§ 3. Désintégration des mesures
1. Désintégration d'une mesure relativement à une application -propre.
Soit T un espace localement compact ayant une base dénombrable (en d'autres termes un espace localement compact polonais (Top. gén., chap. IX, 2e éd., § 6, no 1)). On sait que pour toute mesure positive sur T, les notions d'intégrale et d'intégrale essentielle coïncident (chap. V, § 2, no 2, Remarque 1). D'autre part, on a les propriétés suivantes :
Lemme 1
Si Y est un espace localement compact ayant une base dénombrable, l'espace contient une partie dénombrable partout dense. Plus précisément, il existe dans une partie dénombrable S formée de fonctions , telle que, pour toute fonction de , il existe une suite de fonctions () qui converge uniformément vers et est telle que pour tout .
En effet, Y est réunion d'une suite croissante d'ensembles ouverts relativement compacts tels que pour tout (Top. gén., chap. I, 2e éd., § 10, no 11, prop. 19); l'espace est réunion de la suite croissante des espaces de Banach , et on sait que chacun de ces derniers est de type dénombrable (Top. gén., chap. X, 2e éd., § 3, no 4, th. 1). Soient un ensemble dénombrable dense dans , l'ensemble des fonctions pour , une fonction de , à valeurs dans et égale à 1 dans . Nous prendrons pour S la réunion des et de l'ensemble des pour et entiers . Pour toute fonction de , a son support dans l'un des , donc est limite uniforme d'une suite de fonctions (). Ces fonctions sont uniformément majorées par un entier positif , et il suffit de prendre .
Lemme 2
Si Y est un espace localement compact ayant une base dénombrable, l'espace de Banach des fonctions numériques continues tendant vers 0 au point à l'infini est de type dénombrable.
Ce lemme n'est autre que le cor. du th. 1 de Top. gén., chap. X, 2e éd., § 3, no 4. On peut observer qu'il résulte aussi du lemme 1 et du fait que la topologie de la convergence uniforme sur est moins fine que la topologie limite inductive des topologies des sous-espaces .
Lemme 3
Soient T et X deux espaces localement compacts à bases dénombrables, une mesure positive sur T, une famille de mesures positives sur X. Si l'application est scalairement -intégrable (pour la topologie ), alors la famille est -adéquate (chap. V, § 3, no 1, déf. 1).
En effet, le lemme 1, appliqué à , montre que l'application est vaguement -mesurable (§ 1, no 5, prop. 13).
Théorème 1
Soient T et B deux espaces localement compacts ayant des bases dénombrables, une mesure positive sur T, une application -propre (chap. V, § 6, no 1, déf. 1) de T dans B, et l’image de par . Il existe alors une famille -adéquate (chap. V, § 3, no 1, déf. 1) () de mesures positives sur T, ayant les propriétés suivantes :
a) pour tout ; b) est concentrée sur l’ensemble (chap. V, § 5, no 7, déf. 4) pour tout ; en particulier, pour ; c) on a .
En outre, si () est une seconde famille -adéquate de mesures positives sur T ayant les propriétés b) et c), on a presque partout dans B pour la mesure .
1) Unicité. Pour toute fonction , est -intégrable puisque est -propre (chap. V, § 6, no 2, th. 1); pour toute fonction , la fonction est donc -intégrable. Il en résulte (chap. V, § 3, no 4, th. 1) que, pour presque tout , la fonction est -intégrable et que l’on a
Mais puisque est concentrée sur , on a, pour tout , presque partout pour , donc le second membre de (1) est égal à . On a une formule analogue pour ; par suite pour toute et toute . Autrement dit, les deux applications et de B dans sont égales scalairement localement presque partout pour , donc égales presque partout pour (lemme 1 et § 1, no 1, Remarque 2).
