Bourbaki

§ 1. Convolution.

1. Définition et exemples.

Rappelons (chap. V, § 6, nos 1 et 4 ; chap. VI, § 2, no 10) que, si X et Y sont des espaces localement compacts, μ\mu une mesure sur X, et si φ\varphi est une application de X dans Y, φ\varphi est dite μ\mu-propre si : a) φ\varphi est μ\mu-mesurable ; b) pour chaque partie compacte K de Y, π−1(K)\pi^{-1}(K) est essentiellement μ\mu-intégrable. Alors la mesure image ν=φ(μ)\nu = \varphi(\mu) sur Y existe et possède la propriété suivante : pour qu'une fonction ff sur Y, à valeurs dans un espace de Banach ou dans R‾\overline{\mathbf{R}}, soit essentiellement intégrable pour ν\nu, il faut et il suffit que f∘φf \circ \varphi le soit pour μ\mu, et l'on a alors

∫Yf(y)dν(y)=∫Xf(φ(x))dμ(x). \int_Y f(y) d\nu(y) = \int_X f(\varphi(x)) d\mu(x).

Définition 1

Soient X1,…,XnX_1, \ldots, X_n des espaces localement compacts, μi\mu_i une mesure sur XiX_i (1≤i≤n1 \leq i \leq n) ; soient X le produit des XiX_i, μ\mu celui des μi\mu_i. Soit φ\varphi une application de X dans un espace localement compact Y. On dit que la suite (μi)(\mu_i) est φ\varphi-convolvable, ou que μ1,…,μn\mu_1, \ldots, \mu_n sont φ\varphi-convolvables, si φ\varphi est μ\mu-propre ; en ce cas, l'image ν=φ(μ)\nu = \varphi(\mu) de μ\mu par φ\varphi s'appelle le produit de convolution des μi\mu_i pour φ\varphi, et se note ∗φ(μi)1≤i≤n*_{\varphi}(\mu_i)_{1 \leq i \leq n}, ou ∏i=1nμi\prod_{i=1}^n \mu_i, ou μ1∗μ2∗…∗μn\mu_1 * \mu_2 * \ldots * \mu_n.

Les deux dernières notations ne sont à employer, bien entendu, que lorsqu’il ne peut y avoir aucun doute sur φ.

Soit f une fonction sur Y, à valeurs dans un espace de Banach ou dans R‾\overline{\mathbf{R}}. Pour que f soit essentiellement intégrable pour μ1∗μ2∗…∗μn\mu_1 * \mu_2 * \ldots * \mu_n, il faut et il suffit que la fonction

(x1,…,xn)→f(φ(x1,…,xn)) (x_1, \ldots, x_n) \to f(\varphi(x_1, \ldots, x_n))

soit essentiellement intégrable pour μ1⊗μ2⊗…⊗μn\mu_1 \otimes \mu_2 \otimes \ldots \otimes \mu_n, et l’on a alors

(1)

∫f d(μ1∗μ2∗…∗μn)=∫f(φ(x1,…,xn))dμ1(x1)…dμn(xn) \int f\, d(\mu_1 * \mu_2 * \ldots * \mu_n) = \int f(\varphi(x_1, \ldots, x_n)) d\mu_1(x_1) \ldots d\mu_n(x_n)

formule qui peut être considérée comme définissant μ1∗…∗μn\mu_1 * \ldots * \mu_n quand on y prend f∈H(Y)f \in \mathscr{H}(Y).

Les définitions entraînent aussitôt que les μi\mu_i sont convolables si et seulement si les ∣μi∣|\mu_i| le sont. On a alors

∣φ(μ1⊗…⊗μn)∣≤φ(∣μ1⊗…⊗μn∣)=φ(∣μ1∣⊗…⊗∣μn∣) |\varphi(\mu_1 \otimes \ldots \otimes \mu_n)| \leq \varphi(|\mu_1 \otimes \ldots \otimes \mu_n|) = \varphi(|\mu_1| \otimes \ldots \otimes |\mu_n|)
(chap. VI, § 2, no 10), c’est-à-dire

(2)

∣∗iμi∣≤∗i∣μi∣. |\ast_i \mu_i| \leq \ast_i |\mu_i|.

