Bourbaki marks this one as harder than the rest.
Soient K un corps (commutatif) de caractéristique p (quelconque), Xi,Yi,Zi 3n indéterminées distinctes ; on désigne pour abréger par x,y,z les systèmes (Xi)1≤i≤n,(Yi)1≤i≤n,(Zi)1≤i≤n respectivement. Soit Ax,y,z l’algèbre des séries formelles par rapport aux 3n indéterminées Xi,Yi,Zi, à coefficients dans K ; on désignera par Ax,y (resp. Ax) la sous-algèbre de Ax,y,z formée des séries formelles ne contenant pas z (resp. y,z). Un élément de Ax,y,z (resp. Ax,y,Ax) se notera u(x,y,z) (resp. u(x,y),u(x)) ; un système (ui(x,y,z))1≤i≤n de n éléments de Ax,y,z se notera u(x,y,z) ; notations analogues pour les séries formelles ne contenant qu’un ou deux des trois systèmes x,y,z. Si u(x,y,z)∈Ax,y,z et si f=(fi),g=(gi),h=(hi) sont trois systèmes de n éléments de Ax,y,z qui sont des séries sans terme constant, on note u((f(x,y,z),g(x,y,z),h(x,y,z)) la série formelle obtenue en substituant fi à Xi,gi à Yi,hi à Zi (1≤i≤n) dans u. Pour tout système α=(α1,…,αn) de n entiers ≥0, on désigne par xα le monôme X1α1…Xnαn; on définit de même yα et zα. On désigne par εi le système α pour lequel αj=0 si j=i,αi=1. On désigne par e le système (0,…,0) de n éléments de Ax,y,z.
a) On appelle loi de groupe formel sur K (ou, par abus de langage, groupe formel sur K) de dimension n, un système G=f(x,y) de n éléments de Ax,y ayant les propriétés suivantes : 1o f(x,f(y,z))=f(f(x,y),z); 2o f(e,y)=y,f(x,e)=x. Montrer que l’on a nécessairement fi(x,y)=Xi+Yi+gi(x,y), où gi ne contient que des monômes de degré total ≥2, et dont chacun contient au moins un Xj et au moins un Yj. Montrer qu’il existe un système et un seul h(x) de n éléments de Ax tel que f(x,h(x))=f(h(x),x)=e (Alg. chap. IV, , no 9, prop. 10). On dit que G est commutatif si f(y,x)=f(x,y)
b) Pour tout u∈Ax, on désigne par Lyu l’élément u(f(y,z)) de Ax,y. Une dérivation D de Ax se prolonge canoniquement en une dérivation de Ax,y (notée encore D par abus de notation) par la condition que D(Yi)=0 pour tout i (Alg., chap. IV, § 5, no 8, prop. 6). On dit que D est invariante à gauche pour le groupe formel considéré G si on a LyD=DLy. On désigne par D(e) l’application linéaire de Ax,y dans Ay définie par D(e)(u)=(Du)(e,y); elle applique Ax dans K et est déterminée par sa restriction à Ax. Montrer que, pour que D soit invariante à gauche, il faut et il suffit que pour tout φ∈Ax, on ait D(e)(Lyφ)=(Dφ)(y).
Soit Di la dérivation ∂/∂Xi de Ax (1≤i≤n); il existe une dérivation invariante à gauche Ti et une seule telle que Ti(e)=Di(e). Montrer que les Ti sont linéairement indépendantes sur K et que toute dérivation invariante à gauche est combinaison linéaire des Ti à coefficients dans K. En déduire que, pour le crochet [D,D′] et la p-application D↦Dp (lorsque p>0), l’ensemble g des dérivations invariantes à gauche est une algèbre de Lie (une p-algèbre de Lie si p>0) dite algèbre de Lie du groupe formel G.
c) Montrer que, pour toute série formelle u∈Ax, on a :
u(f(x,y))=u(0)+i=1∑nYiTiu+o2(x,y)
où, dans la série o2, tous les monômes sont de degré ≥2 par rapport aux Yj. En déduire que l’on a :
u(f(x,f(y,z)))=u(0)+i=1∑n(Yi+Zi)Tiu+i,j∑YiZj((TiTj)(u))+o3(x,y,z)
où, dans la série o3, tous les monômes sont de degré ≥3, par rapport à l’ensemble des Yi et des Zi. En déduire que :
u(f(x,y))−u(f(y,x))=i<j∑(XiYj−XjYi)([Ti,Tj](e)(u))+o3′(x,y)
où tous les termes de o3′ sont de degré total ≥3. Montrer que, si G est commutatif, g est commutative.
d) Soit G′ un second groupe formel, de dimension m, dont la loi de groupe est f′. On appelle homomorphisme formel de G dans G′ un système F=(Fj(x))1≤j≤m d’éléments de Ax tel que l’on ait f′(F(x),F(y))=F(f(x,y)). Pour toute dérivation invariante à gauche D∈g, montrer que φ→D(φ∘F) est une dérivation invariante à gauche appartenant à l’algèbre de Lie g′ de G′. Si on la désigne par F∗(D), F∗ est un homomorphisme (un p-homomorphisme pour p>0) de g dans g′. Si (Ti)1≤i≤n, (Tj′)1≤j≤m sont les bases de g et g′ telles que Ti(e)=Di(e) et Tj′(e)=Dj(e), montrer que la matrice de F∗, rapportée à ces bases, est la matrice
(∂F_j/∂X_i)_0 (terme constant de ∂F_j/∂X_i, où i est l’indice des lignes, j celui des colonnes).