mathbf{R}^n définie par

q(x1,…,xn)=∑j,k=1ncjkxjxk q(x_1, \ldots, x_n) = \sum_{j,k=1}^n c_{jk} x_j x_k

est non dégénérée. En utilisant l’existence d’une base de Rn\mathbf{R}^n orthonormale pour qq, on démontre l’existence d’une matrice UU carrée d’ordre nn telle que C=U⋅tUC = U \cdot {}^t U, d’où γC=u(γIn)\gamma_C = u(\gamma_{I_n}) d’après (27) (on note uu l’automorphisme de Rn\mathbf{R}^n de matrice UU). Soit QQ la forme quadratique sur Rn\mathbf{R}^n définie par

Q(t1,…,tn)=t12+⋯+tn2; Q(t_1, \ldots, t_n) = t_1^2 + \cdots + t_n^2;

on a

γIn=(2π)−n/2e−Q/2⋅λn, \gamma_{I_n} = (2\pi)^{-n/2} e^{-Q/2} \cdot \lambda_n,

d’où

u(γIn)=(2π)−n/2e−(Q∘u−1)/2⋅u(λn). u(\gamma_{I_n}) = (2\pi)^{-n/2} e^{-(Q \circ u^{-1})/2} \cdot u(\lambda_n).

Il est immédiat que la forme quadratique Q∘u−1Q \circ u^{-1} sur Rn\mathbf{R}^n prend la valeur ∑j,k=1ndjktjtk\sum_{j,k=1}^n d_{jk} t_j t_k au point (t1,…,tn)(t_1, \ldots, t_n), et la prop. 15 du chap. VII, § 1, n° 10 montre que l’on a

u(λn)=(det⁡U)−1⋅λn=(det⁡D)1/2⋅λn. u(\lambda_n) = (\det U)^{-1} \cdot \lambda_n = (\det D)^{1/2} \cdot \lambda_n.

La formule (28) résulte alors de là.

7. Mesure de Wiener

Dans ce n°, nous notons TT l’intervalle ]0,1]]0, 1] de R\mathbf{R} et H\mathscr{H} l’espace de Hilbert des fonctions réelles de carré intégrable par rapport à la mesure de Lebesgue sur TT, où l’on note (f∣g)(f|g) le produit scalaire. On note aussi C\mathscr{C} l’espace des fonctions continues réelles sur TT, tendant vers 0 au point 0; on munit C\mathscr{C} de la norme ∥f∥=sup⁡t∈T∣f(t)∣\|f\| = \sup_{t \in T} |f(t)|. L’intervalle compact [0,1]=T∪{0}[0, 1] = T \cup \{0\} est le compactifié d’Alexandroff de l’intervalle localement compact mais non compact TT; par suite, l’ensemble des fonctions continues à support compact sur TT est dense dans C\mathscr{C} et le dual de C\mathscr{C} s’identifie à l’espace M1\mathscr{M}^1 des mesures bornées (non nécessairement positives) sur TT (chap. III, 2e éd., § 1, n° 8, déf. 3).

Pour toute fonction f∈Hf \in \mathscr{H}, on définit une fonction PfPf sur TT par

(Pf)(t)=∫0tf(x) dx=(f∣It), (Pf)(t) = \int_0^t f(x) \, dx = (f|I_t),

où ItI_t est la fonction caractéristique de l’intervalle ]0,t]]0, t]. L’inégalité de Cauchy–Schwarz entraîne les inégalités

∣(Pf)(t)∣≤∥f∥2⋅t1/2 |(Pf)(t)| \leq \|f\|_2 \cdot t^{1/2}
∣(Pf)(t)−(Pf)(t′)∣≤∥f∥2⋅∣t−t′∣1/2; |(Pf)(t) - (Pf)(t')| \leq \|f\|_2 \cdot |t - t'|^{1/2};

par suite, PfPf appartient à C\mathscr{C}, et l’application linéaire PP de H\mathscr{H} dans C\mathscr{C} est continue de norme ≤1\leq 1.

Identifions l’espace de Hilbert H\mathscr{H} à son dual (Esp. vect. top.Esp.\ vect.\ top., chap. V, § 1, n° 6, th. 3), et notons Π:M1→H\Pi : \mathscr{M}^1 \to \mathscr{H} la transposée de P:H→CP : \mathscr{H} \to \mathscr{C}. Pour toute mesure μ∈M1\mu \in \mathscr{M}^1 et toute fonction f∈Hf \in \mathscr{H}, on a

(Πμ∣f)=μ(Pf)=∫Tdμ(t)∫TIt(x)f(x) dx (\Pi \mu | f) = \mu(Pf) = \int_T d\mu(t) \int_T I_t(x) f(x) \, dx
=∫Tf(x) dx∫TIt(x) dμ(t) = \int_T f(x) \, dx \int_T I_t(x) \, d\mu(t)

d’après le théorème de Lebesgue–Fubini. Or on a

It(x)={1si 0<x≤t≤10sinon, I_t(x) = \begin{cases} 1 & \text{si } 0 < x \leq t \leq 1 \\ 0 & \text{sinon,} \end{cases}

d’où finalement

(Πμ)(x)=μ([x,1])pour x∈T. (\Pi \mu)(x) = \mu([x, 1]) \quad \text{pour } x \in T.

Soient μ,ν\mu, \nu dans M1\mathscr{M}^1. On a

(Πμ∣Πν)=∫TΠμ(x) Πν(x) dx=∫Tdx∫TIt(x) dμ(t)∫TIt′(x) dν(t′) (\Pi \mu | \Pi \nu) = \int_T \Pi \mu(x) \, \Pi \nu(x) \, dx = \int_T dx \int_T I_t(x) \, d\mu(t) \int_T I_{t'}(x) \, d\nu(t')
=∫T∫Tdμ(t) dν(t′)∫TIt(x)It′(x) dx. = \int_T \int_T d\mu(t) \, d\nu(t') \int_T I_t(x) I_{t'}(x) \, dx.

Or It.It′I_t . I_{t'} est la fonction caractéristique de l’intervalle ]0,t]∩]0,t′]]0, t] \cap ]0, t'], d’où immédiatement

∫TIt(x)It′(x) dx=inf⁡(t,t′). \int_T I_t(x) I_{t'}(x) \, dx = \inf (t, t').

On en conclut

(Πμ∣Πν)=∫T∫Tinf⁡(t,t′) dμ(t) dν(t′). (\Pi \mu | \Pi \nu) = \int_T \int_T \inf (t, t') \, d\mu(t) \, d\nu(t').

D’après le résultat précédent, on définit une forme quadratique positive WW sur M1\mathscr{M}^1 par la formule

W(μ)=∫T∫Tinf⁡(t,t′) dμ(t) dμ(t′)=∥Πμ∥22. W(\mu) = \int_T \int_T \inf (t, t') \, d\mu(t) \, d\mu(t') = \| \Pi \mu \|_2^2.

En particulier, si t1,…,tnt_1, \ldots, t_n sont des éléments de TT, et c1,…,cnc_1, \ldots, c_n des nombres réels, on a

W(∑j=1ncjεtj)=∑j,k=1ncjckinf⁡(tj,tk) W \left( \sum_{j=1}^n c_j \varepsilon_{t_j} \right) = \sum_{j,k=1}^n c_j c_k \inf (t_j, t_k)
et comme WW est positive, la fonction (t,t′)↦inf⁡(t,t′)(t, t') \mapsto \inf (t, t') est un noyau de type positif sur TT.

Théorème 1 (Wiener)

Soit ww l’image par P:H→CP : \mathscr{H} \to \mathscr{C} de la promesure gaussienne canonique sur l’espace de Hilbert H\mathscr{H}. Alors ww est une mesure gaussienne de variance WW sur C\mathscr{C}.

