Bourbaki

§ 1. Hyperplans, chambres et facettes

Dans ce paragraphe, on note E un espace affine réel de dimension finie d et T l’espace des translations de E (cf. Alg., chap. II, 3e éd., § 9 et Esp. vect. top., chap. II, § 2). Pour deux points a, b de E, on notera [ab] (resp. ]ab[, resp. ]ab]) le segment fermé (resp. ouvert, resp. ouvert en a et fermé en b), d’extrémités a, b. On munit T de son unique topologie d’espace vectoriel topologique séparé, cf. Esp. vect. top., chap. I, § 2, no 3; il est isomorphe à Rd\mathbf{R}^d. On munit E de l’unique topologie telle que, pour tout e∈Ee \in E, l’application : t↦e+tt \mapsto e + t de T sur E soit un homéomorphisme.

On note H\mathfrak{H} un ensemble localement fini d’hyperplans de E (Top. gén., chap. I, § 1, no 5).

1. Notations

Soit H un hyperplan de E. Rappelons que E — H a deux composantes connexes, que l’on appelle les demi-espaces ouverts limités par H. Leurs adhérences s’appellent les demi-espaces fermés limités par H. Soient x,y∈Ex, y \in E. On dit que xx et yy sont strictement du même côté de H s’ils sont contenus dans le même sous-espace ouvert limité par H, ou, ce qui revient au même, si le segment fermé d’extrémités xx et yy ne rencontre pas H. On dit que xx et yy sont de part et d’autre de H si xx appartient à l’un des demi-espaces ouverts limités par H, et yy à l’autre. Si x∈Ex \in E et t∈Tt \in T, on dit que xx et tt sont strictement du même côté de H s’il en est ainsi pour xx et h+th + t, quel que soit h∈Hh \in H.

Soit A une partie connexe non vide de E. Pour tout hyperplan H de E ne rencontrant pas A, on note DH(A)D_H(A) l’unique demi-espace ouvert limité par H qui contient A. Si M\mathfrak{M} est un ensemble d’hyperplans de E dont aucun ne rencontre A, on pose

DM(A)=⋂H∈MDH(A). D_{\mathfrak{M}}(A) = \bigcap_{H \in \mathfrak{M}} D_H(A).

Si A est réduit à un point aa, on écrit DH(a)D_H(a) et DM(a)D_{\mathfrak{M}}(a) au lieu de DH({a})D_H(\{a\}) et DM({a})D_{\mathfrak{M}}(\{a\}).

2. Facettes

L’ensemble des points de E qui n’appartiennent à aucun hyperplan H de l’ensemble S\mathfrak{S} est ouvert dans E puisque S\mathfrak{S} est localement fini. De manière plus précise, on a le résultat suivant:

Proposition 1

Soit a un point de E. Il existe un voisinage ouvert convexe de a qui ne rencontre aucun hyperplan H appartenant à S\mathfrak{S} et ne passant pas par a. De plus, il n’existe qu’un nombre fini d’hyperplans appartenant à S\mathfrak{S} et passant par a.

L’ensemble N\mathfrak{N} des hyperplans H tels que H∈SH \in \mathfrak{S} et a∉Ha \notin H est localement fini puisqu’il est contenu dans S\mathfrak{S}; par suite, l’ensemble U des points de E n’appartenant à aucun des hyperplans de l’ensemble N\mathfrak{N} est ouvert; comme on a a∈Ua \in U, il existe un voisinage ouvert convexe de a contenu dans U. Le reste de la proposition est évident.

Étant donnés deux points x et y de E, on notera R {x,y}\{x, y\} la relation « Pour tout hyperplan H ∈S\in \mathfrak{S}, ou bien x∈Hx \in H et y∈Hy \in H, ou bien x et y sont strictement du même côté de H. »

Il est clair que R est une relation d’équivalence dans E.

Définition 1

On appelle facette de E relativement à S\mathfrak{S} toute classe selon la relation d’équivalence R définie ci-dessus.

Proposition 2

L’ensemble des facettes est localement fini.

C’est évident, puisque S\mathfrak{S} est localement fini.

Soient F une facette et a un point de F. Pour qu’un hyperplan H ∈S\in \mathfrak{S} contienne F, il faut et il suffit que l’on ait a∈Ha \in H; l’ensemble S\mathfrak{S} de ces hyperplans est donc fini; il a pour intersection un sous-espace affine L de E, que l’on appellera le support affine de F; la dimension de L s’appellera la dimension de F.

Si N\mathfrak{N} est l’ensemble des hyperplans H∈SH \in \mathfrak{S} ne contenant pas F, on a

(2)

F=L∩⋂H∈NDH(a). F = L \cap \bigcap_{H \in \mathfrak{N}} D_H(a).

