Appendice
Compléments sur les espaces vectoriels topologiques
1. Formes bilinéaires et applications linéaires.
Soient deux couples d’espaces vectoriels (réels ou complexes) en dualité (Esp. vect. top., chap. IV, § 1, n° 1) ; supposons chacun de ces espaces muni de la topologie faible correspondante (loc. cit., n° 2) ; si et sont deux quelconques de ces espaces, on désignera comme d’ordinaire par l’espace vectoriel des applications linéaires continues de dans , et on notera l’espace vectoriel des formes bilinéaires séparément continues sur .
Pour toute forme bilinéaire séparément continue sur , est une forme linéaire continue sur , donc il existe un élément et un seul tel que
(1)
La formule
(2)
définit de même un isomorphisme canonique de sur ; et on a évidemment le diagramme commutatif
où est l’isomorphisme de transposition . Vu la définition des topologies faibles sur et , il est immédiat en outre que, lorsqu’on munit , et de la topologie de la convergence simple, les isomorphismes du diagramme précédent sont des isomorphismes pour les structures d’espace vectoriel topologique.
Soient maintenant deux espaces localement convexes séparés, leurs duals respectifs ; désignons par les espaces munis des topologies affaiblies , , par les espaces munis des topologies faibles , . Les remarques précédentes établissent donc des isomorphismes canoniques entre les trois espaces , et , et aussi entre les trois espaces , et . On remarquera que est aussi égal à l’espace des formes bilinéaires séparément continues sur ( et étant munis de leurs topologies initiales), puisque toute forme linéaire continue dans (resp. ) est continue dans (resp. ) et réciproquement (Esp. vect. top., chap. IV, § 1, no 1 et no 2, prop. 1).
Soit l’espace des formes bilinéaires continues sur ( et étant munis de leurs topologies initiales) ; on a .
Proposition 1
Pour qu’une forme bilinéaire* appartienne à , il faut et il suffit qu’il existe un voisinage de 0 dans dont l’image par soit une partie équicontinue de .
En effet, dire que est continue signifie qu’il existe un voisinage convexe équilibré (resp. ) de 0 dans (resp. ) tels que pour ; cela s’écrit , pour et , ou encore ; d'où la proposition, compte tenu du fait que toute partie équicontinue de est contenue dans le polaire d'un voisinage de 0 dans .
Corollaire
Si est une forme bilinéaire continue dans , est une application linéaire continue de dans le dual fort de . Si en outre et sont normés, on a .
La première assertion résulte de la prop. 1 et du fait que tout voisinage de 0 dans absorbe toute partie équicontinue de . Si et sont normés, on a
d'où la seconde assertion.
En échangeant les rôles de et , on obtient des résultats analogues à la prop. 1 et à son corollaire pour les applications linéaires ; nous laissons au lecteur le soin de les énoncer.
2. Quelques types d’espaces possédant la propriété (GDF).
Nous savons déjà que tout espace de Fréchet possède la propriété (GDF) (Esp. vect. top., chap. I, § 3, no 3, cor. 5 du th. 1).
Proposition 2
Soient un espace vectoriel, une famille d’espaces localement convexes possédant la propriété (GDF), et pour chaque , soit une application linéaire de dans . Si on munit de la topologie localement convexe la plus fine rendant continues les , possède la propriété (GDF).
Soit une application linéaire de dans un espace de Banach , telle que toute limite dans de toute suite convergente de points du graphe de appartienne encore à . Il suffit de montrer que, pour tout , est continue dans (Esp. vect. top., chap. II, § 2, no 2, cor. de la prop. 1). Or, soit une suite d’éléments de ayant une limite et telle que la suite ait une limite . Comme est continue, est une limite de la suite dans ; par hypothèse, on a donc , et comme possède la propriété (GDF), est continue.
Corollaire
Tout espace quotient d’un espace localement convexe possédant la propriété* (GDF) possède la propriété (GDF).
Proposition 3
Le dual fort d’un espace de Fréchet réflexif possède la propriété* (GDF).
C’est une conséquence de la prop. 2 et du lemme suivant :
Lemme 1
Soient F un espace de Fréchet, F' son dual fort, F'' son bidual. Si toute partie de F'', bornée pour , est contenue dans l’adhérence (pour ) d’une partie bornée de F, alors F' est limite inductive d’une suite d’espaces de Banach.
Soit en effet une suite fondamentale décroissante de voisinages convexes, équilibrés et fermés de 0 dans F. Pour tout entier , soit le sous-espace de engendré par le polaire de . Dans , est un ensemble convexe absorbant, donc sa jauge est une norme sur ; en outre est une partie complète du dual fort (Esp. vect. top., chap. III, § 3, no 7, th. 4); donc , muni de la norme , est un espace de Banach (Esp. vect. top., chap. I, § 1, no 5, cor. de la prop. 8). Nous allons montrer que la topologie forte sur est limite inductive de ces topologies d’espace de Banach sur les , ou encore que, pour qu’une partie convexe, équilibrée et fortement fermée U de soit un voisinage fort de 0, il faut et il suffit qu’elle absorbe chacun des . Il est évident que cette condition est nécessaire; pour voir qu’elle est suffisante, il nous suffira de prouver que U contient un tonneau de . En effet, son polaire dans sera alors borné pour , donc sera contenu par hypothèse dans l’adhérence (pour ) d’une partie bornée B de F, et on en conclura que U (qui est fermé pour ) contient le voisinage fort de 0 (Esp. vect. top., chap. IV, § 1, no 3, prop. 3).
Par hypothèse, pour tout entier , il existe un nombre tel que ; soit l’enveloppe convexe de la réunion des pour . On a pour tout ; soit W la réunion des
A_n : W est un ensemble convexe, équilibré, absorbant, contenu dans et il nous suffit de montrer que son adhérence forte (qui est un tonneau) est contenue dans U.
Soit donc un point de n’appartenant pas à U. Comme chacun des est compact pour , il en est de même de (, chap. II, § 4, no 1, prop. 1), et comme , il existe un élément appartenant au polaire de dans F et tel que (, chap. II, § 3, no 3, prop. 4). La suite est bornée dans F : en effet, tout appartient à un des , et on a par suite pour , d’où notre assertion (, chap. IV, § 2, no 4, th. 3). Soit C un ensemble borné convexe équilibré de F contenant tous les ; C est alors un voisinage de 0 dans , et le polaire de dans est compact pour (, chap. IV, § 2, no 2, prop. 2). On voit donc que la suite admet une valeur d’adhérence dans pour ; on a évidemment et d’autre part, appartient au polaire de dans pour tout , donc au polaire de W dans . On en conclut que , donc n’est pas adhérent à W pour (, chap. IV, § 1, no 3, prop. 3), ni a fortiori pour la topologie forte, ce qui achève la démonstration.