Par construction, on a W(μ)=∥tP(μ)∥22W(\mu) = \| tP(\mu) \|_2^2; la prop. 5 du n° 5 montre que ww est une promesure gaussienne de variance WW. Il reste à prouver que ww est une mesure sur C\mathscr{C}.

A) Construction d’un espace mesuré auxiliaire (Ω,m)(\Omega, m): Pour tout entier n≥0n \geq 0, on note DnD_n l’ensemble des nombres de la forme k/2nk/2^n avec k=1,2,3,…,2nk = 1, 2, 3, \ldots, 2^n. On pose D=⋃n≥0DnD = \bigcup_{n \geq 0} D_n (ensemble des nombres dyadiques contenus dans TT) et Ω=RD\Omega = \mathbf{R}^D. Pour tout t∈Dt \in D, on note X(t)X(t) la forme linéaire f↦f(t)f \mapsto f(t) sur Ω\Omega.

Pour t,t′t, t' dans DD, posons M(t,t′)=inf⁡(t,t′)M(t, t') = \inf (t, t'); on a vu que MM est un noyau de type positif sur DD. Comme l’ensemble DD est dénombrable, on peut définir la mesure gaussienne mm sur Ω\Omega de covariance MM (n° 6, Exemple 2).

Lemme 3

Quels que soient t,t′t, t' dans DD, on a

∫Ω∣X(t+t′2)−X(t)+X(t′)2∣3dm=1(8π)1/2∣t−t′∣3/2. \int_\Omega \left| X \left( \frac{t + t'}{2} \right) - \frac{X(t) + X(t')}{2} \right|^3 dm = \frac{1}{(8\pi)^{1/2}} |t - t'|^{3/2}.

Cite 2 · Cité par 1

Cite IX § 2. Opérations sur les mesures, Proposition 6

Cité par Lemme 4

On notera que t+t′2\frac{t + t'}{2} appartient à DD. On sait (n° 6, Exemple 2) que la famille (X(t))t∈D(X(t))_{t \in D} est une base du dual topologique Ω′\Omega' de Ω\Omega; il existe donc une forme bilinéaire symétrique M^\hat{M} sur Ω′×Ω′\Omega' \times \Omega' caractérisée par M^(X(t),X(t′))=inf⁡(t,t′)\hat{M}(X(t), X(t')) = \inf (t, t'). Par construction, la variance de la mesure gaussienne mm sur Ω\Omega est la forme quadratique ξ↦M^(ξ,ξ)\xi \mapsto \hat{M}(\xi, \xi) sur Ω′\Omega'. Posons en particulier

ξ=X(t+t′2)−X(t)+X(t′)2; \xi = X \left( \frac{t + t'}{2} \right) - \frac{X(t) + X(t')}{2};
un calcul facile donne
M^(ξ,ξ)=∣t−t′∣4. \hat{M}(\xi, \xi) = \frac{|t - t'|}{4}.
D’après la prop. 6 du n° 5 (formule (16)), on a
∫Ω∣ξ∣3dm=π−1/223/2Γ(2)M^(ξ,ξ)3/2; \int_\Omega |\xi|^3 dm = \pi^{-1/2} 2^{3/2} \Gamma(2) \hat{M}(\xi, \xi)^{3/2};
le lemme résulte immédiatement des formules (40) et (41).

B) Construction d'une application u de Ω\Omega dans C\mathscr{C}: Pour tout entier n⩾0n \geqslant 0, on note EnE_n le sous-espace de C\mathscr{C} formé des fonctions qui sont affines dans chacun des intervalles [k−12n,k2n]\left[ \frac{k-1}{2^n}, \frac{k}{2^n} \right] pour 1⩽k⩽2n1 \leqslant k \leqslant 2^n. Une fonction affine dans un intervalle compact I de R\mathbf{R} atteint ses bornes aux extrémités de I; par suite, on a

∥f∥=sup⁡1⩽k⩽2n∣f(k2n)∣ \| f \| = \sup_{1 \leqslant k \leqslant 2^n} \left| f \left( \frac{k}{2^n} \right) \right|

pour f∈Enf \in E_n.

Pour toute fonction g∈Ωg \in \Omega et tout entier n⩾0n \geqslant 0, il existe une fonction un(g)u_n(g) et une seule qui appartienne à EnE_n et coïncide avec gg en tout point de DnD_n; on posera Tng=un+1(g)−un(g)T_n g = u_{n+1}(g) - u_n(g). Comme DnD_n est fini, l'application TnT_n de Ω\Omega dans C\mathscr{C} est continue, donc mm-mesurable.

Lemme 4

Pour tout entier n⩾0n \geqslant 0, on a

∫Ω∥Tng∥3 dm(g)⩽1(8π)1/22−n/2. \int_\Omega \| T_n g \|^3 \, dm(g) \leqslant \frac{1}{(8\pi)^{1/2}} 2^{-n/2}.
Cite 3

Cite Lemme 3, IV § 3. Les espaces $L^p$, Proposition 6

Soient g∈Ωg \in \Omega et n∈Nn \in \mathbf{N}. On a En⊂En+1E_n \subset E_{n+1}; par suite, la fonction TngT_n g appartient à En+1E_{n+1} et s'annule en tout point de DnD_n; d'après (42), on a donc

∥Tng∥3=sup⁡1⩽k⩽2n∣Tng(2k−12n+1)∣3⩽∑k=12n∣Tng(2k−12n+1)∣3. \| T_n g \|^3 = \sup_{1 \leqslant k \leqslant 2^n} \left| T_n g \left( \frac{2k-1}{2^{n+1}} \right) \right|^3 \leqslant \sum_{k=1}^{2^n} \left| T_n g \left( \frac{2k-1}{2^{n+1}} \right) \right|^3.

Faisons la convention g(0)=0g(0) = 0. La construction de un(g)u_n(g) par interpolation linéaire de gg entraîne les relations

!Figure 1

Figure 1

(45) Tng(2k−12n+1)=g(2k−12n+1)−12(g(k−12n)+g(k2n))T_n g\left(\frac{2k-1}{2^{n+1}}\right) = g\left(\frac{2k-1}{2^{n+1}}\right) - \frac{1}{2}\left(g\left(\frac{k-1}{2^n}\right) + g\left(\frac{k}{2^n}\right)\right)

pour 1≤k≤2n1 \leq k \leq 2^n. On en déduit par intégration

∫Ω∣Tng(2k−12n+1)∣3dm(g)=∫Ω∣X(2k−12n+1)−12(X(k−12n)+X(k2n))∣3dm; \int_\Omega \left| T_n g\left(\frac{2k-1}{2^{n+1}}\right) \right|^3 dm(g) = \int_\Omega \left| X\left(\frac{2k-1}{2^{n+1}}\right) - \frac{1}{2}\left(X\left(\frac{k-1}{2^n}\right) + X\left(\frac{k}{2^n}\right)\right) \right|^3 dm;

on peut alors appliquer le lemme 3 avec t=k−12n,t′=k2nt = \frac{k-1}{2^n}, t' = \frac{k}{2^n}, d'où

(46) ∫Ω∣Tng(2k−12n+1)∣3dm(g)=1(8π)1/22−3n2.\int_\Omega \left| T_n g\left(\frac{2k-1}{2^{n+1}}\right) \right|^3 dm(g) = \frac{1}{(8\pi)^{1/2}} 2^{-\frac{3n}{2}}.