Nous allons montrer que l’adhérence de F est donnée par la formule

(3)

F‾=L∩⋂H∈NDH(a)‾. \overline{F} = L \cap \bigcap_{H \in \mathfrak{N}} \overline{D_H(a)}.

Il est clair que le membre de droite contient le membre de gauche. Inversement, soit x∈L∩⋂H∈NDH(a)‾x \in L \cap \bigcap_{H \in \mathfrak{N}} \overline{D_H(a)}. Le segment ouvert d’extrémités a et x est contenu dans L et dans chacun des DH(a)D_H(a) pour H∈NH \in \mathfrak{N}, donc dans F. Il en résulte que x est adhérent à F, d’où la formule.

Proposition 3

Soient F une facette et L son support affine. (i) L’ensemble F est une partie ouverte et convexe du sous-espace affine L de E.

(ii) L’adhérence de F est réunion de F et de facettes de dimension strictement inférieure à celle de F.

(iii) Dans l’espace topologique L, l’ensemble F est l’intérieur de son adhérence.

Comme tout demi-espace ouvert et tout hyperplan sont des parties convexes de E, la formule (2) montre que F est intersection d’une famille de parties convexes, donc est convexe. Par ailleurs, soit a dans F, et soit U un voisinage ouvert convexe de a dans E ne rencontrant aucun des hyperplans appartenant à l’ensemble N\mathfrak{N} des H∈SH \in \mathfrak{S} tels que a∈Ha \in H. Pour tout H∈NH \in \mathfrak{N}, on a alors U⊂DH(a)U \subset D_H(a), d’où L∩U⊂FL \cap U \subset F, donc F est ouvert dans l’espace topologique L.

Soient b un point de F‾−F\overline{F} - F, appartenant à la facette F’, et N′\mathfrak{N}' l’ensemble des hyperplans H∈NH \in \mathfrak{N} passant par b ; on pose N′′=N−N′\mathfrak{N}'' = \mathfrak{N} - \mathfrak{N}'. Pour tout H dans N′′\mathfrak{N}'', on a b∉Hb \notin H et b∈DH(a)‾b \in \overline{D_H(a)}, d’où b∈DH(a)b \in D_H(a) et donc DH(b)=DH(a)D_H(b) = D_H(a); par définition d’une facette, on a donc :

F′=L∩⋂H∈N′H∩⋂H∈N′′DH(a) F' = L \cap \bigcap_{H \in \mathfrak{N}'} H \cap \bigcap_{H \in \mathfrak{N}''} D_H(a)

alors que (3) entraîne :

F‾=L∩⋂H∈N′DH(a)‾∩⋂H∈N′′DH(a)‾ \overline{F} = L \cap \bigcap_{H \in \mathfrak{N}'} \overline{D_H(a)} \cap \bigcap_{H \in \mathfrak{N}''} \overline{D_H(a)}

d’où F′⊂F‾F' \subset \overline{F}. On ne peut avoir N′=∅\mathfrak{N}' = \varnothing, car cela entraînerait F=F′F = F' d’après (2) et (4), contrairement à l’hypothèse b∉Fb \notin F et b∈F′b \in F'. Le support de F’ est l’ensemble L′=L∩⋂H∈N′HL' = L \cap \bigcap_{H \in \mathfrak{N}'} H; on a a∈La \in L, mais a∉Ha \notin H pour H dans N′\mathfrak{N}', d’où L′≠LL' \neq L et finalement dim⁡L′<dim⁡L\dim L' < \dim L, c’est-à-dire dim⁡F′<dim⁡F\dim F' < \dim F. Ceci prouve (ii).

Soient H dans N′\mathfrak{N}' et D le demi-espace ouvert limité par H et distinct de DH(a)D_H(a); on a b∈H∩Lb \in H \cap L, et il est immédiat que D∩LD \cap L est un demi-espace de L limité par l’hyperplan H∩LH \cap L de L ; par suite, tout voisinage de b dans L rencontre D∩LD \cap L, et comme D∩LD \cap L est disjoint de F‾\overline{F} d’après (3), on voit que le point b de F‾−F\overline{F} - F ne peut être intérieur à F‾\overline{F} dans l’espace topologique L. Comme F est ouvert dans L, on a (iii).

C.Q.F.D.

Corollaire

Soient F et F’ deux facettes. Si l’on a F‾=F‾′\overline{F} = \overline{F}', les facettes F et F’ sont égales.

Cela résulte de (iii).