2. Définition provisoire de la famille . Pour toute fonction , est -intégrable (chap. V, § 6, no 2, th. 1), donc est une mesure bornée sur T et l’on a
(chap. IV, § 4, n° 7, prop. 12 ; chap. V, § 5, n° 3, th. 1 et § 6, n° 2, th. 1). Il en résulte que ne dépend que de la classe de dans et que est une application linéaire isométrique de dans l’espace de Banach des mesures bornées sur , dual fort de l’espace de Banach , qui est de type dénombrable (lemme 2). D’après le th. de Dunford-Pettis (, n° 5, cor. 2 du th. 1) il existe une application de dans la boule unité de , scalairement -mesurable (pour la topologie et telle que, pour toute fonction , on ait
ce qui s’écrit encore, pour toute fonction
Si et , le premier membre de (3) est , ce qui prouve que pour toute fonction de , la mesure est , donc que sauf lorsque appartient à un ensemble -négligeable (chap. V, § 5, n° 4, cor. 3 de la prop. 4). Or, il existe une suite partout dense dans l’espace des fonctions de (lemme 1). La réunion des est -négligeable et pour on a pour tout , donc pour toute fonction , autrement dit .
Cela étant, on peut remplacer par 0 pour tout sans modifier la validité de (3) ; nous pouvons donc supposer cette modification faite, autrement dit que l’on a pour tout .
3) Extensions de la formule (3).
a) Pour toute fonction , il résulte de (3) que l’application de dans est scalairement intégrable pour la mesure et pour la topologie , donc (lemme 3) la famille est -*adéquate*. Soit alors une fonction numérique définie dans T, intégrable pour la mesure , c'est-à-dire (chap. V, § 5, no 3, th. 1) telle que soit -intégrable ; il résulte alors de (2), du th. 1 du chap. V, § 3, no 4 et du th. 1 du chap. V, § 5, no 3 que, pour presque tout , est intégrable pour , que la fonction (définie presque partout)
Pour toute fonction , il résulte de (3), appliquée à , que l’application est propre pour la mesure (chap. V, § 6, no 1, déf. 1) et que l’image par de la mesure est la mesure de densité par rapport à . Si alors on prend pour une fonction telle que soit intégrable pour la mesure , c’est-à-dire telle que soit -intégrable (chap. V, § 5, no 3, th. 1), la formule (3) est encore valable (chap. V, § 6, no 2, th. 1).
4) Propriétés de la famille . D’après la propriété , on peut appliquer la formule (3) en prenant , ; cela prouve que est scalairement -intégrable (pour la topologie ), donc -*adéquate* (lemme 3) et que l’on a
Soit maintenant une fonction quelconque de ; les conditions de la propriété sont remplies en prenant et , car la fonction est -intégrable puisque appartient à et que est -propre. Alors, est -intégrable pour presque tout et on a
Soit S un ensemble dénombrable de possédant les propriétés énoncées au lemme 1 (avec Y = B), et soit N' l'ensemble ν-négligeable réunion des N'(ψ) pour ψ ∈ S. Toute fonction ψ ≥ 0 de est limite uniforme d'une suite () d'éléments de S avec . Par suite, pour b ∈ N', le th. de Lebesgue montre que, d'une part ψ ∘ p est λ_b-intégrable, autrement dit que p est λ_b-propre, et d'autre part que ψ(b) = . En d'autres termes, les applications et de B dans (cette dernière définie presque partout) sont scalairement presque partout égales pour ν (et pour la topologie ) ; on en conclut que ces applications sont égales presque partout pour ν (lemme 1 et § 1, n° 1, Remarque 2). Enfin, si , l'ensemble B − {b} est -négligeable, donc l'ensemble T − est -négligeable (chap. V, § 6, n° 2, cor. de la prop. 2), autrement dit est concentrée sur ; et d'autre part on a (chap. V, § 6, n° 2, th. 1).