Si les μi\mu_i sont convolables positives, et si νi\nu_i est une mesure sur XiX_i; telle que 0≤νi≤μi0 \leq \nu_i \leq \mu_i, les νi\nu_i sont convolables et

∗iνi≤∗iμi. \ast_i \nu_i \leq \ast_i \mu_i.

Supposons μ1,μ2,…,μn\mu_1, \mu_2, \ldots, \mu_n convolables, et μ1′,μ2,…,μn\mu'_1, \mu_2, \ldots, \mu_n convolables (μ1′\mu'_1 étant une mesure sur X1X_1). D’après le chap. V, § 6, no 3, prop. 6, μ1+μ1′,μ2,…,μn\mu_1 + \mu'_1, \mu_2, \ldots, \mu_n sont convolables et (μ1+μ1′)∗μ2∗…∗μn=μ1∗μ2∗…∗μn+μ1′∗μ2∗…∗μn(\mu_1 + \mu'_1) * \mu_2 * \ldots * \mu_n = \mu_1 * \mu_2 * \ldots * \mu_n + \mu'_1 * \mu_2 * \ldots * \mu_n.

Exemple 1

Pour φ\varphi quelconque, les mesures εxi\varepsilon_{x_i}, où xi∈Xix_i \in X_i pour 1≤i≤n1 \leq i \leq n, sont toujours convolables et ont pour produit de convolution εy\varepsilon_y, avec y=φ(x1,x2,…,xn)y = \varphi(x_1, x_2, \ldots, x_n). Par suite, si chacune des μi\mu_i est à support fini, les μi\mu_i sont convolables et μ1∗…∗μn\mu_1 * \ldots * \mu_n est à support fini. En particulier, soit M un monoïde muni d’une topologie localement compacte ; si on prend pour φ\varphi la loi de composition dans MM, les mesures à support fini sur MM forment, pour la convolution, une algèbre qui n’est autre que l’algèbre du monoïde MM (sur R\mathbf{R}, ou sur C\mathbf{C}, suivant qu’on considère les mesures réelles ou complexes).

Exemple 2

Soit MM un monoïde muni de la topologie discrète ; supposons que, pour tout m∈Mm \in M, il n’y ait qu’un ensemble fini de couples (m′,m′′)∈M×M(m', m'') \in M \times M tels que m′m′′=mm'm'' = m; cela revient à dire que la loi de composition dans MM est une application propre de M×MM \times M dans MM; alors les mesures sur MM forment, pour la convolution, une algèbre qui n’est autre que l’algèbre large du monoïde MM; signalons les deux cas suivants :

a) M=NM = \mathbf{N}, la loi de composition étant l’addition. À toute mesure μ\mu sur N\mathbf{N}, associons la série formelle

S(μ)=∑n=0∞μ({n})tn S(\mu) = \sum_{n=0}^{\infty} \mu(\{n\}) t^n

en une indéterminée tt. Alors S(μ∗μ′)=S(μ)S(μ′)S(\mu * \mu') = S(\mu) S(\mu'). Une remarque analogue s’applique aux séries formelles à un nombre quelconque d’indéterminées.

b) M=N∗M = \mathbf{N}^*, la loi de composition étant la multiplication. À toute mesure μ\mu sur N∗\mathbf{N}^*, associons la série de Dirichlet formelle

D(μ)=∑n=1∞μ({n})n−s. D(\mu) = \sum_{n=1}^{\infty} \mu(\{n\}) n^{-s}.

Alors D(μ∗μ′)=D(μ)D(μ′)D(\mu * \mu') = D(\mu) D(\mu')

Exemple 3

Soient X,Y,ZX, Y, Z des espaces localement compacts, φ\varphi une application continue de X×YX \times Y dans ZZ. Si x∈Xx \in X et si μ\mu est une mesure sur YY, dire que εx\varepsilon_x et μ\mu sont φ\varphi-convolables revient à dire que l’application φ(x,.)\varphi(x, .) de YY dans ZZ est μ\mu-propre. Et l’on a alors εx∗μ=φ(x,.)(μ)\varepsilon_x * \mu = \varphi(x, .)(\mu).

