Bourbaki

§ 3. Mesures et fonctions additives d'ensemble

Dans ce paragraphe, on désignera respectivement par A(T)\mathfrak{A}(T) et par B(T)\mathfrak{B}(T) l'ensemble des parties compactes d'un espace topologique séparé TT, et la tribu borélienne de TT.

1. Mesures et fonctions additives de compacts

Théorème 1

Soient T un espace topologique, et I une application de K(T)\mathfrak{K}(T) dans R+\mathbf{R}_+. Pour qu’il existe une mesure μ\mu sur T telle que I(K)=μ∗(K)I(K) = \mu^*(K) pour tout K∈K(T)K \in \mathfrak{K}(T), il faut et il suffit que I satisfasse aux conditions suivantes:

Cite 1 · Cité par 5

Cite Corollaire, IX § 1

Cité par Exercice 1, § 3, Remarque 1, Remarque 2, Théorème 2, Proposition 3, IX § 4

1) Si K et L sont des parties compactes de T telles que K⊂LK \subset L, on a I(K)≤I(L)I(K) \leq I(L) (« I est croissante »).

2) Si K et L sont des parties compactes de T, on a I(K∪L)≤I(K)+I(L)I(K \cup L) \leq I(K) + I(L).

3) Si K et L sont des compacts disjoints de T, on a I(K∪L)=I(K)+I(L)I(K \cup L) = I(K) + I(L) (« I est additive »).

4) Pour toute famille filtrante décroissante (Kα)α∈A(K_\alpha)_{\alpha \in A} de parties compactes de T, on a I(⋂α∈AKα)=inf⁡α∈AI(Kα)I(\bigcap_{\alpha \in A} K_\alpha) = \inf_{\alpha \in A} I(K_\alpha).

5) Pour tout x∈Tx \in T, il existe un voisinage V de x tel que

sup⁡K∈K(T)K⊂VI(K)<+∞(« I est localement borneˊe »). \sup_{\substack{K \in \mathfrak{K}(T) \\ K \subset V}} I(K) < +\infty \quad (\text{« I est localement bornée »}).

La mesure μ\mu est alors unique.

L’unicité de μ\mu résulte du cor. de la prop. 2 du § 1, n° 2. Les conditions ci-dessus sont nécessaires, les trois premières de façon évidente, la dernière du fait que μ∗\mu^* est un encombrement localement borné, et la condition 4) d’après le cor. de la prop. 5 du § 1, n° 6.

Pour montrer que ces conditions sont suffisantes, nous commencerons par traiter le cas où T est compact.

Lemme 1

Supposons que T soit compact, et posons I(T)=lI(T) = l. Pour tout A⊂TA \subset T, posons

J(A)=sup⁡K∈K(T)K⊂AI(K) J(A) = \sup_{\substack{K \in \mathfrak{K}(T) \\ K \subset A}} I(K)
et soit Φ\Phi l’ensemble des A⊂TA \subset T tels que J(A)+J(∁A)=lJ(A) + J(\complement A) = l. L’ensemble Φ\Phi est alors un clan qui contient K(T)\mathfrak{K}(T), et la fonction J sur Φ\Phi est croissante et additive.

Cite 2

Cite Définition 4, IV § 4, Proposition 1, IX § 4

Il est clair que J est une fonction d’ensemble croissante, qui prolonge I, et que l’on a J(A)+J(∁A)≤lJ(A) + J(\complement A) \leq l pour tout A⊂TA \subset T.

Soient K et S deux ensembles compacts dans T ; nous allons montrer d’abord que l’on a:

J(K∩S)+J(∁K∩S)=J(S). J(K \cap S) + J(\complement K \cap S) = J(S).

