§ 4. Intégration de mesures positives ponctuelles
1. Familles de mesures ponctuelles
Soient et deux espaces localement compacts, une application de dans , une fonction numérique finie et , définie dans ; ces deux fonctions définissent une application de dans l’espace des mesures sur , telle que pour tout , soit une mesure ponctuelle (chap. III, 2e éd., §2, n° 4) ou soit égale à 0. Si est une fonction numérique définie dans , on a (rappelons qu’on a convenu de prendre ce produit égal à 0 lorsque et ). Toute fonction (à valeurs dans un espace topologique) définie dans , est -mesurable pour tout . Toute application de dans un espace de Banach est -intégrable pour tout et on a . Enfin, si est une fonction numérique quelconque définie dans , pour que soit -intégrable, il faut et il suffit que soit fini, et on a alors .
Définition 1
Soit une mesure positive sur . On dit que le couple est -adapté si les conditions suivantes sont satisfaites : 1° Les fonctions et sont -mesurables. 2° Pour toute fonction , l’application est essentiellement -intégrable.
Proposition 1
Si le couple est -adapté, l’application de dans est scalairement essentiellement -intégrable, vaguement -mesurable et -adéquate. Inversement, si est scalairement essentiellement -intégrable et vaguement -mesurable, la fonction est -mesurable, et la restriction de à l’ensemble des tels que est -mesurable.
En effet, supposons que le couple soit -adapté; pour toute fonction , la fonction est alors essentiellement -intégrable. Montrons que est vaguement -mesurable. En effet, notons d’abord que, si et sont continues, l’application est vaguement continue. Dans le cas général, l’ensemble des parties compactes de telles que les restrictions de et de à soient continues est -dense (chap. IV, 2e éd., § 5, n° 10, prop. 15); si est un tel ensemble, la restriction de à est vaguement continue, d’où la première assertion de l’énoncé. La prop. 2 du § 3, n° 1, montre que est -adéquate.
Inversement, supposons que soit scalairement essentiellement intégrable et vaguement -mesurable; elle est alors -adéquate (§ 3, n° 1, prop. 2). La fonction 1 étant semi-continue inférieurement dans , la fonction est -mesurable (§ 3, déf. 1). L’ensemble est donc mesurable (chap. IV, 2e éd., § 5, n° 5, prop. 7). L’ensemble des compacts tels que soit continue et vaguement continue est -dense dans (chap. IV, 2e éd., § 5, n° 10, prop. 15); si , la restriction à de l’application est donc vaguement continue, et cela entraîne la continuité de (chap. III, 2e éd., § 1, n° 9, prop. 13). Comme est -dense dans , la restriction de à est mesurable.
Nous utiliserons le lemme suivant:
Lemme 1
Soient et deux espaces topologiques, une application continue propre (Top. gén., chap. I, 4e éd., § 10, déf. 1) de dans . Soit une fonction numérique semi-continue inférieurement, définie dans . Pour tout , soit la borne inférieure de la fonction dans l’ensemble (borne inférieure égale à si ; cf. Ens., chap. III, § 1, n° 9). Alors est semi-continue inférieurement dans .
Pour tout nombre réel (fini) , notons l’ensemble des tels que , l’ensemble des tels que ; tout revient à montrer que est fermé (Top. gén., chap. IV, § 6, n° 2, prop. 1). Or est fermé (même réf.) et l’application propre est fermée (Top. gén., chap. I, 4e éd., § 10, n° 1, prop. 1); on est donc ramené à prouver que . La relation évidente f(\pi(t)) \leq g(t) \text{ pour tout } t \in T \text{ entraîne que } \pi(A_a) \subset B_a. Inversement, soit ; l’ensemble est quasi-compact (\emph{Top. gén.}, chap. I, 4e éd., , n° 2, th. 1) et non vide, et il existe donc un tel que (\emph{Top. gén.}, chap. IV, § 6, n° 2, th. 3); on a alors et
2. Intégrales supérieures de fonctions positives par rapport à une intégrale de mesures ponctuelles
Nous allons voir que, lorsque est un couple -adapté, on peut préciser les résultats obtenus en appliquant les propositions du § 3 à la famille , qui est -adéquate d’après la prop. 1.