2. Associativité.

Le lemme suivant complète la prop. 7 du chap. V, § 8, no 3 :

Lemme 1

Pour 1≤i≤n1 \leq i \leq n, soient Xi,YiX_i, Y_i deux espaces localement compacts, μi\mu_i une mesure sur XiX_i, φi\varphi_i une application continue de XiX_i dans YiY_i. Soient X=∏iXiX = \prod_i X_i, Y=∏iYiY = \prod_i Y_i, μ=⨂iμi\mu = \bigotimes_i \mu_i, et φ\varphi l’application de XX dans YY, produit des φi\varphi_i. Si φ\varphi est μ\mu-propre et si μi≠0\mu_i \neq 0 pour tout ii, les φi\varphi_i sont μi\mu_i-propres et φ(μ)=⨂iφi(μi)\varphi(\mu) = \bigotimes_i \varphi_i(\mu_i).

On peut supposer les μi\mu_i positives et n=2n = 2. Soit f1∈K+(Y1)f_1 \in \mathscr{K}_+(Y_1). Puisque μ2≠0\mu_2 \neq 0, il existe f2∈K+(Y2)f_2 \in \mathscr{K}_+(Y_2) telle que f2∘φ2f_2 \circ \varphi_2 ne soit pas μ2\mu_2-négligeable. La fonction (x1,x2)→f1(φ1(x1))f2(φ2(x2))(x_1, x_2) \to f_1(\varphi_1(x_1))f_2(\varphi_2(x_2)) est essentiellement μ\mu-intégrable et continue, donc μ\mu-intégrable. Donc il existe x2∈X2x_2 \in X_2 tel que f2(φ2(x2))≠0f_2(\varphi_2(x_2)) \neq 0 et que la fonction x1→f1(φ1(x1))f2(φ2(x2))x_1 \to f_1(\varphi_1(x_1))f_2(\varphi_2(x_2)) soit μ1\mu_1-intégrable. Donc f1∘φ1f_1 \circ \varphi_1 est μ1\mu_1-intégrable, ce qui prouve que φ1\varphi_1 est μ1\mu_1-propre. On raisonne de même pour φ2\varphi_2. On a φ(μ)=⨂iφi(μi)\varphi(\mu) = \bigotimes_i \varphi_i(\mu_i) d’après la prop. 7 du chap. V, § 8, no 3.

Le lemme suivant complète la prop. 4 du chap. V, § 6, no 3.

Lemme 2

Soient T,T′,T′′T, T', T'' trois espaces localement compacts, μ\mu une mesure sur TT, π\pi une application μ\mu-mesurable de TT dans T′T', π′\pi' une application continue de T′T' dans T′′T'', et π′′=π′∘π\pi'' = \pi' \circ \pi. Si π′′\pi'' est μ\mu-propre, π\pi est μ\mu-propre, π′\pi' est π(μ)\pi(\mu)-propre, et π′′(μ)=π′(π(μ))\pi''(\mu) = \pi'(\pi(\mu)).

Soit K′K' une partie compacte de T′T'. Alors K′′=π′(K′)K'' = \pi'(K') est compact, donc π′′−1(K′′){\pi''}^{-1}(K'') est essentiellement μ\mu-intégrable, donc π−1(K′)⊂π′′−1(K′′)\pi^{-1}(K') \subset {\pi''}^{-1}(K'') est essentiellement μ\mu-intégrable, de sorte que π\pi est μ\mu-propre. Alors π′\pi' est π(μ)\pi(\mu)-propre et π′′(μ)=π′(π(μ))\pi''(\mu) = \pi'(\pi(\mu)) d’après le chap. V, § 6, no 3, prop. 4.

Proposition 1

Soient XijX_{ij} (1≤i≤m,1≤j≤ni1 \leq i \leq m, 1 \leq j \leq n_i), YiY_i (1≤i≤m1 \leq i \leq m), ZZ des espaces localement compacts ; pour chaque ii, soit φi\varphi_i une application de Xi=∏jXijX_i = \prod_j X_{ij} dans YiY_i ; soit φ\varphi l’application de X=∏iXiX = \prod_i X_i dans Y=∏iYiY = \prod_i Y_i, produit des φi\varphi_i ; soit ψ\psi une application de YY dans ZZ.