En considérant les restrictions de I à K(S)\mathfrak{K}(S) et de J à P(S)\mathfrak{P}(S), on se ramène aussitôt au cas où S=TS = T. Comme T est normal, K est l’intersection de la famille filtrante décroissante de ses voisinages compacts, et la condition 4) entraîne l’existence, pour tout ε>0\varepsilon > 0, d’un voisinage compact H de K tel que I(H)≤I(K)+εI(H) \leq I(K) + \varepsilon. Soit L l’adhérence de T−HT - H; L est compact, on a L∩K=∅L \cap K = \varnothing, et H∪L=TH \cup L = T, donc l=I(H∪L)≤I(H)+I(L)≤I(K)+I(L)+εl = I(H \cup L) \leq I(H) + I(L) \leq I(K) + I(L) + \varepsilon (condition 2)), d’où la relation J(K)+J(CK)≥I(K)+I(L)≥l−εJ(K) + J(\mathscr{C}K) \geq I(K) + I(L) \geq l - \varepsilon. Comme ε\varepsilon est arbitraire, on a J(K)+J(CK)=lJ(K) + J(\mathscr{C}K) = l. Cela prouve la formule (2), ainsi que l’inclusion A(T)⊂Φ\mathfrak{A}(T) \subset \Phi.

Prouvons maintenant que Φ\Phi est un clan. Comme Φ\Phi est évidemment stable par passage au complémentaire, il suffit de montrer que si A1A_1 et A2A_2 désignent des éléments de Φ\Phi, on a A1∪A2∈ΦA_1 \cup A_2 \in \Phi, ou encore que l’on a

J(A1∪A2)+J(C(A1∪A2))≥l. J(A_1 \cup A_2) + J(\mathscr{C}(A_1 \cup A_2)) \geq l.

Désignons par ε\varepsilon un nombre >0> 0, et, pour i=1,2i = 1, 2, soient KiK_i un compact contenu dans AiA_i, LiL_i un compact contenu dans CAi\mathscr{C}A_i, tels que

I(Ki)≥J(Ai)−ε,I(Li)≥J(CAi)−ε. I(K_i) \geq J(A_i) - \varepsilon, \quad I(L_i) \geq J(\mathscr{C}A_i) - \varepsilon.

Posons M1=K1∪L1M_1 = K_1 \cup L_1; les relations l=J(M1)+J(CM1)l = J(M_1) + J(\mathscr{C}M_1), J(M1)=I(K1)+I(L1)≥J(A1)+J(CA1)−2ε=l−2εJ(M_1) = I(K_1) + I(L_1) \geq J(A_1) + J(\mathscr{C}A_1) - 2\varepsilon = l - 2\varepsilon, entraînent J(CM1)≤2εJ(\mathscr{C}M_1) \leq 2\varepsilon. Alors, si SS est une partie compacte de TT, la relation (2) (appliquée à K=M1K = M_1) entraîne J(S)≤J(M1∩S)+2εJ(S) \leq J(M_1 \cap S) + 2\varepsilon, d’où

J(S)≤J(K1∩S)+J(L1∩S)+2ε. J(S) \leq J(K_1 \cap S) + J(L_1 \cap S) + 2\varepsilon.

Ajoutons les inégalités obtenues en faisant S=K2S = K_2 et S=L2S = L_2 et tenons compte de l’inégalité J(K2)+J(L2)≥l−2εJ(K_2) + J(L_2) \geq l - 2\varepsilon, et du fait que K1∩K2,L1∩K2K_1 \cap K_2, L_1 \cap K_2 et K1∩L2K_1 \cap L_2 sont trois compacts disjoints contenus dans A1∪A2A_1 \cup A_2. Il vient, en désignant par CC la réunion de ces trois compacts

l−2ε≤J(K2)+J(L2)≤J(C)+J(L1∩L2)+4ε≤J(A1∪A2)+J(C(A1∪A2))+4ε l - 2\varepsilon \leq J(K_2) + J(L_2) \leq J(C) + J(L_1 \cap L_2) + 4\varepsilon \\ \leq J(A_1 \cup A_2) + J(\mathscr{C}(A_1 \cup A_2)) + 4\varepsilon

d’où aussitôt la formule (3) cherchée vu l’arbitraire de ε\varepsilon. Ceci étant acquis, les inégalités précédentes entraînent J(C)≥J(A1∪A2)−6εJ(C) \geq J(A_1 \cup A_2) - 6\varepsilon; si A1A_1 et A2A_2 sont disjoints, CC est réunion de K1∩L2⊂A1K_1 \cap L_2 \subset A_1 et de K2∩L1⊂A2K_2 \cap L_1 \subset A_2, et on en déduit J(A1∪A2)≤J(A1)+J(A2)J(A_1 \cup A_2) \leq J(A_1) + J(A_2). L’inégalité inverse étant évidente, JJ est bien additive sur Φ\Phi, et le lemme est établi.