5) Modifications finales de la famille . Nous avons donc défini une famille ν-adéquate de mesures ≥ 0 sur T, vérifiant la condition c) de l'énoncé et telle que, pour presque tout b ∈ B, p soit λ_b-propre, soit concentrée sur et de norme 1. Soit N'' l'ensemble ν-négligeable des points b ∈ B où l'une des trois dernières propriétés n'est pas vérifiée ; on peut alors modifier de la façon suivante. Si , on prend ; si , on prend , où est un point quelconque de . Comme B − p(T) est ν-négligeable (chap. V, § 6, n° 2, cor. 3 de la prop. 2), on n'a modifié qu'aux points d'un ensemble négligeable et par suite la famille est encore ν-adéquate et vérifie la propriété c) ; en outre, elle vérifie maintenant a) et b), ce qui termine la démonstration.
On dit que toute famille ν-adéquate de mesures positives sur T, ayant les propriétés b) et c) du th. 1, est une désintégration de la mesure , relative à l’application -propre .
2. Mesures pseudo-images.
Définition 1
Soient T et B deux espaces localement compacts, une mesure positive sur T, une application -mesurable de T dans B. On dit qu’une mesure positive sur B est une mesure pseudo-image de par si elle vérifie la condition suivante : pour qu’une partie N de B soit localement -négligeable, il faut et il suffit que soit localement -négligeable.
Exemple 1
Si est -propre et si , est pseudo-image de par (chap. V, § 6, no 2, cor. 2 de la prop. 2).
Exemple 2
Soient B’ un espace localement compact, une mesure positive sur B’ ; prenons pour T l’espace et pour la mesure ; si est la projection de T sur B, est pseudo-image de par (chap. V, § 8, no 2, cor. 8 de la prop. 5 et no 1 , cor. de la prop. 2).
On notera que si est une mesure pseudo-image de par , est portée par .
Si est pseudo-image de par , l’ensemble des mesures pseudo-images de par est la classe des mesures positives équivalentes à , et toute mesure positive équivalente à admet les mêmes mesures pseudo-images par . On dit que la classe de est la classe pseudo-image de celle de par .
Proposition 1
Soient T un espace localement compact dénombrable à l’infini, une mesure positive sur T, une application -mesurable de T dans un espace localement compact B. Il existe alors une mesure pseudo-image de par .
En effet, il existe sur T une mesure bornée équivalente à (chap. V, § 6, no 5, prop. 11) ; est alors -propre.
3. Désintégration d'une mesure relative à une pseudo-image de .
Théorème 2
Soient et deux espaces localement compacts ayant des bases dénombrables, une mesure positive sur , une application -mesurable de dans , une mesure pseudo-image de par . Il existe alors une famille -adéquate () de mesures positives sur , ayant les propriétés suivantes :
a) pour ; b) est concentrée sur l'ensemble pour tout ; en particulier pour ; c) on a .
En outre, si est une seconde mesure pseudo-image de par , et si est une famille -adéquate de mesures positives sur , ayant les propriétés b) et c) par rapport à , on a, presque partout dans (pour ou ), .
En effet, il existe une fonction numérique continue et finie définie dans , telle que pour tout et que soit bornée (chap. V, § 5, no 6, prop. 11). Soit , qui est équivalente à , et posons , étant finie et localement -intégrable ; on peut en outre supposer pour tout (chap. V, § 5, no 6, prop. 10). Le th. 1 du no 1, appliqué à et , montre qu'il existe une famille -adéquate () de mesures positives sur , telles que : 1) pour ; 2) est concentrée sur pour tout ; 3) .
Pour tout , définissons une mesure positive sur par la formule . Il est clair que la famille possède les propriétés a) et b) de l'énoncé. D'autre part, pour toute fonction , appartient à , donc on a
Mais comme la fonction est -intégrable, la fonction est -intégrable (chap. V, § 5, n° 3, th. 1). Par définition de , cette fonction est , d’où (loc. cit.) ce qui prouve que .
Pour établir la seconde partie de l’énoncé, remarquons qu’on peut supposer pour tout (chap. V, § 5, n° 6, prop. 10); posons ; comme ci-dessus, on montre que, pour toute fonction , la relation
entraîne
Le th. 1 du n° 1, appliqué à et , entraîne donc, pour presque tout , , d’où .
