Bourbaki

§ 2. Réflexions

Dans ce paragraphe, on désigne par K un corps commutatif, supposé de caractéristique ≠2\neq 2 à partir du n° 2. On note V un espace vectoriel sur K.

1. Pseudo-réflexions

Définition 1

On dit qu’un endomorphisme s de l’espace vectoriel V est une pseudo-réflexion si 1−s1 - s est de rang 1.

Soit s une pseudo-réflexion dans V, et soit D l’image de 1−s1 - s. Par définition, D est de dimension 1 ; étant donné a≠0a \neq 0 dans D, il existe donc une forme linéaire non nulle a∗a^* sur V telle que x−s(x)=⟨x,a∗⟩.ax - s(x) = \langle x, a^* \rangle . a pour tout x dans V.

Réciproquement, étant donnés a≠0a \neq 0 dans V et une forme linéaire a∗≠0a^* \neq 0 sur V, la formule

sa,a∗(x)=x−⟨x,a∗⟩.a(x∈V) s_{a, a^*}(x) = x - \langle x, a^* \rangle . a \quad (x \in V)

définit une pseudo-réflexion sa,a∗s_{a, a^*}; l’image de 1−sa,a∗1 - s_{a, a^*} est engendrée par a et le noyau de 1−sa,a∗1 - s_{a, a^*} est l’hyperplan de V formé des x tels que ⟨x,a∗⟩=0\langle x, a^* \rangle = 0

Si V* est le dual de V, il est immédiat que l’endomorphisme sa∗,as_{a^*, a} de V* transposé de sa,a∗s_{a, a^*} est la pseudo-réflexion définie par la formule :

sa∗,a(x∗)=x∗−⟨x∗,a⟩.a∗(x∗∈V∗). s_{a^*, a}(x^*) = x^* - \langle x^*, a \rangle . a^* \quad (x^* \in V^*).

Si a est un vecteur non nul, on appelle pseudo-réflexion de vecteur a toute pseudo-réflexion s telle que a appartienne à l’image de 1−s1 - s. On appelle hyperplan d’une pseudo-réflexion s le noyau de 1−s1 - s, ensemble des vecteurs x tels que s(x)=xs(x) = x.

Proposition 1

Soient G un groupe et ρ\rho une représentation linéaire irréductible de G dans un espace vectoriel V ; on suppose qu’il existe un élément g de G tel que ρ(g)\rho(g) soit une pseudo-réflexion.

(i) Tout endomorphisme de V commutant à ρ(G)\rho(G) est une homothétie, et ρ\rho est absolument irréductible.

(ii) Supposons V de dimension finie. Soit B une forme bilinéaire non nulle sur V invariante par ρ(G)\rho(G). Alors B est non dégénérée, symétrique ou antisymétrique, et toute forme bilinéaire sur V invariante par ρ(G)\rho(G) est proportionnelle à B.

Soit u un endomorphisme de V commutant à ρ(G)\rho(G). Soient par ailleurs g un élément de G tel que ρ(g)\rho(g) soit une pseudo-réflexion, et D l’image de 1−ρ(g)1 - \rho(g). Comme D est de dimension 1 et que u(D)⊂Du(D) \subset D, il existe α\alpha dans K tel que u−α.1u - \alpha . 1 s’annule sur D ; le noyau N de u−α.1u - \alpha . 1 est alors un sous-espace vectoriel de V stable par ρ(G)\rho(G), non nul puisqu’il contient D ; comme ρ\rho est irréductible, on a N=VN = V et u=α.1u = \alpha . 1. La deuxième partie de (i) résulte de la première d’après Alg., chap. VIII, § 13, n° 4, cor. de la prop. 5.

Soit N (resp. N') le sous-espace de V formé des x tels que B(x, y) = 0 (resp. B(y, x) = 0) pour tout y dans V; comme B est invariante par ρ(G), les sous-espaces N et N' de V sont stables par ρ(G) et distincts de V puisque B ≠ 0. Puisque ρ est irréductible, on a N = N' = 0, et B est donc non dégénérée.