Achevons la démonstration du théorème dans le cas où TT est compact. Soit E(Φ)\mathscr{E}(\Phi) l’espace vectoriel des fonctions Φ\Phi-étagées sur TT muni de la convergence uniforme (chap. IV, 2e éd., § 4, n° 9, déf. 4); nous désignerons encore par JJ la forme linéaire positive sur E(Φ)\mathscr{E}(\Phi) associée à la fonction additive JJ (loc. cit., prop. 18). Comme J(T)=lJ(T) = l, JJ est continue et de norme ll. Soit alors H\mathscr{H} l’adhérence de E(Φ)\mathscr{E}(\Phi) pour la topologie de la convergence uniforme; on vérifie aussitôt que JJ se prolonge par continuité en une forme linéaire positive sur H\mathscr{H}, encore notée JJ. Comme H\mathscr{H} contient C(T)\mathscr{C}(T) (loc. cit., n° 10, prop. 19) la restriction de JJ à C(T)\mathscr{C}(T) est une mesure positive μ\mu. Il nous reste à montrer que l’on a μ∙(K)=I(K)\mu^\bullet(K) = I(K) pour toute partie compacte KK de TT. Or nous avons μ∙(K)=inf⁡f∈SKμ∙(f)\mu^\bullet(K) = \inf_{f \in S_K} \mu^\bullet(f), où SKS_K désigne l’ensemble des éléments de C(T)\mathscr{C}(T) qui majorent φK\varphi_K (§ 1, n° 6, prop. 5). Comme J(f)=μ∙(f)J(f) = \mu^\bullet(f) pour f∈C(T)f \in \mathscr{C}(T), il suffit évidemment de montrer que J(K)≥inf⁡f∈SKJ(f)J(K) \geq \inf_{f \in S_K} J(f). Or soit HH, comme dans la démonstration du lemme 1, un voisinage compact de K tel que J(H)≤J(K)+εJ(H) \leq J(K) + \varepsilon, et soit ff une fonction continue dans T, comprise entre 0 et 1, égale à 1 sur K et à 0 hors de H (Top. gén., chap. IX, 3e éd., § 4, n° 1, prop. 1). On a

J(f)≤J(H)≤J(K)+ε; J(f) \leq J(H) \leq J(K) + \varepsilon;
ε\varepsilon étant arbitraire, l’inégalité demandée est prouvée, et le théorème est donc établi lorsque T est compact.

Passons maintenant au cas général. Pour tout ensemble compact L dans T, soit ILI_L la restriction de I à A(L)\mathfrak{A}(L). D’après le cas particulier qui vient d’être traité, il existe une mesure μL\mu_L sur L, unique, telle que μL(K)=IL(K)\mu_L(K) = I_L(K) pour tout ensemble compact K⊂LK \subset L. Soit alors L′L' un compact contenu dans L; on a (μL)L′(K)=μL′(K)=μL′(K)(\mu_L)_{L'}(K) = \mu_{L'}(K) = \mu_{L'}(K) pour tout compact K⊂L′K \subset L', donc μL′=(μL)L′\mu_{L'} = (\mu_L)_{L'}; l’application μ:L↦μL\mu : L \mapsto \mu_L est une prémesure. La condition 5) exprime que μ\mu est une mesure, et la relation I(K)=μ∗(K)I(K) = \mu^*(K) pour tout compact K⊂TK \subset T est évidente.

Remarque 1

La condition 4) peut être remplacée, dans l’énoncé du théorème 1, par la condition suivante (« continuité à droite »): 4') Pour tout K∈A(T)K \in \mathfrak{A}(T) et tout ε>0\varepsilon > 0, il existe un ensemble ouvert U contenant K, tel que I(H)≤I(K)+εI(H) \leq I(K) + \varepsilon pour tout compact H⊂UH \subset U.