Proposition 4

Soient F une facette, et L un sous-espace affine de E, intersection d’hyperplans appartenant à S\mathfrak{S}; on note N\mathfrak{N} l’ensemble des hyperplans H∈SH \in \mathfrak{S} qui ne contiennent pas L. Les conditions suivantes sont équivalentes :

(i) Il existe une facette F’ de support L rencontrant F‾\overline{F}. (ii) Il existe une facette F’ de support L contenue dans F‾\overline{F}. (iii) Il existe un point x dans L∩F‾L \cap \overline{F} qui n’appartient à aucun des hyperplans de N\mathfrak{N}. Si ces conditions sont remplies, L∩DN(F)L \cap D_{\mathfrak{N}}(F) est l’unique facette de support L contenue dans F‾\overline{F}.

(i) ⟹\Longrightarrow (ii) : Comme F‾\overline{F} est réunion de facettes (prop. 3, (ii)), toute facette qui rencontre F‾\overline{F} rencontre une facette contenue dans F‾\overline{F}, et lui est donc égale.

(ii) ⟹\Longrightarrow (iii) : Tout point xx de F′F' vérifie (iii) car tout hyperplan de S\mathfrak{S} contenant xx contient F′F', donc LL.

(iii) ⟹\Longrightarrow (i) : Soit xx un point vérifiant (iii) et soit F′F' la facette contenant xx; il est clair que F′F' rencontre F‾\overline{F}. Soit H∈SH \in \mathfrak{S}; on a x∉Hx \notin H si H∈NH \in \mathfrak{N} et évidemment x∈Hx \in H si H∉NH \notin \mathfrak{N}; par suite, le support de F′F' est l’intersection des hyperplans de S−N\mathfrak{S} - \mathfrak{N}, et il est égal à LL.

Enfin, soit F′F' une facette de support LL, contenue dans F‾\overline{F}, et soit xx un point de F′F'; comme aucun hyperplan de N⊂S\mathfrak{N} \subset \mathfrak{S} ne passe par xx, la prop. 1 montre qu’il existe un voisinage ouvert convexe UU de xx ne rencontrant aucun hyperplan de N\mathfrak{N}. Comme xx est adhérent à FF, on a U∩F≠∅U \cap F \neq \emptyset; or N\mathfrak{N} est l’ensemble des hyperplans H∈SH \in \mathfrak{S} qui ne contiennent pas F′F', et pour tout HH dans N\mathfrak{N}, on a DH(x)=DH(U)=DH(U∩F)=DH(F)D_H(x) = D_H(U) = D_H(U \cap F) = D_H(F) et la formule (2) entraîne

F′=L∩DN(F). F' = L \cap D_{\mathfrak{N}}(F).

C.Q.F.D.

3. Chambres

Définition 2

On appelle chambre de EE relativement à S\mathfrak{S} (ou simplement chambre s’il n’y a pas d’ambiguïté sur S\mathfrak{S}) toute facette de EE relativement à S\mathfrak{S} qui n’est contenue dans aucun hyperplan appartenant à S\mathfrak{S}.

Soit UU l’ensemble ouvert dans EE formé des points qui n’appartiennent à aucun hyperplan de S\mathfrak{S}; comme un hyperplan appartenant à S\mathfrak{S} ne peut rencontrer une facette sans la contenir, les chambres sont donc les facettes contenues dans UU; toute chambre est une partie ouverte et convexe (donc connexe) de EE d’après la prop. 3, (i); comme les chambres forment une partition de UU, ce ne sont autres que les composantes connexes de UU. Toute partie convexe AA de UU est connexe, donc contenue dans une chambre qui est bien déterminée si AA est non vide. Il est clair que les chambres sont les facettes de support EE, et la prop. 3, (iii) montre que toute chambre est l’intérieur de son adhérence. Enfin, soient CC une chambre et AA une partie non vide de CC; des formules (2) et (3), on déduit :

C=⋂H∈SDH(A)=DS(A),C‾=⋂H∈SDH(A)‾ C = \bigcap_{H \in \mathfrak{S}} D_H(A) = D_{\mathfrak{S}}(A), \quad \overline{C} = \bigcap_{H \in \mathfrak{S}} \overline{D_H(A)}

puisque l’on a DH(A)=DH(a)D_H(A) = D_H(a) pour tout a∈Aa \in A.

Proposition 5

Soit CC une partie non vide de EE. On suppose qu’il existe une partie S′\mathfrak{S}' de S\mathfrak{S} ayant les deux propriétés suivantes : a) On peut associer à tout HH dans S′\mathfrak{S}' un demi-espace ouvert DHD_H limité par HH de sorte que C=⋂H∈S′DHC = \bigcap_{H \in \mathfrak{S}'} D_H. b) L’ensemble CC ne rencontre aucun hyperplan qui appartient à S−S′\mathfrak{S} - \mathfrak{S}'.

Dans ces conditions, C est une chambre définie par H\mathfrak{H} dans E, et l’on a DH=DH(C)D_H = D_H(C) pour tout H∈HH \in \mathfrak{H}.