Théorème 1
Soit un couple -adapté, et soit . Pour toute fonction numérique définie dans , on a
(1)
A) Supposons d’abord que la mesure ait un support compact , et que les restrictions à des fonctions et soient continues. On a, d’après la formule (4) du § 3, n° 1, , de sorte que toutes les mesures qui interviennent dans la formule (1) sont bornées. On peut donc remplacer au premier membre par . Compte tenu de la formule (6) du § 3, n° 2, tout revient à prouver que:
(2)
(3)
(4)
La mesure étant bornée, et étant arbitraire, l’inégalité (3) en résulte.
B) Passons maintenant au cas général. L’application de dans étant -mesurable (chap. IV, § 5, n° 3, th. 1), l’ensemble des compacts de tels que les restrictions de et à soient continues est -dense (chap. IV, 2e éd., § 5, n° 10, prop. 15). D’après la prop. 4 du § 2, n° 3, est somme d’une famille sommable de mesures portées par des éléments de ; le couple étant -adapté pour tout , soit la mesure . On a alors d’après A)
(5)
Mais les forment une famille sommable dont la somme est égale à (§ 3, n° 1, cor. de la prop. 1). On a donc d’après la prop. 1 du § 2, n° 1,
(6)
On a une relation analogue pour le second membre de (5), et (1) résulte donc de (5) par sommation sur .
Corollaire
Pour qu’une partie de soit localement négligeable pour , il faut et il suffit que l’intersection de et de l’ensemble des points où , soit localement négligeable pour .
Proposition 2
Soient une application continue et propre* (Top. gén., chap. I, 4e éd., § 10, n° 1) *de T dans X, g une fonction numérique finie et continue dans T, telle que pour tout . Alors le couple est -adapté, et si on pose
*on a, pour toute fonction numérique définie dans X,
Il est clair que et sont -mesurables ; en outre, pour toute fonction , est continue et à support compact, puisque est propre ; le couple est donc -adapté, et en outre l’application est vaguement continue.
Soit une fonction semi-continue inférieurement dans , telle que pour tout . Nous allons montrer que
Par définition de l’intégrale supérieure, il en résultera l’inégalité
ce qui, joint à l’inégalité (7) du § 3, n° 2, démontrera (7).
Pour démontrer (8), définissons dans X une fonction de la façon suivante : est la borne inférieure de dans l’ensemble (borne inférieure égale à si ). La fonction possède les propriétés suivantes :
1° pour tout (puisque pour tout ). 2° pour tout . 3° La fonction est semi-continue inférieurement, en vertu du lemme 1, la fonction étant semi-continue inférieurement dans .
On a par suite, compte tenu de la prop. 2a) du § 3, n° 1 :
ce qui établit (8), et achève la démonstration.
3. Mesurabilité par rapport à une intégrale de mesures ponctuelles
Proposition 3
Soit un couple -adapté, et soit . Soient une application de dans un espace topologique , l’ensemble (-mesurable) des points tels que . Pour que soit -mesurable, il faut et il suffit que la restriction de à soit -mesurable.
Supposons d’abord que soit -mesurable. Par hypothèse, l’ensemble des parties compactes de telles que la restriction de à soit continue, est -dense dans (chap. IV, 2e éd., § 5, n° 10, prop. 15). Pour montrer que la restriction à de est -mesurable, il suffit donc de prouver que, pour tout , l’ensemble des parties compactes de , telles que la restriction de à soit continue, est -dense dans (chap. IV, 2e éd., § 5, n° 8, prop. 13). Mais par hypothèse, il existe une partition de l’ensemble compact formée d’un ensemble -négligeable et d’une suite d’ensembles compacts tels que la restriction de à chacun des soit continue. Dans ces conditions, et les ensembles forment une partition de ; mais est -négligeable en vertu du cor. du th. 1 du n° 2, les ensembles sont compacts et la restriction de à chacun de ces derniers est continue, ce qui prouve que la restriction à de est -mesurable.