Si μ\mu est une mesure, la fonction I:K↦μ∗(K)I : K \mapsto \mu^*(K) satisfait en effet à 4') (§1§ 1, n° 9, prop. 13). Inversement, supposons que I satisfasse à 1) et 4'); montrons que I satisfait alors à 4). Avec les notations de l’énoncé du théorème 1, choisissons ε>0\varepsilon > 0 et un ensemble ouvert U contenant l’ensemble compact K=⋂α∈AKαK = \bigcap_{\alpha \in A} K_\alpha, et tels que 4') soit vérifiée. Il existe alors un indice β∈A\beta \in A tel que Kβ⊂UK_\beta \subset U, et cela entraîne

inf⁡α∈AI(Kα)≤I(Kβ)≤I(K)+ε \inf_{\alpha \in A} I(K_\alpha) \leq I(K_\beta) \leq I(K) + \varepsilon
et 4) est bien vérifiée.

Cite 2

Cite Théorème 1, Proposition 13, IX § 1

Remarque 2

L’ensemble des conditions 2) et 3) peut être remplacé, dans l’énoncé du th. 1, par la condition suivante: Si K et L sont des compacts de T, on a

I(K∪L)+I(K∩L)=I(K)+I(L). I(K \cup L) + I(K \cap L) = I(K) + I(L).
Cette condition entraîne en effet 2) et 3), et d’autre part, on a
μ∗(K∪L)+μ∗(K∩L)=μ∗(K)+μ∗(L) \mu^*(K \cup L) + \mu^*(K \cap L) = \mu^*(K) + \mu^*(L)
pour toute mesure μ\mu, en vertu de la relation φK∪L+φK∩L=φK+φL\varphi_{K \cup L} + \varphi_{K \cap L} = \varphi_K + \varphi_L entre les fonctions caractéristiques.

Cite 1

Cite Théorème 1

2. Fonctions d’ensemble intérieurement régulières

Définition 1

Soit T un espace topologique, et soit B(T)\mathscr{B}(T) la tribu borélienne de T; soit I une application de B(T)\mathscr{B}(T) dans R‾+\overline{\mathbf{R}}_+. a) On dit que I est dénombrablement additive si, pour toute suite (An)(A_n) d’éléments de B(T)\mathscr{B}(T) deux à deux disjoints, on a*

I(⋃nAn)=∑nI(An). I(\bigcup_n A_n) = \sum_n I(A_n).

b) On dit que I est intérieurement régulière si, pour tout ensemble A∈B(T)A \in \mathscr{B}(T), on a

(5)I(A)=sup⁡KI(K), (5) \quad I(A) = \sup_K I(K),
KK parcourant l’ensemble des parties compactes de AA.

c) On dit que I est bornée (resp. localement bornée) si I(T)<+∞I(T) < +\infty (resp. si tout point x∈Tx \in T admet un voisinage ouvert VV tel que I(V)<+∞I(V) < +\infty).

Remarque 1

La condition a) entraîne évidemment que I est une application croissante de B(T)\mathscr{B}(T) (ordonné par inclusion) dans R‾+\overline{\mathbf{R}}_+.

Remarque 2

Supposons que I soit dénombrablement additive; soit (An)n∈N(A_n)_{n \in \mathbf{N}} une suite croissante d’ensembles boréliens, et soit A=⋃n∈NAnA = \bigcup_{n \in \mathbf{N}} A_n. Les ensembles D0=A0,Dn=An−An−1D_0 = A_0, D_n = A_n - A_{n-1} étant deux à deux disjoints, et leur réunion étant AA, on a I(A)=∑nI(Dn)=lim⁡n→∞I(An)I(A) = \sum_n I(D_n) = \lim_{n \to \infty} I(A_n). De même, si (Bn)(B_n) est une suite décroissante d’ensembles boréliens, et si I(B0)<+∞I(B_0) < +\infty, on a I(⋂nBn)=lim⁡n→∞I(Bn)I(\bigcap_n B_n) = \lim_{n \to \infty} I(B_n): il suffit d’appliquer ce qui précède aux ensembles An=B0−BnA_n = B_0 - B_n.

Cité par 1

Cité par Proposition 2

Remarque 3

Soit (An)(A_n) une suite quelconque de parties boréliennes de TT. Si I est dénombrablement additive, on a I(⋃nAn)≤∑nI(An)I(\bigcup_n A_n) \leq \sum_n I(A_n). D’après la remarque précédente, il suffit d’établir cette inégalité pour une suite finie. On se ramène alors aussitôt au cas de deux ensembles A1A_1 et A2A_2; mais la relation (4) entraîne que

I(A1∪A2)=I(A1)+I(A2−(A1∩A2))≤I(A1)+I(A2). I(A_1 \cup A_2) = I(A_1) + I(A_2 - (A_1 \cap A_2)) \leq I(A_1) + I(A_2).
L’inégalité cherchée en résulte immédiatement.