(i) Soient μij\mu_{ij} des mesures respectivement données sur les XijX_{ij}, telles que, pour chaque ii, les μij\mu_{ij} (1≤j≤ni1 \leq j \leq n_i) soient φi\varphi_i-convolables et que les mesures ∗i∣μij∣*_{i} |\mu_{ij}| soient ψ\psi-convolables ; alors les μij\mu_{ij}, pour 1≤i≤m,1≤j≤ni1 \leq i \leq m, 1 \leq j \leq n_i, sont (ψ∘φ)(\psi \circ \varphi)-convolables et l’on a

∗i,jμij=∗i(∗jμij). *_{i,j} \mu_{ij} = *_{i} (*_{j} \mu_{ij}).

(ii) Supposons ψ\psi et les φi\varphi_i continues, et soient μij\mu_{ij} des mesures toutes ≠0\neq 0, respectivement données sur les XijX_{ij}, et (ψ∘φ)(\psi \circ \varphi)-convolables ; alors, pour chaque ii, les μij\mu_{ij} (1≤j≤ni1 \leq j \leq n_i) sont φi\varphi_i-convolables, les mesures ∗i∣μij∣*_{i} |\mu_{ij}| sont ψ\psi-convolables, et l’on a la formule (3).

Il suffit d’envisager le cas où toutes les mesures considérées sont ≥0\geq 0.

Plaçons-nous dans les hypothèses de (i). L’application φ\varphi est propre pour ⨂i,jμij\bigotimes_{i,j} \mu_{ij} et φ(⨂i,jμij)=⨂iφi(⨂jμij)=⨂i(∗jμij)\varphi(\bigotimes_{i,j} \mu_{ij}) = \bigotimes_{i} \varphi_i(\bigotimes_{j} \mu_{ij}) = \bigotimes_{i} (*_{j} \mu_{ij}) (chap. V, § 8, prop. 7). L’application ψ∘φ\psi \circ \varphi est propre pour ⨂i,jμij\bigotimes_{i,j} \mu_{ij} et (ψ∘φ)(⨂i,jμij)=ψ(⨂i(∗jμij))=∗i(∗jμij)(\psi \circ \varphi)(\bigotimes_{i,j} \mu_{ij}) = \psi(\bigotimes_{i} (*_{j} \mu_{ij})) = *_{i} (*_{j} \mu_{ij}) (chap. V, § 6, prop. 4). Donc les μij\mu_{ij} (1≤i≤m,1≤j≤ni1 \leq i \leq m, 1 \leq j \leq n_i) sont (ψ∘φ)(\psi \circ \varphi)-convolables et l’on a la formule (3).

Plaçons-nous dans les hypothèses de (ii). Le lemme 2 prouve d’abord que φ\varphi est propre pour ⨂i,jμij\bigotimes_{i,j} \mu_{ij}. Le lemme 1 prouve alors que, pour tout ii, φi\varphi_i est propre pour ⨂jμij\bigotimes_{j} \mu_{ij} et que

φ(⨂i,jμij)=⨂i(∗jμij). \varphi(\bigotimes_{i,j} \mu_{ij}) = \bigotimes_{i} (*_{j} \mu_{ij}).

D’après le lemme 2, ψ\psi est propre pour ⨂i(∗jμij)\bigotimes_{i} (*_{j} \mu_{ij}). D’où la proposition.

Corollaire

Soient Xi,Xi′X_i, X'_i (1≤i≤n1 \leq i \leq n), Y, Y′Y' des espaces localement compacts ; soient φ,φ′\varphi, \varphi' des applications continues de X=∏iXiX = \prod_i X_i dans YY et de X′=∏iXi′X' = \prod_i X'_i dans Y′Y', respectivement ; soient fif_i des applications continues de XiX_i dans Xi′X'_i (1≤i≤n1 \leq i \leq n) et gg une application continue de YY dans Y′Y', telles que φ′∘f=g∘φ\varphi' \circ f = g \circ \varphi, ff étant l’application de XX dans X′X' produit des fif_i. Soient μi\mu_i des mesures respectivement données sur les XiX_i et toutes ≠0\neq 0. Alors les deux assertions suivantes sont équivalentes :

(i) fif_i est μi\mu_i-propre pour tout ii, et les mesures fi(∣μi∣)f_i(|\mu_i|) sont φ′\varphi'-convolables ;

(ii) les μi\mu_i sont φ\varphi-convolables, et gg est propre pour ∗φ(∣μi∣)*_{\varphi}(|\mu_i|). De plus, lorsque ces assertions sont vérifiées, on a

(4)

∗φ′(fi(μi))=g(∗φμi)=∗g∘φ(μi). *_{\varphi'}(f_i(\mu_i)) = g(*_{\varphi}\mu_i) = *_{g \circ \varphi}(\mu_i).