D'après (44), on a alors

∫Ω∥Tng∥3dm(g)≤∑k=12n∫Ω∣Tng(2k−12n+1)∣3dm(g)=1(8π)1/22n⋅2−3n2, \int_\Omega \|T_n g\|^3 dm(g) \leq \sum_{k=1}^{2^n} \int_\Omega \left| T_n g\left(\frac{2k-1}{2^{n+1}}\right) \right|^3 dm(g) = \frac{1}{(8\pi)^{1/2}} 2^n \cdot 2^{-\frac{3n}{2}},

d'où le lemme.

D'après le lemme 4, l'application TnT_n de Ω\Omega dans l'espace de Banach C\mathscr{C} appartient à L33(Ω,m)L_3^3(\Omega, m) et l'on a N3(Tn)≤1(8π)1/6(2−1/6)nN_3(T_n) \leq \frac{1}{(8\pi)^{1/6}} (2^{-1/6})^n, d'où ∑n=0∞N3(Tn)<+∞\sum_{n=0}^\infty N_3(T_n) < +\infty.

D'après la prop. 6 du chap. IV, 2e éd., § 3, n° 3, il existe un ensemble Ω0⊂Ω\Omega_0 \subset \Omega tel que Ω−Ω0\Omega - \Omega_0 soit mm-négligeable et que la série ∑n=0∞Tn(g)\sum_{n=0}^\infty T_n(g) converge absolument dans C\mathscr{C} pour tout g∈Ω0g \in \Omega_0. On définit alors une application mm-mesurable uu de Ω\Omega dans C\mathscr{C} par

(47)

u(g)={∑n=0∞Tng=lim⁡n→∞un(g)pour g∈Ω00pour g∈Ω−Ω0. u(g) = \begin{cases} \sum_{n=0}^\infty T_n g = \lim_{n \to \infty} u_n(g) & \text{pour } g \in \Omega_0 \\ 0 & \text{pour } g \in \Omega - \Omega_0. \end{cases}

Comme un(g)u_n(g) et gg coïncident sur Dm⊂DnD_m \subset D_n pour 0≤m≤n0 \leq m \leq n, il est immédiat que la restriction de u(g)u(g) à DD est égale à gg pour tout g∈Ω0g \in \Omega_0.

C) Construction d'une mesure gaussienne sur C\mathscr{C}:

Soit w′w' la mesure bornée sur C\mathscr{C}, image de mm par l'application mm-mesurable u:Ω→Cu : \Omega \to \mathscr{C}. Nous allons montrer que w′w' est une mesure gaussienne sur C\mathscr{C}, de variance WW, d'où w=w′w = w'. On notera D\mathscr{D} le sous-espace vectoriel de M1\mathscr{M}^1 engendré par les mesures εt\varepsilon_t pour tt parcourant DD.

Lemme 5

Pour toute mesure μ∈D\mu \in \mathscr{D}, on a

Cité par 1

Cité par Lemme 6

(48)

∫Cei⟨f,μ⟩dw′(f)=e−W(μ)/2. \int_\mathscr{C} e^{i\langle f, \mu \rangle} dw'(f) = e^{-W(\mu)/2}.

Posons μ=c1εt1+c2εt2+⋯+cnεtn\mu = c_1 \varepsilon_{t_1} + c_2 \varepsilon_{t_2} + \cdots + c_n \varepsilon_{t_n} avec t1,…,tnt_1, \ldots, t_n dans DD et c1,…,cnc_1, \ldots, c_n dans R\mathbf{R}. Pour tout g∈Ω0g \in \Omega_0, la fonction u(g)u(g) coïncide avec gg sur DD; on a donc

⟨u(g),μ⟩=∑j=1ncjg(tj)(g∈Ω0). \langle u(g), \mu \rangle = \sum_{j=1}^n c_j g(t_j) \quad (g \in \Omega_0).

On a aussi

W(μ)=∑j,k=1ncjckinf⁡(tj,tk), W(\mu) = \sum_{j,k=1}^n c_j c_k \inf (t_j, t_k),

et, comme mm est la mesure gaussienne sur Ω\Omega de covariance MM, et que Ω−Ω0\Omega - \Omega_0 est mm-négligeable, on a

∫Ω0ei∑j=1ncjg(tj)dm(g)=exp⁡(−12∑j,k=1ncjckinf⁡(tj,tk)). \int_{\Omega_0} e^{i \sum_{j=1}^n c_j g(t_j)} dm(g) = \exp \left( -\frac{1}{2} \sum_{j,k=1}^n c_j c_k \inf (t_j, t_k) \right).

Or, Ω−Ω0\Omega - \Omega_0 est mm-négligeable et l’on a w′=u(m)w' = u(m); on en déduit

∫Cei⟨f,μ⟩dω′(f)=∫Ω0ei⟨u(g),μ⟩dm(g). \int_{\mathscr{C}} e^{i \langle f, \mu \rangle} d\omega'(f) = \int_{\Omega_0} e^{i \langle u(g), \mu \rangle} dm(g).

La formule (48) résulte immédiatement des formules (49) à (52).

Lemme 6

Soit μ∈M1\mu \in \mathscr{M}^1. Il existe une suite de mesures μn∈D\mu_n \in \mathscr{D} telles que μ(f)=lim⁡n→∞μn(f)\mu(f) = \lim_{n \to \infty} \mu_n(f) pour tout f∈Cf \in \mathscr{C} et W(μ)=lim⁡n→∞W(μn)W(\mu) = \lim_{n \to \infty} W(\mu_n).

Cite 8

Cite Proposition 13, III § 1, Proposition 15, III § 1, Proposition 17, III § 1, Corollaire 1, III § 2, Corollaire 2, III § 3, Proposition 6, Théorème 2, IV § 4, Lemme 5

Soit I=(0,1]I = (0, 1]. L’espace M1\mathscr{M}^1 des mesures bornées sur T=]0,1]T = ]0, 1] sera identifié au sous-espace de M(I)\mathscr{M}(I) formé des mesures qui ne chargent pas 0. On munit M(I)\mathscr{M}(I) de la topologie vague. L’application t↦εtt \mapsto \varepsilon_t de II dans M(I)\mathscr{M}(I) est continue (chap. III, 2e éd., § 1, n° 9, prop. 13); comme DD est dense dans II, l’adhérence D‾\overline{\mathscr{D}} de D\mathscr{D} contient toutes les mesures ponctuelles. Soit AA l’ensemble des mesures v∈Dv \in \mathscr{D} telles que ∥v∥≤∥u∥\|v\| \leq \|u\|; la mesure μ\mu est adhérente à AA (chap. III, 2e éd., § 2, n° 4, cor. 1 du th. 1). L’ensemble AA est relativement compact dans M(I)\mathscr{M}(I) (chap. III, 2e éd., § 1, n° 9, prop. 15) et les parties compactes de M(I)\mathscr{M}(I) sont métrisables (Esp. vect. top., chap. IV, § 5, n° 1, prop. 2, et Top. gén., chap. X, 2e éd, § 3, n° 3, th. 1). Il existe donc une suite de mesures μn∈A\mu_n \in A convergeant vers μ\mu dans M(I)\mathscr{M}(I). Comme C\mathscr{C} est identifié au sous-espace des fonctions continues sur II nulles à l’origine, on a μ(f)=lim⁡n→∞μn(f)\mu(f) = \lim_{n \to \infty} \mu_n(f) pour tout f∈Cf \in \mathscr{C}. Par ailleurs, comme C(I)⊗C(I)\mathscr{C}(I) \otimes \mathscr{C}(I) est dense dans l’espace normé C(I×I)\mathscr{C}(I \times I) (chap. III, 2e éd., § 4, n° 1, lemme 1), les relations lim⁡n→∞μn=μ\lim_{n \to \infty} \mu_n = \mu et ∥μn∥≤∥μ∥\|\mu_n\| \leq \|\mu\| entraînent lim⁡n→∞(μn⊗μn)=μ⊗μ\lim_{n \to \infty} (\mu_n \otimes \mu_n) = \mu \otimes \mu (chap. III, 2e éd., § 1, n° 10, prop. 17); comme les mesures μn\mu_n et μ\mu ne chargent pas 0, on a

W(μn)=∫I∫Iinf⁡(t,t′) dμn(t) dμn(t′) W(\mu_n) = \int_I \int_I \inf (t, t') \, d\mu_n(t) \, d\mu_n(t')
W(μ)=∫I∫Iinf⁡(t,t′) dμ(t) dμ(t′), W(\mu) = \int_I \int_I \inf (t, t') \, d\mu(t) \, d\mu(t'),

d'où lim⁡n→∞W(μn)=W(μ)\lim_{n \to \infty} W(\mu_n) = W(\mu).