Remarque 4

Si I est une fonction dénombrablement additive et localement bornée, la remarque précédente entraîne aussitôt que I(K)<+∞I(K) < +\infty pour tout compact K⊂TK \subset T.

Remarque 5

On peut montrer que si I est additive, c’est-à-dire satisfait à (4) pour les suites finies, et si I est intérieurement régulière, alors I est dénombrablement additive (exerc. 7). Le lecteur pourra d’ailleurs constater que seule l’additivité et la régularité intérieure sont utilisées dans la démonstration du th. 2 ci-dessous.

Cite 1

Cite Théorème 2

Théorème 2

Soit T un espace topologique, et soit I une fonction définie sur B(T)\mathscr{B}(T), à valeurs dans R‾+\overline{\mathbf{R}}_+. Pour qu’il existe une mesure μ\mu sur T, telle que μ∗(A)=I(A)\mu^*(A) = I(A) pour tout A∈B(T)A \in \mathscr{B}(T), il faut et il suffit que I soit dénombrablement additive, localement bornée et intérieurement régulière. La mesure μ\mu est alors unique.

Cite 4 · Cité par 1

Cite Définition 5, IX § 1, Remarque 3, IX § 1, Corollaire, IX § 1, Théorème 1

Cité par Remarque 5

Ces trois conditions sont nécessaires : l’application A↦μ∗(A)A \mapsto \mu^*(A) sur B(T)\mathscr{B}(T) est en effet dénombrablement additive (§ 1, n° 5, cor. de la prop. 4), localement bornée d’après la définition des mesures (§ 1, n° 2, déf. 5) et intérieurement régulière d’après la Remarque 3 du § 1, n° 2.

Passons à l’existence. Il est clair que la restriction de I à A(T)\mathfrak{A}(T) satisfait aux conditions 1), 2), 3) et 5) de l’énoncé du th. 1; montrons que 4) est également satisfaite. Soit K une partie compacte de T, intersection d’une famille filtrante décroissante (Kα)α∈A(K_\alpha)_{\alpha \in A} d’ensembles compacts, et soit ε\varepsilon un nombre >0> 0; I étant localement bornée, il existe un voisinage ouvert (donc borélien) V de K tel que I(V)<+∞I(V) < +\infty, et il existe alors un indice α\alpha tel que Kα⊂VK_\alpha \subset V; quitte à changer de notation, nous pouvons supposer que Kα⊂VK_\alpha \subset V pour tout α∈A\alpha \in A. D’après la régularité intérieure de I, il existe un ensemble compact L⊂V−KL \subset V - K tel que

I(L) ≥ I(V − K) − ε; comme L ne rencontre pas K, il existe un indice α tel que L ∩ K_α = ∅, et on a alors I(V − K_α) ≥ I(L) ≥ I(V − K) − ε. Comme on a K_α ⊂ V, il en résulte I(K_α) ≤ I(K) + ε et la condition 4) est vérifiée.

D’après le th. 1, il existe une mesure μ telle que μ^•(K) = I(K) pour tout K ∈ K(T)\mathfrak{K}(T). La régularité intérieure des fonctions d’ensembles μ^• et I sur B(T)\mathscr{B}(T) entraîne alors μ^•(A) = I(A) pour tout A ∈ B(T)\mathscr{B}(T) et l’existence est prouvée. L’unicité de μ résulte de l’assertion d’unicité du th. 1.

3. Espaces radoniens

Définition 2

Soit T un espace topologique. On dit que T est un espace radonien (resp. fortement radonien) si T est séparé et si toute fonction définie sur la tribu borélienne B(T)\mathscr{B}(T) de T, à valeurs dans R‾+\overline{\mathbf{R}}_+, dénombrablement additive et bornée (resp. localement bornée) est intérieurement régulière.

Cite 1

Cite Proposition 3

Par exemple, nous verrons plus loin (prop. 3) que tout espace polonais est fortement radonien. En particulier, tout espace localement compact à base dénombrable est fortement radonien.

