§ 4. Fonctions et ensembles intégrables
1. Prolongement de l’intégrale
Il résulte de la définition de l’espace que le sous-espace des fonctions continues à support compact est partout dense dans (§ 3, n° 4, déf. 2). Toute fonction linéaire continue (pour la topologie de la convergence en moyenne d’ordre ), définie dans et prenant ses valeurs dans un espace vectoriel topologique séparé et complet , peut donc être prolongée par continuité de façon unique, en une fonction linéaire continue définie dans et à valeurs dans (Top. gén., chap. II, 3e éd., § 3, n° 6, th. 2 et chap. III, § 3, prop. 3).
Or, pour toute fonction continue et à support compact, à valeurs dans l’espace de Banach , nous avons défini (chap. III, § 3, n° 1) l’intégrale par rapport à , qui est un élément de , et nous avons démontré (chap. III, § 3, n° 2, prop 5) l’inégalité
Cette inégalité prouve que est une application linéaire de dans , continue pour la topologie de la convergence en moyenne dans . On peut donc la prolonger par continuité à l’espace tout entier, et poser la définition suivante:
Définition 1
On dit que les fonctions appartenant à sont intégrables pour la mesure (ou encore, sont -intégrables). L’intégrale (par rapport à ) de la fonction intégrable est par définition la valeur pour du prolongement par continuité à de l’application linéaire de dans ; on la note encore ou , ou ou , ou .
Exemple — Soient X un espace discret, une mesure sur X et posons pour tout . Les fonctions de sont alors intégrables, autrement dit, ; en outre, pour toute fonction , on a
En effet, soit ; on a (, n° 3, Exemple); pour tout , il existe une partie finie M de X telle que . La fonction g égale à f aux points où f est finie, à 0 ailleurs, appartient à et l’on a, en vertu des conventions faites, , ce qui prouve que . D’autre part
d’où la seconde assertion.
En d’autres termes, les fonctions -intégrables f sont celles pour lesquelles la famille est absolument sommable (Top. gén., chap. IX, § 3, n° 6), et l’intégrale est la somme de cette famille.
Comme est continue dans par définition et prend ses valeurs dans un espace séparé, on a pour toute fonction adhérente à 0 dans , c’est-à-dire négligeable ; si f et g sont deux fonctions intégrables équivalentes, on a . En d’autres termes, la valeur de ne dépend que de la classe de la fonction intégrable f ; on la note encore , et la fonction est une application linéaire continue de dans F. Si une fonction f, à valeurs dans F, définie presque partout dans X, est équivalente à une fonction intégrable, on dit encore que f est intégrable, et on pose ; on définit de même une fonction intégrable à valeurs dans , définie et finie presque partout, et son intégrale.
2. Propriétés de l’intégrale
Proposition 1
Pour toute fonction numérique -intégrable positive , on a
En effet, et sont continues dans et égales pour toute fonction continue à support compact; d’autre part, toute fonction dans est limite (au sens de la convergence en moyenne) d’une suite de fonctions , continues et à support compact (§ 3, n° 5, prop. 11); d’où la proposition.
Corollaire 1
Pour toute fonction intégrable , est intégrable, et l’on a
Nous ferons un usage fréquent de la prop. 1 et de son cor. 1, en remplaçant ou par lorsqu’il s’agit d’une fonction intégrable . Par exemple, pour que deux fonctions intégrables soient équivalentes, il faut et il suffit que
Rappelons que, pour qu’une fonction appartienne à , il faut et il suffit que la fonction appartienne à (§ 3, n° 8, cor 1. du th. 7), c’est-à-dire soit intégrable; cela explique la terminologie de « fonction de puissance -ième intégrable ». En outre:
Corollaire 2
Pour toute fonction , la fonction numérique est intégrable, et l’on a
Cela résulte aussitôt de ce que appartient à (§ 3, n° 5, prop. 11), et de la formule (2).
Proposition 2
Pour toute fonction intégrable , on a
Cela résulte aussitôt de l’inégalité (1) par passage à la limite, compte tenu de (3) et de la continuité de dans .
Théorème 1
Soient et deux espaces de Banach, une application linéaire continue de dans . Pour toute fonction intégrable à valeurs dans , est intégrable et l’on a
Nous savons déjà que est intégrable (§ 3, n° 5, th. 4); la relation (6) étant valable pour , s’étend à toute fonction intégrable par le principe de prolongement des identités : en effet, est continue pour la topologie de la convergence en moyenne, comme il résulte de l’inégalité .
Corollaire 1
Soit une forme linéaire continue sur . Si est une fonction intégrable à valeurs dans , la fonction numérique est intégrable, et l’on a
Corollaire 2
Si les () sont des vecteurs de , et les () des fonctions numériques intégrables, la fonction est intégrable, et l’on a
3. Passages à la limite dans les intégrales
Proposition 3
Soit une base de filtre sur . On suppose qu’il existe un ensemble compact tel que, pour toute partie , toutes les fonctions aient leur support dans . Dans ces conditions, si converge uniformément dans vers , la fonction est intégrable, et l’on a
Proposition 4
Soit une suite croissante (resp. décroissante) de fonctions numériques intégrables. Pour que l’enveloppe supérieure (resp. inférieure) de cette suite soit intégrable, il faut et il suffit que (resp. ) et l’on a alors
Bornons-nous à considérer une suite croissante. La suite des est croissante et formée de fonctions intégrables ; comme son enveloppe supérieure est , la proposition résulte du th. 5 du § 3, n° 6.