Comme V est de dimension finie, toute forme bilinéaire sur V est donnée par la formule

(3)

B′(x,y)=B(u(x),y) B'(x, y) = B(u(x), y)
où u est un endomorphisme convenable de V. Si B' est invariante par ρ(G), l’endomorphisme u commute à ρ(G). Soient en effet x, y dans V et g dans G; comme B et B' sont invariantes par ρ(G), on a
B(u(ρ(g)(x)),y)=B′(ρ(g)(x),y)=B′(x,ρ(g−1)(y))=B(u(x),ρ(g−1)(y))=B(ρ(g)(u(x)),y), \begin{align*} B(u(\rho(g)(x)), y) &= B'(\rho(g)(x), y) = B'(x, \rho(g^{-1})(y)) \\ &= B(u(x), \rho(g^{-1})(y)) = B(\rho(g)(u(x)), y), \end{align*}
d’où u(ρ(g)(x))=ρ(g)(u(x))u(\rho(g)(x)) = \rho(g)(u(x)) puisque B est non dégénérée. D’après (i), il existe α dans K avec u=α.1u = \alpha . 1, d’où B′=α.BB' = \alpha . B.

Appliquons ceci en particulier à la forme bilinéaire B′(x,y)=B(y,x)B'(x, y) = B(y, x); on a alors B(y,x)=α.B(x,y)=α2.B(y,x)B(y, x) = \alpha . B(x, y) = \alpha^2 . B(y, x) quels que soient x, y dans V, et comme B est non nulle, on a α2=1\alpha^2 = 1, d’où α=1\alpha = 1 ou α=−1\alpha = -1. Donc B est symétrique ou antisymétrique.

2. Réflexions

On rappelle que sauf mention expresse du contraire, le corps K est désormais supposé de caractéristique différente de 2. On appellera réflexion dans V toute pseudo-réflexion s telle que s2=1s^2 = 1; si s est une réflexion, on notera Vs+V_s^+ le noyau de s−1s - 1 et Vs−V_s^- celui de s+1s + 1.

Proposition 2

Soit s un endomorphisme de V.

(i) Si s est une réflexion, V est somme directe de l’hyperplan Vs+V_s^+ et de la droite VsV_s.

(ii) Réciproquement, supposons que V soit somme directe d’un hyperplan H et d’une droite D tels que s(x)=xs(x) = x et s(y)=−ys(y) = -y pour x∈Hx \in H et y∈Dy \in D. Alors s est une réflexion, et l’on a H=Vs+H = V_s^+ et D=Vs−D = V_s^-. Enfin, D est l’image de 1−s1 - s.

(i) Si s est une réflexion, Vs+V_s^+ est un hyperplan. Si x appartient à Vs+∩Vs−V_s^+ \cap V_s^-, on a x=s(x)=−xx = s(x) = -x, d’où x=0x = 0 puisque K est de caractéristique ≠2\neq 2. Enfin, pour tout x dans V, le vecteur x′=s(x)+xx' = s(x) + x (resp. x′′=s(x)−xx'' = s(x) - x) appartient à Vs+V_s^+ (resp. Vs−V_s^-) puisque s2=1s^2 = 1, et l’on a 2x=x′−x′′2x = x' - x''. Donc V est somme directe de Vs+V_s^+ et de Vs−V_s^-, et Vs−V_s^- est nécessairement de dimension 1 puisque Vs+V_s^+ est un hyperplan.

(ii) Sous les hypothèses faites, tout élément de V s’écrit de manière unique sous la forme v=x+yv = x + y avec x∈Hx \in H et y∈Dy \in D et l’on a s(v)=x−ys(v) = x - y; l’assertion (ii) résulte immédiatement de là.

Corollaire

Si V est de dimension finie, toute réflexion est de déterminant — 1.