Il existe des espaces radoniens qui ne sont pas fortement radoniens.

Proposition 1

Tout espace de Lindelöf (1) radonien est fortement radonien.

Cite 3 · Cité par 1

Cite Proposition 7, IX § 1, Proposition 9, IX § 1, IX App. 0. Compléments sur les espaces hilbertiens

Cité par Proposition 3

Soit T un espace de Lindelöf radonien, et soit I une fonction d’ensemble, positive, dénombrablement additive et localement bornée, sur la tribu B(T)\mathscr{B}(T). Les ensembles ouverts V tels que I(V) < +∞ forment un recouvrement de T, dont on peut extraire un recouvrement dénombrable (Vn)n∈N(V_n)_{n \in \mathbf{N}}. Posons Gn=V0∪V1∪…∪VnG_n = V_0 \cup V_1 \cup \ldots \cup V_n pour tout n∈Nn \in \mathbf{N}; posons H0=G0H_0 = G_0 et Hn=Gn−Gn−1H_n = G_n - G_{n-1} pour n≥1n \geq 1; désignons enfin par InI_n la fonction d’ensemble A↦I(A∩Hn)A \mapsto I(A \cap H_n) sur B(T)\mathscr{B}(T), qui est évidemment dénombrablement additive et bornée. Les ensembles HnH_n formant une partition de T, on a I=∑nInI = \sum_n I_n. L’espace T étant radonien, il existe pour chaque n∈Nn \in \mathbf{N} une mesure bornée μn\mu_n sur T telle qu’on ait μn•(A)=In(A)\mu_n^•(A) = I_n(A) pour tout A∈B(T)A \in \mathscr{B}(T); on a donc aussi ∑nμn•(A)=I(A)\sum_n \mu_n^•(A) = I(A). Comme I est localement bornée, la famille (μn)(\mu_n) est sommable (§ 1, n° 7, prop. 7); si μ\mu désigne ∑nμn\sum_n \mu_n, on a μ•(A)=I(A)\mu^•(A) = I(A) pour tout A∈B(T)A \in \mathscr{B}(T), et il en résulte que I est intérieurement régulière. Autrement dit, T est fortement radonien.

Rappelons qu’une partie A d’un espace topologique T est dite universellement mesurable si A est μ\mu-mesurable pour toute mesure μ\mu sur T. Cela revient à dire que A est μ\mu-mesurable pour toute mesure μ\mu sur T à support compact (§ 1, n° 8, prop. 9).

(1) Rappelons (Top. gén. chap. IX, Appendice I) qu’on appelle espace de Lindelöf tout espace topologique T tel que de tout recouvrement ouvert de T, on puisse extraire un recouvrement dénombrable.

Proposition 2

Soient XX un espace topologique et TT un sous-espace de XX.

Cite 2 · Cité par 2

Cite IX § 6. Promesures et mesures sur un espace localement convexe, Remarque 2

Cité par Exercice 17, § 3, Proposition 3

a) Supposons que TT soit radonien. Pour toute fonction II définie sur B(X)\mathscr{B}(X), positive, dénombrablement additive et bornée, on a alors

sup⁡K compactK⊂TI(K)=inf⁡B∈B(X)B⊃TI(B). \sup_{\substack{K \text{ compact} \\ K \subset T}} I(K) = \inf_{\substack{B \in \mathscr{B}(X) \\ B \supset T}} I(B).

De plus, TT est universellement mesurable dans XX.

b) Inversement, supposons que XX soit radonien, et que TT soit universellement mesurable dans XX; alors TT est radonien.