Les propriétés a) et b) montrent que C est une partie convexe de U; il existe donc une chambre C′C' avec C⊂C′C \subset C'. Comme on a C⊂DHC \subset D_H, on a DH=DH(C)D_H = D_H(C) pour tout H dans H′\mathfrak{H}', d’où C=DH′(C)⊃DH(C)C = D_{\mathfrak{H}'}(C) \supset D_{\mathfrak{H}}(C) puisque H′⊂H\mathfrak{H}' \subset \mathfrak{H}; on a DH(C)=C′D_{\mathfrak{H}}(C) = C' d’après (6), d’où C⊃C′C \supset C'. Finalement, on a C=C′C = C'.

Proposition 6

Tout point de E est adhérent à une chambre au moins.

Si E est réduit à un point, c’est évident. Sinon, soit a∈Ea \in E, et soient H1,…,HmH_1, \ldots, H_m les hyperplans de H\mathfrak{H} contenant a. Puisque H\mathfrak{H} est localement fini, il existe un voisinage V de a ne rencontrant aucun hyperplan de H\mathfrak{H} distinct de H1,…,HmH_1, \ldots, H_m. Soit D une droite passant par a et qui n’est contenue dans aucun des HiH_i; si x∈D,x≠ax \in D, x \neq a, et x est assez voisin de a, le segment ouvert ]ax[]ax[ est contenu dans V et ne rencontre aucun des HiH_i. On a alors ]ax[⊂U]ax[ \subset U; comme ]ax[]ax[ est connexe, il est contenu dans une chambre C, d’où a∈C‾a \in \overline{C}.

Proposition 7

Soient L un sous-espace affine de E et Ω\Omega une partie ouverte non vide de L.

(i) Il existe un point a de Ω\Omega n’appartenant à aucun des hyperplans de H\mathfrak{H} qui ne contiennent pas L.

(ii) Si L est un hyperplan et si L∉HL \notin \mathfrak{H}, il existe une chambre rencontrant Ω\Omega.

(iii) Si L est un hyperplan et si L∈HL \in \mathfrak{H}, il existe un point a de Ω\Omega n’appartenant à aucun hyperplan H≠LH \neq L de H\mathfrak{H}.

On notera N\mathfrak{N} l’ensemble des hyperplans H avec H∈HH \in \mathfrak{H} et L⊄HL \not\subset H, et L\mathfrak{L} l’ensemble des hyperplans de l’espace affine L de la forme L∩HL \cap H avec H∈NH \in \mathfrak{N}. Il est clair que L\mathfrak{L} est un ensemble localement fini d’hyperplans dans L, et la prop. 6 montre que Ω\Omega rencontre une chambre Γ\Gamma définie par L\mathfrak{L} dans L. Si a est un point de Γ∩Ω\Gamma \cap \Omega, on aura a∉Ha \notin H pour tout H∈NH \in \mathfrak{N}, d’où (i).

Supposons que L soit un hyperplan; tout hyperplan contenant L lui est égal, et par suite, on peut distinguer deux cas:

a) L∉HL \notin \mathfrak{H}: alors N=H\mathfrak{N} = \mathfrak{H}, et l’on a a∉Ha \notin H pour tout H∈HH \in \mathfrak{H}; donc a appartient à une chambre définie par H\mathfrak{H} dans E, d’où (ii).

b) L∈HL \in \mathfrak{H}: on a alors N=H−{L}\mathfrak{N} = \mathfrak{H} - \{L\}, d’où (iii).

4. Murs et faces

Définition 3

Soit C une chambre de E. On appelle face de C toute facette contenue dans l’adhérence de C et dont le support est un hyperplan. On appelle mur de C tout hyperplan qui est le support d’une face de C.

Tout mur de C appartient à H\mathfrak{H}. La prop. 4 montre qu’un hyperplan L∈HL \in \mathfrak{H} est un mur de C si et seulement si l’on a C≠DH−{L}(C)C \neq D_{\mathfrak{H} - \{L\}}(C). De plus, tout mur de C est le support d’une seule face de C.

Proposition 8

Tout hyperplan H appartenant à H\mathfrak{H} est le mur d’au moins une chambre.

D’après la prop. 7, (iii), il existe un point aa de HH n’appartenant à aucun hyperplan H′≠HH' \neq H de S\mathfrak{S}; d’après la prop. 6, il existe une chambre CC telle que a∈C‾a \in \overline{C}; la prop. 4 montre alors que HH est un mur de CC.