Définition 2
Soient T et B deux espaces localement compacts polonais. Etant données une mesure positive sur T, une application -mesurable de T dans B, une mesure pseudo-image de par , toute famille -adéquate () de mesures positives sur T possédant les propriétés b) et c) du th. 2 est appelée une désintégration de relative à .
Lorsque est -propre et que , la notion de désintégration relative à coïncide donc avec la notion de désintégration relative à . Sous les hypothèses du th. 2, deux désintégrations de relatives à la même mesure pseudo-image sont égales presque partout pour .
Remarque
Le th. 1 du chap. V, § 3, n° 4, montre (compte tenu de ce que T et B ont des bases dénombrables) que pour toute fonction définie dans T, à valeurs dans ou dans un espace de Banach F et -intégrable, l’ensemble des tels que ne soit pas -intégrable est -négligeable, la fonction , définie presque partout, est -intégrable, et l’on a
On a un résultat analogue pour les fonctions scalairement -intégrables en appliquant la prop. 3 du § 1, no 1.
4. Relations d’équivalence mesurables.
Étant donné un espace topologique et une relation d’équivalence dans , nous dirons que est séparée si l’espace quotient est séparé.
Rappelons (Top. gén., chap. I, 2e éd., § 9, no 9, th. 2) que si est une relation d’équivalence ouverte, il revient au même de dire que le graphe de dans est fermé.
Soit une application de dans un espace topologique séparé , et soit la relation d’équivalence dans ; si est une partie compacte de telle que la restriction de à soit continue, la relation induite par sur est séparée, car l’espace quotient est homéomorphe à l’espace , qui est compact (Top. gén., chap. I, 2e éd., § 10, no 6, cor. 1 de la prop. 8). Si est un espace localement compact, une mesure positive sur , une application -mesurable de dans un espace topologique séparé , on voit donc que l’ensemble des parties compactes de telles que la relation soit séparée, est -dense (chap. V, § 1, no 2.) On est donc conduit à poser la définition suivante :
Définition 3
Soient T un espace localement compact, une mesure positive sur T. On dit qu’une relation d’équivalence R dans T est -mesurable si l’ensemble des parties compactes K de T, telles que soit séparée, est -dense.
Si est séparée, est -mesurable, car si est l’application canonique de sur l’espace topologique séparé , est continue et est équivalente à . De même, si est telle que le saturé pour R de toute partie compacte de T soit fermé (et en particulier si R est une relation d'équivalence fermée), R est -mesurable, car pour toute partie compacte K de T, la relation est fermée, donc séparée (Top. gén., chap. I, 2e éd., § 10, no 6, prop. 8).
On notera que, si R est -mesurable, R est aussi mesurable pour toute mesure de base sur T.
Proposition 2
Soient T un espace localement compact dénombrable à l'infini, une mesure positive sur T.
1) Pour toute relation d'équivalence -mesurable R sur T, il existe un espace localement compact B et une application -mesurable p de T dans B telle que R soit équivalente à la relation .
2) Si en outre T admet une base dénombrable, on peut supposer que B admet une base dénombrable.
Comme T est dénombrable à l'infini, il existe une suite croissante de parties compactes de T telles que T soit réunion des et d'un ensemble -négligeable N, et que chacune des relations soit séparée. Soit l'espace quotient , qui est compact, et soit l'espace compact somme topologique de et d'un point . Soit l'application canonique de sur ; on prolonge en une application de T dans de la façon suivante : si est congru mod. R à un élément , on pose ; dans le cas contraire, on pose . Soit l'espace produit , qui est compact, et soit l'application de T dans . Montrons que est -*mesurable* : il suffit (chap. IV, § 5, no 3, th. 1) de prouver que chacune des applications est mesurable, et pour cela il suffit que la restriction de à chaque soit mesurable. Or cela est évident si ; si au contraire , soit le saturé de pour , qui est une partie compacte de (Top. gén., chap. I, 2e éd., § 10, no 4, th. 2); comme est constant dans , il suffit de prouver que la restriction de à est continue, ce qui est évident à cause de l'isomorphisme canonique entre et (Top. gén., chap. I, § 10, no 6, cor. 2 de la prop. 8).