Il reste à prouver que la transformée de Fourier de w′w' est égale à e−W/2e^{-W/2}. Soit μ∈M1\mu \in \mathscr{M}^1; choisissons les mesures μn∈D\mu_n \in \mathscr{D} comme dans le lemme 6. La mesure w′w' est bornée et l'on a ∣ei⟨f,μn⟩∣=1|e^{i\langle f, \mu_n \rangle}| = 1 pour tout nn; le lemme 5 et le théorème de convergence de Lebesgue (chap. IV, 2e éd., § 4, n° 3, th. 2) entraînent alors

∫Cei⟨f,μ⟩ dw′(f)=lim⁡n→∞∫Cei⟨f,μn⟩ dw′(f) \int_\mathscr{C} e^{i\langle f, \mu \rangle} \, dw'(f) = \lim_{n \to \infty} \int_\mathscr{C} e^{i\langle f, \mu_n \rangle} \, dw'(f)
=lim⁡n→∞e−W(μn)/2=e−W(μ)/2. = \lim_{n \to \infty} e^{-W(\mu_n)/2} = e^{-W(\mu)/2}.

C.Q.F.D.

La mesure ww sur C\mathscr{C}, dont la transformée de Fourier est égale à e−W/2e^{-W/2} s'appelle la mesure de Wiener sur C\mathscr{C}.

Remarque

Pour tout intervalle semi-ouvert J=]a,b]J = ]a, b] contenu dans TT, posons l(J)=b−al(J) = b - a (longueur de JJ) et notons AJA_J la forme linéaire f↦f(b)−f(a)f \mapsto f(b) - f(a) sur C\mathscr{C}. On peut montrer que la mesure de Wiener est caractérisée par la propriété suivante: Soient J1,…,JnJ_1, \ldots, J_n des intervalles semi-ouverts contenus dans TT et deux à deux disjoints. L'image de la mesure ww par l'application linéaire f↦(AJ1(f),…,AJn(f))f \mapsto (A_{J_1}(f), \ldots, A_{J_n}(f)) de C\mathscr{C} dans Rn\mathbf{R}^n est égale à γa1⊗⋯⊗γan\gamma_{a_1} \otimes \cdots \otimes \gamma_{a_n} avec ai=l(Ji)1/2a_i = l(J_i)^{1/2} pour 1≤i≤n1 \leq i \leq n.

8. Continuité de la transformée de Fourier

Proposition 8

Soient EE un espace localement convexe, μ\mu une promesure sur EE et Φ\Phi la transformée de Fourier de μ\mu. On a les inégalités

Cité par 4

Cité par § 6. Promesures et mesures sur un espace localement convexe, Proposition 2, Proposition 3, Theorem 2 (Minlos), IX § 6

(53)

∣Φ(x′)∣≤Φ(0) |\Phi(x')| \leq \Phi(0)
(54)
∣Φ(x′)−Φ(y′)∣2≤2Φ(0)(Φ(0)−ℜΦ(x′−y′)) |\Phi(x') - \Phi(y')|^2 \leq 2\Phi(0)(\Phi(0) - \Re \Phi(x' - y'))

pour x′,y′x', y' dans E′E'.

La formule (5) du n° 3 permet de se ramener au cas où EE est de dimension finie et où μ\mu est une mesure. On a

∣Φ(x′)∣=∣∫Eei⟨x,x′⟩ dμ(x)∣≤∫E∣ei⟨x,x′⟩∣ dμ(x)=∫Edμ(x)=Φ(0), |\Phi(x')| = \left| \int_E e^{i\langle x, x' \rangle} \, d\mu(x) \right| \leq \int_E |e^{i\langle x, x' \rangle}| \, d\mu(x) = \int_E d\mu(x) = \Phi(0),

d'où (53). De plus, si aa et bb sont des nombres réels, on a

∣eia−eib∣2=∣eib∣2∣ei(a−b)−1∣2=(ei(a−b)−1)(e−i(a−b)−1)=2−2cos⁡(a−b); |e^{ia} - e^{ib}|^2 = |e^{ib}|^2 |e^{i(a-b)} - 1|^2 = (e^{i(a-b)} - 1)(e^{-i(a-b)} - 1) = 2 - 2 \cos (a - b);

d’après l’inégalité de Cauchy–Schwarz, on a alors

∣Φ(x′)−Φ(y′)∣2=∣∫E(ei⟨x,x′⟩−ei⟨x,y′⟩) dμ(x)∣2 |\Phi(x') - \Phi(y')|^2 = \left| \int_E (e^{i\langle x, x' \rangle} - e^{i\langle x, y' \rangle})\, d\mu(x) \right|^2
≤∫E∣ei⟨x,x′⟩−ei⟨x,y′⟩∣2 dμ(x)∫E12 dμ(x) \leq \int_E |e^{i\langle x, x' \rangle} - e^{i\langle x, y' \rangle}|^2\, d\mu(x) \int_E 1^2\, d\mu(x)
=∫E(2−2cos⁡⟨x,x′−y′⟩) dμ(x)⋅Φ(0) = \int_E (2 - 2 \cos \langle x, x' - y' \rangle)\, d\mu(x) \cdot \Phi(0)
=2Φ(0)(Φ(0)−ℜΦ(x′−y′)), = 2 \Phi(0)(\Phi(0) - \Re \Phi(x' - y')),
d’où (54).

Corollaire

Munissons E’ d’une topologie compatible avec sa structure d’espace vectoriel. Pour que Φ\Phi soit continue, il faut et il suffit que sa partie réelle ℜΦ\Re \Phi soit continue à l’origine, et alors Φ\Phi est uniformément continue. Cela résulte de l’inégalité (54).

Cité par 1

Cité par Proposition 9

Soit F un espace localement convexe. On munit le dual F’ de F d’une topologie compatible avec la dualité entre F et F’ et l’on identifie F au dual de F’. Par suite, la transformée de Fourier d’une mesure bornée μ\mu sur F’ est la fonction Fμ\mathscr{F} \mu sur F définie par

(Fμ)(x)=∫F′ei⟨x,x′⟩ dμ(x′). (\mathscr{F} \mu)(x) = \int_{F'} e^{i\langle x, x' \rangle}\, d\mu(x').