Théorème 2
Soit un ensemble d’indices, filtré par un filtre à base dénombrable. Soit une famille de fonctions intégrables qui, suivant le filtre , convergent simplement presque partout vers une fonction ; s’il existe une fonction numérique telle que , et que presque partout dans pour tout , la fonction est intégrable, et l’on a
Corollaire 1
Soient un espace topologique, un point de admettant un système fondamental dénombrable de voisinages, une application de dans , ayant les propriétés suivantes: a) pour tout , la fonction est intégrable; b) pour tout , la fonction est continue en ; c) il existe un voisinage de et une fonction numérique définie dans , telle que , et que pour et . Dans ces conditions, l’application de dans est continue au point .
Corollaire 2
Soit une suite de fonctions intégrables telle que la série de terme général converge presque partout; s’il existe une fonction telle que , et que, pour tout entier , on ait presque partout, alors la somme (définie presque partout) de la série de terme général est intégrable, et l’on a
4. Caractérisations des fonctions numériques intégrables
Proposition 5
Pour qu’une fonction numérique (finie ou non) semi-continue inférieurement dans E, soit intégrable, il faut et il suffit que .
Tout revient à prouver que la condition est suffisante. La définition de (§ 1, n° 1, déf. 1) prouve que, pour tout , il existe une fonction continue , à support compact, telle que et . Mais est semi-continue inférieurement et , donc (§ 1, n° 1, th. 2)
Corollaire 1
Pour qu’une fonction numérique finie , semi-continue supérieurement dans X, soit intégrable, il faut et il suffit que .
En effet, si , il existe une fonction , semi-continue inférieurement, telle que et ; est définie partout et semi-continue inférieurement, et on a ; donc est intégrable, et comme presque partout, est intégrable.
Corollaire 2
Soit H un ensemble non vide, filtrant pour la relation (resp. ) de fonctions numériques semi-continues inférieurement (resp. supérieurement) et intégrables; si
On peut se borner au cas des fonctions semi-continues inférieurement; les fonctions (resp. ), lorsque parcourt H, forment alors un ensemble filtrant pour (resp. ) de fonctions semi-continues inférieurement (resp. supérieurement) et ; l’enveloppe supérieure (resp. inférieure) des (resp. ) pour , est égale à (resp. ). D’autre part, on peut remplacer par une de ses sections (qui lui est cofinale), formée des qui sont , pour une fonction ; on a alors ; on voit ainsi qu’on est ramené à prouver les deux assertions du corollaire lorsque est formé de fonctions positives. Si est filtrant pour et formé de fonctions , semi-continues inférieurement, on sait alors (§ 1, n° 1, th. 1) que
Corollaire 3
Soit une fonction numérique bornée, semi-continue supérieurement dans et à support compact. Alors l’application est semi-continue supérieurement dans pour la topologie vague.
Si est une fonction de telle que (chap. III, § 1, n° 2, lemme 1), on a , et comme est semi-continue supérieurement, il résulte du cor. 1 que est -intégrable pour toute mesure sur . En outre, on a et est une fonction semi-continue inférieurement et . Comme l’application est semi-continue inférieurement dans pour la topologie vague (§ 1, n° 1, prop. 4), cela démontre le corollaire.
Théorème 3
Pour qu’une fonction numérique soit intégrable, il faut et il suffit que, pour tout , il existe une fonction semi-continue supérieurement , à valeurs finies et à support compact, et une fonction intégrable semi-continue inférieurement , telles que et que .
La condition est suffisante d’après un critère général d’intégrabilité (, n° 4, prop. 8), la prop. 5 et son corollaire 1. Montrons que la condition est nécessaire. Si est intégrable, pour tout , il existe une fonction , continue et à support compact, telle que . D’après la définition de , cela entraîne qu’il existe une fonction , semi-continue inférieurement, telle que et . On a donc pour tout , et comme est partout fini, on en déduit pour tout . Les fonctions et répondent à la question.
Corollaire
Pour toute fonction numérique intégrable (resp. intégrable et ), il existe une suite croissante de fonctions semi-continues supérieurement et intégrables (resp. à valeurs finies, à supports compacts et intégrables), et une suite décroissante de fonctions semi-continues inférieurement et intégrables, telles que:
pour tout et tout entier ; est égale presque partout à l’enveloppe inférieure de la suite et à l’enveloppe supérieure de la suite ; .
Supposons d’abord . D’après le th. 3, pour tout il existe une fonction , intégrable et semi-continue inférieurement, et une fonction semi-continue supérieurement, à valeurs finies et à support compact, telles que et ; si on pose et , les suites et répondent à la question. En effet, comme , est intégrable en vertu de la prop. 4 du n° 3, et comme
Si n’est pas positive, on peut appliquer à et ce qui précède, et il y a donc deux suites croissantes de fonctions semi-continues supérieurement et intégrables, et deux suites décroissantes de fonctions semi-continues inférieurement et intégrables telles que: 1° ; 2° (resp. ) est égale presque partout à l’enveloppe supérieure des et à l’enveloppe inférieure des (resp. à l’enveloppe supérieure des et à l’enveloppe inférieure des ); 3°:
En outre, on peut supposer que les et les sont partout finies; alors il est clair que les suites des et répondent à la question.
Exemple
Pour toute mesure positive sur , toute fonction en escalier à support compact est -intégrable; en effet, une fonction caractéristique d’intervalle ouvert (resp. fermé) est semi-continue inférieurement (resp. supérieurement), et toute fonction en escalier est combinaison linéaire de telles fonctions caractéristiques. On en déduit que si est une fonction réglée dans et à support compact (Fonct. var. réelle, chap. II, § 1, no 3), est intégrable, car elle est limite uniforme d’une suite de fonctions en escalier à support contenu dans un ensemble compact fixe (no 3, prop. 3); on a en outre .
Si l’on prend en particulier pour la mesure de Lebesgue, on voit que pour toute fonction réglée à support compact, l’intégrale est égale à l’intégrale définie dans Fonct. var. réelle, chap. II, § 2, no 1.