Démontrons a). Désignons par α\alpha le second membre de (6); pour tout n∈Nn \in \mathbf{N}, il existe un ensemble Cn∈B(X)C_n \in \mathscr{B}(X) contenant TT, et tel que I(Cn)≤α+2−nI(C_n) \leq \alpha + 2^{-n}. Si l’on pose C=⋂nCnC = \bigcap_n C_n, on a alors T⊂CT \subset C, I(C)=αI(C) = \alpha. Si A∈B(T)A \in \mathscr{B}(T), choisissons une partie borélienne BB de XX telle que A=B∩TA = B \cap T (Top. gén., chap. IX, 3e éd., § 6, n° 3) et posons J(A)=I(B∩C)J(A) = I(B \cap C). Ce nombre ne dépend pas du choix de BB, car si B′B' est un second ensemble, borélien dans XX, tel que A=B′∩TA = B' \cap T, alors B∩CB \cap C et B′∩CB' \cap C ne diffèrent que par un ensemble borélien MM contenu dans C−TC - T, et on a I(M)=0I(M) = 0 d’après la construction de CC. On a évidemment J(K)=I(K)J(K) = I(K) pour tout ensemble compact K⊂TK \subset T. Soit (An)(A_n) une suite de parties boréliennes de TT, deux à deux disjointes, et, pour chaque nn, soit BnB_n une partie borélienne de XX telle que Bn∩T=AnB_n \cap T = A_n. Quitte à remplacer BnB_n par Bn−(⋃k<nBk)B_n - (\bigcup_{k < n} B_k), on peut supposer que les ensembles BnB_n sont deux à deux disjoints. Posons A=⋃nAnA = \bigcup_n A_n et B=⋃nBnB = \bigcup_n B_n; on a J(A)=I(B∩C)=∑nI(Bn∩C)=∑nJ(An)J(A) = I(B \cap C) = \sum_n I(B_n \cap C) = \sum_n J(A_n); JJ est donc une fonction dénombrablement additive et bornée sur B(T)\mathscr{B}(T). Comme TT est radonien par hypothèse, il existe une mesure bornée μ\mu sur TT telle que J(A)=μ∗(A)J(A) = \mu^*(A) pour tout A∈B(T)A \in \mathscr{B}(T); on a par conséquent α=J(T)=μ∗(T)=sup⁡Kμ∗(K)=sup⁡KJ(K)\alpha = J(T) = \mu^*(T) = \sup_K \mu^*(K) = \sup_K J(K), par définition de μ∗\mu^*. La formule (6) est donc établie.

Montrons que TT est universellement mesurable. Soit λ\lambda une mesure bornée sur XX; le raisonnement précédent s’applique à la fonction d’ensemble I:A↦λ∗(A)I : A \mapsto \lambda^*(A) sur B(X)\mathscr{B}(X), et il existe donc une suite (Kn)(K_n) de parties compactes de TT telles que l’on ait (avec les notations ci-dessus)

sup⁡nλ∗(Kn)=J(T)=λ∗(C). \sup_n \lambda^*(K_n) = J(T) = \lambda^*(C).

Posons K′=⋃n∈NKnK' = \bigcup_{n \in \mathbf{N}} K_n; K′K' est borélien dans XX, on a K′⊂T⊂CK' \subset T \subset C, λ∗(K′)=λ∗(C)\lambda^*(K') = \lambda^*(C), donc ces trois ensembles ne diffèrent que par des ensembles λ\lambda-négligeables, et TT est λ\lambda-mesurable. Cela achève la démonstration de a).

Passons à b). Supposons que XX soit radonien, et que TT soit universellement mesurable dans XX. Soit II une fonction positive, dénombrablement additive et bornée sur B(T)\mathscr{B}(T); la fonction A↦I(A∩T)A \mapsto I(A \cap T) sur B(X)\mathscr{B}(X) est alors positive, dénombrablement additive et bornée, et il existe donc une mesure bornée ν\nu sur XX telle que I(A∩T)=v∗(A)I(A \cap T) = v^*(A) pour tout A∈B(X)A \in \mathfrak{B}(X). Or TT est vv-mesurable; la relation précédente montre que v∗(K)=0v^*(K) = 0 pour tout compact KK de XX disjoint de TT, et vv est donc concentrée sur TT. Par conséquent, pour tout ensemble borélien AA de XX, on a I(A∩T)=v∗(A∩T)=μ∗(A∩T)I(A \cap T) = v^*(A \cap T) = \mu^*(A \cap T), où μ\mu est la mesure induite par vv sur TT. Il en résulte enfin que I(B)=μ∗(B)I(B) = \mu^*(B) pour tout ensemble B∈B(T)B \in \mathfrak{B}(T) (\emph{Top. gén.}, chap. IX, 3\textsuperscript{e} éd., § 6, no 3, Remarque), et II est bien intérieurement régulière.