Soit s une réflexion dans V. La prop. 2, (i) montre qu’il existe une base (e1,…,en)(e_1, \ldots, e_n) de V telle que s(e1)=e1,…,s(en−1)=en−1s(e_1) = e_1, \ldots, s(e_{n-1}) = e_{n-1} et s(en)=−ens(e_n) = -e_n, d’où det⁡s=−1\det s = -1.

Proposition 3

Soit s une réflexion dans V.

(i) Pour qu’un sous-espace V′V' de V soit stable par s, il faut et il suffit que l’on ait Vs−⊂V′V_s^- \subset V' ou V′⊂Vs+V' \subset V_s^+.

(ii) Pour qu’un endomorphisme u de V commute à s, il faut et il suffit que Vs+V_s^+ et Vs−V_s^- soient stables par u.

(i) Si V′⊂Vs+V' \subset V_s^+, on a s(x)=xs(x) = x pour tout xx dans V′V', d’où s(V′)⊂V′s(V') \subset V'. Supposons Vs−⊂V′V_s^- \subset V'; pour tout xx dans V′V', on a s(x)−x∈Vs−⊂V′s(x) - x \in V_s^- \subset V', d’où s(x)∈V′s(x) \in V'; on a encore s(V′)⊂V′s(V') \subset V'. Réciproquement, supposons que l’on ait s(V′)⊂V′s(V') \subset V'; si l’on a V′⊄Vs+V' \not\subset V_s^+, il existe xx dans V′V' avec s(x)≠xs(x) \neq x; le vecteur non nul a=s(x)−xa = s(x) - x appartient à la droite Vs−V_s^-, donc engendre cet espace; comme on a a∈V′a \in V', on a Vs−⊂V′V_s^- \subset V'.

(ii) Supposons d’abord que uu commute à ss. Si xx est un vecteur tel que s(x)=ε⋅xs(x) = \varepsilon \cdot x (où ε=±1\varepsilon = \pm 1), on a s(u(x))=u(s(x))=ε⋅u(x)s(u(x)) = u(s(x)) = \varepsilon \cdot u(x), donc Vs+V_s^+ et Vs−V_s^- sont stables par uu. Réciproquement, supposons Vs+V_s^+ et Vs−V_s^- stables par uu; il est clair que us−suus - su est nul dans Vs+V_s^+ et dans Vs−V_s^-, et comme VV est somme directe de Vs+V_s^+ et Vs−V_s^-, on a us−su=0us - su = 0.

Corollaire

Pour que deux réflexions distinctes s et u soient permutables, il faut et il suffit que l’on ait Vs−⊂Vu+V_s^- \subset V_u^+ et Vu−⊂Vs+V_u^- \subset V_s^+.

Si l’on a Vs−⊂Vu+V_s^- \subset V_u^+ et Vu−⊂Vs+V_u^- \subset V_s^+, la prop. 3, (i) montre que Vu+V_u^+ et Vu−V_u^- sont stables par ss, d’où su=ussu = us d’après la prop. 3, (ii).

Réciproquement, si l’on a su=ussu = us, le sous-espace Vs−V_s^- est stable par uu d’après (ii); d’après (i), il y a donc deux cas possibles :

a) On a Vu−⊂Vs−V_u^- \subset V_s^-: ces deux espaces étant de dimension 1 sont donc égaux, d’où Vs−⊄Vu+V_s^- \not\subset V_u^+; comme Vu+V_u^+ est stable par ss, on a donc Vu+⊂Vs+V_u^+ \subset V_s^+, et ces deux hyperplans sont égaux. D’où s=us = u, ce qui est exclu.

b) On a Vs−⊂Vu+V_s^- \subset V_u^+: l’image de 1−s1 - s est donc contenue dans le noyau de 1−u1 - u, d’où (1−u)(1−s)=0(1 - u)(1 - s) = 0. Comme uu et ss commutent, on a aussi (1−s)(1−u)=0(1 - s)(1 - u) = 0, c’est-à-dire Vu−⊂Vs+V_u^- \subset V_s^+.