Remarque 1
Soit une fonction réglée dans et intégrable pour la mesure de Lebesgue ; alors est aussi intégrable (no 2, cor. 1 de la prop. 1), et si l’on pose , est l’enveloppe supérieure de la suite croissante des fonctions réglées , donc d’après le th. 2 du no 3; donc l’intégrale est absolument convergente (Fonct. var. réelle, chap. II, § 2, no 3). En outre, d’après le th. 2 du n° 3. Réciproquement, supposons que soit absolument convergente; on a encore, en vertu du th. 2 du n° 3, . On notera que si l’intégrale est convergente sans être absolument convergente, n’est pas intégrable pour la mesure de Lebesgue.
Remarque 2
Appliquée à la mesure de Lebesgue et aux fonctions réglées, la prop. 3 du n° 3 redonne le théorème de passage à la limite pour les intégrales de fonctions réglées dans un intervalle compact (Fonct. var. réelle, chap. II, § 3, n° 1, prop. 1); pour les suites (ou les filtres à base dénombrable) de fonctions réglées, le th. 2 du n° 3 améliore beaucoup cette proposition, puisque, pour les fonctions réglées uniformément bornées dans un intervalle compact, il substitue la convergence simple à la convergence uniforme (cf. § 5, n° 4, th. 2). Mais en ce qui concerne le passage à la limite pour les intégrales absolument convergentes de fonctions réglées dans un intervalle non compact, on observera que les conditions du th. 2 du n° 3 impliquent que les intégrales considérées sont uniformément convergentes (au sens défini dans Fonct. var. réelle, chap. II, § 3, n° 2), et n’améliorent donc les conditions de convergence données au Livre IV (loc. cit.) qu’en ce qui concerne la convergence des fonctions dans tout intervalle compact. Enfin, les conditions de passage à la limite données pour des intégrales de fonctions réglées non absolument convergentes restent en dehors de la théorie développée dans ce chapitre.
5. Ensembles intégrables
Définition 2
On dit qu’une partie* d’un espace localement compact est intégrable pour une mesure sur (ou encore est *-intégrable*) si la fonction caractéristique* de est intégrable. Le nombre fini est appelé mesure de .
Pour tout ensemble intégrable , on a (prop. 1); pour qu’un ensemble soit négligeable, il faut et il suffit qu’il soit de mesure nulle pour .
Proposition 6
La réunion d’une famille finie* d’ensembles intégrables est intégrable, et on a
En effet, si , on a , donc (§ 3, n° 5, cor. de la prop. 12) si les sont intégrables, il en est de même de ; la relation (13) est un cas particulier de la relation analogue pour les mesures extérieures (§ 1, n° 4, prop. 18), compte tenu de la relation ; enfin, si les sont deux à deux sans point commun, on a ; d’où (14).
Proposition 7
1° Si et sont deux ensembles intégrables tels que , l’ensemble est intégrable, et on a
La première partie résulte de ce que . D’autre part, si est une suite d’ensembles intégrables, et son intersection, on a , donc est intégrable (n° 3, prop. 4).
Corollaire
Si est une suite décroissante d’ensembles intégrables, on a* .
En effet, si , est l’enveloppe inférieure de la suite décroissante (n° 3, prop. 4).
Proposition 8
Soit une suite croissante d’ensembles intégrables; pour que la réunion soit intégrable, il faut et il suffit que* ; on a alors
Corollaire
Soit une suite d’ensembles intégrables telle que* ; la réunion est intégrable, et on a (17)
Proposition 9
Soit une suite d’ensembles intégrables, deux à deux sans point commun, et telle que ; on a alors (18)
On exprime encore la relation (18) en disant que la mesure est complètement additive dans l’ensemble des parties intégrables de X.
6. Critères d’intégrabilité d’un ensemble
Proposition 10
Pour qu’un ensemble A ouvert (resp. fermé) dans X soit intégrable, il faut et il suffit que . Comme est alors semi-continue inférieurement (resp. supérieurement), la proposition résulte de la prop. 5 du n° 4 et de son corollaire 1.
Corollaire 1
Tout ensemble compact est intégrable; tout ensemble ouvert relativement compact est intégrable.
Corollaire 2
Pour toute mesure positive sur X, est une capacité sur X (cf. Top. gén., chap. IX, 2e éd., § 6, n° 9, Exemple).
Exemple
Pour la mesure de Lebesgue sur , il résulte de la prop. 10 que tout intervalle ouvert borné est intégrable et a pour mesure (§ 1, n° 2, prop. 9). Comme tout ensemble réduit à un point est négligeable pour la mesure de Lebesgue, on déduit de là que tous les intervalles d’extrémités et ont même mesure .
Proposition 11
Soit un ensemble, filtrant pour la relation , d’ensembles ouverts intégrables de ; pour que soit intégrable, il faut et il suffit que , et l’on a alors et .
On sait en effet que (§ 1, n° 2, prop. 7); la proposition résulte donc de la prop. 10.
Corollaire
Soit un ensemble, filtrant pour la relation , d’ensembles fermés intégrables dans ; l’ensemble fermé est intégrable, et l’on a et .
En effet, soit un ensemble de ; comme est intégrable, il est contenu dans un ensemble ouvert intégrable (§ 1, n° 4, prop. 19); les ensembles ouverts forment un ensemble filtrant pour la relation , contenus dans et dont la réunion est ; on est donc ramené à la prop. 11.