Proposition 9

Si F est tonnelé, la transformée de Fourier de toute mesure bornée sur F’ est une fonction uniformément continue sur F. Soient μ\mu une mesure bornée sur F’ et Φ\Phi sa transformée de Fourier. Soit ε>0\varepsilon > 0. Il existe une partie compacte K de F’ tel que μ(F′−K)≤ε\mu(F' - K) \leq \varepsilon. Or K est compact pour la topologie faible σ(F′,F)\sigma(F', F), donc équicontinu car F est tonnelé (Esp. vect. top., chap. IV, § 2, n° 2, th. 1). Il existe donc un voisinage symétrique U de 0 dans F dont le polaire U0U^0 contient K. Soit xx dans εU\varepsilon U; on a

Φ(0)−ℜΦ(x)=∫F′(1−cos⁡⟨x,x′⟩) dμ(x′). \Phi(0) - \Re \Phi(x) = \int_{F'} (1 - \cos \langle x, x' \rangle)\, d\mu(x').
Cite 2 · Cité par 2

Cite Théorème 1, III § 4, Corollaire

Cité par Corollaire, Proposition 11

Or on a 0≤1−cos⁡⟨x,x′⟩≤20 \leq 1 - \cos \langle x, x' \rangle \leq 2 pour tout x′∈F′−Kx' \in F' - K et

1−cos⁡⟨x,x′⟩≤12⟨x,x′⟩2≤ε22 1 - \cos \langle x, x' \rangle \leq \frac{1}{2} \langle x, x' \rangle^2 \leq \frac{\varepsilon^2}{2}

pour x′∈K⊂U0x' \in K \subset U^0; on en déduit

0≤Φ(0)−ℜΦ(x)≤2μ(F′−K)+ε22μ(K)≤2ε+ε22μ(F′). 0 \leq \Phi(0) - \Re \Phi(x) \leq 2 \mu(F' - K) + \frac{\varepsilon^2}{2} \mu(K) \leq 2 \varepsilon + \frac{\varepsilon^2}{2} \mu(F').

Le second membre de cette inégalité tend vers 0 avec ε\varepsilon; donc ℜΦ\Re \Phi est continue en 0 et la prop. résulte du cor. de la prop. 8.

9. Le lemme de Minlos

Soient T un espace vectoriel de dimension finie et μ\mu une mesure bornée sur T′T'; nous identifions T au dual de T′T' de sorte que la transformée de Fourier Φ\Phi de μ\mu est une fonction sur T. On suppose données deux formes quadratiques positives h et q sur T et un nombre ε>0\varepsilon > 0. Pour tout nombre réel r>0r > 0, on note CrC_r l’ensemble des x′∈T′x' \in T' tels que l’on ait ⟨x,x′⟩2≤r2h(x)\langle x, x' \rangle^2 \leq r^2 h(x) pour tout x∈Tx \in T.

Proposition 10

Sous l’hypothèse Φ(0)−RΦ≤ε+q\Phi(0) - \mathscr{R}\Phi \leq \varepsilon + q, on a

μ(T′−Cr)≤3(ε+r−2Tr⁡(q/h)) \mu(T' - C_r) \leq 3(\varepsilon + r^{-2} \operatorname{Tr}(q/h))
pour tout r>0r > 0.

Cite 3 · Cité par 2

Cite Lemme 2, Lemme 1, Proposition 2

Cité par Proposition 3, IX § 3, Theorem 2 (Minlos), IX § 6

On a noté Tr⁡(q/h)\operatorname{Tr}(q/h) la trace de q par rapport à h (cf. Annexe, n° 1). La formule (55) est triviale lorsque Tr⁡(q/h)\operatorname{Tr}(q/h) est infini. Nous supposons désormais Tr⁡(q/h)\operatorname{Tr}(q/h) fini, donc que h(x)=0h(x) = 0 entraîne q(x)=0q(x) = 0 pour tout x∈Tx \in T.

Soient a1,…,ana_1, \ldots, a_n des éléments de T, et D l’ensemble des x′∈T′x' \in T' tels que

∑j=1n⟨aj,x′⟩2>1. \sum_{j=1}^n \langle a_j, x' \rangle^2 > 1.
Pour tout tt réel ≥0\geq 0, on a 3(1−e−t/2)≥03(1 - e^{-t/2}) \geq 0 et l’on a même
3(1−e−t/2)≥3(1−e−1/2)≥3(1−(94)−1/2)=1 3(1 - e^{-t/2}) \geq 3(1 - e^{-1/2}) \geq 3(1 - (\frac{9}{4})^{-1/2}) = 1
pour t>1t > 1, car e>94e > \frac{9}{4}. Appliquant ces inégalités à t=∑j=1n⟨aj,x′⟩2t = \sum_{j=1}^n \langle a_j, x' \rangle^2, on obtient
μ(D)≤3∫T′(1−exp⁡(−12∑j=1n⟨aj,x′⟩2))dμ(x′). \mu(D) \leq 3 \int_{T'} \left( 1 - \exp \left( -\frac{1}{2} \sum_{j=1}^n \langle a_j, x' \rangle^2 \right) \right) d\mu(x').

Soit γ\gamma la mesure sur R\mathbf{R}, de densité t↦(2π)−1/2e−t2/2t \mapsto (2\pi)^{-1/2} e^{-t^2/2} par rapport à la mesure de Lebesgue. D’après le lemme 2 du n° 4, on a

∫Reiutdγ(t)=e−u2/2 \int_{\mathbf{R}} e^{iut} d\gamma(t) = e^{-u^2/2}
pour tout uu réel. Par suite, on a
1−exp⁡(−12∑j=1n⟨aj,x′⟩2)=∫…∫(1−ei∑j=1n⟨aj,x′⟩tj)dγ(t1)…dγ(tn) 1 - \exp \left( -\frac{1}{2} \sum_{j=1}^n \langle a_j, x' \rangle^2 \right) = \int \ldots \int \left( 1 - e^{i \sum_{j=1}^n \langle a_j, x' \rangle t_j} \right) d\gamma(t_1) \ldots d\gamma(t_n)
pour tout x′∈T′x' \in T'. La fonction de x′,t1,…,tnx', t_1, \ldots, t_n à intégrer au second membre est continue et majorée en module par 2, et les mesures μ\mu et γ\gamma sont bornées; on peut donc intégrer les deux membres de (57) par rapport à dμ(x′)d\mu(x') et interchanger les intégrations par rapport à μ\mu et γ\gamma; on obtient
∫T′(1−exp⁡(−12∑j=1n⟨aj,x′⟩2))dμ(x′) \int_{T'} \left( 1 - \exp \left( -\frac{1}{2} \sum_{j=1}^n \langle a_j, x' \rangle^2 \right) \right) d\mu(x')
=∫…∫(Φ(0)−Φ(∑j=1ntjaj))dγ(t1)…dγ(tn). = \int \ldots \int \left( \Phi(0) - \Phi \left( \sum_{j=1}^n t_j a_j \right) \right) d\gamma(t_1) \ldots d\gamma(t_n).

Comme qq est une forme quadratique sur TT, il existe des nombres réels qjkq_{jk} tels que

q(∑j=1ntjaj)=∑j,kqjktjtk q \left( \sum_{j=1}^n t_j a_j \right) = \sum_{j,k} q_{jk} t_j t_k

pour t1,…,tnt_1, \ldots, t_n réels; on a en particulier qjj=q(aj)q_{jj} = q(a_j) pour 1≤j≤n1 \leq j \leq n. Par ailleurs, l’intégrale ∫Rtndγ(t)\int_{\mathbf{R}} t^n d\gamma(t) vaut respectivement 1, 0, 1 pour n=0,1,2n = 0, 1, 2 (n° 4, lemme 1). On en déduit immédiatement

∫⋯∫(ε+q(∑j=1ntjaj))dγ(t1)…dγ(tn)=ε+∑j=1nq(aj). \int \cdots \int \left( \varepsilon + q \left( \sum_{j=1}^n t_j a_j \right) \right) d\gamma(t_1) \ldots d\gamma(t_n) = \varepsilon + \sum_{j=1}^n q(a_j).