En effet, soit h=φ′∘f=g∘φh = \varphi' \circ f = g \circ \varphi. D’après la prop. 1, les conditions (i) et (ii) sont chacune équivalentes à la condition suivante : (iii) les μi\mu_i sont hh-convolables. S’il en est ainsi, on a

∗φ′(fi(μi))=∗hμi=g(∗φμi). *_{\varphi'}(f_i(\mu_i)) = *_h \mu_i = g(*_{\varphi}\mu_i).

3. Cas des mesures bornées.

Proposition 2

Soient X1,…,Xn,YX_1, \ldots, X_n, Y des espaces localement compacts, μi\mu_i une mesure bornée sur XiX_i (1≤i≤n1 \leq i \leq n), μ\mu le produit des μi\mu_i, φ\varphi une application μ\mu-mesurable de ∏iXi\prod_i X_i dans YY. Alors les μi\mu_i sont φ\varphi-convolables et ∥∗i=1nμi∥≤∏i=1n∥μi∥\| *_{i=1}^n \mu_i \| \leq \prod_{i=1}^n \| \mu_i \|. Si les μi\mu_i sont en outre positives, on a ∥∗i=1nμi∥=∏i=1n∥μi∥\| *_{i=1}^n \mu_i \| = \prod_{i=1}^n \| \mu_i \|.

En effet, μi′=∣μi∣\mu'_i = |\mu_i| est bornée et ∥μi′∥=∥μi∥\| \mu'_i \| = \| \mu_i \| (chap. VI, § 2, no 9, prop. 13). On a ∣μ1⊗…⊗μn∣=μ1′⊗…⊗μn′|\mu_1 \otimes \ldots \otimes \mu_n| = \mu'_1 \otimes \ldots \otimes \mu'_n (chap. VI, § 2, no 10), donc μ1⊗…⊗μn\mu_1 \otimes \ldots \otimes \mu_n est bornée et

∥μ1⊗…⊗μn∥=∥μ1∥…∥μn∥ \| \mu_1 \otimes \ldots \otimes \mu_n \| = \| \mu_1 \| \ldots \| \mu_n \|
(chap. V, § 8, no 2, cor. 6 de la prop. 5). Donc φ\varphi est μ\mu-propre (chap. V, § 6, no 1, Remarque 1), c’est-à-dire que les μi\mu_i sont φ\varphi-convolables. On a ∥∗i=1nμi′∥=∥μ1′⊗…⊗μn′∥\| *_{i=1}^n \mu'_i \| = \| \mu'_1 \otimes \ldots \otimes \mu'_n \| (chap. V, § 6, no 2, th. 1) et par suite ∥∗i=1nμi′∥=∥μ1′∥…∥μn′∥\| *_{i=1}^n \mu'_i \| = \| \mu'_1 \| \ldots \| \mu'_n \|. Enfin,
∣∗iμi∣≤∗iμi′ (no 1, formule (2)), | *_{i} \mu_i | \leq *_{i} \mu'_i \text{ (no 1, formule (2))},
donc

∥∗μi∥≤∥∗μi′∥=∏i=1n∥μi∥. \| * \mu_i \| \leq \| * \mu'_i \| = \prod_{i=1}^n \| \mu_i \|.

Proposition 3

Soient X1,…,Xn,YX_1, \ldots, X_n, Y des espaces localement compacts, φ\varphi une application continue de ∏i=1nXi\prod_{i=1}^n X_i dans YY. Alors l’application (μ1,…,μn)→∗φμi(\mu_1, \ldots, \mu_n) \to *_{\varphi} \mu_i de ∏i=1nM1(Xi)\prod_{i=1}^n \mathscr{M}^1(X_i) dans M1(Y)\mathscr{M}^1(Y) est multilinéaire continue.

Ceci résulte de la prop. 2 et de ce qu’on a dit au no 1.

4. Propriétés concernant les supports.

Proposition 4

Soient X1,…,Xn,YX_1, \ldots, X_n, Y des espaces localement compacts, μi\mu_i une mesure sur XiX_i (1≤i≤n1 \leq i \leq n), SiS_i son support, φ\varphi une application continue de ∏iXi\prod_i X_i dans YY telle que la restriction de φ\varphi à ∏iSi\prod_i S_i soit propre. Alors les μi\mu_i sont φ\varphi-convolables.