Théorème 4
Pour qu’un ensemble soit intégrable, il faut et il suffit que, pour tout , il existe un ensemble ouvert intégrable et un ensemble compact , tels que et que
a) La condition est suffisante, car elle signifie que et ; comme et sont intégrables, il en est de même de (§ 3, n° 4, prop. 8).
b) La condition est nécessaire. Si est intégrable, il existe un ensemble ouvert , tel que soit arbitrairement voisin de (§ 1, n° 4, prop. 19); tout revient donc à prouver que, pour tout , il existe un ensemble compact tel que . Comme est intégrable, il existe une fonction , semi-continue supérieurement et à support compact , telle que et (th. 3, n° 4). Soit un nombre arbitraire, et soit l’ensemble des points tels que ; est fermé et contenu dans , donc compact, et comme
S ⊂ A, on a K ⊂ A. L’ensemble B = A − K est intégrable, et on a , d’où
et finalement
ce qui achève la démonstration, puisque est arbitraire.
Corollaire 1
Pour qu’un ensemble A soit intégrable, il faut et il suffit que, pour tout , il existe un ensemble compact tel que . La mesure est alors la borne supérieure de l’ensemble des mesures des ensembles compacts .
La condition est nécessaire, car si G et K satisfont aux conditions du th. 4, on a
La condition est suffisante, car elle exprime que, pour la topologie de la convergence en moyenne, est adhérente à l’ensemble des fonctions intégrables (K partie compacte arbitraire de A).
Corollaire 2
Pour tout ensemble intégrable A, il existe :
1° un ensemble , intersection dénombrable d’ensembles ouverts intégrables, et tel que soit négligeable ; 2° un ensemble , réunion dénombrable d’ensembles compacts deux à deux sans point commun et tel que soit négligeable.
1° Pour tout entier n, il existe un ensemble ouvert intégrable tel que ; si est l’intersection des , on a (n° 5, cor. de la prop. 7), donc est négligeable.
2° Définissons les ensembles compacts par récurrence de la façon suivante : et ; , et pour (th. 4); si est la réunion des , on a (n° 5, prop. 8), donc est négligeable.
Corollaire 3
Tout ensemble de mesure extérieure finie est contenu dans la réunion d’un ensemble négligeable et d’une famille dénombrable d’ensembles compacts, deux à deux sans point commun, dont la somme des mesures est finie.
Il suffit d’appliquer le cor. 2 à un ensemble ouvert intégrable contenant l’ensemble donné.
Corollaire 4
Pour tout ensemble ouvert dans , est la borne supérieure des mesures des ensembles compacts .
C’est immédiat si en raison du th. 4. Si , pour tout entier , il existe par hypothèse une fonction telle que et . Si est le support compact de , on a , d’où , ce qui démontre le corollaire.
On notera que est aussi la borne supérieure des mesures des ensembles ouverts relativement compacts tels que . En effet, si est un ensemble compact contenu dans , pour tout , il existe un voisinage ouvert relativement compact de tel que . En recouvrant par un nombre fini de ces voisinages, leur réunion est un ensemble ouvert relativement compact tel que et , d’où
7. Caractérisation des mesures bornées
Proposition 12
Pour qu’une mesure sur un espace localement compact soit bornée (chap. III, § 1, n° 8), il faut et il suffit que soit un ensemble intégrable pour (ou, ce qui revient au même, que toute fonction constante finie soit intégrable); on a alors
Pour toute mesure bornée , on dit encore que est la masse totale de .
Il résulte du th. 4 n° 5 que si est une mesure bornée, pour tout , il existe un ensemble compact tel que .
Proposition 13
Soit une mesure bornée sur . Soit une base de filtre sur , ayant les propriétés suivantes : 1° il existe un ensemble tel que les fonctions soient uniformément bornées dans ; 2° converge uniformément dans toute partie compacte de vers une fonction . Dans ces conditions, appartient à et converge en moyenne d’ordre vers . Remarquons d’abord que si pour tout et toute fonction , on a aussi pour tout . Cela étant, pour tout , il existe un ensemble compact tel que et un ensemble tel que, pour toute fonction , on ait pour tout . Or, on peut écrire
Corollaire
Pour une mesure bornée sur , toute application continue et bornée de dans appartient à chacun des . En effet, pour toute partie compacte de , soit l’ensemble des applications de dans de la forme , où est une application continue de dans égale à 1 dans et à support compact. Il est clair que les ensembles forment dans une base de filtre , que les fonctions appartenant à sont uniformément bornées, et que converge uniformément vers dans toute partie compacte de , d’où le corollaire.
En particulier, la fonction est intégrable, et son intégrale est la limite suivant des intégrales .
Nous retrouverons le cor. de la prop. 13 comme conséquence d’un critère général d’intégrabilité au § 5, n° 6.
Avec les notations du chap. III, § 1, n° 2, on a pour toute fonction , d’où, en vertu des formules (3) et (4) du n° 2,
(19)
En particulier, pour , la formule (5) du n° 2 donne
(20)
et par suite l’application est continue dans l’espace de Banach ; sa restriction à l’adhérence de dans , espace des fonctions continues tendant vers 0 au point à l’infini (chap. III, § 1, n° 2, prop. 3), est donc le prolongement par continuité de l’intégrale à .
8. Intégration par rapport à une mesure à support compact
Soit une mesure sur dont le support est compact ; l’ensemble ouvert est négligeable (§ 2, n° 5, prop. 2). Pour toute fonction à valeurs dans un espace vectoriel ou dans , les fonctions et sont donc équivalentes (§ 2, n° 4) ; pour que soit -intégrable (lorsque est un espace de Banach), il faut et il suffit donc que le soit, et l’on a (n° 1)
(21)
Si de plus est bornée dans , il résulte de (20) que l’on a
(22)
En particulier si est continue dans , est -intégrable puisque pour toute fonction égale à 1 dans (chap. III, § 1, n° 2, lemme 1). Plus précisément :
Proposition 14
Soient un espace localement compact, un espace de Banach non réduit à 0 ; on munit l’espace de toutes les applications continues de dans de la topologie de la convergence compacte. Pour qu’une mesure sur soit telle que l’application linéaire de dans se prolonge en une application linéaire continue de dans , il faut et il suffit que soit compact ; un tel prolongement est unique et coïncide avec l’intégrale définie au n° 1.