Remarque

Soit a≠0a \neq 0 dans VV et soit a∗a^* une forme linéaire non nulle sur VV: de la formule (1), on déduit

sa2,a∗(x)=x+(⟨a,a∗⟩−2)⟨x,a∗⟩⋅a s_a^{2}, a^*(x) = x + (\langle a, a^* \rangle - 2)\langle x, a^* \rangle \cdot a

et par suite sa,a∗s_a, a^* est une réflexion si et seulement si l’on a ⟨a,a∗⟩=2\langle a, a^* \rangle = 2. Dans ces conditions, on a alors sa,a∗(a)=−as_a, a^*(a) = -a.

3. Réflexions orthogonales

Supposons V de dimension finie. Soit B une forme bilinéaire non dégénérée sur V. D’après Alg., chap. IX, § 6, no 3, prop. 4, pour qu’une réflexion s dans n° 2.4.

V laisse B invariante, il faut et il suffit que les sous-espaces Vs+V_s^+ et Vs−V_s^- de V soient orthogonaux pour B; ils sont alors non isotropes. De plus, pour tout hyperplan non isotrope H dans V, il existe une réflexion s et une seule qui conserve B et induise l’identité sur H; c’est la symétrie par rapport à H, cf. Alg., chap. IX, § 6, n° 3. Si a est un vecteur non nul orthogonal à H, on a alors B(a,a)≠0B(a, a) \neq 0, et la réflexion s est donnée par la formule

s(x)=x−2B(x,a)B(a,a)⋅apour tout x∈V, s(x) = x - 2 \frac{B(x, a)}{B(a, a)} \cdot a \quad \text{pour tout } x \in V,

d’après Alg., chap. IX, § 6, n° 4, formule (6). On dit aussi que s est la réflexion orthogonale par rapport à H.

Proposition 4

On suppose V de dimension finie. Soient B une forme bilinéaire symétrique non dégénérée sur V, X un sous-espace de V et X0X^0 l’orthogonal de X par rapport à B; enfin soit s la réflexion orthogonale par rapport à un hyperplan non isotrope H de V. Les conditions suivantes sont équivalentes :

(i) X est stable par s. (ii) X0X^0 est stable par s. (iii) H contient X ou X0X^0.

On a Vs+=HV_s^+ = H, et d’après ce qu’on a rappelé, Vs−V_s^- est l’orthogonal H0H^0 de H par rapport à B. Pour que X soit stable par s, il faut et il suffit d’après la prop. 3, (i) que l’on ait X⊂HX \subset H ou H0⊂XH^0 \subset X; mais la relation H0⊂XH^0 \subset X équivaut à X0⊂HX^0 \subset H d’après Alg., chap. IX, § 1, n° 6, cor. 1 de la prop. 4. On a donc prouvé l’équivalence de (i) et (iii); celle de (ii) et (iii) s’en déduit en échangeant les rôles de X et X0X^0, car (X0)0=X(X^0)^0 = X.

4. Réflexions orthogonales dans un espace affine euclidien

Conservons les notations du numéro précédent, et soit E un espace affine dont V est l’espace des translations. La donnée de la forme B sur V munit E d’une structure d’espace euclidien (Alg., chap. IX, § 6, n° 6).

Soit H un hyperplan non isotrope de E. La symétrie par rapport à H (Alg., chap. IX, § 6, n° 6) s’appelle aussi la réflexion orthogonale par rapport à H; on la note souvent sHs_H. On a sH2=1s_H^2 = 1, et sHs_H est l’unique déplacement (loc. cit., déf. 3) de E, distinct de l’identité, et laissant fixes les éléments de H. L’automorphisme de V associé à sHs_H est la réflexion orthogonale par rapport à la direction de H (qui est un hyperplan non isotrope de V).

Tout x∈Ex \in E s’écrit de façon unique x=h+vx = h + v, avec h∈Hh \in H, et v∈Vv \in V orthogonal à H; on a

sH(h+v)=h−v. s_H(h + v) = h - v.

Proposition 5

Soient H et H’ deux hyperplans de E parallèles et non isotropes Il existe un unique vecteur v∈Vv \in V, orthogonal à H, et tel que H′=H+vH' = H + v. Le déplacement sH′sHs_{H'} s_H est la translation de vecteur 2v2v.