Or, le premier membre de (58) et Φ(0)\Phi(0) sont des nombres réels; on peut donc remplacer Φ\Phi par ℜΦ\Re \Phi au second membre de (58). L’inégalité Φ(0)−ℜΦ≤ε+q\Phi(0) - \Re \Phi \leq \varepsilon + q et les formules (56), (58) et (59) entraînent alors

μ(D)≤3(ε+∑j=1nq(aj)). \mu(D) \leq 3 \left( \varepsilon + \sum_{j=1}^n q(a_j) \right).

Fixons le nombre r>0r > 0. Comme la forme quadratique hh est positive, il existe une base (e1,…,en)(e_1, \ldots, e_n) de TT et un entier mm compris entre 0 et nn tels que

h(∑j=1ntjej)=∑j=1mtj2, h \left( \sum_{j=1}^n t_j e_j \right) = \sum_{j=1}^m t_j^2,

pour t1,…,tnt_1, \ldots, t_n réels (Annexe, n° 1, prop. 2). Il est alors immédiat que CrC_r se compose des x′∈T′x' \in T' tels que

∑j=1m⟨ej,x′⟩2≤r2,∑j=m+1n⟨ej,x′⟩2=0. \sum_{j=1}^m \langle e_j, x' \rangle^2 \leq r^2, \qquad \sum_{j=m+1}^n \langle e_j, x' \rangle^2 = 0.

Pour tout entier l≥1l \geq 1, soit DlD_l l’ensemble des x′∈T′x' \in T' satisfaisant à l’inégalité

∑j=1m⟨r−1ej,x′⟩2+∑j=m+1n⟨lej,x′⟩2>1. \sum_{j=1}^m \langle r^{-1} e_j, x' \rangle^2 + \sum_{j=m+1}^n \langle l e_j, x' \rangle^2 > 1.

On voit facilement que la suite (Dl)l≥1(D_l)_{l \geq 1} est croissante de réunion T′−CrT' - C_r, d’où

μ(T′−Cr)=lim⁡l→∞μ(Dl). \mu(T' - C_r) = \lim_{l \to \infty} \mu(D_l).

Mais d’après (60), on a

μ(Dl)≤3(ε+∑j=1mr−2q(ej)+∑j=m+1nl2q(ej)); \mu(D_l) \leq 3 \left( \varepsilon + \sum_{j=1}^m r^{-2} q(e_j) + \sum_{j=m+1}^n l^2 q(e_j) \right);

pour j=m+1,…,nj = m+1, \ldots, n, on a h(ej)=0h(e_j) = 0, donc q(ej)=0q(e_j) = 0. De plus, on a Tr(q/h)=∑j=1mq(ej)\mathrm{Tr}(q/h) = \sum_{j=1}^m q(e_j) (Annexe, n° 1, prop. 2). La relation (55) résulte alors de (61) et (62).

C.Q.F.D

10. Mesures sur le dual d’un espace nucléaire

Soit F un espace localement convexe. Soit Ts\mathscr{T}_s la topologie faible σ(F′,F)\sigma(F', F) sur F′F' et Tc\mathscr{T}_c la topologie de la convergence uniforme sur les parties compactes convexes de F. D’après le théorème de Mackey, (Esp. vect. top., chap. IV, § 2, n° 3, th. 2) les topologies Ts\mathscr{T}_s et Tc\mathscr{T}_c sur F′F' sont compatibles avec la dualité entre F et F′F'; il en est donc de même de toute topologie localement convexe T\mathscr{T} sur F′F' intermédiaire entre Ts\mathscr{T}_s et Tc\mathscr{T}_c. Si T\mathscr{T} est une telle topologie, et si FT′F'_\mathscr{T} désigne l’espace F′F' muni de T\mathscr{T}, on identifiera F au dual de FT′F'_\mathscr{T}. Les promesures sur F′F' sont donc les mêmes pour toutes les topologies T\mathscr{T} du type précédent, et si μ\mu est une telle promesure, sa transformée de Fourier est une fonction sur F.

On appelle topologie de Sazonov sur F la topologie localement convexe S\mathscr{S} définie par les semi-normes continues N satisfaisant à la condition suivante: N2N^2 est une forme quadratique positive sur F et il existe une forme quadratique positive continue H sur F telle que Tr(N2/H)<+∞\mathrm{Tr}(N^2/H) < +\infty. La topologie S\mathscr{S} est moins fine que la topologie donnée sur F; on dit que F est nucléaire si ces topologies sont identiques. Cette classe d’espaces sera étudiée plus tard en détail.

Théorème 2 (Minlos). — Soient F un espace localement convexe, T\mathscr{T} une topologie localement convexe sur F′F' intermédiaire entre Ts\mathscr{T}_s et Tc\mathscr{T}_c et μ\mu une promesure sur FT′F'_\mathscr{T}. On suppose que transformée de Fourier Φ\Phi de μ\mu est continue sur F pour la topologie de Sazonov. Alors μ\mu est une mesure sur FT′F'_\mathscr{T}.

Soit ε>0\varepsilon > 0. Comme Φ\Phi est continue pour la topologie de Sazonov de F, il existe deux formes quadratiques positives continues Q et H sur F, telles que Tr(Q/H)<+∞\mathrm{Tr}(Q/H) < +\infty et que l’on ait

Φ(0)−ℜΦ(x)≤ε/6 \Phi(0) - \Re \Phi(x) \leq \varepsilon/6
pour tout x∈Fx \in F tel que Q(x)≤1Q(x) \leq 1. D’après la prop. 8 du n° 8, on a ∣ℜΦ(x)∣≤Φ(0)|\Re \Phi(x)| \leq \Phi(0) pour tout x∈Fx \in F, d’où
Φ(0)−ℜΦ(x)≤ε/6+2Φ(0)Q(x) \Phi(0) - \Re \Phi(x) \leq \varepsilon/6 + 2\Phi(0)Q(x)
pour tout x∈Fx \in F.

Posons r=(12Φ(0) Tr(Q/H)ε−1)1/2r = (12\Phi(0)\ \mathrm{Tr}(Q/H)\varepsilon^{-1})^{1/2} et notons K l’ensemble des x′∈FT′x' \in F'_\mathscr{T} tels que ⟨x,x′⟩2≤r2H(x)\langle x, x' \rangle^2 \leq r^2H(x) pour tout x∈Fx \in F. Comme H1/2H^{1/2} est une semi-norme continue sur F, l’ensemble K est équicontinu et fermé dans FT′F'_\mathscr{T}; il est donc compact dans FT′F'_\mathscr{T} d’après le théorème d’Ascoli (Top. gén., chap. X, 2e éd., § 2, n° 5, cor. 1 du th. 2).

Soit V un sous-espace vectoriel fermé de codimension finie de FT′F'_\mathscr{T}; alors, V est l’orthogonal d’un sous-espace vectoriel T de dimension finie de F. Soit μV\mu_V la mesure sur T’ image de la promesure μ\mu sur FT′F'_\mathscr{T} par l’application pVp_V transposée de l’injection canonique de T dans F; sa transformée de Fourier est la restriction de Φ\Phi à T. Enfin, d’après le théorème de Hahn–Banach (Esp. vect. top., chap. II, 2e éd., § 3, n° 2, cor. 1 du th. 1), pV(K)p_V(K) est égal à l’ensemble CrC_r des x′∈T′x' \in T' tels que ⟨x,x′⟩2≤r2H(x)\langle x, x' \rangle^2 \leq r^2 H(x) pour tout x∈Tx \in T. D’après l’inégalité (63), on peut appliquer la prop. 10 du n° 9 à la mesure μv\mu_v sur T′T', en prenant pour qq la restriction de 2Φ(0)Q2\Phi(0)Q à TT et pour hh celle de HH. On a Tr(q/h)≤2Φ(0)Tr(Q/H)\mathrm{Tr}(q/h) \leq 2\Phi(0)\mathrm{Tr}(Q/H), d’où

μv(T′−Cr)≤3(ε6+2Φ(0)Tr(Q/H)r−2)=ε. \mu_v(T' - C_r) \leq 3 \left( \frac{\varepsilon}{6} + 2\Phi(0)\mathrm{Tr}(Q/H)r^{-2} \right) = \varepsilon.