On vient de voir en effet que si a un support compact, l’intégrale est définie pour toute fonction et que l’application de dans est continue pour la topologie de la convergence compacte. Inversement, supposons que soit continue dans pour la topologie de la convergence compacte. Il y a alors un ensemble compact et un nombre tels que pour toute fonction ; en particulier, si le support de ne rencontre pas , on a . Prenant , où est un vecteur de et , on voit que pour toute fonction dont le support ne rencontre pas , ce qui prouve que . Enfin, l’unicité du prolongement résulte de ce que est dense dans pour la topologie de la convergence compacte (chap. III, § 1, no 2, prop. 4).
La prop. 14 permet d’identifier une mesure à support compact sur à son prolongement continu à . L’ensemble des mesures à support compact sur s’identifie donc au dual de l’espace localement convexe séparé . Rappelons que est complet (Top. gén., chap. X, 2e éd., § 1, no 6, cor. 3 du th. 2); mais il n’est pas nécessairement tonnelé (exerc. 17). Toutefois, si est dénombrable à l’infini, donc réunion d’une suite croissante d’ensembles compacts tels que , alors la topologie de peut être définie par la famille dénombrable de semi-normes , donc est un espace de Fréchet dans ce cas. Par suite, pour tout recouvrement de par des ensembles bornés, l’espace est alors quasi-complet pour la -topologie (Esp. vect. top., chap. III, § 3, no 7, cor. 2 du th. 4).
Nous considérerons surtout sur la topologie de la convergence compacte (topologie de la convergence uniforme dans les parties compactes de ). Rappelons que les parties relativement compactes de sont caractérisées par les propriétés suivantes (Top. gén., chap. X, 2e éd., § 2, no 5, cor. 3 du th. 2): 1° est équicontinue ; 2° pour tout , l’ensemble des , où parcourt , est borné dans .
Proposition 15
Soient* un espace localement compact et, pour tout , soit la mesure de Dirac au point . L’application de dans est continue pour la topologie de la convergence compacte sur .
Considérons un voisinage de dans pour cette topologie, que l’on peut supposer défini en prenant un nombre δ > 0, une partie compacte H de et en considérant l’ensemble des mesures sur X telles que pour toute fonction . Comme H est équicontinue, il existe un voisinage U de dans X tel que la relation entraîne pour tout , ce qui s’écrit aussi
et prouve la proposition.
Proposition 16
Soient K une partie compacte de X, L l’espace vectoriel des mesures sur X de support contenu dans K. Sur L, les topologies induites par la topologie de la convergence compacte sur et la topologie de la convergence strictement compacte sur (chap. III, § 1, n° 10) coïncident.
Il est clair que sur L, la topologie induite par est plus fine que la topologie induite par . Inversement, soient H une partie compacte de , h une fonction de égale à 1 dans K. Il est clair que l’ensemble H’ des fonctions , où parcourt H, est strictement compact dans , et, pour toute mesure , on a pour toute fonction , d’où la conclusion.
Corollaire 1
Pour toute partie compacte K de X et tout nombre , l’ensemble B des mesures sur X telles que et est une partie équicontinue de , qui est compacte pour la topologie de la convergence compacte.
En effet, soit H une partie de , formée de fonctions uniformément bornées dans K ; il existe un nombre tel que pour toute fonction et toute mesure , en vertu de (22) ; on a donc dans le dual de , ce qui prouve l’équicontinuité de B ; le fait que B est compact pour résulte de ce que, sur B, et la topologie vague induisent la même topologie (prop. 16 et chap. III, § 1, n° 10, prop. 17) et du fait que B est vaguement compact (chap. III, § 1, n° 9, cor. 2 de la prop. 15 et § 2, n° 2, prop. 6).
Corollaire 2
Toute mesure à support compact (resp. positive à support compact) est adhérente dans , pour la topologie de la convergence compacte, à l’ensemble des mesures (resp. des mesures positives) dont le support est fini et contenu dans et dont la norme est égale à .
En effet, sur l’ensemble B des mesures telles que
9. Clans et fonctions additives d’ensemble
Définition 3
On dit qu’un ensemble non vide de parties d’un ensemble A est un clan s’il existe une algèbre (sur ) formée de fonctions numériques finies, définies dans A, telle que les relations et soient équivalentes.
Exemple
Si est une mesure sur un espace localement compact X, les combinaisons linéaires à coefficients réels de fonctions caractéristiques d’ensembles intégrables forment une algèbre , car pour deux ensembles intégrables M, N,
Proposition 17
Pour qu’un ensemble non vide de parties d’un ensemble A soit un clan, il faut et il suffit qu’il satisfasse à la condition suivante: (CL) Pour tout couple d’ensembles M, N appartenant à , les ensembles et appartiennent à .
La condition est nécessaire, en vertu des relations
Pour montrer qu’elle est suffisante, remarquons d’abord qu’elle entraîne que, pour deux ensembles quelconques M, N de , appartient à , puisque . Soit alors l’ensemble des combinaisons linéaires à coefficients réels de fonctions caractéristiques d’ensembles de . Comme , est une algèbre. Tout revient à montrer que, si M est une partie de A telle que , où les , on a .
Cela va résulter du lemme suivant:
Lemme 1
Soit un ensemble non vide de parties de A satisfaisant à l’axiome (CL). Etant donnée une famille finie d’ensembles de , il existe une famille finie d’ensembles de , deux à deux sans point commun, telle que chacun des soit réunion d’un certain nombre des .