L’existence et l’unicité de vv sont immédiates. L’automorphisme de VV associé à sH′sHs_{H'} s_H est l’identité; donc sH′sHs_{H'} s_H est une translation. D’autre part, soit a∈H′a \in H'; on a a−v∈Ha - v \in H et

sH′sH(a−v)=sH′(a−v)=a+v=(a−v)+2v, s_{H'} s_H (a - v) = s_{H'} (a - v) = a + v = (a - v) + 2v,

ce qui montre que sH′sHs_{H'} s_H est la translation de vecteur 2v2v.

Corollaire

Soient HH et H′H' deux hyperplans parallèles, distincts et non isotropes. Si KK est de caractéristique zéro (resp. p>0p > 0, avec p≠2p \neq 2) le groupe de déplacements de EE engendré par sHs_H et sH′s_{H'} est un groupe diédral infini* (resp. d’ordre 2p2p).

En effet, d’après la prop. 2 du chap. IV, § 1, no 2, il suffit de vérifier que sH′sHs_{H'} s_H est d’ordre infini (resp. d’ordre pp), ce qui est évident.

Remarque

Gardons les notations de la prop. 5 et supposons de plus que K=RK = \mathbf{R}. Posons s=sHs = s_H et s′=sH′s' = s_{H'}. Soit HnH_n l’hyperplan H+n.vH + n.v et soit CnC_n l’ensemble des points de EE de la forme a+ξ.va + \xi .v avec a∈Ha \in H et n<ξ<n+1n < \xi < n + 1. Les CnC_n sont des ensembles ouverts connexes et ils forment une partition de E−⋃nHnE - \bigcup_n H_n. Ce sont donc les chambres définies par le système H=(Hn)n∈ZH = (H_n)_{n \in \mathbf{Z}} dans EE. La translation (s′s)n(s's)^n transforme la chambre C=C0C = C_0 en la chambre C2nC_{2n}, et comme s(C0)=C−1s(C_0) = C_{-1}, on a (s′s)ns(C)=C2n−1(s's)^n s(C) = C_{2n-1}. Il en résulte que le groupe diédral W engendré par s et s' permut de façon simplement transitive les chambres Cn*. De plus, montrons que, si les chambres C et w(C) sont de part et d’autre de H (pour w∈Ww \in W), on a l(sw)=l(w)−1l(sw) = l(w) - 1 (les longueurs étant prises par rapport à S={s,s′}S = \{s, s'\} (chap. IV, § 1, no 1)). En effet, on a alors w(C)=Cnw(C) = C_n avec n<0n < 0. Si n=−2kn = -2k, on a w=(ss′)kw = (ss')^k et sw=(s′s)k−1s′sw = (s's)^{k-1}s', d’où l(w)=2kl(w) = 2k et l(sw)=2k−1l(sw) = 2k - 1 (chap. IV, § 1, no 2, Remarque). Si n=−2k−1n = -2k - 1, on a w=(ss′)ksw = (ss')^k s et sw=(s′s)ksw = (s's)^k, d’où l(w)=2k+1l(w) = 2k + 1 et l(sw)=2kl(sw) = 2k.

5. Compléments sur les rotations planes

Dans ce no, on désigne par VV un espace vectoriel réel de dimension 2, muni d’un produit scalaire (c’est-à-dire d’une forme bilinéaire symétrique positive non dégénérée) et d’une orientation. Les mesures d’angles seront prises par rapport à la base 2π2\pi; la mesure principale d’un angle de demi-droites (resp. de droites) est donc un nombre réel θ\theta tel que 0≤θ<2π0 \leq \theta < 2\pi (resp. 0≤θ<π0 \leq \theta < \pi) (Top. gén., chap. VIII, § 2, no 3 et no 6). Pour tout nombre réel θ\theta, on parlera par abus de langage de l’angle θ\theta pour désigner un angle dont une mesure est θ\theta et on note ρθ\rho_\theta la rotation d’angle θ\theta (Alg., chap. IX, § 10, no 3).