Proposition 9

Soient CC une chambre et M\mathfrak{M} l’ensemble des murs de CC. On a C=DM(C)C = D_{\mathfrak{M}}(C) et toute partie L\mathfrak{L} de S\mathfrak{S} telle que C=DL(C)C = D_{\mathfrak{L}}(C) contient M\mathfrak{M}. Pour qu’une partie FF de C‾\overline{C} soit une facette, il faut et il suffit que ce soit une facette de EE relativement à la famille M\mathfrak{M}.

a) Soit L\mathfrak{L} une partie de S\mathfrak{S} telle que C=DL(C)C = D_{\mathfrak{L}}(C). Considérons un hyperplan LL appartenant à S\mathfrak{S} mais non à L\mathfrak{L}; soit N\mathfrak{N} l’ensemble des hyperplans H≠LH \neq L appartenant à S\mathfrak{S}. On a L⊂N\mathfrak{L} \subset \mathfrak{N}, d’où C=DN(C)C = D_{\mathfrak{N}}(C), et LL ne rencontre pas DN(C)D_{\mathfrak{N}}(C). D’après la prop. 4 (implication (i) ⟹\Longrightarrow (iii)), l’hyperplan LL n’est pas un mur de CC. Par conséquent, tout mur de CC appartient à L\mathfrak{L}.

b) On suppose toujours C=DL(C)C = D_{\mathfrak{L}}(C). Soit HH un hyperplan appartenant à L\mathfrak{L}, qui ne soit pas un mur de CC, et posons L′=L−{H}\mathfrak{L}' = \mathfrak{L} - \{H\}. D’après la prop. 4 (implication (iii) ⟹\Longrightarrow (i)), l’ensemble convexe DL′(C)D_{\mathfrak{L}'}(C) ne rencontre pas HH, d’où DL′(C)⊂DH(C)D_{\mathfrak{L}'}(C) \subset D_H(C) et C=DL′(C)C = D_{\mathfrak{L}'}(C). Par récurrence sur le cardinal de S\mathfrak{S}, on en conclut que, si F\mathfrak{F} est une partie finie de L\mathfrak{L} ne contenant aucun mur de CC, on a C=DL−F(C)C = D_{\mathfrak{L}-\mathfrak{F}}(C).

c) Soit aa un point de CC; on a évidemment C⊂DM(a)C \subset D_{\mathfrak{M}}(a). Soit a′a' un point de DM(a)D_{\mathfrak{M}}(a); comme le segment fermé [aa′][aa'] est compact, l’ensemble S\mathfrak{S} des hyperplans H∈SH \in \mathfrak{S} qui rencontrent [aa′][aa'] est fini. Comme aa et a′a' sont strictement du même côté de tout mur de CC, aucun mur de CC n’appartient à S\mathfrak{S}; d’après b), on a donc C=DS−S(C)C = D_{\mathfrak{S}-\mathfrak{S}}(C). Comme a′∈DS−S(a)a' \in D_{\mathfrak{S}-\mathfrak{S}}(a), on a a′∈Ca' \in C. On a donc prouvé que DM(a)⊂CD_{\mathfrak{M}}(a) \subset C, ce qui démontre la première partie de la proposition.

d) Pour prouver la dernière assertion de la proposition, il suffit évidemment de montrer qu’une partie FF de C‾\overline{C} qui est une facette de EE relativement à M\mathfrak{M}, est une facette de EE relativement à S\mathfrak{S}, ou encore que tout hyperplan H∈SH \in \mathfrak{S} qui rencontre FF contient FF. Soit donc HH un hyperplan rencontrant FF et ne le contenant pas. Comme FF est ouvert dans son support affine, il n’est pas tout entier d’un même côté de HH. Il en résulte que C‾\overline{C} n’est pas tout entier d’un même côté de HH et par suite l’hyperplan HH ne peut pas appartenir à S\mathfrak{S}, ce qui achève la démonstration.

Remarque 1

Il résulte de la formule (6) et de la prop. 9 que l’adhérence d’une chambre CC est l’intersection des demi-espaces fermés limités par un mur de CC et qui contiennent CC.

Remarque 2

Soit FF une facette dont le support est un hyperplan LL; on va montrer qu’il existe deux chambres dont FF soit une face. Soit N\mathfrak{N} l’ensemble des hyperplans H≠LH \neq L appartenant à S\mathfrak{S}; posons A=DN(F)A = D_{\mathfrak{N}}(F) et notons D+D^+ et D−D^- les demi-espaces ouverts limités par LL. L’ensemble AA est ouvert et contient F⊂LF \subset L, et comme tout point de LL est adhérent à D+D^+ et à D−D^-, les ensembles C+=A∩D+C^+ = A \cap D^+ et C−=A∩D−C^- = A \cap D^- sont non vides; ce sont des chambres. De plus, l’hyperplan L rencontre DH(F)=DH(C+)D_{\mathfrak{H}}(F) = D_{\mathfrak{H}}(C^+); la prop. 4 montre que L est un mur de C+C^+ et F, qui rencontre L∩DH(F)L \cap D_{\mathfrak{H}}(F), est une face de C+C^+; de même, F est une face de C−C^-. Enfin, soit C une chambre dont F soit une face, et supposons par exemple D+=DL(C)D^+ = D_L(C); d’après la prop. 4, l’ensemble DH(C)D_{\mathfrak{H}}(C) rencontre F, donc est égal à DH(F)D_{\mathfrak{H}}(F) et l’on a