Corollaire

Si XX est un espace radonien, tout sous-ensemble borélien TT de XX est radonien.

Cité par 1

Cité par Exercice 17, § 3

En effet, TT est universellement mesurable dans XX.

Proposition 3

Tout espace souslinien (en particulier tout espace polonais ou lusinien) est fortement radonien.

Cite 6 · Cité par 2

Cite IX App. 0. Compléments sur les espaces hilbertiens, Proposition 1, Proposition 2, IX § 6. Promesures et mesures sur un espace localement convexe, Proposition 4, IX § 6, Proposition 10, IX § 6

Cité par Définition 2, Remarque

Soit TT un espace souslinien; TT étant un espace de Lindelöf (Top. gén., chap. IX, 3\textsuperscript{e} éd., Appendice I, cor. de la prop. 1), il suffit de montrer que TT est radonien (prop. 1). Soit II une fonction définie sur B(T)\mathfrak{B}(T), positive, dénombrablement additive et bornée. Nous prolongerons II à P(T)\mathfrak{P}(T) en posant, pour toute partie AA de TT

I(A)=inf⁡B∈B(T)B⊇AI(B). I(A) = \inf_{\substack{B \in \mathfrak{B}(T) \\ B \supseteq A}} I(B).

Montrons que ce prolongement est une capacité sur TT (Top. Gén., chap. IX, 3\textsuperscript{e} éd., § 6, no 9). Il est clair que la relation A⊂A′A \subset A' entraîne I(A)≤I(A′)I(A) \leq I(A'). Soit (An)(A_n) une suite croissante de parties de TT, et soit A=⋃nAnA = \bigcup_n A_n. L’ensemble des parties boréliennes qui contiennent AnA_n étant stable pour les intersections dénombrables, il existe pour chaque nn un ensemble borélien BnB_n tel que An⊂BnA_n \subset B_n et I(An)=I(Bn)I(A_n) = I(B_n) (cf. démonstration de la prop. 2). Posons Cn=⋂p≥nBpC_n = \bigcap_{p \geq n} B_p; CnC_n est borélien, et on a An⊂Cn⊂BnA_n \subset C_n \subset B_n, donc I(An)=I(Cn)I(A_n) = I(C_n). D’autre part, la suite (Cn)(C_n) est croissante. Soit C=⋃nCnC = \bigcup_n C_n: la relation A⊂CA \subset C entraîne I(A)≤I(C)=lim⁡nI(Cn)=lim⁡nI(An)I(A) \leq I(C) = \lim_n I(C_n) = \lim_n I(A_n) d’où aussitôt l’égalité I(A)=lim⁡nI(An)I(A) = \lim_n I(A_n). Par suite, II est une capacité.

Si (Hn)(H_n) est une suite décroissante d’ensembles fermés dans TT, on a évidemment I(⋂nHn)=inf⁡nI(Hn)I(\bigcap_n H_n) = \inf_n I(H_n). Il en résulte que tout sous-ensemble souslinien FF de TT est capacitable pour II (Top. gén., chap. IX, 3\textsuperscript{e} éd., § 4, no 9, prop. 15). En particulier, tout sous-ensemble borélien AA de TT est capacitable (loc. cit., no 3, prop. 10). Autrement, dit, on a

I(A)=sup⁡KI(K), I(A) = \sup_K I(K),

KK parcourant l’ensemble des compacts contenus dans AA; on a prouvé que II est intérieurement régulière.

Remarque

Soient XX un espace lusinien (en particulier un espace polonais), et ff une application continue bijective de XX dans un espace (régulier) YY. On sait (Top. gén., chap. IX, 3e éd., § 6, n° 7, prop. 14) que l’application B↦f−1(B)B \mapsto f^{-1}(B) est une bijection de la tribu borélienne de YY sur la tribu borélienne de XX. Les espaces XX et YY sont lusiniens, donc fortement radoniens (prop. 3). Il en résulte immédiatement que l’application μ↦f(μ)\mu \mapsto f(\mu) est une bijection de l’ensemble des mesures bornées sur XX sur l’ensemble des mesures bornées sur YY.

Cite 1

Cite Proposition 3

Exercices

See the exercises for § 3.

Transcrit du volume imprimé. Non traduit.