En effet, soit KK une partie compacte de YY. Le support de μ=μ1⊗…⊗μn\mu = \mu_1 \otimes \ldots \otimes \mu_n est S=∏iSiS = \prod_i S_i (chap. III, § 5, no 2, prop. 2).

Donc φ−1(K)∩(∏iXi−S)\varphi^{-1}(K) \cap \left( \prod_i X_i - S \right) est μ\mu-négligeable. D’autre part, φ−1(K)∩S\varphi^{-1}(K) \cap S est compact. Donc φ−1(K)\varphi^{-1}(K) est μ\mu-intégrable.

Proposition 5

Soient X1,…,Xn,YX_1, \ldots, X_n, Y des espaces localement compacts, μi\mu_i une mesure sur XiX_i (1≤i≤n1 \leq i \leq n), μ\mu le produit des μi\mu_i, φ\varphi une application μ\mu-propre de ∏iXi\prod_i X_i dans YY, et SiS_i le support de μi\mu_i.

a) *Le support de ∗μi* \mu_i est contenu dans l’adhérence de φ(∏iSi)\varphi \left( \prod_i S_i \right).

b) Si φ\varphi est continue et si les μi\mu_i sont positives, le support de ∗μi* \mu_i est l’adhérence de φ(∏iSi)\varphi \left( \prod_i S_i \right).

Soit S=∏iSiS = \prod_i S_i le support de μ\mu. Le support de ∗μi* \mu_i est contenu dans φ(S)‾\overline{\varphi(S)} d’après le chap. V, § 6, no 2, cor. 3 de la prop. 2.

n° 1

Si φ\varphi est continue et si les μi\mu_i sont positives, le support de ∗iμi*_{i} \mu_i est φ(S)‾\overline{\varphi(S)} (loc. cit., cor. 4 de la prop. 2).

Corollaire

Si φ\varphi est continue, et si les μi\mu_i sont à support compact, les μi\mu_i sont convolables et ∗iμi*_{i} \mu_i est à support compact.

5. Expression vectorielle du produit de convolution.

Proposition 6

Soient X,Y,ZX, Y, Z des espaces localement compacts, φ\varphi une application continue de X×YX \times Y dans ZZ, et λ,μ\lambda, \mu des mesures sur X,YX, Y. Pour que λ\lambda et μ\mu soient φ\varphi-convolables, il faut et il suffit que l’application (x,y)→εφ(x,y)=εx∗εy(x, y) \to \varepsilon_{\varphi(x, y)} = \varepsilon_x * \varepsilon_y de X×YX \times Y dans M(Z)\mathscr{M}(Z) soit scalairement (λ⊗μ)(\lambda \otimes \mu)-intégrable pour la topologie σ(M(Z),K(Z))\sigma(\mathscr{M}(Z), \mathscr{K}(Z)), et l’on a alors

λ∗μ=∫X×Y(εx∗εy)dλ(x)dμ(y). \lambda * \mu = \int_{X \times Y} (\varepsilon_x * \varepsilon_y) d\lambda(x) d\mu(y).

Dire que λ\lambda et μ\mu sont φ\varphi-convolables signifie que, pour toute f∈K(Z)f \in \mathscr{K}(Z), f∘φf \circ \varphi est (λ⊗μ)(\lambda \otimes \mu)-intégrable, c’est-à-dire que, pour toute f∈K(Z)f \in \mathscr{K}(Z), la fonction (x,y)→⟨f,εφ(x,y)⟩(x, y) \to \langle f, \varepsilon_{\varphi(x, y)} \rangle est (λ⊗μ)(\lambda \otimes \mu)-intégrable, c’est-à-dire encore que l’application (x,y)→εφ(x,y)(x, y) \to \varepsilon_{\varphi(x, y)} de X×YX \times Y dans M(Z)\mathscr{M}(Z) est scalairement (λ⊗μ)(\lambda \otimes \mu)-intégrable pour σ(M(Z),K(Z))\sigma(\mathscr{M}(Z), \mathscr{K}(Z)). S’il en est ainsi, on a

⟨λ∗μ,f⟩=∫f(φ(x,y))dλ(x)dμ(y)=∫X×Y⟨εφ(x,y),f⟩dλ(x)dμ(y), \langle \lambda * \mu, f \rangle = \int f(\varphi(x, y)) d\lambda(x) d\mu(y) = \int_{X \times Y} \langle \varepsilon_{\varphi(x, y)}, f \rangle d\lambda(x) d\mu(y),

d’où λ∗μ=∫X×Yεφ(x,y)dλ(x)dμ(y)\lambda * \mu = \int_{X \times Y} \varepsilon_{\varphi(x, y)} d\lambda(x) d\mu(y).