C=DS(C)=DL(C)∩DH(C)=D+∩DH(F)=C+. C = D_S(C) = D_L(C) \cap D_{\mathfrak{H}}(C) = D^+ \cap D_{\mathfrak{H}}(F) = C^+.

5. Dièdres

Rappelons (Alg., chap. II, 3e éd., § 9, no 3) que deux sous-espaces affines P et P' de E sont dits parallèles s’il existe un vecteur t dans T tel que P′=t+PP' = t + P. Il est clair que la relation « P et P' sont parallèles » est une relation d’équivalence dans l’ensemble des sous-espaces affines de E.

Lemme 1

Deux hyperplans non parallèles ont une intersection non vide.

Soient H et H' deux hyperplans non parallèles, a∈Ha \in H et a′∈H′a' \in H'; il existe deux hyperplans M et M' dans l’espace vectoriel T tels que H=M+aH = M + a et H′=M′+a′H' = M' + a'; comme H et H' ne sont pas parallèles, on a M≠M′M \neq M', d’où T=M+M′T = M + M'; il existe alors u∈Mu \in M et u′∈M′u' \in M' tels que a′−a=u−u′a' - a = u - u', et le point u+a=u′+a′u + a = u' + a' appartient à H∩H′H \cap H'.

Lemme 2

Soient H et H' deux hyperplans distincts dans E, et f, f' deux fonctions affines sur E telles que H (resp. H') se compose des points a de E tels que f(a)=0f(a) = 0 (resp. f′(a)=0f'(a) = 0). Enfin soit L un hyperplan dans E. On suppose l’une des hypothèses suivantes remplies :

a) Les hyperplans H, H' et L sont parallèles.

b) Les hyperplans H et H' ne sont pas parallèles, et H∩H′⊂LH \cap H' \subset L.

Il existe alors des nombres réels λ,λ′\lambda, \lambda' non tous deux nuls tels que L se compose des a∈Ea \in E qui annulent la fonction affine g=λ.f+λ′.f′g = \lambda . f + \lambda' . f'.

Le lemme étant trivial lorsque L=HL = H, nous pouvons supposer qu’il existe un point a de L avec a∉Ha \notin H. Posons λ=f′(a),λ′=−f(a)\lambda = f'(a), \lambda' = -f(a) et

g=λ.f+λ′.f′; g = \lambda . f + \lambda' . f';

on a λ′≠0\lambda' \neq 0 puisque a∉Ha \notin H; de plus, comme H≠H′H \neq H', il existe b∈Hb \in H tel que b∉H′b \notin H', d’où f(b)=0,f′(b)≠0f(b) = 0, f'(b) \neq 0, et donc g(b)=−f(a).f′(b)g(b) = -f(a) . f'(b) est non nul. L’ensemble L1L_1 des points où s’annule la fonction affine g≠0g \neq 0 est alors un hyperplan dans E; on a g(a)=0g(a) = 0, d’où a∈L1a \in L_1.

a) Supposons H et H' parallèles : tout point de L1∩HL_1 \cap H annule g et f, donc aussi f′f' puisque λ′≠0\lambda' \neq 0, et appartient donc à H'; mais comme H et H' sont parallèles et distincts, ils sont disjoints, d’où L1∩H=∅L_1 \cap H = \varnothing, et le lemme 1 montre que L1L_1 est parallèle à H. Comme on a a∈La \in L et a∈L1a \in L_1, on a donc L=L1L = L_1.

b) Supposons H et H' non parallèles : d’après le lemme 1, il existe un point c dans H∩H′H \cap H'; nous munirons E de la structure d’espace vectoriel obtenue en prenant c comme origine. Alors H∩H′H \cap H' est un sous-espace vectoriel de codimension 2 dans E, et comme on a a∉Ha \notin H, le sous-espace vectoriel M de E engendré par H∩H′H \cap H' et a est un hyperplan; comme on a H∩H′⊂L∩L1H \cap H' \subset L \cap L_1 et a∈L∩L1a \in L \cap L_1, on a M⊂L∩L1M \subset L \cap L_1, d’où M=L=L1M = L = L_1.

C.Q.F.D.