Comme pvp_v définit par passage au quotient un isomorphisme de FT′/VF_{\mathscr{T}}'/V sur T′T', la prop. 1 du n° 1 montre alors que μ\mu est une mesure sur FT′F_{\mathscr{T}}'.

C.Q.F.D.

Corollaire

Soient FF un espace nucléaire tonnelé, T\mathscr{T} une topologie localement convexe intermédiaire entre Ts\mathscr{T}_s et Tc\mathscr{T}_c sur F′F', μ\mu une promesure sur FT′F_{\mathscr{T}}' et Φ\Phi la transformée de Fourier de μ\mu. Pour que μ\mu soit une mesure, il faut et il suffit que Φ\Phi soit continue sur FF.

Cite 2 · Cité par 1

Cite Proposition 9, Theorem 2 (Minlos), IX § 6

Cité par Corollaire

La nécessité résulte de la prop. 9 du n° 8 et la suffisance du th. 2.

Remarque

Soient FF un espace tonnelé et T\mathscr{T} une topologie localement convexe sur F′F' intermédiaire entre Ts\mathscr{T}_s et Tc\mathscr{T}_c. Toute partie de F′F' compacte pour T\mathscr{T} est compacte pour la topologie moins fine Ts\mathscr{T}_s. Réciproquement, soit KK une partie de F′F' compacte pour Ts\mathscr{T}_s. Comme FF est tonnelé, KK est équicontinue (Esp. vect. top.Esp.\ vect.\ top., chap. IV, § 2, n° 2, th. 1); mais d’après le théorème d’Ascoli, toute partie équicontinue de F′F' est relativement compacte pour Tc\mathscr{T}_c et afortioria fortiori pour T\mathscr{T}, donc KK est contenu dans une partie de F′F' compacte pour T\mathscr{T}. Il n’est pas difficile d’en conclure que l’application identique de FT′F_{\mathscr{T}}' sur FTs′F_{\mathscr{T}_s}' définit une bijection entre les ensembles de mesures de ces deux espaces.

Cite 1

Cite Théorème 1, III § 4

11. Mesures sur un espace de Hilbert

Soit EE un espace hilbertien réel, dans lequel le produit scalaire est noté (x∣y)(x|y). Il existe un isomorphisme jj de EE sur son dual E′E', caractérisé par la formule ⟨x,j(y)⟩=(x∣y)\langle x, j(y) \rangle = (x|y) pour x,yx, y dans EE (Esp. vect. top.Esp.\ vect.\ top., chap. V, § 1, n° 6, th. 3). Nous identifierons EE et E′E' au moyen de jj. La transformée de Fourier d’une promesure μ\mu sur EE est donc une fonction Fμ\mathscr{F}\mu sur EE; lorsque μ\mu est une mesure, on a

(Fμ)(x)=∫Eei(x∣y) dμ(y)(x∈E). (\mathscr{F}\mu)(x) = \int_E e^{i(x|y)}\,d\mu(y) \qquad (x \in E).

Théorème 3 (Prokhorov–Sazonov)

Soient EE un espace hilbertien et EsE_s l’espace EE muni de la topologie affaiblie. Soient μ\mu une promesure sur EE et Φ\Phi sa transformée de Fourier. Les conditions suivantes sont équivalentes:

a) La fonction Φ\Phi est continue sur EE pour la topologie de Sazonov. b) Pour tout ε>0\varepsilon > 0, il existe une forme quadratique positive nucléaire QQ sur EE telle que Φ(0)−ℜΦ≤ε+Q\Phi(0) - \Re \Phi \leq \varepsilon + Q. c) La promesure μ\mu est une mesure sur EsE_s. b) ⇒a)\Rightarrow a): cela résulte de la prop. 8 du n° 8 (cf. inégalité (54)). a) ⇒c)\Rightarrow c): cela résulte du théorème 2 du n° 10.

c) ⇒b)\Rightarrow b): supposons que μ\mu soit une mesure sur EsE_s. Soit ε>0\varepsilon > 0. Pour tout entier n⩾1n \geqslant 1, l’ensemble BnB_n des x∈Ex \in E de norme ⩽n\leqslant n est une partie fermée de EsE_s et l’on a E=⋃n⩾1BnE = \bigcup_{n \geqslant 1} B_n. Il existe donc un entier n⩾1n \geqslant 1 tel que μ(E−Bn)<ε2\mu(E - B_n) < \frac{\varepsilon}{2}. La formule

(65)Q(x)=12∫Bn(x∣y)2 dμ(y) (65) \quad Q(x) = \frac{1}{2} \int_{B_n} (x|y)^2 \, d\mu(y)
définit une forme quadratique positive QQ sur EE. Posons C=n22μ(Bn)C = \frac{n^2}{2} \mu(B_n). Si (e1,…,ep)(e_1, \ldots, e_p) est une suite orthonormale finie dans EE, on a
∑j=1p(ej∣y)2≤∥y∥2≤n2 \sum_{j=1}^p (e_j|y)^2 \leq \|y\|^2 \leq n^2
pour tout y∈Bny \in B_n d’après l’inégalité de Bessel. Par intégration, on en déduit
∑j=1pQ(ej)=12∫Bn∑j=1p(ej∣y)2 dμ(y)≤n22μ(Bn)=C, \sum_{j=1}^p Q(e_j) = \frac{1}{2} \int_{B_n} \sum_{j=1}^p (e_j|y)^2 \, d\mu(y) \leq \frac{n^2}{2} \mu(B_n) = C,
donc QQ est nucléaire.

Par ailleurs, on a 1−cos⁡t≤inf⁡(2,t22)1 - \cos t \leq \inf \left(2, \frac{t^2}{2}\right) pour tout nombre réel tt, d’où

Φ(0)−RΦ(x)=∫E(1−cos⁡(x∣y)) dμ(y) \Phi(0) - \mathscr{R}\Phi(x) = \int_E (1 - \cos (x|y)) \, d\mu(y)
≤∫Bn12(x∣y)2 dμ(y)+∫E−Bn2 dμ(y) \leq \int_{B_n} \frac{1}{2} (x|y)^2 \, d\mu(y) + \int_{E - B_n} 2 \, d\mu(y)
=Q(x)+ε = Q(x) + \varepsilon
pour tout x∈Ex \in E. Donc b) est vérifiée.

C.Q.F.D.

Corollaire 1

Soient E1E_1 et E2E_2 deux espaces de Hilbert, uu une application de Hilbert–Schmidt de E1E_1 dans E2E_2 et μ\mu une promesure sur E1E_1. On suppose que la transformée de Fourier Φ\Phi de μ\mu est continue sur E1E_1. Alors la promesure ν=u(μ)\nu = u(\mu) est une mesure sur E2E_2 muni de la topologie faible.

Avec les identifications de E1E_1 et E2E_2 à leurs duals introduites dans ce n°, la transformée de Fourier de ν\nu est égale à Φ∘u∗\Phi \circ u^* où u∗u^* est l’adjointe de uu. Or u∗u^* est une application de Hilbert–Schmidt de E2E_2 dans E1E_1 (Annexe, n° 2), et la forme quadratique y↦∥u∗(y)∥2y \mapsto \|u^*(y)\|^2 sur E2E_2 est donc nucléaire. Si (E2)S(E_2)_\mathscr{S} désigne E2E_2 muni de la topologie de Sazonov, u∗u^* est donc une application linéaire continue de (E2)S(E_2)_\mathscr{S} dans E1E_1 et Fν=Φ∘u∗\mathscr{F}_\nu = \Phi \circ u^* est continue sur (E2)S(E_2)_\mathscr{S}; le théorème 3 montre alors que ν\nu est une mesure sur l’espace E2E_2 muni de la topologie faible.