Proposition 7

Soient X,Y,ZX, Y, Z des espaces localement compacts, φ\varphi une application continue de X×YX \times Y dans ZZ, et λ,μ\lambda, \mu des mesures sur X,YX, Y. On suppose que, pour tout x∈Xx \in X, εx\varepsilon_x et μ\mu sont φ\varphi-convolables. Pour que λ\lambda et μ\mu soient φ\varphi-convolables, il faut et il suffit que l’application x→εx∗∣μ∣x \to \varepsilon_x * |\mu| de XX dans M(Z)\mathscr{M}(Z) soit scalairement λ\lambda-intégrable pour la topologie σ(M(Z),K(Z))\sigma(\mathscr{M}(Z), \mathscr{K}(Z)), et l’on a alors λ∗μ=∫X(εx∗μ)dλ(x)\lambda * \mu = \int_X (\varepsilon_x * \mu) d\lambda(x).

Supposons que λ\lambda et μ\mu soient φ\varphi-convolables. Pour toute f∈K(Z)f \in \mathscr{K}(Z), f∘φf \circ \varphi est (∣λ∣⊗∣μ∣)(|\lambda| \otimes |\mu|)-intégrable, donc la fonction x→∫Yf(φ(x,y))d∣μ∣(y)=⟨f,εx∗∣μ∣⟩x \to \int_Y f(\varphi(x,y))d|\mu|(y) = \langle f, \varepsilon_x * |\mu| \rangle (qui par hypothèse est définie pour tout x∈Xx \in X) est λ\lambda-intégrable; donc x→εx∗∣μ∣x \to \varepsilon_x * |\mu| est scalairement λ\lambda-intégrable pour σ(M(Z),K(Z))\sigma(\mathscr{M}(Z), \mathscr{K}(Z)), et l’on a

⟨f,λ∗μ⟩=∫Xdλ(x)∫Yf(φ(x,y))dμ(y)=∫X⟨f,εx∗μ⟩dλ(x), \langle f, \lambda * \mu \rangle = \int_X d\lambda(x) \int_Y f(\varphi(x,y))d\mu(y) = \int_X \langle f, \varepsilon_x * \mu \rangle d\lambda(x),

d’où λ∗μ=∫X(εx∗μ)dλ(x)\lambda * \mu = \int_X (\varepsilon_x * \mu)d\lambda(x). Réciproquement, supposons que l’application x→εx∗∣μ∣x \to \varepsilon_x * |\mu| de XX dans M(Z)\mathscr{M}(Z) soit scalairement λ\lambda-intégrable pour σ(M(Z),K(Z))\sigma(\mathscr{M}(Z), \mathscr{K}(Z)). Soit f∈K+(Z)f \in \mathscr{K}_+(Z). Alors la fonction (x,y)→f(φ(x,y))(x, y) \to f(\varphi(x, y)) est continue et l’on a (chap. V, § 8, prop. 1)

∬∗f(φ(x,y)) d∣λ∣(x)d∣μ∣(y)=∫∗d∣λ∣(x)∫∗f(φ(x,y))d∣μ∣(y) \iint^* f(\varphi(x, y))\ d|\lambda|(x)d|\mu|(y) = \int^* d|\lambda|(x) \int^* f(\varphi(x, y))d|\mu|(y)
=∫∗⟨f,εx∗∣μ∣⟩d∣λ∣(x)<+∞. = \int^* \langle f, \varepsilon_x * |\mu| \rangle d|\lambda|(x) < +\infty.

Donc f∘φf \circ \varphi est (λ⊗μ)(\lambda \otimes \mu)-intégrable, de sorte que λ\lambda et μ\mu sont φ\varphi-convolables.

Exercices

See the exercises for § 1.

Transcribed from the printed volume. Not translated.