Proposition 10

Soit C une chambre, soient H et H' deux murs de C, et soit L un hyperplan rencontrant DH(C)∩DH′(C)D_H(C) \cap D_{H'}(C). On suppose que H est distinct de H' et que l’une des conditions suivantes est satisfaite :

a) Les hyperplans H, H' et L sont parallèles.

b) Les hyperplans H et H' ne sont pas parallèles, et H∩H′⊂LH \cap H' \subset L. Alors L rencontre C.

Soit b (resp. b′b') un point de la face de C de support H (resp. H'); il est immédiat que tout point du segment [bb′][bb'] distinct de b et b′b' appartient à C.

Introduisons une fonction affine ff nulle en tout point de H et telle que f(x)>0f(x) > 0 pour x dans DH(C)D_H(C); introduisons de même une fonction affine f′f' ayant la propriété analogue par rapport à H'. Appliquant le lemme 2, on peut trouver des nombres λ\lambda et λ′\lambda' et une fonction affine g ayant les propriétés indiquées. On a (λ,λ′)≠(0,0)(\lambda, \lambda') \neq (0, 0) et pour tout point x de L∩DH(C)∩DH′(C)L \cap D_H(C) \cap D_{H'}(C), on a f(x)>0,f′(x)>0f(x) > 0, f'(x) > 0 et λ⋅f(x)+λ′⋅f′(x)=0\lambda \cdot f(x) + \lambda' \cdot f'(x) = 0, d’où λλ′<0\lambda \lambda' < 0. Par ailleurs, on a g(b)=λ′⋅f′(b)g(b) = \lambda' \cdot f'(b) et g(b′)=λ⋅f(b′)g(b') = \lambda \cdot f(b'), et comme f(b′)>0,f′(b)>0f(b') > 0, f'(b) > 0, on a g(b)⋅g(b′)<0g(b) \cdot g(b') < 0. Les points b et b′b' sont strictement de part et d’autre de l’hyperplan L, et il existe un point c de L appartenant à [bb′][bb'] et distinct de b et b′b', donc appartenant à C.

6. Exemples : cônes simpliciaux et simplexès

a) Soient a un point de E, et (e1,…,ed)(e_1, \ldots, e_d) une base de T; tout point de E s’écrit alors d’une manière et d’une seule sous la forme

x=a+ξ1⋅e1+⋯+ξd⋅ed x = a + \xi_1 \cdot e_1 + \cdots + \xi_d \cdot e_d

avec ξ1,…,ξd\xi_1, \ldots, \xi_d réels. On notera ei′e'_i la fonction affine sur E qui, pour tout x∈Ex \in E écrit sous la forme (7), prend la valeur ξi\xi_i. On notera HiH_i l’hyperplan formé des x tels que ei′(x)=0e'_i(x) = 0, et S\mathfrak{S} l’ensemble des hyperplans H1,…,HdH_1, \ldots, H_d. Pour toute partie J de l’ensemble I={1,2,…,d}I = \{1, 2, \ldots, d\}, on posera HJ=⋂i∈JHiH_J = \bigcap_{i \in J} H_i; pour toute suite (ε1,…,εd)(\varepsilon_1, \ldots, \varepsilon_d) de nombres tous égaux à 0, 1 ou — 1, on notera F(ε1,…,εd)F(\varepsilon_1, \ldots, \varepsilon_d) l’ensemble des x∈Ex \in E tels que ei′(x)e'_i(x) soit de signe (Top. gén., chap. IV, § 3, no 2) εi\varepsilon_i pour tout i dans I. Il est immédiat que les facettes définies par S\mathfrak{S} dans E sont les ensembles F(ε1,…,εd)F(\varepsilon_1, \ldots, \varepsilon_d) et que ces ensembles sont deux à deux distincts; le support de F(ε1,…,εd)F(\varepsilon_1, \ldots, \varepsilon_d) est égal à HJH_J si J est l’ensemble des i∈Ii \in I tels que εi=0\varepsilon_i = 0; en particulier, les chambres sont les ensembles de la forme F(ε1,…,εd)F(\varepsilon_1, \ldots, \varepsilon_d) où chacun des nombres εi\varepsilon_i est égal à 1 ou — 1.

L’ensemble C=F(1,…,1)C = F(1, \ldots, 1) formé des xx avec ei′(x)>0e_i'(x) > 0 pour tout i∈Ii \in I est une chambre, qu’on appellera le cône simplicial ouvert de sommet aa défini par la base (e1,…,ed)(e_1, \ldots, e_d). Son adhérence se compose des points xx tels que ei′(x)⩾0e_i'(x) \geqslant 0 pour tout i∈Ii \in I lorsque d⩾1d \geqslant 1; sinon, cette adhérence est vide. Pour toute partie JJ de II, soit CJC_J l’ensemble des points xx de EE tels que ei′(x)=0e_i'(x) = 0 pour i∈Ji \in J et ei′(x)>0e_i'(x) > 0 pour i∈I−Ji \in I - J. Alors CJC_J est une facette de support HJH_J, et c’est un cône simplicial ouvert de sommet aa dans l’espace affine HJH_J; de plus, on a C‾=⋃J⊂ICJ\overline{C} = \bigcup_{J \subset I} C_J. En particulier, les murs de CC sont les hyperplans HiH_i pour i∈Ii \in I, et la face de CC contenue dans HiH_i est égale à C{i}C_{\{i\}}.