Soit A le saturé de pour la relation R, et soit
N' = T - A ⊂ N. Nous allons voir que la relation est équivalente à la relation « R ou ». En effet, si on a R , on a quel que soit , donc ; et si , , on a quel que soit , donc . Si d'autre part et sont dans A et ne sont pas congrus mod. R, il existe un entier , un élément (resp. ) congru mod. R à (resp. ) tels que ne soit pas congru à mod. ; on a donc et par suite . Enfin, si et , on a pour assez grand et pour tout , donc , ce qui établit notre assertion.
Considérons alors l’ensemble quotient ; soient l’application canonique de sur , une section associée à . Posons pour et prolongeons à T en prenant constante dans A et égale à un élément de T. Alors est une application -mesurable de T dans l’espace localement compact ; il est immédiat que si , , la relation entraîne R ; donc répond à la question. En outre, si T admet une base dénombrable, il en est de même de chacun des espaces quotients (Top. gén., chap. IX, 2e éd., § 2, no 10, prop. 17), donc B' admet une base dénombrable, et par suite aussi B.
Proposition 3
Soient T un espace localement compact polonais, une mesure positive sur T, R une relation d’équivalence dans T. Les propriétés suivantes sont équivalentes :
a) R est -mesurable.
b) Il existe une suite d’applications dans des espaces topologiques séparés, telle que chaque soit -mesurable et que la relation R soit équivalente à « quel que soit , ».
c) Il existe une suite d’ensembles -mesurables, saturés pour R, et tels que, pour tout , la classe de x suivant R soit l’intersection de ceux des qui contiennent x.
Avec les notations de l’énoncé de b), posons ; la propriété b) signifie que l’application p de T dans l’espace produit est mesurable (chap. IV, § 5, no 3, th. 1) et que la relation est équivalente à ; donc b) entraîne a).
Montrons ensuite que c) entraîne b). Supposons c) vérifiée ; alors les fonctions caractéristiques sont -mesurables, et l’hypothèse c) signifie que la relation est équivalente à « quel que soit , ».
Enfin, montrons que a) entraîne c). En vertu de la prop. 2, il existe un espace localement compact à base dénombrable B et une application -mesurable de T dans B telle que la relation soit équivalente à . Soit une base dénombrable de la topologie de B. Les ensembles sont -mesurables (chap. IV, § 5, no 5, prop. 8) et saturés pour R ; et si sont des points de T tels que , il existe un indice tel que et , ce qui signifie que et .
Remarque
Si R est une relation d’équivalence -mesurable dans T, le saturé pour R d’une partie compacte de T n’est pas nécessairement -mesurable (exerc. 5).
Théorème 3
Soient T un espace localement compact ayant une base dénombrable, une mesure positive sur T, R une relation d’équivalence -mesurable dans T. Il existe alors une partie -mesurable S de T qui rencontre toute classe suivant R en un point et un seul (« section mesurable » pour R).
On peut évidemment supposer que la mesure est bornée et que (chap. V, § 5, no 6, prop. 11). Nous allons définir une suite de parties boréliennes (Top. gén., chap. IX, 2e éd., § 6, no 3) telles que toute classe d’équivalence suivant R rencontre la réunion S’ des en un point au plus, que pour tout le saturé de la réunion des d’indice soit -mesurable, et que l’on ait . Le saturé de S’ sera donc -mesurable et de mesure nulle. Si est une section quelconque de N pour la relation , répondra à la question, car , étant borélien, est -mesurable (Top. gén., chap. IX, 2e éd., § 6, no 9, th. 5, et no 3, prop. 11), et est de mesure nulle.