Proposition 6

Soit s la réflexion orthogonale par rapport à une droite D de V. Si Δ\Delta et Δ′\Delta' sont deux demi-droites d’origine O (resp. deux droites passant par O) de V, on a*:

(s(Δ)‾,s(Δ′)‾)≡−(Δ‾,Δ′‾)(mod2π) (resp. (modπ)). (\overline{s(\Delta)}, \overline{s(\Delta')}) \equiv - (\overline{\Delta}, \overline{\Delta'}) \pmod{2\pi} \text{ (resp. } \pmod{\pi}\text{)}.

Soit uu une rotation transformant Δ\Delta en Δ′\Delta'. Comme susu est une transformation orthogonale de V de déterminant — 1, c’est une réflexion et l’on a donc (su)2=1(su)^2 = 1. Par suite, u−1=sus−1u^{-1} = sus^{-1} transforme s(Δ)s(\Delta) en s(Δ′)s(\Delta'), d’où la proposition.

Corollaire

Soient D et D' deux droites de V et soit θ\theta une mesure de l’angle (D‾,D′‾)(\overline{D}, \overline{D'}). On a sDsD=ρ2θs_D s_D = \rho_{2\theta}.

On sait que sDsDs_D s_D est une rotation puisque son déterminant vaut 1. Soient Δ\Delta et Δ′\Delta' des demi-droites d’origine 0 portées par D et D'. On a:

(Δ,sDsD(Δ))≡(Δ,sD′(Δ))≡(Δ‾,Δ′‾)+(Δ′‾,sD′(Δ‾))≡(Δ‾,Δ′‾)+(sD′(Δ′‾),sD′(Δ‾))≡(Δ‾,Δ′‾)−(Δ′‾,Δ‾)≡2(Δ‾,Δ′‾)(mod2π) \begin{align*} (\Delta, s_D s_D(\Delta)) &\equiv (\Delta, s_{D'}(\Delta)) \equiv (\overline{\Delta}, \overline{\Delta'}) + (\overline{\Delta'}, s_{D'}(\overline{\Delta})) \\ &\equiv (\overline{\Delta}, \overline{\Delta'}) + (s_{D'}(\overline{\Delta'}), s_{D'}(\overline{\Delta})) \\ &\equiv (\overline{\Delta}, \overline{\Delta'}) - (\overline{\Delta'}, \overline{\Delta}) \equiv 2(\overline{\Delta}, \overline{\Delta'}) \pmod{2\pi} \end{align*}

d’où le corollaire.

Soient maintenant Δ\Delta et Δ′\Delta' deux demi-droites de V telles que

Δ≠Δ′etΔ≠−Δ′, \Delta \neq \Delta' \quad \text{et} \quad \Delta \neq -\Delta',

et soient ss et s′s' les réflexions orthogonales par rapport aux droites D et D' contenant Δ\Delta et Δ′\Delta'. Soit θ\theta la mesure principale de l’angle (D‾,D′‾)(\overline{D}, \overline{D'}). Si θ∈πQ\theta \in \pi \mathbf{Q}, on désigne par mm le plus petit entier ≥1\geq 1 tel que mθ∈πZm\theta \in \pi \mathbf{Z}. Si θ∉πQ\theta \notin \pi \mathbf{Q}, on pose m=∞m = \infty. Soit W le groupe engendré par ss et s′s'.

Proposition 7

Le groupe W est un groupe diédral (chap. IV, § 1, no 2) d’ordre 2m2m. Il se compose des rotations ρ2nθ\rho_{2n\theta} et des produits ρ2nθs\rho_{2n\theta}s pour n∈Zn \in \mathbf{Z}. Les transformées de D et D' par les éléments de W sont les transformées de D par les rotations ρnθ\rho_{n\theta} pour n∈Zn \in \mathbf{Z}.