On ne change aucun des ensembles Hi,HJ,C,CJH_i, H_J, C, C_J et F(ε1,…,εd)F(\varepsilon_1, \ldots, \varepsilon_d) si l’on remplace la base (e1,…,ed)(e_1, \ldots, e_d) par une base (λ1e1,…,λded)(\lambda_1 e_1, \ldots, \lambda_d e_d) avec λi>0\lambda_i > 0 pour tout ii.

b) Supposons maintenant donné un système affinement libre de points de EE, soit (a0,a1,…,ad)(a_0, a_1, \ldots, a_d). On sait que tout point de EE s’écrit d’une manière et d’une seule sous la forme x=ξ0⋅a0+⋯+ξd⋅adx = \xi_0 \cdot a_0 + \cdots + \xi_d \cdot a_d avec ξ0,…,ξd\xi_0, \ldots, \xi_d réels et ξ0+⋯+ξd=1\xi_0 + \cdots + \xi_d = 1 (Alg., chap. II, 3e éd., § 9, no 3). On définit des fonctions affines f0,…,fdf_0, \ldots, f_d, la fonction fif_i faisant correspondre à tout point xx mis sous la forme précédente le nombre ξi\xi_i. Nous noterons HiH_i l’hyperplan de EE défini par fi(x)=0f_i(x) = 0 et S\mathfrak{S} l’ensemble des hyperplans H0,H1,…,HdH_0, H_1, \ldots, H_d; enfin, nous poserons I={0,1,…,d}I = \{0, 1, \ldots, d\}. On appelle simplexe ouvert de sommets a0,…,ada_0, \ldots, a_d l’ensemble CC des points xx de EE tels que fi(x)>0f_i(x) > 0 pour tout i∈Ii \in I; c’est une des chambres définies par S\mathfrak{S} dans EE. L’adhérence de CC est l’ensemble C‾\overline{C} des points xx de EE tels que fi(x)⩾0f_i(x) \geqslant 0 pour tout i∈Ii \in I; c’est l’enveloppe convexe de l’ensemble fini {a0,…,ad}\{a_0, \ldots, a_d\} et l’on voit facilement que les points extrémaux de C‾\overline{C} sont a0,…,ada_0, \ldots, a_d.

Pour toute partie JJ de II, distincte de II, posons HJ=⋂i∈JHiH_J = \bigcap_{i \in J} H_i et soit CJC_J l’ensemble des points xx de EE tels que fi(x)=0f_i(x) = 0 pour i∈Ji \in J et fi(x)>0f_i(x) > 0 pour i∈I−Ji \in I - J. L’ensemble CJC_J est un simplexe ouvert dans l’espace affine HJH_J ayant pour sommets les points aia_i pour i∈I−Ji \in I - J; on a C∅=C,C‾=⋃J≠ICJC_\varnothing = C, \overline{C} = \bigcup_{J \neq I} C_J et CJ≠CJ′C_J \neq C_{J'} pour J≠J′J \neq J'; de plus CJC_J est une facette de support HJH_J. En particulier, les murs de CC sont H0,…,HdH_0, \ldots, H_d et C{i}C_{\{i\}} est la face contenue dans HiH_i.

Pour toute partie non vide KK de II, soit BKB_K l’ensemble des points xx de EE tels que fi(x)>0f_i(x) > 0 pour i∈Ki \in K et fi(x)<0f_i(x) < 0 pour i∈I−Ki \in I - K. Les ensembles BKB_K sont les chambres définies par S\mathfrak{S} dans EE et l’on a BI=CB_I = C. On voit facilement que C‾\overline{C} est compact; par contre, si KK est une partie de II distincte de II, de cardinal pp, la chambre BKB_K contient la suite des points xnx_n définis pour n⩾2n \geqslant 2 par

fi(xn)={npour i∈K(1−pn)/(d+1−p)pour i∈I−K f_i(x_n) = \begin{cases} n & \text{pour } i \in K \\ (1 - pn)/(d + 1 - p) & \text{pour } i \in I - K \end{cases}

et ceci prouve que BKB_K n’est pas relativement compacte.

Transcribed from the printed volume. Not translated.