En vertu de la prop. 2, est équivalente à la relation , où est une application -mesurable de T dans un espace localement compact F. Supposons les définis pour . Comme est -mesurable et de mesure , il existe dans
T – T_n une partie compacte K telle que et que la restriction de à K soit continue. Comme la relation induite est fermée et que K est métrisable, on sait qu’il existe une partie borélienne de K telle que, dans K, tout point soit congru (mod. R) à un point et un seul de (Top. gén., chap. IX, 2e éd., § 6, no 8, th. 4). On a donc , ensemble qui est compact dans F ; le saturé de pour R est l’image réciproque , qui est donc -mesurable (chap. IV, § 5, no 5, prop. 8) ; il est clair que cet ensemble contient K, donc la réunion de et de est -mesurable, saturée pour R et telle que , ce qui achève la démonstration.
5. Désintégration d’une mesure par une relation d’équivalence mesurable.
Soient T un espace localement compact polonais, une mesure positive sur T, R une relation d’équivalence -mesurable dans T. Il existe alors (no 4, prop. 2) un espace localement compact polonais B et une application -mesurable de T dans B, tels que la relation soit équivalente à . Toute mesure pseudo-image de par (no 2) sera dite une mesure quotient de par la relation R ; si est une désintégration de relative à la mesure , on dira que est une désintégration de par la relation R. En vertu des propriétés de et des , chacune des mesures est concentrée sur une classe d’équivalence suivant R, et si , les mesures et sont concentrées sur des classes distinctes.
L’espace B, l’application et la mesure pseudo-image sur B peuvent en général être choisis d’une infinité de façons. Toutefois les diverses désintégrations de par R peuvent toutes se déduire de l’une d’entre elles, comme il résulte du théorème suivant :
Théorème 4
Soient T un espace localement compact polonais, une mesure positive sur T, R une relation d’équivalence -mesurable dans T. Soient B, B’ deux espaces localement compacts polonais, deux applications -mesurables de T dans B, B’ respectivement, tels que soit équivalente à et à p'(x) = p'(y). Soient des mesures pseudo-images de par respectivement ; soient , des désintégrations de relatives à respectivement.
Dans ces conditions, il existe dans B (resp. B') un ensemble N (resp. N') négligeable pour (resp. ) et une bijection de B - N sur , tels que l'on ait les propriétés suivantes :
a) L'application (définie presque partout dans B) est -mesurable et son application réciproque est -mesurable ; toute mesure pseudo-image de (resp. ) par (resp. ) est équivalente à (resp. ).
b) Pour tout , la mesure sur T est de la forme , où et est localement -intégrable.
Pour établir a), on peut se limiter au cas où et sont des mesures bornées (chap. V, § 5, no 6, prop. 11). Soient , ; on sait que (resp. ) est négligeable pour (resp. ) (no 2). Il existe une bijection de sur définie par pour tout ; soit l'application réciproque de , telle que . Pour toute partie M de B, la relation « M est -mesurable » équivaut à « est -mesurable », c'est-à-dire à « est -mesurable », donc enfin à « est -mesurable » (chap. V, § 6, no 2, cor. de la prop. 3). On voit donc que (resp. ) transforme tout ensemble -mesurable (resp. -mesurable) en un ensemble -mesurable (resp. -mesurable) ; comme B et B' sont métrisables et ont des bases dénombrables, on en déduit que et sont mesurables (chap. IV, § 5, no 5, th. 4). En outre, si est -négligeable, est -négligeable, donc est -négligeable (chap. V, § 6, no 2, cor. 2 de la prop. 2) ; de même transforme tout ensemble -négligeable en un ensemble -négligeable. Par suite, l'image de par (qui est définie puisque est bornée, ce qui entraîne que est -propre) est équivalente à et l'image de par est équivalente à (chap. V, § 5, no 6, prop. 10). Reste à montrer b). En vertu du th. 2 du no 3, on peut se limiter au cas où . Comme on a , on a, pour toute fonction
(chap. V, § 3, n° 4, th. 1, et § 6, n° 2, th. 1) ; autrement dit, on a
Exercices
See the exercises for § 3.