En effet, considérons les ensembles de la forme , où pour certains indices , pour les autres, un au moins des étant égal à . Soit la suite de ces ensembles rangés dans un certain ordre ; ils sont deux à deux sans point commun, et appartiennent à ; d’autre part, tout ensemble est réunion des ensembles correspondant aux familles telles que , ce qui démontre le lemme.
Ce lemme étant établi, toute fonction de la forme , où , peut s’écrire sous la forme , où les appartiennent à et sont deux à deux sans point commun; si , on a nécessairement ou pour chaque indice , donc est réunion d’un certain nombre des , et par suite appartient à .
Tout clan de parties de contient la partie vide de ; en effet, il existe au moins une partie , donc appartient à . On notera d’ailleurs que l’ensemble de parties de réduit à la seule partie est un clan.
Définition 4
Etant donné un clan de parties d’un ensemble , et un espace de Banach , on appelle fonction étagée sur les ensembles de (ou fonction -étagée), à valeurs dans , toute fonction de la forme , où les appartiennent à , et les à .
Il est clair que l’ensemble des fonctions -étagées à valeurs dans , est un espace vectoriel sur ou . Nous venons de voir dans la prop. 17 que l’ensemble des fonctions numériques finies -étagées est une algèbre sur ; c’est aussi le sous-espace vectoriel de engendré par les fonctions caractéristiques des ensembles de .
Toute fonction de peut s’écrire , où les sont deux à deux sans point commun, en raison du lemme 1 ; on en déduit que appartient à . En particulier, est un espace de Riesz, l’enveloppe supérieure de deux fonctions de appartenant à .
Remarque
On voit aisément que la déf. 4 est équivalente à la suivante : une fonction -étagée à valeurs dans est une fonction qui ne prend qu’un nombre fini de valeurs et qui est telle que, pour tout dans , l’ensemble appartienne à .
Définition 5
On dit qu’une fonction numérique finie , définie dans un clan de parties d’un ensemble , est additive, si, pour tout couple d’ensembles sans point commun et appartenant à , on a .
Il résulte en particulier de cette définition que .
Proposition 18
Soit une fonction additive d’ensemble, définie dans un clan . Il existe une forme linéaire et une seule (notée encore ) sur l’espace vectoriel des fonctions -étagées numériques finies, telle que pour tout ensemble ; en outre, si pour tout , est une forme linéaire positive sur .
L’unicité de la forme linéaire est évidente, puisque les fonctions caractéristiques d’ensembles de engendrent l’espace vectoriel . Pour prouver l’existence de , il suffit de prouver que la relation , où les sont des ensembles non vides appartenant à , entraîne . Or, en vertu du lemme 1, il existe une famille finie d’ensembles non vides de , deux à deux sans point commun, telle que pour chaque indice , on ait , avec ou . La relation , qui s’écrit , entraîne donc pour tout indice . En vertu de la déf. 5, on a alors
ce qui démontre l’existence de . Supposons enfin que pour tout ; pour toute fonction , on peut écrire , où les sont deux à deux sans point commun; si , on a donc pour tout indice tel que soit non vide, d’où .
10. Approximation des fonctions continues par les fonctions étagées
Proposition 19
Soient X un espace localement compact, un clan de parties de X, contenant l’ensemble des parties compactes de X. Pour toute application continue de X dans un espace de Banach F (resp. toute fonction numérique finie, continue et dans X), à support compact K, il existe une suite de fonctions de , dont le support est contenu dans K (resp. une suite de fonctions de , telle que pour tout n), qui converge uniformément vers (resp. ).
En effet, comme est uniformément continue dans K, on peut recouvrir K par un nombre fini d’ensembles compacts () tels que l’oscillation de dans chacun des soit . Comme les et K appartiennent à , il existe une partition de K en ensembles tels que chacun des ensembles soit réunion d’un certain nombre des (n° 9, lemme 1). Soit un élément de F tel que dans . Si on pose , on a , d’où la proposition dans ce cas. On raisonne de même pour une fonction continue numérique , en prenant , et .
Corollaire 1
Soit une mesure positive sur X; l’espace est partout dense dans chacun des espaces ().
En effet, il résulte de la prop. 19 et du critère de convergence en moyenne pour les limites uniformes de fonctions à support compact (, n° 3, prop. 4) que est dense, pour la topologie de la convergence en moyenne d’ordre , dans l’adhérence de l’espace des fonctions continues à support compact; d’où le corollaire.
Corollaire 2
Pour toute partie fermée S de X, toute fonction est limite uniforme de combinaisons linéaires , où les appartiennent à et les sont des parties compactes de S.
En effet, l’ensemble des combinaisons linéaires considérées est une -algèbre. Soit l’ensemble des parties de telles que ; est donc un clan dont tous les éléments sont des parties de , contenant les parties compactes de , et l’on a . Il suffit alors d’appliquer la prop. 19 à l’espace localement compact et au clan .
Corollaire 3
Si et sont deux mesures sur telles que pour toute partie compacte de , on a .* En effet, il résulte du cor. 2 et de la définition d’une mesure que pour toute partie compacte de , et prennent les mêmes valeurs dans .
11. Prolongement d’une mesure définie sur une famille d’ensembles
Soit un ensemble non vide de parties d’un espace localement compact . Etant donnée une fonction numérique finie , définie et dans , nous nous proposons de chercher à quelles conditions il existe une mesure positive sur telle que les ensembles de soient -intégrables et que l’on ait pour tout . Nous nous bornerons à considérer le cas où l’ensemble satisfait aux conditions suivantes : (PC) La réunion et l’intersection de deux ensembles de appartiennent à . (PC) Pour tout couple formé d’un ensemble compact et d’un ensemble ouvert dans , tels que , il existe un ensemble tel que .