Le cor. de la prop. 6 montre que s′ss's est d’ordre mm, d’où la première assertion. Les éléments de W sont donc de la forme (s′s)n=ρ2nθ(s's)^n = \rho_{2n\theta} ou (s′s)ns=ρ2nθs(s's)^n s = \rho_{2n\theta}s; la dernière assertion en résulte, puisque D′=ρθ(D)D' = \rho_\theta(D).

Corollaire

Soit C le secteur angulaire ouvert réunion des demi-droites ouvertes Δ1\Delta_1 d’origine 0 telles que 0<(Δ‾,Δ1‾)<θ0 < (\overline{\Delta}, \overline{\Delta_1}) < \theta. Pour qu’aucune transformée de D ou de D' par un élément de W ne rencontre C, il faut et il suffit que m soit fini et que

θ=π/m. \theta = \pi/m.

Si m=∞m = \infty, l’image de l’ensemble des nθn\theta (n∈Zn \in \mathbf{Z}) est dense dans R/2πZ\mathbf{R}/2\pi \mathbf{Z} (Top. gén., chap. VII, § 1, cor. de la prop. 11); la réunion des transformées de D par les éléments de W est donc dense dans V et rencontre C. Si mm est fini et si θ=kπ/m\theta = k\pi/m, avec 1<k<m1 < k < m, les entiers kk et mm étant étrangers, il existe un entier hh tel que hk≡1 mod mhk \equiv 1 \bmod{m}; on a alors (D‾,ρhθ(D‾))≡π/m(\overline{D}, \rho_{h\theta}(\overline{D})) \equiv \pi/m (mod. π\pi), et ρhθ(D)\rho_{h\theta}(D) rencontre C. Ceci montre que la condition est nécessaire. La réciproque est immédiate.

Remarque

Supposons mm fini et θ=π/m\theta = \pi/m. Si n∈Zn \in \mathbf{Z}, soit CnC_n la réunion des demi-droites ouvertes Δ1\Delta_1 d’origine 0 telles que

nθ<(Δ‾,Δ1‾)<(n+1)θ. n\theta < (\overline{\Delta}, \overline{\Delta_1}) < (n+1)\theta.

Les CnC_n pour −m≤n<m-m \leq n < m sont des ouverts connexes et forment une partition de E−⋃nDnE - \bigcup_n D_n (en posant Dn=ρnθ(D)D_n = \rho_{n\theta}(D)). Ce sont donc les chambres déterminées dans EE par le système des mm droites DnD_n (1≤n≤m1 \leq n \leq m). On a C2k=ρ2kθ(C)C_{2k} = \rho_{2k\theta}(C) et C2k−1=ρ2kθs(C)C_{2k-1} = \rho_{2k\theta s}(C). De plus, on a Cn=CC_n = C si et seulement si n∈2mZn \in 2m\mathbf{Z}. Par suite, le groupe W permuté de façon simplement transitive les chambres CnC_n.

Montrons enfin que, si w∈Ww \in W est tel que les chambres CC et w(C)w(C) soient de part et d’autre de la droite DD, on a l(sw)=l(w)−1l(sw) = l(w) - 1 (les longueurs étant prises par rapport à S={s,s′}S = \{s, s'\}). En effet, on a alors w(C)=Cnw(C) = C_n, avec −m≤n<0-m \leq n < 0. Si n=−2kn = -2k, on a w=(ss′)kw = (ss')^k et sw=s′(ss′)k−1sw = s'(ss')^{k-1}, d’où l(w)=2kl(w) = 2k et l(sw)=2k−1l(sw) = 2k - 1 (chap. IV, § 1, no 2, Remarque). Si n=−2k+1n = -2k + 1, on a

w=(ss′)k−1setsw=(s′s)k−1, w = (ss')^{k-1}s \quad \text{et} \quad sw = (s's)^{k-1},

d’où l(w)=2k−1l(w) = 2k - 1 et l(sw)=2k−2l(sw) = 2k - 2. C.Q.F.D.

Exercices

See the exercises for § 2.

Transcribed from the printed volume. Not translated.