Corollaire 2

Soit Q une forme quadratique positive nucléaire sur l’espace hilbertien E. La promesure gaussienne ΓQ\Gamma_Q de variance Q sur E est une mesure sur EsE_s.

La transformée de Fourier Φ\Phi de ΓQ\Gamma_Q est égale à e−Q/2e^{-Q/2}. Or on a et≥1+te^t \geq 1 + t pour tout nombre réel tt, d’où Φ(0)−ℜΦ≤Q/2\Phi(0) - \Re \Phi \leq Q/2. La condition b) du théorème 3 est donc vérifiée et ΓQ\Gamma_Q est une mesure sur EsE_s.

Remarque 1

Soient E un espace hilbertien, EsE_s l’espace E muni de la topologie faible et jj l’application identique de E dans EsE_s. On sait que jj définit une bijection de l’ensemble des promesures sur E sur l’ensemble correspondant pour EsE_s. Par ailleurs, si E est de type dénombrable, c’est un espace polonais et jj définit une bijection de l’ensemble des mesures bornées sur E sur l’ensemble des mesures bornées sur EsE_s (§ 3, n° 3, Remarque); on peut montrer (théorème de Phillips) que ce théorème subsiste si E n’est pas de type dénombrable. Par suite, le théorème 3 fournit des critères pour qu’une promesure sur E soit une mesure.

Cite 1

Cite IX § 3. Mesures et fonctions additives d’ensemble

Remarque 2

On peut montrer (Annexe, exerc. 7b) que la topologie de Sazonov sur un espace hilbertien E est définie par les semi-normes du type Q1/2Q^{1/2} où Q est une forme quadratique positive nucléaire sur E.

12. Relations avec les fonctions de type positif

Définition 3

Soit G un groupe. On dit qu’une fonction Φ\Phi sur G à valeurs complexes est de type positif si l’on a les inégalités

∑j,k=1pcjck‾Φ(xjxk−1)≥0 \sum_{j,k=1}^p c_j \overline{c_k} \Phi(x_j x_k^{-1}) \geq 0

quels que soient x1,…,xpx_1, \ldots, x_p dans G et les nombres complexes c1,…,cpc_1, \ldots, c_p.

Cité par 2

Cité par Lemma, IV § 4, Exercice 5, § 3

Cette notion sera étudiée en détail plus tard.

Proposition 11

Soient E un espace vectoriel de dimension finie, μ\mu une mesure (positive) bornée sur E et Φ\Phi la transformée de Fourier de μ\mu. La fonction Φ\Phi est continue et de type positif sur E′E'.

Cite 1 · Cité par 2

Cite Proposition 9

Cité par IX § 4. Limites projectives de mesures, Théorème 4

La continuité de Φ\Phi résulte de la prop. 9 du n° 8.

Montrons que Φ\Phi est de type positif. Soient x1′,…,xp′x'_1, \ldots, x'_p dans E′E' et c1,…,cpc_1, \ldots, c_p des nombres complexes. On a

∑j,kcjck‾Φ(xj′−xk′)=∫E∑j,kcjck‾ei⟨x,xj′−xk′⟩dμ(x) \sum_{j,k} c_j \overline{c_k} \Phi(x'_j - x'_k) = \int_E \sum_{j,k} c_j \overline{c_k} e^{i \langle x, x'_j - x'_k \rangle} d\mu(x)
=∫E∣∑j=1pcjei⟨x,xj′⟩∣2dμ(x)≥0. = \int_E \left| \sum_{j=1}^p c_j e^{i \langle x, x'_j \rangle} \right|^2 d\mu(x) \geq 0.

C.Q.F.D.

On peut démontrer une réciproque connue sous le nom de théorème de Bochner: toute fonction continue de type positif sur E′E' est la transformée de Fourier d’une mesure (positive) bornée (1). Nous admettrons ce résultat dans la suite du n° 12.

(1) Cette question sera étudiée dans un chapitre à paraître du Livre de Théories Spectrales. Le lecteur pourra se reporter à ce sujet à LOOMIS, Abstract Harmonic Analysis, van Nostrand, New-York, 1953.

Théorème 4

Soit E un espace localement convexe. La transformation de Fourier est une bijection de l’ensemble des promesures sur E sur l’ensemble des fonctions de type positif sur E’ dont la restriction à tout sous-espace de dimension finie est continue.

Cite 2 · Cité par 2

Cite Proposition 11, Proposition 3

Cité par Corollaire, Théorème 3, VI § 3

On sait (n° 3, prop. 3) que la transformation de Fourier est injective. Soient μ=(μV)V∈F(E)\mu = (\mu_V)_{V \in \mathscr{F}(E)} une promesure sur E et Φ\Phi sa transformée de Fourier. Soit T un sous-espace de dimension finie de E’ et soit V l’orthogonal de T dans E. On peut identifier T au dual de E/V ; la restriction ΦT\Phi_T de Φ\Phi à T est la transformée de Fourier de la mesure bornée μV\mu_V sur E/V. D’après la prop. 11, ΦT\Phi_T est continue et de type positif sur T. Vu l’arbitraire de T, il est clair que Φ\Phi est de type positif sur E’.

Réciproquement, soit Φ\Phi une fonction de type positif sur E’ dont la restriction à tout sous-espace de dimension finie de E soit continue. Pour tout V∈F(E)V \in \mathscr{F}(E), on identifie le dual de E/V à l’orthogonal V0V^0 de V dans E’ ; la restriction ΦV\Phi_V de Φ\Phi à V0V^0 est continue et de type positif, et d’après le théorème de Bochner, il existe donc une mesure (positive) bornée μV\mu_V sur E/V dont la transformée de Fourier soit ΦV\Phi_V. Soient V et W dans F(E)\mathscr{F}(E) avec W⊂VW \subset V, et soit pVWp_{VW} l’application canonique de E/W sur E/V ; avec les identifications faites, tpVWt p_{VW} est l’injection de V0V^0 dans W0W^0. D’après la formule (4) du n° 3, on a alors

F(pVW(μW))=(FμW)∘tpVW=ΦW∘tpVW=ΦV=FμV \mathscr{F}(p_{VW}(\mu_W)) = (\mathscr{F}\mu_W) \circ t p_{VW} = \Phi_W \circ t p_{VW} = \Phi_V = \mathscr{F}\mu_V

d’où pVW(μW)=μVp_{VW}(\mu_W) = \mu_V d’après la prop. 3 du n° 3. Par suite, la famille μ=(μV)V∈F(E)\mu = (\mu_V)_{V \in \mathscr{F}(E)} est une promesure sur E ; il est clair que Φ\Phi est la transformée de Fourier de μ\mu.

Corollaire

Soit F un espace nucléaire tonnelé ; on munit F’ d’une topologie localement convexe T\mathscr{T} intermédiaire entre la topologie faible σ(F′,F)\sigma(F', F) et la topologie de la convergence uniforme sur les parties compactes et convexes de F. La transformation de Fourier est une bijection de l’ensemble des mesures (positives) bornées sur F’ sur l’ensemble des fonctions continues de type positif sur F.

Cite 2

Cite Corollaire, Théorème 4

Cela résulte immédiatement du th. 4 et du cor. du th. 2 du n° 10.*

Exercices

See the exercises for § 6.

Transcrit du volume imprimé. Non traduit.