On notera que la condition (PC) implique que , en prenant . Mais l’ensemble n’est pas nécessairement un clan : par exemple, l’ensemble des parties compactes de vérifie les conditions (PC) et (PC), mais n’est pas un clan en général, car si et sont compacts, il n’en est pas de même de en général.
Nous supposerons en outre que la fonction , définie dans , vérifie les conditions suivantes (évidemment nécessaires pour que le problème ait une solution) :
(PM) La relation entraîne . (PM) Quels que soient et dans , . (PM) La relation entraîne .
En prenant dans la condition (PM), on en déduit que ; la condition (PM) montre alors que pour tout .
Théorème 5
Soit un ensemble de parties d’un espace localement compact , satisfaisant à et , et soit une fonction numérique finie, définie dans , satisfaisant aux conditions , et . Pour qu’il existe une mesure positive sur , telle que les ensembles de soient -intégrables et que l’on ait pour tout , il faut et il suffit que vérifie en outre la condition suivante :
Pour tout et tout , il existe un ensemble compact et un ensemble ouvert , tels que, pour tout ensemble satisfaisant à la relation , on ait .
En outre, si la condition est remplie, la mesure est unique ; pour tout ensemble compact , on a ; pour tout ensemble ouvert , on a .
On notera que la condition est équivalente à la conjonction des deux suivantes :
Pour tout et tout , il existe un ensemble ouvert tel que, pour tout contenu dans , on ait .
Pour tout et tout , il existe un ensemble compact tel que, pour tout contenant , on ait .
En effet, il est évident que et entraînent . Inversement, montrons par exemple que entraîne : soient un ensemble compact, un ensemble ouvert, tels que et que pour tout tel que . Alors, si et , appartient à et
d’où , et a fortiori .
Lorsque l’ensemble , satisfaisant à et , est formé d’ensembles compacts, la condition est vérifiée d’elle-même, et est alors équivalente à .
La condition est nécessaire : cela résulte aussitôt du th. 4 du n° 6 sur l’« approximation » d’un ensemble intégrable par un ensemble compact et un ensemble ouvert. Pour démontrer les autres assertions du théorème nous procéderons en plusieurs étapes.
1° Définition d’une topologie sur .
Pour tout couple formé d’un ensemble compact et d’un ensemble ouvert dans , désignons par l’ensemble des parties telles que ; pour que ne soit pas vide, il faut et il suffit que . Si est un second couple formé d’un ensemble compact et d’un ensemble ouvert , on a
Soit la topologie sur engendrée par l’ensemble des parties lorsque parcourt l’ensemble des parties compactes de , et l’ensemble des parties ouvertes de ; d’après ce qui précède, les forment une base de la topologie (Top. gén., chap. I, 3e éd., § 1, n° 3).
On notera que la définition de entraîne que, dans , l’ensemble des parties compactes de est partout dense. La condition (PC) exprime que est dense dans , et la condition (PM) exprime que la fonction est continue dans , pour la topologie induite par . Enfin, le th. 4 exprime que la fonction est continue dans le clan des ensembles -intégrables, pour la topologie induite par .
2° Unicité de
Désignons par l’ensemble des parties telles que tende vers une limite finie lorsque tend vers (pour la topologie ) en restant dans ; on peut alors prolonger d’une seule manière en une application continue de dans (Top. gén., chap. I, 3e éd., § 8, n° 5, th. 1). S’il existe une mesure répondant à la question, les remarques faites ci-dessus prouvent que le clan des ensembles -intégrables est contenu dans , et que pour tout ; cette relation a lieu en particulier pour toute partie compacte de , ce qui prouve l’unicité de (cor. 2 de la prop. 19).
3° Prolongement de aux ensembles compacts.
Sans supposer l’existence de , nous allons maintenant étudier l’ensemble et le prolongement de à . Montrons en premier lieu que tout ensemble compact appartient à , et que l’on a . Posons ; pour tout , il existe tel que et . D’après (PM), il existe un ensemble ouvert tel que, pour tout contenu dans , on ait ; pour tout tel que , on a donc , ce qui, en vertu des définitions, montre que et .
Ce résultat prouve aussitôt que si et sont deux ensembles compacts tels que , on a . Si et sont deux ensembles compacts quelconques, on a d’après (PM). Nous allons voir en outre que si et ne se rencontrent pas, on a . En effet, il existe alors deux ensembles ouverts sans point commun tels que (Top. gén., chap. II, 3e éd., § 4, prop. 4). Il existe donc aussi, d’après (PC), deux ensembles , tels que et . Soit alors un ensemble quelconque de contenant ; la réunion des deux ensembles et appartient à d’après (PC), et comme ces deux ensembles ne se rencontrent pas, on a, en appliquant (PM) et (PM),
ce qui établit notre assertion.
4° Prolongement de aux ensembles ouverts.
Nous allons voir maintenant que, pour qu’un ensemble ouvert U appartenne à , il faut et il suffit que, lorsque K parcourt l’ensemble des parties compactes de U, la borne supérieure des nombres soit finie ; en outre, est alors égal à cette borne supérieure.
En effet, soit U un ensemble ouvert appartenant à ; pour tout il existe un ensemble compact tel que, pour tout ensemble vérifiant , on ait ; d’où
d’autre part, si est un ensemble compact quelconque contenu dans U, on a , d’où et par suite ; est donc bien égal à la borne supérieure des nombres lorsque K parcourt l’ensemble des parties compactes de U.
Inversement, soit U un ensemble ouvert tel que (K parcourant l’ensemble des parties compactes de U), et montrons que . Pour tout , il existe un ensemble compact tel que ; d’après (PM), pour tout ensemble tel que
il existe un ensemble compact tel que
on a donc , ce qui prouve que .