Inversement, supposons qu’il en soit ainsi; pour montrer que est -mesurable, il suffit de prouver que l’ensemble des parties compactes de , telles que la restriction de à soit continue, est -dense (chap. IV, 2e éd., § 5, n° 10, prop. 15). Soit une partie de telle que soit -négligeable pour tout , et montrons que est localement -négligeable. Pour cela, nous devons montrer que est localement -négligeable (cor. du th. 1 du n° 2). Or, l’ensemble des parties compactes de , telles que les restrictions à de et de soient continues, est par hypothèse -dense dans (chap. IV, 2 éd., § 5, n° 10, prop. 15). Il nous suffit donc de prouver que est -négligeable pour tout . Or, est compact et peut être identifié à l’espace quotient de par la relation d’équivalence , étant identifiée à l’application canonique de sur cet espace quotient (Top. gén., chap. I, 4e éd., § 5, n° 2, prop. 3). Comme la restriction de à est continue, la restriction de à est donc continue, autrement dit , et par suite est -négligeable. En vertu du cor. du th. 1 du n° 2, est localement -négligeable ; il en est donc de même de l’ensemble
mais comme est compact, est -négligeable, ce qui achève la démonstration.
Remarque
Si est une application de dans un espace de Banach , il revient au même de dire que la restriction de à est -mesurable, ou que la fonction (définie dans ) est -mesurable, puisque est -mesurable, ne s’annule pas dans , et est nulle dans (chap. IV, 2e éd., § 5, n° 10, prop. 15).
4. Intégration des fonctions à valeurs dans un espace de Banach, par rapport à une intégrale de mesures ponctuelles
Théorème 2
Soit un couple -adapté, et soit . Soit une fonction définie dans , à valeurs dans un espace de Banach ou dans . Pour que soit essentiellement -intégrable, il faut et il suffit que soit essentiellement -intégrable, et on a alors
Supposons en outre que soit continue et propre, et que soit continue et telle que pour tout . Alors, pour que soit -intégrable, il faut et il suffit que soit -intégrable.
A) Nous commencerons par traiter le cas où la mesure est portée par un compact , sur lequel est bornée. Les mesures et sont alors bornées, et on peut remplacer dans l’énoncé « essentiellement intégrable » par « intégrable ». Supposons que soit -intégrable : la fonction est alors -intégrable, et la relation (9) est vérifiée, d’après le th. 1 du § 3, n° 3. Inversement, supposons que soit -intégrable : est alors -mesurable (n° 3, prop. 3 et Remarque), et on a
(n° 2, th. 1) : est donc essentiellement -intégrable (, n° 3, prop. 9), donc -intégrable. Le th. 1 du , n° 3 entraîne alors (9).
B) Passons au cas général. Soit l’ensemble des parties compactes de telles que soit continue : est -dense (chap. IV, 2e éd., § 5, n° 10, prop. 15), et la mesure est donc somme d’une famille de mesures portées par des éléments de (§ 2, n° 3, prop. 4). Le couple est évidemment -adapté pour tout , et la mesure est somme de la famille des mesures (§ 3, n° 1, prop. 12). Le raisonnement de A) s’appliquant aux mesures , la première partie de l’énoncé résulte alors de la prop. 3 du § 2, n° 2.
Pour que la fonction (resp. ) soit intégrable pour (resp. pour ), il faut et il suffit qu’elle soit essentiellement intégrable, et qu’on ait
La seconde partie de l’énoncé résulte donc de la première partie, et de la proposition 2.
Remarque
Soient un couple -adapté, une application de T dans X, une fonction numérique finie et définie dans T, telles que (resp. ) soit égale à (resp. ) localement presque partout pour . Alors le couple est -adapté, les mesures et sont égales localement presque partout, et on a . Si maintenant et sont seulement définies localement presque partout (pour ), et s’il existe un couple -adapté tel que (resp. ) soit égale à (resp. ) localement presque partout, on dit encore que le couple est -adapté, et on pose alors
(cf. § 3, n° 3, Remarque). Les énoncés des th. 1 et 2 et de la prop. 3 restent valables lorsqu’on suppose seulement et définis localement presque partout.
Exercices
See the exercises for § 4.