De cette caractérisation des ensembles ouverts , et de , il résulte d’abord que, si et sont deux ensembles ouverts tels que et , alors et . D’autre part, si et sont deux ensembles ouverts appartenant à , il en est de même de et on a . En effet, soit K un ensemble compact quelconque contenu dans ; pour tout point , il existe un voisinage compact de x contenu dans ou dans ; on peut donc recouvrir K par un nombre fini de ces voisinages ; si (resp. ) est la réunion de ceux qui sont contenus dans (resp. ), on a , d’où
ce qui établit la propriété annoncée.
5° Propriétés de et de .
La définition de et de peut maintenant se transformer comme suit (compte tenu de (PC)) : pour que , il faut et il suffit que, pour tout , il existe un ensemble compact K et un ensemble ouvert , tels que et ; est en outre la borne inférieure des pour les ensembles ouverts contenant M, et la borne supérieure des pour les ensembles compacts .
Nous allons déduire d’abord de là que, si , et appartiennent à , on a . En effet, si et
U_2 sont deux ensembles ouverts de contenant respectivement et et tels que et , alors appartient à , contient , et par suite
d’où notre assertion.
Montrons ensuite que, si est un ensemble compact et un ensemble ouvert de tel que , on a . D’après ce qui précède, on a . D’autre part, pour tout ensemble compact , on a
comme est ouvert et appartient à , est la borne supérieure des , ce qui montre que .
La définition de s’exprime donc encore de la façon suivante : pour que , il faut et il suffit que, pour tout , il existe un ensemble compact et un ensemble ouvert tels que et .
Nous sommes maintenant en mesure de prouver que est un clan et une fonction additive d’ensemble dans . En premier lieu, montrons que, si et appartiennent à , il en est de même de et de . Par hypothèse, pour tout , il existe deux ensembles compacts et deux ensembles ouverts, de tels que . L’ensemble est compact, l’ensemble est ouvert et appartient à , et on a ; d’autre part, est contenu dans la réunion de et , d’où , ce qui prouve que . De même, est ouvert et appartient à , est compact, et on a ; d’autre part, est contenu dans la réunion de et de , d’où encore , et appartient à . Enfin, si et ne se rencontrent pas, on a
et par suite ; comme est arbitraire on a .
6° Existence de la mesure .
En vertu de la prop. 18 du n° 9, il existe une forme linéaire positive et une seule sur l’espace vectoriel des fonctions -étagées, telle que pour tout . Pour toute partie compacte de , désignons par l’espace des limites uniformes de fonctions de dont le support est contenu dans . Comme est positive, on a pour toute fonction dont le support est contenu dans ; la restriction de à l’espace de ces fonctions est une forme linéaire continue pour la topologie de la convergence uniforme ; elle se prolonge donc en une forme linéaire continue positive sur . En outre, si et sont deux ensembles compacts tels que
K ⊂ K₁, la restriction de à est identique à , donc il existe une forme linéaire positive sur la réunion des , qui prolonge chacune des formes .
Or, comme tout ensemble compact appartient à , l’espace des fonctions numériques continues et à support compact est un sous-espace de (n° 10, prop. 19); la restriction à de la forme linéaire positive est donc une mesure positive . Montrons que pour tout ensemble compact K, on a . Pour tout , il existe un ensemble ouvert tel que , et . Soit une application continue de X dans dont le support est contenu dans U et telle que dans K (chap. III, § 1, n° 2, lemme 1). On a , et d’autre part
comme , on voit que , et comme est arbitraire, .
La caractérisation des ensembles ouverts appartenant à , jointe au cor. 4 du th. 4 du n° 6, montre alors que les ensembles ouverts appartenant à ne sont autres que les ensembles ouverts -intégrables, et que, pour un tel ensemble U, on a . Le th. 4 du n° 6 et la caractérisation des ensembles de donnée au 5° montrent ensuite que les ensembles -intégrables sont les ensembles de , et que, pour un tel ensemble M, on a . Enfin, le fait que pour tout ensemble ouvert U résulte aussitôt de (PC₂) et du cor. 4 du th. 4 du n° 6.
Le théorème 5 est ainsi complètement démontré.
Corollaire
Soient X un espace localement compact à base dénombrable, l’ensemble des parties boréliennes de X, une application de dans satisfaisant aux conditions suivantes:
(i) Si est une suite de parties boréliennes de X deux à deux disjointes, on a
(ii) Si B est une partie compacte de X, on a .
Alors il existe une mesure positive sur X et une seule telle que pour tout .
Soient l’ensemble des parties compactes de X et la restriction de à . Alors les conditions (PC₁), (PC₂), (PM₁), (PM₂), (PM₃), (PM₄) sont satisfaites. Soient K une partie compacte de X, et . Alors K est l’intersection d’une suite décroissante de parties ouvertes relativement compactes de X (Top. gén., chap. IX, 2e éd., § 2, n° 5, prop. 7).
On a , donc
tend vers 0 quand n tend vers . Ceci prouve que la condition (PM₄) est satisfaite. D’après le th. 5, il existe une mesure positive sur X telle que pour toute partie compacte K de X. Comme toute partie ouverte U de X est réunion d’une suite croissante de parties compactes, on a . Soit L une partie compacte de X. D’après la prop. 7 du n° 5, les parties -intégrables de L forment une tribu de parties de L. Donc, si B est un élément de contenu dans L, B est -intégrable; pour tout , il existe alors une partie compacte K et une partie ouverte U de X telles que , (n° 6, th. 4). Comme et , on voit que . Donc . Enfin, toute partie borélienne C de X est réunion d’une suite de parties boréliennes relativement compactes deux à deux disjointes, d’où . L’unicité de résulte aussitôt du th. 5.
Exercices
See the exercises for § 4.